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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


HUITIÈME    SÉRIE 

TOME  XVIII 


JOURNAL  ASIATIQUE 


RECUEIL   DE   MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À  L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE.  AU\  LANGUES 

ET  À  LA  LITTÉBATUBE  DES  PEUPLES  OBIENTAUX 


ET  PUBLIÉ  PAE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 

HUITIÈME  SÉRIE 
TOME  XVIII 


PARIS 

IMPRIMERIE    NATIONALE 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 


I  DCCC  AGI 


JOURNAL  ASIATIQUE 

JUILLET-AOÛT   1891. 


PROCES-VERBAL 

DE  LA  SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  26  JUIN  189L 


La  séance  est  ouverte  à  3  heures  et  demie,  par 
M.  Ernest  Renan ,  président. 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance  géné- 
rale est  lu  et  la  rédaction  en  est  adoptée. 

Sont  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  Maunoir  (Charies),  secrétaire  général  de 
la  Société  de  géographie,  présenté  par 
MM.  Ernest  Renan  et  Barbier  de  Mey- 
nard; 

Georges  Bi^nédite,  attaché  au  Musée  du 
Louvre,  présenté  par  MM.  Barbier  de 
Meynard  et  Rubens  Duval. 

La  parole  est  donnée  à  M.  Rubens  Duval,  qui 
lit,  au  nom  de  la  Commission  des  censeurs,  son 
rapport  sur  Tétat  des  finances  de  la  Société.  Sur  la 
proposition  du  rapporteur,  la  Société  vote  des  re- 
merciements à  la  Commission  des  fonds. 


6  JUILLET-AOÛT  I8gi. 

M.  Berger,  en  présentant  le  Choix  de  lettres  d'Eu- 
gène Bumoaf,  s^exprime  en  ces  termes  : 

Je  suis  chargé  par  les  éditeurs  d'offrir  à  la  Société  asia- 
tique le  présent  volume,  intitulé  :  Choix  de  lettres  d'Eugène 
Burnouf,  1826-1852  ^  Ces  lettres,  recueillies  et  publiées  par 
sa  fille  aînée ,  M"'  Léopold  Delisle ,  sont  accompagnées  d'une 
précieuse  bibliographie  des  travaux  d'Eugène  Burnouf,  qui 
est  l'œuvre  de  M.  Delisle. 

11  ne  m'appartient  pas  de  parler  d'Eugène  Bumouf ,  en 
présence  de  tant  d'hommes  éminents  bien  mieux  qualifiés 
que  moi  pour  le  faire. 

Il  est  un  fait  pourtant  que  je  ne  puis  me  dispenser  de  re- 
lever, c'est  la  place  considérable  que  tient  dans  ses  lettres  et 
que  tenait  dans  sa  vie  et  dans  ses  constantes  préoccupations 
la  Société  asiatique ,  dont  il  a  été  l'un  des  fondateurs  et  dont 
il  est  resté  l'un  des  inspirateurs. 

Les  lettres  d'Eugène  Burnouf  nous  font  assister  au  magni- 
fique épanouissement  des  études  orientales  auquel  les  savants 
français,  allemands,  anglais,  danois,  de  la  première  partie 
de  notre  siècle,  ont  travaillé  d'un  commun  accord,  et  d'où 
est  sortie  notre  Société.  A  côté  du  Commentaire  sur  le  Yaçna , 
de  l'Introduction  au  bouddhisme  indien,  des  études  sur  le 
pâli  et  sur  le  zend  et  de  ces  magistrales  introductions  au 
Bhâgavata  Purâna,  qui  portent  au  plus  haut  degré  ce  carac- 
tère impersonnel  qui  est  la  marque  souveraine  de  la  science , 
la  correspondance  d'Eugène  Burnouf  nous  le  fait  voir  vivant , 
travaillant  et  luttant  pour  les  idées  qu'il  croyait  justes  et 
saines. 

On  y  admirera  sa  grande  simplicité,  la  vivacité  de  son 
esprit,  l'ardeur  de  ses  sentiments  et  de  ses  convictions  scien- 
tifiques ,  la  aûreté  de  sa  méthode ,  et  surtout  cette  suite  dans 
le  travail  et  dans  les  idées  qpi  lui  a  pernus  de  faire  de  si 


'   Choix  de  lettres  d'Eugène  Barnouf,  1 8  2  6- 1 85  2  ,  suivi  dVnc  bibliographie 
avec  portrait  et  fac-similé.  Paris,  Champion,  1891,  iIl-8^ 


PROCÈS-VERBAU  7 

grandes  choses  et  d'exercer  une  action  si  salutaire  sur  les 
destinées  des  études  orientales. 

M.  Maspero  donne  lecture  d  un  mémoire  sur  le 
rôle  des  forgerons  dans  le  culte  d*Horus.  La  légende 
locale  d'Edfou  assurait  que  le  dieu  de  la  ville,  un 
Horus,  avait  autour  de  lui  pour  le  servir  une  troupe 
de  forgerons  qui  tenaient  une  place  importante  dans  la 
domesticité  du  temple.  Ces  forgerons  formaient  une 
classe  à  part  dont  les  membres,  armés  de  la  pique 
et  du  ciseau ,  accompagnaient  le  dieu  dans  ses  cam- 
pagnes, et  dont  le  chef  était  le  second  prêtre  du 
temple.  Ils  forgeaient  ou  ne  forgeaient  plus,  mais 
leur  ancien  nom  de  forgerons  leur  était  resté  et  indi- 
quait leur  origine.  Il  y  a  là  une  situation  analogue 
à  celle  qu*on  obsei*ve  encore  chez  les  peuples  de 
ÏAfrique  équatoriale,  où  les  forgerons  forment  un 
des  corps  de  Tétat  et  fournissent  aux  chefs  de  tribus 
des  compagnons  et  des  conseillers.  Peut-être  faut-il 
voir  dans  la  légende  égyptienne  la  trace  d  une  ori- 
gine africaine  du  culte  de  THorus  d'Edfou,  lequel 
ne  ressemble  en  rien  à  celui  de  THorus  fils  d'Isis 
qu  on  adorait  dans  la  Basse-Egypte. 

M.  Philippe  Berger  fait  une  lecture  sur  Imscrip- 
tion  de  la  statue  du  roi  Panêmou»  Cette  inscription 
a  été  trouvée  à  Singerii,  dans  la  région  de  TAmanus, 
au  cours  des  fouilles  exécutées  par  le  Comité  oriental 
de  Beriin.  Elle  est  longue  de  2  3  lignes  et  gravée  en 
relief  sur  la  robe  d'ime  statue.  Au  bout  de  quatre 
ans  elle  na  pas  encore  été  livrée  au  public  savant, 


8  JUILLET-AOÛT  18QL 

et  l'on  est  réduit  à  en  attendre  la  publication.  M.  Ber- 
ger met  sous  les  yeux  de  la  Société  une  petite  pho- 
tographie de  Tinscription  que  M.  Renan  doit  à  la 
libéralité  de  S.  E.  Hamdy-bey.  Cette  photographie, 
insuffisante  pour  l'étude ,  parce  quelle  ne  laisse  voir 
que  le  tiers  ou  le  quart  de  la  longueur  des  lignes, 
permet  de  se  rendre  compte  du  caractère  de  lal- 
phabet  et,  jusqu'à  un  certain  point,  de  la  langue  de 
l'inscription.  L'écriture  est  celle  des  anciennes  in- 
scriptions araméennes  ;  la  langue  aussi  est  araméenne , 
avec  certaines  particularités  par  lesquelles  elle  se 
rapproche  soit  de  l'hébreu,  soit  du  phénicien. 
M.  Berger  termine  en  donnant ,  avec  de  grandes  ré- 
serves ,  la  traduction  des  quelques  mots  qu'il  a  pu 
déchiffrer.  Il  en  résulte  que  cette  statue  est  celle 
d'un  roi  Panêmou  fils  de  Bodçid,  à  qui  elle  a  été 
élevée  par  son  fils.  L'inscription  est  mise  dans  la 
bouche  du  fils,  qui  prend  la  parole,  après  un  pro- 
tocole de  trois  ou  quatre  lignes  contenant  sa  généa- 
logie et  sans  doute  la  date,  pour  raconter  les  exploits 
de  son  père  et  les  siens,  et  notamment  leurs  rela- 
tions avec  les  rois  d'Assyrie. 

M.  HaléAry  communique  une  série  d'observations 
sur  l'inscription  phénicienne  de  Sidon  et  sur  l'in- 
scription de  Panêmou.  (Voir  ci-après,  p.  i3.) 

M.  Oppert  annonce  qu'il  est  chargé  par  le  Con- 
grès des  orientalistes  qui  se  réunira,  cette  année,  à 
Londres  de  faire  connaître  que  les  membres  sous- 
cripteurs au  Congrès  et  les  élèves  des  écoles  orien- 
tées obtiendront  des  compagnies  de  chemins  de  fer 


PROCÈS-VERBAL.  9 

une  réduction  de  moitié  sur  le  prix  du  voyage. 
M.  le  Président  donne  acte  à  M.  Oppert  de  cette 
information  et  rappelle  que  la  Société ,  tout  en  lais- 
sant à  chacun  de  ses  membres  le  droit  d'assister  au 
futur  Congrès,  ny  sera  pas  représentée  par  im  dé- 
légué officiel. 

Il  est  procédé  au  dépouillement  du  scrutin.  Tous 
les  membres  sortants  sont  réélus. 

La  séance  est  levée  à  5  heures. 

OUVRAGES  OFFERTS  X   LA  SOCIETlÊ. 

Par  rindia  Office  :  Bibliotheca  Indica,  old  séries 
n°  265;  new  séries  n°*  262,  776,  786,  788.  Cal- 
cutta, 1891,  in-8°. 

—  Indian  Antiquary,  May  1891.  Bombay,  in-4^ 

Par  la  Société  :  Proceedings  of  the  Royal  Geogra- 
phical  Society.  June  1871.  London,  in-8^ 

—  Journal  of  ihe  Royal  Asiatic  Society.  Jan.-oc- 
tober  1889  et  jan.-oct.  1890  (tomes  XXI  et  XXII). 
London,  in-8°. 

—  Balletin  de  l'Institut  égyptien,  3*  série,  I,  an- 
née 1890.  Le  Caire,  1891,  in-8°. 

—  Zeitschrift  der  deutschen  morgenlandischen  Ge- 
sellschaft,  t.  XLV,  1  Heft  1891.  Leipzig,  in-8°. 

—  Transactions  of  the  Asiatic  Society  of  Japan. 
Vol.  XIX,  part  L  March  1891,  in-8°. 

—  Société  de  géographie,  comptes  rendus,  n°'  11- 
1 3.  Paris ,  1891,  in-8°. 

—  Bulletin,  1"  trimestre  i89i,in-8°. 


10  JUILLET-AOÛT  1891. 

Par  la  Société  :  The  American  Journal  of  Philo- 
logy,  Baltimore.  April  1891,  in-8*. 

—  Transactions  of  the  American  Association, 
1891,  vol.  XXI,  iii-8°. 

Par  TAcadémie  de  Saint-Pétersbourg  :  Mémoires , 
t.  XXXVIII,  n°  2,  1891,  in-4°;  t.  UI,  livraison  1. 

—  Mélanges  asiatiques.  Saint-Pétersbourg. 

Par  le  Ministère  de  Tinstruction  publique  :  Mé- 
moires publiés  par  les  membres  de  la  Mission  archéolo- 
gique française  au  Caire,  X,  I,  fasc.  II;  Cinq  tombeaux 
thébains  de  la  xviii^  dynastie,  par  Ph.  Virey,  1891, 
in-4^  —  T.  VII,  2*  fasc.  :  J.  Bourgoin,  Précis  de 
l'art  arabe,  Paris,  1891,  in- 4°.  —  4*  fasc.  :  P.  Ra- 
vaisse,  Essai  sur  l'histoire  et  la  topographie  du  Caire, 
2®  partie ,  1891,  in-4°. 

Publications  de  TEcole  des  langues  orientales  vi- 
vantes :  Histoire  du  sultan  Djelal-ed-Din  Mankobirti, 
prince  du  Kharezm,  par  Mohammed  en-Nesawî,  texte 
arabe  publié  par  0.  Houdas.  Paris,  1891,  in-4°. 

Par  les  éditeurs  :  Revue  critique,  n°'  19-25.  Paris, 
1891,  in-8^ 

—  Bolletino,  n°  29-31.   Firenze,    1891,  in-8°. 

—  Choix  de  lettres  d'Eugène  Burnouf,  1 8  2  5- 1 8  5  2 , 
suivi  d'une  biographie  avec  portrait  et  fac-similé.  Paris, 
1891,  in-4°. 

—  Journal  des  Savants,  mars  et  avril  1891,. 
in-/^^ 

—  Revue  archéologique,  mars-avril  1891,  in-8°. 


PROCÈS-VERBAL.  11 

Par  les  éditeurs  :  Polybiblion,  parties  technique 
et  littéraire,  mai  et  juin  1891,  in-8^ 

—  Comité  de  conservation  de  Vart  arabe.  Le  Caire, 
1891,  in-/^^ 

—  The  orientaUst  Vol.   TV,  parts  III  and  IV. 
Kandy,  1891,  in-4°. 

-—  Par  les  auteurs  :  L.  Lapatinsky,  Dictionnaire 
rasse-kabardien,  Tiflis,  1890,  in-8®. 

—  Aliotte  de  la  Fuye,  Le  trésor  de  Sainte-BUm- 
dine.  Grenoble,  1891,  in-8^ 

' — •  Gaur    Das,    Kalighat  and    Calcutta,    1891, 
in-8^ 

—  bouffi ,  Sapplément  n"  I  an  Catalogue  de  mon- 
naies arabes  publié  en  1879.  Mossoul,  1891,  in-8^ 

*—  Habib ,  Berg-i'Sebz  (en  persan).  Constantinople, 
l89o,in-8^ 

—  Destourtché,  3* édition.  Constantinople ,1890, 
in-8°. 

—  Mumâresati-farsyé.     Constantinople,    1890, 
in-8^ 

—  MunifPaichaL,  Medjmoua-i  funoun.  Constanti- 
nople, 1890,  in-8°. 

—  Kemal  Effendi ,  Muntakhibâti-Schahnâmé.  Con- 
stantinople ,  1891,  in-8°. 

—  A.  Bergaigne  et  V.  Henry,  Manuel  pour  étu- 
dier le  sanscrit  védique,  Paris,  1890,  in-8°. 

—  Consens,  The  caves  of  Nadsur  and  Karsambla. 
Bombay,  i89i,in-8°. 

—  Francisque  Mège,   Un  registre  d'état  civil  de 
Vannée  1793,  Clermont-Ferrand ,  1891,  in-8°. 


12  JUILLET-AOUT  1891. 

Par  les  éditeurs  :  Schefer,  Etat  de  la  Perse  en  1 660 , 
par  le  P.  Raphaël  da  Mans.  Paris,  1890,  in-8**. 

—  Auguste  Mouliéras ,  Les  fourberies  de  Si  Djéha , 
contes  habyleSy  t.  I,  texte.  Oran,  1891,  in-8°. 

—  J.-D.  Luciani,  Traité  des  successions  musulmanes 
(ab  intestat).  Paris,  1891,  in-8°. 

—  G.  Deiphin,  Recueil  de  textes  pour  l'étude  de 
l'arabe  parlé.  Paris-Alger,  1891,  in-8°. 

—  J.  Lippert,  De  epistula  pseudaristotelica  zfspl 
(SoŒiXeias  commentatio.  Berolini,  1891,  in-8°. 

—  J.  Bachmann ,  Secundi  philosophi  taciturni  vita 
ac  sententiœ,  Berolini,  1888,  in-8°. 

—  J.  Bachmann ,  Die  Philosophie  des  Pythagorœers 
S^candiw.  Beriin ,  1888,  in-8^ 

—  A.  Bloch,  Phônicisches  Glossar.  Beriin ,  1 89 1 , 
in.8^ 


PROCES-VERBAL.  13 

ANNEXE 
AU  PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SEANCE  DU  26  JUIN    1  89  1 . 


COMMUNICATION  DE  M.  J.  HAL^VY. 


I 

L'inscription  phénicienne  de  Sidon  que  M.  Renan  a  ré- 
cemment publiée  dans  la  Revue  d'assyriologle  et  d'archéologie 
orientale,  2*  volume,  n*  3,  p.  ']^rl7^  contient  un  certain 
nombre  d'expressions  sur  lesquelles  Téminent  orientaliste  ne 
s^est  pas  prononcé  d*une  manière  définitive.  Je  demande  la 
permission  de  présenter  à  la  Société  le  résultat  de  mes  efforts 
en  vue  de  résoudre  ce  petit  problème. 

Le  texte  transcrit  en  caractères  hébreux  se  compose  de 
deux  lignes  ;  la  séparation  des  mots  ne  souffre  de  doute  que 
pour  quatorze  lettres  dont  neuf  terminent  la  première  ligne 
et  quatre  conunencent  la  deuxième  ligne. 

La  traduction  des  mots  séparés  est  ainsi  donnée  par 
M.  Renan,  et  il  ne  saiu*ait  y  en  avoir  d'autre  : 

Offrande  faite  par  Abdmiskar.  .  .  .  .JiU  de  Baalsilleh,  à  son 
seigneur  Salman,  Quil  le  bénisse. 

Il  reste  à  expliquer  les  deux  groupes  obscurs  1100*713^31 
et  ^3îS?31 .  Examinons  d'abord  le  premier,  en  nous  aidant  de 
quelques  considérations  préliminaires. 

Le  nom  propre  Abdmiskar  n'étant  suivi  d'aucune  indica- 
tion de  parenté  ou  de  servage ,  telle  que  p  «  fds  » ,  riN  «  frère  » , 


14  JUILLET-AOOT  1891. 

^H  «homme,  mari»,  nay  «serviteur»,  il  est  évident  que  le 
mot  suivant  représente  répilhèle  du  personnage ,  et ,  en  effet , 
le  mot  31  «grand,  chef,  préposé»,  ainsi  que  l'a  vu  M.  Cler- 
mont-Ganncau ,  répond  au  grec  Ap^œv,  Or  comme  le  titre  21 
n*est  pas  particulier  aux  chefs  de  corporations  ouvrières, 
mais  s*applique  indifféremment  à  tout  préposé  ou  fonction- 
naire supérieur,  on  n'est  pas  obligé  de  voir  dans  13y  un 
coi'ps  de  métier  exclusivement  à  toute  autre  classe  d'individus. 
Le  sens  exact  de  ce  terme  me  semble  résulter  d'Isaïe,  xxiii, 

2 ,  qui  donne  aux  commerçants  sidoniens  p^2  "inb  le  qua- 
lificatif de  D^  "IDy  «traversant  la  mer».  Les  nombreux  vova- 

geurs  qui  s'embarquaient  sur  des  navires  sidoniens  pour  se 
rendre  dans  les  colonies  phéniciennes  ont  certainement  dû 
s'adresser  à  une  administration  particulièrement  créée  dans 
rintérèt  de  la  navigation;  il  parait  donc  assez  probable  que 
le  personnage  nommé  Abdmiskar  était  le  chef  de  bureau  de 
cette  administration. 

Séparé  des  cinq  lettres  queje  viens  d'expliquer,  le  groupe 
DDD^  ne  peut  former  qu'un  seul  mot,  et  notamment  un  mot 
qui  est  déjà  connu  par  l'inscription  de  Mêscha^  (1.  a  i)  et  suffi- 
samment commenté  par  la  phrase  y")î(n  b^  ^riDP^  ll^iC  de 
la  même  inscription  et  par  l'expression  DiiDD^I  de  l'inscrip- 
tion d'Ëschmunazar;  c'est  l'infinitif  du  verbe  ï|0>  «ajouter, 
augmenter»,  précédé  de  la  préposition  ^  «à,  pour»;  com- 
parez l'hébreu  n2vb,  m"iS,  nyi^  de  2V\  n")\  yr. 

Cette  explication,  en  somme  satisfaisante,  du  premier 
groupe,  semble  de  nature  à  jeter  un  jour  nouveau  sur  le 
groupe  qui  figure  au  début  de  la  seconde  ligne.  Le  verbe 
transitif  V]D^  exige  impérieusement  un  complément  direct,  seul 
ou  suivi  d'un  complément  indirect,  comme  c'est  le  cas  des 
exemples  précédemment  cités.  Ce  second  complément  qu'in- 
diquent les  prépositions  7,  '?y,  3  et  d'autres  encore  n'a  na- 
turellement pas  de  place  dans  les  cinq  lettres  >3^31  ;  il  ne 
faut  donc  y  chercher  que  le  seul  complément  direct ,  lequel 
ne  saurait  être  autre  que  le  bilitère  3*7  «abondance,  gran- 


PROCÈS-VERBAL.  15 

deur,  gloire ,  prospérité  t.  On  Ht  dans  le  livre  d'Esther,  V, 
11,  Haman  fit  (à  sa  femme  et  à  ses  amis)  le  récit  de  1133 
V22  3^1  llC^Sf  «sa  grande  richesse  et  de  la  haute  position  de 
ses  fils».  Le  reste  ne  présente  plus  de  sérieuse  difficulté. 
L'idée  qui  vient  d*abord  à  T esprit  d'envisager  ^W  comme 
l'état  construit,  de  D^C^  cannées»,  n'ahoutit  point  à  un  sens 
qui  convienne  au  contexte  ;  elle  doit  être  définitivement  aban- 
donnée, et  il  ne  reste  qu'à  voir  dans  ce  mot,  soit  un  nom 
d*homme  **ZV  =  Secundus,  soit  Tétat  construit  du  nom  de 
nombre  DW ,  héb.  D^3Ç?  «  deux  » ,  auquel  cas  on  prendra  le 
mot  suivant  p  pour  Tétat  construit  du  pluriel  DZ2 ,  prononcé 
benê  =  héb.  >J3;  la  composition  ]2  \V7  «les  deux  fils  de»  fi- 
gure notoirement  dans  Tinscriplion  de  Malle. 

Le  texte  que  nous  étudions  peut  donc  se  traduire  de  la 
manière  suivante  : 

Offrande  faite  par  Abd-Miskar,  chef  (de  l'administration)  des 
voyageurs,  pour  augmenter  la  prospérité  de  Sênî,  Jils  (ou  des 
deuxjîls)  de  Ba^alsillêh,  à  son  seigneur  Salman,  Qu'il  le  bénisse! 

II 

Un  hasard  des  plus  inattendus  ayant  mis  sous  mes  yeux 
la  petite  photographie  malheureusement  si  imparfaite  de 
l'inscription  dite  de  Panêmou  que  M.  Berger  publie  dans  son 
ouvrage  sur  Talphabet  sémitique ,  j*en  ai  reçu  certaines  im- 
pressions qui  ne  sont  peut-être  pas  sans  quelque  intérêt  pour 
la  question  relative  à  la  langue  de  la  Syrie  septentrionale. 

Si  mon  sentiment  ne  me  trompe ,  le  texte  de  Panêmou  est 
rédigé  dans  un  dialecte  franchement  phénicien  qui  était  fort, 
probablement  celui  des  peuplades  hétéennes.  D'abord  le 
père  de  Panêmou  s'appelle  1213  «membre  du  dieu  Çadw, 
nom  purement  phénicien  et  inusité  chez  les  peuples  araméens  ; 
puis  la  forme  dédicatoire  IT  3^S^  «  cette  stèle  »  a  un  air  non 
araméen   assez  sensible;   en  araméen  archaïque,  ce  serait 


16  JUILLETAOÛT  1891. 

NT  Î(ri323  ;  enfin  le  pronom  de  la  première  personne  est  claire- 
ment écrit  "^iSK ,  forme  inconnue  à  Taraméen ,  ainsi  qu'à  foutes 
les  langues  sémitiques  du  sud.  Ceci  suffit  pour  classer  Tbé- 
téen  dans  la  famille  phénicienne,  ainsi  que  je  Tai  soutenu 
dans  plusieurs  de  mes  écrits,  contrairement  à  la  tradition  qui 
place  rhabitat  primitif  des  Araméens  dans  la  Haute-Syrie  et 
dans  la  Mésopotamie  septentrionale. 

J'ajoute  un  mot  :  Celte  inscription  ne  m'a  pas  fait  TefTet 
d'un  texte  très  ancien  ;  l'écriture  est  passablement  dégénérée; 
le  monument  ne  semble  pas  être  antérieur  au  vu*  siècle.  Il 
se  peut  donc  que  le  Panémou  de  ce  texte  ne  soit  pas  le  roi 
de  Sam^al  vaincu  par  Tiglathphalasar  II.  Cela,  sous  toutes  ré- 
serves. 


TABLEAU  DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION.  17 

TABLEAU 

DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION 

CONFOaHÉUENT    AUX    NOMINATIONS    FAITES    DANS    L'ASSEMBLEE    GENERALE 

DU  a6  JUIN  1891. 


PRESIDENT  HONORAIRE. 

M.  Barthélemy-Saint  Hilaire. 


PRESIDENT. 

M.  Ernest  Renan. 

VICE-PRÉSIDENTS. 

MM.  Barbier  de  Meynard. 
E.  Senart. 

SECRÉTAIRE. 

M.  James  Darmesteter. 

SECRÉTAIRE  ADJOINT  ET  BIBLIOTHECAIRE. 

M.  Rubens  Duval. 

TRÉSORIER. 

M.  le  marquis  Melchior  de  Vogué. 

COMMISSION  DES  PONDS. 

MM.  Drouin. 
Specht. 
Clermont-Ganneau. 

XTin.  3 

iHraiiiRKi*  ■ATioaAi.a. 


18  JUILLET-AOÛT  1801 

GENSBURS. 
MM.  ZOTENBERG. 

Rubens  Duval. 

MEMBRES  DU  CONSEIL. 

MM.  Oppert. 
J.  Halévï. 
Michel  Breal. 
Berger. 

HoUDAS. 

CoRDIER. 

DE  ROCHEMONTEIX. 

DiEULAFOY. 

labbé  Barges. 

FOUCAUX. 

J.  Derenbourg. 

D  Hervey  de  Saint-Denys. 

Ch.  Sghefer. 

Feer. 

Lancereau. 

Spiro. 

le  D'  Leclerc. 

A.  Barth. 

Maspero. 

H.  Derenbourg, 

Sylvain  LÉvi. 

Clément  Huart. 

RODET. 

Zotenberg. 


UAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.         19 


RAPPORT  DE  M.  SPECHT, 

AU  NOM  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS, 

ET  COMPTES  DE  L'ANNÉE  1890. 


Messieurs , 

Cette  année ,  la  Société  a  eu  à  payer  les  frais  d*impression  des 
Chants  populaires  des  Afghans;  aussi  les  dépenses  se 'sont-elies 
élevées  à  ig^Siofr.  5o;  les  recettes  ont  été  de  a  3,34 1  fr.  58, 
donnant  un  excédent  de  4«o3 1  fr.  08.  Si  Ton  a  atteint  ce  chiffre , 
c*est  grâce  à  M.  le  Ministre  de  Tinstruction  publique  et  des 
beaux-arts  qui  a  bien  voulu  nous  allouer,  outre  la  souscrip- 
tion ordinaire  annuelle,  une  somme  de  3,ooo  francs  pour 
payer  une  grande  partie  des  frais  du  nouveau  volume  de  la 
Collection  des  auteurs  orientaux  et  encourager  nos  travaux 
par  cette  mesure  libérale. 

Vous  remarquerez  dans  les  comptes  un  nouveau  chapitre 
qui  comprend  toutes  les  dépenses  pour  la  réorganisation 
de  la  bibliothèque;  on  a  acheté,  en  1890,  des  fiches  et  re^ 
gistres  pour  1 90  fr.  ao.  Une  obligation  du  chemin  de  fer  de 
TEst  a  été  remboursée  et  nous  avons  acheté  vingt  obligations 
noniinatives  de  la  même  compagnie.  Le  compte  courant  avec 
la  Société  générale  se  montait  au  3i  décembre  dernier  à 
1 1,853  fr.  55,  au  lieu  qu  en  ^889  à  la  même  époque,  il  était 
de  15,914  fr.  10.  Votre  Commission  des  fonds,  tout  en  assu- 
rant le  fonctionnement  régulier  de  la  caisse,  étudie  les 
moyens  de  réduire  le  plus  possible  ]es  fonds  disponibles  du 
compte  courant  qui  rapportent  seulement  1  demi  p.  0/0. 


20  JUILLET-AOÛT    1891. 


DEPENSES. 


COMPTES 


Honoraires  du  libraire  pour  le  recouvre- 
ment des  cotisations 6^9'  00* 

Frais  d'envoi  du  Journal  asiatique 366  00 

Ports  de  lettres  et  de  paquets  reçus. ...         75  3 5 

Frais  de  bureau  du  libraire 101   76     '       ' 

Dépenses  diverses  soldées  par  le  libraire , 
dont  34 o  francs  pour  le  Journal  asia- 
tique         396  00 

Honoraires  du  sous-bibliothécaire 1^200  00 

Service,  étrennes 343  00 

Chauffage,  éclairage,  etc 1 30  55 

Reliure  et  frais  de  bureau 117  00    \  ^.      - 

'  )     1,964  iS 

Contribution  mobilière. 76  o5 

Contribution  des  portes  et  fenêtres. ...         18  35 

Réorganisation  de  la  bibliothèque  (achat 

de  fiches  et  de  registres] 190  30 

Frais  d'impression  du  Journal  asiatique 

en  1890 7,543  35 

Indemnité  au  rédacteur  du  Journal  asia- 
tique        600  00    }   15,763  85 

Frais  d'impression  des  Chants  populaires 

des  Afghans 7,6 1 9  5o 

Société  générale.  Droits  de  garde,  timbres,  frais  de 

conversion 'sur  20  obligations  de  TEst,  etc. 95  5o 

Total  des  dépenses  de  1890 i9,3io  00 

Achat  de  30  obligations  de  l'Ouest  (nouv.) 8,736  5o 

Espèces  en  compte  courant  à  la  Société  générale  au 

3i  décembre  1890 1 1,853  55 

Ensemble 39,900'  55* 


RAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.       21 


VNÉE  1890. 


.484  39 

873  00 
796  34 
873  00 


RECETTES. 

116  cotisations  de  1890 3,48o'  oc** 

37  cotisations  arriérées 1,1 10  00 

3  cotisations  à  vie 900  00 

94   abonnements   au  Journal  asiatique 

de  1890.. 1,860  00 

Vente  des  publications  de  la  Société. . .       666  90 

Intérêts  des  fonds  placés  : 

i'  Rente  sur  l'Etat  3  p.  0/0 1,800  00 

I  4  1/2  p.  0/0. . . .      45o  00 

Legs  Sanguinetti  (  en  rente  4  1  /2  p.  0/0] . .       4 1  o  00 
a"  65  obligations  de  l'Est,  1"  se- 
mestre (5  p.  0/0).   747^96' 
64  obligations  de  l'Est,  2*  se- 
mestre (5  p.  0/0)..    736^44° 
3'  60  obligations  d'Oriéans  (3  p.  0/0). 
4*  58  obligat.  Lyon-fusion  (3  p.  0/0). 
5*  60  obligat.  de  l'Ouest  (3  p.  0/0). 
6**  3o  obligat.   Crédit   foncier   i883 

(3  p.  0/0) 436  5o 

7"  20  obligations  de  l'Est  (nouveau) 

(3  p.  0/0) 137  5o 

Intérêts  des  fonds  disponibles  déposés  à 

la  Société  générale 63  95     / 

Souscription  du  Ministère  de  l'instruc- 
tion publique 2,000  00 

Crédit  idloué  par  l'Imprimerie  nationale 
en  dégrèvement  des  frais  d'impression 

du  Journal  asiatique 3, 000  00 

Allocation  du  Ministère  de  l'instruction  publique  pour 
l'impression  des  Chants  populaires  des  Afghans .... 


f  «^« 


8,016  90 


7,324  68 


5,000  00 


3,000  00 


Total  des  recettes  de  1890 

Remboursement  d'une  obligation  de  l'Est  (5  p.  0/0). 

Espèces  en  compte  courant  à  la  Société  générale  au 

3i  décembre  de  l'année  précédente  (1889) 

Total  égsd  aux  dépenses  et  à  l'encaisse  au  3 1  dé- 
cembre 1890 


23,34i   58 
644  87 

i5,9i4  10 
39,900'  55* 


22  JUILLET-AOÛT  1891. 


RAPPORT 

DE  LA  COMMISSION  DES  CENSEURS  SUR  LES  COMPTES 

DE   L'EXERCICE  189O, 

LU  DANS  LA  SEANCE  GENERALE  DU   24  JUIN  189I. 


Messieurs , 

Le  rapport  de  votre  Commission  des  fonds  pour  l'an- 
née 1890,  comparé  avec  celui  de  rexercice  précédent,  pré^ 
sente  peu  de  différences  notables.  Les  recettes  ordinaires 
forment  un  total  de  ao,34i  fr.  58;  les  recettes  correspon- 
dantes de  1889  étaient  un  peu  plus  élevées,  grâce  à  une 
rentrée  abondante  des  cotisations  arriérées ,  dont  le  nombre 
est  aujourd'hui  plus  restreint.  Eln  sens  inverse,  le  revenu  de 
notre  fonds  de  réserve ,  qui ,  chaque  année ,  s'accroit  par  de 
nouvelles  entrées',  est  en  augmentation.  Pendant  l'exer- 
cice 1890,  il  a  été  fait  l'acquisition  de  20  obligations  nomi- 
natives de  la  Compagnie  de  l'Est;  si  l'on  déduit  une  obli- 
gation de  la  même  compagnie  sortie  au  tirage,  il  en  résulte 
pour  notre  fonds  de  réserve  un  accroissement  de  1 9  obliga- 
tions de  l'Est. 

Les  dépenses  ordinaires  sont  les  mêmes  que  celles  des  an- 
nées précédentes  et  leur  total  varie  peu.  Mais  le  chapitre  des 
dépenses  extraordinaires  s'est  trouvé  grossi  d'une  somme 
de  7*619  fr.  5o  payée  pour  l'impression  des  Chants  populaires 
des  Afghans,  comme  nous  vous  l'avions  annoncé  dans  notre 
dernier  rapport.  Cette  dépense  à  laquelle  était  destinée  une 
partie  des  fonds  déposés  à  la  Société  générale  a  été  diminuée 
de  3,000  francs,  montant  de  l'allocation  accordée  par  le  Mi- 
nistère de  l'instruction  publique  pour  cette  publication. 
Grâce  à  cette  libéralité,  notre  compte  courant  à  la  Société 
générale  se  soldait  encore  au3i  décembre  1889  par  un  crédit 


RAPPORT  DES  CENSEURS.  23 

de  1 5,9 14  fr.  10,  somme  largement  suffisante  pour  faire  face 
à  de  nouvelles  publications,  même  en  réservant  la  part  de 
l'imprévu.  Il  résulte  de  cet  examen  que  Tétat  de  notre  So- 
ciété continue  à  être  prospère.  Si»  en  effet,  la  mort  ou  des 
défections  laissent  des  vides  dans  nos  rangs,  de  nouveaux 
membres  viennent  sans  relâche  occuper  la  place  des  man- 
quants. Nous  constatons  cependant  une  légère  différence  en 
moins  dans  le  chiffre  des  cotisations  ordinaires,  qui,  de  ia4 
en  1 889 ,  est  descendu  en  1 890  à  1 1 6  ;  les  abonnements  au 
journal  de  la  Société  ne  s'élèvent  plus  qu*à  9Â  au  lieu  de  1  2Â* 
Mais  le  chiffre  de  la  vente  des  publications  a  presque  doublé . 
666  fr.  9Q  9}x  lieu  de  38?  francs. 

H,  Zk^miBiKa,  R.  DuvAL. 


24  JUILLET-AOÛT  1891. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


a«4 


I 

LISTE  DES  MEMBRES  SOUSCRIPTEURS, 

PAR  ORDRE  ALPHABÉTIQUE. 
Nota,  Les  noms  marqués  d*un  *  sont  ceux  des  Membres  à  vie. 

L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

MM.*Abbadie  (Antoine  d')  ,  membre  de  l'Institut ,  rue 

du  Bac,  1  20 ,  à  Paris. 
Adda  Fredj,  instituteur,   rue  dlsraël,  27,   à 

Constantine. 
Allaoua  BEN  Yahia,  professeur  au  Collège,  à 

Mostaganem. 
Allotte   de   la  Fuye,  chef  de  bataillon  du 

génie,  à  Grenoble. 
Alrig,  drogman  de  l'ambassade  de  France,  à 

Constantinople. 
Amélineau  (E.),  maître  de  conférences  à  l'École 

des  hautes  études,  rue  Saint- André-des- Arts, 

33,  à  Paris. 


LISTE  DES  MEMBRES.  25 

M.  *  Aymonjer  (E.),  chef  de  bataillon  d'infanterie 
de  marine ,  rue  du  Général-Foy ,  38 ,  à  Paris. 

BiBLioTûÈQUE  Ambrosienne  ,  à  Milan. 
Bibliothèque  de  l Université,  à  Utrecht. 
Bibliothèque  ORIENTALE ,  Université  Saint-Joseph,  à 

Beyrouth. 
Bibliothèque  universitaire,  à  Alger. 
MM.  Bachmann  (le  D'  Johannes),  W.  Behrenstrasse , 
28,  à  Berlin. 
Bang   (Wilheim),  professeur   au    Collège,   à 

Melle-lès-Gand  (Belgique). 
Barbier  de  Meynard  ,  membre  dellnstitut ,  pro- 
fesseur  au  Collège  de  France  et  à  TEcole  des 
langues  orientales  vivantes,   boulevard  de 
Magenta ,  1 8 ,  à  Paris. 
Barges  (Tabbé),    professeur  honoraire  de   la 
Faculté  de  théologie  de  Paris,  rue  Male- 
branche ,  1 1 ,  à  Paris. 
Barre  de  Lancy,  premier  secrétaire-interprète 
du  Gouvernement  pour  les  langues  orien- 
tales, rue  Caumartin,  82  ,  à  Paris. 
Barth  (Auguste),  rue  du  Vieux-Colombier,  6, 

à  Paris. 
Barthélémy,  rue  Jacob,  5o,  à  Paris. 
Barthélemy-Saint  Hilaire  ,  ancien  Ministre  des 
Affaires  étrangères,  membre  de  Tlnstitut, 
boulevard  Flandrin ,  4 ,  à  Paris. 
Basset  (René),  professeur  d  arabe  à  TEcole  des 
lettres,  rue  Michelet,  iig,  à  TAgha  (Alger). 


26  JUILLET-AOÛT  1801. 

MM.  Beauregard  (OUivier),  rue  Jacob,  3,  à  Paris. 
Beck  (l'abbé  Franz-Seignac),  rue  Duranteau, 
3 1 ,  à  Bordeaux. 

Bekermann  (Joseph),  à  Firiej,  par  Radom  (Po- 
logne russe). 

Belkassem  BEN  Sedira  ,  pTofesseto*  à  f École  des 

lettres,  à  Alger. 
Bénédite  {Georges),    attaché    au   Musée    du 

Louvre,  à  Paris. 
Bensley,  professeur  d'arabe  à  TUniversité  de 

Cambridge. 

*Berchem  (Max  van),  professeur  à  TUniversité 
de  Genève. 

Berger  (Philippe),  sous-bibliothécaire  de  l'In- 
stitut ,  au  palais  de  l'Institut ,  rue  de  Seine ,  i , 
à  Paris. 

Besthorn  (G.),  Guldbergsgade ,  9,  à  Copen- 
hague. 

Binger  (le  capitaine),  officier  d'ordonnance  du 
grand  chancelier  de  la  Légion  d'honneur, 
à  Paris. 

Blonây  (Godefroy  de),  rue  de  l'Université,  4o , 
à  Paris. 

Bœll  (Paul) ,  élève  titulaire  de  l'Ecole  des 
hautes  études,  rue  de  Saint-Quentin,  a5, 
au  Havre. 

Boncompagni  (le  priixce  Bakhasar),  à  Home. 

BoNzoN  (Jacques),  rue  Spontini,  i3.,  à  Paris. 

BossouTROT,    interprète    militaire,    détaché  à 


LISTE  DES  MEMBRES.  27 

rAdministration  centrais  de   Tarmée  tuni- 
sienne ,  à  Tunis. 
MM.*BouRQuiN  (ie  Rév.  A.),  à  Lausanne. 

Bréal  (Michel),  membre  de  Tlnstitut,  profes- 
seur au  Collège  de  France ,  rue  SoulQot ,  1 5, 
à  Paris. 
BuDGE  (E.  A.  Wallis),  litt.  D.  F.  S.  A.,  au  Bri- 

tish  Muséum ,  à  Londres. 
BiJuLER  (George),  professeur  à  Tlnstitut  orien 
tal,  à  rUniversité ,  à  Vienne. 
*  Bureau  (Léon),  rue  Gresset,  1 5 ,  à  Nantes. 
*BuRGESs  (James),  à  Bombay. 

Calassanti-Motylinski  (de), à  la  Direction  des 
affaires  indigènes,  à  Constantine. 

Casanova,  membre  de  la  Mission  archéolo- 
gique, au  Caire. 

Castries  (le  comte  Henri  de)  ,  capitaine  attaché 
à  rÉtat-major  général  du  Ministre  de  la 
Guerre,  rue  de  Grenelle,  yS,  à  Paris. 

Cernuschi  (Henri),  avenue  Velasquez,  y,  parc 
Monceaux,  à  Paris. 

Challamel  (Pierre),  rue  des  Boulangers-Saint- 
Victor,  3o,  à  Paris. 

Chanche  (Eugène),  rue  de  Mézières,  i3,  à 
Paris. 

Charencey  (ie  comte  de)  ,  me  de  ia  Chaise,  2  d, 
à  Paris. 
*Chavannes  (Emmanuel-Edouard),  attaché  à  la 
Légation  de  France,  à  Pékin. 


28  JUILLET-AOÛT  1891. 

MM.  Chwolson  ,  professeur  à  TUniversité  de  Saint- 
Pétersbourg. 

GiLLiÈRE  (Alph.), 'consul  suppléant  de  France, 
à  Constantinople. 

Clercq  (L.  de),  rue  Masseran,  5,  à  Paris. 

Clermont-Ganneau  ,  membre  de  l'Institut ,  se- 
crétaire-interprète du  Gouvernement,  pro- 
fesseur au  Collège  de  France,  rue  Newton, 
5 ,  à  Paris. 

GoHEN  SoLAL,  profcsscur  d'arabe  au  Lycée,  à 
Oran. 

GoLiN  (Gabriel),  licencié  en  droit,  breveté  de 
î' Ecole  des  langues  orientales ,  rue  de  Rennes , 
iSy,  à  Paris. 

GoLiNET  (Philippe),  professeur  à  l'Université, 
à  Louvain. 
*GoRDiER    (Henri),   professeur    à   l'Ecole    des 
langues  orientales  vivantes,  place  Vintimille, 
3 ,  à  Paris. 

GouLBER,  capitaine  au  2*  de  ligne  belge,  rue 
de  la  Prairie,  67,  à  Gand. 

Gourant  (Maurice),  élève-interprète,  attaché 
au  Gonsulat  de  Séoul  (Gorée). 
*Groizier  (le   marquis  de),   boulevard    de   la 
Saussaye ,  1  o ,  à  Neuilly. 

GusA  (le  commandeur),  professeur  d'arabe  à 
l'Université  de  Palerme. 

*Danon  (Abraham),  à  Andrinople. 


LISTE   DES  MEMBRES.  29 

MM.*Darmesteter  (James),  professeur  au  Collège 

de  France ,  rue  Bara,  9 ,  à  Paris. 
Débat  (Léon),  boulevard  de  Magenta,  i45,  à 

Paris. 
Decourdemanche  (Jean -Adolphe),  rue  Taille- 
pied,  4,  à  Sarcelles  (Seine-et-Oise). 
Delattre  (labbé),  rue  des  Récollets,   11,   à 

Louvain. 
Delondre,  rue  Mouton-Duvemet,  1 6,  à  Paris. 
*Delphin  (G.),  professeur  à  la  chaire  publique 

d*aràbe ,  à  Oran. 
*Derenbourg  (Hartwig),   professeur  à  TÉcole 

des  langues  orientales  vivantes,  rue  de  la 

Victoire,  56,  à  Paris. 
Derenbourg  (Joseph),  membre  de  Tlnstitut, 

rue  de  Dunkerque,  27,  à  Paris. 
Devéria    (  Gabriel ) ,    secrétaire    d'ambassade , 

interprète    du    Gouvernement,    boulevard 

Pereire ,  1 5 ,  à  Paris. 
DiEULAFOY  (M.),  ingénieur  en  chef,  impasse 

Gonti ,  2 ,  à  Paris. 
DiLLBiANN ,  professeur  à  TUniversité  de  Beriin , 

Schill  Strasse,  1 1  a,  à  Beriin. 
Donner  ,  professeur  de  sanscrit  et  de  philologie 

comparée  à  TUniversité  de  Helsingfors. 
Drouin,  avocat,  rue  de  VemeuU,  1 1 ,  à  Paris. 
DuKAS   (Jules),    rue   des   Petits-Hôtels,    9,  à 

Paris. 
DuRiGHELLO  ( Joseph-Augc) ,  antiquaire ,  à  Sidon 

(Syrie). 


30  JUILLET-AOÛT  1891. 

MM.  DoTKEuiL  DE  Rhins  ,  voyageuF  et  géographe ,  rue 
de  Toumon ,  4 ,  à  Paris. 

DuvAL  (Rubens),  rue  de  Sontay,  1 1,  à  Paris. 

*pARGUEs(F.),àTéhéran. 

*  Favre  (Léopold) ,  rue  des  Granges ,  6 ,  à  Genève, 
Feer  (Léon),  attaché  au  département  des  ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  nationale,  rue 
Félicien-David ,  6 ,  à  Auteuil-Paris. 

Fell  (Winand),  professeur  à  l'Académie  de 
-Munster. 

Ferraud  (Gabriel),  attaché  à  la  vice-résidence 
de  France,  à  Tamatave  (Madagascar). 

Ferte  (Henri),  drogman-chancelier  du  Con- 
sulat de  France ,  à  Alep. 

FiNOT  (Louis),  archiviste  paléographe,  attaché 
à  la  Bibliothèque  nationale,  rue  Monge,  68 , 
à  Paris. 

Flach,  professeur  au  Collège  de  France,  rue 
de  Berlin,  3 y,  à  Paris. 

FoucAux  (Edouard),  professeur  au  Collège  de 
France,  rue  de  Sèvres,  aS,  à  Paris. 

*  Fryer  (le  major  George),  Madras  Staff  Corps , 

Deputy  Commissioner,  British  Burmah. 
FtjjiYÉDA  (Takutsu),  élève  de  TEcole  des  hautes 
études,  avenue  Bosquet,  36,  à  Paris. 

Gaignière  (H.),  substitut  du  procureur  de  la 
République ,  à  Châlons-sur-Marne. 


LISTE  DES  MEMBRES.  31 

MM.  Gantin  ,  ingénieur,  élève  diplômé  de  TÉcole 
des  langues  orientales  rivanted,  rue  de  la 
Pépinière ,  i ,  à  Paris. 
GASdELtN  (Ed.),  consul  de  France,  à  Trébi- 

zonde. 
Gaudot  (Octave),  géomètre,  rue  d*Isly«  i5,  à 
Alger. 

*  Gautier  (Lucien),  professeur  d'hébreu  à  la  Fa- 

culté libre  de  théologie,  à  Lausanne. 
Grappin    (l'abbé),   professeur    de    syriaque  à 

rUûiversîté  catholique,  rue  d'Âssas,  47,  à 

Paris. 
Greppier  ,  professeur  au  lycée  de  Ben-Aknoun 

(Algérie). 

*  Gropp  (William  N.  ) ,  rue  Darwin ,  1 ,  Mustapha , 

à  Alger. 
Grosset,  licencié  es  lettres,  à  la  Facidté  des 

lettres ,  à  Lyon. 
Grossi  (Vinoenzo),  à  Pollone,  Biella  (Italie). 
*GuiEyssE  (Paul),  ingénieur  hydrographe  de  la 

marine,  rue  des  Écoles,  42,  à  Paris. 

*  GuiBfET  (Emile) ,  au  Musée  Guimet ,  place  dléna, 

à  Paris. 

*Halévy  (J.),  rue  Aumaire,  26,  à  Paris. 

HAMt  (le  D'y,  membre  de  l'Institut  conserva- 
teur du  Musée  d'ethnographie,  au  Troca- 
déro,  à  Paris. 

Hanoteau  (le général) ,  boulevard  Raspail ,  1 33, 
à  Paris. 


32  JUILLET-AOÛT  1891. 

MM/Harkavy  (Albert),  bibliothécaire  de  la  Biblio- 
thèque impériale  publique,  à  Saint-Péters- 
bourg. 

Harlez  (G.  de),  professeur  à  l'Université,  à 
Louvain. 

Hebbelynigk  (Adolphe),  professeur  à  l'Univer- 
sité, à  Louvain. 

Hélouis,  consul,  attaché  à  la  Légation  de 
France,  à  Tanger. 

Henry  (Victor),  professeur  à  la  Faculté  des 
lettres  de  Paris,  rue  Notre -Dame -des - 
Champs,  10 5,  à  Paris. 

Herbed  Meherjibhai  Palan ji  Madan  ,  Old  So- 
naporeLane,  Dhobitaias,  Bombay. 

*Hériot  (labbé  Étienne-Eugène-Louis),  à  Jéru- 
sdem. 

Hjérold  (Ferdinand),  licencié  es  lettres,  an- 
cien élève  de  TEcole  des  chartes,  boulevard 
Saint-Germain,  182,  à  Paris. 

*Hervey  de  Saint-Denys  (le  marquis  d'),  mem- 
bre de  l'Institut,  professeur  au  Collège  de 
France ,  avenue  Bosquet ,  9 ,  à  Paris. 

HoRST  (L.),  rue  des  Veaux,  20,  à  Strasbourg. 

HouDAs ,  professeur  à  l'Ecole  des  langues  orien- 
tales vivantes,  avenue  de  Wagram,  29,  à 
Paris. 

HuART  (Clément),  drogman  de  l'ambassade  de 
France ,  à  Constantinople. 


LISTE  DES  MEMBRES.  33 

MM.  Imbault-Huart  (Camille),  consul  de  France, 
à  Canton  (Chine). 

Jeànnier  (A.) ,  chancelier  du  Consulat  de  France, 

à  Bagdad. 
Jéquier  (Gustave),  rue  de  Médicis,  5,  à  Paris. 

*M"**Kerr  (Alexandre),  à  Londres. 
MM.  Kesseler    (Charles),  place    Saint -Charles,    à 
Tunis. 
KooLiROVSKi,  professeur  de  sanscrit  à  ITJniver- 

sité  de  Kharkov. 
KÙNOS    (Ignace),   docteur   de   TUniversité   de 
Buda-Pesth,  à  Constantinople. 

Lambert  (Mayer),  rue  Lafayette,  198,  à  Paris. 
Lambin  (Emile),  rue  Saint-Didier,  68,  à  Paris. 
Lancereau  (Edouard),  licencié  es  lettres,  rue 
de  Poitou ,  3 ,  à  Paris. 

*  Landberg  (Carlo ,  comte  de)  ,  docteur  es  lettres , 

Gœthestrasse ,  i  o ,  à  Stuttgart. 
Landes  (A.),  administrateur  des  afFaires  indi- 
gènes, à  Saigon  (Cochinchine). 

*  Lanman  (Charles) ,  professeur  de  sanscrit  k  Har- 

vard Collège,  à  Cambridge  (Massachusetts). 
Lavallée  Poussin  (Gaston  de),  élève  de  TEcole 

des  hautes  études ,  place  Vendôme ,   1 2 ,  à 

Paris. 
Leclerc  (le  D""),  médecin-major  de  i"*  classe, 

à  Ville-sur-Ulon  (Vosges). 

XTIU.  3 


IVNUMF.KIR    II4TI0!I/I1.V> 


J4  JUILLET-AOÛT  1891. 

M1V!L  Ledain,  rue  du  Calvaire,  35,  à  Saint-Gioud. 
l.EDOULX  (Alphonse  ),  drogman  de  T Ambassade 

de  France,  à  Constantinople. 
Lefevrk  (André),  licencié  es  lettres, nie  Haute- 
feuille  ,  2  1 ,  à  Paris. 
Lefevre  Pontalis,  rue  Montalivet,  5,  à  Paris. 
Leriche    (Louis),    drogman    au   Consulat   de 

France ,  à  Tanger. 
Leroux  (Ernest),  éditeur,  rue  Bonaparte,  28, 

à  Paris. 
*  Lestrange  (Guy),  piazza  Indipendenza,  22,  à 

Florence. 
Levé  (Ferdinand),  rue  Cassette,  17,  à  Paris. 
LÉvi  (Sylvain),  maître  de  conférences  à  TEcole 

des  hautes  études,  place  Saint-Michel,  1,  à 

Paris. 
LiÉTARD  (le  D*^),  médecin  inspecteur  des  eaux, 

à  Plombières. 
LoiSY  (l'abbé),  professeur  d'hébreu  à  TUniver- 

sité  catholique,  rue  d'Assas,  /i/i,  à  Paris. 
LoRGEOu  (Edouard),  interprète  du  Consulat  de 

France,  à  Bangkok. 
LiiciANi,  sous-chef  de  bureau  au  Gouvernement 

général,  à  Alger. 

*Machanoff,  professeur  au  Séminaire  religieux, 

à  Kazan. 
Mallet   (Dominique),    rue   Mazarine,   19,  à 

Paris. 
Marrache  ,  rue  Laffon ,  1  o  ,  à  Marseille. 


LISTE  DÉS  MEMBRES.  35 

MM.  Marïie  (Aristide),  chargé  du  Cours  de  malais 
et  de  javanais  à  TÉcole  des  langues  orien- 
tales, avenue  de  la  Grande-Armée,  4 9,  à 
Paris. 

Maunoir  (Charies),  secrétaire  général  de  la 
Société  de  géographie,  à  Paris. 
*  Maspero  ,  membre  de  Flnstitut ,  professeur  au 
Collège  de  France ,  ancien  directeur  général 
des  Musées  d'Egypte,  avenue  de  l'Obser- 
vatoire ,  2ti,  h.  Paris. 

Masqueray  (Emile),  directeur  de  TEcole  des 
lettres,  nue  Colbert,  1,  à  Alger. 

Massieu  de  Clerval  (Henri),  rue  Mademoi- 
selle ,  à  Versailles. 

Méchineau  (Tabbé),  rue  de  Sèvres,  35,  à 
Paris. 

Mehren  (le  D""),  professeur  de  langues  orien- 
tales, à  Copenhague. 

Meillet  (Antoine) ,  agrégé  de  grârtimaire ,  élève 
dé  l'Ecole  des  hautes  études,  boulevard 
Saint-Michel,  2 4,  à  Paris. 

Mercier  (E.) ,  interprète-traducteur  assermenté, 
membre  associé  de  l'Ecole  des  lettres  d'Alger, 
rue  Desmoyen ,  1 9 ,  à  Constantine. 

Merx  (A.),  professeur  de  langues  orientales,  à 
Heidelberg; 

Michel  (Charles) ,  professeur  à  l'Université,  rue 
de  Nassau ,  2  ,  à  Gand. 

MiCHKLEt,  colonel  du  génie  en  retraite,  rue  de 
l'Orangerie,  38,  à  Versailles. 

3. 


36  JUILLET-AOÛT  1891. 

MM.  MiLLOuÉ  (L.  de),  conservateur  au  Musée  Giii- 
met,  place  dléna,  à  Paris. 

*  Mission  archéologique  française,  au  Caire. 
*MocATTA  (Frédéric  D.),  Connaught  Place,  à 

Londres. 

MoHN  (Christian),  vico  Nettuno,  28,  Chiaja,  à 

Naples. 
MoNTET    (Edouard),   professeur    de    langues 

orientales  à  TOniversité  de  Genève ,  villa  des 

Grottes. 

MouLiÉRAS,  professeur  d'arabe    au   Lycée,  à 

Oran  (Algérie). 
MuiR  (Sir  William),   membre  du  Conseil  de 

rinde,  India  Office,  à  Londres. 
*MûLLER  (Max),  professeur  à  Oxford. 

Neubauer  (Adolphe),  à  la  Bibliothèque  Bod- 
léienne,  à  Oxford. 

Nouet  (labbé  René),  curé  à  Roëzé,  par  la 
Suze  (Sarthe). 

Oppert  (Jules),  membre  de  flnstitut,  profes- 
seur au  Collège  de  France,  rue  de  Sfax,  2, 
à  Paris. 

Ottavi  (Paul) ,  drogman-chancelier  du  Consulat 
général  de  France,  à  Zanzibar. 

*  Parrot-Laboissière  (Ed.-F.-R.),  Barrière  S**- 

Catherine ,  par  Moulins. 


LISTE  DES  MEMBRES.  37 

MM.  Patorni,  interprète  principal  à  la  division,  à 
Oran. 

Pereira  (Estèves),  lieutenant  du  génie,  Poço 
do  Borratem ,  4 ,  à  Lisbonne. 

Pertsch  (W.)^  bibliothécaire,  à  Gotha. 

Petit  (Tabbé),  àRomescamps,  par  Abancourt 
(Oise). 
*Philastre  (P.),  lieutenant  de  vaisseau,  inspec- 
teur des  affaires  indigènes  en  Cochinchine, 
à  Cannes. 

PiAT,  vice-consul  de  France  à  Bouchir  (golfe 
Persiqne). 

PiEHL  (le  D""  Kari) ,  docent  d*égyptologiç  à  fUni- 
versité,  à  Upsal.  ^ 

*  PiJNAPPEL ,   docteur  et  professeur  de  langues 
orientales,  à  Middelbourg. 

PiNART  (Alphonse),  à  San-Francisco. 

Platt  (William) ,  Callis  Court,  Saint-Peters ,  île 
de  Thanet  (Kent). 

Pognon,  consul  de  France,  à  Bagdad. 

PoPELiN    (Claudius),    rue    de   Téhéran     7,  à 

Paris. 
PoussiÉ  (le  D'),  rue  de  Valois,  2,  à  Paris. 

PRiETORius  (Franz) ,  Kaiser  Wilhelmstrasse,  59 » 
à  Breslau. 

Priaulx  (O.  de  Beauvoir),  The  Mount,  Guoi'- 

.  nesev. 
Prym  (le  professeur  E.)»  à  Bonn. 


« 


38  JUILLET-AOÛT  189L 

MM.  QvENTiN  (labbé),  aumônier  au  lycée  Louis-le- 
Grand ,  rue  Saint-Jacques ,  1 2  3 ,  à  Paris. 

Raboisson,  (Val^bé) ,  rue  de  Villiers,  8a,  à  Paris. 

Rat  (G.),  secrétaire  de  la  Chambre  de  com- 
merce, à  Toulon. 

Ravaisse  (P.),  chargé  de  cours  à  TEcole  des 
langues  orientales  vivantes,  avenue  Kléber, 
3  9 ,  à  Paris. 

Regnaud  (Paul),  maître  de  conférences,  pour 
le  sanscrit,  à  la  Faculté  des  lettres,  à  Lyon. 

*  Régnier  (Adolphe),  rue  de  Grenelle,  35,  à 

Paris. 
*Rehatsek  (Edward),  M.  G.  E. ,  à  Bombay. 
Remzi  Bey  (le  colonel  Hussein),  professeur  à 
rÉcole  impériale  de  médecine ,  à  Constanti- 
nople. 
Renan  (Ernest),  membre  de  l'Institut,  admi- 
nistrateur du  Collège  de  France ,  à  Paris. 
Reuter  (J.  N.),  licencié  es  lettres,  à  Abo  (Fin- 
lande). 
*Revillout  (E.),  conservateur  adjoint  au  Musée 
égyptien,  professeur  à  TÉcole  du  Louvre,  à 
Paris. 
^Reynoso  (Alvaro),  docteur  de  la  Faculté  des 
sciences  de  Paris,  à  la  Havane. 

*  Rimbaud,  rue  de  Versailles,  Sg,  au  Chesnay, 

près  Versailles. 
RiviÉ  (l'abbé),  curé  de  Saint-François-Xavier, 
boulevard  des  Invalides,  39,  à  Paris. 


LISTE  DES   MEMBRES.  3^ 

lVIM.*RoBERTsoN   Smith  (W.),   Christ's   Collège,    à 
Cambridge. 

*  RocHEMONTEix  (le  ixiarcjuis  de),  rue  des  Beaux- 

Arts  ,  1 1 ,  à  Paris. 
RoDET  (Léon),  ingénieur  des  tabacs,  rue  de  la 
Collégiale,  i,  à  Paris. 

*  Rolland  (E.  ),  rue  des  Fossés-Saint-Bernai'd ,  6 , 

à  Paris. 
RoNDOT  (Natalis),  ex-délégué  du  commerce  en 

Chine,  rue  Saint-Joseph,  20,  à  Lyon. 
Roque -Ferrier,    chancelier   du    Consulat   de 

France,  à  Tauris  (Perse). 
RosNY  (L.  de),  professeur  à  TEcole  des  langues 

orientales  vivantes,  avenue  Duquesne,  4 7,  à 

Paris. 
RosT  (Reinhold),  bibliothécaire  de  ITndia  Of- 
fice, à  Londres. 
RoTH  (le  professeur),  bibliothécaire  en  chef  de 

rUniversité,  à  Tubingue. 
Roussel  (Tabbé) ,  rue  des  Dames ,  1 2 ,  à  Rennes. 
*RuDY    (Ch.),    professeur,    rue    Royade,    7,    à 

Paris. 
Rylands  (W.  F.  S.  A.),  secrétaire  de  la  Société 

d'archéologie    biblique,    Hart    Street,    11, 

Bloomsbury,  à  Londres. 

Sabbathier,  agrégé  de  TUniversité,  rue  du 
Cardinal-Lemoine ,  1 5 ,  à  Paris. 

Sauvaire  (Henri),  consul  honoraire,  à  Rober- 
nier,  par  Montfort-sur-Argens  (Var). 


40  JUILLET-AOÛT  18QI. 

MM.  ScHEER  (Eugène),  inspecteur  des  écoles  indi- 
gènes de  TAlgérie ,  rue  Dupuch ,  i  o ,  à  Alger. 
ScHEFER  (Charies),  membre  de  l'Institut,  pro- 
fesseur de  persan  et  administrateur  de  l'Ecole 
des  langues  orientales  vivantes,  rue  de  Lille,  2 , 
à  Paris. 

ScHMiDT  (Valdemar),  professeur,  à  Copen- 
hague. 

Schwab  (M.),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 
nationale ,  rue  de  Trévise ,  1 4 ,  à  Paris. 

Senarï   (Emile),    membre   de   l'Institut,   rue 
François  I*^,  1 8 ,  à  Paris. 
*SiMONSEN,  rabbin,  à  Copenhague. 

SiouFFi,  consul  de  France,  à  Mossoul. 

SociN,  professeur  à  fUniversité,  Querstrasse, 
5 ,  à  Leipzig. 

SoiNûJECK  (de)  ,  interprète  principal  à  l'état-major 

de  Ja  division ,  à  Alger. 
jSpECHT   (Edouard),    rue   du  Faubourg-Saint- 

Honoré,  196,  à  Paris. 
Spiro  (Jean),  à  Vufflens-la-Ville,  près  Lausanne. 
Steinnordh  (J.  h,  W.),  docteur  en  théologie 

et  en  philosophie,  à  Linkôping., 
Strehly,  professeur  au  lycée  Louis-le-Grand , 

rue  de  Vaugirard,  16,  à  Paris. 

Taillefer,  docteur  en  droit,  ancien  élève  de 
l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales,  bou- 
levard Saint-Michel ,  8 1 ,  à  Paris. 


LISTE   DES   MEMBRES.  41 

MM.  Teutsch  (Alfred),  au  Consulat  général  de  France , 
à  Bangkok  (Siam). 

Textor  de  Ravisi  (le  baron),  rue  Treilhart,  8, 
à  Paris. 

TouHAMi  BEN  Larbi,  interprète  judiciaire  asser- 
menté à  Ksar  et-Tir,  Se tif  (Algérie). 

*TuRRETTiNi  (François),  rue  de  THôtel-de-Ville, 
8 ,  à  Genève. 
TuRRiNi  (Giuseppe),  professeur  de  sanscrit  à 
l'Université  de  Bologne. 

Vasconcellos-Abreu  (de),  professeur  de  sanscrit, 
rua  Barata  Salgueiro,  1 5 ,  à  Lisbonne. 

Vaux  (Bernard  de),  rue  Saint-Guillaume ,  i4, 

à  Paris. 
Vernes  (Maurice),  directeur  adjoint  à  TEcole 

des  hautes  études ,  boulevard  Saint-Germain , 

76,  à  Paris. 
ViLBERT  (Marcel) ,  drogman  de  l'Ambassade  de 

France,  à  Gonstantinople. 
ViNSON    (Julien),    professeur    à    l'Ecole     des 

langues  orientales  vivantes ,  rue  de  Beaune , 

3 ,  à  Paris. 

VissiÈRE  (Arnold),  premier  interprète  de  la 
Légation  de  France,  à  Pékin. 

ViTTO  (Errico),  consul  d'Italie,  à  Alep. 

Vogué  (le  marquis  Melchior  de),  membre  de 
rinstitut,  ancien  ambassadeur  de  France  à 
Vienne,  rue  Fabert,  2,  à  Paris. 


Zi2  JUILLET-AOÛT  1891. 

MM.  Wadi>ington  (W.-V.),  membre   de  Tlnstitut, 
ambassadeur   de    France   à    Londres,    rue 
de  la  Trémouille,  28,  à  Paris. 
*Wade  (Sir  Thomas),  Cleveland  Square,  Ixi, 
Hyde-Park,  à  Londres. 

WiLHELM  (Eug.),  professeur,^  à  léna. 

WoRMS  (René),  agrégé  de  philosophie,  élève 
de  l'École  des  hautes  éludes ,  rue  Quincam- 
poix,  35 ,  à  Paris. 
*Wyse  (L.-N.-B.),  lieutenant  de  vaisseau,  bou- 
levard Malesherbes ,  1  i  7,  à  Paris. 

ZoEROS  Pacha,  général  de  brigade,  profes- 
seur de  clinique  à  la  Faculté  de  médecine 
de  Constantinople,  rue  Agha  Haman,  à 
Péra: 
*ZoGUAPHOS  (S.  Exc.  Ghristaki  Effendi),  avenue 
lloche,  22  ,  ?i  Paris. 

ZoTENBERG  (H.-Th.),  bibliothécaire  au  dépar- 
tement des  maimscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale,  avenue  des  Ternes,  96,  à  Paris. 


II 


r  t 


LISTE  DES  MEMBRES  ASSOCIES  ETRANGERS 

SUrVANT  L^ORDRE  DES  NOMINATIONS. 

MM.  Rawlinson  (Sir  IL C),  à  Londres. 

Weber,  professeur  à  FUniversité  de  Berlin. 


LISTE  DES   MEMBRES.  43 

M.  Salisbury  (E.),  secrétaire  de  la  Société  orien- 
tale américaine,  à  Worcester  (Massachu- 
setts). 

m 

LISTE  DES  OUVRAGES 

PUBLIÉS  PAA  LA  SOCIÉTÉ   ASIATIQUE. 

Ed  vente  chez  Ernest  Leroux ,  éditeur,  rue  Bonaparte ,  2  8 ,  à  Paris. 

Journal  asiatique,  publié  depuis  1822.  Colleclion  com- 

plèle 1 ,000  fr. 

Chaque  année 2  5  fr. 

Choix  de  fables  arméniennes  du  docteur  Vartan,  en  armé- 
nien et  ea  français,  par  J.  Saint-Martin  et  Zolu'ab.  1826, 
in.8'' 3fr. 

Eléments  de  la  grammaire  japonaise,  par  le  P.  Rodrlguez, 
traduits  du  portugais  par  M.  C.  Landresse,  elc.  Paris, 
1825 ,  in-8°.  —  Supplément  à  la  grammaire  japonaise ,  etc. 
Paris,  1826 ,  in-8* . 7  fr.  5o 

Essai  sur  le  Pâli,  ou  langue  sacrée  de  la  presqu'île  au  delà 
du  Gange,  par  MM.  E.  Burnouf  et  Lassen.  Paris,  1826, 
in-8'.  (Épuisé.) 1 5  fr. 

Meng-tsed  vel  Mbncium,  latina  interpretatione  ad  interpre- 
tationem  tartaricam  utramque  recensita  instruxit ,  et  per- 
petuo  commentario  e  Sinicis  deprompto  illustravit  Stanis- 
las Julien.  Lutetiœ  Paris iorum ,  182^,  1  vol.  in-8°. .  .    9  fr. 

Yadjnadattabadha ,  ou  LA  Mort  dTadjnadatta,  épisode 
extrait  du  Ràmâyana,  poème  épique  sanscrit,  donné  avec 
le  texte  gravé,  une  analyse  grammaticale  très  détaillée, 
une  traduction  française  et  des  notes,  par  A.-L.  Chézy,  et 
suivi  d'une  traduction  latine  littérale,  par  J.-L.  Burnouf. 
Paris,  1826,  in-4°,  avec  quinze  planches 7  fr.  5o 


44  JUILLET-AOÛT  1891. 

Vocabulaire  de  la  langue  géorgienne,  par  J.  Klaprotli. 
Paris j  1827,  in-8° 7  fr.  5o 

Elégie  sur  la  Prise  d'Édesse  par  les  Musulmans  ,  par  Ner- 
sès  Klaietsi,  patriarche  d* Arménie,  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  en  arménien,  revue  par  le  docteur  Zohrab. 
Paris,  1828,  in-8" 4  Tr.  5o 

La  Reconnaissance  de  Sagountalâ  ,  drame  sanscrit  et  prâ- 
crit  de  Gâlidâsa ,  publié  pour  la  première  fois  sur  un  ma- 
nuscrit unique  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  accompagné 
d'une  traduction  française,  de  notes  philologiques,  cri- 
tiques et  littéraires,  et  suivi  d'un  appendice,  par  A.-L. 
Chézy.  Paris,  i83o,  in-A",  avec  une  planche lO  fr. 

Chronique  géorgienne,  traduite  par  M.  Brosset.  Paris,  Im- 
primerie royale,  i83o,  grand  in-8" 9  fr. 

Ghrestomathie  chinoise  (publiée  par  Klaproth).  Paris, 
i833,  in-8" 7  fr.  5o 

Eléments  de  la  langue  géorgienne,  par  M.  Brosset.  Paris j 
Imprimerie  royale,  1837,  10-8° 9  fr. 

Géographie  d'Abou'lféda  ,  texte  arabe  publié  par  Reinaud 
et  le  baron  de  Slane.  Paris,  Imprimerie  royale,  i84o, 
in-4".  . *. 24  fr. 

Râdjataranginî,  ou  Histoire  des  rois  du  Kachmîr,  publié 
en  sanscrit  et  traduit  en  français,  par  M.  Troyer.  Paris, 
Imprimerie  nationale,  3  forts  vol.  in-8'* 20  fr. 

Précis  de  législation  musulmane  ,  suivant  le  rite  malékite , 
par  Sidi  Khalil,  publié  sous  les  auspices  du  Ministre  de  la 
guerre,  5'  édition.  Paris,  Imp.  nat. ,  i883 ,  in^". ...    6 fr. 


OUVRAGES  PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.     45 


COLLECTION  D'AUTEURS  ORIENTAUX. 

Les  Voyages  d*Ibn  Batodtah  ,  texte  arabe  et  traduction  par 
MM.  G.  Defrémery  et  Sanguinetti.  Paris ,  Imprimerie  na- 
tionale, 4  vol.  in-8°.  Chaque  volume 7  fr.  5o 

Table  alphabétique  des  Voyages  d'Ibn  Batoutah.  Paris , 
1859,  in.8» • 2  fr. 

Les  Prairies  d*or  de  Maçoudi,  texte  arabe  et  traduction 
par  M.  ^rbier  de  Meynard  (les  trois  premiers  volumes 
en  collaboration  avec  M.  Pavet  de  Courteille).  9  vol.  in-8'*. 
(Le  tome  IX  comprenant  Tlndex.  )  Chaque  vol. . .  7  fr.  5o 


Le  Mahâvasto  ,  texte  sanscrit,  publié  pour  la  première  fois, 
avec  des  Introductions  et  un  Commentaire ,  par  M.  Em.  Se- 
riarl.  Volumes  I  et  II.  2  forls  volimies  in-8''.  Chaque  vo- 
lume      2  5  fr. 

Chants  populaires  des  Afghans  ,  recueillis ,  publiés  et  tra- 
duits par  James  Darmesteter.  Précédés  d'une  Introduction 
sur  la  langue,  l'histoire  et  la  littérature  des  Afghans. 
1  fort  vol.  in-8'' 20  fr. 


Nota.  Les  membres  de  la  Société  qui  s'adresseront  directement 
au  libraire  de  la  Société,  M.  Ernest  Leroux,  rue  Bonaparte,  28,  à 
Paris,  auront  droit  à  une  remise  de  33  p.  0/0  sur  les  prix  de  tous 
les  ouvrages  ci-dessus ,  à  l'exception  du  Jonrnal  asiatique. 


46  JUILLET-AOÛT  1891. 

NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE. 

MONUMENTS  ET  INSCRIPTIONS  FATIMITES, 

PAR 

M.  MAX  VAN  BERCHEM. 

(suite.) 


ABU  'ali  el-mansûr  el-amir  (AgS-Sa^)- 

Mosquée  El-Aqmat\  —  Cette  petite  mosquée 
fournit  sa  part  d'inscriptions  et  de  documents  ar- 
chéologiques au  groupe  fatimite. 

Mîiqrîzi,ll,  290  :  «  Ibn^Abd  ez-Zâhir  dit  :  «  Lem- 
«  placement  de  cette  Mosquée  était  occupé  par  des 
«  marchands  de  fourrage ,  et  le  bassin  de  la  cour  se 
«  trouve  à  l'endroit  où  était  le  Belvédère^.  Le  calife 
«  El-Amir  et  le  vizir  El-Ma'mûn  el-Batâ*îhi  ^  en- 
«  treprirent  d'y  construire  une  Mosquée . . .  elle  fut 
«  achevée  du  vivant  du  calife ,  en  5  1 9 .  »  On  dit  que 
les  noms  d'El-Àmir  et  d'El-Ma'mûn  y  étaient  in- 
scrits. .  .  Ces  deux  noms  sont  encore  gravés  sur 
une  plaque  au-dessus  du    mihrâb,   qui   mentionne 

^  Sur  la  topographie  de  cette  partie  de  ia  ville  sous  les  Fati- 
mites,  voir  Ravaisse,  loc.  cit.,  t.  I,  p.  \']2 ,  t.  III,  p.  33  et  suiv. 

^  Le  texte  porte  ici  ^^Lk>Jl  ^^  ^^^Ul;  sur  ce  personnage  voir 
surtout  Maq.,  1,  462. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE   ARABE.  47 

la  restauration  de  la  Mosquée  par  El-Malik  ez-Zâhir 
Barqûq^  Cette  Mosquée  porte  le  nom  de  Gânu, 
quoiqu'on  n'y  fasse  pas  le  sermon  du  vendredi. 

«En  Regeb  799,  l'émir  Yalbogha  ibn  'Abdallah 
es-Sâlimi,  vizir,  conseiller  et  astâdâr^,  un  des  mam- 
louks  d'El-Malik  ez-Zâhir,  la  restaura  et  construisit 
à  l'extérieur  de  la  porte  ouest  ^  des  boutiques  avec 

^  Le  texte  de  Roulaq  porte  par  erreur  Bîbars  au  lieu  de  Barqûq  ; 
tous  deux  portaient  le  même  surnom  d'El-Malik  ez-Zâhir.  La  date 
donnée  par  Maqrîzi  et  les  inscriptions  de  la  mosquée ,  qui  portent  le 
nom  de  Barqûq ,  rendent  cette  correction  parfaitement  certaine. 

^  Sur  ce  mot,  voir  Quatremère,  Hist.  des  sultans  Mamlouks, 
'  t.  I  a,  p.  25,  n.  25;  Maqrîzi,  II,  222. 

'  <^>feJl  désigne  ici  l'ouest,  on  va  voir  pourquoi.  On  sait  que 
Maqrîzi  appelle  les  quatre  points  cardinaux  c^^  «  nord  » ,  ^La  c  est  s , 
J4*  «sud»  et  oXé  «ouest».  Pour  éviter  toute  confusion,  j'ai  suivi 
l'usage  de  Maqrîzi,  quoique  ces  termes  appliqués  aux  quatre  fa- 
çades d'une  mosquée  ne  soient  pas  parfaitement  exacts.  La  mos- 
quée s'oriente  toujours  vers  la  Mecque;  on  a  admis  pour  cette  loi 
générale  une  certaine  tolérance  exigée  par  des  nécessités  pratiques 
d'emplacement,  de  plan  général,  etc.  Maïs  cette  tolérance  dans 
l'orientation  des  façades  n'existe  pas  pour  la  qibla,  qui  regarde 
autant  que  possible  directement  vers  la  Mecque,  et  qui  prend  par- 
fois une  position  oblique  dans  la  muraille  si  celle-ci  n'est  pas 
orientée  exactement.  Pour  le  Caire,  la  Mecque  est  à  l'est-sud-est ,  et 
de  fait  les  mosquées  du  Caire  sont  presque  toutes  orientées  dans  cette 
direction,  de  sorte  que  la  qihla  se  trouve  dans  une  façade  orientée 
plutôt  à  l'est  qu'au  sud.  Le  sens  de  sud  donné  au  mot  qihll  vient 
probablement  de  la  Syrie,  où  la  qibla  est  constamment  orientée 
vers  le  sud,  et  ce  sens  s'est  conservé  en  Egypte  pour  désigner  la 
direction  générale  du  midi.  Ainsi  la  façade  appelée  qihli  par  Ma- 
qrîzi n'est  pas  celle  qui  porte  la  qihla,  mais  celle  qui  regarde  le 
sud-sud-ouest.  Cependant  Maqrîzi  lui-même  n'est  pas  toujours  con- 
séquent dans  l'emploi  de  ces  termes.  Chez  lui ,  <^^  désigne  quel- 
quefois l'ouest,  parce  que  le  Nil,  qui  coule  à  V  ouest  du  Caire,  porte, 
comme  la  Méditerranée,  le  nom  de  hahr.  Tel  est  le  cas  ici;  en  effet. 


48  JUILLET-AOÛT  1891. 

des  chambres  au-dessus.  li  établit  dans  fei  cour  de 
la  Mosquée  un  beau  bassin  alimenté  par  une  roue 
à  eau;  il  le  fit  élevé,  de  sorte  que  Teau  coidait  par 
des  robinets  de  bronze  sur  les  fidèles  qui  faisaient 
leurs  ablutions.  Il  dressa  une  chaire  dans  le  sanc- 
tuaire et  le  culte  y  fut  fait  pour  la  première  fois  le 

vendredi  k  Ramadan  de  la  même  année Il 

bâtit  un  minaret  à  droite  du  mihrâb  septentrional (?), 
blanchit  toute  la  Mosquée  à  la  chaux  et  en  fit 
peindre  les  parements  (^*>^-»)  en  bleu  et  en  or  ^.  .  . 
Au-dessus  du  mihrâb,  il  fit  mettre  une  plaque  qui 
reproduit  Tinscription  primitive  et  mentionne  la, 
restauration  de  la  Mosquée,  avec  la  liste  des  titres  et 
surnoms  de  Témir^.  .  . 

«  Le  minaret  et  le  bassin  construits  par  Témir  Es- 
Sâlimi  subsistèrent  jusquen  81  5.  En  cette  année, 
un  Jiqih  qui  avait  la  surveillance  de  la  Moscipiée  dé- 
la  façade  ouest  (O.  N.'O.)  est  la  seule  qui  possède  une  porte  et  qui 
soit  masquée  par  des  boutiques.  De  même  JJ!*  désigne  parfois 
la  façade  de  la  qibla,  c'est-à-dire  la  façade  est  (E.  S.  E.).  Voir  à  ce 
sujet  Ravaisse,  op.  cit.,loc.  cit.,  1. 1,  p.  432,  n.  1,  et  Corbett  Bey, 
History  of  the  mosque  of  Âmr  (J.  R.  A.  Soc,  t.  XXII,  p.  759). 

*  ^ù^  ne  peut  guère  s'appliquer  aux  façades  extérieures,  qui 
n'offrent  aucune  trace  de  peinture.  Il  s'agit  plutôt  du  mur  de  fond 
du  sanctuaire ,  ou  en  général  des  parements  à  l'intérieur,  où  se  con- 
centre la  décoration  polychrome  dans  les  mosquées  des  Mamlouks. 

*  Maqrîzi  place  ici  la  description  de  l'abreuvoir  et  du  puits  de  la 
mosquée.  Ce  dernier  faisait  partie  d'un  ancien  couvent  copte  ap- 
pelé le  Couvent  des  ossements,  détruit  par  Gauhar  lors  de  la  con- 
struction des  palais  fatimites.  Je  saute  ce  passage  sans  intérêt  pour 
l'histoire  de  la  mosquée  même ,  en  renvoyant  au  texte  de  Maqrîti 
(TI,  290,  1.  23)  et  au  travail  de  M.  Ravaisse  (loc.  cit.,  t.  I, 
p.  417,  476  et  suiv.). 


V 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  49 

cida  de  détruire  le  minaret  parce  qu'il  s  était  in- 
cliné. Il  fut  démoli,  et  le  bassin  fut  desséché  parce 
que  Teau  se  corrompait  en  passant  près  du  mur 
méridional  de  la  Mosquée  ^.  Le  sermon  s'y  fait  en- 
core de  nos  jours.  » 

L'examen  de  cet  édifice  prouve  une  fois  de  plus 
l'exactitude  de  Maqrîzi;  presque  tous  les  détails  de 
sa  description  se  trouvent  confirmés.  La  mosquée 
El-Aqmar,  loin  d'être  un  «  monceau  de  décombres^  », 
est  au  contraire  assez  bien  conservée.  Elle  est  située 
dans  la  grande  artère  qui  traverse  le  Caire  de  la 
Porte  de  Zuwêle  à  la  Porte  des  Conquêtes ,  dans  le 
.  prolongement  du  Marché  au  cuivre  (Siiq  en-Nah- 
hasîn),  du  côté  de  cette  dernière  porte,  à  l'est  de  la 
rue  et  à  peu  près  en  face  de  la  mosquée  moderne 
de  Silahdâr.  Les  boutiques  et  les  logements  observés 
par  Maqrîzi  existent  encore  ;  ils  donnent  sur  la  rue 
et  masquent  entièrement  la  façade  primitive.  Seul  un 
petit  minaret  moderne  signale  l'édifice,  dans  lequel 
on  pénètre  par  une  porte  étroite  entre  deux  bou- 
tiques. Les  façades  primitives  des  mosquées  fati- 
mites  se  trouvent  souvent  en  retrait  de  quelques 
mètres  sur  l'alignement  actuel  de  la  rue;  de  même, 
les  façades  de  plusieurs  monuments  mamlouks  sont 

*  C*est-à-dire  sans  doute  :  «  en  traversant  le  vieux  cimetière  du 
Couvent  des  ossements  ».  Qibli  désigne  probablement  ici  le  mur  sud 
(S.  S.  0.).  Voir  à  ce  sujet  une  note  précédente,  p.  A 7. 

*  Ravaisse,  Essai,  loc»  cit,,  p.  477;  cf.  2"  partie , /oc.  cit. ,  t.  III, 
p.  38. 

XTIII.  4 


IHMIIMBBiB    «ATIUXALS. 


50  JUILLET-AOÛT  1891. 

déjà  cachées  à  leur  base  par  des  boutiques  qui  s'ou- 
vrent sur  ia  rue.  Ce  fait  dénote  qu'à  l'époque  fati- 
mite  les  rues  principales  du  Caire  étaient  plus  larges 
qu'elles  ne  le  sont  aujourd'hui,  et  qu'elles  se  sont 
progressivement  rétrécies.  Dans  sa  description  du 
Caire  fatimite,  Nâsir-i  Khosrau  remarque  que  les 
maisons  sont  largement  séparées  les  unes  des  au- 
tres, et  entourées  de  jardins,  ce  qui  prouve  encore 
que  la  ville  d'alors  était  moins  resserrée  que  la  ville 
actuelle  ^ 

La  mosquée  a  subi  des  restaurations  divises, 
mais  le  plan  général  est  primitif  ainsi  qu'une  bonne 
partie  des  matériaux,  car  k  présence  d'arcs  à  profil 
persan  trahit  dès  l'abord  la  construction  fatimite. 
C'est  un  petit  échantillon  du  plan  classique  des  mos- 
quées :  cour  centrale,  bordée  à  l'est  par  un  sanc- 
tuaire à  trois  rangs  de  colonnes  et  d'arcs  à  tympans 
portant  une  toiture  plate,  et  par  des  portiques  à 
un  rang  sur  les  autres  côtés.  Les  colonnes  et  les 
chapiteaux  sont  gréco-romains  ;  ces  derniers  portent 
des  abaques  reliés  par  des  chaînages  de  solives.  Les 
tympans  des  arcs  sont  en  briques ,  les  murs  de  clô- 
ture en  pierres  de  taille  de  dimensions  moyennes^ 
comme  dans  la  plupart  des  mosquées  fatimites. 
Ainsi  les  restaurations  du  vin'  siècle  se  sont  bornées 
à  peu  de  chose  dans  l'édifice  même.  Les  tympans 
des  arcs  sur  les  quatre  faces  de  la  cour  présentent 
les  traces  d'une  restauration  à  l'époque  turque. 

^  Ed.  Schefer,  p.   iSa,  i33;  cependant  Tauteur  remarque  déjà 
l 'élroitesse  des  rues. 


NOTES  P^ARCHÉOLQGIE  ARABE.  51 

Au-dessus  de  la  qibla,  qui  est  décorée  danç  le 
style  du  vnf  siècle  de  Thégire,  se  trouve  Tinscrip- 
tion  de  Téinir  Yalbogfaa.  Ecrite  en  grands  caractères 
arrondis,  elle  est  tellement  badigeonnée  qu'on  ne 
peut  la  déchiffrer  qu'à  grand  peine  : 

Après  le  bismillâh  et  Coran,  i^,   q6i  :  Jj^  yi\ 

yJu)1  <Xa«]|  Kk93  jM  ^j^s^  (ij^^  «XAJUy  J;l  jOAiai]  éSX\ 
^^  ^ kXjl^^  t^^p'*^'  «^  *^  '^^  "-^ «M^' 

La  cpnstiTbction  de  la  cjiaire,  du  minaret  ^t  des  autres  par- 
ties détruites  a  été  ordonnée  sous  le  règne  de  notre  maitre 
le  5ukan  E^-Ma^  ez-Zâblr  Ai)u  Sa^id  Barqûq,  qu'Ailâh 
yeâie  sur  «on  boniieur,  par  ie  pauvre  serviteur  en  Â&âfb 
l^'A^ia,  Alm^m^^âli  ^b|D  'A^daliàk  Y^^gb^  çsrSMiniî , b  ^a- 
pé^pte^  Iç  S9^Ç . ....    gçl'AJIMi  fcj  3oJt  prppijce  i^s  ce 

monde  et  fiaxis  Tautre,  et  qu  il  le  place |iu  :mois  vénéré 

de  Bamadan  de  fan  799.  Cette  Mosquée  avait  été  construite 
MUS 4e  céMe  El-Àmirbfàhkâmi-Uâh,  fils  dEH-Mosta^H Mlâb , 
«a  Tan  6 1 9  de  i*bégire  eu  Propliète. 

La  chaire  porte  Tinsiçrjjptipn  suiya,nte  : 


52  JUILLETAOÛT  1891. 

^L^l  ui;  aW!  Jcîx  [  jLo-  ^1  jy\  ^!  .XajJ! 

A  ordonné  la  construction  de  cette  chaire  sous  le  règne  de 

notre  maitre  le  sultan  £1-Malîk  ez-Zâhir  Barqûq le 

pauvre  serviteur  [en  Allah  Ta'âla]  ^AbdaUâh  Yalbogha  es- 
Sâlimi ,  le  hanéfite ,  le  soufi ,  le  serviteur  d*El-Malik  ez-Zâhir, 

qu'Allah  lui  soit  propice  dans  ce  monde  et  dans  f  autre 

au  mois  vénéré  de  Ramadan  de  Tan  799. 

Telles  sont  les  seules  restaurations  apparentes  de 
Témir  Yalbogha.  Le  bassin  de  la  cour  et  ie  minaret 
ont  en  effet  disparu,  et  ie  petit  minaret  moderne 
qui  s'élève  au-dessus  de  la  porte  est  insignifiant. 

Le  principal  intérêt  de  la  mosquée  se  concentre 
sur  la  façade  ouest.  En  pénétrant  dans  la  maison 
adossée  contre  le  mur  extérieur  à  Tangle  nord-ouest, 
on  se  trouve  dans  un  pauvre  logement  dont  le  mur 
de  fond  est  formé  par  la  façade  primitive.  Son  ap- 
pareil se  compose  de  grandes  pierres  dun  calcaire 
à  grain  serré,  à  parements  lisses  et  jointes  à  mor- 
tier, trahissant  les  méthodes  de  l'époque  fatimite.  Le 
centre  de  la  façade  est  occupé  par  une  belle  rosace 
en  pierre  avec  des  inscriptions  et  des  ornements 
délicats  découpés  en  claire-voie  ^  La  rosace  est  en- 


^  Au  centre  de  la  rosace,  on  lit  les  noms  Jg^  oC».^,  sculptés  à 
jour  dans  la  pierre  «  et  tout  autour  une  légende  coranique  (IX ,  55 , 
ou  XXXIII,  33). 


NOTES  D^ARCHÉOLOGIE  ARABE.  53 

cadrée  par  une  niche  en  forme  de  coquille  et  à  profil 
persan,  sillonnée  de  grosses  côtes  rayonnantes ^ 
A  droite  et  à  gauche,  la  façade  est  décorée  de 
niches  à  fond  plat  dont  larchivolte  présente  le 
même  profil  persan;  ce  motif  de  décoration  des 
façades,  qu'on  retrouve  à  la  mosquée  d*Es-Sâlih 
(voir  plus  bas,  p.  63)  et  sous  les  Ayoubites  à  la 
medrese  Es-SMihîye,  disparait  à  Tépoque  des  Mam- 
louks. 

Sur  toute  la  longueur  de  la  façade  courent  deux 
bandeaux  de  marbre  portant  des  inscriptions  :  Tun  , 
à  mi-hauteur,  divise  les  niches  par  le  milieu  ;  Tautre , 
plus  large,  se  développe  au  son>met  de  la  façade, 
sous  le  couronnement.  Ces  inscriptions  sont  fort 
endommagées;  plusieurs  pierres  en  sont  tombées, 
dautres  ont  été  cassées  ou  replacées  en  sens  in- 
verse; la  plupart  sont  recouvertes  d'une  épaisse 
couche  de  plâtre  durci  qui  cache  entièrement  les 
caractères.  Enfin  la  façade  est  coupée  en  plusieurs 
endroits  par  des  murs  de  refend  qui  séparent  les 
misérables  constructions  appuyées  contre  elle.  Après 
un  long  travail,  j'ai  pu  en  lire  assez  pour  reconsti- 
tuer le  texte  dans  ses  parties  essentielles,  en  compa- 

'  La  niche  à  grosses  côtes ,  caractéristique  de  l'époque  fatimite , 
se  retrouve  dans  le  mausolée  de  Sitta  Nafîsa  au  sud  du  Caire,  et 
dans  celui  de  Sitta  Rukaiya ,  décrit  par  M.  Ravaisse  (Sur  trois  mih- 
râbs  en  bois  sculpté,  dans  les  Mérn.  de  l'Inst.  é^pt.,  t.  II,  p.  32  du 
tir.  à  part).  Pour  les  origines  de  ce  motif,  soit  dans  les  mihrâbs, 
soit  sur  les  façades ,  voir  les  curieux  édicules  coptes  du  musée  de 
Boulaq  dansGayet,  Monuments  copies  du  mnscc  de  Boulaq ,  pi.  XVI- 
XX. 


54  JUILLET-AOÛT  1891. 

rant  ces  deux  inscriptions  l'une  avec  l*tftltre  ott  àrëc 
les  autres  textes  fatimites. 

Bandeau  supérieur.  —  Lès  lettfes  taiUéès  en  fdid' 
ont  environ  28  centimètres  de  hauteur.  Beau  àtjlé 
coufique  ;  peu  de  rinceatix.  Pont  justifief  là.  fé^li- 
tution  du  texte,  je  lé  donne  d'abord  dartd  âon  état 
actuel  : 

(Le  début  est  caché  dans  les  maisons). 

environ]  I>1  JJLl!  M  Jl  Uyu  ^yy^/:3^\  U^U»!^  (j^^U^I 
Qjuut^JLt  ^t  ^1  J^  [      ]^\  À^\  ijéy,^  y*a>]  [  1  niëtf e 

M  I  Liftât  iuU  51  l^lt  »Us  i^:>U3  ^  I  (ànglé  N.  O.) 

cette  pierre  est  re-)  ^1  j-^^  |  I  «>wifr  c^y^l  I  <j>»^l  ^ 

4^t  yKÀ\  iuikj  ^^  ^\  I  I  «Lsj  >l^  I  (tournée 

.X>Uu«^3  tfjM^  XmU  Aaaw  i^  Aa^  J^'^  ^^«x»  j»!^!^ 

Voici  la  restitution  certaine  pour  les  parties  con- 
servées, approximative  pour  le  début  de  Tinsorip- 
tion  : 


u^j^  ^ . . .  aa^^i  u  ; -.  ^^\  (^yi  AMI  ^] 


\ 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  55 

^^U)   ?:>!^]  ^iUUl  AMt  dl^p  y**/î)|    UySLoî, 

p  p  p 

A-X4^  Ji^l^  A3;4X*  pl^l^  (;)^iil  ^1  *5Ub  ^laj 


[ ...  La  conslniction  de  cet  édifice  a  été  ordonnée  par  le 
serviteur  de  notre  seigneur  et  maître  rimàm  El-Amir  brah- 
kàmi-liàh,  fils  de  rimâm  £l'Mu3ta4i]  bUlàii,  prince  des 
croyants  —  que  les  bénédictions  divines  reposent  sur  eux, 
sur  leurs  purs  ancêtres  et  leurs  nobles  descendante  —  pour 
recliercher  la  faveur  d'Allah,  le  roi  généreux  (?)  (ou  tout- 
puissant  ?  ?)  [ Allah!]  prête  secours  aux  armées  de 

rimâm  El-Amir  bi^a^kâmi-llâh ,  le  prince  des  croyants ,  pour 

établir  la  preuve  évidente  (de  ta  puissance?)  [ (a  été 

ordonnée)  par  le  très  noble  seigneur,  commandant  des  ar- 
mées, glaive  de  l'islam  et]  protecteur  de  l'imam,  garant  des 
mi^trats  musulmans  et  guide  des  apôtres  de  la  foi ,  Abu 
'Abdallah  Muhammed  le  serviteur  d'El-Àmir,  qu'Allah 
fasse  de  lui  le  soutien  de  la  religion,  qu'il  prolonge  ses  jours 
pour  le  plus  grand  bien  du  calife,  qu'il  donne  la  durée  à  son 
pouvoir  et  l'élévation  à  sa  parole,  en  l'an  5 1 g. 

Cette  restitution ,  comme  on  le  voit,  permet  d'uti- 
liser tous  les  fragments  de  Tinscription  en  les  remet- 
tant à  leur  place.  On  ne  trouve  guère  de  place,  il 
est  vrai,  pour  les  mots  manquants  . . .  cX^^t  ^xLJI 


NOTES  D'ARCHEOLOGIE  ARABE.  57 

bi  *ahkàmi-llâh]  fils  de  l'imam  El-Musta^li  billàh,  le  prince 
des  croyants,  que  les  bénédictions  d'Allah  soient  sur  lui, 
[sur  ses  saints  ancêtres,  etc.  le  très  noble  seigneur]... 
Ma'mûn  (?),  le  général  des  armées  [le  glaive  de  rislam,etc. 
Abu  ^Abdallah  Muhammed ,  etc .  • .  qu'il  prolonge  ses  jours 
pour  le  bien]  du  calife,  qu'il  donne  la  durée  à  son  pouvoir 
et  l'élévation  à  sa  parole,  (en  l'an)  [5]  19. 

Les  deux  inscriptions  se  complètent  lune  par 
l'autre,  et  dans  la  seconde,  les  mots  manquants  rem- 
plissent assez  exactement  les  intervalles  mesurés.  Le 
seul  point  obscur  de  ce  dernier  texte  est  le  groupe 
y\  à  la  4*  ligne,  qui  peut  s'expliquer  de  la  manière 
suivante  : 

Le  vizir  nommé  dans  la  première  inscription  est 
Abu  ^Abdallah  Muhammed,  surnommé  El-Ma'mûn 
el-Batâ'ihi.  On  sait  qii'il  remplaça  le  vizir  El- Afdal, 
le  fils  de  Bedr  el-Gamâli ,  mis  à  mort  par  El-Âmir 
en  5 1 5 ,  et  qu'il  exerça  ses  fonctions  jusqu'en  619, 
année  où  il  fut  exécuté  à  son  tour  par  l'ombrageux 
calife.  C'est  de  lui  que  parle  Maqrîzi  dans  la  descrip- 
tion que  nous  avons  traduite  plus  haut.  Comme  ses 
deux  prédécesseurs,  le  vizir  El-Mamûn  fut  un  grand 
constructeur  ;  on  lui  doit ,  outre  la  mosquée  El-Aq- 
mar,  plusieurs  monuments  aujourd'hui  disparus  et 
décrits  par  Maqrîzi  ^ 

On  pourrait  donc  songer  à  lire  ici  :  (j)>-«t(-lt) 


^  Voir  à  ce  sujet  Ravaisse,  Sur  trois  mihrâbs  en  bois  sculpté, 
p.  16.  —  Sur  le  vizir  lui-même,  voir  ibid.;  Maqrîzi,  I,  462; 
Wûsteufeid,  Gesch,  der  Fatimidenckalifen ,  p.  291  et  suiv.;  Ibn 
Khaiiikân,  trad.  de  Siane,  1. 11,  p.  427,  n.  2  ;  t.  III,  p.  455  et  suiv. 


58  JUILLET-AOÛT  1801. 

^^UbJt);  cependant  cette  restitution  se  heurte  à 
quelques  difficultés.  D*abord,  dans  la  première  in- 
scription, le  vizir  est  mentionné  seulement  par  son 
surnom  (feanya)  et  son  nom  propre  (Abu  ^Abdallah 
Muhammed);  en  outre,  dans  cette  même  inscription 
comme  dans  tous  les  textes  fatimites  où  le  nom  du 
vizir  est  donné,  ce  nom  se  trouve  ojprh  tous  les  titres 
honorifiques;  enfin  il  n'y  a  aucune  place  pour  resti- 

tuer  le  mot  ^^IkJI,  et  Tordre  des  pierres  ne  paraît 
pas  avoir  été  changé. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  point  de  détail ,  il  reste 
prouvé  que  la  mosquée  a  été  construite  en  5 1  g  de 
l'hégire  par  El-Ma'mûn ,  comme  le  dit  Maqrîzi  ^  et  que 
la  description  de  cet  auteur  est  confirmée  en  tout 
point  par  l'examen  que  nous  avons  entrepris. 

A  cette  époque  appartiennent  encore  deux  des 
tnihirâbs  décrits  et  publiés  par  M.  Ravaisse.  Celui 
d'El-Azhar  est  daté  de  la  même  année  5 1  g  ;  celui 
du  mausolée  de  Sitta  Rukaiya  paraît  être  contem- 
porain 2. 

abuVmansur  isma^îl  ez-zafir  (54g-556). 

Mosquée  EUFakahâni,  — Maqrîzi,  II,  2g3  :  «  Cette 
Mosqiiée  est  situé  au  Caire,  au  milieu  de  l'ancien 
Marché  des  Selliers,  qu'on  appelle  aujourd'hui  le 

^  Et  non  en  5 1 5  «  suivant  Ibn  Khallikân ,  trad.  de  Slane ,  t.  III , 
p.  467. 

*  Ravaisse,  op,  cit.  Il  en  sera  question  plus  loin,  à  propos  de  la 
décoration  sous  les  Fatimites. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  ÎW 

Marché  des  Rôtisseurs.  Elle  se  nommait  antrefois  la 
Mosquée  très  glorieuse  (el-gâmr  el-afkhar);  on  lap- 
pelle  aujourd'hui  la  Mosquée  des  Fruitier»  (gânû^ 
el^fakihiyin)  ^.   C'est  une  mosquée  fatimite,  qui  a 

été  construite  par  le  calife  Ez-Zâfir en  543, 

suivant  Ibn  'Abd  ez-Zâhir.  » 

Cette  mosquée  est  située  dans  la  partie  méridio- 
nale de  la  rue  Ghûrîye,  près  du  5^61/  de  Méhémet- 
Ali.  Elle  a  été  entièrement  restaurée  à  Tépoque 
turque  et  n'offre  d'autre  intérêt  archéologique  que 
la  date  de  sa  fondation  '.  Parmi  les  inscriptions  mo- 
derne» qui  là  décorent,  il  su£Git  de  mentionner 
celle  du  sebtl  situé  à  l'angle  nord-ouest  de  Tédifice  : 

j^l  ($UL  jLu  M  Jl  jjJuUI  d;L4t  J*A^I  tô^  uJÎ 


J0< 


Le  mot  persan  l*xiïo  désigne  un  fonctionnaire 
public  à  l'époque  turque,  une  sorte  de  sous-vizir. 
La  forme  arabe  moderne  est  aa^I^,  qui  se  prononce 


ï  y^S^SLiJI,  plur.  de  <^U  nisha  de  iC«5'U.  A  côté  de  cette 
fônâe  régulière,  oh  trouve  aussi  iL^Sli  (Lane,  Dictionnaire);  la 
fonne  plus  moderne  à^^  (Do2y,  Supplément)  se  retrouve  dans  le 
tiôA  actud  de  la  m<ys([tuée ,  qui  se  prononce  d-Jaqàkâni. 

*  Sur  cet  emplacement,  voir  Baedeker,  Vnter-M^ypUn.^  P-  ^7^ 
et  393.  -^  La  mosquée  fut  déjà  réparée  après  le  tremS^ement  de 
terre  de  703  (Quatfémèrè,  Hist,  des  saltixtis  3l«miofi^i  t.  U  b, 
p.  216). 


60  JUILLET-AOÛT  189L 

kihya  au  Caire  ^  —  làiSèJLi,  qui  désigne  une  autre 

charge  du  régime  ottoman  (gouverneur  ou  comman- 
dant), se  rencontre  souvent  dans  les  inscriptions  de 
cette  époque  sous  la  forme  ^Uâi^L**^,  et  accompagné 

dun  déterminatif  (^L^,  gouverneur  en  fonction; 

^l^  ou  UjUm,  ex-gouverneur)^. — Jisj^^,  de  Khar- 
put ,  avec  la  nisba  turque. 

ABU  MUHAMMED  ^ABDALLAH  EL-^ApiD  (SSG-SÔy). 

Mosquée  d'Es'Sâlih.  —  Maqrîzi,  H,  298  :  «  Cette 
Mosquée  est  une  création  fatimite;  elle  est  située  en 
dehors  de  la  Porte  de  Zuwêle.  Ibn  ^Abd  ez-Zâhir  ra- 
conte  les  faits  suivants  :  Le  tombeau  de  Hosain  se 
trouvait  à  Ascalon  ;  comme  on  craignait  que  les  Francs 
ne  s'en  emparassent ,  il  fut  décidé  de  lui  donner  un 
autre  asile.  Es-Sâlih  Talai*  ibn  Ruzzîk^  bâtit  alors 
cette  Mosqiiée  pour  en  faire  la  sépulture  du  saint. 
Mais  quand  il  leut  terminée ,  le  calife  ne  lui  permit 
pas  de  donner  suite  à  son  projet,  prétendant  que  le 


^  La  forme  féminine,  produite  par  contraction  et  d'abord  pu- 
rement extérieure,  semble  avoir  réagi  sur  le  sens  du  mot,  qui 
désigne  aujourd'hui  une  dame  de  compagnie, 

*  La  terminaison  ^J\  est  le  pluriel  persan,  qu'on  trouve  qud- 
quefois  dans  l'arabe  vulgaire.  Il  est  probable  que  le  titre  original 
était  (jjUâJL^m!  j^^^  (ou  une  expression  analogue],  c'est-à-dire 
gouverneur  en  chef;  le  premier  mot  a  disparu.  Cf.  yî^L,»,  aide  de 
camp  ;  (^jl^jJ^i^^)  (  iûw>«x«  ] ,  école  primmre ,  etc. 

^  Sur  ce  personnage ,  voir  Ibn  Khallikân ,  trad.  de  Slane ,  t.  IV, 
p.  667,  où  son  nom  est  transcrit  Ruzzik;  ailleurs  on  trouve  Ru- 
zaik. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  61 

saint  ne  pouvait  être  enterré  que  dans  les  palais  des 
califes.  On  construisit  alors  le  sanctuaire  [mechhed) 
qui  existe  encore  aujourd'hui,  et  c'est  là  quîl  fut 

enterré^.   TalâT    termina    sa    Mosquée ;   il 

construisit  à  Tintérieur  une  vaste  citerne,  et  il  établit 
une  roue  à  eau  sur  le  canal  du  Khalig,  près  de  Bâb 
el-Kiarq.  Ainsi  la  citerne  se  remplissait  pendant  la 
crue  du  Nil,  par  des  canaux  qui  la  reliaient  au 
fleuve. 

«On  y  fit  la  prière  du  vendredi  vers  Tan  65 o^, 
sous  le  règne  d'El-Malik  el-Mu^izz  Aïbek ,  en  présence 
de  l'envoyé  de  Bagdad,  le  chêkh  Negm  ed-dîn  'Abd- 
allah el-Bâdirâni ,  et  Asîl  ed-dîn  Abu  Bekr  el-As*ardi 
y  fit  le  sermon.  La  prière  s  y  fait  encore.  La  Mosquée 
fiit  détruite  par  le  tremblement  de  terre  de  Tan  702 
et  restaurée  par  les  soins  («Xj  J^)  de  Témir  Seif  ed- 
dîn  Bektimur  el-Gûkendâr.  »  —  Suit  la  biographie 
du  fondateur. 

Cette  mosquée  est  située ,  comme  le  dit  Maqrîzi , 

^  D  s'agit  de  ia  chapelle  de  Hosain  ^jj>.»ma.  CKqi'ft»,  construite 
dans  l'enceinte  du  grand  palais  oriental  (Ravaisse,  loc,  ciu,  t.  I, 
p.  433).  Cet  édifice,  entièrement  restauré  il  y  a  qudque  temps,  s*ap- 
pdie  aujourd'hui  Garni'  Hasanén. 

'  Litt.  :  c  en  l'an  65o  et  quelques  ».  La  mosquée  ayant  été  con- 
struite en  555,  suivant  l'inscription  qu'on  verra  plus  loin,  j'ai 
pensé  d'abord  qu'il  y  avait  une  erreur  dans  le  premier  chiffre  de 
Maqrîzi;  cependant  le  texte  est  bien  correct.  En  effet,  les  mots 
igym  plS^!  i  ne  peuvent  se  rapporter  qu'à  £1-Malik  el-Mu'izz  Aï- 
bek, le  premier  sultan  mamlouk,  qui  régna  de  648  à  655.  Ainsi 
la  mosquée ,  négligée  sous  les  Ayoubites ,  n'aurait  été  inaugurée  dé- 
finitivement qu'un  siècle  après  sa  construction. 


62  JUII^LET-AOÛT  1891. 

en  dehors ,  c  estnà-dim  au  sud  de  la  Porte  de  Zuwêb , 
dans  langle  formé  par  la  Qasabet-Rodwân  ou  jBaisar 
des  Cordonniers  avec  le  Derb  ei-Akhmar  ou  Rue  de 
]a  Citadelle.  Elle  est  un  peu  n^ieux  çoiinue  que  la 
mosquée  El-Aqmar,  grâce  à  Touvrage  dLe  Pris^ 
d* Avenues  ^  mais  Tarehéologue  y  trouve  une  ample 
moîssoa  de  documents  nouveaux.  L*édifice  pri^ente 
le  plan  habitud  des  mosquées  avec  une  cour  centrale 
ornée  du  bassin  aux  ablutions,  un  sanctuaire  cmfin^ 
tal  à  trois  rangs  de  colonnes  portant  de»  ancs  à 
tympans,  et  des  portiques  sur  les  trois  autr«6  côtés; 
c^iXrci  .sonit  démolis  en  grande  partie.  De  la  uk>s^ 
quée  primitive  il  reste  aneore.,  comilie  i  Ël^Aq^QAT, 
les  quajtre  murs  denoeinte  et  le  sanctuaire  presque 
tout  ecitier.  Ce  £ait  pamîl  prouva  par  la  nature 
et  lemplcH  des  mattériaux^  ia  prés6^i<ce  dos  aros 
pèrsiois  dans  le  sanctuaire,  la  décoratioa  gén)éni|e<e|; 
le  style  des  inscriptions  qxd  entourent  Tar^dûv^lte 
des  arcs.  Les  colonnes  et  les  chapiteaux  sont  antiques. 
Ces  derniers ,  d  u  n  style  corinthien  de  diécadi^Pe , 

»  Voir  pi.  y,  XC,  Xa ,  Xai,  XCV.  La  planche  V  àome  la  res- 
tauration du  plan  et  de  l'âévation  Au.  suictuaire  sur  ki  oour,  .et 
quelques  détails  «qui  paraissent  empraotés  à  la  déc(»iaitioa  piiffii- 
tive  (les  deux  claires-voies  de  fenêtre).  Les  pianckc»  suiiYMMtas  4wAr 
nent  les  détails  de  la  chaire ,  qui  remonte  au  début  du  xnF*  mhde 
et  non  à  la  fin  du  xv*  siècle ,  comme  on  va  le  «oir.  I^a  porte ,  i^spis^ 
éoite  sur  la  Meunière  planche ,  paraît  être  de  la  ménae  époque.  Jl^ 
MMai,  «ous  plusieurs  réserves,  le  vol.  de  texte,  p.  .9^.  j^e  plA»  4» 
la  mos^inbée  a  ,é^é  ireprodd^t  p>ar  Mmiy,^  J^r^chMftwik  des  ii^am- 
ined»  II.  roman.  iSitils,  p.  as.  Il  n'est  pAs  irès  ei»qt;.iânsi  1^  {ipiçi^^? 
ouest  prinûtive  forme  à  son  /extrémité  nord  une  ^Uie  .çATii^ée 
tournée  vers  l'ouest. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  63 

portent  des  tailloirs  revêtus  de  bois  sculpté  et 
sont  reliés  par  des  chaînages  de  solives  sculptées. 
Les  tailloirs  portent  la  retombée  des  arcs ,  qui  sont 
k  profil  persan  et  fortement  suiiiaussés.  Les  arcs 
et  les  tympans  sont  en  briques,  revêtus  d'une 
décoration  de  plâtre  qui  remonte  à  la  construc- 
tion primitive ,  comme  celle  des  tailloirs  et  des  chaî- 
nages ^.  Les  murs  extérieurs  sont  en  pierres  de 
taille.  La  façade  ouest,  qui  donne  sur  le  Bazar  des 
Cordonniers ,  et  la  façade  nord ,  tournée  vers  la  Rue 
de  la  Citadelle ,  sont  entièrement  masquées  par  des 
constructions  modernes,  boutiques  et  logements. 
Au  milieu  de  chaque  façade  se  trouve  une  porte 
d entrée,  décorée  de  fragments  d'inscriptions  cou- 
fiques  de  Tépoque;  on  remarque  aussi,  à  l'intérieur 
de  la  porte  ouest ,  qui  forme  la  principale  entrée , 
des  fragments  d'inscriptions  encastrés  sans  aucun 
ordre  dans  la  muraille.  Ces  débris  épigraphiques  me 
donnèrent  l'idée  de  pénétrer  dans  les  maisons  mo- 
dernes pour  examiner  les  parements  des  deux  façades. 
Elles  offrent  une  grande  analogie  avec  la  façade 
ouest  de  la  mosquée  El-Aqmar;  on  y  retrouve  les 
mêmes  matériaux,  la  même  -décoration  de  fausses 
fenêtres  à  archivolte  persane.  Ici  encore,  deux 
longues  inscriptions  courent  sur  la  façade  ouest, 
l'une  à  mi-hauteur  des  niches  et  l'autre  au-dessous  ; 
eiies  contournent  l'angle  nord-ouest,  pour  se  prolon- 

^  Ces  détails  sont  empruntés  à  mes  notes  et  aux  photographies 
que  j'ai  fkites  sur  place.  On  trouvera  plus  loin  des  vues  générales 
sur  la  décoration  fatimite. 


64  JUILLET-AOÛT  1891. 

ger  sur  la  façade  nord  jusqu'à  la  porte  qui  s  ouvre  de 
ce  côté.  Ces  inscriptions  étant  cachées  en  grande 
partie  dans  les  constructions,  je  n'ai  pu  en  copier 
que  quelques  fragments.  Elles  sont  taillées  en  relief 
dans  le  marbre  et  forment  un  bandeau  encadré  dans 
une  double  moulure;  on  jugera  de  Jeur  st^e  en 
examinant  la  planche  ci-jointe,  n**  VI. 

Le  texte  supérieur  ne  contient  que  des  fragments 
du  Coran,  au  moins  dans  les  parties  visibles^. 

L'inscription  inférieure  cachée  sur  toute  la  façade 
ouest  n'est  visible  que  sur  une  partie  de  la  façade 
nord,  sur  la  terrasse  d'une  boutique  entre  l'angle  de 
la  mosquée  et  la  porte  ;  en  voici  la  dernière  partie  : 


^^^M^^l  j^«  aSUL  Jj^  ^J^  ^^jJI  ^  aWI 

(?)  XjyA-))  ^^^-A->3  AXjyl  yM3j^  ^Ot^  Jl^I^  A5;<Xj  «bt^ 

fi 

Il  est  inutile  de  chercher  à  restituer  la  première 
partie  de  l'inscription ,  qui  renferme  probablenient 
les  noms  de  TalâY  et  du  caUfe  El-ldid.  Elle  pré- 
sente, comme  on  le  voit,  les  mêmes  invocations  et 


^  La  planche  (n**  VI]  donne  un  fragment  de  l'inscription  sapé- 
rieure,  sur  la  façade  nord;  il  contient  les  mots  JLls  &^{  [!il  Jt . .  • 
jiiJJ  ^^  aXj^  J^^^^  y^  {^  ^^  ^^  [Coran,  m,  igS).  La 
façade  ouest  présente  plusieurs  versets,  entre  autres  ix,  129. 


NOTES  D^ARCHKOLOGIE   ARABE.  65 

sans  doute  aussi  les  mêmes  titres  honorifiques  qiie 
les  autres  inscriptions  fatimites.  Eln  comparant  entre 
eux  tous  les  textes  de  cette  époque  connus  jusquà 
ce  jour  (je  crois  les  avoir  tous  mentionnés) ,  et  quel- 
ques passages  de  Maqrîzi,  on  pourra  se  faire  une 
idée  fort  exacte  de  la  terminologie  monotone  des 
inscriptions  fatimites  et  des  titres  portés  par  les 
vizirs  des  califes ^  La  date  fixe  en  Tannée  555  la 
construction  de  la  mosquée,  et  remplit  ainsi  une 
lacune  de  Maqrîzi. 

Le  culte  du  vendredi ,  supprimé  sous  les  Ayou- 
bites,  ne  fut  repris  qu'un  siècle  plus  tard  sous  le 
premier  sultan  mamlouk.  Ce  fait,  rapporté  par 
Maqrizi  comme  on  Ta  vu ,  s'explique  aisément.  Sous 
les  Fatimites,  le  calife  présidait  au  culte  du  ven- 
dredi dans  les  principales  mosquées  du  Caire,  faisant 
lui-même  le  sermon  ou  khotba  (Maq.,  Il,  276, 1.  4 
den  bas).  Selon  le  rite  chaféite  suivi  par  Saladin  et 
ses  successeurs,  ce  culte  ne  pouvait  être  fait  que 
dans  une  seule  mosquée,  et  celle  d'El-Hâkim  fut 
choisie  à  cet  effet  ^.  Les  premiers  sultans  mamlouks 
restaurèrent  le  culte  du   vendredi    dans  plusieurs 

*  Pour  ces  litres ,  on  peut  comparer  les  passages  suivants  de  Ma- 
qrîzi :  pour  Bedr  el-Gamâ]i,  II,  4/12  (à  la  ligne  21,  il  faut  lire 
-Uîll  y4o\J  au  lieu  de  -Uill  ;  celte  lecture  est  confirmée  par  les  in- 
scriptions], I,  382;  pour El-Afdal,  I,  442  (même  remarquée  pro- 
pos de  j»L5i)ï,  1.  12);  pour  son  frère  Ga'far,  U,  48;  enfin  pour  le 
vizir  Ël-Ma'mûn,  le  successeur  d'El-Afdal,  I,  442  et  463  (même 
remarque  sur  pU^f  ,1.  i3]. 

*  Maqrîzi,  II,  276 «  dern.  ligne;  ce  passage  n'est  pas  tout  à  fait 
d'accord  avec  Maqrîzi,  II,  245,  1.  4. 

XVIII.  5 


iMPaiMBmiB  ■4Tta«*Li. 


60  JUILLKT-AOÛT  1891. 

mosquées  fatimites ,  entre  autres  à  Ei-Aï:har  (Maq.,  II , 
ûyS,  1.  17;  276,  1.  2). 

Les  restaurations  de  l'émir  Bektimur  ne  présen- 
tent rien  d'intéressant ,  à  part  la  chaire  du  sanctuaire , 
qui  porte  l'inscription  suivante  : 


^.yj^  0-,jJI  V.XX-*-  Jhh-J'  ^^*4Jt  <^^^'  JWt  yiU 

•<-^^*-^'  ^l5  0^  aWI  aù^^  i^>l^^ 

A  ordonné  la  construction  de  cette  chaire  bénie,  sur  sa 
propre  fortune  et  pour  plaire  au  généreux  AUâfa ,  son  Altesse 
éminente  ei-emiri  ei-kebîri  es-seifi ,  le  coninjandant  des  armées 
Seif  ed-Din  Bektimur,  le  gâkendâr  d^Fàl-Malik  ei-Mansûr  Seif 
ed-Din  (Qalêiwan)  S cmîr gendâr d'Fl-Msi^li  en-Nàsir  ( Muham- 
med  ibn  Qalâwun),  en  Gumâdall,  679  (699?).  — Qu'Allah 
ait  pitié  de  Fauteur  de  ce  travail  '  1 

Les  titres  el-emîri  el-kebiri  es-seifi  indiquent 
que  le  titulaire  était  le  serviteur  ou  l'affranchi  d'un 
émir  portant  le  titre  de  emîr  kebîr  et  le  surnom  de 
Seif  ed-Dîn  (ou  Seif  ed-DaaUiy  etc.).  De  même,  les 
titres  el-mansûri  es-seifi  font  allusion  au  sultan  Qa- 
lâwun el-Mansûr,  qui  portait  lui-même  le  surnom 

^  Publiée  par  M.  Mehren,  Câkirah  og  Kerâfati  II  «  p.  21;  Aoire 
copie  est  plus  complète.  J'écris  Bektimur  avec  de  Slane  (Ibn  Khal- 
iikân,  passim). 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  67 

de  es-sâlijii  pour  avoir  appartenu  à  El-Malik  es- 
Sâlih.  Celui  de  en-nâsiri  se  rapporte  au  sultan  Mu- 
hammed  en-Nâsir.  Les  adjectifs  de  relation  [nisba) 
formés  sur  des  titres  honorifiques,  des  noms  de 
charge  ou  des  surnoms  sont  très  fréquents  dans  les 
inscriptions  de  cette  époque.  L'émir  qui  les  porte  se 
désigne  ainsi  comme  lesclave,  le  serviteur,  Taffranchi 
ou  le  client  d  un  prince  qui  porte  le  titre  ou  le  sur- 
nom formant  la  base  de  la  nisba;  celle-ci  constitue 
donc  un  sm'nom  au  deuxième  degré.  Cette  termi- 
nologie particulière ,  si  différente  de  celle  des  Fati- 
mttes,  apparaît  avec  les  Ayoubites  et  se  développe 
sous  les  Mamlouks.  Dans  les  inscriptions  duxv®  siècle, 
eUe  devient  une  véritable  manie  et  disparaît  après 
Tinvasion  ottomane.  A  partir  de  cette  époque,  les 
inscriptions,  conçues  dans  un  style  beaucoup  plus 
sobre,  présentent  de  nouveaux  titres ,  tels  que  mas- 
takfizân,  ketkhodâ,  aghâ,  etc.  Dans  un  article  sur 
les  inscriptions  des  Mamlouks  au  Caire,  je  revien- 
drai plus  longuement  sur  ces  nisba,  qui  forment  un 
curieux  chapitre  de  l'histoire  des  mœurs,  et  qui 
n'ont  pas  toujours  été  exactement  comprises  ^ 

'  Quatremère  [Hist.  des  suit.  Manil.,  t.  lia,  p,  3i)  traduit  yUt 
^^Mta4^l  J.>LsJ{  ^LxJt  c^oCL^i  (^yifX\  jUJt  par  «Altesse  noble, 
éminente,  seigneuriale,  savante,  Adeli-Schemsi v.  Il  s'agit  de  lemir 
Chems  ëd-din  Sonkor  Achkar,  un  compagnon  de  Qalâwun,  qui 
avait  été  nommé  gouverneur  de  Damas  sous  le  prédécesseur  de  ce 
pHnce  (Quatremère,  op.  ciu,  t.  16,  p.  161  et  173).  <s^y»  ne  signi- 
fie pas  «  éminent  »  ;  ce  mot  indiqué  que  le  titulaire  est  lui-même  le 
protégé  ou  le  serviteur  d'un  mAu /a,  c'est-à-dire  d'un  affranchi  occu- 
pant une  haute  position ,  peut-être  du  sultan  lui-même.  La^  nisha 

• 

5. 


08  JUILLET-AOÛT  189L 

I^  date  de  rinscription  parait  être  dyg  plutôt 
que  699;  d'ailleurs  le  titre  de  <i  gûkendâr  d'El-MaUli 
el-Mansûr  »  porté  par  le  fondateur  fait  supposer  que 
le  travail  fut  exécuté  du  vivant  de  ce  sultan  ;  or,  en 
699,  il  était  déjà  mort.  Maqrîzi  prétend,  il  est  vrai, 
que  la  mosquée  na  été  restaurée  par  Betkimur 
qu  après  le  tremblement  de  terre  de  Tan  702;  mais 
il  dit  ailleurs  quà  ce  moment  elle  fut  relevée  aux 
dépens  du  trésor  sous  la  surveillance  de  Témir  ^Aiam 
ed-Dîn  Sangar  (Quatremère,  Sait  maml.^  t.  II  fr, 
p.  216).  On  pourrait  donc  admettre  quici  Maqrîzi 
a  raison ,  et  que  dans  sa  Topographie  il  confond  les 
restaurations  de  702  avec  des  travaux  exécutés  an- 
térieurement par  Bektimur.  Je  n  ai  pas  pu  recueillir 
de  renseignements  bien  précis  sur  ce  *personnage , 
car  plusieurs  émirs  de  cette  époque  ont  porté  le 
même  nom ,  et  il  importe  de  ne  pas  les  confondre  ^. 

suivantes  sont  formées  sur  les  titres  et  surnoms  de  J>aJ\  «x^mJI  , 
^Lxj),  J«>LxJ{,  ^.oJ)  j««:câ;  cependant  aucun  des  sultans  de  cette 
époque  n'ayant  porté  le  surnom  de  Chems  ed-din,  je  ne  sais  à  qui 
elles  font  allusion.  —  Une  même  nisba  peut  se  rapporter  à 
plusieurs  titres;  ainsi  es-seiji  peut  être  formé  sur  seif  ed-dtn ,  on  seif 
ed-danya  wa-ddtn,  ou  seif  ed-daula,  etc.  —  Sur  gûkendâr,  voir 
Quatremère,  op,  cit,  i.l  a,  ^,  121,  Sur  emir  gendar,  ibid,,  p.  i4; 
Maqrîzi,  II,  222. 

^  Voir  Quatremère,  Sultans  Mandouks,  t.  II a,  p.  7  et  3^;  II  b, 
p.  i49«  i53,  16/i,  168,  188,  210,  2^0,  etc.;  Maqrîzi,  II,6à« 
68,  go,  4^4,  etc.  Un  des  plus  connus  est  Seif  ed-dîn  Bektimur 
l'échanson ,  grand  dignitaire  du  sultan  Muhammed  ;  sa  biographie 
est  donnée  dans  Maqrîzi,  II,  àih  (cf.  ibid,^  68,  90).  Un  autre 
échanson  du  même  nom  mourut  à  la  bataille  de  Hôms  en  679  de 
l'hégire  (Sultans  Mamloaks,  t.  II  a,  p.  Sg).  Dans  les  passages  cités, 
on  trouve  vers  700  de  l'iiégire  un  Bektimur  gûkendâr  et  un  Bek- 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  69 

Le  style  des  inscriptions  et  des  ornements  des  fa- 
çades donne  lieu  à  quelques  observations  générales 
qui  termineront  le  présent  travail. 

Inscriptions  historiques.  —  Au  point  de  vue  paléo- 
graphiqiie,  ces  textes  présentent  une  certaine  impor- 
tance ;  ils  montrent  que  le  caractère  coufique  appelé 
improprement  carmatiqœ  ^  fut  employé  pour  les  in- 
scriptions historiques  jusqu  à  la  fin  de  la  dynastie 
fatimite.  Les  monnaies  offrent  à  cet  égard  un  témoi- 
gnage irrécusable;  leur  série  continue  permet  de 
suivre  l'évolution  du  style  épigraphique  depuis  les  ori- 
gines de  rislam  jusqu'aux  dernières  époques,  et  cette 
évolution  se  rattache  étroitement  à  celle  des  carac- 


timur  émir  gendàr;  il  s'agit  probablement  du  nôtre.  Signalons  en- 
core un  Bektimur  silâhdàr,  mort  en  708,  qui  avait  appartenu  à 
Bîbars,  comme  l'indique  son  surnom  de  Zâhiri  (ibU.,  t.  II  b, 
p.  2^0)  et  un  Bektimur  hâgib,\e  conquérant  de  l'île  d'Aradus, 
mort  à  Damas  en  714  (Maqrîzi,  II,  64)*  On  pourrait  multiplier 
ces  exemples. 

'  Voir  sur  ce  mot  le  travail  déjà  ancien  de  Fraphn ,  Journ.  asiat. , 
2*  sér.,  t.  I,  p.  379.  L*auteur  montre  que  l'application  du  terme 
carmatiqne  au  coufique  fleuri  repose  sur  une  erreur  de  mot  laite 
par  Golius  dans  un  passage  du  Qâmûs,  et  consacrée  par  d'Herbelot 
et  Adler.  H  prouve  que  S^li  désigne  une  manière  d'écrire  à  traits 
serrés,  et  non  une  écriture  spéciale;  que  I^^Ja^y»  signifie  un  homme 
qui  écrit  ainsi,  et  non  un  prétendu  genns  carmaticnm.  Même  en 
supposant  à  ce  mot  le  sens  d'un  genre  d'écriture,  rien  n'autori- 
serait à  l'attribuer  au  coufique  fleuri.  Enfin  rien  ne  fait  supposer 
que  les  Qarmates  aient  eu  une  écriture  particulière.  Suivant  Fraehn , 
le  nom  de  cette  secte,  qui  dérive  de  la  même  racine,  n'a  pas  de 
rapport  avec  les  significations  données  par  le  Qâmûs  et  Gauhari. 
Sur  l'origine  un  peu  obscure  du  nom  des  Qarmates,  on  consultera 
surtout  de  Goeje,  Mémoire  sur  les  Carmathes  du  Bahreïn,  2*  édit. , 
p.  199  et  suiv. 


70  JUILLET-AOÛT  18Q1. 

tères  des  inscriptions  monumentales.  L'étude  paléo- 
graphique  des  inscriptions  et  des  monnaies  arabes 
étant  encore  à  faire,  on  me  permettra  d'empnm^ter 
quelques  détails  à  un  travail  que  je  prépare  depuis 
plusieurs  années.  Je  laisse  de  côté  la  paléographe 
des  manuscrits  qui  suit  une  évolution  entièrement 
distincte. 

Les  premières  monnaies  arabes  frappées  en  Syrie 
au  type  byzantin  présentent  des  caractères  qui  rappel^ 
lent  beaucoup  ceux  des  inscriptions^  proto^rabes  de 
Zebed  et  de  Harrân  en  Syrie ,  toutes  deux  du  vi*  nècle 
de  notre  ère.  C'est  un  type  moitié  carré,  mcMtié  ar- 
rondi, qui  semble  indiquer  la  recherche  d'un  carucr- 
tère  monumental  distinct  du  caractère  manuscrit. 
On  sait  qu'à  cette  époque  ce  âemier  était  franchement 
cursif  et  arrondi  ;  les  beaux  travaux  de  Sacy  sur  ce  sujet 
ont  été  pleinement  confirmés  par  les  récentes  décou- 
vertes du  Fayyoum.  A  l'époque  du  calife  *Abd  al- 
Malik,  le  caractère  des  inscriptions  et  des  monnaies 
se  fixe  définitivement;  il  prend  cette  forme  r^^ère 
et  carrée  qu'on  a  appelée,  improprement  aussi,  le 
caractère  coufique^.  Ce  caractère  carré  ou  angn^ire 

^  Les  mots  kûji  et  neskhi  désigaent  en  arabe  de  sim|de8  va^ 
riétés  d'écriture ,  ou  plutôt  de  calligraphie;  nous  leur  avons  donné 
un  sens  beaucoup  trop  étendu.  De  là  vient  en  partie  robscorité 
qui  règne  encore  dans  la  question  de  l'origine  de  l'écriture  arabe. 
Ce  problème  exige  un  long  travail  que  j'espère  entreprendre  ail- 
leurs ;  il  comporte  une  double  méthode  :  l'observation  directe  des 
manuscrits  et  des  inscriptions ,  et  la  critique  comparée  des  sources 
arabes.  Les  principtdes  sont  le  Kitâb  al-Fihrist,  introduction;  Hadji 
Khalfa  au   mot  Là.;   Ibn    Khallikân,   édit.   de   Slane*  vol.    Il, 


NOTES   DARCHÉOLOÇUE  ARABE.  71 

dassiqae  apparaît  simultanément  sur  les  premières 
monnaies  de  la  réforme,  vers  Tan  ^li  de  Thégire, 
et  sur  les  dexix  inscriptions  connues  de  ^Abd  al- 
Malik,  celle  de  la  mosquée  d'Omar  à  Jérusalem  et 
celie  de  la  borne  milliaire  publiée  récemment  par 
M.  Clermont-Ganneau  ^  Ce  caractère  persiste  jus- 
qu'au commencement  du  iv"  siècle  de  Thégire  ;  on  le 
retrouve,  avec  des  variantes  de  détail,  sur  les  mon- 
naies des  Omayades  depuis  *Abd  al-Malik ,  sm'  celles 
desÂkbasides,  des  Toulounides ,  des  Omayades  d'Es- 
p^ne  et  des  premiers  Fatimites,  sur  les  pierres  tom- 
bales égyptiennes  du  iit*'  siècle,  dans  les  inscriptions 
d'Ascalon  (i55  H.),  de  la  mosquée  d'Ahroted  et  du 
Miqiâs  de  Rauda  au  Caire  (iif  s.  H.),  de  Sousse  et 
de  Kaîrouan  en  Tunisie  (2 45  et  285  H.),  sur 
quelques  épitaphes  du  lu*'  siècle  publiées  par  Lanci , 
enfin  dans  les  plus  vieilles  inscriptions  du  Caucase  2. 

p.  282,  33 1;  vol.  m,  p.  266;  Ibn  Coteiba,  Kitâb  al-ma'ârij;  Ibn 
Khaldûn,  Prolégomènes:  les  dictionnaires  classiques,  etc.  On  con- 
fultera  encoire  les  travaux  de  Marcel ,  Lanci ,  de  Sacy,  etc. ,  le  chapitre 
mallieureuseinent  incomplet  de  Lenormant  dans  son  Essai  sur  la 
propagation  de  l'alphabet  phénicien,  i.  Il  y  p.  i3o,  et  les  récents  tra- 
vaux de  M.  Karabacek.  Voir  aussi  Nôldeke,  Geschichte  des  Qorâns, 
p.  3oo;  de  KhanikbfF,  Inscript,  musulm,  du  Caucase  [Journ,  asiat., 
5'  série,  t.  XX,  passim)^  et  les  sources  citées  par  Lenormant. 

Les  mots  coajùfue  et  neskhi,  qui  désignent  des  variétés  de  calli- 
graphie, ne  sauraient  s'appliquer  correctement  aux  caractères  lapi- 
daires, et  j'ai  dû  introduire  dans  les  pages  suivantes  quelques 
expressions  nouvelles. 

*  De  Vogué,  Le  temple  de  Jérusalem.,  p.  8^  et  pi.  XXI;  Cler- 
mont-Ganneau ,  Journal  asiatique,  8*  série,  t.  IX ,  p.  472 ,  et  Recueil 
d'arckéelogie  orientale,  p.  201  et  pi.  XI. 

*  Pour  les  monnaies ,  voir  les  ouvrages  spéciaux  et  les  collections  ; 


,  I 


72  JUILLET-AOÛT  1891. 

Vers  le  début  du  iv'  siècle  apparaissent  certains 
symptômes  qui  font  pressentir  la  naissance  dun 
style  plus  fleuri ,  où  les  lignes  droites  se  brisent  ou 
s'incurvent,  où  les  extrémités  des  lettres  s'épanouis- 
sent en  rinceaux.  Ce  nouveau  caractère  (dit  carma- 
tique)  ne  diffère  du  précédent  que  par  l'introduction 
d'un  élément  décoratif;  il  en  dérive  directement  et 
on  ne  saurait*  le  considérer  comme  un  caractère  à 
part.  On  pourrait  l'appeler  le  carré  ou  angulaire 
fleuri,  par  opposition  au  carré  classique.  Il  apparaît 
nettement  pour  la  première  fois  sur  les  monnaies  du 
calife  fâtimite  El-Mansûr,  frappées  en  Tunisie  ;  il  se 
développe  sur  celles  des  Fatimites  d'Egypte,  des  Ab- 
basides,  des  derniers  Omayades  d'Espagne  et  des 
autres  dynasties  musulmanes  jusqu'à  l'introduction 
du  caractère  arrondi.  On  le  retrouve  dans  tous  les 
textes  fatimites  de  l'Egypte ,  dans  un  grand  nombre 
d'inscriptions  de  la  Syrie,  du  Caucase,  de  la  Perse 
et  de  la  Mésopotamie ,  de  la  Sicile ,  de  l'Afrique  du 
Nord  et  de  l'Espagne.  La  première  en  date  est  celle 
de  Kairouan ,  de  l'an  3  4 1  ;  il  est  curieux  de  la  com- 
parer avec  les  monnaies  frappées  à  la  même  époque 


pour  les  pierres  tombales  égyptiennes,  divers  articles  dans  le  Bal- 
letin  de  r Institut  égyptien ,  dsins  les  Proceedings  of  the  Soc.  oJBiblical 
Archœology,  1887-1 888 ,  etc.  Pour  l'inscription  d'Ascalon ,  Qermont- 
Ganneau,  Recueil,  p.  214  et  pi.  XI,  et  Journal  asiatique,  8*  série» 
t.  IX,  p.  485.  Pour  les  inscriptions  tunisiennes,  Houdas  et  Basset, 
Epigraphie  tunisienne,  pi.  I.  Pour  les  inscriptions  du  Caire,  les 
travaux  de  Marcel  et  les  planches  épi  graphiques  de  l'atlas  de  la 
Description,  et.  niod. ,  vol.  II.  —  Voir  aussi  Lanci,  Trattato  délie 
sepolcrali  iscrizioni;  KhanikolF,  Insaipt,  mus.  du  Caucase,  etc. 


NOTES  I>'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  73 

par  les  Fatimites  de  Tunisie  ^  Ce  caractère ,  qui  règne 
en  maître  sur  les  inscriptions  et  les  monnaies  pen- 
dant plus  de  deux  siècles,  présente  également  plu- 
sieurs variétés  ;  une  des  plus  intéressantes  est  celle 
des  inscriptions  décoratives  sur  plâtre,  dont  il  sera 
question  plus  loin. 

Ainsi  le  caractère  dit  carmatiqae ,  simple  variété 
décorative  du  coufîque  pur,  senaible  avoir  pris  nais- 
sance en  Tunisie  ou  en  Egypte.  Il  en  est  autrement 
de  la  révolution  qui  va  s'opérer  dans  l'écriture  mo- 
numentale en  Egypte  et  en  Syrie  au  vi*  siècle;  en 
effet,  c'est  en  Orient  qu'il  faut  chercher  les  pre- 
miers caractères  arrondis  sur  les  inscriptions  et  les 
monnaies^.  Pour  résoudre  ce  problème  encore  ob- 
scur, il  faudrait  comparer  avec  soin  les  séries  mo- 
nétaires des  dynasties  musulmanes  orientales.  11 
suffit  de  dire  ici  que  le  caractère  arrondi  se  montre 
déjà  isolément  en  concurrence  avec  le  carré ,  dans 
la  série  des  Samanides  à  la  fin  du  nf  siècle  et  sur 
les  monnaies  de  Mahmûd  de  Gazna,  un  siècle  plus 
tard.  Ainsi,  tandis  que  le  carré  classique  ou  fleuri 
régnait  en  maître  dans  l'Asie  antérieure  et  en  Afrique , 
il  semble  qu'en  Orient  il  n'ait  jamais  entièrement 


*  Houdas  et  Basset,  op.  cit.,  pi.  111,  —  Outre  Jes  ouvrages  déjà 
cités ,  on  consultera  spécialement  pour  la  Sicile  et  pour  TËspagne 
les  planches  qui  accompagnent  les  beaux  travaux  d'Amari  et  de 
M.  Amador  de  los  Rios. 

*  J'ai  dit  plus  haut  pourquoi  j'évite  d'employer  le  mot  neskhi  ; 
ne  pouvant  développer  ici  ces  raisons,  je  renvoie  à  la  note  de 
Slane  dans  Ibn  Khallikân,  t.  II,  p.  33 1. 


74  JUILLET-AOUT  1891. 

supplanté  dans  1  epigraphie  monumentale  le  vieux 
caractère  arrondi. 

Le  VI*  siècle  assiste  à  lenvahissement  progresâf 
du  nouveau  type  monumental.  La  série  monétaire 
des  Ortokides  de  Mardin  présente  un  curieux  mé- 
lange des  deux  caractères.  Vers  la  même  époque, 
l'arrondi  se  montre  en  Occident,  sur  les  monnaies 
de  'Abd  el-Mumin,  le  i*'  Aimohade  (5a/i-558)  K  D 
apparaît  nettement  sur  les  monnaies  ayoubites  à  la 
fin  du  vil*  siècle,  d'abord  en  Syrie,  puis  en  Egypte. 
Dès  lors  il  règne  en  maître  sur  les  monnaies  et  ne 
subit  plus  que  des  modifications  de  détail  jusqu'à 
l'invasion  ottomane. 

Cette  lutte  entre  les  deux  caractères,  on  la  re- 
trouve dans  les  inscriptions.  J'ai  signalé  naguère  une 
inscription  de  Bâniâs,  datée  du  vi*  siècle,  et  dont  les 
caractères  maladroits  semblent  hésiter  entre  les  deux 
types  ^.  La  grande  inscription  de  Bosra  (56 1  H.) 
révèle  le  même  style  de  transition,  tandis  qu'une 
autre  inscription  de  cette  ville,  sans  date  et  proba- 
blement contemporaine,  présente  encore  le  caractère 
carré,  mais  très  fleuri^.  Enfin  l'inscription  de  la 
chaire  de  Nûr  ed-dîn  à  la  mosquée  El-Aqsa  à  Jéru- 
salem (564  H.)  et  une  inscription  de  la  medrese  de 

^  Cf.  Codera  y  Zaidin ,  Tratado  de  nwnismàtica  arébigO'espandla . 
pi.  XXU. 

^  Journal  asiatique,  8'  série,  t.  XII,  p.  469.  La  date  paraît  être 
567  plutôt  que  527. 

'  Voir  Rey,  Voyage  dans  le  Haurân,  p.  196, 1 9  7,  et  atlas,  jd.  XIV 
et  XV.  Karabacek  dans  Z,  D.  M.  G,,  t.  XXXI,  p.  i35;  Clermont- 
Ganneau,  dans  Journal  asiatique,  7*  série,  t.  X,  p.  5i8. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  ^5 

ce  sultan  à  Damas  (Sây  H.)  appartiennent  déjà  au 
nouveau  type  *. 

En  résumé,  le  caractère  arrondi  semble  avoir 
subsisté  en  Orient,  à  côté  du  caractèi'e  carré.  G  est 
de  là  qu'il  pénètre  en  Syrie,  sans  doute  avec  les 
premières  invasions  mongoles.  Il  y  lutte  avec  le 
carré  fleuri,  et  cette  lutte  fait  naître  une  série  de 
types  bâtards.  Il  lemporte  dans  la  deuxième  moitié 
du  VI*  siècle,  d'abord  sur  les  inscriptions,  un  peu 
plus  tard  sur  les  monnaies ,  et  pénètre  en  Egypte  à  la 
fin  du  siècle.  Le  carré  fleuri  se  montre  encore  timi- 
dement au  vil''  siècle  sur  quelques  monnaies  ayoubites 
et  jusqu'à  l'époque  du  sultan  Bibars.  Mais  son  rôle 
dans  l'épigraphie  historique  est  achevé;  dès  lors  il 
est  relégué  dans  la  décoration  monumentale.  Ainsi  le 
caractère  dit  carmatique,  introduit  en  Egypte  quel- 
ques années  avant  la  conquête  de  Gauhar  et  détrôné 
par  Saladin ,  pourrait  s'appeler  ici  le  caractère  fati- 
mite. 

Cette  dynastie  ayoubite  trahit  d'ailleurs  des 
signes  de  transition,  on  pourrait  dire  de  révolu- 
tion ,  dans  toutes  les  branches  de  l'atchéologie ,  dans 
tous  les  domaines  de  la  civilisation.  Dans  les  insti- 
tutions religieuses,  par  le  triomphe  de  l'orthodoxie 
sur  l'hérésie   fatimite,  et   dans  l'architecture   reli- 


^  U  en  est  de  même ,  je  pense ,  pour  l'inscription  de  Saladin  à 
la  citadelle  du  Caire,  publiée  par  M.  Mehren,  et  que  je  n'ai  pu 
retrouver.  Les  textes  de  cette  époque  étant  fort  rares  en  Lgypte , 
c'est  surtout  en  Syrie  qu'il  faut  chercher  les  traces  de  la  grande 
évolution  du  caractère  épigraphique. 


7(f  JUILLET-AOÛT  1891. 

gieuse,  par  Tintroduction  de  la  medrese  et  de  son 
plan  central  ;  dans  les  institutions  militaires ,  par  le 
régime  de  la  féodalité  et  de  la  noblesse  des  armes , 
et  dans  Tarchitecture  militaire,  par  la  transforma- 
tion des  châteaux  forts  et  des  enceintes  sous  Im- 
fluence  des  Croisés  ;  dans  la  décoration ,  par  la  nais- 
sance d'un  nouveau  style  sur  le  revêtement  des 
édifices  ;  dans  Tépigraphie  enfin ,  par  lapparition  du 
caractère  arrondi.  Il  serait  curieux  d'étudier  toutes 
les  faces  de  cette  révolution  et  d'en  chercher  les 
causes  dans  les  deux  grands  mouvements  de  cette 
époque  :  les  croisades  et  les  invasions  mongoles. 
Nous  y  reviendrons  à  propos  de  la  medrese  dans  un 
prochain  article. 

Inscriptions  décoratives.  —  Le  sanctuaire  de  la 
mosquée  d'Es-Sâlih  contient  une  longue  série  d'in- 
scriptions décoratives  moulées  en  plâtre  sur  les  ar- 
chivoltes des  arcs.  Leur  style  rappelle  beaucoup  celui 
des  inscriptions  sur  plâtre  qu'on  voit  encore  dans 
les  sanctuaires  des  mosquées  El-Azhar  et  d'El-Hâkim. 
A  l'époque  fatimite,  les  inscriptions  sur  plâtre  des 
sanctuaires  se  distinguent  déjà  des  inscriptions  lapi- 
daires des  façades  par  un  style  plus  orné,  plus  fleuri. 
Le  trait  général  est  plus  ferme,  les  arêtes  sont  plus 
vives,  la  surface  des  lettres  est  plus  plate  que  dans 
les  caractères  gravés  sur  la  pierre.  Les  rinceaux,  em- 
ployés sobrement  dans  les  textes  lapidaires,  rem- 
plissent ici  tous  les  intervalles. 

Ainsi,  dès  l'époque  fatimite,  il  existe  deux  types 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE   ARABE.  77 

de  caractères  monumentaux,  celui  des  inscriptions 
sur  plâtre ,  qui  sont  généralement  décoratives  et  cora- 
niques, et  celui  des  inscriptions  lapidaires,  histo- 
riques ou  coraniques.  Ce  double  style  est  dû  à  des 
nécessités  techniques,  beaucoup  plus  qu'au  désû'  de 
créer  une  distinction  entre  les  textes  historiques  et 
les  textes  purement  décoratifs.  On  comprend  que 
les  procédés  de  la  taille  des  lettres  dans  la  pierre 
fussent  bien  différents  de  ceux  qui  consistaient  à  les 
mouler  dans  le  plâtre.  Aussi  les  inscriptions  pure- 
ment décoratives  sur  pierre  ont  généralement  le 
même  style  que  les  autres  textes  lapidaires  contem- 
porains. 

A  Tépoque  des  Ayoubites,  la  scission  s  accentue 
naturellement;  dès  lors  les  inscriptions  lapidaires 
sont  toujours  en  caractères  arrondis.  Le  style  des 
inscriptions  sur  plâtre  s  altère  également  par  une 
sorte  de  réaction;  il  semble  que  la  concurrence  du 
caractère  arrondi  produise  une  rivalité  entre  les 
deux  types.  Le  type  purement  décoratif  reste  angu- 
laire, mais  il  prend  des  formes  plus  tourmentées, 
plus  recherchées.  C'est  Técole  du  maniérisme  dans 
Tépigraphie  décorative;  elle  subsistera  tant  qu'il  y 
aura  une  décoration  arabe,  c'est-à-dire  jusque  sous 
les  Ottomans.  En  effet,  c'est  à  l'époque  des  Ayou- 
bites qu'une  nouvelle  décoration  de  revêtement  en- 
vahit les  monuments  arabes,  pour  se  développer  gra- 
duellement et  atteindre  au  xrv*  siècle  un  degré  de 
perfection  qu'elle  conservera  jusqu'à  l'invasion  otto- 
mane. L'écriture  décorative  subit  l'influence  de  cette 


78  JUILLET-AOÛT  1891. 

• 

nouvelle  école,  celle  du  style  arabe  proprement 
dit^  Elle  est  confiée  dès  lors  non  seulement  au 
plâtre ,  mais  à  la  mosaïque  de  marbre ,  aux  enduits , 
à  la  céramique  émaillée,  quelquefois  au  bois  et  au 
bronze;  cependant  les  inscriptions  sur  bois  et  sur 
bronze,  qui  sont  d'ailleurs  sourent  historiques,  sui- 
vent presque  toujours  les  destinées  des  inscriptions 
lapidaires. 

L'épigraphie  décorative  prend  alors  les  allures  les 
plus  capricieuses,  pour  se  plier  aux  exigences  des 
matériaux  délicats  qui  la  composent;  car  c est sintout 
dans  lés  nécessités  techniques  qu'il  faut  chercher  la 
cause  des  déformations  de  l'écriture  décorative, 
comme  de  la  décoration  en  général.  C'est  ainsi  que 
l'emploi  de  la  mosaïque  de  marbre  avec  ses  bandes 
taillées  en  rectangles  allongés  développa  ce  genre 
particulier  d'écriture  décorative  qu'on  a  appelé  le 
coafique  carré  ou  qaadrangulaire  ^  et  qu'on  trouve  sur 
les  lambris  des  mosquées  à  l'époque  des  Mam- 
louks^. 

Cette  altération  du  caractère  décoratif  à  partir 
du  XII*  siècle  est  si  évidente  qu'on  peut  facilement 
reconnaître  si  ime  inscription  décorative  appartient 


^  J'ai  défini  plus  haut  l'art  arabe;  j'entends  ici  par  style  arabe 
celui  de  la  belle  époque  de  l'art  arabe  et  spécisdement  du  groupe 
syro-égyptien ,  du  xii*  au  xvi*  siècle. 

*  Voir  entre  autres,  Marcd,  L'E^pte,  pi.  XXI;  Méwié  sur  le 
cottjique  gRodrangulaire ,  dans  Journ.  asiat.,  2'  série,  t.  XII,  p.  226; 
Hogers  Bey,  Mémoire  sur  certaines  inscriptions  en  caractères  coufiqnês 
cttrris,  dans  Bulletin  de  l'Institut  égyptien,  1881,  p.  100. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  79 

à  une  époque  antérieure  ou  postérieure  à  Imtro- 
duction  du  caractère  arrondi.  Le  plus  ancien 
exemple  de  texte  décoratif  postérieur  à  cette  intro- 
duction se  trouve,  je  crois,  à  la  mosquée  El-Aqsa  à 
Jérusalem,  dans  les  inscriptions  de  Saladin  (583  de 
l'hégire)^.  Ici  la  nouvelle  école  est  formée;  elle  est 
si  distincte  de  la  précédente  que  le  fragment  repro- 
duit par  M.  de  Vogué  se  rapproche  plus,  par  son 
style,  des  inscriptions  décoratives  du  xv*  siècle  (par 
exemple  celles  de  la  medrese  du  sultan  Ghûri  au 
Caire)  que  de  celles  de  la  mosquée  d*Es-Sâlih,  qui 
ne  lui  sont  antérieures  que  d'une  trentaine  d'années. 
Pour  expliquer  l'apparence  archaïque  des  inscrip- 
tions de  Saladin  à  El-Aqsa  alors  qu^  le  caractère 
arrondi  envahissait  Tépig^'aphie,  M.  de  Vogué  re- 
marque avec  raison  que  le  coulique  s'est  conservé 
fort  tard  dans  Tornementation  monumentale.  On 
pourrait  aller  plus  loin  en  affirmant  que  ces  inscrip- 
tions ne  sauraient  être  antérieures  à  Saladin ,  puis- 
qu  elles  présentent  les  caractères  de  l'école  décora- 
tive qui  prend  naissance  à  cette  époque. 

Décoration.  — Il  reste  à  dire  im  mot  de  la  décora- 
tion sxu*  pierre  pendant  la  période  fatimite.  Jusqu'à 
présent  on  n'en  savait  pas  grand'chose.  Les  restes 
décoratifs  de  cette  époque  se  trouvent  surtout  dans 
les  sanctuaires  des  mosquées,  sur  les  tympans  des 
arcs;  or  ces  tympans  étant  toujours  en  briques,  leur 

*  De  Vogué,  Le  temple  de  Jérusalem,  p.  loi  et  pi.  XXXIII. 


80  JUILLET-AOÛT  .1891. 

décoration  est  confiée  au  plâtre  ^  La  décoration  lapi- 
daire la  plus  importante  est  celle  des  portes  con- 
struites par  Bedr  el-Gamàli  ;  mais  leur  style  remar- 
quable est  si  franchement  byzantin  qu*on  ne  peut 
les  considérer  comme  des  types  de  Tornementation 
égyptienne  sous  les  Fatimites.  La  décoration  lapi- 
daire indigène  n'est  donc  connue  que  par  quelques 
exemples  isolés ,  tels  que  le  mihiâb  du  mausolée  de 
Sitta  Rukaiya  décrit  par  M.  Ravaisse.  J'ai  retrouvé 
de  nombreux  vestiges  d  ornements  lapidaires  sur  trois 
monuments  fatimites  encore  inconnus  :  les  minarets 
de  la  mosquée  d'El-Hâkim  et  les  façades  des  mos- 
quées El-Aqmar  et  d'Es-Sâlih.  Ces  restes  fournissent 
les  éléments  dune  ample  étude  sur  le  style  fetimite; 
elle  ne  saurait  trouver  place  ici,  et  je  laisse  de  côté 
tout  ce  qui  concerne  les  profils  et  les  moulures  pour 
m'arrêter  un  instant  sur  la  décoration  proprement 
dite. 

La  décoration  arabe,  ou,  pour  parier  plus  exac- 
tement, la  décoration  musulmane  du  groupe  syro- 
égyptien  se  compose  de  trois  éléments  principaux 
qui  constituent  larabesque  :  les  entrelacs  (décor  géo- 
métrique), le  rinceau  (décor  floral)  et  le  décor  épi- 
graphique.  J'ai  déjà  parlé  de  ce  dernier;  je  passe 
également  sur  le  rinceau,  dont  on  possède  d'assez 


*  Lès  restes  de  l'époque  fatimite  ne  présentent  que  la  décoration 
sur  pierre,  sur  plâtre  ou  surbois.  Cependant  si  la  décoration  poly- 
chrome (mosaïque,  briques  émailiées,  enduits,  verres  colorés,  etc.) 
n'apparaît  au  Caire  que  sous  les  Ayoubites ,  on  ne  saurait  en  con- 
clure qu'elle  n'a  pas  existé  plus  tôt. 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE   ARABE.  81 

nombreux  spécimens  sur  plâtre  soit  à  la  mosquée 
d'Ahmed ,  soit  dans  les  mosquées  fatimites.  Consta- 
tons seulement  en  passant  que  les  trois  monuments 
qui  font  le  sujet  de  ces  lignes  fournissent  des  do- 
cuments nouveaux  pour  Tétude  du  rinceau  arabe 
lapidaire.  Les  rinceaux  d'El-Hâkim,  d'El-Aqmar  et 

dEs-Sâlih  dérivent  directement  du  rinceau  byzantin 

•  •      •  j 

oriental ,  et  représentent  la  dernière  évolution  de  la 
grande  école  décorative  qui  a  fouillé  les  linteaux  et 
les  entablements  des  monuments  de  la  Syrie  centrale, 
les  palais  de  Machitta  et  de  ^Ammân  et  les  curieux 
monuments  coptes  du  musée  de  Boulaq  ^ 

Restent  les  entrelacs ,  qui  forment  le  point  le  plus 
obscur  et  le  plus  discuté  de  la  décoration  arabe.  La 
question  des  origines  n'est  éclairée  que  par  quel- 
ques documents  isolés,  encore  insuffisants  :  les  en- 
trelacs byzantins  en  claire-voie  des  monuments  de  la 
Syrie  centrale,  les  décors  géométriques  persans  de 
l'époque  parthe  et  quelques  monuments  coptes; 
pour  l'époque  musulmane,  les  claires-voies  des  fe- 
nêtres aux  mosquées  d'Ahmed  et  d'El-Hâkim ,  enfin 
les  mihrâbs  en  bois  sculpté  publiés  par  M.Ravaisse^. 

^  Voir  de  Vogué,  Syrie  centrale;  Tristram,  The  land  of  Moab; 
Dieulafoy,  L'art  antique  de  la  Perse,  t.  V,  p.  ^%  et  io4;  Gayet, 
Monuments  coptes  du  musée  de  Boulaq,  surtout  pi.  XXVII,  XXX, 
LXXIV,  LXXV,  LXXIX ,  etc.  Pour  les  rinceaux  sur  plâtre  de  la 
mosquée  d'El-Guyûchi ,  cf.  ibid. ,  pi.  X ,  XI ,  XVI ,  XX ,  etc. 

*  De  Vogué,  op,  cit.,  passim;  Dieulafoy,  op,  cit.,  t.  V,  p.  3o 
et  i53;  Gayet,  op.  cit.,  pi.  III,  XXVI,  XLIX,  LXXVI[,  LXXXIIÏ, 
LXXXVII  ;  Bourgoin ,  Les  arts  arabes ,  pi.  8 1  à  87  ;  Prisse  d'Avenues , 
Atlas,  vol.  I,pl.  ïll;  Ravaissc,  Sur  trois  mihrâbs,  pi.  II-V. 

XVIII.  6 


IMrilI«F.aill    *ATIO!<âLI. 


82  JUILLET-AOÛT  1891. 

Les  entrelacs  arabes  diffèrent  essentiellement  des 
décors  géométriques  byzantins  ou  persans  qui  sem- 
blent leur  avoir  servi  de  modèle.  Ceux-ci  ne  sont 
que  des  fantaisies  isolées,  telles  qu'on  en  trouve  dans 
tous  les  styles  décoratifs,  et  où  l'élément  géométrique 
ne  joue  encore  qu'un  rôle  effacé.  Ceux-là  s'érigent 
en  système  et  se  déduisent  logiquement  comme  un 
théorème  de  géométrie  ;  ils  reposent  sur  l'emploi  des 
polygones  suivant  une  série  de  tracés  dont  M.  Bour- 
goin  a  donné  la  clef  dans  ses  beaux  ouvrages.  Main- 
tenant si  l'on  cherche  non  plus  les  origines  géné- 
rales, mais  le  point  de  départ  précis  des  entrelacs 
arabes,  la  question  s'obscurcit  singulièrement.  On 
remarque,  en  effet,  que  la  décoration  géométrique 
byzantine  contient  déjà  en  germe  ce  qui  fait  le 
propre  des  entrelacs ,  les  diagrammes  polygonaux. 
D'autre  part,  les  claires-voies  des  fenêtres  aux  mos- 
quées d'Ahmed  et  d'El-Hâkim  présentent  dans  ^leur 
style  des  analogies  étroites  avec  les  claires-voies  syro- 
byzantines,  et  M.  Bourgoin  n'hésite  pas  à  les  classer, 
avec  les  monuments  eux-mêmes,  dans  une  période 
de  formation  de  l'art  arabe,  dite  période  byzantine. 
Cependant  on  y  trouve  déjà  les  caractères  distinctifs 
des  entrelacs  arabes,  en  particidier  les  polygones 
étoiles.  Or,  comme  ces  mosquées  ont  été  restaurées  à 
différentes  reprises ,  comme  elles  ont  souffert  toutes 
les  deux  du  grand  tremblement  de  terre  de  l'année 
702  de  l'hégire,  dont  les  effets  destructeurs  ont  dû 
se  faire  sentir  avant  tout  sur  des  constructions  aussi 
fragiles  que  ces  dentelles  de  plâtre ,  il  n'est  pas  du 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  83 

tout  certain  que  les  clairesr-voies  actuelles  datent  de 
Tépoque  primitive  1. 

Ainsi  le  décor  polygonsd  arabe  se  présente  pour  la 
première  fois  entièrement  constitué  et  d'une  faiçon 
certaine  sur  le  mihrâh  en  bois  de  Sitta  Rukaiya,  con- 
servé au  musée  arabe  du  Caire;  la  date  de  ce  mo- 
nument est  péremptoire.  M*  Ravaisse  y  voit  ie  terme 
initial  du  nouveau  style,  le  style  arabe  proprement 
dît.  On  ne  saurait  admettre  cette  concluaioa  dans» 
toute  sa  rigueur.  Les  changements  de  style  suivent 
uaae  évolution  trop  lente  et  trop  continue  pour  quW 
puisse  fixer  des  jalons  aussi  précis»  Pas  ptus  que  la 
nature ,  le  style  ne  fait  de  sauts ,  et  les  classifications 
plus  ou  moins  justes  qu*on  a  faites  du  style  arabe 
s*appliquent  bien  plus  aux  caractères  généraux  qu'à 
des  périodes  de  temps  nettement  limitées.  D'ailleurs 
le  travail  artistique  de  ce  mihrâh  est  si  parfait,  on 
peut  dire  si  raffiné,  qu'il  suppose  une  longue  pé- 
riode de  formation,  soît  dans  le  goût  et  la  concep- 
tion des  formes,  soit  dans  les  procédés  technique* 
et  rhabUeté  manuelle  de  lartisan.  Si  les  ancêtres  de 
ce  moniunent  nont  pas  laissé  de  traces,^  on  peut  5^ 
firmer  a  priori  qu'ils  ont  existé,  et  que  le  décor  poly- 
gonal s'est  lentement  développé  pendant  la  période 
fatimite,  peut-être  avant  déjà. 

Les  entrelacs  lapidaires  des  monuments  fattmitea, 
sans  résoudre  le  problème  des  origines,  jettent  un 

*  Cette  remarque  a  déjà  été  faite  par  M.  Stanley  Lane-Poole, 
op,  du,  p.  67. 

6 


84  JUILLET-AOÛT  1891. 

jour  nouveau  sur  ses  obscurités.  Ce  sont  des  ban- 
deaux ou  des  bordures  encadrant  les  fenêtres  carrées 
et  les  niches  à  fond  plat  ménagées  dans  les  minarets 
d'El-Hâkim  et  dans  les  façades  des  deux  autres  mos- 
quées. On  en  trouvera  un  spécimen  sur  la  planche 
ci-jointe ,  accompagnant  l'inscription  de  la  mosquée 
d'Es-Sâlih  (  n°  VI  )  ;  ceux  qu'on  voit  au  minaret  sud 
d'El-Hâkim  forment  un  dessin  analogue.  Ailleurs 
ces  entrelacs  présentent  des  combinaisons  plus  com- 
pliquées de  lignes  brisées  ou  de  lignes  courbes  en 
forme  de  nattes.  La  façade  de  la  mosquée  d'Es-Sâ- 
lih  en  ofiPre  une  grande  variété. 

Je  n'entreprendrai  pas  de  tirer  aucune  conclusion 
de  ces  découvertes.  L'étude  de  ces  ornements  doit 
être  accompagnée  de  figures  et  demande  à  être 
traitée  à  part.  Je  fais  seulement  à  leur  propos  les 
deux  remarques  suivantes  : 

i"*  Ces  entrelacs  ayant  la  forme  de  bandes  longues 
et  étroites ,  il  ne  faut  pas  y  chercher  les  données  du 
décor  polygonal ,  qui  exige  une  certaine  surface 
pour  développer  ses  diagrammes.  Pour  que  ce  der- 
nier produise  tout  son  effet,  il  faut  que  son  tracé 
primitif  puisse  être  broché,  c'est-à-dire  répété  un 
certain  nombre  de  fois  en  longueur  et  en  largeur. 
D'ailleurs  les  entrelacs  arabes  polygonaux  sont  nés 
de  la  décoration  sur  bois  bien  plus  que  de  la  dé- 
coration lapidaire;  on  se  figure  aisément  combien 
le  travail  manuel  de  l'artisan  était  simplifié  par  la 
faculté  de  découper  à  l'infini  ces  petits  panneaux 


NOTES  D'ARCHÉOLOGIE  ARABE.  85 

de  bois  sur  un  nombre  restreint  de  patrons.  Les  entre- 
lacs lapidaires  fatimites  se  rapprochent  donc  beau- 
coup plus  des  entrelacs  coptes  ou  byzantins  que  de 
ceux  du  mihrâb  de  Sitta  Rukaiya;  comme  les  rin- 
ceaux lapidaires  des  mêmes  monuments ,  ils  appar- 
tiennent à  ce  style  de  transition  qui  n*est  plus  by- 
zantin ni  persan ,  et  qui  n'est  pas  encore  le  style 
classique  des  siècles  postérieurs. 

2°  L  analogie  étroite  qui  existe  entre  les  entrelacs 
d'El-Hâkim  et  d'Es-Sâlih  prouve  que  ce  genre  de  dé- 
coration a  persisté,  comme  le  caractère  dit  carma- 
tique,  durasiit  toute  Tépoque  fatimite;  peut-être  s  est- 
elle  prolongée  au  delà. 

C'est  plus  tard  seulement  que  le  véritable  décor 
polygonal,  sortant  du  domaine  de  la  menuiserie,  se 
répand  sur  les  parements  de  pierre  pour  produire 
des  chefs-d'œuvre  comme  la  chaire  de  Qâit-Bây  dans 
le  tombeau  du  sultan  Barquq. 

En  terminant  ici  la  revue  des  inscriptions  et  des 
monuments  fatimites  du  Caire  connus  jusqu'à  ce 
jour,  je  ne  puis  que  signaler  les  documents  numis- 
matiques  de  cette  époque.  Les  monnaies  fatimites 
ont  été  fort  bien  étudiées,  grâce  aux  catalogues  des 
collections  et  à  de  nombreuses  monographies.  Les 
jetons  de  verre  à  légendes  arabes,  qui  semblent 
avoir  servi  à  des  usages  divers,  sont  moins  bien 
connus.  Ceux  de  l'époque  fatimite  sont  fort  nom- 
breux, et  j'en  possède  moi-même  un  certain  nombre, 
mais  leur  étude  ne  saurait  trouver  place  ici.  Je  suis 


86  iUlLLËT-AO^T  1891. 

heureux  Àe  potavoir  citer  encore  4e  travail  tout  récent 
ffae  M.  Casanova  a  consaM^ré  à  >ces  curieux  docu- 
ments iii^toiiques ,  «et  dont  iâ  publication ,  e^érons- 
le,  ne  se  fera  pas  longtemps  «ttendre^. 

^  liu  devant  l'Institut  égyptien  au  Caire;  compte  rendu  en  arabe 
dans  ^,h>hU  L^U^t;  -9  février  et  11  mars  1891.  Ce  travail  a  paru 
en  ^nçais  dans  le  Jottmaro^cîcZ,  ^•^91»  P-  7*5  Ct  sutv. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  87 


HISTOIRE 

POLITIQUE,    RELIGIEUSE    ET    LITTÉRAIRE 

D'EDESSE 

JUSQU'À  LA  PREMIÈRE  CROISADE, 

PAR 
M.  RUBENS  DUVAL. 


PRÉFACE. 

Ta  vUle  sera  bénie  et  md  ennemi 
ne  prévaudra  plus  contre  elle. 

[Lettre  de  Jésus  à  Ahgar.  ) 

Elle  fut  vraiment  bénie  cette  viUe  qui,  pendant  tant  de 
siècles,  rayonna  sur  la  Syrie  et  la  Mésopotamie  par  son 
génie  religieux  et  littéraire  encore  plus  que  par  sa  puissance 
militaire.  La  légende  qui  la  déclarait  inexpugnable  devint 
une  tradition  qui  se  maintint  longtemps  et  à  laquelle  furent 
obligés  de  croire  les  plus  puissants  rois  sassanides,  Sapor  II, 
Cawad  et  Chosroes  Anoschirwan,  qui  Tassiégèrent  en  vain. 

Si  la  conquête  romaine  amoindrit  son  importance  poli- 
tique, eUe  lui  ouvrit  de  nouvesfux  horizons  dans  le  domaine 
scientifique  en  lui  apportant  les  livres  grecs.  Foyer  lumineux 
de  la  culture  syrienne,  elle  eut  Tinsigne  honneur  de  voir 
l'idiome  qu'elle  parlait  devenir  la  langue  classique  de  tous 
les  Syriens  des  bords  de  la  Méditerranée  aux  rives  du  Tigre. 

Ëdesse  occupa  la  première  place  dans  les  annales  de  la 
Syrie.  Eïle  eut  ses  historiens  nationaux  :  la  Chronique  d'Edesse 


88  JDILLET-AOUT   1891. 

et  la  Chronique  de  Josué  le  Stylite  sont  de  précieux  monu- 
ments des  temps  anciens,  qu'une  bonne  fortune  nous  a  con- 
servés. Plût  à  Dieu  qu'on  possédât  beaucoup  de  documents 
du  genre  de  cette  dernière  chronique,  un  modèle  d'exacti- 
tude et  de  précision  ! 

Au  commencement  du  siècle  dernier,  Bayer  écrivit  une 
histoire  d'Edesse  qui  met  en  relief  le  rôle  politique  et  mili- 
taire de  cette  ville ,  mais  qui  est  muette  sur  son  activité  reli- 
gieuse et  littéraire.  Les  nombreuses  publications  syriaques 
qui  ont  paru  dans  le  cours  de  ces  dernières  années  et  les 
savants  mémoires  qu'elles  ont  suscités  permettent  de  mieux 
envisager  aujourd'hui  dans  leur  ensemble  les  grands  traits  de 
cette  histoire. 

C'est  dans  cette  pensée  que  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres  a  mis  au  concours  pour  le  prix  Bordin ,  en  1 89 1 , 
Y  Histoire  politique,  religieuse  et  littéraire  d'Edesse  jusqu'à  la 
première  croisade.  Le  mémoire  que  nous  avons  rédigé  pour  ce 
concours  a  eu  l'honneur  d'être  couronné  par  l'Académie.  La 
Commission  de  rédaction  du  Journal  asiatique  l'a  jugé  digne 
de  figurer  parmi  ses  publications.  Nous  l'avons  laissé  im- 
primer tel  qu'il  avait  été  présenté  à  l'Académie,  tout  en 
ayant  conscience  des  développements  qu'il  était  susceptible 
de  recevoir  dans  quelques-unes  de  ses  parties  et  que  le  temps 
restreint  dont  nous  disposions  en  l'écrivant  ne  nous  avait 
pas  permis  de  lui  donner.  Nous  avons  seulement  ajouté  : 
ï*  le  texte  syriaque  de  l'hymne  relatif  à  l'exil  de  lévêque 
Barsès,  que  nous  avions  fait  connaître  par  une  traduction; 
2*  les  conditions  de  la  paix  conclue  entre  les  Ëdesséniens  et 
les  Musulmans  après  la  prise  d'Edesse  par  ces  derniers.  C'est 
à  l'obligeance  de  M.  Barbier  tle  Meynard,  l'un  des  membres 
de  la  Commission  chargée  de  décerner  le  prix  Bordin ,  que 
nous  devons  la  communication  des  fragments  de  l'historien 
Béladhori  relatifs  à  cet  événement. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  89 

CHAPITRE  l^. 

TOPOGRAPHIE  D'^ESSE. 

Territoire  d'Edesse  sous  les  Rois;  pendant  l'occupation  ro- 
maine ;  après  la  conquête  arabe.  —  Cours  d'eau  d'Edesse  : 
l'étang  d'Abraham,  la  fontaine  Zilka,  le  Daiçan.  —  Le 
Daiçan  est  détourné  de  son  lit  par  Justinien.  —  Situation 
privilégiée  d'Edesse.  —  Sa  citadelle  et  ses  portes.  —  Prin- 
cipaux monuments  d'Edesse.  —  Eglises  à  l'intérieur.  — 
Eglises  et  monastères  hors  les  murs.  —  Aqueducs.  — 
Avantages  et  inconvénients  de  la  situation  géographique  de 
la  vilie. 

Edesse  dut  moins  à  Fétendue  de  son  territoire, 
qu'à  sa  situation  privilégiée  et  à  sa  culture  scienti- 
fique et  littéraire,  le  rôle  important  qu'elle  joua  dans 
rhistoire.  Il  est  difficile  de  fixer  dune  manière  pré- 
cise les  limites  de  son  domaine  à  Tépoque  des  rois. 
Sa  fi:*ontière  naturelle  était  à  Touest  TEuphrate,  et 
au  nord  les  montagnes  de  TArménie.  Au  sud  ce  do- 
maine s'étendait  vraisemblablement  jusqu'au  désert  ^  ; 
à  l'est  il  était  borné  par  Nisibe.  Suivant  Pline  *^,  le 
Tigre  aurait  formé  la  limite  orientale  des  Arabes  Orœi. 
Cet  auteur  s'en  tient  aux  grandes  lignes  et  place  l'Os- 
rhoène  entre  laCommagène  à  l'ouest  de  l'Euphrate  et 
l'Adiabène  à  l'est  du  Tigre.  Vraie  pour  les  premiers 


*  La  Chronique  d'Edesse,  en  mentionnant  la  construction  de 
Caliinice  ou  Léontopolis  (Rakka)  par  Léon,  en  469,  dit  que  cette 
ville  faisait  partie  de  l'Osrhoène.  (Voir  Assémani,  Bibl,  orient., 
I,  p.  4o5.) 

*  Hist,  nat,,  VI,  9,  1. 


90  JUILLET-AOÛT  1891. 

temps  de  l'occupation  romaine ,  cette  délimitation  est 
inexacte  pour  Tépoque  antérieure.  Nisibe  faisait  partie 
de  TArménie,  dont  elle  fut  détachée  par  ArtabanlII, 
qui  la  donna  à  Izate  d'Adiabène  ^.  L'occupation  de 
Nisibe  et  d'Edesse  par  des  Parthes  de  rArménie 
peut  avoir  aussi  prêté  à  la  confusion.  La  légende 
arménienne  fait  d'Abgar  V  un  prince  arménien  qui 
aurait  eu  pour  capitale  d^abord  Nisibe  et  ensuite 
Edesse.  Pline  ^  dit  encore  que  les  Arates  Orœi  étaient 
séparés  à  l'ouest  par  l'Eaphrate  dans  un  espace  de 
3  sdiènes,  et  qu'ils  possédaient  les  villes  d'Edesse 
et  de  Carrhes.  La  ville  de  Carrhes  ou  Harran  était 
en  effet  englobée  dans  le  territoire  d'Édesse,  mais 
elle^tait  indépendante  et  jouissait  d'ime  constitution 
autonome  lors  de  i  e3q)édition  de  Crassus  et  du  traité 
de  paix  de  Lucius  Verus  avec  les  Parthes  '.  li  en  était 
de  même  pour  Singar  à  lest,  où  -commandait  un 
prince  MaWu,  Mdwosy  qui  s  enfuit  devant  Trajan, 
auqud  il  avait  refusé  de  se  soumettre  ^. 


^  Josèphe,  Ant.  jud,,  XX,  3,  2. 

^  HisL  nat.,  V,  20,  a  :  «Arabiam  inde  laeva  OrrhcBon  dictam 
regionem,  trischœna  mensura,  dextraque  Gommagenem  dister- 
minât,  pontis  tamen  etiam  ubî  Tanrum  expugnat  patiens.  »  (Ibid., 
V,  21,  1^  voir  jdus  loÎQ,  p.  92 ,  note  1.)  Suivant  le  lexique  syriaque 
de  fiar  Bahloul,  coL  101, 1.  18 ,  les  villes  principales  de  l'Osrhoène 
étaient  Edesse,  Harran  et  Batnan  (ou  Batnée). 

^  Voir  Gutschmid,  Untersnchungen  ueber  die  Geschichte  des  Kœ- 
nigsreichs  Osrkoene,  dans  les  Mémoires  de  VAcadérme  de  Saint-Péters- 
bourg, 1887,  p.  24.  Cet  auteur  pense  que  les  Harraniens  ont  dû 
perdre  leur  hégémonie,  lorsqu'ils  brûlèrent  vivant  Andromaque  qui 
leur  avait  été  imposé  par  les  Parthes  en  53  avant  J.-C. 

*  Dion,  LXVllI,  21,   22;   Suidas  sous   Se^iàs  et  évip^sipffaeii;. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE,  91 

La  configuration  du  territoire  d'Edesse  ne  varia 
pas  pendant  les  premiers  siècles  de  Toccupatian  ro- 
maine. En  349,  Constance  construisit  Amidet  en 
fit  une  place  forte  de  premier  ordre.  La  Mésopo- 
tamie est  alors  divisée  en  deux  provinces  :  au  nord- 
est  la  Mésopotamie  proprement  dite  avec  Amîd 
pour  capitale;  et  au  sod-ouest,  rOsrhoène  ayant 
Edesse  pour  ville  principale.  (  Voir  ci-après ,  chap.  îx.  ) 
Édesse  se  trouvait  protégée  contre  les  invasions  des 
Sassanudes  :  au  nord  par  Amid,  à  Test  par  TeUa  et 
Nisibe  ^t,  jiprès  la  reddition  de  Nisibe  aux  Perses 
par  lovien,  par  Dso^a;  au  sud  par  CaUinice  et 
Hairan.  Chacune  de  ces  vflles  a  un  gouvemem  et 
un  évêque;  sauf  Aairid,  elles  appaitiennent  à  i*Os- 
rèioène ,  ainsi  qne  Sibabaroha  (  ou  Suwarek)  au  iiord- 
ouest  et  Rescfaaina  à  lest;  mais  «fles  demeurent 
ind^endantes  dEdesse.  La  province  de  TOsrhoène 
est  Je  création  romaine.  Le  nom  d'Osrhoène  lui- 
même  est  rarem^it  usité  par  les  auteurs  syriaques 
et  D  apparaît  qu  après  le  rv*  siècle  de  notre  ère. 

La  conquête  arabe  laissa  subsister  Tor^nisation 
politique  qu  avaient  créée  les  Romains  en  Mésqpo- 
tamie.  Le  siège  des  califes  ommeyades  à  Damas 
et  surtout  celui  des  califes  abbassides  à  Bagdad 
étaient  trop  Soignés  de  cette  contrée  pour  qu'^e 


C'est  vraisemblablement  ce  prince  et  non  un  roi  d'Edesse  qui 
fonda  la  vâle  Mannakerta^  HLavvéxapreL,  à  Touest  de  Nisibe  et  à 
l'est  de  Reschaina.  (Ltienne  de  Byzance,  sous  MoirvoUcapra;  Saint- 
Martin,  Mémoire  sur  laCharacene,  p.  182  et  2^1  ;  Outschmid,  loc, 
cit. ,  p.  2  5.) 


92  JUILLET-AOÛT  1891. 

eût  à  profiter  des  nouvelles  constructions  des  Arabes. 
Du  reste  la  Mésopotamie  n  avait  plus  l'importance 
que  lui  avaient  donnée  les  rivdités  des  Romains  et 
des  Perses. 

La  fertile  campagne  qui  se  déroulait  aux  pieds 
d'Edesse,  à  Test  et  au  sud,  fut  la  source  de  ses 
richesses  autant  que  le  commerce  et  l'industrie ,  qui 
ne  semblent  pas  y  avoir  plus  prospéré  que  dans  les 
villes  voisines.  Cette  campagne  est  fertilisée  par  de 
nombreux  cours  deau.  A  Tintérieur  de  la  ville,  du 
côté  de  la  citadelle,  se  trouve  le  célèbre  étang  ali- 
menté par  les  eaux  souterraines  du  plateau  environ- 
nant la  ville  du  côté  sud-ouest.  Cet  étang  avait  valu 
à  Édesse  le  nom  de  Callirhoé  «  la  ville  aux  belles 
eaux»,  selon  Pline ^  Il  jouit  dune  vénération  qui 
remonte  certainement  aux  temps  les  plus  reculés  ;  ses 
nombreux  poissons  sont  sacrés  aux  yeux  des  musul- 
mans actuels.  Il  est  probable  qu'il  était  autrefois 
consacré  à  la  déesse  Athargatis^.  Plus  tard,  lorsque 
le  paganisme  disparut  et  que  ses  traditions  se  per* 
dirent,  il  devint,  sans  doute  par  la  littérature  apo- 
cryphe judéo-chrétienne,  rÉtang  d'Abraham,  Birket 
Ibrahim,  nom  sous  lequel  il  est  désigné  aujourd'hui. 
Le  ruisseau  qui ,  à  travers  la  ville ,  porte  ses  eaux  au 
fleuve  du  Daiçan ,  est  appelé  la  Source  d'Abraham , 
^Aïn  al-KhaliL 

^  HisL  nat, ,  V,  2 1 ,  i  :  «  Arabia  supra  dicta  habet  oppida  Ëdessam , 
quae  quoudam  Antiochia  dicebatur,  Callirbœn  a  fonte  nominatam  » 
Garrhas  Crassi  clade  nobiles.  » 

*  Voir  ci-après,  chap.  iv,  fin. 


HISTOIRE   D^ÉDESSE.  93 

Sur  cet  étang  se  dressait  ie  palais  d'été  des  rois , 
entouré  des  propriétés  des  nobles  de  la  ville.  Sur  le 
côté  nord  se  trouvait  Téglise  Ancienne,  tout  près  de 
la  mosquée  actuelle  de  Khalil  Errahman^  Sur  le 
côté  sud  de  la  voie  qui  longe  Tétang,  on  remarque 
une  maison  privée  avec  une  tour;  cest  là  que  la 
tradition  place  la  célèbre  école  des  Perses  ^,  convertie 
plus  tard  en  une  basilique  sous  le  vocable  de  Marie 
Mère  de  Dieu. 

Un  autre  étang,  de  moindre  dimension,  est  situé 
au  sud  du  premier.  Il  porte  le  nom  de  ^Aïn  Zilka, 
la  Source  de  ZeUkha,\dL  femme  de  Putiphar,  et  verse 
son  trop-plein  dans  le  Daiçan  par  un  ruisseau  paral- 
lèle à  celui  de  TAïn  al-Khalil. 

Le  récipient  de  tous  les  cours  d'eau  d'Edesse  qui, 
au  rapport  de  la  chronique  d'Edesse^,  étaient  au 
nombre  de  vingt-cinq ,  c'était  le  Daiçan ,  le  ^xiprSs 
des  auteurs  grecs,  aujourd'hui  appelé  Gara  Koyoun. 
Ce  fleuve  traversait  la  ville  du  nord-ouest  au  sud- 
est,  puis  coulait  presque  perpendiculairement  dans 
la  direction  du  sud  jusqu'à  la  rencontre  du  Goulâb , 
qui  passe  à  Harran  et  se  jette  dans  le  Balikh.  Le 
Daiçan,  c'est-à-dire  le  sauteur,  b  crxipTÔs,  devait  son 
nom  aux  brusques  changements  dont  il  était  cou- 
tumier.  Descendant  à  un  niveau  très  bas  pendant  les 

*  Voir  Badger,  The  Nestorians ,  I,  34 1;  Sachau,  Reise  in  Syrien 
and  Mesopotamien ,  p.  196. 

*  Voir  Sachau,  loc.  oit,,  p.  198. 

^  Chronicon  Edessenum,  dans  la    Bibliotheca   Orientalis   d'Assé* 
tnani,  I,  p.  39;^. 


94  JUILLET-AOÛT  1891. 

chaleurs  de  Tété,  il  se  chai^eadt  subitement,  pen- 
dant les  saisons  pluvieuses  de  1  automne  et  de  l'hiver, 
de  masses  énormes  d*eau  qui  inondai^it  la  plaine  et 
la  yiUe ,  et  renversaient  ks  murs  de  Tenceinte  for* 
tifiée.  La  chronique  d'Ëdesse  compte  jusqu^à  Justi- 
nien  quatre  inondations  principales  qui  causèrent  de 
terribles  ravages  en  201,  ào3,  di3  et  Sa5»  Pour 
conjurer  le  fléau,  Justinien  changea  le  coors  du 
fleuve  et  le  fit  contourner  la  viUe  au  nord.  C'est  la 
direction  qu'il  suit  encore  aujourd'hui  et  on  accède 
à  la  ville  de  ce  côté  par  trois  ponts  *. 

S'il  fallait  en  croire  la  pèlerine  franque  qui  vbita 
Édesse  soi-disant  à  la  fin  du  ly*  siède^  Édesse 
n'aurait  pas  eu,  à  l'intérieur,  d'autres  eaux  quec^es 
des  étangs  ;  par  conséquent  le  fleuve  n'aurait  pas  tra- 
versé la  ville  :  «  Nam  ipsa  civitas  aliam  aquam  penitus 
non  habet  nunc,  nisi  eam,  quae  de  palatio  exit,  quœ 
est  ac  si  fluvius  ingens  argenteus.  »  Le  nunc  de  cette 
phrase  fait  allusion  à  ime  légende  que  cette  voya- 
geuse rapporte  et  d'après  laquelle  les  Perses  qui 
assiégeaient  la  ville,  ne  pouvant  forcer  les  remparts, 
auraient  cherché  à  la  réduire  en  la  privant  d'eau. 
Hs  détournèrent  donc  les  eaux  extérieures  qui  ali- 
mentaient la  ville  ;  mais  aussitôt ,  par  la  volonté  de 
Dieu,  surgirent  les  fontaines  intérieures,  tandis  que 
les  eaux  que  les  Perses  avaient  détournées  à  leur 

*  Voir  Badger,  The  Nestor  ions,  I,  p.  34 1. 

*  Voir  Gamurrini,  S.  Hilarii  tractatus  de  Mysteriis  et  Hymni  et 
S,  SilvUe  Aifoitanœ  peregrinatio  ad  loca  sancta,  dans  le  h*  volume 
de  Y  Académie  historique-juridique  de  Rome,  1887,  p.  65-66. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  95 

profit  tarirent  entièrement.  Ce  témoignage  est  dé- 
menti de  la  façon  la  plus  catégorique  non  seole- 
ment  par  le  récit,  que  la  chronique  d'Edesse^  nous 
a  conservé,  de  l'inondation  de  201,  mais  par  Pro- 
cope  dans  son  livre  De  ^dificùs  ^.  On  est  donc  tenté 
de  croire  que  le  voyage  de  la  pèlerine  est  postérieur 
à  Justinien  et  doit  être  placé  an  moins  deux  sièdes 
plus  bas  que  ne  le  pensait  son  savant  éditeur. 

Nous  rapportons  ici  le  passage  de  Procope  qui 
fournit  des  détails  circonstanciés  sur  le  cour*  du 
Daiçan  et  les  travaux  exécutés  par  Justinien  :  «  Edesse 
est  traversée  par  un  fleuve  peu  important,  nommé 
2x/pT(5f  (sauteur),  qui  porte  au  milieu  de  la  ville  ses 
eaux  rassemblées  de  divers  endroits.  Sortant  de  la 
ville  ^,  il  continue  sa  marche,  après  avoir  pourra  aux 
besoins  de  celle-ci.  A  son  entrée  et  à  sa  sortie,  un  pas- 
sage a  été  ménagé  dans  la  muraille  par  les  anciens 
habitants.  Un  jour  ce  fleuve,  gonflé  par  des  pluies 
tombées  en  abondance,  monta  à  une  grande  hau- 
teur et  menaça  de  détruire  la  ville.  Renversant  le 
premier  rempart  et  ensuite  le  mur  d'enceinte,  il 
inonda  la  ville  presque  tout  entière  et  causa  des 
pertes  irrémédiables.  Il  jeta  à  terre  dun  seul  coup 

^  Voir  ce  récit  ci-après ,  sous  Je  chap.  m. 

*  Procope,  De  JEdificiis,  éd.  Dindorf  (dans  la  collection  byzan- 
tine de  Bonn),  lU,  p.  228.  La  Chronique  de  Josué  le  Stylite  men- 
tionne à  Tannée  49 3  des  fêtes  célébrées  le  long  des  bords  du  Daiçan 
dans  la  ville.  (Voir  ci-après,  chap.  x.) 

'  Bayer,  Historia  Osrhoena  et  Edessena  (Saint-Pétersbourg,  1784 , 
p.  248),  a  mal  expliqué  ce  passage  de  Procope  et  l'a  rendu  inin- 
telligible; il  corrige  à  tort  èiteikv  en  Sériés. 


96  JUILLET-AOÛT  I89L 

les  plus  beaux  édifices  et  fit  périr  le  tiers  des  habi- 
tants. L'empereur  Justinien,  non  seulement  s'em- 
pressa de  reconstruire  les  monuments  endommagés , 
parmi  lesquels  étaient  Tég^se  des  Chrétiens  et  le 
bâtiment  appelé  Antiphore  [AvriÇ^opos) ,  mais  il  tra- 
vailla avec  une  grande  sollicitude  à  ce  que  ce  mal- 
heur ne  se  renouvelât  plus.  Il  sut  par  un  art  habile 
imprimer  au  fleuve  im  autre  cours  devant  le  rem- 
part. A  droite  du  fleuve,  le  pays  était  plat  et  de  ni- 
veau; mais  à  gauche  une  montagne  à  pic  ne  per- 
mettait pas  au  courant  de  dévier  ni  de  prendre  une 
direction  autre  que  celle  qu'il  suivait;  de  toute  né- 
cessité, il  devait  passer  par  la  ville.  A  droite  en 
effet,  il  ne  rencontrait  aucun  obstacle,  qui  l'em- 
pêchât de  se  porter  directement  sur  la  ville.  Justi- 
nien coupa  la  montagne  dans  toute  son  épaisseur  et 
fit  à  la  gauche  du  fleuve  un  passage  au  moyen  d'un 
fossé  creusé  et  taillé  dans  le  roc.  Sur  la  droite  il 
éleva  un  mur  très  haut,  formé  de  blocs  énormes, 
de  sorte  que ,  si  le  fleuve  coulait  d'une  manière  nor- 
male et  ordinaire ,  la  ville  ne  fût  pas  privée  de  l'uti- 
lité qu'elle  en  retirait  ;  et  que ,  si  accidentellement  il 
s'élevait  au-dessus  de  son  niveau  et  débordait,  la 
ville  reçût  encore  son  contingent  ordinaire,  l'excé- 
dent étant  déversé  dans  le  canal  de  Justinien.  Ce 
canal,  qui  avait  triomphé  de  la  nature  par  un  art 
admirable  et  une  science  au-dessus  de  tout  éloge, 
contournait  le  mur  derrière  l'hippodrome.  A  l'inté- 
rieur le  fleuve  fut  contraint  de  couler  dans  son  lit, 
sans  en  pouvoir  sortir,  au  moyen  de  parapets  élevés 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  97 

de  chaque  côté.  De  cette  manière  la  ville  conserva 
ies  avantages  que  lui  procurait  le  fleuve ,  et  elle  fut 
débarrassée  de  la  crainte  des  inondations  ^  »  Justi- 
men ,  continue  Procope ,  fit  aussi  surélever  et  conso- 
lider le  mur  de  la  citadelle,  qui,  dominé  par  la 
montagne  sur  la  pente  de  laqueîle  il  s'élevait,  pré- 
sentait à  Tennemi  un  point  vulnérable  et  facile  à 
attaquer. 

C'est  par  sa  situation  topographique  qu  Edesse 
devint  une  place  forte  de  premier  ordre.  Adossée  à 
i ouest  à  un  massif  rocheux,  elle  commandait  les 
passes  du  nord  donnant  accès  à  TArménie,  et  gar- 
dait à  Touest  et  à  Test  les  routes  de  la  Mésopotamie. 
En  dehors  des  contreforts  escarpés  qui  formaient 
une  défense  naturelle,  elle  était  protégée  par  un 
double  mur  d'enceinte  crénelé  et  flanqué  de  nom- 
breuses tours.  Elle  passait  pour  inexpugnable  et 
cette  conviction  donna  naissance  à  la  légende  que 
le  Christ  aurait,  en  bénissant  Edesse^,  déclaré  que 
nul  ennemi  ne  prévaudrait  contre  elle. 

La  citadelle  s'élève  sur  une  montagne  à  l'angle 
sud- ouest  du  rempart  qui  l'entoure.  A  l'extrémité 
occidentale  se  dressent  deux  colonnes  faites  de  plu- 
sieurs morceaux  et  couronnées  de  chapiteaux  corin- 
thiens. L'une  de  ces  colonnes  porte  une  inscription 
à  demi  efiacée  et  difficile  à  lire,  mais  qui  permet 

^  Cependant  la  Chronique  de  Denys  de  Téllmahrê  (voir  Assémani, 
B.  O,,  U,  -p.  107)  rapporte  «ncore  one  inondation  du  Daiçan  à 
l'année  743. 

*  Voir  ci-aprèg ,  chap.  v. 

XVII.  1 


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98  JUILLET-AOÛT   1891. 

de  constater  que  leur  construction  remonte  à  l*épo- 
que  des  rois  d'Édesse.  On  y  déchiffre  les  mots  de 
colonne  y  statue  et  Schalmat,  la  reine,  fille  de  Manoa^. 
H  s  agit  sans  doute  de  Tépouse  d'AbgarOukhama  qui 
portait  ce  nom.  Les  Musulmans  de  nos  jours  dési- 
gnent ces  colonnes  sous  le  nom  de  Korsi  Nimroud 
«  le  trône  de  Nemrod  » ,  et  la  montagne  sur  laquelle 
se  trouve  la  citadelle ,  Nimwud  dagh  «  la  montagne 
de  Nemrod  ». 

A  Imtérieur  de  la  citadelle,  sur  une  grande  place 
appelée  Beith-Tebhârâ,  le  roi  Abgar  VIII  se  fit  con- 
struire, après  l'inondation  de  201,  un  palais  d'hiver 
à  l'abri  des  crues  du  Daiçan  -.  Les  grands  d'Ëdesse , 
imitant  son  exemple ,  transportèrent  leurs  résidences 
auprès  de  ce  palais  sur  la  place  du  marché  supé- 
rieur, appelée  BeithSalchrâyé^.  Avant  la  construc- 
tion du  palais  d'Abgar,  la  place  de.Beith-Tebhârâ 
avec  les  vastes  dépendances  de  la  propriété  d'Avida^ 
fils   d'Abdnakhad,  servait  pour  les   assemblées  du 


*  Badgep  (The  Nestorîans)  I,  p.  32  3,  a  le  premier  fait  connaître 
cette  inscription.  Elle  a  été  publiée  en  second  lieu  par  M.  Sadiau, 
dans  la  Zeitschr,  der  dent,  morgenl,  GeselL,  XXXVI,  p.  i53  et 
suiv. 

^  La  pèlerine  franque  mentionnée  plus  haut  visita  le  palais  d*ëté 
et  le  palais  d'hiver  des  Abgar.  Elle  remarqua  deux  belles  statues  de 
marbre  que  l'on  disait  être  celles  d' Abgar  Oukhâmâ  et  de  son  fils 
Ma'nou. 

*  Cette  dénomination  aurait  été  donnée  à  cette  place  après  la 
construction  des  nouveaux  palais,  si  l'on  dérive  avec  Bar  Bahloiid 
le  mot  sakhrâyé  de  sakharta  «palais».  Beith-Sakhrâyé  est  connu 
comme  nom  de  lieu.  (Voir  Barhebrseus,  Ckron,  syr,,  464»  9;  ^Sg, 
9;  Hoffmann,  Auszûge  ans  syr,  Acten  Pers.  Màrtyrer,  p.  212.) 


w         C  \,  c  o 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  99 

peuple ^  Là  se  trouvait  aussi  le  grand  autel,  où 
Ton  immolait  aux  génies  et  qui  subsista  quelque 
temps  encore  après  la  destruction  des  autels  par- 
ticuliers des  dieux,  comme  nous  le  verrons  sous 
le  chapitre  iv.  La  Doctrine  d^Addcd  ^  place  cet  autei 
simplement  au  miliea  de  la  citadelle,  itu^mca 
t^-S^.  Les  Actes  de  Scharbil,  publiés  dans  les  An- 
cient  Syriac  docaments  de  Cureton  ^,  disent  qu  il  était 
i^tv^.  ^tVica  Ai3.nci.\ ,  ce  que  Cureton  traduit  :  en 
face  le  Bureau  des  archives;  mais  le  bureau  des  ar- 
chives était  appelé  Beith-Oahdânâ,  r^^cno^i.  VvjC3 
ou  Archeion^,  ipx^aiov.  Peut-être  faut-il  lire  A.rxna\ 
r^n^o^i.  ^(\jC3  ,  en  face  de  la  propriété  d'Avida ,  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut. 

La  ville  même  renfermait  les  Portiques  ou  forum 
auprès  du  Daiçan,  YAntiphoros  ou  hôtel  de  ville  ^, 
restauré  par  Justinien  apiès  une  inondation  du 
fleuve,  comme  nous  lavons  vu  plus  haut.  En  Agy, 
Alexandre,  gouverneur  d'Edesse,  fit  construire  une 
galerie  couverte  [TSephaTo^)  auprès  de  la  porte  des 
Grottes,  et  des  bains  publics  [SrjyJiaiov)  auprès  du 
Grenier  d'abondance  ^.  On  distinguait  les  bains 
d'été  et  les  bains  d'hiver;  tous  deux  étaient  entourés 
d'une  double  colonnade.  Un  autre  établissement  de 

*  The  Doctrine  of  Addai  ihe  Apostle,  éd.  Philipps,  p.  18,  3. 
■  Voir  The  Doctrine  of  Addai  the  Apostle,  p.  34,  7. 

'  Voir  p.  42,  2 . 

*  Gomp.  Chronicon  Edtssennm,  dans  Assémani,  B.  0.,ly  393. 

*  Voir  Chronique  de  Josaé  le  Stylite,  éditée  par  Wright,  cha- 
pitre xxvn. 

*  Voir  Chronique  de  Josué,  chap.  xxix. 


100  JUILLET-AOÛT  J891. 

bains  se  trouvait  au  sud  auprès  de  ia  Grande  porte  ^. 
Le  théâtre^  était  situé  près  de  la  porte  de  ce  nom. 
Un  hôpital  dans  la  ville  et  un  hospice  en  dehors» 
près  de  la  porte  de  Beith-Schemesch ,  étaient  con- 
sacrés aux  malades  et  aux  vieillards  '. 

Au  nord  de  la  ville ,  près  du  mur  d  enceinte ,  était 
rhippodrome  qui ,  suivant  Procope  *,  avait  été  con- 
struit par  Abgar  (Abgar  IX),  à  son  retour  de  Rome, 
grâce  à  la  libéralité  de  rempereiu*^. 

On  pénétrait  dans  la  ville  par  six  portes,  savoir  : 
au  nord ,  la  porte  de  Beith-Schemesch  ^  et  la  porte 
de  Barlaha;  à  l'ouest,  la  porte  des  kappé  ou  des 
Grottes ,  conduisant  sans  doute  aux  grottes  creusées 
dans  le  roc  pour  la  sépulture  des  morts'';  au  sud- 
ouest,  près  de  la  citadelle,  la  porte  de  schaé  ou  des 
heures^;  au  sud,  la  Grande  porte®;  et  à  Test,  près 
de  la  sortie  du  Daiçan ,  la  porte  du  Théâtre  ^^,  Ces 


^  Voir  Chronique  de  Josué,  chap.  xxx  et  XLiu. 

*  Voir  Chronique  de  Josué,  chap.  xxx. 
^  Voir  Chronique  de  Josué,  chap.  XLii. 

*  De  Bello  persico,  II,  12;  comp.  le  passage  De  JEdiJiciis,  rap- 
porté plus  haut. 

^  Comp.  Gutschmid,  Untersuchujigen .  p.  i4. 
®  Voir  Assémani,  B.  0.,  I,  267  et  /io5. 

^  Voir  Ane.  syr.  Documents,  p.  83,  22;  Chronique  de  Josué, 
chap.  XXVII. 

*  Barhebraeus,  Chron.  syr.,  32  6,  7.  Cet  auteur  mentioane  dans 
un  autre  passage,  p.  332 ,  18,  une  porte  des  eaux,  JLÂof  I^^L;  mais 
c'est  sans  doute  une  faute  du  copiste  pour  i:^}  ll^fL,  porte  des 
heures, 

*  Chron.  de  Josué,  chap.  xxxvi  et  xltïi. 
^®  Chron.  de  Josué,  chap.  xxvii. 


HISTOIRE   D'EDESSE.  101 

portes  existent  encore  aujourd'hui,  mais  portent  des 
noms  différents^. 

Les  documents  syriaques  que  nous  possédons  de 
ïère  chrétienne  ne  font  pas  mention  des  temples, 
mais  seulement  des  autels  des  dieux;  nous  réunirons 
sous  le  chapitre  iv  les  renseignements  que  nous 
possédons  sur  ce  sujet.  Souvent,  au  contraire,  ils 
parlent  des  églises. 

Jusquen  201,  lors  de  la  grande  inondation,  les 
chrétiens  d'Edesse  ne  possédaient  qu'une  seule 
ég^se,  située  près  du  grand  étang  et  connue  depuis 
sous  le  nom  de  ï Église  ancienne.  Elle  fut  détruite  par 
cette  inondation  et  eut  sans  doute  aussi  à  souffrir  de 
l'inondation  de  3o3 ,  car  elle  fut  reconstruite  de  fond 
en  comble  en  3i3  par  Côna,  évêque  d'Edesse,  et 
son  successeur  SaM^.  En  39/i ,  elle  reçut  les  reliques 
de  saint  Thomas ,  Tapôtre^;  elle  est  quelquefois  dé- 
signée sous  ce  nom ,  quoique  plus  souvent  elle  soit 
appelée  simplement  l'Eglise^,  c'est-à-dire  la  cathé- 
drale. Vers  la  fin  du  iv*  siècle (?),  elle  est  visitée  par 
la  pèlerine  franque  qui  en  admire  l'architecture  et 
la  trouve  digne  d'être  la  demeure  de  Dieu  :  «  Ecclesia 
autem  ibi  quae  ingens  et  valde  pulchra  et  nova  dis- 
positione  est  vere  digna  est  esse  domus  Dei^.  »  Après 

^  Voir  Sachau,  Heise,  p.  igS. 

*  Voir  Chron.  d'Edesse;  Assémani,  fî.  O.,  I,  394. 

**  Voir  Chron,  d'Edesse:  B.  0.,  I,  3 99;  Barhebrœus,  Ckron.eccl., 
1,66. 

*  Comp.  Chron.  de  Josné,  chap.  xxxi,  xlu,  xliu,  lxxxix. 

*  Silviœ  Aqaitanœ  peregrinalio ,  p.  64.  Ce  passage  semble  nous 
reporter  après  Justinien.  Comp.  ce  qui  suit  et  ci-dessus,  p.  gS.    - 


102  JUILLET-AOÛT  189L 

Tinondalion  de  5 25,  qui  la  renversa,  elle  fut  recon- 
struite par  Justinien  avec  un  si  grand  luxe  qu  elle 
passait  pour  une  des  merveilles  du  raonde^.  M.  Sa- 
chant estime  que  Téglise  reconstruite  par  Justinien 
se  trouvait  sur  remplacement  occupé  actuellement 
par  la  Grande  mosquée,  Oalou-djami^  à  peu  près  au 
centre  de  la  ville,  à  égale  distance  de  la  porte  Bâb- 
Esserai,  au  nord,  et  de  Tétang  des  poissons,  au  sud. 
Nous  croyons,  au  contraire,  qu'il  s'agit  de  Y  Église 
ancienne  f  située  tout  près  de  l'étang  et  de  la  mosquée 
Khalil  Errahman.  Barhebraeus  nous  apprend  dans  sa 
Chronique  ecclésidsticiae^  que  Mohammed  ibn  Tahir 
vers  826  construisit  une  mosquée  dans  le  Tetra- 
pylani  situé  devant  l'Eglise  ancienne  et  qui  était 
appelé  autrefois  le  Temple  cla  sabbat  ou  la  syna- 
gogue. L'Eglise  ancienne  fut  encore  renversée  par 
un  tremblement  de  terre  le  3  avril  679 ,  et  une  autre 
fois  en  718*. 

Après  l'Eglise  ancienne  furent  construites  les 
églises  suivantes  :  l'église  de  Saint-Daniel,  consacrée 
ensuite  à  saint  Domitius,  par  Vologèse,  évêque, 
en  379;  l'église  de  Saint-Bariâhâ ,  par  Diogène, 
évêque,  en  409;  l'église  de  Saint-Etienne,  autrefois 
une  synagogue  juive ,  par  Rabboula ,  évêque ,  en  4 1  2  ; 

^  Voir  Maçoudi ,  Les  Prairies  d'or,  éd.  Barbier  de  Meynard ,  II , 
33 1;  Ibnal-Fakîh,  p.  106  et  i34;  Istakhri,  ai-Mokaddasi ,  Tha'alibi 
el  Yacout,  sous  pL^fJl  • 

*  Heise  in  Syrien,  p.  194. 

^  Édition  Abbeioos  et  Lamy,  I ,  p.  369. 

*  Chronique  de  Denys  de  Tellmahré ,  dans  Assëmani,  B.  O.,  II, 
|).  io4  et  io5. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  103 

Téglise  des  Apôtres,  auprès  de  la  Grande  porte,  par 
Hibhas,  évêqne,  en  /i35;  Téglise  de  Saint-Jean-Bap- 
tiste et  de  Saint-Addée,  par  Nonnus,  successeur 
d'Hibhas,  à  qui  on  devait  encore  la  chapelle  (mar- 
tyrium)  de  Saint -Cosmas  et  Saint-Damien,  élevée 
dans  rhospice  des  pauvres  malades ,  hors  les  murs , 
près  de  la  porte  de  Beith-Schemesch  ;  Téglise  de 
Mar  Cônâ  (ancien  évêque  d'Edesse);  Téglise  de 
Marie  mère  de  Dieu,  érigée  sur  l'emplacement  de 
l'école  des  Perses,  après  la  destruction  de  cette 
école  en  ^89^  Cette  dernière  église  doit  être  dis- 
tinguée du  martyrium  de  la  Bienheurease  Marie ,  con- 
struit par  Tévêque  Pierre  au  commencement  du 
VI*  siècle  2. 

Les  églises  hors  les  murs  étaient  :  au  nord,  la 
chapelle  de  Saint-Cosmas  et  Saint-Daiîiien ,  dont 
nous  avons  déjà  parlé;  à  Test,  l'église  de  Saint-Serge 
et  de  Saint-Siméon  ^  ;  à  l'ouest  et  au  sud-ouest  sur 
la  montagne,  l'église  des  Confesseurs,  construite 
en  3^6  par  Abraham,  évêque,  et  faisant  face  à  la 
porte  des  Heures,  près  de  la  citadelle^,  et  l'église 
ancienne  des  Moines  ^. 

*  Comp.  pour  ces  églises,  Chronicon  Edessenum,  Assémani, 
B.  0,,  I,  399-406;  Lettre  de  Siméon  de  Beilh-Arscham ,  ibid.,  I, 
p.  353;  Chron,  de  Josné  le  Stjlite,  chap.  xxix,  XLni,  Lx. 

*  Voir  Chron.  de  Josué,  chap.  lxxxth. 

'  Chron.  d'Edesse;  Assémani,  B.  0.,  I,  407;  Chronique  de  Josué, 
chap.  XXXI,  Lix,  Lx,  Lxn. 

*  Chron,  d'Edesse;  B.  0,,  I,  396;  Chron.  de  Josué,  chap.  lx  et 
Lxn;  Barhebrasus,  Chron.  syr.,  326,  7. 

*  Wright,  Catal.  oj  the  Syr.  ms.,  p.  768-769;  Sachau,  Zeit.  der 
deut.  morg.  GeselL,  XXXVI,  i43. 


104  JUILLET-AOCT  1891. 

Les  roches  à  fouest  avaient  été  dès  les  temps 
anciens  creusées  pour  y  ensevelir  les  morts.  Au  mi- 
lieu des  tombeaux  s'élevaient  les  mausolées  de  la 
famille  d'Abgar,  notamment  celui  d'Abschelama , 
fds  d'Abgar^  C'est  à  cet  endroit  qu'avaient  lieu  les 
exécutions  des  criminels  et  des  martyrs.  Les  ana- 
chorètes s  y  étaient  taillé  de  nombreuses  cellules  et 
saint  Ephrem  sy  consacra  à  la  vie  ascétique.  Cette 
montagne  reçut  Tépithète  de  sainte  et  se  couvrit  de 
monastères.  On  trouve  mentionnés  les  couvents  sui- 
vants :  des  Moines  orientaux,  de  Saint-Thomas,  de 
Saint-David,  de  Saint-Jean,  de  Sainte-Barbara,  de 
Saint-Cyriaque ,  de  Phesilta,  de  Maria  Deipara,  des 
Tours,  de  Sévèrç,  de  Sanin,  de  Kouba,  de  Saint- 
Jacques  2. 

La  colline  dite  Hauteur  du  temple  du  dieu  du  fumier 
(jVof»  oi!^  J^.A3f  )  J(s^9  ^)  avait  du  être  un  lieu  de 
culte  au  temps  du  paganisme.  Cette  désignation  iro- 
nique est  sans  doute  postérieure  à  l'introduction  du 


^  Ckren.  d'Edesser  B.  0.,  I,  p.  32g;  Ane.  Syr.  doc,  326,  7. 
Comp.  aussi  le  mausolée  d'*Amatschemesch,  femme  de  Saredou» 
fils  de  Ma*nou,  Zeit.  der  deut.  morg.  GaelL,  XXXVI,  p.  i45. 

^  Voir  Assémani,  B.  0.,  11,  p.  45,  67,  110,  111,  112,  SSg, 
4ia ,  437,  56 1,  562 ,  607,  611,  612.  Comp.  aussi  109  h;  Barbe- 
braeus ,  Chron,  eccles. ,  Il ,  53 2  ;  III ,  36o  ;  Sachau ,  ZeiL  der  deai.  morg» 
GeselL,  XXXVI,  i52.  Les  auteurs  arabes  mentionnent  pkis  de 
3oo  couvents  autour  d'Ëdesse.  Le  célèbre  couvent  de  Phesilta  (la 
pierre  de  taille)  se  trouvait  près  du  village  de  Goumeiha  sur  \& 
mont  Izale  (Tour  *Abdin),  et  il  n'est  pas  probable  qu'il  y  eut  un 
autre  couvent  du  même  nom  à  Edesse. 

^  Ànc.  Syr.  doc,  84,  22.  Métaphrastc  dans  Migne,  Pair,  gr., 
CXVI,  p.  i/ii,  BtdsXaxtxXâ'^  Sirius,  ibid.,  p.  i/in,  Bethelabicla. 


HISTOIRE   D'EDESSË.  105 

christianisme  à  Edesse;  elle  rappelle  lexplication  qiie 
les  Juifs  donnaient  du  nom  du  dieu  Baal-Zeboul, 
dont  ils  avaient  fait  un  dieu  du  fumier.  Mais  elle 
peut  aussi  se  rapporter  à  lusage  de  souiller  un 
temple  païen  en  y  établissant  un  dépôt  d'ordures; 
ainsi  Josias  fit  souiller  les  lieux  de  cultes  étrangers 
à  Jérusalem  et  en  Judée  ^ 

La  plaine  d'Edesse  était  peuplée  de  villages  au 
nord,  à  Test  et  au  sud.  La  Chronique  de  Josaé  le 
Stylite  mentionne  les  bourgs  de  Bokhein,  de  Çerrin , 
de  Coubbé  et  de  Kefar-Çelem  ou  Negbat  -. 

Deux  aqueducs,  partant  des  villages  de  Tell- 
Zema  et  Maudad,  au  nord  d'Edesse,  amenaient 
dans  la  ville  les  eaux  de  source.  Ces  aqueducs 
furent  restaurés  en  Tan  5o5  par  le  gouverneur  Eu- 
logius^. 

La  situation  privilégiée  qui  fit  la  puissance  d'E- 
desse  fut  aussi  la  cause  des  calamités  qu  elle  endura. 
Placée  sur  la  ligne  de  bataille  des  armées  perse 
et  romaine ,  elle  souffrit  les  horreurs  des  sièges 
et  vit  souvent  ses  récoltes  détruites  par  Tennemi. 
Elle  fut  encore  en  proie  aux  inavsions  des  sauterelles 
qui  ravageaient  les  plantes  avant  qu'elles  aient  donné 
leurs  fruits.  Ce  fléau  en  engendrait  deux  autres  :  la 
famine  et  la  peste  qui  marchent  de  pair.  Edesse  ne 
jouit  pas  toujours  en  paix  de  la  gloire  que  lui  valut 
sa  haute  culture  intellectuelle. 

*  Voir  Renan,  Histoire  du  peaple  d'hraél,  III ,  i85. 

*  Voir  Chronique  de  Josué  le  Sljlite,  chap.  MX,  LX,  LXii. 
'  Chronique  de  Josué ,  chap.  i.vwvii. 


100  JUILLET-AOÛT  1891. 

CHAPITRE  IL 

FONDATION  D'EDESSE  ;  ORIGINE  DU  ROYAUME  D'EDESSE. 

Légendes  relatives  à  la  fondation  d*Edesse.  —  Ëtymologies 
des  noms  Orrhâi  et  Edessa.  —  Édesse  fondée  par  Se- 
leucus  Nicator.  —  Origine  nabatéenne  du  royaume 
d'Edesse.  —  Les  Nabatéens,  mêlés  d'abord  aux  Arabes, 
s'allient  aux  Parthes  après  leurs  migrations  vers  le  Nord. 

On  sait  peu  de  chose  des  origines  d'Edesse.  A  vrai 
dire,  l'histoire  de  cette  ville  ne  commence  qu'avec 
le  petit  royaume  de  i'Osrhoène  fondé  en  182  avant 
l'ère  chrétienne;  pour  les  temps  antérieurs,  on  ne 
possède  que  des  récits  fabuleux.  Suivant  une  légende 
juive  adoptée  par  les  chrétiens,  mais  à  laquelle  on 
ne  sausait  s'arrêter,  Edesse  est  l'Erekh  de  la  Bible 
fondée  par  Nemrod^.  Barhebraeus,  dans  un  passage 
de  sa  chronique^,  attribue  la  fondation  d'Edesse  à 
Enoch,  l'Hermès  Trismégiste  des  Orientaux;  mais, 
dans  un  autre  endroit^,  il  identifie  cette  ville  avec 
Chaîné  bâtie  par  Nemrod. 


*  Voir  Josèphe,  Ant.,  I,  7;  Targ.  Seras,  in  Gen.,  X,  10;  Neu- 
bauer,  Géog.  da  Talmud  sous  ^*1ÎC;  S.  Ephrem,  Comm.  in  Gc/i.,X, 
10;  Die  Schaizhôlile ,  éd.  Bedzold,  p.  i54  «  1 2  ;  Salomoii  de  Bassora, 
The  Bee,  éd.  Budge,  p.  87,  10;  Opuscula  Nesior.,  éd.  Hoffmann, 
I  27,  20;  Bar  Bahloul,  i63,  20.  C'est  à  cette  légende  que  la  mon- 
tagne d'Edesse  doit  son  nom  actuel  de  Nimrond  dagh,  et  les  deux 
colonnes  de  la  citadelle,  celui  de  Kor$i  Nimroad.  (  Voir  ci-dessus , 
p.  98.) 

^  Chron.  syr.,  5,17. 

^  Chron.  •'ijr.j  9»  i4. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  107 

Un  procédé  familier  aux  anciens  historiens  pour 
suppléer  aux  documents  historiques  qui  faisaient 
défaut,  c était  de  créer  des  rois  éponymes  et  d'en 
faille  les  fondateurs  des  empires.  C'est  ainsi  quM- 
gyptus  est  le  premier  roi  d'Egypte;  Syrus  donne  son 
nom  à  la  Syrie;  Parsus,  à  la  Perse;  de  même,  le 
nom  syriaque  d'Edesse,  Oarhâi  ou  Orrhâi,  vient  de 
Onrhâiy  fils  de  Hévya,  lancêtre  d'Abgar  et  le  pre- 
mier roi  d'Edesse,  suivant  la  Chronique  de  Denys  de 
Tellmahré^.  Mais  la  Chronique  d'hdesse,  qui  puise  à 
des  sources  officielles ,  ne  connaît  pas  ce  personnage  ^. 
Procope  ^  donne  une  étymologie  du  même  genre 
pour  le  nom  de  TOsrhoène,  qui  viendrait  d'Osroes, 
prince  des  temps  anciens,  quand  les  Perses  étaient 
les  maîtres  du  pays.  Bayer  *  rapproche  cet  Osroes  du 
nom  perse  Chosroes.  M.  G.  Hoffmann  a  accepté  ce 
rapprochement  et  pense  que  le  nom  syriaque  Orrhâi 
ou  Ourhâi  peut  également  être  dérivé  de  Chosroes^. 
Mais  ses  raisons  sont  plus  spécieuses  que  probantes. 
La  forme  ancienne  est  certainement  Orrhâi  et  non 
Osrhâi^.  La  dénomination  de  TOsrhoène,  Ùaporfvt!, 

^  Ed.  Tullberg,  p.  56,  i. 

'  Chez  les  Arabes ,  qui  prononcent  ar-Rolia  le  nom  d'Ourhâi , 
c'est  ar-Roha  qui  est  le  roi  éponyme.  Ses  ancêtres  portent  des  noms 
différents  selon  les  auteurs.  Il  est  indiqué  parfois  comme  un  petit- 
fils  de  Sem,  fils  de  Noé.  (Voir  Yacout,  sous  pLiiJ!.) 

*  De  Bello  persico,  I,  17.  Cf.  Suidas,  sous  ùapot^vn. 

*  Historia  Osrhoena  et  Edessena,  p.  33. 

*  Voir  Zeit.  der  deut.  morg.  GeselL,  XXXII,  p.  742.  Le  nom  de 
Chosroes  est  écrit  ôfypàrjç  dans  Dion  Cassius,  Excerpia,  LXVIII,  23. 

'  Gutschmid  {Untersnch.,  p.  10,  note  1)  donne  les  formes  : 
Oppa,  chez  Isidore  de  Charax   (Muelier,  Geogr.  Minoivs,  I,  2^6); 


108  JUILLET-AOÛT  1891. 

est  purement  grecque  et  ne  renaonte  guère  avant  ie 
iv'  siècle,  lorsque  lempereur  Constance  divisa  la  Mé- 
sopotamie en  Mésopotamie  proprement  dite  et  en  Os- 
rhoène  ^  C  est  à  cette  époque  seulement  que  ce  nom 
paraît  dans  les  documents  syriaques*^. 

Une  autre  étymologie  proposée  par  Assémani^ 
Golius,  RosenmuUer  et  Michaelis  ne  paraît  guère 
plus  acceptable.  Suivant  ces  savants,  le  nom  d'Ott- 
rhâi  (arabe,  ar-Roha,  ^liçjl  ),  aujourd'hui  Oarfah  ou 
Orfah,  \iendrait  de  ^6v  par  abréviation  de  KaXhpSity 
épithète  qu  Edesse  devait  à  1  abondance  des  eaux  de 
son  territoire^.  A  défaut  de  meilleure  explication, 
on  doit  considérer  le  nom  d'Orrhâi  comme  un  eth- 
nique dont  Torigine  se  perd  dans  la  nuit  des  temps. 

Les  Grecs  ne  firent  pas  usage  de  ce  nom  national; 
ils  en  déduisirent  seulement  le  terme  d'Osrhôène 
appliqué  à  une  partie  de  la  Mésopotamie.  Ils  dési- 
gnaient la  ville  par  le  mot  ÈSscrcra,  Edesse,  dont  les 
Syriens  ne  se  servirent  guère*.  C'était  en  effet  une 
coutume  bien  connue  des  Séleucides  de  donner  aux 
villes  de  Palestine  et  de  Syrie  des  noms  grecs  qui 


Orrheni,  dans  une  inscription,  Muratori,  II,  665,  n"  i;  ùppoi^pn^ 
chez  Etienne  de  Byzance,  sous  Bàrvat;  Arabes  Oroei,  dans  Pline. 
(Voir  ci-dessus,  p.  90.) 
^  Voir  ci-dessus,  p.  91. 

*  Voir  Chron.  (T Edesse;  B.  0.,  l,  p.  899  :  i**f f J  =  Ôffpoi^v»; ;  mais 
Beith-Orrhâyé  dans  le  Spicilegium  syr.  de  Cureton,  p.  20. 

^  Voir  ci-dessus,  p.  92. 

*  En  dehors  des  ouvrages  traduits  du  grec,  on  le  trouve  dans 
S.  Ephrem  et  dans  les  Actes  de  Scharbil  {Ane.  Syr.  documents  de 
Cureton,  p.  4  1  ). 


HISTOIRE    D'ÉDESSE.  109 

avaient  cours  dans  les  actes  de  ladministration , 
mais  qui  ne  furent  jamais  acceptés  par  les  popula- 
tions indigènes.  Le  mot  ESsa-cra  est  donc  propre- 
ment grec,  et  cette  origine  réfute  par  elle-même 
Tétymologie  qu'on  a  proposée  en  rapprochant  la  ra- 
cine l^.*»  «  être  nouveau  »,  comme  si  Ton  avait  voulu 
désigner  une  ville  nouvelle  ^  Il  est  donc  plus  ra- 
tionnel de  s'en  tenir  à  l'explication  d'Appien  et 
d'Etienne  de  Byzance^,  d'après  laquelle  la  ville  de 
Mésopotamie  aXirait  reçu  le  nom  de  l'ancienne  capi- 
tale de  la  Macédoine ,  ÈSecrcrot ,  soit  à  raison  de  l'ana^ 
logie  que  présentait  la  situation  topographique  des 
deux  villes ,  soit  par  suite  du  transport  d'une  colonie 
macédonienne  dans  la  ville  transeuphratésienne  au 
temps  des  Séleucides. 

Suivant  une  tradition  ancienne  ^,  qui  semble  his- 
torique, Edesse  fut  construite  ou  reconstruite  et 
fortifiée  par  Séleucus  Nicator  en  iok  avant  J.-C. 
C'est  peut-être  cette  tradition  qui  a  porté  Pline  à 
croire  qu'Edesse  s'appelait  autrefois  Antiochia'^.  La 
confusion  de  la  capitale  de  l'Osrhoène  avec  la  capir 
taie  de   la   Syrie  était  d'autant  plus  facile  à  faire 


^  Des  raisons  de  grammaire  et  de  phonétique  s'opposeraient  éga- 
lement à  cette  étymologie.  Le  Targoum  Jeruschcdmi  écrit  ce  nom 
Din  »  mot  qui  signifie  «  myrte».  On  trouve  encore  la  forme  Aïèecfaa 
qui  semble  viser  un  rapprochement  avec  kïSrjs  ou  aSijs. 

*  Appien ,  p.  2  o3  ;  Etienne  de  Byzance ,  sous  Èêeaaa. 

^  Admise  par  Eusèbe,  Excerpta,  p.  179;  Gedrenus,  p.  292; 
George  le  Synceile,  p.  620;  Denys  de  Tellmahré,  éd.  Tullberg, 
p.  61;  Barhebrœus,  Chron.  sjr. ,  p.  4o;  Yacout,  sous  L»*t5! . 

*  Voir  le  passage  cité  p.  9? ,  note  i . 


110  JUILLET-AOÛT  189L 

qu'Antioche  de  Syrie  était  dite  iffphg  xaXktpônVj 
comme  on  lit  sur  une  monnaie  d'Ântiochus  IV; 
dans  le  passage  auquel  nous  nous  référons,  Hine 
dit  justement  quEdesse  était  surnommée  Gsdlirhoé. 

Nous  ne  connaissons  aucun  fait  historique  tou- 
chant Edesse  depuis  sa  fondation  par  Séleucus  Ni- 
cator  jusqu'à  1  époque  des  rois.  Cette  ville  ne  semble 
pas  avoir  joué  pendant  cette  période  un  rôle  qui 
lait  distinguée  des  autres  villes  voisines. 

Lorsque  les  Séleucides,  épuisés  par  les  luttes  in- 
testines, renoncèrent  à  défendre  contre  les  Parthes 
leurs  possessions  situées  au  delà  defEuphrate,  il  se 
forma  en  Babylonie  et  en  Mésopotamie  des  petites 
souverainetés,  parmi  lesquelles  figurent,  observe 
saint  Martin',  TOsrhoène,  TAdiabène,  TAnthému- 
siade,  TAtrène  et  la  Characène. 

Les  tribus  conquérantes  qui  fondèrent  ces  prin* 
cipautés  étaient  composées  en  majeure  partie  de 
Nabatéens.  Cette  nation ,  adonnée  au  commerce  par 
caravanes,  faisait  le  transit  en  Occident  et  dans  les 
provinces  du  Nord  des  marchandises  qui  arrivaient 
dellnde  et  du  Yémen.  Leur  empire  en  deçà  de 
VEuphrate  formait  une  longue  bande ,  qui  s'étendait 
du  nord  du  Hedjaz,  à  partir  d'El-Œla,  jusqu'à  Da- 
mas, en  passant  par  le  Hauran.  Leurs  principaux 
comptoirs  étaient,  de  ce  côté -là,  Hegra,  Tèima, 
Pétra  et  Boçra.  Du  côté  du  golfe  Persique,  ils  avaient 
créé  un  grand  entrepôt  à  Charax.  Leurs  caravanes 

^   Recherches  sur  la  Mésène  et  la  Characène,  p.  182. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  111 

suivaient  ies'routes  de  Pétra  et  de  Gaza  ou  remon- 
taient au  nord  jusque  vers  Paimyre,  qui  était  le 
grand  centre  commercial  de  TAsie  antérieure.  C'est 
par  ces  débouchés  que  les  produits  si  recherchés  de 
rinde  et  du  Yémen  parvenaient  en  Egypte  et  dans 
tout  Tempire  romain. 

Le  royaume  nabatéen  fut  à  son  apogée  au  com- 
mencement de  Tère  chrétienne  et  dura  jusqu'en  i  i5 
après  J.-C,  époque  où  il  fut  détruit  par  Trajan; 
mais  Tinscription  de  Teima,  qui  est  probablement 
du  VI*  siècle  avant  notre  ère,  permet  d'en  poursuivre 
les  traces  beaucoup  plus  haut  ^. 

Sur  le  Tigre,  le  commerce  ne  devait  pas  être 
moins  actif,  à  en  juger  par  les  petites  principautés 
de  TAdiabène,  de  l'Atrène  et  de  la  Sittacène.  L'in- 
scription de  Teima  porte  d  ailleurs  des  traces  évi- 
dentes de  la  civilisation  assyrienne  et  témoigne  d'un 
échange  de  relations  entre  l'Arabie  nabatéenne  et 
l'Assyrie.  Pour  protéger  leurs  villes  et  leurs  cara- 
vanes ,  les  Nabatéens  étaient  organisés  militairement 
et  prenaient  souvent  une  part  importante  dans  les 
luttes  entre  les  Parthes  et  les  Grecs  ou  les  Romains. 
Lorsque  leur  puissance  militaire  et  leur  commerce 
furent  anéantis  par  Trajan ,  ils  se  retirèrent  dans  les 
contrées  fertiles  du  bas  Euphrate,  où  ils  s'adon- 
nèrent à  l'agriculture  2  ;  les  auteurs  arabes  ne  les 
connurent  que  comme  cultivateurs.  Le  Sawâd  aux 

*  Voir  Corpus  inscript,  semiticarum,  pars  II,  p.  107,  et  les  ou- 
vrages qui  sont  cités  à  cet  endroit. 

*  Comp.  Nœldeke,  Z.  D.  M.  G.,  XXV,  124. 


112  JUILLET-AOÛT  1891. 

environs  de  Goufa,  où  ils  habitaient,  est  appelé  dans 
la  littérature  syriaque  contrée  des  Araméens  [Beith- 

Arâmâyé,  JLT^^)  J6s*-o).  C'est  sous  le  nom  d'Araméens 
qu'ils  sont  connus  des  Syriens. 

Les  Grecs  et  les  Romains  confondaient  les  Naba- 
téens  avec  les  Arabes.  On  lit  dans  Diodore  de  Sicile  ^  : 
èir)  Triv  xdy^OLV  tôjv  Apdëcjv  tcjv  xakovfÂéuûJv  Naêa- 
Ta/(wv  ;  et  dans  Strabon  ^  :  Tsrphs  riiv  Tlérpav  t))v  tcjp 
NaSajatœv  xakovfxévcjv  Apdëcov,  Ils  connaissaient  sur- 
tout les  Nàbatéens  du  royaume  de  Pétra  :  NaSararoi 
S'elah  oi  ïSovfxaîot ,  dit  Strabon  ^.  Tacite  *  considère 
les  rois  d'Edesse  comme  des  Arabes.  Pour  Pîine 
les  Osrhoéniens  sont  également  des  Arabes,  Arabes 
Orœi^.  Cependant  la  plupart  des  rois  d'Edesse  por- 
taient des  noms  nàbatéens  caractérisés  par  la  dési- 
nence ou,  tels  sont  :  Ma^nou,  Bakrou,  ^Abdou, 
Sahrou,  Gebar'ou.  Ces  noms,  à  Texception  du  der- 
nier, se  trouvent  dans  les  inscriptions  nabatéennes 
du  Hauran,  du  Sinaï,  de  Pétra  et  du  Hedjâz.  L'an- 
cêtre de  la  famille  d'Abgar  était  Aryou^,  nom  émi- 
nemment nabatéen  qui  nous  est  connu  par  une  in- 
scription nabatéenne^.  Aryoa  signifie  dans  Tidîome 

*  Lib.  III,  A3;  comp.  XIX,  94. 

*  Strabon,  776,  18. 

^  Strabon,   760,  34;  cf.   Plii.e,  Hist.  nalur.,  V,   11;  VI,   28; 
XU,  17. 

*  Ann.,  XI,  10;  XII,  13,  i4.  Josèphe  place  egaleirent  les  Nàba- 
téens en  Arabie,  comp.  Ant.  Jnd.,  XIII,  v,  10. 

*  Voir  ci-dessus,  p.  90. 

*  Voir  Tke  Doctrine  of  Addai,  49;  Anr.  Syr.  doc,  11, 
'  VoirZ.  D.  3f.  G./xVn,G28. 


HISTOIRE    D*ÉDESSE.  113 

de  ce  peuple  «  le  lion  »  ^,  mais  n'est  pas  Usité  en  ce 
sens  en  arabe.  D autres  noms,  Abgar,  Maz^our, 
Wael,  sont  arabes.  Ce  mélange  de  noms  arabes  et 
nabatéens  se  rencontre  constamment  dans  les  généa- 
logies que  fournissent  les  textes  épigraphiques  naba- 
téens. H  remonte  au  temps  où  les  Nabatéens,  établis 
au  nord  de  l'Arabie,  vivaient  en  contact  avec  les 
Arabes  et  contractaient  des  unions  avec  eux. 

Les  tribus  nabatéennes  qui  remontèrent  au  nord 
de  la  Mésopotamie  se  mêlèrent  aux  Parthes  et  il  se 
produisit  des  familles  mixtes  portant  des  noms  na- 
batéens et  parthes.  Le  deuxième  roi  d'Edesse  est 
Phradascht,  fils  de  Gebar  ou. 

A  la  fin  du  i**  siècle  de  notre  ère  arrive  à  Edesse 
une  branche  collatérale  des  Parthes  d'Arménie ,  qui 
commence  avec  un  Abgar,  fils  dlzate,  est  continuée 
par  Phamataspat  ou  Parthamaspat,  et  finit  avec 
Ma^nou,  fils  d'Izate.  Cette  branche  sortait  d'Izate,  fils 
d'Hélène ,  la  célèbre  reine  d'Adiabène ,  qui  pratiquait 
la  religion  juive  ^.  Moyse  de  Khorène^,  confondant 
ensemble  les  familles  régnantes  de  l'Osrhoène  et 
de  l'Adiabène,  fait  de  cette  reine  la  femme  d'Abgar 
Oukhâma,  et  de  ce  roi  un  prince  arménien,  qui 

*  Voir  Quatremëre ,  Mémoire  sur  les  Nabatéens.  Gutschmid  (  Un- 
tersuch. ,  p.  19)  cherche  à  ce  nom  une  origine  iranienne  et  rapproche 
le  zend  Airjava.  Mais  cette  hypothèse,  à  cause  de  la  terminaison, 
nous  semble  invraisemblable. 

'  Josèphe,  Ant.,  XX,  11,  2.  M.  Renan  {Marc-ÀurUe,  p.  438, 
note  3  )  a  très  bien  vu  les  liens  de  parenté  qui  rattachent  la  dy- 
nastie des  Abgar  et  des  Ma'nou  à  la  famille  d'Izate  d'Adiabène. 

*  Liv.  II,  chap.  xn. 

XYIII.  8 


tMraiiiBBia  ii4ti*xal«. 


/. 


m  JUILLET-AOOT  1801. 

^vait  pour  père  Arscham  et  non  p^s  lM(a'nçi\i.  Pl^- 
sieurs  personnages  nobles  :  Âbdoyi ,  Sennaq  i  M^h^- 
date,  Bar-Zati,  cités  par  \^  Doctrine  diAddf^i^  coi^ioe 
des  Édessénians,  sont  dans  Tacite  ^  dea  prj^^çe^  da 
TAdiabène.  Il  est  digne  de  reinarque  que  rin^cf ip^ 
tion  du  sarcophage  de  la  reine  Çaddan,  retrouvé 
dans  le  mausolée  de  la  reine  Hélène  aup:rès  de  34' 
rusalem,  porte  une  inscription  syriaque  wd^us 
de  Tinscription  palestinienne.  Ne  doit*oi^  pas  con- 
clure de  là  que  la  langue  parlée  à  Éde$3e  ét^it  Çyw* 
lière  aux  Adiabéniens?  Qu'on  se  rappelle  aiU£^i  cet 
Adiabénien  d origine  nabatéenne,  appelé  ^b^girfi^, 
c est-à-dire  le  boiteux  Qvu-i^i),  dont  parte  Jo- 
sèphe^  :  ÂStaèvvég  tis  vibç  ^aêaraiov,  7oiivo}4i9k  uXij- 
6$U  «Trà  Ttis  Tjyris  Xnysipas,  inep  aniia(v9$  x^^" 
Izate  d'Adiabène*  lutta  avec  un  roi  des  Ar9^3 
(Nabatéens)  qui  était  de  la  citadelle  d'Ar^hfUPn  prèfl 
de  Séleucie  du  Tigre.  Pendant  sa  minorité,  I^itte 
avait  été  envoyé  par  son  père  Monobaze  aiifunèçi 
d'Abennerigus ,  roi  de  la  citadelle  de  Spaiiiioii 
Charax,  qui  lui  donna  en  mariage  sa  fille  SumACJbo. 
Avant  de  succéder  à  son  père  à  Khedayab,  il  gou- 
verne pendant  quelques  mois  la  Charaoène*^,  Al>gAr> 
de  son  côté,  se  serait  allié  avec  Arétas,  roi  de  Pétra, 


^   The  Doctrine  of  Addai ,  p-  17. 

*  Ànn.,W\,  3i,  3 2;  XII,    12,  1^1.  Comp.  NesUe,  Tbeol.  Litii- 
raturz.,  1876,  p.  644. 

5  De  Bello  jvd, ,  V,  n,  5. 

*  Voir  Josèphe,  Ant.,  X\,  iv,  i. 

*  Josèphe,  Ant.,  XX,  ir,  2  et  3. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  115 

contre  Hérode.  Quelque  doute  que  puissent  sou- 
lever ces  notices  historiques,  elles  contribuent  à 
éclairer  les  origines  des  principautés  qui  se  for- 
mèrent dans  lempire  patthe,  en  Babylonie  et  en 
Mésopotamie,  peu  de  temps  avant  lere  chrétienne. 

L'influence  parthe  pénétï»a  les  institutions  mêmes 
d'Edesse.  Oubliant  l«ur  origine  nabatéenne,  les 
Edesséniens  aimaient  à  appeler  leur  ville  la  cité  des 
Partîtes  ou  la  Fille  des  Parthes^.  Les  Parthes,  les 
Edesséniens  et  les  Arméniens  étaient  parfois  con- 
fondus entre  eux  :  «  Parthes  ou  Perses ,  Parthes  ou 
Edesséniens ,  Parthes  ou  Arméniens ,  c'est  tout  un  » , 
dît  Barhebraeus  ^.  C'est  par  une  confusion  analogue 
que  les  Arméniens  considèrent  Abgar  Oukhâma 
comme  un  de  leurs  nationaux  et  exagèrent  l'ancien- 
neté de  leur  église,  en  en  faisant  remonter  les  ori- 
gines à  ce  roi  soi*-disant  chrétien^. 

Sur  les  monnaies  d'Edesse  les  figures  portent  la 
tiare.  Mais  cette  tiare  diffère  de  celles  qu'on  remarque 
sur  les  anciens  monuments  de  l'Assyrie  et  de  la  Perse; 
au  lieu  d'être  pointue  comme  celle  des  souvBrainf', 
ou  tronquée  comme  celle  des  personnages  secon- 
daires ,  elle  est  arrondie  au  sommet. 

*  Ane.  Syr.doc,  ài  ult.;  97,  7;  io6,  12. 

*  Âssémani ,  B.  0.  ^  IIl ,  11 ,  4 a 5. 

*  Cf.  Renan,  Marc-A'nrèle,  p'.  46'i,  note  5. 


8 


116  JUILLET-AOÛT  18gi. 


CHAPITRE  m. 

LE  ROYAUME  D'EDESSE. 

Liste  des  rois;  cette  liste  provenant  d*ane  source  unique 
renferme  des  erreurs  et  des  omissions.  —  Dynastie  fabu- 
leuse du  Serpent.  —  Le  royaume  d'Edesse  commence 
en  3 1 2  avant  J.-C.  —  Premiers  rois.  —  Défaite  des  Ëdes- 
séniens  par  le  général  de  Lucullus.  —  Abgar  II  et  Crassos. 

—  Interrègne.  —  Abgar  V  n*est  pas  le  premier  roi  chré- 
tien. —  Abgar  VII  et  Trajan.  —  Nouvel  interrègne.  — 
Premières  monnaies  d*Edesse.  —  Abgar  IX.  —  La  grande 
inondation  de  201.  —  Jules  Africain  et  Bardesane  à  la 
cour  d* Abgar  IX.  —  Fin  du  royaume  d*£desse  en  216. 

—  Renaissance  éphémère  sous  Gordien  III.  —  Liste  rec- 
tifiée des  rois. 

La  chronologie  des  princes^  qui,  pendant  trois 
siècles  et  demi,  gouvernèrent  TOsrhoène,  ne  nous 
est  connue  que  par  la  chronique  de  Denys  de  Tell- 
mahrê  rédigée  en  776  de  notre  ère.  Malheureuse- 
ment elle  ne  forme  pas  lobjet  d'un  chapitre  spécial 
de  la  chronique  ;  mais ,  suivant  la  méthode  synchro- 
nologique,  les  dates  et  les  faits  concernant  chaque 
roi  sont  insérés  au  milieu  de  notices  diverses  grou- 
pées sous  une  même  année  et  puisées  à  des  sources 
diflFérentes.  Il  en  résulte  des  erreurs  regrettables.  En 
outre ,  cette  chronique  ne  nous  étant  parvenue  que 

^  Les  auteurs  grecs  les  nomment  phylarqnes  (Plutarque,  Cross,, 
XXI;  Suidas,  sous  ^^àpyitç)  ou  toparques  (Eusèbe,  Cedrenus, 
Constantin  Porphyrogénète).  Épiphane  les  appelle  des  dynastes; 
Dion ,  des  archontes  ;  Tacite  et  Procope ,  des  rois. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  117 

dans  un  manuscrit  unique  du  Vatican ,  ii  est  impos- 
sible de  déterminer  la  part  à  la  charge  des  copistes 
dans  ces  erreurs. 

La  liste  des  rois  a  été  extraite  de  la  chronicjue  de 
Denys  par  Assémani,  qui  la  publia  dans  sa  Biblio- 
iheca  orientalis  avec  un  savant  commentaire  ^  TuU- 
berg  édita  en  i85i  la  première  partie  de  la  chro- 
nique renfermant  les  notices  sur  les  rois.  Les 
différences  notables  que  présentent  ces  deux  édi- 
tions rendaient  nécessaire  une  nouvelle  collation 
du  manuscrit  du  Vatican.  A  la  demande  de  A.  von 
Gulschmid,  M.  Guidi  se  chargea  de  ce  travail  et 
M.  Nœldeke  fit  une  traduction  allemande  de  la 
liste,  que  Gutschmid  inséra  dans  son  mémoire  in- 
titudé  ;  Untersuchungen  ûber  die  Geschichte  des  Kœ- 
nigsreichs  Osrhoene. 

Nous  reproduisons  cette  liste  d  après  l'édition  de 
TuUberg  et  la  traduction  de  M.  Nœldeke.  Les  chiffres 
au  commencement  des  paragraphes  indiquent  les 
pages  et  les  lignes  de  l'édition  de  TuUberg. 


LISTE  DES  ROIS  D'EDESSE. 


65,  16.  —  L*an  1880  d'Abraham  régna  à  Ëdesse  le  premier 

roi,  Orhâi,  fils  de  Hévya,  5  ans.  De  son  nom 
(Edesse)  fut  appelée  Orhâi.  (Les  rois)  commen- 
cèrent à  r Olympiade  1 6 1  et  finirent  à  l'Olym- 
piade 3^9* 

66,  8.  —  En  la  même  année  (i884  d'Abraham)  régna  à 

Edesse  *Abdou ,  fils  de  Maz^our,  7  ans. 

»  B.  O.J.  417-423. 


118  JUILLET-AOCT  1891. 

66,  la.  -^  L  an  1894  mourut  ie  roi  d*Ëdesse  et  régna  Phra- 

dascht,  fils  de  Gebar^ou,  5  ans. 

66,  17.  —  L*an  1900  régna  à  Eldesse  (Bakrou,  fils  de  Phra- 

dascht^),  3  ans.  Après  lui,  Bakrou,  fils  de 
Bakrou,  ao  ans. 

67^  3.  —  L'an  1938*. . .  régna  à  Edesse  Ma*nou,  4  mois. 

Après  lui,  Abgar  Péqa,  a 5  ans  et  9  mois. 

67 ,  1  A.  —  L'an  1 987  * . . .  Abgar  tua  Bakrou  et  régna  seul , 

a  3  ans  et  5  mois. 

68,  4.  —  (Régnai  à  Ëdesse,  Abgar,  fils  d'Abgar,  i5  ans*). 

L*an  i960  mourut  le  roi  d'Ëdesse  et  les  Ëdes^ 
séniens  furent  sans  maître  pendant  une  année 
à  cause  des  rivalités  engendrées  par  f  ambition 
du  pouvoir.  Ensuite  régna  sur  eux  Ma^nou ,  qui 
fut  appelé  Alâba,  18  an»  et  5t  mois. 

^  Ces  mots  sont  à  la  marge  dans  le  mannscril.  Il  résuite  de  la 
coiiatioa  de  M.  Guidi  que  le  manuscrit  renferme  plusieurs  omis- 
sions qui  ont  été  comblées  par  une  main  récente  au  moyen  d'adJi- 
iions  marginales.  D'après  Gutschmid,  ces  additions  proviennent 
d'une  liste  plus  complète  d'un  autre  manuscrit  et  il  y  a  lieu  d'en 
tenir  compte  au  même  titre  que  des  notices  du  texte  même. 

^  Assémani  lit  1918  et  Tullberg  1928.  Celui-ci  remarque  que 
cette  date  est  celle  donnée  par  Eusèbe  pour  Ptolémée  VllI,  men- 
tionné à  cette  place  dans  la  Chronique.  La  collation  de  M.  Guidi  a 
confirmé  la  lecture  de  Tullberg.  (Voir  Gutschmid,  loc.  cit.,  p.  5, 
uota  1.) 

*  Assémani  lit  1934.  M.  Guidi  confirme  la  lecture  de  Tullberg 
qui  concorde  avec  Eusèbe  pour  l'année  de  l'avènement  de  Pto- 
lémée X,  mentionné  a  cette  place  dans  la  Chronique  de  Denys. 
(Voir  Gutschmid,  loc.  cit.,  p.  5,  note  2.) 

*  Ces  mots  sont  à  la  marge.  Assémani  les  rapporte  à  l'an  1944- 
Noter  que  cette  addition  est  contradictoire  avec  le  calcul  de  Denys , 
puisque,  en  ajoutant  à  l'année  1937  les  23  ans  et  5  mois  du  para- 
graphe précédent,  on  atteint  l'année  i960,  date  de  l'interrègne 
mentionné  ensuite. 


HlSTOtftE  D'ÊDESSE.  Ui 

68,  12.  —  L'an  igSo  mourut  le  roi  d*Edesse  et  régna  Pa- 

qouri,  5  ans.  En  cette  année,  Paqouri  et  Bar 
Zaphron ,  le  général ,  marehèrent  contre  la 
Syrie  et  emmenèrent  en  captivité  Hyrcan  et 
Phasael,  le  frère  d'Hérode»  Alors  la  royauté 
des  Juifs  prit  fin  ;  ils  furent  gouvernés  d'abord 
{)ar  Hérode  le  Palestinien  *. 

69,  3.  —  L'an  1986  mourut  Paqouri  et  régna  Abgar,  3  ans. 

Après  lui  régna  Abgar  Soumâkba ,  3  ans. 

71 ,  8.  —  L'an  1990  régna  sur  Edessé  Ma^nou,  qui  fut  appelé 

Sapliloul,  18  ans  et  7  mois  '. 

114,11.  —  (Ma^nou,  fils  de  Ma^nou,  6  ans*).  (Ma^nou, 

fils  [d' Abgar],  7  ans*). 

117,  7.  —  L'an  2oa4t  régna  à  Edesse  Abgar  Oukhâma,  qui 

avait  été  banni  *,  37  ans  et  1  mois. 

^  Voir  Josèphe,  Aiit.,  XlV,  i3,  3  et  suiv.;  De  Bello  jud.,  I,  cha 
pitre  xm. 

*  Assémani  328  ans  et  7  mois.  La  lecture  de  Tullberg  est  con- 
firmée par  M.  Guidi.  (Voir  Gutschmid,  loc.  cit.,  p.  5,  note  à.) 

^  Ces  mots ,  comme  l'a  constaté  M.  Guidi ,  sont  à  la  marge  du 
manuscrit  avec  renvoi  marqué  après  le  passage  relatif  aux  Sages 
de  l'Orient  Assémani  avait  complété  ainsi  le  passage  :  «En  l'an 
2018  régna  à  Edesse  Ma^nou,  fils  de  Ma'nôu,  6  ans.»  Tullberg 
s'étonnait  de  ne  pas  avoir  rencontré  ces  mots  dans  le  manuscrit. 
Gutschmid  [loc.  cit.,  p.  5,  note  5)  remarque  que  cette  addition 
marginale  est  placée  avant  l'année  2019,  mais  qu'elle  se  rapporte  à 
l'année  2016  mentionnée  précédemment. 

*  Ces  mots  également  à  la  marge.  Gutschmid  (  loc.  cit. ,  p.  5 , 
note  6)  remarque  qu'il  manque  dans  le  manuscrit  à  cet  endroit  au 
moins  un  feuillet  qui  relatait  les  événements  des  années  2060- 
2o65  d'Abraham.  Assémani  a  restitué:  «L'an  2061  mourut  Abgar, 
roi  d'Édesse  et  régna  son  fils,  Ma*nou,  7  ans.»  Ce  passage,  que 
Tullberg  n'a  pas  retrouvé ,  avait  été  rétabli  par  Assémani ,  d'après 
la  note  marginale  :  «  Ma'nou,  fils  de. .  .  7  ans  » ,  qui  doit  être  placée 
entre  Archelaus  et  Jehouda  le  Galiléen. 

kL|  contracté  de  «A«*?lJ  «  il  fut  banni  ».  Assémani ,  qui  n'avait 


120  JUTLLET-AOÛT  1891. 

120,  4.  —  L*an  aod6,  Abgar,  roi  d'Édesse,  adressa  une 
lettre  à  Jésus-Christ,  dans  le  pays  de  Jéru- 
salem. 

122,11. —  L*an  2067  mourut  Ma^nou,  fils  d* Abgar,  roi 

d'Edesse,  et  régna  Ma^nou,  son  frère,  là  ans. 

129,  i3.  —  L'an  ao8i  mourut  MaWu,  roi  d'Edesse.  Abgar, 

fils  de  Ma^nou,  occupa  le  trône,  20  ans. 

1^8,  5.  —  L'an  3106,  mourut  Abgar,  roi  d'Edesse.  A  cause 
des  rivalités  pour  le  pouvoir,  on  ne  tomba  pas 
d'accord  sur  (le  choix  d' )un  chef.  Ils  restèrent 
ainsi  en  discorde ,  2  ans.  Ensuite  Ilour  *  Phar- 
nataspat  occupa  le  trône ,  3  ans  et  1  o  mois. 

151,    16.   —  L'an   2ii3,   régna   à   Edesse   Phamataspat, 

10  mois,  et  après  lui  Ma^nou,  fils  d'Izate, 
1 6  ans  et  8  mois. 

153,  9.  —  L'an   2i3o,  régna  à  Edesse  Ma* non,  fils  de 

Ma^nou,  24  ans;  et  il  se  rendit  chez  les  Ro- 
mains. 

156,  9.  —  L'an  2 1 54  >  régna  à  Edesse  Wâël,filsde  Sahrou, 

2  ans.  Après  lui  régna  Ma^nou,  fils  d'Izate*,  à 
son  retour  de  chez  les  Romains,  12  ans.  La 
durée  totale  de  son  règne  entier  est  de  36  ans , 
sans  compter  les  années  qu'il  passa  chez  les 
Romains. 


pas  compris  ce  mot,  lui  avait  substitué  )F^**»U  «il  fut  guéri  ».  (Voir 
Gutschmid ,  loc.  cit.  >  p.  6 ,  note  1 .  ] 

^  La  dernière  lettre  de  ce  nom  est  incertaine,  remarque  Tull- 
berg.  Assémani  lisait  »*«foJj  «d'Edesse».  M.  Guidi  note  que  l'état 
du  manuscrit  ne  permet  pas  de  confirmer  l'une  ou  l'autre  leçon, 
quoiqu'il  ait  vu  des  traces  des  lettres  d^^.  (Voir  Gutschmid,  loc. 
cit.,  p.  9,  note  3.) 

*  Comme  le  remarque  Gutschmid ,  il  faut  lire  :  «  Ma  nou ,  fils  de 
Ma'nou ,  fils  d'Izate.  » 


HISTOIRE  D'EDESSE.  121 

1 56 ,  17.  —  L'an  a  1 69 ,  régna  à  Ëdesse  Abgar,  fils  de  Ma^nou , 

35  ans. 

159,  11.  —  L'an  2208. .  .  régna  à  Edesse  Abgar  Sévère, 

avec  son  fils ,  1  an  et  7  mois.  Après  lui  régna 
Ma^nou,  son  fils,  26  ans. 

162, 11.  —  En  2282  eut  lieu  à  fldesse  une  inondation  du 

fleuve. 

163  ult,  —  Ici  aussi  (en  2233)  finit  le  royaume  d'Edesse, 

dont  la  durée  fut  de  352  ans.  Edesse  fut  sou- 
mise aux  Romains  à  partir  de  cette  époque-là. 

Un  coup  d'œil  jeté  sur  cette  liste  rend  manifeste 
le  peu  de  concordance  qui  existe  entre  la  durée 
assignée  à  quelques  règnes  et  les  dates  de  Tère 
d'Abraham  indiquées  pour  chaque  roi.  Il  est  évi- 
dent que  Denys  avait  sous  les  yeux  une  liste  des 
rois ,  classés  par  ordre  de  succession  avec  la  mention 
de  la  durée  de  leur  règne ,  mais  sans  référence  à  une 
ère  quelconque.  Denys,  en  insérant  cette  hste  dans 
ses  synchronismes ,  s  est  trompé  à  plusieurs  reprises 
dans  ses  calculs,  basés  sur  Tère  d'Abraham.  Sa  chro- 
nologie est  souvent  en  désaccord  avec  les  dates  four- 
nies par  rhistoire  et  les  monnaies  de  TOsrhoène. 
Elle  doit  donc  être  redressée  d'après  les  dociunents 
authentiques  ou  dignes  de  foi  que  Ton  possède. 

Assemani,  dans  sa  Bihliotheca  orientalis^,  a  eu  le 
tort  de  modifier  le  nombre  des  années  des  règnes 
pour  les  faire  concorder  avec  les  dates  de  Tère 
d'Abraham.  Bayer,   dans  son   Historia  Osrhjoena  et 

»  B.  O.,  I,  p.  417-423. 


122  JtlîLLÈt-AOÛT  1891. 

Edéèsena ,  n^est  pas  arrivé  à  tin  résultat  plus  satisfâi* 
sant.  Son  livre  n  a  guère  d  autre  mérite  que  de  ren-' 
fei*mer,  dutie  Ètianlèl*e  dSSéz  coriiplète,  les  passage» 
aes  auteurs  grecs  et  latins  concernant  l'histoire 
d'Édesse.  Lanriois,  dans  sa  Numismatique  de  r Ar- 
ménie, a  attacné  trop  d'importance  à  Ttiistoire  dé 
Moyse  de  Khorène  et  a  tourné  la  plupart  des  diffi- 
cultés en  supposant  que  les  Grecs  et  les  Latins 
avaient  confondu  entre  eux  les  noms  d'Abgar  et  de 
Ma^nou  qui  reviennent  le  plus  souvent  dans  les  dy- 
nasties édessénienties.  Batyer  était  âfyk  tombé  dans 
k  Éttême  erreùf .  Il  appattenaît  à  Gutàchmid  de  fixef , 
en  suivant  uhe  méthode  vràimeitit  èritique,  lés  da^tei^ 
les  plus  imptDrtàÉrtès  dans  soft  ïïiéiïloirè  itrtitulé  : 
Untersnehun^en  ûëhèr  die  Oeschichte  dès  Kcèftigréiàhs 
Osrhoène ,  que  notri  éiVOiW  déjà  èîf é  pîtis  hâtrt.  DàWs 
un  précédent  travail ,  partit  dâtid  îe  Rhèinisches  Masèunt 
f&r  Philologie,  i  $64 ,  jf)*.  i  -^ i ,  il  avait  déjà  fait  la  lu- 
tftfèi^e  sur  le  i^èj^ne  tfAbgar  Oukhânla,  et  le  corfi- 
méhtiemeht  et  la  fih  du  i^ôyaunié  d'Édesse;  tttiais 
se)^  reôhérches  n  aVàîêht  pa^  le  ôai*actère  général 
qu'il  leur  a  dôniVé  diftris  soh  second  mémoire. 

Si  Toh  feit  le  total  des  années  et  dés  mois  indiqués 
par  DiBtiyg  pour  châqiié  règne,  on  ttouvé  336  ans 
et  -^4  mois,  autrement  dit  342  ans  et  2  ihôis.  11 
manque  donc  10  ans  pôUr  atteindt*e  le  total  de 
352  années,  durée  du  royaume  d'Édesse  suiVarit 
Dehys.  M.  Gutschmid remarque  que, par  suite  d'une 
omission ,  la  première  partie  du  règne  d'Abgar  Ou- 
khàma,  antérieure  à  son  exil,  n'est  pas  mentionnée. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  ISS 

Si  i  on  évalue  à  i  o  ans  cette  période ,  la  lacune  est 
comblée  et  le  nombre  3b i  est  atteint. 

Le  point  de  départ  de  Denys  est  Tan  i  88d  d'A- 
braham et  la  GLXi*  olympiade.  D'après  Eusèbe,  qui 
calcule  2017  ans  depuis  Abraham  jusqu'à  l'ère  chré* 
tienne,  l'année  1880  tombe  en  l'an  13*7  avant  J*-C. 
La  première  année  de  la  clxi*  olympiade  répond  à 
l'année  1 36.  La  concordance  est  exacte  :  les  Syriens 
commençant  l'année  à  l'automne,  1880  d'Abraham 
répond  à  1 3 7-1 36  avant  notre  ère.  Cependant  la 
chronique  d'Edesse^  rédigée  sur  des  docum^fits  oCB' 
ciels  pour  la  partie  relative  à  l'histoire  de  la  ville, 
nous  apprend  que  c'est  en  i3a-i3i  avant  J.-C.  que 
commença  le  royaume  d'Ëdesse  :  «  En  l'année  1 80 
(des  Séleucides)  les  rois  commencèrent  à  s'établir  à 
Edesse»,  dit-elle  ^  Denys  fait  donc  remonter  cinq 
ans  trop  haut  l'origine  de  ce  royaume.  B  en  résuke, 
observe  Gutschmid ,  qu'il  faut  tenir  compte  de  cette 
erreur  et  descendre  de  cinq  ans  les  rois  d'Ëdesse*. 

Le  premier  roi  de  la  liste ,  Orhâi ,  fils  de  Hévya , 
c'est-à-dire  «  fils  du  serpent  » ,  est  fictif,  comme  nous 
l'avons  dit  plus  haut;  l'ancêtre  des  Abgar  était 
Aryou  ^.  Le  nom  de  Hévya  est  également  mythique 
et  rappelle  la  dynastie  fabuleuse  d'Arti;^  ou  «  du  ^v- 

*  Voir  Assémani,  B.  0;,  I,  388. 

*  Voir  Rhein.  Muséum,  i8Ô4,  XIX,  171;  Vntersacli.,  p.  ig. 
Dans  son  premier  travail,  Gutschmid  prenait  aoi6,  au  lieu  de 
2017,  pour  le  nombre  des  années  écoulées  depuis  Abraham  jusqu'à 
l'ère  chrétienne.  11  considérait  donc  l'erreur  de  Denys  comme  J)or- 
tant  sur  quatre  ans  et  non  pas  sUr  cinq. 

^  Voir  ci-dessus,  p.  107  et  112. 


124  JUILLET-AOÛT  1891. 

pent  » ,  que  les  chroniques  font  régner  en  Ethiopie 
de  lioo  à  200  avant  J.-G.  ^.  Selon  Gutschmid,  Orhâi 
a  été  facilement  confondu  avec  Aryou  et  a  fait  ou- 
blier ce  dernier.  Aryou  est  donc  le  premier  roi 
d'Edesse;  il  règne  de  1  Sa  à  1 27  avant  J.-C. 

Au  premier  abord,  il  semble  plus  simple  de  rayer 
les  cinq  années  attribuées  à  Orhâi,  prince  fabu- 
leux, et  de  conserver  la  date  de  iSa  avant  J.-C. 
pour  lavènement  d'^Abdou,  fils  de  Maz^our.  Denys, 
dans  cette  hypothèse,  aurait  pensé  que  le  royaume 
d'Edesse  avait  dû  commencer  avec  la  conquête  de 
la  Mésopotamie  par  les  Parthes ,  aucjuel  la  tradition 
rattache  les  Edesséniens  ^.  C  est  pourquoi  il  en  au- 
rait fixé  le  commencement  cinq  ans  plus  haut  que 
la  date  réelle,  à  Tannée  187  avant  J.-C,  épocjue  à 
laquelle  la  Mésopotamie  fut  détachée  de  Tempire 
des  Séleucides  et  tomba  en  la  puissance  des  Arsa- 
cides^.  Mais  ce  raisonnement  ne  tient  pas  devant 
un  examen  plus  approfondi.  Si  Denys  a  placé  en 
37  avant  J.-C.  (1980  d'Abraham)  lavènement  de 
Paqouri,  cest  qu'il  a  confondu  le  roi  d'Edesse 
de  ce  nom  avec  son  homonyme,  le  prince  parthe 
qui,  d'après  Josèphe,  fit  une  expédition  en  Syrie, 
accompagné  de  Bar  Zaphron  et  emmena   prison- 

*  Gomp.  Z.  D.  M.  G.,  VII,  34;  Journal  asiatique,  1881,  XVU, 
4ii  et  4i4;  Wellhausen,  Skizzen,  III,  199,  note  2. 

*  Voir  ci-dessus ,  p.  11 5. 

'  Gutschmid,  Unters.,  p.  19,  observe  qu'en  189  la  Mésopo- 
tamie n'était  pas  encore  complètement  afiranchie  de  la  domination 
des  Séleucides,  mais  qu'elle  était  le  théâtre  des  troubles  suscités 
par  des  chefs  insoumis.  (Gomp.  Diodore  de  Sicile,  Exe,  Esc,  a5.) 


HISTOIRE    D'ÉDESSE.  125 

niers   Hyrcan   et   Phasael,  le   frère   tfHérode  ^    li 

w 

savait  par  Josèphe  que  ce  Paqouri  mourut  vers 
32  avant  J.-C.  H  fit  donc  remonter  le  commence- 
ment de  son  règne  à  Tannée  3 7  avant  J.-C;  il  en 
résulte  un  recul  de  cinq  années  qui  changea  d  autant 
les  dates  des  règnes  antérieurs  et  postérieurs.  En 
descendant  ces  règnes  de  cinq  ans,  on  les  remet  à 
leur  véritable  place  et  il  y  a  concordance  parfaite 
avec  les  notices  que  les  Grecs  et  les  Latins  nous  ont 
transmises  relativement  au  royaume  d'Edesse^. 

CHRONOLOGIE  ET  HISTOIRE  DES  ROIS. 


Aryou,  5  ans,  132-127  ^^^^t  J-'C 

Le  premier  roi  d'Edesse  est  Aryou,  qui  a  régné 
5  ans,  de  1 32  à  127  avant  J.-C.  Son  nom  est  naba- 
téen  et  signifie  «  le  lion  »  ^. 

*Abdou,  fils  de  Maz'our,  7  ans,  127-120  avant  J.-C. 

Le  second  roi  est  ^'Abdou,  fils  de  MazWr,  qui 
règne  7  ans,  de  1  27  à  120  avant  J.-C.  La  première 
dynastie  est  sémitique  à  en  juger  par  c^s  noms,  car 
^Abdou  est  nabatéen  et  Maz^our  est  une  forme  arabe, 
ji^'y .  Elle  n  a  pas  un  cachet  parthe  ^. 

*  Voir  ci-dessus ,  p.  119. 

*  Voir  Gutschmid ,  Untersuch. ,  p.  22. 
'  Voir  ci-dessus,  p.  1 1 2-1 1 3. 

*  Suivant  Gutschmid,  Untersach.,  p.  22,  l'avènement  d'*Abdou 
coïnciderait  avec  Tinvasion  des  Scythes  en  Mésopotamie  et  l'ébran- 
lement du  royaume  parfhe.  Il  serait  le  point  de  départ  d  une  nou- 


128  JUILLET-AOÛT  1891. 

Abgar  l,  ait  le  Bègue,  seul,  23  ans  et  5  mois, 

ga-GS  avant  J.-C. 

Abgar  le  Bègue  ou  Abgar  I"  tue  alors  Bakrou  et 
règne  seul  2  3  ans  et  5  mois,  de  92  à  68  avant  J.-C. 
Abgar,  associé  au  trône  par  Bakrou,  appartenait  à 
la  même  dynastie  que  les  princes  précédents.  Cette 
dynastie  était  celle  des  Aryou,  comme  nous  lavons 
rappelé  plus  haut.  L'origine  sémitique  du  nom  Abgar 
est  confirmée  de  ce  côté.  L'étymologie  n  y  contredit 

point  :  S^l  se  dit  en  arabe  d'un  homme  qui  soufire 

d'une  hernie  ombilicale  ou  qui  a  un  abdomen 
trop  développé.  Les  Syriens  prenaient  ce  mot  dans 
le  sens  de  «boiteux».  Au  x*  siècle,  un  patriarche 
nestorien  était  appelé  Sean^Jils  des  Abgars  oujib  des 
Boiteux,  Le  nom  d' Abgar  était  porté  par  des  Arabes 
à  Tépoque  des  Sassanides  etàTépoque  musulmane^. 
A  cette  époque  se  rapporte  la  défaite  des  Osrhoé- 
niens  par  Sextilius,  le  légat  de  LucuUus,  pendant 
son  expédition  contre  Tigrane,  roi  d'Arménie,  au 
secours  duquel  les  phylarques  d'Édesse  s'étaient 
portés  en  69^. 


*  Wûstenfeld ,  Register,^.  37;  Hoffmann,^.  D.  M.  G.,  XXXII, 
7^6  ;  Payne-Smith ,  Thésaurus  syr. ,  sous  u^^J.  Le  rapprochement  fait 
par  M.  de  Lagarde  (Gesammelte  Abhandlungen,  p.  6)  avec  le  persan 
(tfgâr  «boiteux»  est  fort  douteux.  On  ne  doit  tenir  aucun  compte 
de  l'étymologie  arménienne  de  Moyse  de  Khorène ,  avak-aîr  «  homme 
brave  •. 

*  Voir  Gutschmid,  loc.  cit.,  p.  33. 


HISTOIRE    DEDESSE.  129 

Abgar  II,  fils  d'Abgar  I",  i5  ans,  68-53  avant  J.-C. 

Abgar  II,  fils  d' Abgar  V\  règne  i5  ans,  de  68 
à  53  avant  J.-C.  Pendant  Thiver  65-64,  i armée 
d'Afranius,  le  lieutenant'  de  Pompée,  souffrit  en 
Mésopotamie  du  froid  et  de  la  faim ,  et  dut  son  salut 
aux  habitants  de  Carrhes/.  C'est  à  cet  Abgar  que 
Gutschmid  rapporte  les  marques  de  bienveillance 
témoignées  par  Pompée  au  roi  d'Edesse  qui  devint 
lallié  des  Romains^.  Cest  le  même  qui,  au  prin- 
temps 53,  accompagna  Crassus  en  Mésopotamie. 
Selon  les  auteurs  grecs ,  il  lui  fit  prendre  une  fausse 
route  et  fut,  par  cette  ruse,  l'auteur  de  la  défaite 
des  Romains  près  de  Carrhes.  Plutarque  dit  ^  qu'il  se 
retira  peu  de  temps  avant  la  bataille  sous  un  pré- 
texte quelconque.  D'après  une  autre  version,  re- 
cueillie par  Dion  Cassius^,  il  serait  tombé  sur  le 
dos  des  Romains  pendant  l'action  et  aurait  pris 
part  à  leur  écrasement.  Gutschmid  remarque  que 


*  Dion  Cassius,  XXXVII,  5. 

'  Plutarque,  Crass,,  21;  Dion,  XL,  20.  Dans  deux  manuscrits 
de  Plutarque,  il  est  appelé  Aiiyapos  et  Ay^apos  0  ùcrponvàs;  mais 
dans  les  autres  manuscrits  :  ^t;Aap;^o$  ÀpdSav  kptdftvvs  6vo(ia. 
Dans  d'autres  sources,  chez  Florus,  III,  11,  7,  et  Rufus  Festus, 
Brev.,  17,  il  est  nommé  Mazzares ,  Mazares,  Mazzarius  et  Mazorus. 
Gutschmid  [loc.  cit.,  p.  21]  concilie  ces  diverses  orthographes  en 
supposant  que  cet  Abgar  s'appelait  aussi  Ariamnes  et  qu'il  appar- 
tenait à  la  famille  de  Maz'our;  mais  il  attache  peut-être  trop  d'im- 
portance à  ces  noms  altérés. 

'  Crassus,  21-22. 

*  Dion,  XL,  20-23. 

XVIII.  9 


130  JUILLET-AOÛT  1891. 

ia  chronique  de  Denys  place  après  Abgar  II  un  in- 
terrègne d'un  an.  Il  en  déduit  avec  beaucoup  de 
sagacité  qu' Abgar  a  dû  perdre  son  trône  après  ia 
victoire  des  Parthes,  qui  lui  firent  payer  cher  son 
alliance  avec  les  Romains.  Ceux-ci  nauraient  donc 
pas  été  trahis  par  le  roi  d'Edesse,  qui  leur  conseiUa, 
à  la  vérité ,  d  abandonner  la  voie  de  TEuphrate  pour 
suivre  la  route  de  la  Mésopotamie ,  mais  son  conseil 
n'avait  rien  de  perfide.  Du  reste  l'armée  battue  près 
de  Carrhes  n'était  pas  dans  une  plaine  aride  et  dé- 
serte, comme  on  le  prétendit  à  Rome.  La  défaite  fit 
naître  l'idée  de  trahison  dans  l'esprit  du  vaincu ,  et 
Abgar  fijt  à  ses  yeux  le  traître  de  Carrhes. 

Interrègne  de  i  an,  53-53  avant  J.-C. 

Un  interrègne  de  i  an,  de  53  à  Sa  avant  J.-C, 
suit  la  mort  d' Abgar.  Suivant  Denys ,  cet  interrègne 
fut  occasionné  par  les  luttes  intestines  des  partis 
qui  se  disputaient  le  pouvoir.  Gutschmîd  suppose 
qu'Edesse  fut  au  pouvoir  des  Parthes  pendant  cette 
année.  Le  nom  parthe  de  Paqouri,  qui,  en  Tan  34, 
inaugure  une  nouvelle  dynastie,  semble  favoriser 
cette  hypothèse.  On  observera  cependant  que,  avant 
Paqouri,  Ma^nou  Alâhâ  régna  pendant  i8  ans  et 
5  mois,  et  que  ce  roi  continue  la  dynastie  naba- 
téenne.  Les  dissensions  dont  parle  Denys  peuvent 
avoir  été  engendrées  par  le  discrédit  dans  lequel 
les  partisans  des  Romains  à  Edesse  tombèrent  après 
la  défaite  de  Crassus.  Après  une  année  d'anarchie, 
l'ancienne  dynastie  aura  ressaisi  le  pouvoir. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  m 

Ma^nou  II,  dit  Alâhâ,  18  ans  et  5  mois,  53-34  avant  J.-C. 

Manou  If,  surnommé  Alâhâ  «le  dieu»,  règne 
18  ans  et  5  mois,  de  52-34  avant  J,-G.  Peut-être 
avait-il  pris  le  titre  de  dieu  à  l'exemple  de  Phra- 
hate  m,  roi  des  Parthes,  et  de  Tigrane  II,  roi  d'Ar- 
ménie, décédés  peu  de  temps  avant  lui^  H  est  éga- 
lement possible  que  ce  Ma^nou  ait  été  divinisé  après 
sa  mort  suivant  un  usage  répandu  à  cette  époque, 
même  chez  les  Nabatéens  *. 

Paqouri,  5  ans,  34-29  avant  J.-C. 

Après  Ma^nou  II,  Paqouri  règne  5  ans,  de  34 
à  29  avant  J.-C.  Ce  nom  parthe  semble  indiquer 
que,  pendant  le  règne  de  ce  prince,  Edesse  aurait 
été  au  pouvoir  des  Parthes.  Denys  place  lavène- 
ment  de  ce  roi  à  l'année  1  890  (Sy  ans  avant  J.-C). 
Il  a  été  conduit  à  prendre  cette  date  par  la  confu- 
sion qu'il  a  faite  du  monarque  d'Edesse  avec  son 
homonyme  dont  parle  Josèphe,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu  plus  haut  (p.  124). 

*  Voir  Gutschmid  [loc.  cit., p.  26) ,  qui  suppose  que  ce  titre  cor- 
respond à  une  extension  du  royaume  de  l'Osrhoène  sous  ce  prince. 
Cf.  aussi  Saint-Martin,  Mémoire  sur  la  Méshne  et  la  Characène, 
p.  169,  161  et  172. 

*  Voir  Euting,  Nabatœische  Inschr. ,  p.  33;  Ciermont-Ganneau , 
Revue  d'archéol.  orientale,  fasc.  I.  Sur  une  monnaie,  le  roi  Wâél 
porte  peut-être  aussi  le  nom  d* Alâhâ.  Voir  Scott ,  Numismalic  Ckro- 
niele,  XVIII,  n°  i;  cf.  Land,  Anecdota  syr.,  I,  p.  64»  n°  7;  Lévy,. 
Z.  D.  M.  G.,  XII,  p.  209.  Il  ne  faut  donc  pas  voir,  avec  Wdi- 
iuiusen,  Skizzen,  III,  3 «  note  4,  dans  Ma'nou  AUhâ,  un  nom  com- 
posé répondant  au  nom  arabe  Mdnallak. 


131  JUILLET-AOOT  1891. 

Abgar  III,  3  ans,  39-26  avant  J.-C. 

Abgar  III  régna  3  ans,  de  29  à  26  avant  J.-C. 
Son  avènement  marque  un  retour  du  pouvoir  à 
l'ancienne  dynastie  nabatéenne. 

Abgar  IV  le  Rouge,  3  ans,  26-23  avant  J.-C. 

Il  a  pour  successeur  Abgar  IV,  dit  Soiimâqa,  ou 
«  le  Rouge  »,  qui  règne  3  ans,  de  26  a  2  3  avant  J.-C. 

Ma^nou  III  TAristoloche ,  18  ans  et  7  mois, 

2  3-4  avant  J.-C. 

Ma'nou  III,  surnommé  Saphloal,  c  est -à- dire 
Ta  Aristoloche  » ,  règne  18  ans  et  y  mois,  de  2  3 
à  4  avant  J.-C.  Gutschmid  pense  qu'il  s  agit  de  ce 
prince  dans  un  passage  d'Isidore  de  Charax^  qui 
mentionne,  à  droite  de  xopaia  H  èv  BaTûfvjt  ^  et  en 
amont  du  fleuve  Balikh,  une  place  forte  et  une 
source  désignées  par  les  mots  :  Mavovooppa  AvvprfO 
(var.  :  Mawovoppa  Avvprfp).  Gutschmid  restitue  :  Mûfc- 
vov  Oppoalov  Avvp.  D'après  cette  restitution ,  la  place 
en  question  aurait  appartenu  à  Ma^nou  III;  mais  ce 
n'est  qu'une  hypothèse  ^. 


^  Dans  Mudler,  Geogr.  minores,  I,  a 4 6.  (Cf.  Cutschmid,  loc, 
cit.,  p.  33.) 

•    '  Suivant  Ncddeke,  dans  Gutschmid,  loc.  cit.,  p.   33,  note  1, 
p«ut-étre  en  syriaque  qritkâ  de  Batnân. 

^  Voir  une  autre  explication  proposée  par  M«  Halëvy  dans  le 
Journal  asiatique,  iSSS.Wl,  Si bé 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  133 

Abgar  V  le  Noir,  pour  la  première  fois ,  lo  ans,  4  avant  J.-C. 

à  7  après  J.-C. 

Après  Ma'nou  III,  la  liste  de  Denys  fait  régner 
Ma'nou  IV,  son  fils.  Mais  on  doit  placer  ici'  avec 
Gutschmid  la  première  période  du  règne  d' Abgar  V, 
surnommé  Oakhâma  «  le  Noir  » ,  également  fils  de 
Ma'^nou  III.  Ce  n'est  quaprès  le  bannissement  d' Ab- 
gar V  que  son  frère  Ma'^nou  occupe  le  trône.  Cette 
première  période  du  règne  d' Abgar  Oukhâma,  cal- 
culée par  Gutschmid  d'après  la  durée  totale  du 
royaume  d'Edesse,  est  de  lo  ans^  Elle  commence 
à  Tan  4  avant  J.-C.  et  finit  à  Tan  j  après  J.-C.  La 
première  date  est  confirmée  par  un  synchronisme 
fourni  par  la  version  arménienne  de  la  légende  de  la 
conversion  de  ce  prince  au  christianisme.  Cette  ver- 
sion place  en  effet  l'envoi  de  la  lettre  d' Abgar  à  Jésus 
en  fan  ilio  des  Séleùcides,  sous  l'empereur  Tibère 
et  le  roi  Abgar,  fils  de  Ma^nou,  la  trente- deuxième 
année  du  règne  de  celui-ci,  le  12  de  Tischri  P. 
Par  conséquent  Abgar  serait  monté  sur  le  trône  en 
l'année  3o8  des  Séleùcides,  c'est-à-dire  en  Tan  4-3 
avant  l'ère  chrétienne.  Moyse  de  Khorène^  place 
également  l'avènement  d' Abgar  trois  ans  avant  la 
naissance  de  Jésus. 

*  Voir  plus  haut,  p.  i2  2-ia3. 

*  Langlois,  Histor.  wrmén,,  I,   317.  (Cf.  Gutschmid,   loc.  cit., 
p.  12.) 

'  Livre  II,  a. 

{La  suite  <iu  prochain  cahier.) 


134  JCILLET-AOCT  1891. 

LA  CORRESPONDANCE 

D^ÂMÉNOPHIS  III  ET  D'AMÉNOPHIS  IV, 

TRANSCRITE  ET  TRADUITE 

PAR 

M.  J.   HALÉVY. 

(suite.) 


72 

TRENTE-DEUXIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI  (?). 

Recto. 

[i] ha-ya-pa [2]    ma. .  .    ri-ib-an-im 

[3]  a-na  gïr-mes-ka  am-ku-[ut]      [4]    an-a-ma-na 

an  sa-i(?)  [5]  ti-di  nu-ur-ka  i-na  [6]  pa-ni  sâr  be-li- 
ka  ?)  [7]  a-mur  at-ta  lu  im(?)  ku  [8]  i-di  sàr  ù  i-na  im- 
ii-ka  [9]  is-ta-bar-ka  sàr-ru  [10]  i-na  lu  pa-kà(?)  a-na  mi- 
nim  [11]  qa-la-ta  (ab?)ûlaia  [12]  ti-ik-bu  a-na  sàr-ri 
[  1 3  ]  ù  ï-ï-si-ru-na  [  1 4  ]  sab  mes  qas-ta-ti  û  [  1 5  ]  ti-lï-ti-ku- 
na     [16]  er  su-mu-ra  mi-nu     [17]  J  nît  a-si-ir-ta  nït 


Verso. 

[18]    ur-ku    û    lï-lï-ku       [19]     mat    sar    a-na    sa-a-su 
[20]    mi-nu  ti-la-ki-su      [21]     ù   ag-ga  i-na   lii  gaz  ga-ag' 

'   Interyersion  pour  ag-ga. 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  135 

[21]  be-la-at-su  û  [22]  us-si-ru-na-ni  l  ta-bal  [3 3]  ïb- 
kur-ra  une  sab-mes  gir-mes  [26]  û  i-zi-za  i-na  erïr-ga-ta 
[26]  i-di  pa-ni-su  a-di  [37]  a-zi  sab-mes  kas-ta-ti  [28]  u- 
ul  ï-pa-hi-ra  ka-li     [39]  lù-mes  gaz-mei^  û     [3o]  ï-lï-qa  er 

ïr-ga-ta     [3i]    .  .  .  er  am-bi  ù     [33]    . .  .  um  ù  sa 

[33]      mina   i [34]     ya-nu    a-li 

[35]    bu-a  nït 


TRADUCTION. 

Recto. 

Rib-Addi ,  je  me  jette  à  tes  pieds.  Le  dieu 

Aman ,  dieu  de donne  ta  grâce  devant  la  face  du 

roi,  ton  seigneur;  regarde,  toi,  homme  intelligent,  bras  du 
roi;  par  ta  sagesse,  le  roi  t'envoie  comme  /û-pa-Ârâ(?).  Pour- 
quoi as-tu  parlé  (d'autres  choses?)  et  n'as-tu  rien  dit  au  roi? 
Il  aurait  envoyé  des  troupes  d'arcliers  et  vous  auriez  pris  la 
ville  de  Sumura  ; Abd-Asirta ,  serviteur 


Verso. 

du  chien,  a  pris  le  pays  du  roi  pour  lui.  Comment  (?)  le 
prendras-tu  (?  )  puisque  son  armée  se  compose  de  forts  com- 
battants ?  Envoie-moi  5o  tabal  de  chevaux  et  300  piétons,  et 
je  m'arrêterai  près  de  la  ville  de  Irgata  à  côté  de  lui  jusqu'à  la 
sortie  (?)  des  troupes  d'archers;  il  n'a  pas  réuni  tous  les  com- 
battants et  il  a  pris  la  ville  de  Irgata,  la  ville  de  Ambi 

....  et quoi il  n'y  a  pas  de  ville 


136  JUILLET-AOÛT  1891. 

73 
TRENTE-TROISIEME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROL 

Recto. 

[i]  .....  Sâr  be-ya.  .  .  ](?)  mat-ki  tar-zun(?)  [a]  [ki]- 
bi-ma  [3]  um-ma  ri-ib-ad-di  nït-ka  [4]  a-na  gïr  du  gïr- 
mes-ka  a-na  gïr-mes  an-par  [5]  be-ya  vii-id  su  ù  vu  ta-a-an 
[6]  am-ku-ut  sa  ab  da-mi-ik-mi  [7]  a-na  pa-ni  sâr  be-ya  i- 
bi-is  [8]  I  nït  an  asi-ir-ti  ur-ku  i-nu-ma  [9]  en-ni-ib-sa- 
at  mat-ki-zun  sàr  be-ya  [10]  a-na  sa-su  ù  qa-da  a-na  sad(?) 
na-su  [11]  û  a-nu-um-nja  i-na-an-na  [12]  en-ni-ib-sa-at  er 
su-mur-ur      [i3]   tar-ba-as   be-ya   ù  ib(?)-si     [i4]  ù  i-za- 

lu-ul   a-na    ib [i5]     ù   i-bi-ti    a-sar    ni-zi 

[16]    . .  .   ya  ù  qa-da-mi-ya [17]    îu  egir(?) 

ù  ur-ku      [18]    da  an  sa  ab  i-nu-ma      [19]    

bu-nim  lû-mes  a-na-pa [20]    ad  mi  er  gub- 

la [21]    ga-sum  di 


Verso, 

[22]    ti-ku  er  gub-la [28]    ki-ib-tum 

[24]    û  ma-ri-is-ma      [26]     ki-zuo 

be-li-ya  [26]  sa  ab  lu  ï-si-ra-am  sàr.  .  .  [27]  lu  pa-kâ(?)- 
su  sa  da-an-qa .  .  .  [28]  û  li-iz-kip  er-ki  be-ya  [29]  ù  ip- 
ni  ul(?)  a-na-ku  [3o]  ù  lu(?)  hai(?)  la  be-ya  an  pai* 
[3i]  mat-ki-zun  ù  lu(?)  i-si-ra  be-li-ya  [32]  lû-mes  u 
ti-lï-ku  mi-im-mi-mes  [33]  an  da-mu-ya  a-na  ma-har-be-ya 
[34]  û  u-ul  lï(?)-ti-qa  mi-im-ma  mes  [35]  sa  an-mes-ka  lû- 
ur-ku  su-tam     [36]    ...  si  sab  mi-i-nu  ma  is-bat  er  gub-la 

[37]    mi  er  gub-la  ki-ma  er  hi-ku-kut-ta     [38]    

ba-sa-at  a-na  sàr-ri   sa-ab     [39]  a-mur  ]  nit   nin-ib  lu  sa 

ni(?)   nït(?)  kam-ti     [Ho]  du(?)  ti  ]  bu-hi-pi  lii  lil 

[4i]  û  us-si-ra-su  a-na  nït.  ...  . 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPUIS.  137 


5ttr  le  bord. 

[a]    mur  is  ma  pu(P)  an [b]    lu  mu. 

.  .  .  is  mat [c]    um  sar  sà-ab-si.  .  ,  ?  du 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi ,  mon  seigneur pays 

il  est  dit  ainsi  :  Moi,  Rib-Addi,  ton  serviteur,  je  me 

jette  sept  et  sept  fois  à  la  plante  de  tes  pieds ,  aux  pieds  de  mon 

soleil ,  mon  seigneur bon  a  fait  devant  le  roi  ;  Abd- 

Asirti,  le  chien,  lorsqu'il  s'est  emparé  des  pays  du  roi,  mon 
seigneur,  a  aussi  menacé  ^  la  montagne  et  voici  maintenant  il 
s'emparera  de  la  ville  de  Sumur,  vassale  de  mon  seigneur.  .  .  . 

et  s'est  reposé  sur et  il  a  ruiné  (?)  le 

lieu  de et  devant  (  ?)  moi et  le  chien 

lorsque les  hommes  pour 

la  ville  de  Gubla 


Verso. 

la  ville  de  Gubla malade 

pays  de  mon  seigneur que  le  roi  expédie 

ses  puissantes  troupes  de  marche et  que 

la  ville  de  mon  seigneur moi  et mon 

seigneur,  soleil  du  monde et  que  le  roi  expédie 

des  hommes quoi  que  ce  soit.  Le  Dieu 

devant  mon  seigneur  et  cet  homme  de  chien  ne  s'empare 
pas  de  tout  ce  qui  appartient  à  tes  dieux bon , 

'    Mot  à  mot  :  «levé  la  main  contre». 


138  JUILLET-AOÛT  1891. 

quoi ,  il  a  pris  la  ville  de  Gubla , la  ville  de  Gubla , 

comme  la  ville  de  Hikukutta appartient  au  roi , 

regarde  Arad-Ninip ,  homme Buhipi ,  homme 

expédie-le  vers  ton  serviteur ...;.... 


Ik 

TRENTE-QUATRIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto, 

[i]  [|]  ri-ib-an-im  ik-bi  a-na  [2]  sàr  mat  mat-ki-mes  sar- 
ri  gai  [3]  sàr  ta-am-ha-ra  an  nin  sa  [4]  er  gub-la  ti-di- 
en  ag-ga  [5]  a-na  sar-ri  be-li-ya  a-na  gïr-mes  [6]  en-ya 
an  par  ya  vu  su  vu  a-an  am-ku-ut  [-7]  lu-ni-i-di  sài^ru  en- 
11  i-nu-ma  [8]  ag-ga  nu-kur-tum  sa-a  [  nït  a-si-ir-ta 
[  9  ]  muh  -ya  a-nu  qa  (  ?  )  -a  er  sa  ir-ti-hu     [10]  a-[  na  ]  ya-si . . . 

ba(?)  u-la-qa     [11]    sa-ni-tam  mi-nu  su-tam     [13]    . 

....  si.  .  ►  ta  ur-ku  û  ï-ba-u     [1  3]    ka-li  er  mes  sar 

ri  an  par      [i4]     a-na  sâr  mat  mi-ta-na      [i5]    sàr 

mat  ka-as-se  su-tam  i-nu-ma      [16]    ...    ba(?)  u(?)  la-qa 

mat    sâr    a-na    sa-a- su        [1-7]     i-na-an-na  bu-hi-ir 

[18]    [ka]-li  lû-mes-gaz-ka  er  ir-gata      [19]    ku(?) 

er  am-bi  û  la-ku-ma     [20]    ...  ud  a  er  a-ni-ta  ii     [21]    ... 

bi(?)  ya-nu  a-sar  ir-ri-bu     [22]    tum  a-na  sa-a-su  za- 

bat      [23]    ku(?)  ù  âa-ni  me  bar-za      [2^] 

si-ra-ni  sà-me     [26]    la-si 


Verso, 

[26]    ïb-kur-ra-mes     [27]    bi-ma(?)      [28]    . 

....  sa(?)  a  me  di(?)  pa(?)  la-a     [29]    na(?) 

a-na  ya-si     [3o]    su-nu  ka  mat  mat  mes     [3i]    

ri-mes  kan(?)-mes  tu-za-na     [32]    [lu]  mes  kas-ta-ti 

a-na  da-gal     [33]    mes  û  an-nu-us     [34]  i-na-an-na 


CORRESPONDANCE   DAMÉNOPHIS.  139 

en-ni-ib-sa-at  [35]  mat  ki  sâr  ù  er  su-mu-ra  [36]  er  ma- 
za-ar-ti-ku-nu  a-na  lû-gaz-mes  û  qa-la-ta  [37]  us-si-ra  sab 
meskas-ta-ti  [38]  ra-ba  û  tu-sa-bi-ir  [4.o]  a-ya-bisâris-tu 
[4i]  gab-bi  mat-su  ù  [4^2  ]  ti-ni-ib-su  ka-li  [43]  mat  mat 
mes  a-na  sâr- ri  sa-ni-tam  [44]  at-ta  en  gai  u-ul  [45]  ta- 
qa-da-mi  es-tu     [46]   si-ip-ri  an-nu-u 


TRADUCTION. 

Recto, 

Rib-Addi  dit  au  seigneur  du  monde,  roi  grand,  roi  guer- 
rier :  Que  la  dame  de  Gubla  donne  la  puissance  au  roi ,  mon 
seigneur;  je  me  jette  sept  et  sept  fois  aux  pieds  de  mon  sei- 
gneur, mon  soleil.  Le  roi  est  informé  que  la  puissance  hostile 
d' Abd-Asirta  contre  moi la  ville  qu'ils  ont  soule- 
vée (?)  contre  moi puisque  lui  (Abd-Asirta)  le 

chien ,  il  est  entré  dans  toutes  les  villes  du  roi ,  mon  soleil. . . 

au  roi  du  pays  de  Mitana  et  au  roi  du  pays  de 

Kasse,  lui  qui  a  pris  les  pays  du  roi  pour  lui;  maintenant 
réunis  tous  tes  guerriers  pour  reprendre  la  ville  de  Irgata ,  la 

ville  de  Ambi cette  ville le  lieu 

où  il  est  entré reprends-le-lui 


Verso, 

des  chevaux à  moi des  pays 

des  troupes  d'archers  pour  confier  (?) mainte- 
nant il  s'est  emparé  du  pays  du  roi,  de  la  ville  de  Sumura  et 
de  vos  villes  fortes.  Et  tu  as  dit  :  J'enverrai  des  troupes  d*ar- 
chers  en  grand  nombre  et  tu  briseras  les  ennemis  du  roi  (en 
les  chassant)  de  ce  pays  et  tu  ramèneras  tous  ces  paysan  roi. 
Enfin  toi,  grand  soigneur,  ne  te  formalise  pas  de  cette  lettre. 


140  JUILLET-AOÛT  1801. 

75 
TRENTE-CINQUIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]   [J] an-im  ik-bi.  .  .      [2]    na  sàr  mat  mat 

ki-am(?)     [3]    [sàr  ta]-am-ha-ra  an  nin     [4]    sa(?) 

er  gub-la  ti-di-in      [5]    [ag-ga]   a-na  sàr-ri  en-ya     [6]   [a- 

na]  gïr-mes  en-ya  an-par-ya      [7]  vu  su  vu  a-an  am-ku-ut 

li-ma-ad      [8]    i-nu-ma  is-tu  ka-sa-ad     [9]   [  a-ma(?)-an  ap- 

>a    a-na    muh-ya      [10]    ka-li    lû-mes    gaz-mes    na-at-nu 

11]  pa-ni-su-nu  a-na  ya-si  a-na     [12]  ka  ù  bi-i  |  nït  a-si-ir- 

[ta]     [i3]  ù  ï-es-me  en-li [i4]  a-mâ-te-mes  nit-su 

ù [i5]  lû-mes  ma-za-ar-ta  a [16]  na-za-arer 

sâr  a [17]  a-za  sab-mes  kas-ta-ti [18]  smn- 

ma   ya-nu  sab-mes   bi [19]    ù    en-ni    lu(?)    sii   ka 

[20]  mat-mes  a-na  lû-mes  gaz-mes  si-me 


Verso, 

[21]  is-tu  za-bat  er  ba(?)-ar(?)  [22]  a-ua  bi-i  [  nït  a-si-ip- 
ta  [28]  û  ki-na-na  tu-ba-u-na(?)  [2^]  i-bi  sa  er  gub-la  û 
[26]  er  be-ru-na-ki  û  en  [26]  ka-ii  mat-mat-mes  a-na  lû- 
mes  gaz-mes      [27]    11    er-ki-mes    ir-ti-hu    a-na ? 

[28]  ù  tu-ba-u-na  la  qa-na(?)      [29]  es-tu  qa-at  sàr-ri  ï-ï- 

si ?      [3o]    en-li  lûmes  ma-za-ar-ta      [3i]    a-na  11  er- 

ni-su  a-di  a-zi [32]  qas(?)-ta-ti  û  mi-im-ma    [33]  ï- 

da-na-ni  a-na  a-ka-li  mat  [  34  ]  ya-nu  mi-im-ma  a-na  ma .. .  . 
si-na-nu     [35]  ki-ma  hu  sa  i-na  lib-bi     [36]  bu-ha-ri  ù  ki- 

lu-bi  sa-ak-na     [37]    ma  a-na  pa-ni-su     [38]    ..... 

da(?)-la-ki  sa-ni-tam     [39]    ia-a  i-li-e     [ào]    

la-qa-ya  es-tu     [ài]    na-ak-ri-su     [42]    en-ni- 

ib-sa-at      [43]     mat-ki-mes      [44]    tur-J   [nït]-a-si- 

ir-ta 


CORRESPONDANCE   D^AMÉNOPHIS.  141 


Sur  le  bord, 

[45]  [nït]  ur-ku  ù     [46]    ma  mat-mat-mes  sàr-ri  a- 

na     [A'j]    su.  ... . 


TRADUCTION. 

Recto. 

Rib-Addi  dit  au  seigneur  du  monde roi  guer- 
rier :  Que  la  dame  de  Gubla  donne  la  puissance  au  roi ,  mon 
seigneur.  Je  me  jette  sept  et  sept  fois  aux  pieds  de  mon  sei- 
gneur, mon  soleil.  Apprends  que  depuis  qu*Aman-Appa  est 
venu  près  de  moi ,  tous  les  combattants  se  sont  tournés  contre 
moi(?)  ^  pour  se  ranger  avec  obéissance  du  côté  d* Abd-Asirta ; 

que  mon  seigneur écoute  les  paroles  de  son  serviteur 

et  (envoie)  des  troupes  de  garnison  pour  garder  la  ville.  .  . 

...  de  fortes  troupes  d'archers S'il  n*y  a  pas 

d'archers et  le  seigneur les  pays 

aux  combattants  (rebelles) Écoute 


Verso  et  bord. 

de  la  prise  de  la  ville  de  Baar(?)  par  ordre  d'Abd-Asirta; 

et  certes  tu  viendras de  la  ville  de  Gubla  et  de 

la  ville  de  Beruna.  Et tous  les  pays aux 

soldats  (rebelles)  qui  ont  troublé  ces  deux  villes et  tu 

viendras  (?) par(?)  la  main  du  roi;  qu'il  expédie 

des   chefs   de   garnisons    à  ses  deux  villes,  avec  de  fortes 
[troupes]  d'archers  et  qu'il  nous  donne  quelque  chose  pour 


'  Littéralement  :   «ont  donné  leur  face  à  moi»;  comparez  lexpressioii 
hébraïque  KlilH  ^""K^  '>2^'nH  înK  (Lévilique,  xx,  3). 


142  JUILLET-AOÛT  1891. 

la  subsistance  du  pays.  Il  n  y  a  rien  pour nous 

sommes  comme  un  oiseau  qui  est  enfermé  dans  un  fdet  ou 

dans  une  cage devant  lui Puis 

il  ne  montera  pas de(?) cet  ennemi.  .  .  . 

les  pays ont  été  pris  par  les  fds  d*Abd- 

Asirta,  serviteur  du  chien,  les  pays  du  roi  sont  à  lui. 


76 

TRENTE-SIXIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  I  ri-ib-id-di  ki-bi-ma  [2]  a-na  sàr  be-li-ya  a-na  ki-ta 
[3]  gïr-mes  be-ya  vu  ù  vu  am-ku-ut  [4]  i-nu-ma  sa-bar 
be-li  a-na  is-ku-ma (?)  [ 5 ]  is-tu mat  mes  za-Iah ( .►^j-bi  û  is-tu 
[6]  er-ki  u(?)-ga-ri-te  tu-lï(?)-ku-na  [7]  la-a-mi-i  li-u  us-sar 
[8]  is-rit-mes-ya  a-na  as-ra-nu  [9]  i-nu-ma  nu  kur-tum  ] 
a-zi-ri  [10]  it-ti-ya  ù  gab-bi  lû-mes  ha-za-nu-tum  [11]  sal- 
mu-su  ki  lib-bi-su-nu  [12]  ti-la-ku-na  is-rit-mes-su-nu 
[i3]  il  te-lï-ku-na  hi-si-ih  ta-su-nu  [i4]  sa-ta  mi-nu-um 
ya-di-nu  [i5]  [ga(?)]-am-ri-ma  ii  ba-la-lam  [16]  sàr  a-na 
lû-mes  ha-za-nu-ti  ib-ri-ya  [17]  û  a-na  ya-si  la-a-mi 
[18]  ya-di-nu  mi-im-ma  û  pa-na-nu  [19]  a-na  lu  a-bu-ti- 
ya  i-sa-ru  [20]  is-tu  è-gal-mes  kû-par  mes  [21]  û  mi- 
im-mu  a-na  ba-la-ti-su  [22]  ii  ï-si-ru  be-li  sab-mes 
[28]  a-na  sa-a-su-nu  il  a-nu-ma  [2^]  a -na-ku  . as-bu-ru  a-na 
be-li-ya     [26]  a-na  sab-mes  ù  sab-mes  ma-za-ar-tu     [26]  la- 

a  tu ù     [27]  mi-im-mu mi     [28]  ï-da- 

nu [ya]-a-si     [29]    ya am     [3o]  a- 

na-ku  tar [3i]  sàr  be-li  u 


Sur  le  bord. 
a\  sar  a-na  iu-mes  mi-si  gab-bi  ia(.^)-na  u  ya(t*)is  mes  sar 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  143 

[b]  ta-di-nu-ni  a-na  tur-mes  nït  a-si-ir-ti  [c]  u  ma-a-ti  ta- 
di-nu-ni  tur-mes  J  nït  a-si-ir-ti  [d]  a-na  sàr-ri  da-an-ni  û 
ki-na  na-darnu. 


Verso, 

[3i  hi$]  il  u-iz(?) [^2]  ki  a-na-za-ar [33]   sa- 

bar-ti [34]  la-ku-mi ma     [35]  tur  J  nït  a-si-ir- 

ta su-nu    [ 36 ]  er  ki  gu-ub ni    [  3^  ]  a-na  ya-a-si 

ù ti     [38]  lu  tur  si-ri-ya  a-na    ....  li-ya     [39]  sab- 

mes  la-a  ï-sa [4o]  ù  lu  tur  si-ip-ri [/|.i]  la-a 

tu-sa-zu-na [4^]   û  us-si-ra-su  qa.  .  .  mi     [43]   sab- 

mes  ri-zu-ti  sum-ma  sàr [44]  za-ir  er-ki-ma  û  i-zi- 

ba-si      [45]  il  sum-ma  ya-ti-ya  u [46]  i-pa-ta-ra-ni 

mi-si [47]  us-si-ra  lii-ka  pi(?) si  [48]  mi- 
nu-mi  la-a  ï-da-nu [49]   is-tu  è(?)  gai  mi-im 

[5o]  a-na  ya-si  la  sab-mes  ha-[za]-nu [5i]  ii  i-sa-ra- 

bu  mat-mes  [i-na]    bil       [52]     as-ta-bar    as-ta-ni    la 

[53]  ya-tu-ru-na  a-mà-tu  [54]  a-na  ya-a-si  za-ba-tu 
[55]  ka-li  mat-mes  sâr  be-ya  [56]  ii  qa-da  be-li  tu-tu-su- 
nu       [57]    il    a-nu-ma    i-na    na-tu      [58]     lu-na 

sab-mes  mat-mes  ha-ti  [59]  ...  ha-za-nu-ti  er-ki  gub-[la] 
{60]  il  mi-lik  a-na  er [61]  ii  la-a-mi  ï-is-mi,  « .  .  .? 


TRADUCTION. 

Recto, 

(Moi)  Rib-Iddi,  je  dis  au  roi,  mon  seigneur  ;  Je  me  jette 
«ept  et  sept  fois  sous  les  pieds  de  mon  seigneur.  Mon  seigneur 
me  fait  dire  :  Envoie  les  forces  des  pays  de  Zalahhi(?)  et  de  la 

ville  de  Ugarit  ;  qu  elles  viennent renouvelle  nos 

approvisionnements.  Voici  Aziri  est  mon  ennemi  (?)  et  tous 
les  liommes  de  garde  (?)  lui  veulent  du  bien.  Tu  prendras 


144  JUILLET-AOÛT  1891. 

leur  approvisionnement  et  tu  prendras  leur  fourniture 

Pourquoi  a-t-ii  donné et  le  roi  n'a  donné  de 

vivres  ni  aux  hommes  de  garde ,  mes  amis ,  ni  à  moi.  Et  der- 
nièrement le  roi  a  envoyé  à  mes  ennemis  de  T argent  et  tout 
ce  qui  leur  était  nécessaire  pour  leur  subsistance ,  ainsi  que 
les  troupes  dont  ils  avaient  besoin ,  et  voici ,  moi ,  j'ai  demandé 
à  mon  seigneur  des  troupes  et  il  ne  m'a  pas  même  accordé 

des  hommes  de  garde  ;  il  ne  m'a  rien  donné moi 

le  roi ,  mon  seigneur. 


Sur  le  bord. 

Le  roi aux  hommes du  roi 

....  tu  as  donné  aux  fils  d'Abd-Asirti  et  quand  tu  as  donné 

aux  fils  d'Abd-Asirti au  roi  puissant 

donné. 


Verso. 

pour  que  je  garde le  fils  d'Abd-Asirta 

eux la  ville  de  Gubla 

à  moi mon  propre  fils , n'a  pas  envoyé 

de  troupes et  tu  n'as  pas  laissé  partir  le  messager 

expédie-le.  Si  le  roi  envoie  des  troupes  auxi- 
liaires, l'ennemi  abandonnera  la  ville  et  s'il  vainc 

expédie  tes  hommes il  ne  m'a  rien  donné  du  palais 

à  moi  les  troupes  de  garde brûleront 

les  pays  par  le  feu.  J'envoie  demander et  s'ils  ne  me 

donnent  pas  des  nouvelles  et  la  prise  de  tous  les  pays  du  roi , 

mon  seigneur et seigneur  l'apprendra et 

voici les  troupes  du  pays  de  Hati ,  les  gardiens  de 

Gubla,  et  un  ordre  à  la  ville et  on  n'a  pas  écouté. 


CORRESPONDANCE  D  AMENOPHIS.  145 


77 

TRENTE-SEPTIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  [a-na]  sâr-ri  en-y  a  [2]  an  par-ya  um-ma  |  ri-ib-an-im 
[3]  nït-ka-ma  a-na  gïr-mes  en-ya  [à]  an  par-ya  vu  su  vir 
ta-an  [5]  am-ku-ut  ï-es-me  sâr-ru  [6]  en-H  a-mà-te  nït 
[  7  ]  ki-ti-su  ma-ri-is  ma-gal  [  8  ]  a-na  ya-si  ga-ag  kur-nu-tum  ^ 
[9]  y  tur-mes  nït  a-si-ir-ta  i-ri-bu  [10]  i-na  mat  a-bar-ra 
a-sa-su-nu  [11]  ka-li  mat-ki  er  su-mu-ra  [12]  û  er  ir-qa- 
ta  ir-ti-bu  [i3]  a-na  lû-gal  ù  a-nu-ma  i-na  [là]  er  su-mu- 
ra  i-zi-za-ti     [i5]  i-nu-ma  ma-ri-is  lû-gal      [16]    mub  nu- 

kur-ti  i-ti-zi-[ib]      [17]  er  gub-la  ù  ya [18]   |  zi-im- 

ri-da [19]   J  ya-pa-an-im ti-ya     [20]  a-nu-ma 

ki  a.  .  .  .  .  ï-es-ta-pa-ru      [21]     lû-gal  a-na    sa-su-nu   û.  .  . 

[22]    .....  ti-es  ma  na  a-na  sa-su     [2 3]    i-es-mi  sàr- 

ru  en-li-ya  [2/1.]  [a] -mà-te  nït  ki-ti-su  [26]  us-si-ra  be-la- 
ta    [26]  ki-ma  ar-bi-es  a-na     [27]  er  su-mu-ra  a-na  na-za-ri 


Verso. 

[28]    ka-sa-ad  sab-mes      [29]  qas-ta-at  sâr-ri  an-par 

[3o]  û  ï-sa-am-ri-ni  sâr-ru  [3i]  an-par  lû-mes  sa-ru-ta  es- 
tu  [32]  lib-bi  mat-su  sa-ni-tam  ï-es-mi  [33]  sâr-ru  en 
a-mà-te  nït-su  [34]  û-us-si  lûmes  ma-za-ar-ta  [35]  a-na 
er  su-mu-ra  ù  [36]  a-na  er  ir-qa-ta  sum-ma  [37]  en-na... 
tu  ka-li     [38]  lû-mes  ma-[za]-ar-ti  is-tu     [39]  er  su-mu-ra 

...au     [4o]  ï-it-ru-uz-za me-ni(?)      [lu]  en  an  par 

mat-zun  ù  [^2]  id-na-ni  xx  ta-bal  [43]  ïb-kur-ra-mes  a- 
na   ya-si      [/|4]    û   us-si-ra   be-la-ta      [45]    ki-ma  ar-bî-es 

'   Interversion  pour  ag-ga  nu-hur-tam. 

XVIII.  1  o 


■  iir«iui.>iE   .\4riu\«Lr.. 


146  JUILLET-AOÛT   189L 

[46]  a-na  er  su-mu-ra  a-na  [^7]  na-za-ri  se  ka-li  [48]  lu 
mes  ma-za-ar-ti  [49]  sa-a  ir-ti-hu  mar-za  [5o]  û  zi-mu-ru 
lîi-mes  [5i]  i-na  lib-bi  cr  sum-ma  [5a]  la -a  sab-mes 
qas-ta  la-a     [  53 ]  at  (  ?  )  ma  (  ? )-ru-na  û 


Sar  le  bord. 

[54]  ya-nu  er  sa-a-ti  îr-ti-hu     [55]  a-na  ka. . .  û  ial-nin(?) 

sab-mes  qas-ta [56]  i-ba-&a-at  ka-li mat-meà    [57]  ni- 

lï-ka  a-na  âar-rî 


TRADUCTION. 

Recto, 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  soleil,  il  est  dit  ceci  :  Moi,  Rib- 
Addi,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  et  sept  fois  aux  pieds  de  mon 
seigneur,  mon  soleil.  Que  le  roi  écoute  la  parole  de  son  serri- 
teur  fidèle;  je  suis  dans  une  profonde  douleur.  La  puissance 
hostile  des  enfants  d'Abd-Asirta  est  entrée  dans  la  Phénicie  ; 
ils  ont  soulevé  en  leur  faveur  toute  la  région  de  Sumura  et  de 
Irqata  contre  le  chef.  Et  maintenant  la  résistance  (?)  est  orga- 
nisée dans  la  ville  de  Sumura.  Et  le  chef  attristé  résiste  (?)  à 

TennemL  La  ville  de  Gubla »  Zimrida 

Yapa-Addi,  mon maintenant  j*ai  envoyé  le 

chef  chez  eux.  Ils  ne  Tout  pas  écouté que  le  rôi , 

mon  seigneur,  écoute  les  paroles  de  son  serviteur  fidèle  ;  qu'U 
expédie  des  mercenaires  (?)  aussitôt  que  possible  pour  âecounr 
la  ville  de  Sumura. 


Verso. 
[J'attends]  l'arrivée  des  troupes  d'archers  du  roi  soleil  et 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  147 

que  le  roi  chasse  les  hommes  du  désordre  (?)  de  son  pays.  De 
nouveau  je  prie  le  roi  d'écouter  les  paroles  de  son  serviteur  et 
d'envoyer  des  troupes  de  garde  à  la  ville  de  Suniura  et  à  la  ville 

de  Jrqata.  Si toutes  les  troupes  de  garde  de  la  ville 

de  Sumura a  dirigé  (?) seigneur,  soleil 

des  pays,  qu*il  me  donne  ao  attelages  de  clievaux  et  qui! 
dirige  des  mercenaires  aussitôt  que  possible  iur  la  ville  de 
Sumura  pour  garder  tout  le  pays.  Et  les  hommes  de  garde 

qui  se  sont  soulevés,  punis-les  (?)  et des  honmies 

dans  la  ville.  Si  les  troupes  d'archers  ne 


Sur  le  bord, 

il  n'y  a  pas  ;  cette  ville  s'est  soulevée  contre  toi  et  les 

....  les  troupes  d'archers .  .  .  .  ♦ envahit  tous  les  pays 

nous  irons  près  du  roi* 


78 

TRENTE-HUITIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto* 

(Il  ne  reste  que  le  tiers  inférieur  de  la  tablette.) 

[i]  um(?J [a]  lû-meà  ma*a-ru. ..... 

3^]  »a-ad  in-si [4]    û   da-lu  si. .  .  .  .      [5]   ù  da- 

i ma-a-ri      [6]  àu-ut  ï-di ni^sa-su     [7]   û  armi 

kal(?)  i-na na-nu-ma      [8]    su»ut-pi(?)  be«la^at*&u-iti| 

[g]  i-nu-ma  i-ka-si^is  a-na^ku     [10]  lii-mes  Ȉr(?)  nu-si-tu  i- 
na  ya-si      [11]    ù-»u*ut  te-ela-at-sumu-ma     [13]   û  li-im-lik 

sàr  nit-su      [i3]   li-si-ra  ààr  lii  ra-bi-a-su      [i4]    wr 

i-na aà-ri4u[-nu (?)]     [i5]    mi-tam is^ta-hi^d     [16]    .  . 

.  .  .  ma ib  mes  i-ik-bi     [17]    èâr ni  o-i 

na  nit 


10. 


J48  JUILLET-AOÛT  1891. 


Verso. 

[18]    ad qa(?)a-na     [19]    si...  su    [26]    . 

....a-si [21]  su...  ï-is-mi-nu [32].  a nït 

ma-â-di  be-ni  i-nu-ma    [28]    a-nu-mi  li-im-na  ï su 

[24] a. . .  tam  sa-ru im-ma     [26]   a-na.  sâr 

en-ya  a-mà  te  ï.  .  .  mar  [26]  û  a-mâ-te  da-mi-ik  sàr  be-nî 
[27]  qa-be-te  a-na  sâr  be-ni-ya  us(?)-si-ra-mi  [28]  sab- 
mes  qas-ta-ti  û  ti.  .  .. .  .  as-ra-la     [29]  mi-kal(?)  mi  ï-ma- 

lik  ab-zi da-ni      [3o]    sab-mes  qas-ta-at  sâr  be-ni-ya 

[3i]    te-ik-bu ab-ru-um     [82]    be-ni-ya 

[33] sab-mes  qas-ta-ti     [34]    ad 


Sur  le  bord. 

[35]    ya-nu-mi-su  a-na  qa [36]    si-i- 

na  na-[da]-ni  a-na     [37]    lu 


TRADUCTION. 

Recto  et  verso. 

les  hommes et  grand  (?) 

au  sujet  (?)  de  leurs  mercenisures moi,  les  troupes 

de  marche chez  moi  et  au  sujet  de  leurs 

....  et  que  le  roi  conseille  son  serviteur  et  lui  envoie  de  ses 

grands;  qu'il  remette  à  sa  place des  chevaux.  .... 

.....  il  a  dit le  roi au  serviteur. . .  .  .; . 

à il  nous  a  entendus le  serviteur 

sincère  du  seigneur multitude au 

roi ,  mon  seigneur,  des  paroles et  de  bonnes  .pa- 
roles de  mon  seigneur,  le  roi dis  au  roi ,  mon  sei- 
gneur, qu'il  envoie  des  troupes  d'archers qu'il 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  149 

donne  des  troupes  d'archers ■,  ,  tu  as  dit ......  w . . 

mon  seigneur  *......  des  troupes  d*  archers. 


Sur  le  bord, 
à  ta  main à . 


79 

TRENTE-NEUVIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]   y  ri-ib-[an-im] [2]    [a]-na  en [3]  an 

nin  sa [4]    ti-din  ag-ga   a-na [5]    [a]-na 

gïr-mes   en-ya  an [6]    vu  su   vu   a-an   am-ku-ut 

[7]    . .  .  di-sum(?)  en-li  i-nu [8]  nin-at  er  gub-la.  . 

[9]    ...  is-sa  ri-it mes [10]  sa.  .  .  gi- 

rib  nu-kur  sa  sab  gaz-mes     [11]  lit ya  ga-am-ru  tur 

mes-su(?)  sal-mes     [12]  sab.  .  .  bit-mes  i-na  na-da-ni 

[i3]    mat  ya-ri-mu-ta  i-na.  .  .      [i4]  i-na  ba-la-at  zi- 

ti     [i5]    ...  ya  sal  da  um(?)  la  te  du(?)     [16]  ma-si.  ...  .  . 

as-sum  ma-li      [17]     ...    ri im  as-ta-bar  ar-si 

[18]  ta-ni  a-na  bit  ma  as-sum  ta(?)-gi-ka-nu     [19]    

i-da-gal    a-pi...    mes...    a       [20]    du-na   li-es-mi 

[21]  te-me 


Verso, 

[24]     ka [25]     .  .  .    sâr-ri  en-ya  J  a.  .  .  .  . 

[26]    .  .  .  er  ir-qa-ta  i-du-ku  nït(?)     [27]    ...  mes-ka  a-na 

.....  ya-nu     [28]   sa ma  a-na     [29]  ]  nït  a-si-ir-ta 

si an     [3o]  iz-za-bat  er  ar ta     [3i]  u(?)  an- 

nn-us na-an-na       [32]    en-na(?)    sa(?)    ha-ti..... 


160  JUILLET-AOÛT  18Q1. 

[33]  lî da  Bar  be4i     [34]  i-nu-ikia  i-za-bat  lar  lia^U 

[35]  ka-lî  mat-mat  ku-ti-ti      [36]    sâr    mat  mi*-it-'ta-ni<'ma 

[37]  sârmatna-be(?)-ma [38]    ...  »àr  sâr  ra-bu . . . ? 

[39]  I  nit  a-si-ir [4o]  ur-ku  ï-lï [4i]  is-sî- 

ra [4a]    . . .  dan 


Sar  le  bord, 

[a]    I  a-bi(?)  es [h]    ra-ya-tam  is 

[c] par-ra  a-na-ku  a-na, 


TBADUCTION. 

Reclo. 

t\ib-Addi  dit  au  seignem* que  la  dame  de  Gubla 

donne  la  puissance  au  roi,  mon  seigneur;  je  me  jette  sept  et 

sept  fois  aux  pieds  de  mon  Seigneur,  mon  soleil .  « La 

dame  de  la  ville  de  Gubla au  milieu  de  T ennemi,  les 

combattants La  totalité  de  ses  fils,  de  ses  femmes 

et  des  gens  de  sa  maison ,  en  donnant pays  de 

Yarimuta  en pour  sauver  la  vie, j*aî 

envoyé je  m'enfuirai  (?) il  se  confie 

qu'il  écoute 


Verso. 

Le  roi ,  mon  seigneur ville  de  Irqata ,  il  a  tué 

tes  serviteurs  pour.  ^ « . .  à  Abd-Âsirta% ...,,...»  il 

prendra  (?)  la  ville  de  Ar*  » certes  le  prince  de  Hati 

k .  le  roi ,  mon  seigneur que  le  roi  de 

Hati  pfendrii  tous  les  pays  de  Kutiti  et  le  roi  du  pays  dç 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  151 

Mittani,  le  roi  de  Nabema(P)  ces  grands  rois,  Abd-Asirta.  . 
chien ,  il  montera  et  il  enverra  des  troupes. 


Sar  le  bord. 

J'envoie  à 

80 

QUARANTIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI» 

Recto. 

[i]  [|  ri]-ib-lia-ad [2]    bi  a-na  en-su     [3]    . 

....  mat-ki-zûn  sàr  gai  [4]  an  nin  sa  er  gu-ub-la  [5]  ti- 
id-di-en  din(?)-na  [6]  a-na  sàr  be-li-ya  [7]  a-na  gïr-mes 
en-ya  an  par-ya  [8]  vu  su  vu  ta-an  am-kut  [9]  lu-u  i-di 
sàr  en-ya  [10]  i-nu-ma  sal-ma-at  er  gub-la  [11]  sai-lat 
ki-it-ti  sa  sàr  [12]  ù  ag-ga  ma-gal  nu-kur-tum  [i3]  sa 
çab-mes  lu  gax-mes  [i4]  muh-ya  ù  la-a  a-kul(î)-me(?) 
[i5]  sar  en-ya  is-tu 


Verso. 

[16]  er  su-mu-ur-ki     [17]    .  .  .  a  en-ni-bu-us [18]  a- 

na  sab  mes  lu  gaz-mes    [19]  i-na  lu  pa-Arâ  (  ?  )  sar-ri    [20]  sa 
i-su-u  i-na  er  su-mu-ur    [21]  ba-da-ta-at  er  ki    [22]  a-nu-um- 

ma  ^  pa-ha ta    [23]  lu  pa-Ara(?)  sàr  sa  i-na    [2^]  er 

su-mu-ur  ki  sa  da-(?)-me  (?)  [26]  bu-us-qu (  ?)  ù  ma-na-ru  ' 
26]  sa  muh  er  gub-la  [26]  ïs-tu  mat  ya-ri-im-mu-ta 
27]  nu-bal-li-it    [28]  ag-ga-ma gai nu-kiu*-tum    [29]  sa(?) 

'  Le  dernier  mat  fait  peut-être  partie  de  la  ligne  prëccdeuie. 


152  JUILLET-AOÛT  1891. 

nu  û  u-ul      [3o]   muli-me  sàr  is-tu      [3i] hal- 

ki-su 


TRADUCTION. 

Recto. 

Rib-Haddi  ^  dit  à  son  seigneur,  roi  du  monde ,  roi  grand  : 
Que  la  dame  de  Gubla  donne  la  puissance  au  roi,  mon  sei- 
gneur; je  me  jette  sept  et  sept  fois  aux  pieds  de  mon  seigneur, 
mon  soleil;  que  le  roi,  mon  seigneur,  sache  que  la  ville  de 
Gubla,  esclave  fidèle  du  roi,  est  tranquille.  De  grandes 
forces    ennemies    composées    de   nombreux   guerriers    (se 

jettent)  sur  moi  et  je  ne le  roi,  mon  seigneur, 

de 


Verso. 

la  ville  de  Sumur nous  ferons ces 

troupes  guerrières  par  le  lû-pa-kâ  (  .^)  du  roi  qui  a  transporté  (  ?) 

dans  la  ville  de  Sumur  les  hadatât^ de  la  ville.  Voici  (?) 

Paha le  lu-pa-kà  qui  est  dans  la  ville  de  Sumur .  . 

qui  sont  contre  la  ville  de  Gubla 

du  pays  de  Yarimuta  nous  faisons  vivre (?).  La  grande  force 
ennemie  de contre  le  roi  de 


*  L*orthographe  Haddi  au  lieu  de  Addi  prouve  la  prononciation  douce 
du  i^  cunéiforme  que  la  plupart  des  assyriologues  assimilent  au  ^  [kh) 
pointé  des  Arabes. 

*  Serait-ce  une  faute  pour  halatât  «les  vivres»?  On  peut  aussi  songer  à 
madaiât  «les  tributs». 


CORRESPONDANCE   D'AMÉNOPHIS.  153 


81 

QUARANTE  ET  UNIEME  LETTRE  DE  RIB-ADDI. 

Recto, 

[i]    a-na [2]    um-ma  J  ri-ib [3]    am-ku-ut 

de [4]    en-ka    si(?) [5]    ti-di-mi 

[6]  pa-ni   sàr-en [7]  ta-as-bu-ra [8]  si-en- 

ni [9]    sa  er  gub-la [10]    ka-mes  ù 

[1 1]    a-na  ya-si  ù [12]  is-ka-da [i3]   ù  na- 

ad [i4]     .....   ba4a-tî      [i5]    sum 

[16]    ti-i-di     [17]    sa-a 


Verso, 

[18]    a-na  mi      [19]    ub-ri [20]  na- 

mu  sa [21]    ...   ul  ta-ak [22]  ï-ï-si-ru-ma 

[28]  pa-ni  sab-mes  kas      [2^]  tu-sa-am-ri [2  5]  is- 

tu  lù-mes [26]  sum-ma  mu-mes [27]  ï-za- 

na  sab-mes [28]  û  in-ni [29]  mat  mat  ki- 

mes [3o]  sum-ma  qa [3i]   ù  ya-nu 

[32]  is-rit  lû-me [33]    . . .  mes-ka [34]    ... 

a-di  mu 


Sur  le  bord. 

[35]    pal-ha-ti  iû-mes  hu-ub [36]    ul-ti  ma-ha-za- 

na 


154  JUILLET-AOÛT  189L 


TRADUCTION. 

Recto. 

A ainsi  :  (Moi)  Rib-Addi,  je  me  jette 

. . .  que  la  dame  de  Gubla  donne devant  ie 

roi ,  mon  seigneur tu  as  envoyé de 

la  ville  de  Gubla tes à  moi 

la  vie si tu  sais 


Verso. 

à ami tu  n*as  pas 

.  .  .  qu'il  expédie  devant  tes  troupes  de  marche des 

hommes,  si  les  noms(?) des  troupes 

....  des  pays si sinon 

approvisionnement tes 

jusqu'à 


Sar  le  bord. 

La  crainte  des  hommes des  villes 


82 

LETTRE  ADRESSÉE  X  RIB-ADDI  PAR  SON  PERE. 

Recto. 

[i]  [ajnia  y  ri-ib-an-im  [a]  tup-ya  ki-bi-ma  [3]  um-ma  J 
lu-gal  sab-mes-at-ka-ma  [4]  a-bi-ka  an-mes-nu  [5]  su- 
lum-ka  su-lum  bit-ka  [6]  li-is-da-i-di(?)  [7]  kâ  bu-u  la> 
a-mi      [8]   lï-ti-en-nu  e-ri-ib     [9]   lû-mes  sa  er  su-mu-ri-ki 


CORRESPONDANCE  D'AMÉKGPHIS.     155 

[lo]    ...    ra-ki-ya  mu-ta-nu-mi  [ii]    î-na  er  su-mu-ra-ki 

[13]  mu-ta-nu-u  muli(?) [i3]   lû-mes-u  û  i-na. .  . 

[là]  ïb-mes  ma-an-nu  mu.  .  .?  [i5j   mub-lii  ib-mes  i-nu- 
lua     [16]  la-B  ta4a-ku 


Verso. 

1-7]  îb-mes  û  u  ba.  .  .  fi8]  ib-mes  sar-rl  [19]  û  u-ul- 
a-a  [20]  hal-ku  mi-im-mi  [21]  sàr  a-ki  u-ba-a-su-nu 
[22]  be-lu-su-nu  siim«ma  [28]  sàr-ru  en-si  (?)  ïb-mes 
[24]  bu-a-mi  ïb-mes  [26]  sàr  am-mi-niln-mi  [26]  te-ib 
bu-su  ki-su-ma  [27]  a-na nïl-mes  e  sàr  [28]  us-si-ra-am- 
mi  iû-mes  [29]  [a]-na  na-za-ar  er-ki  [3o]  ...  iu-u  sab- 
ra-ti  [3i]  ...  sàr  muh-hi-ku-nu  [82]  ...  sab-mes.  .  , 
i-na 


5ttr  le  bord, 
[33]    ...  ku^mu  muh-hi  gab. . . 

tRADUCTION. 

Recto. 

A  RIb-Addi,  mon  fils,  il  est  dit  ainsi  [par]  le  chef  de  tes 
troupes,  ton  père  :  Que  nos  dieux  consolident  (?}  ta  paix  et  la 

paix  de  ta  maison.  La  porte entrer  des  hommes 

de  Sumur.  La  peste  (  P  )  dans  la  ville  de  Sumur  ;  les  pestiférés 

les  hommes  et  dans les  chevaux  qui 

tu  ne  montes(?]  plus  à  cheval 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  157 

ki-ti    sâr.  ....        [37]     [be]-ni-ya    an-nu-[um]    us 

[28]    a-na   è-gal   a-na   mi       [29]     la-a    es-tap-pa-ar-ma 

[3o]    ...  na-ni  a-na  ka-tu [3i]  û  es-tap-pa-ar  i-na 

[82]  nu-kur  ag-ga  muh-ya.  . .  ?     [33]  û  pal-lia-ti  da 

[34]  la-qa-a  er  su-mu-ra [^^]  mi-nu-qa-ma  mi-im- 

ma     [36]  a-na  sa-^-su  ki-na. .  .  * .      [87]  ud(?)  da-an  pa- 

ni-su  U [38]    ...  la  ï-es-ta. ....      [89]    . . .  ra-su 

[4o]    .  .  .  ku 


TRADUCTION. 

Recto. 

ne Ari depuis  l'envoi  (?) .... 

la  ville  de  Gubla  maintenant  envoie Aziru, 

des  troupes alors les  dieux et 

sinon la  ville son  ennemi 


Verso. 

le  roi mon  seigneur,  voici 

au  palais je  n'ai  pas  envoyé à  toi 

et  j'ai  envoyé  contre  la  puissance  ennemie  qui  m'at- 
taque  et  la  crainte.  .  .......  prendre  la  ville  de 

Sumur  et  tout  ce  qu'il  a.  . . devant  lui il 

n'a  pas  envoyé  son  messager  (?) .  ....... 


84 

QUARANTE-TROISIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[1]   [J  ri-ib]-an-im  ik-bi     [2]  um-ma  [a]-na  sàr  mat  mat  zun 


158  JUILLET-AOÛT  1891. 

[3]   an  nin  sa  er [4]    [ti]-di-en  ga-ag^ 

a-na [5]  [be-li]-ya  a-na  gir-mes  en [6]  na- 

ya  VII  su  VII  a-an  am [7]    i-di  sàr-ri  en*li 

[8]   [ag-]ga  nu-kur«tam  sa-a ?     [9]   []]  nït  a-&l-ir-ta 

muh [10]    ki  ka-li  er  ki [11] 

ma  II  er  ki  ir-ti-hu [la]   ya-»î  û  su-nu-tam 

i3]   a  a-nu-ma  ki-ma  hu     [i4]    . .  ♦  i-na  lib-bi  hu- 

la-ri     [i5]    [sa]-ak-na-at  ki-na-nu ?     [16] ku 

i-na  lib-bi  er  gub-ia ?      [17]    ï-es-me  en-li  a- 

mâ-te      [18]    na-a-nu-ma  i-na ?     [19]    

be-ru-na  i-ba-sa-ti     [20]    ù 


Verso. 

[34]  [a]-na-ku [35]  i-ri-si. .  .  . 

[37]  [ki-ma]  ar-hi-es  ù     [38]    ma^za-ar-ta 


TRADUCTION. 

Recto, 

Rib-Addi  dit  ceci  au  roi  du  monde  :  Qae  la  dame  de  Gubla 
donne  la  puissance  au  roi,  mon  seigneur;  je  me  jette  sept  et 
sept  fois  aux  pieds  du  roi ,  mon  seigneur.  Sache ,  ô  roi ,  mon 

seigneur,  que  la  puissance  hostile  des  fils  d'Abd-Aàirta 

contre  toutes  les  villes ces  deux  villes ,  ils  les  ont 

soulevées  contre  moi,  et  elles et  voici,  je  suis 

comme  un  oiseau  qui  est  dans  un  filet  ou  dans  une  cage. 
Comme  nous dans  la  ville  de  Gubla 


'  ga-ag  pour  ag-gci;  le  scribe,  habitué  à  récriture  phénicienne  qui  se 
dirige  de  droite  à  gauche,  a  renversé  par  distraction  l'ordre  de»  caractères 
onn^iibrmcs. 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.     159 

que  le  roi  écoute  les  paroles à  présent  il  a  en- 
vahi Beruna 


Verso. 

Moi je  désire aussitôt  que  possible, . . 

....  de  garde 


85 

LETTRE  ÉNUMÉaANT  DIVERS  OBJETS  ENVOYÉS  AU  ROI. 

Recto. 

[i] u-nu-tu  sa  ik(î) [a]    ...  [ri-ib]-an-iila  ù 

a-na  sa-lu     [3]   ma  ii  li-im  a [4]   da- 

sû(?)  bit(?)  [sâr]-ru-ta     [5]   . .  ►  li-im  J li-im me  bi 

[6]    G  ub  gai  G  ub se-bu     [7]    i  su  bit ru 

«(4)(?) [8]  I  gi(?)  ba  mat [9]  . . .  gi(?) 

ku  ku  li [10]  gi(?)  ir [u]    . . .  ma  ki  se. . 

...     [12]   ...  nam(?)  si-ti     [i3]    as-ku-ma 

[i4]    li [l5]    xl(?).....      [16]    .. 

...    as  mat  as(?)-ru [17]  i  gïr  ii  kû-gi(?)  mu-lii 

[18]    ka  XL  su  kû-gi(?) [19]  ka.  . 

.  .  .  si-na-sa [20]  xUb iiii [21]  xvsa 

ba-li    XV    ma-ar      [22]     i sal    nît nit-mes 

[aS]   ya-nu na-an-nu  te-lik-si      [a4]   nït(?)  | 

tu-ra-na      [a5]    û  li kû-par(?)  mes      [26]   c  kû-gi 

[27]   ba-lu [28]  a-hu [39]   dan-na 

û     [3o]  la-a  ï-bu-su 


Verso, 
[3i]     it  ta-da    nit    an [32]     |   i-a-zi-mi    ri-sî 


100  JUILLET-AOÛT   1891. 

[33]  sâr-ru  a-na  la-ki-si [34]  ti-da-ga-iu  pa-na. . . . 

[35]  ù  a-na  nït-an-im [36]  sàr-ru  us-si-ir  u. . . , 

[37]  a-na   sa-se  û [38]    sàr-ru  i-na   sa-me. . .  . 

[39]  la-a    u-nam-di-nu        [4o]      a-nu-ma    ka-li-u-nu. . . . 

[4i]  a-na  ma-har  sàr [ia]  bi [43]    . 

.  .  .   ru  a-na  sa-a-su [44]     a-na  en-ya  u  da-me-ik. 

...  [45]  a-na  lu  tab(?)  ga-ya 

(La  moitié  inférieure  du  verso  ne  porte  pas  d'écriture.) 


TRADUCTION. 

Recto. 

Les  ustensiles  que Rib-Addi  et  à 

de  la  maison  royale 100  ub  grands,  100  uh  petits, 

1  su 1  gl  bamat[^) i  gi  kakuli,  1  gi 

60 1  g'îr 1 2 60 

10  au  milieu 3 1 5 . 1 5 .  . . 

1 servantes servitem^s sinon . .  . 

tu  la  prendras  (?) .........  de  l'argent 

1 00  or ils  n'ont  pas  fait 


Verso, 

est  connu  le  serviteur lazimi le  roi  pour 

la  prendre tu  confieras  à  lui et  Abd- 

Addi le  roi  envoie à  lui 

roi  dans  le  ciel (?)  ne  donnera  pas.  Voici ,  tous  les 

ustensiles devant  le  roi à  lui 

à  mon  seigneur  qu'il  plaise  (?) à  mes 

amis(?) 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  161 

86 

QUARANTE-QUATRIÈME  LETTRE  DE  RIB-ADDl(?)  AU  ROI. 

Recto, 

[i]   qa-at [2]   sârbe-li [3]   .. 

. . .   vii(?)  û [4]    i(?)  âa be [5]  ï 

nït    a-si-ir-ti    i-nu [6]     lib-bi-su-nu 

[7]   e-su-nu [8]   ma-ti-i-su a-na      [9]    qa(?) 

am-ma  ku-mi-u [10]    sab-mes  sàr  a-na* ., . . 

[1 1]  û  ba>za-ni  sâr  a-na [^^1  ^  iû-mes  pi-hi  û 

[  1 3  ]  i-na-an-na  sa  qa [  1 4  ]  lu-mes  pa-kâ  (  ?)  tam  sâr  be 

V .  . . .      [1 5]  û  ra zu-lû [16]  sa  ka-bu  tam-ma 

[17]  tu(?)  er e  a-na [18]  er  ki  be- 

ru-naîr-ti-ha(î)     [19]  ù  ti-ba-u-na  si-la [20]    ..... 

ki  mi-si-a-ti  si [21]    ïï-ku-na  i-nu-ma 

[22]    kam 


5ttr  le  bord. 

[a]   tu  a-na [h]    lib-bi [c] 

...  û a-na    [d]    si i  ii-na [e] 

....  sa-su-nu  û [f]  la-a  ï 


Verso. 
(La  partie  supérieure  est  brisée.) 

[1]  si [2]  er [3]  sâr.  ....      [4]  sâr  mat- 

mes  ha-ti  i-nu-ma  bar [5]  a-na  tur-mes  nït-mes  ur- 

més    ki    na [6]    ï-ha-mi-ta    us-sir  sab-mes 

[7]  sâr  ù  ï-lï-ki-na-nu  si [8]  ti-ni-bu-ùs  ^  mat-mes  a- 

*  ti-ni-bu-ai,  pour  ni-ti-ba-aS ,  inversion  par  inadvertance  des  deux  pre- 
miers signes. 

xvin.  1 1 


m  JUI^LËT-AOÛT  1891. 

na  àâr  be-ya     [9]  mi-ya-na-nu  ur  me^  ka-bu  ium-ma 

[10]  y.  .  .  ya-mâ-zi  pal-ha-tu  àar  be [11]  la-a  la-ki- 

àu-nu  àum-ma  sâr  be. .  . . .      [12]  i-ik-bu  a-na  lu  gai  er  ki 

[i3]  a-na  \û  gai  ei^ki  ku-Bni-di-li     [là]   .  . .  iz  a- 

mi-la  ku-na-nu  ar [i5]    a-na  ya-si  pa-nu-su-nu 

[16]    nu-ma-ti  e-te-bu. ....      [17] 

a-na  lû-mes  bit [18]    .....  me&  ya  ia     [19] 

ru  bu-hi-ir     [20]    .....  bi-hi(?).  ..... 


TRADUCTION. 

Recto, 

la  main  de le  roi  ^  mon  seigneur .... 

7 (?) et  j qn*Abd-Asirti 

leur  cœur quand  ils ...... .  à les  trempes 

du  roi et  les  gardiens  du  roi  à et  les  çqhi* 

mandants maintenant les  là'pa'kà[?) 

du  roi ,  mon  seigneur à la  ville  de  Be- 

runa  il  a  soulevé et  tu  viendras 

Toici 


5ttr  le  bord, 

à cœur à lui 

eux ne 


Verso, 
(La  partie  supérieure  est  brisée.) 

la  ville le  roi w  .  le  roi  du  p^ys 

de  Hati voici  aux  fils  des  serviteurs  des  honunes 

...-,. il  a  dépéché  (?) ,  envoie  des  troupes » 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  163 

.  roi,  il  nous  prendra tu  restitueras 


le  pays  au  roi ,  mon  seigneur les  hommes ,  il  leur 

dit la  crainte  du  roi,  mon  seigneur ils 

ne  sont  pas  allés  (?)  si  le  roi,  mon  seigneur il  a 

dit  au  ichef  de  la  ville  de  KumidUi à  moi  devant 

eux ils  ont  fait aux  hommes  du  palais 

mes assemble 


87 

QUARANTE-CINQUIÈME  LETTRE   DE  RIB-ADDl(.I^)  AU  ROI. 

Recto. 

(Le  commencement  manque.) 

[i]   [a]  muh-su  ù [3]  ma-gal  a-di 

ti-iz  ki(?) [4]    .  .  •    i-bi-sa  û  i-nu      [5]    ta 

tup-pa-mes  a-na  lu-mes  ha.  .  .  [6]  û  ti-ba-u-na  i-bi-is 
[7]  sum-ma  ya-nu  sab  mes  kas-ta.  .  . .  .  [8]  nu-na-nU  a- 
na  za-ba-ti  er  [9]  u  ti-zi-bu-na  za-bat  mi-ni(?)  [10]  er  ki- 
mes  gub-ub-li  ù  mi ...  ?  [11]  ti-bu-na  sab-mes  kas-ta-tu  a . .  *  ? 
[13]  i-nu-ma  sa-bar-mi  sàr  be-li    [  1 3  ]  a-nu-ma  sab  mes  a-za-at 

û  ti-na [i4]  ka-ya-bu-tu  û  ka-ma-mi     [i5]  ya-nu-mi 

sab-mes    kas-ta-tam  la      [16]    tu-zu-u    da-nu    muh-nu 

[17]    ba-li  azi  çab-mes  kas [18]    sa- 

bar-ti  an-ni-ti     [19]    ku-mi lu  la     [30]    

mi  er-mes  gub-ub-li      [31]     i-na   ti-bu-na  sab-meà 

[33]    ri-ib-ad-di 


Sur  le  bord. 

[a]    mi  na-nu  i.  .  •  •  •  ya     [h]    su-nu  i-nu-ma 

ya [c]    nu-la-ku  ù  ya  bi  1 [d]    

la  ku  i-bi-ki  er [e]    bi-ï-ri  sum-ma  ni 

[f\    is'rit  mes 

11 . 


164  JUILLET-AOÛT  1891. 


Verso. 


[23]  9-na a  sâr-mes  pa-nu [24]  ti as 

du(?)-li  [26]  û  at-ta  la-a  ti-zi-îb-bu  [26]  sum-ma  ya-nu 
çab-mes  qas-ta-tam  mu-rù-nu  [27]  û  us-si-ra  is-rit-mes  ti- 
li-ku-ni  [28]  qa-du  an-mes  ma  (  ?  )-da-ti  a-na  be-ya  [29]  la- 
a-mi  ï-ig-ba  sâr  be-li ?     [3o]  mi-di-la  za-ab-ta-at  pa(?) 

[3i]    û  i-na-an-na  tu.  .  .   ba [32]   lù-mes 

tm* [33]      sâr-me [34]     sab-mes 

[35]  û.....      [36]  i 


TRADUCTION. 

Recto. 

(Le  commencement  manque.) 

Et. contre  lui beaucoup  jusqu'à  ce 

faire des  lettrés  pour  les  hommes  de 

garde et  tu  viendras  faire (?),  sinon 

les  troupes  d!archers pour  prendre  la  ville  et  tu 

nous  laisseras  (?)  prendre  la  ville  de  Gubla l'ar- 
rivée des  troupes  d'archers que(?)  l'envoi  du  roi, 

mon  seigneur, à  présent  les  troupes  qui  sor- 
tent (?)  il  n'y  a  pas  de  troupes  d'archers. ..... 

contre  nous les  fortes  troupes  d'archers 

cette  missive les  villes  de  Gubla 

à  l'arrivée  des  troupes Rib- 

Addi. 


5tt/'  le  bord. 

nous eux voici la  ville 

.  .  .  si approvisionnement. 


CORRESPONDANCE  DAMENOPHIS.  165 


Versio. 

A les  rois et  toi ,  tu  n'abandonneras 

pas s'il  n'y  a  pas  de  troupes  d'archers 

et  envoie  des  approvisionnements.  Tu  iras  avec  les  dieux .  .  . 

• ;  à  mon  seigneur .  le  roi,  mon  seigneur, 

n'a  pas  dit n'a  pas  été  prise  et  maintenant  tu ...  . 

....  les  hommes  (envoyés) (?)  du  roi des 

troupes 


88 

LETTRE  D'UN   GOUVERNEUR  AU  ROI. 

Recto. 

[i]    en-ya  an-par-ya [2]  [ki]-bi-ma     [3]   .  . 

.  .  .  di-tar  nït-ka  nit  ki [4]  sap-li  11  er  e  se(?) 

[5]    ri-en-ya  a-na  gir-mes  |(?)  sâr [6]  en-ya 

an-par-ya  an-mes-ya  vu  su.  .  .      [7]  û  vii-it-ta-an  am-ku-ut 

[8]  a-mur-me  a-na-ku  nït  |  sar-ri [9]  [**]  ur-ru-du 

I  sar-ra  en  ya     [10]    ...  du  ya  a-na  gir-mes-ya  ki     [11]    ... 

ti-ya  is-tu  da-ri |  sâr-ru  be.  .  .  .  .      [12]    ri  û 

bi     [i3]  du-na   .... 


Verso, 

N  iM?) _  W  ^••••:    [3]  ..... 

na-bara bi    [4]  û  li-]i-ma-ad  J  sar-ru  ki...     [5]  û  li- 

di-en-me  |  sar-ru  en [6]  xxx  lu  mes  qa-du  i(?)  lii 

si  um(?)  en [7]  a-na  na-za-ri  er  ki.  .  .  e-ti(?).  .  . 

[8]  û  a-nu-um-ma  ha-ra-ni-ya  u-se [9]  ^  pa-nu-ya 

a-na  i-ri-bi     [10]  a-na  ur-ru-ut  J  sàr-ri  en-ya 


166  JUILLET-AOÛT  189L 


Autre  fragment. 

[  i]    ù [2]    a-na   i [3]    J   ya-ab-ru 

[4]   a-na  ya-si. ...      [5]   hnl-ik  u [6]  û  ï-im-ku- 

ut      [7]    qa-dii  y  ka-pi [8]    qa-^lu   iis-meà 

[9]  qadu  lù-mel [10]  û  bu-hi [11]    

du 


TRADUCTION. 

Recto. 

mon  seigneur,  mon  soleil il  est  dit .  .  . 

le  juge(?)  ton  serviteur,  serviteur  fidèle 

...  en  bas,  les  deux  villes le  roi,  mon  seigneur; 

aux  pieds  du  roi mon  seigneur,  mon  soleil ,  mes 

dieux  sept  et  sept  fois  je  me  jette.  Regarde ,  je  suis  le  serviteur 

du  roi , ;  au  service  du  roi ,  mon  seigneur,  à  mes 

pieds mon depuis  longtemps 

le  roi,  mon  seigneur 


Verso. 

que le  roi que  le  roi  l'apprenne 

et  qu'il  donne  3o  personnes  avec  un  officier  (?) pour 

garder  1^  ville et  alors  je  ferai  un  voyage  (?)  et  je 

tâcherai  d'entrer  dans  le  service  (?)  du  roi,  mon  seigneiu*. 


Autre  fragment. 
Yabru à  moi mauvais . 


CORRESPONDANCE  i>*AMÉNOPHIS.    t61 

toiïdbé àVÊc  Kapi avec  le^  îrèptfë 

.  .  avec  les  teMtfeé. ....    .  ;  et  a9semMe(?) . 


r'.-t 


89 

QUARANTE-SIXIElilE  LETTRE  Dit  RIB-ADDI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]    a-na  en     [a]    îàr  ta-anâi-ka-[ar]     [3]    .  . 

.  .  .  ti-di-en  ag-[ga]     [4]    en-ya     [5]    ya  vit 

su  vu  a-an  am-ku-nt     [6]    i-di  sar-Wi?  en-li  i-^nu-mà 

[7]  ^g^'fe^l  nu-kur-tum  sa'  nït  a-si-ir-ta     [8]    bar-U 

ki  ka-li  er-ki-mes-ya     [9]    sa-a-sù  er  gul^la  û  er  be-ni 

10]    ...  ha  a-naya-si  û  11  er  er     [11]    au  ik-bi  a-na 

û-mes [12]    ku-mi  en-ku-nu  û  en-ni 

[i3]    lû-mes-gaz  ki-ma  er  am-mi [i4]    .  . 

.  .  .  en-ni-ib-su  ar.a-na [i5]    zi.  .  .  lu  bar-ra 

bar  te  ù muh [16]' au  lu ti-suû 

si-ir-da-nu     [17]    a-Wi ma-har     [18]  []] 

nït  a-si-ir-ta  i-na  bi-ma  a-bi-es     [19]    su  bar(?)  nu-u 

a-na   ya-si  a-nu-ma       [20]     ba-ti    ù    qa-la-ti    i-na 

[21]    ya  la-a  i-li-e  a-a     [22]    as-ta-bar  a-na 

è-gal     [28] te-ru-na  a-mà-tu     [24]    an  am- 

ma-ba-az     [26] â^ya [26]    û 

[27]     bi   u-ul    ga(?) [28]     la   ta- 

as 


Verso. 

[29]    ad  II  it  an.  .  .  ,  .      [3o]    mes  qa&*ta-ti  ù 

[3i]    u-ul  ï-ma-ku-ta [82]    

ya  û  ï-lï-ka-ni  as [33]    gai  ù  mi-na  a-na  lû- 
mes         [  34  ]     nu-ma   ki-ma  Iiu   sa   i-na  lib-bi 

[35]   [hu]-ha*ri  û  ki-iû-bi  sà-ak [^^]    •  •  .  su-mà  su*nu 


168  JUILLET-AOUT  1891. 

i-nia  lib-bi [Sy]  ad(?)  nu  ai  sa-la-nm  ta bar 

.....      [38] ii  i-ri-si  ga-am-m     [Sg]   mes 

bit  mes-su-nu     [do] ri-mu-ta     [4i]   ba-la-^t- 

à-su-nu  a-nu-ma [4a]    ak-bi  a-na  sa-a-âu-nu 

an [43]    sab-mes  qas-ta-ti  i-nu-ma  ti-du 

[44]    ya-nu  û  an-nu-u  na-a-nu [45] 

ya-nu  a-na  ii  it-mes  la-a-tu [46] mes  qas-ta- 

ti  û  i-ti-la [47]    nït  a-si-ir-ta  û  ïl-ti-ki  11 

[48]    .....  na-nu  er  su-mu-ra  lû-mes [49] 

a-nu-tum. .  .  ba-as-su  ù-lû [5o]    ar  it-ti-nu- 

mi [5i]    su ku  i-na  i-di ya 

[62]   ma da-ga-lu. . .   ta-zi [56]    .. 

.  . .  û [  57  ]    ù  ki-na 

[59]   a-mâ-ti-su. 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  seigneur roi  guerrier que  la  dame  de 

Gubla  donne  ia  puissance  au  roi,  mon  seigneur;  je  me  jette 
sept  et  sept  fois  aux  pieds que  ie  roi ,  mon  sei- 
gneur, sache  que  ia  puissance  hostile  d^Abd-Aàirta 

toutes  mes  villes à  lui  la  ville  de  Gubla  et  la  ville 

de  Beru.  Contre  moi,  ces  deux  villes il  a  dit  aux 

hommes votre  seigneur les  combat- 
tants ,  comme  la  ville  d* Anuni à 

contre les  hommes en  présence 

d*  Abd-Asirta à  moi  maintenant  et  tu  as  dit 

ne j'expédie  au  palais et  ap- 
porter nouvelles frapper mon  âme 


Verso. 
2  mois les  troupes  d'archers  et mon 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  169 

il  viendra grand  et  quoi  aux  hommes 

maintenant  comme  un  oiseau  qui  se  trouve  dans  un  filet  ou 

dans  une  cage quand  eux,  au  milieu(?) 

8aluer(?)  tout  le  désir leurs  maisons 

le  pays  de  Yarimuta la  vie  de  leur  âme;  main- 
tenant  j'ai  dit  à  eux troupes  d'ar- 
chers que  tu il  ny  a  pas et  ceci 

est  donné  (?) il  n'y  a  pas a  deux  mois 

tu  ne des  troupes  d'archers  et  montera Abd- 

Asirti  et  prendra nons,  la  ville  de  Sumura,  les 

hommes  ce et les  hommes 

....  avec  nous il dans  les  mains. 

Mon confier et et  certes. . . 

ses  paroles. 


90 

LETTRE  DE  ZIlfRIDDI  DE  SIDON  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sâr-ri  en-ya  [a]  an-mes-ya  an-par-ya  sa- 
ri be-la-ya  [3]  ki-bï-ma  [4]  um-ma  J  zi-im-ri-id-di 
[5]  lû-ha-za-nu  sa  er  zi-du-na-ki  [6]  a-na  gir-mes  en-ya  an- 
mes  an-par  sa-ri  [7]  »a  be-la-ya  a-na  gïr-mes  en-ya 
[8]  an-mes-ya  an-par-ya  sa-ri  be-la-ya  [9]  vu  sii  vu  ta-a- 
anam-ku-ut  [10]  lu-u  i-di  sâr  en-ya  i-nu-ma  [11]  sal-ma-at 
er  zi-du-na-ki  sal-lat-ti  [12]  sar  en-ya  sa  i-din  i-na  qa-ti-ya 
[i3]  û  i-nu-ma  is-te-mi  a-mâ-at  [i4]  sâr  en-ya  i-nu-ma  is- 
tab-bar  a-na  nit-su  [i5]  ù  ï-ih-di  lib-bi-ya  ù  [16]  ï-sa-ki 
saq-ya  û  en-nam-ru  [17]  11  si-ya  ù  hi-na-ya  *  i-na  sa-me 
[18]  a-mà-at  sâr  en-ya  û  i-di 


'  hi-norya  pour  inaya;  le  h  se  prononçait  avec  une  aspiration  très  douce. 


170  JUILLETAOÛT  18^1. 


Verso. 

[19]  sâr  i-nu-ma  su-te-ra-ku  i-na  [ao]  pa-ni  çab 
kaè-ta-ti  sâr  en-ya  [21]  su-te-ra-ku  gab-ba  ki-ma  qa-bi  sâr 
en-ya  [22]  û  i-di  sâr  en-ya  i-nu-ma  [28]  da-na-at  na- 
kur-tum  ma-gal  muh-ya      [a/i]   gab-bi. . .   a   sa  î-dm  sâr. 

[2b]  i-na en-ni-ib-su     [26]  û  lû-mes tur-mes 

ù  i-din-ni  [27}  sâr  i. . .  û  lû-lim  sa  î-k-ak  [28]  i-na: 
pa-ni  çab-mes  qas-ta-at  sâr  [29]  a-na  sa  mn(?)  er  ix. .  ., 
zun  sa  eu-ni-ib-su  [3o]  a-na  lû-mes  sa-gas-mes  [5i]  û 
ut-ta-ri-si-na  i-na  [82]  qa-ti-ya  û  i-li-ya  ra-si  [33]  sâr 
en-ya  ki-i-ma  lû-mes  a-bu-ti-ya     [  34  ]  p»-na-nu-mn 


TRADUCTION. 

Recto, 

Au  roi,  mon  seignem*,  mon  dieu,  mon  soleil,  roi,  mon 
seigneur,  U  est  dit  (ceci)  :  Moi  Zimriddi,  préfet  de  la  ville 
de  Sidon,  jeme  jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  de  mon  sei- 
gneur, mon  dieu,  mon  soleil,  aux  pieds  de  mon  seigneur,  mon 
dieu,  mon  soleil,  roi  des  armées (?). 

Le  roi  mon  seigneur  est  informé  que  la  ville  de  Sidon, 
Tesclave  qu'il  m'a  confiée,  est  tranquille. 

En  prenant  connaissance  de  Tordre  que  le  roi  mon  sei- 
gneur m'a  envoyé,  mon  cœur  s'est  rempli  de  joie,  j'ai  levé  la 
tête ,  mon  visage  et  mes  yeux  se  sont  illuminés  en  entendant 
l'ordre  du  roi,  mon  seigneur. 


Verso, 

Que  le  roi  mon  seigneur  sache  (aussi)  que  je  me  suis  mis' 
à  la  tête  de  ses  archers,  me  conformant  scrupuleusement  à 
son  ordre. 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  171 

Enfin,  je  porte  à  ia  connaissance  du  roi,  mon  seigneur, 
que  les  forces  ennemies  m* ont  violemment  attaqué.  Toutes  [les 
troupes P]  que  le  roi,  mon  seigneur,  m'avait  remises  se  sont 
rendues  (?)  pendant  le  combat.  C'étaient  des  jeunes  gens  (  ?). 
Que  le  roi  me  donne  des  hommes  qui  soient  capables  de  se 
mettre  à  la  tète  de  ses  archers  pour  assiéger  les  villes  qui 
se  sont  rendues  (?)  aux  combattants  (rebelles)  et  je  les  re- 
prendrai aussitôt. 

Puisse  la  bienveillance  du  roi,  mon  seigneur,  s'étendre  sur 
moi ,  comme  elle  s'est  étendue  autrefois  sur  mes  adversaires  (  ?). 


91 

LETTRE  DE  RABIMUR  DE  GUBLA  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  [a-na]  sâr  en-an-par-ya  um-ma  [a]  er  gub-ia  sal-lat- 
ka  um-ma  [3]  an-ra-bi-mur  nit-ka-a-ma  [4]  gïr-mes  en- 
ya  an-par  vu  vu  am-kut  [5]  la-a  ï-ku-u  sàr  en-ya  [6]  i- 
na  er  gub-la  sal-lat-su  [7]  er  sàr-ri  is-tu  da-ri-ti  [8]  sa-ni- 
tam  a-na  mi-ni  i-si-ir  sar-ru  [9]  i-na  J  a-zi-ri  ii  ï-bu-su 
[10]  ki-ma  lib-su  a-mur  J  a-zi-ru  J  a-du-na  sàr  mat  ir-qa-ta 
[11]  da-ak  sâr  mat  am-mi-ya  [12]  û  sâr  mat  ar-da-ta 
[i3]  û  lû-gal  da-ak  û  la-qa  [i4]  er-mes-su-nu  a-na-sa-su 
[i5]  er-su-mu-ra  a-na  sa-su  [16]  er-mes  sar-ri  J  en  er  gub- 
la  [17]  iz-zi-la-ab(?)  sàr-ri  [18]  sa-ni-tam  a-mur  er  su-mu-ra 
[19]    [da]-ak  er  ul-la-az-za  pa-la  sa     [20]  sa-zab  a-mur  ar- 

na-ma     [21]    bu-us  J  a-zi-ru     [22]    as  iu*-ru- 

bi-su     [28]    mu'hi-sa  ar-nu. 


Verso, 

[24]    nu  is-si-ir  lû-mes     [26]    ra  J  i-ta-ka-ma 

[26]    da-ak  ka-li     [27]    .  .  .  mat-mes  am^ki  mat-mes 


172  JUILLET-AOÛT  189L 

sâr-ri  [a8]  û  i-na-an-na  is-si-ir  [29]  lû-mes-su  i-na  a-ba-at 
kur-kur-mes  [3o]  am-ki  û  ki-ki  sa  nab-la  [3i]  a-i-bu-su 
sâr  mat  ha-at-ta     [3a]  û  sâr  mat  na-ri-ba     [33]  û. 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  (mon)  seigneur,  (il  est  dit)  ceci  :  La  ville  de 
Gubla  est  ton  esclave. 

Moi ,  Il-rabi-mur,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  sept 
fois  aux  pieds  de  mon  seigneur,  (mon)  soleil. 

Je  salue  (?)  le  roi,  mon  seigneur,  dans  la  ville  de  Gubla, 
son  esclave ,  la  ville  du  roi  depuis  longtemps. 

Puis ,  le  roi ,  mon  seigneur,  pourquoi  a-t-il  favorisé  Aziri  en 
lui  accordant  ce  qu'il  désirait?  Voici,  Aziri,  avec  Aduna-sâr' 
du  pays  d'Irqata ,  a  tué  le  roi  du  pays  d'Ammiya  ^,  le  roi  du 
pays  d'Ardata  avec  (ses)  grands;  il  les  a  tués  et  il  s'est  em- 
paré de  lem*s  villes  ;  la  ville  de  Sumura  a  eu  le  même  sort. 
De  toutes  les  villes  du  roi,  celle  de  Gubla  reste  (?)  seule  dans 
ton  pouvoir. 

Puis,  regarde,  la  ville  de  Sumur  est  ravagée,  la  ville 
d'Ullaza  est  perdue  sans  secours(?); regarde,  Aziru  a  commis 
des  crimes par-dessus  (?)  les  (autres)  méfaits. 


Verso, 

a  dirigé  (?)  les  hommes Tous  les  pays  d'Am, 

les  pays  du  roi.  Maintenant ,  qu'il  a  dirigé  ses  hommes  pour 

*  La  forme  phénicienne  de  ces  noms  est  "ITJ^ishéb.  ^^^  et  "^^-^-^j^sï 
héb.  •lt^"^?'lN  synonyme  de  •fJ^Ç-^^'lN. 

'  Ce  nom  est  écrit  Ammi  dans  la  lettre  n*  89  et  Am  sur  le  verso  de  la 
présente  lettre  ;  c  est  sans  doute  le  pays  de  Am  dont  parlent  les  inscriptions 
égyptiennes;  la  forme  sémitique  correcte  semble  avoir  été  :  U^  «peuple». 


CORRESPONDANCE  DAMÉNOPHIS.  173 

détruire  les  ennemis  des  pays  d'Am  avec  la  rapidité  de  la 
flèche  ainsi  que  ses  ennemis ,  le  roi  du  pays  de  Hatta  et  le  roi 
du  pays  de  Nariba(?)  et 


92 

LETTRE  DU  GOUVERNEUR  (?)  DE  GUBLA 
AU   GOUVERNEUR  D'ABfURRA. 

Recto, 

[i]  [a-na  lu]  er  a-mu-ur-rà  ki-bï-ma  [a]  ...  sâr  en-ka  um- 
ma-a  lu  er  gub-ub-la  [3]  ...  um-ma  sa  a-bu-su  i-na  ba-a- 
bi  it-ta-zu-uk-su  [4]  ...  ga-an-ni  ù  su-ri-ba-an-ni  in-na  er 
ki-ya  [5]  ...  na  û  u-tam-ti-na-ak-ku  an-nu-u  mi-im-ma 
ma-ad(?)  [6]  ...  ya-nu  it-ti-ya  su-u  ki-na-an-na  ik-ba- 
ak-ku 


[7]  [a-mur]  ad-da  da-sa-pa-ar  a-na  sâr  en-ka  [8]  ...  ma-a 
nit-ka  a-na-ku  ki-i  gab-bi  lû-mes  ha-za-nu-te-mes  pa-nu-ti 
[9]  ...  i-na  lib-bi  er-ki-su  û  te-ib-bu-us  hi-e-da  [10]  ... 
ad-ki-e  lu  ha-za-an-na  sa  sis-su  i-na  ba-a-bi  [11]  is-tu  er-ki- 
su  it-ta-zu-uk-su 


[12]  û  i-na  er  zi-tu-na  a-si-ib  û  da-ad-da-ti-in-su  [i3]  a-na 
lû-mes  ha-za-nu-u-ti  ki-i  te-e-mi-î-ka  [i4]  u(?)-ul  ti-i-ti  za-ar- 
ru-ud-da  sa  lû-mes 


[i5]  sum-ma  nït  sa  sar  ad-da  ki-i  ki-it-ti  [16]  am-me-ni  la-a 
da-a-ku-ui  kar-zi-i-su  a-na  pa-ni  sâr  en-ka  [17]  um-ma-a  lu 
ha-za-an-nu  an-nu-u  il-si (?)-an-ni  um-ma-a  [18]  li-ga-an-ni 
a-na  ka-a-sa  û  su-ri-ba-an-ni  i-na  er-ki-ya 


174  '         JUILLET-AOÛT   1891. 

[19]  û  sum-ma  te-ib-bu-us  ki-i  ki-it-ti  û  ul  ki-i-na  [ao.]  gab- 
bi  a-mâ-te-meâ  sa  às-pur  muh  si-na>ta. . .  um-zna  i^àr 
[ai]  sal-zu-uz  um-ma-a  ia  sal-mu  gab-bu  sa  kib(?)-bu-u 


[22]  û  a-nu-ma  lu  îs-mi  um-ma-a  gir-ba-a-da  it-ti  iû-er-ki-it 
sa  [28]  gàr-zun-bi  it-ti  a-ha-mi-is  da-ag-ga-a-at  û  kî-i-na 
[24]  am-me-ni  te-ib-bu-us  ki-na-an-na  am-mi-ni  gîr-ba-a-da 
[26]  it-ti  iû  sa  lu  iz-zi-il  it-ti-su  û  &um-ma  [26]  te-te-bu- 
us  ki-i  ki-it-ti  û  da-am-rat  te-im-ka  û  te-im-su  [27]  i-ya-nu 
la-a  sem  ad-da  a-na(?)  a-ma-te-mes  sa  te-ib-bu-us  ul-tu  pa- 
na-nu [28]  mi-nu-u  in-ni-[ir PJ-sa-ak-ku  i-na  lib-bi-iu-nu 
[29]  û  u-ul  it-ti  sâr  en-ka  ad-da 


[  3o]  a . . .  a-nu-ut-ti  sa . . .  at  am-ma  du-ru  a-tam  (?)  sa  su  rù  (?) 
[3i]  a-na  lib-bi  i-sa-ti  a-tam  na-za-ru(?)  u-ba(?)-u-ka  n  ga- 
tu(?)     [32]  û  ad-da  ini-im-ma  da-ra-am  ag-gis 


[33]  û  sum-ma  te-ib-bu-us  nït-da  a-na  sâr  en-ka  [34]  û 
mi-na-a-sa  u-d  ib-bu-sa-ak-ku  sâr  a-na  gà-a-te 
[35]  sum-ma  as-sum  mi-im-ma  da-ra-am  e-bi-si  an-mu-ut-ti 
[36]  û  sum-ma  da-sa-ag-ga-an  an-mu-u-ti  a-inâ-te-meS 
[37]  za-ar-ru-ut-ti  i-na  ii-bi-ka  û  i-na  ha- . -zi-in-ni  [38]  àa 
sar  darma-at  qa-du  gap-pa  ki-im-ti-ka 


[39]  û  e-bu-us  nît-da  a-na  sâr  en-ka  û  bal-da-da  [do]  û 
te-i-ti  ad-da  ki-i  sâr  ia(?)-a  ha-si-ih  [4i]  a-na  mat  ki-na-ah- 
hi  gap-pa-sa  ki-i  i-ra-u-ub 


[4:i] 
[43 


û   ki   às-pur   um-ma-a  lu -ma- sir -an -ni   sar   én-ya 
mu-hi  sa-ad-da  an-ni-da  û  lu  ul-H.  .  .?     [44]  i-na  àa- 


1 


CORRESPQNÏ)A|NCE  DAMÉNOPHIS.  175 

at-ti  sa-JÛ-ti  a-ii#  ma-har  àâr  en...?     [4 S]  ya-nu-um-ma 
tur-ya  ma-ri-ya  a .  .  . 


Verso. 

[46]  û  a-nu-ma  sâr-en-ka  i-te-iz-pa-ak-ku  [^7]  mu-hi-ti  àar 
at-ti  an-ni-ti  ki-î  sa  kib(P)-bu-u  [48]  al-ga  ad-da  sum-ma 
tur-ka  su-pur  [49]  û  da-mar  sâr  sa  gab-bi  mat  mat-2un  i- 
bal-lu-du  [5o]  a-na  a-ma-ri-su  û  la(?)-a  da-rî-is  um-ma-a 
[5i]    lu  ma-sir    mu-hî   sa-ad-da   an-ni-da   ab-bu-na-na 

52 

53 


a-na    a-la-ki  a-na   ma-har   sar  en-ka   ya-nu-um-ma 
tur-ka  us-se-ir  a-na  sàr  en-ka  ki-i-mu  bàt-ka     [54]  i- 


ya-nu  li-il-li-ga 


'55]     û   a-nu-ma    sâr  en-ka   is-mi   ki-i  as -pur   a-na   sâr 

56]    um-ma-a  u-ma-sir-an-ni  sâr  en-ya  ]  Ha-an-ni     [57]  lu 

tur-kin  sa  sâr  sa-ni-ya-nu     [58]  û  u-se-bi-ii  lûmes  a-ya-bi-e 

sa  sâr  a-na  qat-ti-su      [59]  a-nu-ma  it-ta-al-ga-ak-ku  ki-i  sa 

kib-bu-u      [60]   il  su-bi-la-as-su-nu-ti  ù  J  en  la-a  te-iz-zi-ib 

61]   î-na   lib-bi'Su-nu   a-nu-ma   sàr  en-ka   ul-te-bi-la-ak-ku 

6a]   su-mu   sa   lû-me§  a-ya-e^   sa   sàr  i-na   lib-bi   dub-bi 

[63]  a-na  qat(?)-ti  [  Ha-an-ni  lu  tur-kin  sa  sâr     [64]  û  sU- 

bi-la-as-su-nu-ti  a-na  ââr  en-ka     [65]  ù  |  en  la-a  té-iz-iî-îb 

i-na  lib-bi-su-nu      [66]    û  sar  sar  urud  lu-u  sa-àk-nu  i-na 

.  .  .   gïr(?)-mes- su-nu      [67]  a-mur  lu  mes  sa  tu-se-ib-bi-il 

a-na  sâr  en-ni-ka     [68]   J  sa-ar-ru  qa-du  gab-bi  tur-mes-su 

[69]    I   tn-u-ya      [70]    ]  li-e-ya    qa-du  gab-bi  tur-meS-su 

[71]   y  pi-is-ya-ri  qa-du  gab-bi  tur-mes-su     [72]  lu  ha-at-nu 

sa  I  ma-an-ya  qa-du  tur-mes-su     [73]  qa-du  nin-més-ti-su 

as-sa-te-e-su      [74]    lu  pa-ma-ha-a  sa  ha-an-ni-pa  i-te-e-i-bit 

[75]     sa  su  ù  pa-a-ra  il-da-na-az       [76]    ]   da-a    tu-ti-i 

'  Faute  pour  a-ya~bi. 


176  JUILLET-AOÛT   189L 

[77]    pa-a-lïi-ïi-ina     [78]  J  ni-im-ma-hï-e  lu  ha-pa-du  i-na 
mat  a-har(?)-ri 


79]  û  lu-u  ti-i-ti  i-nu-ma  sa-lim  sâr  ki-ma  an-par-as 

80]  i-na  an-sa-me-e  sab-mes-su  is-kil-hbat-mes-su  ma-a-du 

81]  i-na   mat   mnh-tim   a-di  mat-mat(?)-ti  si-it  an-par-as 

82]  [a-na]  e-ri-bi  an-par-si  ma-gai  sid-mu 


TRADUCTION. 

•  

Recto. 

Au  gouverneur  de  la  ville  d'Amurra,  il  est  dit  ceci  :  Au 
nom  du  roi,  ton  seigneur,  [moi,]  homme  de  Gubla,  ..... 
que  son  frère  a  mis(?)  à  la  porte,  je  te  dis  :  Prends-moi  et 
fais-moi  rentrer  dans  la  ville,  et  je  te  donnerai  tout  ce  qui 
se  trouve  (?)  près  de  moi;  je  te  le  dis  en  vérité. 


Regarde ,  tu  as  envoyé  dire  au  roi ,  ton  seigneur,  ce  qui  suit  : 
«  Je  suis  ton  serviteur,  traite-moi  comme  tu  as  traité  les  an- 
ciens préfets  »  et  tu  commets  des  crimes  dans  ses  villes;  tu  as 
réuni  les  hommes  de  marche  de  cdiui  que  son  frère  par  la 
porte  a  fait  sortir  (?)  de  la  ville. 


H  reste  dans  la  ville  de  Sidon  et  tu  lui  donnes  les  hommes 
de  garde  qui  suivent  tes  ordres;  ne  connais-tu  (?)  pas  la  ré- 
bellion (?)  des  hommes  (?) 


Si  tu  es  vraiment  le  serviteur  du  roi ,  pourquoi  ne  le  dé- 
nonces-tu pas  devant  le  roi  ton  seigneur  en  disant  que  ce 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  177 

préfet  m*a  chassé.  Je  te  le  répète  :  Prends-moi  auprès  de  toi 
et  fais-moi  entrer  dans  ma  ville. 


Et  si  tu  agis  fidèlement  et  non  conmie  dans  tons  les 
ordres  (?)  que  je  t*ai  fait  parvenir,  aide(P)  le  roi  et  ne 
transgresse  (?)  aaaine  des  paroles  qu'il  a  prononcées  (?). 


Et  voici,  on  a  appris  que  tu  t'es  rapproché  des  hommes 
des  villes  de  provision,  qui  combattent  les  uns  avec  les 
autres.  Pourquoi  agis -tu  ainsi,  pourquoi  t'entends-tu  avec  les 
hommes  qui  ont  le  lu  izzil  avec  eux  ?  Et  si  tu  agis  fidèlement, 
conforme  (?)  ta  parole  à  la  sienne ,  sinon  tu  n  es  pas  sincère  (  ?). 

Les  actes  que  tu  as  faits  autrefois  (?),  que  t*a dans 

leur  cœur  ?  Certes  tu  n'es  pas  avec  le  roi ,  ton  seigneur. 


au  milieu  du  feu il  te  convient  de  garder  (?) 

et  tu  [fais  ?]  tout  ce  que  tu  aimes  le  plus. 


Et  si  tu  veux  faire  acte  de  soumission  au  roi ,  ton  seigneur, 
qu'est-ce  que  le  roi  ne  t'accordera  pas  en  récompense  ?  (  Mais  ) 
si  tu  veux  agir  ainsi  pour  quelque  but  (secret)  et  si  tu  ac- 
complis ces  actes,  la  rébellion  est  dans  ton  cœur  et,  par  les 
du  roi ,  tu  mourras  ainsi  que  toute  ta  famille. 


Soumets-toi  au  roi ,  ton  seigneur,  et  tu  vivras ,  et  sache ,  toi , 
que  le  roi  ne  veut  pas  ruiner  tout  le  pays  de  Kinahhi. 


Car(?)  j'ai  envoyé  dire  :  Laisse-moi,  roi,  mon  seigneur,  sur 
cette  montagne  et  je  me  rendrai  l'année  prochaine  en  pré- 
sence du  roi ,  mon  seigneur;  je  n'ai  pas  d'enfants 

xvm.  2 1 


17«  JUILLETAOÛT    1891. 

Verso. 

Voici,  le  roi,  ton  seigneur,  fa  placé  sur  cette  montagne 
comm^  il  te  l'avait  promis  (?).  Va  toiTméqie,  ou  biei)  eayoie 
ton  (ils  et  tu  verrajsle  roi^ont  la  viie  vivifie  tous  le^  p^ysr  pour 
toujours.  Je  to  le  dis  :  liaisse  1^  sommet  de  cette  montage, 
afm(?)  de  te  rendre  en  présence  du  roi,  ton  seigneur; 
sinon  expédie  ton  fils  vers  le  roi,  ton  seigneur;  n as-tu  pas 
de  4^^Çi)dapt  qui  puisse  s'y  rendre  ? 

'■—■I  ■■■■^■y  I      ■■!    ^w         n      <n  ■■■■■■   ^■■^—      ^mm  ■  ■         I— .  »  .    —  ■-^.    ■■.         ,    m'^mm  ■        -m        ■>        ■       ■■     ■■  ■   w^  ■  ^^ 

Et  maintenant  le  roi ,  ton  seigneur,  a  entendu  ce  que  je  lui 
ai  envoyé  dire ,  savoir:  Envoie -moi,  roi,  mon  seigneur,  Anni, 
le  messager  du  roi ,  pour  la  seconde  fois ,  et  je  livrerai  les  en- 
nemis du  roi  dans  sa  main;  alors  je  partirai  comme  ^  a  étë 
dit  ;  amène-les  donc  et  ne  laisse  pas  un  seul  d'entre  eux ,  et 
qu'ils  soient  chargés  de  chaînes  d'airain  aux  pieds.  Regarde, 
(voici)  les  hommes  que  tu  dois  expédier  au  roi,  ton  sei- 
gneur :  Sarrù  avec  tous  ses  enfants;  Tuya;  Leya  avec  tous 
ses  enfants ;<  Pisyari  avec  tous  ses  enfants;  le  gendre  de 
Manya  avec  ses  fds,  ses  sœurs  et  ses  femmes;  Pamaha  qui  a 
fait  périr  Hannipa,  et  qui  est  surnommé  Paara;  Daa,  épouse 
de  Palûma;  Nimmahè,  lû-hapadu  en  Phénicie. 


Sache  que  le  roi  est  parfait  comme  le  soleil  dans  le  ciel; 
ses  troupes  et  ses  chars  sont  nombreux  dans  le  pays  haut  et 
dans  le  pays  bas,  au  lever  du  soleil  et  au  coucher  du  soleB. 
Nombreuses  salutations. 


93 

LETTRE  DE  SARATA  D'ACCA  AU  ROI. 

Recto, 

[i]    a-na  sàr-ri   en-ya  an-par  is-tu    sa-me-e       [a]    ki-bi-ma 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  170 

[3]  um-ma  ]  sa(?)-ra-ta  [4]  lu  er  ak-ka  nït  sa  sar-ri 
[5]  ip-ri  sa  gïr-mes-su  u  qa-qa-ri  sa  ka-ba-si-su  [6]  a-na 
gïr-mes  sàr  en-ya  [7]  an-par  îs-tu  sa-me-e  [8]  vii-su  vii- 
ta-an  [9]  us-hï-di-in  [10]  i-na  p^-an-te-e  *^^  ba-at-nu-ma 
[11]  û  si-ru-ma  *^  zu  (  ?  )-uh  (  ?  )-ru-ma  [12]  ma-an-nu  lu  ù- 
laiii(P)     [[3]  û  sa-bar  sâr 


Verso, 

[i4]  en-su  a-na  sa [^5]  "  la-a  ï-is-mi     [16]  ki-ma 

sa  ï-uz-zi       [17]    is-tu  bi-i       [18]   an-par  is-tu       [19]  sa- 
me-e  ki-na-an-na     [20]  ï-uppa-su  (  ?  )-mi 


TRADUCTION. 

Recto, 

Au  roi,  mon  seigneur,  soleil  du  ciel,  il  est  dit  ceci  :  Moi, 
Sarata,  homme  d'Akka,  serviteur  du  roi,  poussière  de  ses 
pieds  et  sol  qu'il  foule,  je  me  jette  sept  fois  sept  fois  aus 
pieds  du  roi ,  mon  seigneur,  soleil  du  ciel ,  en  me  roidant  le 
ventre  et  ie  dos  (dans  la  poussière). 

Quel  estrhonmie  qui 


Verso, 

n  écouterait  pas  Tordre  envoyé  par  son  seigneur?  Comme  le 
ciel  obéit  à  l'ordre  du  soleil  céleste ,  ainsi  je  ferai. 


1-2 


180  JUILLET-AOÛT  1891. 


94 
PREMIERE  LETTRE  DE  ZATADNA  D'AGGA  AU  ROI. 


[i]   a-na  sâr  en [a]  an-par  iâ-tu  an[-e]     [3]  ki-bï- 

ma  [4]  um-ma  f  za-ta-ad-na  [5]  lu  er  ak-ka-ki  nit-ka 
[6]  nït  sa  sàr-ri  [7]  û  is-mes  sa  11  gïr-mes-su  [8]  ki- 
mes  sa  ka-pa-si  [9]  a-na  gir  mes  sâr-ri  [10]  en-ya  an- 
mes-ya  [11]  an-par  is-tu  an  se*me  [12]  vii-su  vu  iaa-an 
[i3]  us-hï-di-in  ù     [i4]  ka-ba-tu-ma     [i5]  û  si-ru-ma 


[16]  sa  ya-as-tab-bar  sàr  [17]  be-ni-ya  a-na  nit-su  [18]  ï- 
is-ti-mu  ù  [19]  a-na  bî  sa  pi(?)-as(?)  [20]  en-ya  u-se- 
si(?) 


TRADUCTION. 

Au  roi,  mon  seigneur,  soleil  du  ciel,  il  est  dit  ceci  :  Za- 
tadna\  homme  d'Akka,  ton  serviteur,  serviteur  du  roi  et 
poussière  de  ses  pieds ,  sol  que  foulent  ses  pieds ,  je  me  jette 
sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu, 
soleil  du  ciel,  (en  me  roidant]  le  ventre  et  le  dos  (dans  la 
poussière). 


J'ai  entendu  ce  que  le  roi ,  mon  seigneur,  a  envoyé  dire  à 
son  serviteur  et  il  sera  fait  conformément  à  Tordre  envoyé 
par  mon  seigneur. 


*  Visiblement  le  nom  phénicien  pK^HlS  «ie  diea  Cad  est  seigneur». 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.     181 


95 

DEUXIEME  LETTRE  DE  ZATADNA  D'ACGA  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  y  Sâr-ri  en-ya  [2]  an-par  is-tu  an-sa-me-e  [3]  um- 
ma  y  za-ia-^d-na  lu  er  ak-ka-ki  [4]  nït-ka  nït  ]  sâr-ri  û 
[5]  is-mes  sa  11  gir-meâ-su  ki-mes  [6]  sa  ka-ba-si-su  a-na 
ii-gir-mes  [7]  sâr-ri  en-ya  an-par  is-tu  [8]  an-sa-me  vu 
su  vn  ia-a-an  {9]  us-hï-di-in  û  ka-ba-tu-ma  [10]  *^  û 
si-ru-ma 


[11]  ï-is-me  Sàr-ru  enrya     [12]  a-mâ-at  mt-su dan-ya 

as-da  [ 1 3 ]  pa-ta-ar  is-tu ...  [  1 4  ]  []]  nam-y a-mâ-za  tur . . . 
[i5]  it-tij  su-ta-as(P)...  [16]  sàr-ri i-na er . . .  [17]  pa-]a 
ï-qa-bi  mi-im-mi.  .  .      [18]    ...  sa-su  tu-uz-za. . . 


Sur  le  bord. 
[36]    ...  kâ  su  û  li-il-su 

Verso. 

sab-mes  sâr  en-ya  i-ba ...  [20]  it-ti-si  i-na  erma(?)-bu-ma .  » . 
[21]  la  a-qa-bi  mi-mu  a-na  sa-su.  .  .  [22]  û  i-ib-tu-ra  a-na 
mu-hi-ya  [2  3]  ù  a-nu-ma  [2^]  ya-as-bu-ra  su-ta  [26]  a- 
na  ya-si  i-din-me  [26]  J  zi-ir-dam-ya-as-da  [27]  a-na 
I  nam-ya-mâ-za  û  la-a  [28]  i-ba-si  na-da-an-su  [29]  a- 
mur-me  er  ak-ka-ki     [3o]  ki-ma  er  ma-ak-da-ni-ki     [3i]  i 

na  mat  mi-is-ri  û  la-a    [ 32  ]    ti-ma  sàr-ru    [33]    

û  ï-ir-bu.  .  .      [34]   muh-ya  ù  lu-u      [35]    .  v .  ♦ .  ra 

sâr  en-ya 


182  JUILLET-AOOT  1891. 

TRADUCTION. 

Recto  et  bord. 

Au  roi ,  mon  seigneur,  scdeil  du  ciel ,  il  est  dit  ainsi  :  Moi , 
Zatadna,  homme  d*Akka,  ton  serviteur,  serviteur  du  roi  et 
poussière  de  ses  pieds,  sol  qn*il  foule,  je  me  jette  sept  fois 
sept  fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur,  soleil  du  ciel,  (en 
me  roulant)  le  ventre  et  le  dos  (dans  la  poussière). 


Que  le  roi ,  mon  seigneur,  écoute  la  parole  de  son  serviteur 

ouvrir Namyamaza  fils 

avec  Suta roi ,  dans  la  ville tout  ce  que 

tu lui  est 


Verso, 

Les  troupes  du  roi ,  mon  seigneur,  viendront  avec  elle  dans 

la  vUle  de  Mabuma je  n  ai  rien  dit  à  lui  et  il  s'est 

jeté(?)  sur  moi,  et  voici,  il  Ta  envoyé  à  moi;  il  a  donné  Zir- 
damyasda  à  Namyamaza  et  ce  don  n'est  pas  (légal).  Regarde, 
la  ville  d'Akka  ,  ainsi  que  la  ville  de  Magdani  ^  dans  le  pays 

d'Egypte  et  ne le  roi et  il  entra 

contre  moi le  roi ,  mon  seigneur 


96 

LETTRE  DE  NAMYA-MAZA  AU  ROI. 
[i]   a-na  J  sàr-ri      [a]   be-li-ya      [3]   ki-bi-ma      [4]  um- 


'  Magdani  est  la  ville  de  plIlD  ou  n"î3C  que  la  Massore  fait  prononcer 
Mtçjiddôn  ou  Mecf'uldô. 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  1S3 

ma  I  nam-ya-mà-za  [5]  nït-ka  is-me»  ip-ri  [6]  sa  gïr- 
mes-ka  û  [7]  ki-mes  sa  ka-pa-zî-ka  [8]  is-sal-lat-za  sa 
a-sa-bi-ka  [9]  ki  ib-da  ù  gi-is  tab-bi  [10]  sa  gir-mes^ka 
[11]  a-na  girnaoes  |  sar  en-ya  [13]  an-par  la-a2-laes 
[i3]  *^^  lî-me-ma  [i4]  vu  su  a-na  pa-^i  [i5]  tïi  ta-aannî 
am-kut  [16]  be-li^mi  an^par  [17]  i^na  an  âa-me  a 
[18]  ki-ma  a-za-i  an-par-mes  [19]  is-tu  sa-me  kî-na^an-oa 
[20]  tu-bar-u-na  nït-mes  [21]  «..  a-za-i  a-màrte-mcs 
[22]  is-tu  kam-ka  [23]  ù  bi-i  be-li-su-iiu  [  2^4  ]  a-nu-nwt 
a-na-ku  qa-du  [26]  sab-mes-ya  ù  is-kil  +  bat-mes-ya 
[26]  a-du  sis-mes-ya  [27]  ii  qa-du  lû-mes  sa-gaz-mes  *^^ 
^ya  [28]  û  qa-du  [29]  lûmes  si-te-ya  [3o]  a-na  pa-ni 
sab-mes  qas-ta  ^^  te 


tRADUCTÏON. 

Au  roi,  mon  seigoeur,  il  est  dil  ceci  :  Moi^  Nafiftyànlaift ,, 
ton  serviteur,  poussière  de  tes  piâds  ei  soi  que  tu  foiileit, 
planche  (?)  de  ton  siège,  escabeau  de  tes  pieds,  je  me  jette 
sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi ,  mon  seigneur. 

Seigneur,  soleil  du  ciel ,  tu  éclaires  tes  serviteurs ,  conmie 
le  soleil  du  ciel;  j'ai  écouté  Tordre  (pii  vient  de  la  personne 
et  de  la  bouche  de  notre  seigneur,  voici,  moi  avec  mes 
troupes  et  mes  chars ,  avec  mes  frères  et  mes  combattants , 
ainsi  qu'avec  mes  auxiltaires(P),  nous  sommes  allés  à  la 
reûcontre  de»  troupes  d'archers. 


97 

LETTRE  D'ABDASRATUM  AU  FOI. 

Recto. 

[1]    a-na    sar   an-sab  en-ya      [2]    um-ma  J  nït-an-as-ra-tum 
[3]   nït-qa    ip-ri    sa   gîr-zun      [4]    a-na   gïr-zun    sar    en-ya 


184  JUILLET-AOÛT   1891. 

[5]  VII  su  û  VII  in  am-kut  [6]  a-mur  a-na-ku  nit  sar  û 
[7]  ur-ku  sa  bit-su  û  [8]  mat  a-har-ri  gab-ba-su  [9]  a-na 
sâr  en-ya  a-na-za-ar-su  [10]  ag-bi  as-ta-ni  a-na  f  pa-ha-na-te 
[11]  iù  pa-kà(?)  -ya  li-qa-mi  [12]  sab-mes  be-ia-tim  a-na  na- 
za-ri    [i3]  lu  zun  sâr(P)  a-nu-magab-bi    [id]  sar...  ta  sar 

sab-mes  har-ri     [i5]  ki. . . ?  sa-nim  mat  a [16]   a-na 

ha-ba-lim(?)  is-tu [17]    ...  va  u  su [18]    

sâr  en-ya [19]  (a-na)-za-ar [20] ha- 

na [21]  i-is-da-su  sâr-qa ...  ? 


Verso. 


[22] 


sum-ma  la  a-na-za-ar  [26]  er  sormu-ri  er  ul-la-za 
[2d]  i-nu-ma  lû(?)  kâ-ya  [26]  i-na  si-nam-ti  sâr  an-sab 
[26]  u  a-na-ku  si-kin-tar  se-e  [27}  ta  er  su-mur  û  gab-bi 
[28]  mat-sun  a-na  sâr  an-sab-ya  [29]  f^'J^  a-na-za-ar-su 
[3o]  ù  Sâr  en  a-lu-ru  mâ-da  [3i]  ù  ï-ib-âu  id  id-î-na-su 
[  32  ]  y  pa-ba-na-te  lu  pa-kâ  (  ?  j-ya 


TRADUCTION* 

Recto. 

Au  roi  lumière ,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  : 
Moi,  Abdasratum,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds, 
je  me  jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur. 
Regarde,  je  suis  le  serviteur  du  roi,  le  chien  de  sa  mai- 
son ,  je  garde  tous  les  pays  d'Aharri  pour  le  roi  mon  seigneur. 
Je  Tai  dit  et  jeTai  répété  à  Pahanate  mon  lu'pa-kà(^).  Prends 
les  troupes  royales  pour  sauvegarder  les  hommes  du  roi ,  voici 

tous  les roi les  premières  troupes 

pays pour  détruire  (?) le  roi, 

mon  seigneur 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  185 


Verso, 

Si  je  ne  garde  pas  la  ville  de  Sumuri  et  celle  d'Ullaza , 

voici  mon  Zâ-pa-Ârâ(P)  dans du  roi  lumière  et  moi 

tous  les  magasins  de  blé  de  la  ville  de  Sumuri  et  de  tout  le 
pays  je  les  garderai  pom*  le  roi,  ma  lumière,  mon  seigneur; 
et  le  roi ,  mon  seigneur,  beaucoup  de ...... .  et  Faction . . . 

dans  la  main  de  Pabanate  mon  In-pa-kàC^), 


18Ô  JUILLET-AOUT  1«91. 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


BÉPONSE  À  QUELQUES  CRITIQUES  formulées  par  M.  J.  Oppert  dan» 
l'article  intitulé  :  Un  annuaire  astrûnomi<iae  babylonien,  JoumaJt 
asiatûfRe,  t.  XVI,  n.  3. 

L'illustre  professeur  attaque  tout  d'abord  mon  interprétation 
des  faits  astronomiques  relatés  dans  la  tablette  n"  4oo  des 
inscriptions  de  Cambyse  (Zeitschrift  Jur  Assyriologie ,  V, 
p.  281  et  suiv.);  puis  il  me  prend  à  partie  au  sujet  des  Ephé- 
mérides  lunaires  babyloniennes.  C'est  dans  mon  ouvrage  : 
Astronomisches  aus  Babylon  que  j'ai  indiqué  le  sens  qu'il 
convient  d'attribuer  aux  données  numériques  relatives  aux 
jours  voisins  de  la  nouvelle  et  de  la  pleine  lune  qui  compo- 
sent ces  éphémérides. 

Je  me  bornerai  dans  ma  réponse  à  relever  quelques  faits  : 

1°  M.  Oppert  semble  supposer  que  j'ai  prétendu  donner 
une  sachliche  Erklàrung  de  tout  le  texte  de  la  tablette  men- 
tionnée ci-dessus.  Je  dois  faire  observer  à  ce  propos  que  ce 
titre  ne  se  trouve  qu'en  télé  de  ma  note;  et  quand,  à  la  fin 
de  cette  note ,  j'en  viens  à  parler  des  données  relatives  aux 
éclipses,  je  fais  expressément  cette  remarque  que  jusqu'au 
jour  où  nous  serons  en  possession  d'un  grand  nombre  de 
bonnes  observations  d'éclipsés ,  il  ne  pourra  être  question  de 
l'interprétation  proprement  dite  de  cette  partie  des  textes. 

Mes  déterminations  de  dates  ainsi  que  ma  traduction  du 
texte  concernant  les  planètes  ont  été  reproduites  par  M.  Op- 
pert, à  part  quelques  modifications  de  peu  d'importance  que 
le  savant  professeur  a  cru  pouvoir  y  introduire  Malheureu- 
sement trois  de  ces  modifications  (p.  53o,  1.  19,  1.  28,  et 
p.  53 1,  l.  2)  ne  sont  pas  «  une  traduction  selon  les  faits». 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  187 

2^  Je  passe  à  l'interprétation  des  épliémérides  lunaires 
pour  les  jours  voisins  de  la  nouvelle  et  de  la  pleine  iuae.  J'ai 
l'avantage  de  pouvoir  en  appeler  ici  à  l'autorité  d'un  astro- 
nome qui  n'est  pas  inconnu  à  M.  Oppert,  le  docteur  Edouard 
Mailler.  Dans  l'analyse  qu*il  a  faite  de  mon  Astronomisches 
aus  Babylon  \  M.  Mahler  ne  témoigne  guère  d'indulgence  pour 
les  fautes  d'impression,  ni  pour  les  erreurs  de  calcul  qui 
m'ont  échappé;  mais  c'est  dans  les  termes  les  plus  élogieux 
qu'il  s'exprime  précisément  au  sujet  de  mon  interprétation 
des  éphémérides  lunaires.  Naturellement  M.  Qppert  peut 
ne  pas  être  de  son  avis,  mais  ce  n'est  pas  sans  un  profond 
étonnement  que  je  lis  à  la  page  52d  de  son  article  :  kII  (le 
P.  Ëpping)  n'a  traduit  que  le  mois  de  nisan  d'une  seule  an- 
née  » 

Or  quarante-deux  grandes  pages  (p.  4S  à  86)  de  mon  ou- 
vrage sont  consacrées  aux  données  lunaires  dont  il  s'agit  ict  ; 
chaque  donnée  babylonienne  y  est  compaj^ée  à  la  valeur 
correspondante  fournie  par  le  cakid.  C'en  était  assez,  nae 
semblait-il,  pour  orienter  le  lecteur  attentif.  Traduire  le  seul 
mois  de  nisan  des  nouvelles  tablettes  dont  j'aurais  à  psurler 
suffirait  désormais;  donner  tout  au  long  celle  de  tous  les 
mois  n'eût  été  qu'une  répétition  superflue. 

3°  Enfin  une  observation  m'est  encore  adressée  à  la 
page  626.  En  voici  les  deux  premières  phrases  :  «Ce  sont 
sans  doute  ces  difficultés  qui  ont  engagé  le  P.  Epping  à  ne 
pas  insister  sur  la  traduction  de  cette  partie  du  texte.  Même 
une  sachliche  traduction  était  impossible.  » 

J'ai  le  regret  de  constater  que  mon  honorable  critique  est 
dans  l'erreur.  Les  difficultés  auxquelles  il  fait  allusion  de- 
vraient se  trouver  dans  les  passages  suivants  :  «Nisan  27  (et 
non  pas  28)  dir  ina  16,  et  marches  van  26,  26.  »  Or  les  po- 

'  Zeitschrift  der  deutschen  morgenlàndischen  Gesellschaft.  Jahrgang  1890, 
p.  -18. 


188  JUILLET-AOÛT  J891. 

sitions  réelles  de  la  lune ,  calculées  pour  lesjours indiqués,  se 
traduisent  comme  suit  : 

«Le  27  nisan  (=  2  mai  -5a  2),  le  croissant  fut  visible  pen- 
dant i4*  5'  {=  56"  20")  avant  le  lever  du  soleil. 

«Le  26  marchesvan  (=23  septembre),  le  croissant  fut 
visible  pendant  27"  5'  (=  i^  48"  20*)  avant  le  lever  du  so- 
leil. » 

On  voit  donc  que  même  une  sachliche  Vehersetzung  sou- 
tient la  comparaison  avec  tout  autre  système  de  traduction. 

Mais  afin  de  faciliter  Tappréciation  des  deux  dernières 
phrases  de  la  même  observation  de  M.  Oppert,  il  est  néces- 
saire d'indiquer  en  deux  mots  le  sens  que  j'attribue  aux  don- 
nées numériques  babyloniennes.  La  donnée  numérique  qui 
précède  (suit)  la  nouvelle  lune  —  par  conséquent,  celle  de 
la  fin  (du  commencement)  de  chacun  des  mois  —  donne  en 
degrés  —  1"  =  4"  —  l'intervalle  de  temps  qui  sépare  le  lever 
(coucher)  du  soleil, du  lever  (coucher)  de  la  lune.  Les  don- 
nées nimiériques  relatives  aux  jours  voisins  de  la  pleine  hine 
donnent,  également  en  degrés,  le  temps  qui  s'écoule  entre 
le  coucher  du  soleil  et  le  lever  de  la  lune ,  ou  bien  entre  le 
lever  du  soleil  et  le  coucher  de  la  lune.  Dans  mon  livre  As- 
tronomisckes  aus  Bahyhn,  se  trouvent  mis  en  regard,  d'un 
côté,  chacune  des  valeurs  numériques  babyloniennes  pour 
trois  années ,  et  de  l'autre  les  résultats  de  mes  calculs. 

Or  voici  l'avant-demière  phrase  de  l'observation  de  M.  Op- 
pert  :  «  La  réduction  du  degré  à  4  minutes  de  temps  nous 
parait  indiquée  pour  les  ascensions  droites  et  les  longitudes 
terrestres ,  mais  elle  est  hors  de  propos  quand  il  s'agit  du 
cours  de  l'a  lune ,  et  astronomiquement  fausse.  » 

Il  n'est  pas  un  astronome  qui  puisse ,  sans  sourire ,  lire  cette 
phrase  et  la  rapprocher  de  ma  précédente  indication.  «Le 
degré  pour  le  mouvement  de  la  lune,  poursuit  M.  Oppert, 
n'est  pas  de  4  minutes ,  mais  d'une  heure  et  trois  quarts ,  en 
moyenne^  et  comme  c'est  une  moyenne  en  réaHté  fort  va- 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  189 

riable ,  personne  n'a  songé  à  convertir  les  degrés  parcourus 
par  ia  lune  en  minutes  temporaires.  » 

Il  est  de  toute  évidence  que  le  savant  académicien ,  dans  sa 
polémique  contre  mon  interprétation ,  est  resté  en  dehors  de 
la  question. 

P.  J.  ËPPING. 

M.  Oppert  nous  a  prié  d'insérer  la  réponse  suivante  aux  critiques 
qui  lui  sont  adressées  dans  l'article  précédent.  En  faisant  droit  à  sa 
demande,  nous  considérons  comme  clos  un  débat  désormais  sans 
intérêt  pour  les  lecteurs  du  Journal  asiatique. 

(Note  de  la  Rédaction.) 

yel  depuis  deux  ans,  dans  différents  articles  du  Journal 
asiatique,  de  la  Zeitschriftfâr  Assyriologie  et  des  Comptes  Ten- 
dus de  l'Académie  des  sciences,  hautement  reconnu  ce  qui, 
dans  l'interprétation  des  textes  astronomiques,  appartient  au 
P.  Epping  :  c'est  surtout  la  lecture  des  groupes  désignant  le 
solstice  et  l'équinoxe  et  la  iixation  exprimant  les  douze  signes 
du  zodiaque.  Les  textes  qui  ont  .révélé  ce  fait  au  P.  Epping 
étaient,  il  est  vrai,  entre  ses  mains  depuis  dix  ans  au  moins; 
nous  les  connaissons  depuis  trois  ans.  La  tablette  du  règne 
de  Cambyse  (Str.  n°  4oo)  qui  est  au  Musée  britannique  de- 
puis 1882  ,  et  dont  j'ai  eu  connaissance  par  la  publication  du 
P.  Strassmaier  en  août  1890,  na'a  convaincu,  sans  l'aide  du 
calcul,  que  l'interversion  proposée  par  le  P.  Epping  au  sujet 
des  planètes  Jupiter  et  Mercure  était  fondée,  et  que  les 
raisons  étymologiques  et  philologiques  que  j'avais  proposées 
ne  pouvaient  être  maintenues  en  présence  des  faits  scienti- 
fiques. 

Pour  le  reste,  le  P.  Epping  reconnaît  qu'il  doit  «aux  as- 
syriologues » ,  c'est-à-dire  à  M.  Sayceet  à  moi,  la  somme  des 
lectures  et  des  interprétations  astronomiques  :  parmi  celles- 
là,  il  y  en  a  même  plusieurs  quil  n'a  pas  encore  pu  utiliser. 
Hincks  et  Sir  Henry  Rawlinson  avaient  déjà  reconnu  quelques 
termes ,  tels  que  la  dihorie  éclipse  et  quelques  autres  de  moin- 


190  JUILLET-AOUT  I89L 

dre  importance;  mais  la  fixation  des  mois,  des  régions  dii 
soleil,  de  devant,  arrière,  au-dessus,  au-dessous ,  journée ,  jour, 
nuit,  soir,  matin,  crépuscule,  cuîmination ,  midi,  minuit,  lever, 
coucher,  apparition  héliaque,  disparition  héliaqne,  conjonction, 
opposition,  syzygie,  quartier,  croissant,  droite,  gauche,  temps 
juste,  heure,  minute,  doigt  de  V éclipse,  degré,  horizon,  nœud 
de  la  lune,  point  nodal,  milieu  de  V  éclipse,  observation,  éclipse 
égale  à  defectus,  explication  astrologique  et  bien  d*autres  en- 
core ne  sont  pas  de  P.  Epping ,  mais  en  très  grande  majorité 
de  moi. 

Le  P.  Epping  a  accepté  mes  lectures  des  mots  :  Soleil,  Lune, 
Vénus ,  Saturne,  Mars,  ce  dernier  non  sans  contestation ,  puis 
la  désignation  de  mainte  étoile,  telle  que  Sirius,  Castor,  Pol- 
lux ,  Antarès,  Régulus,  sans  compter  celles  dont  il  ne  trouve 
pas  l'occasion  de  s'occuper,  telles  que  la  Tramontane,  les 
étoiles  d'Orion,  Achaman,  Canope  et  d'autres. 

Ces  constatations  m'ont  paru  nécessaires  pour  que  le  lec- 
teur puisse  juger  avec  équité  les  réclamations  du  P.  Epping. 
Je  lui  reproche  de  ne  pas  se  soucier  suffisamment  du  sens 
que  le  texte  a  voulu  exprimer  et  de  proposer  une  autre  ver- 
sion qui  ne  l'embarrasse  pas.  Je  maintiens  ce  que  j'ai  dit  à 
ce  sujet. 

Quant  à  l'explication  des  éphémérides  lunaires,  M.  Ep- 
ping s'étonne  de  ce  que  je  suspende  mon  jugement.  Mais  lui- 
même  dit  (ZA.  vol.  V,  p.  282)  :  «Naturellement  le  dernier 
mot  sera  dit  par  le  calcul  détaillé  que  je  laisse  volontiers  aux 
astronomes  qui  s'intéressent  au  cours  de  la  lune.  » 

11  n'est  pas  exact  que  les  documents  donnent  toujours  rai- 
son à  la  théorie  du  P.  Epping,  qui  traduit  par  «  degré  »  ce  qui, 
je  crois,  jusqu'à  nouvel  ordre,  signifie  0  heure».  Dans  la  te- 
neur actuelle,  je  mainliens  mes  réserves  :  ainsi,  par  exemple, 
cette  unité  tetnporaire  de  quatre  minutes,  nommée  le  degré, 
nous  parait  petite  pour  les  époques  anciennes. 

Je  constate  que  le  calcul  n'établit  pas  encore  que  a  coucher  » 
veut  dire  «coucher  de  la  lune  avant  le  lever  du  soleil»  et 
«lever»  «coucher  de  la  lune  après  le  lever  du  soleil»  (ZA.)  ; 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  191 

on  ne  i*a  pas  appliqué  au  document  qui  nous  occupe.  Je  ne 
sais  donc  pas  jusqu'à  quel  point  celte  interprétation  est  dé- 
fendable; ce  que  je  sais,  c'est  que  la  première  ligne  est  mal 
comprise  dans  l'écrit  signé  par  le  P.  Epping  (ZA.  vol.  V, 
p.  281  et  suiv.),  puisque  le  signe  «lever»  est  traduit  par 
5o  (adar)  et  que  le  mot  «phase»  est  rendu  par  «nuageux». 
Pour  le  1 8  adar  de  l'an  7  de  Cambyse ,  il  y  a  :  «  Coucher  et 
lever  n'eurent  pas  lieu.  »  Sans  autre  explication ,  le  P.  Epping 
traduit  :  «  11  n'y  eut  pas  coucher  de  la  lune  avant  le  lever  du 
soleil  et  coucher  de  la  lune  après  le  lever  du  soleil.  »  Le  sens, 
selon  nous,  semble  être  que  le  lever  et  le  coucher  d'un  astre 
eurent  lieu  sans  intervalle,  en  même  temps  que  le  coucher 
et  le  lever  de  l'autre. 

Et  en  outre  que  veulent  dire  les  chiffres  laissés  en  blanc 
par  le  savant  jésuite  quand  ils  se  trouvent  avant  les  termes 
d'opposition  et  d'obscurité? 

Le  P.  Epping,  d'après  ce  qui  précède,  traduit  donc  après 
moi ,  et  saufies  exceptions  indiquées  par  moi,  ce  n'est  pas  moi 
qui  suis  les  traces  de  mon  contradicteur.  Je  traduis  selon  les 
textes  et  non  «  selon  les  faits  ».  Mais  comme  j'ai  déjà  accepté 
quelques-unes  des  modifications  proposées  par  lui,  je  serai 
toujours  heureux  d'accéder  à  ses  opinions,  si  elles  sont  dé- 
montrées admissibles,  et  je  le  ferai  toujours,  quand  même 
je  n'y  serais  pas  à  l'avenir  encouragé  de  son  côté  par  des 
procédés  analogues. 

J.  Oppert. 


Tables  de  concordance  des  dates  des  calendriers  arabe,  copte, 
grégorien,  Israélite,  julien ,  républicain ,  etc. ,  établies  d'après  une 
nouvelle  méthode ,  par  Emile  Lacoine ,  sous-directeur  de  l'obser- 
vatoire impérial  de  Constantinople.  Un  vol.  in-8',  Paris,  Baadry 

et  C",  1891 ,  80  pages. 

La  concordance  des  calendriers  intéresse  bien  des  gens 
dans  le  domaine  de  l'érudition  et  dans  celui  de  la  pratique. 
Donner  une  méthode  qui  permette  de   faire  correspondre 


192  JUILLET-AOÛT  1891. 

avec  exactitude  les  dates  des  divers  cdiendriers  à  Taide  d*c^>é- 
rations  élémentaires  et  rapides  est  un  problème  qui  n*a  eu 
longtemps  que  des  solutions  imparfaites.  M.  Lacoine  l*a  ré- 
solu avec  beaucoup  d élégance  dans  ses  «Tables  de  concor 
dance»,  dont  la  deuxième  édition  a  récemment  paru.  Ces  ta- 
bles s'étendent  depuis Thégire  jusqu'à  Tan  aooode  notre  ère; 
elles  embrassent  sept  calendriers  :  l'arabe,  le  julien,  le  gré- 
gorien ,  l'israélite ,  le  copte ,  le  calendrier  financier  ottoman 
et  la  nouvelle  hégire  solaire;  elles  n'occupent  que  65  pages 
in-S**.  L'indication  seule  de  ces  cliifBres  commence  T^oge  du 
livre,  celle  de  la  méthode  le  complétera. 

Les  tables  ne  donnent  pas  directement  la  concordance  des 
calendriers  entre  eux;  elles  réduisent  les  dates  en  quantièmes, 
c'est-à-dire  qu'elles  font  correspondre  à  chaque  date  un  nom- 
bre indiquant  le  rang  du  jour  proposé  dans  la  suite  des  jonrs 
comptés ,  selon  l'ordre  naturel  des  nombres ,  à  partir  de  celui 
de  l'hégire.  Le  quantième  est  en  quelque  sorte  une  commune 
mesure  de  tous  les  calendriers.  Il  y  a  donc  deux  opérations  à 
faire  pour  trouver  une  concordance  :  la  première  consiste  à 
prendre  le  quantième  de  la  date  donnée; la  seconde, à  déduire 
du  quantième  la  date  cherchée.  Elles  se  font  fort  simplement 
et  une  série  unique  de  tableaux  convient  aux  deux  genres 
d'opérations.  En  principe ,  chaque  calendrier  comporte  deux 
tables  :  l'une  contient  les  millésimes,  l'autre  les  dates  an- 
nuelles. La  suite  complète  des  millésimes  est  inscrite  dans  la 
première ,  et  en  regard  de  chaque  millésime  est  le  quantième 
du  dernier  jour  de  l'année  précédente;  dans  la  deuxième 
sont  disposés  les  mois  et  les  dates  mensuelles  ayant  en  face 
d'elles  les  dates  annuelles,  c'est-à-dire  le  rang  du  jour  dans 
l'année.  On  obtient  le  quantième  d'une  date  en  ajoutant  an 
quantième  du  millésime  celui  de  la  date  annuelle.  Ainsi  le 
a  5  mai  i84o  du  calendrier  julien  a  pour  quantième  4448a  4 
=  444678  +  i46,  parce  que  le  dernier  jour  de  l'année  ju- 
lienne 1839  était  le  444678*  à  dater  de  l'hégire,  et  que  le 
26  mai  était  le  i46'  jour  dans  l'année  i84o.  On  devine  que 
pour  faire  l'opération  inverse,  pour  déduire  du  quantième 


NOUVJELLES  ET  MÉLANGES.  193 

une  date  dans  tel  calendrier,  on  cherche  dans  la  table  des 
millésimes  de  ce  calendrier  le  quantième  approchant  le  plus , 
par  défaut,  du  nombre  donné,  ce  qui  fournît  le  nombre 
d'années  pleines  révolues,  et  que  le  reste  représente  le  rang 
du  jour  dans  Tannée  courante;  la  table  des  dates  annuelles 
donne  le  mois  et  la  date  mensuelle  correspondant  à  ce  chiffre, 

tJn  premier  élément  de  complication  vient  s'ajouter  à  ces 
notions ,  du  fait  de  l'inégalité  des  années  d'un  même  calen- 
drier entre  elles.  Il  est  des  années  qui  ont  des  jours  interca- 
laires ,  d'autres ,  des  mois.  Cela  ne  change  rjen  aux  tables  des 
millésimes  qui  se  bornent  à  ajouter  au  quantième,  par  chaque 
année  révolue,  le  nombre  des  jours  qu'elle  contient,  sans  se 
préoccuper  des  inégalités  qui  surviennent  dans  cette  progres- 
sion ;  mais  cela  apporte  de  la  perturbation  dans  le^  tables  des 
dates  annuelles ,  si  les  jours  ou  mois  intercalaires  ne  sont  pas 
placés  à  la  fin  de  l'année,  car  le  rang  de  tous  les  jours  qui 
les  suivent  s'en  trouve  modifié.  Il  n'y  a  d'autre  ressource  que 
de  consacrer  dans  ces  derniers  tableaux  une  colonne  spéciale 
à  toute  année  extraordinaire,  à  partir  du  premier  jour  inter- 
calé. Pour  le  calendrier  arabe  dont  le  jour  ajouté  se  place  à 
la  fin  de  zilhidjé,  le  dernier  mois ,  cette  annexion  est  inutile , 
ainsi  que  pour  le  calendrier  financier  ottoman  et  la  nouvelle 
hégire  solaire  qui  sont  dans  le  même  cas.  C'est  à  titre  de 
simple  renseignement  que  les  années  abondantes  de  ces  ca- 
lendriers sont  imprimées  en  caractères  gras  dans  les  tables 
des  millésimes.  Il  en  est  encore  de  même  pour  le  calendrier 
copte,  où  les  cinq  jours  complémentaires  des  années  com- 
munes et  les  six  jours  complémentaires  des  années  abon- 
dantes forment ,  sous  le  nom  de  Naçi,  une  espèce  de  1 3*  mois 
écourté  et  ajouté  à  la  fin  des  1 2  mois  réguliers  de  3o  jours. 

Mais  l'utilité  de  la  remarque  apparaît  dans  les  calendriers 
chrétiens  et  israélite.  Le  calendrier  chrétien,  qu'il  soit  jufien 
ou  grégorien,  exige,  à  partir  du  60' jour  de  l'année  qui  est 
le  1"'  mars  dans  les  années  communes,  une  seconde  colonne 
pour  les  années  bissextiles  dans  lesquelles  le  1  "  mars  et  tous 
les  jours  suivants  sont  reculés  d'un  rang.  Cette  colonne  addi- 

xvui.  1 3 


iy/i  JUILLETAOLT   1891. 

lioimelle  est  imprimée  en  caraclcres  gras ,  comme  les  millé- 
simes des  aimées  bissextiles  dans  la  table  des  millésimes.  A 
Taide  de  cette  distinction  typograpbique ,  Tœil  saisit  immé- 
diatement les  parties  des  deux  tables  qui  se  correspondent. 
La  chose  est  plus  complexe  pour  le  calendrier  Israélite.  On 
se  rappelle  que  ses  années  sont  de  deux  genres  :  commmies 
ou  embolismiques ,  les  premières  ayant  12  mois  dont  le  6'  est 
adar,  les  secondes  en  ayant  1 3  ;  leur  mois  intercalaire  se  place 
le  6'  sous  le  nom  de  adar  I,  tandis  que  le  mois  de  adar,  de- 
venu le  7*,  prend  le  nom  de  véadar.  Il  y  a  de  plus,  sous 
cliaque  genre,  trois  espèces  d'années  :  la  régulière,  la  défec- 
tive  qui  a  un  jour  de  moins  que  la  régulière,  et  l'abondante 
qui  a  un  jour  de  plus.  Les  mois  sur  lesquels  se  font  la  réduc- 
tion ou  l'addition  d'un  jour  sont  le  2'  et  le  3',  hechvan  et  kislev. 
\\  faut  donc,  eu  égard  à  la  formation  de  ces  six  espèces  d'an- 
nées, que  la  table  des  dates  annuelles  ait  deux  colonnes  à 
partir  de  hechvan,  trois  à  partir  de  kislev,  six  à  partir  de  adar. 
Les  colonnes  sont  distinguées  entre  elles  ])ar  les  initiales  du  ' 
genre  et  de  l'espèce  de  l'année  à  laquelle  chacune  d'elles  con- 
vient, et,  dans  la  taille  des  millésimes,  chaque  année  est 
aussi  affectée  des  initiales  de  son  genre  et  de  son  espèce.  Ces 
signes  établissent  sans  difficulté  les  relations  entre  les  deux 
tables. 

Une  autre  particularité  est  commune  aux  calendriers  ju- 
lien ,  israélite  et  copte.  Comme  ils  sont  antérieurs  au  calen- 
drier arabe,  la  date  de  l'hégire  tombe  pour  chacun  d*eux 
dans  le  cours  d'une  année  conmiencée;  et  cette  date  a  le 
quantième  1 ,  d'après  le  principe  fondamental ,  alors  que  dans 
les  tableaux  des  dates  annuelles  c'est  le  premier  jour  de  Tan- 
née qui  porte  ce  quantième  1 .  Ces  tableaux  ne  peuvent  donc 
pas  servir  pour  les  aimées  où  tombe  la  date  de  l'hégire;  elles 
exigent  de  petites  tables  spéciales  partant  du  jour  de  l'hégire. 
C'est  ainsi  que  l'oh  trouve  une  table  de  l'an  622  julien,  com- 
mençant le  16  juillet,  une  seconde,  de  l'an  israélite  4382, 
commençant  le  3  av,  et  une  autre  de  Tan  copte  338,  com- 
mençant le  22  abid.  Ce  sont  là  les  dates  de  l'hégire  dans  ces 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  195 

trois  calendriers.  Rien  de  semblable  ne  se  présente  pour  les 
calendriers  dont  le  point  de  départ  est  postérieur  à  Thégire. 
L'ancien  calendrier  financier  ottoman  a  été  adopté  en  Tur- 
quie le  2  5  zilhidjé  i  o86  de  l'hégire ,  et  il  a  continué  à  compter 
ses  millésimes  à  partir  de  celui-là.  Donc  la  table  qui  le  con- 
cerne commence  par  l'an  io86  et  par  le  quantième  384837 
qui  est  celui  du  24  zilhidjé  de  cette  même  année.  Le  nouveau 
calendrier  financier  ottoman  ou  nouvelle  hégire  solaire  est  ac- 
tuellement en  usage  dans  les  administrations  ottomanes. 
L'auteur  ne  fait  commencer  la  table  de  ses  millésimes  qu'en 
Tan  1267  correspondant  à  l'an  1888  de  notre  ère,  et  il  la 
prolonge,  comme  toutes  les  autres,  jusque  vers  Tan  grégo- 
rien 2000.  Nous  n'avons  rien  de  particulier  à  dire  sur  le  ca- 
lendrier républicain,  qui  occupe  trois  courtes  pages. 

L'ouvrage  de  M.  Lacoine  permet  aussi  de  trouver  le  nom 
du  jour  d'une  date  donnée.  Un  indice  placé  en  face  de  chaque 
millésime,  pouvant  varier  de  o  à  6,  indique  le  rang,  dans 
la  semaine,  du  dernier  jom*  de  l'année  précédente,  le  ven- 
dredi étant  pris  pour  premier  jour  de  la  semaine  ;  un  second 
indice ,  placé  en  face  de  chaque  date  dans  le  tableau  des  dates 
annuelles,  indique  le  rang  de  cette  date  dans  la  semaine,  le 
premier  jour  de  la  semaine  étant  cette  fois  de  même  nom  que 
le  premier  jour  de  l'année;  puisque  le  nom  de  celui-ci  est 
connu  par  le  premier  indice,  il  est  bien  facile  d'en  déduire 
la  valeur  du  second  indice.  Gela  se  fait  d'ailleurs  immédia- 
tement à  l'aide  d'une  petite  table  qui  sert  pour  tous  les  ca- 
lendriers :  on  additionne  les  deux  indices,  et  en  regard  de  la 
sonmie  obtenue,  cette  table  donne  le  jour  cherché. 

Dans  la  pratique ,  les  dates  musulmanes  présentent  parfois 
avec  celles  du  calendrier  arabe  des  différences  qui  vont  jus- 
qu'à 2  ou  3  jours,  en  sorte  que  tel  quantième ,  le  i"  chavml, 
par  exemple,  correspondant  d'après  la  règle  au  21  mai  1890 
grégorien,  tombe  en  fait  le  19  mai.  Cela  tient  à  deux  causes  : 
d'abord  certains  auteurs  placent  l'hégire  au  jeudi  1 5  juillet  622 
julien,  et  non,  selon  l'opinion  généralement  admise,  au  ven- 
dredi 16  juillet.  En  second  lieu,  par  lignorancç  où  ils  sont 


196  JUILLET-AOÛT   1891. 

des  règles  précises  de  leur  calendrier,  la  plupart  des  musu- 
mans  prennent  pour  premier  jour  du  mois ,  surtout  en  vue 
des  grandes  cérémonies  religieuses,  celui  ou  le  croissant  de 
la  nouvelle  lune  devient  visible.  Or  la  visibilité  de  la  nouvelle 
lune  dépend  de  la  position  des  lieux  et  de  diverses  circon- 
stances atmosphériques,  toutes  causes  qui  n*influcnt  pas  sur 
la  règle  astronomique  de  leur  calendrier.  Mais  sHls  ont  soin 
de  joindre,  à  la  date,  le  nom  du  jour,  qui  nest  pas  soumis 
aux  mêmes  causes  d*erreur,  la  concordance  des  quantièmes 
peut  être  établie  exactement  en  partant  de  celle  des  jours  et 
la  date  peut  être  rectifiée.  Il  était  donc  fort  utile  que  dans 
les  tables  de  concordance  on  pût  trouver  le  nom  du  jour  de 
toute  date  donnée. 

Nous  regrettons  un  peu  que  M.  Lacoine  ait  été  si  sobre 
de  texte.  Après  une  courte  préface,  il  se  borne  à  énoncer  les 
règles  de  l'usage  des  tables.  Il  aurait  dû  nous  expliquer  lui- 
même  sa  méthode;  elle  est  facile  à  découvrir,  sans  doute; 
mais  encore  faut-il  la  chercher.  11  aurait  pu  aussi  nous  don- 
ner une  théorie  sommaire  de  chaque  calendrier;  son  livre  y 
eût  gagné  en  intérêt  et  en  clarté  sans  beaucoup  augmenter 
de  volume.  Mais<  au  point  de  vue  pratique,  ce  petit  ouvrage 
ne  mérite  que  des  éloges.  H  n  offre  rien  de  comparable  aux 
règles  de  concordance  compliquées  et  bizarres  que  conte- 
naient naguère  encore  les  meilleurs  traités  d'hémérologie. 
La  simplicité  des  méthodes  paraît  y  êlre  parvenue  à  son  der- 
nier terme,  et  nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  soit  appelé  à 
beaucoup  de  succès. 

Baron  CaTiRA  de  Vaux. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  1^7 


La  Turquie  d'Asie,  géographie  administrative,  statistique,  descrip- 
tive et  raisonnée  de  chaque  province  de  l'Asie  Mineure,  par  Vital 
Cuinet.  Paris,  1891,  Ernest  Leroux.  Tome  I,  fascicides  i  et  11. 

Le  simple  énoncé  du  titre  de  ce  travail  en  indique  l'kn- 
portance  et  la  richesse.  Il  a  sa  place  marquée  dans  la  biblio- 
thèque de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  progrès  de  la  géo- 
graphie; mais,  à  vrai  dire,  les  diflBcdttés  d'une  entreprise  de 
ce  genre  ne  peuvent  être  exactement  appréciées  que  du  petit 
nombre  d'orientalistes  qui  Ont  fait  une  étude  particfidière  de 
l'Empire  ottoman.  Il  faut  avoir  eu  à  se  servir  de  l'Annuaire 
ofiBciel  publié  à  Gènstantinople  ou  des  quelques  almanachs 
(Salnamèh)  qui  paraissent,  à  intervalles  irréguliers,  dans  deux 
ou  trois  provinces,  pour  se  rendre  complexe  la  grande  supé- 
riorité du  travail  accompli  par  M.  Cuinet. 

Que  dé  louables  efforts  soient  tehtés,  depuis  quelques 'an- 
nées, par  l'administration  turque  pour  donner  à  ses  rensei- 
gnements statistiques  plus  d'ordre  et  d'exactitude ,  il  serait 
injuste  de  le  méconnaître.  Mais  que  de  choses  restent  à  faire , 
de  préjugés  à  détruire ,  de  résistances  à  vaincre  pour  recueillir 
un  ensemble  de  données  dignes  de  toute  confiance  ! 

Ces  difficultés,  plus  sérieuses  encore  pour  une  initiative 
particulière,  privée  en  grande  partie  de  renseignements  offi- 
ciels, n'ont  pas  effrayé  l'auteur  de  la  vaste  publication  dont 
nous  sommes  heureux  de  saluer  aujourd'hui  les  débuts.  Douze 
années  de  voyage  dans  la  Turquie  d'Asie,  relations  ininter- 
rompues avec  des  correspondants  de  province  bien  informés , 
contrôle  judicieux  des  rares  documents  communiqués  au  pu- 
blic par  le  gouvernement,  étude  attentive  de  tout  ce  qui  a 
paru  sur  la  matière,  relations  de  voyage,  monographies  spé- 
ciales ,  etc. ,  telles  ont  été  les  principales  sources  d'information 
que  l'auteur  a  utilisées  avec  une  critique  persévérante  autant 
que  sagace. 

Son  plan  est  large,  régulièrement  tracé  et  il  le  suit  avec 
une  scrupuleuse  fidélité.  Qu'il  nous  suiTise  d'en  indiquer  les 


198  JUILLET-AOÛT  1891. 

lignes  principales  :  Division  administrative.  —  Population, 
dénombrement  par  races  ou  confessions.  —  Mœurs,  usages 
et  origines  des  populations  actuelles.  —  Ecoles,  —  Statis- 
tiques commerciales.  —  Exportations.  —  Importations.  — 
Navigation.  —  Productions  naturelles,  industrielles,  par 
quantités  et  valeurs.  —  Agriculture.  —  Elève  du  bétail.  — 
Routes.  —  Fleuves.  —  Montagnes.  —  Mines.  —  Forêts.  — 
Salines.  —  Revenus  du  Gsc,  etc. 

Cette  même  classification ,  cette  même  abondance  de  ren- 
seignements judicieusement  choisis  et  présentés  avec  netteté , 
se  retrouvent  dans  la  description  de  chaque  province  et  dé- 
partement (Vilayet  et  Sandjac),  Il  est  peut-être  regrettable 
que  le  groupement  géographique  ou  simplement  par  ordre 
alphabétique  n'ait  pu  être  adopté,  mais  les  renseignements 
fournis  à  Tauteur  ne  lui  arrivaient  pas  avec  une  régularité 
telle  qu'il  pût  les  coordonner  et  les  publier  en  même  temps. 
Pour  ne  pas  leur  enlever  leur  cacliet  d'actualité ,  il  s'est  décidé 
à  les  mettre  en  œuvre  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  lui  parve- 
naient, en  commençant  par  les  provinces  les  moins  connues, 
partant  les  plus  intéressantes.  Le  premier  fascicule  donne,  à 
la  suite  d'une  courte  mais  substantielle  introduction,  la  des- 
cription en  2^0  pages  des  Vilayet  de  Trébizonde  et  d'Erzeroum. 
Le  fascicule  ii,  qui  vient  de  paraître,  comprend  la  province 
d'Angora,  les  lies  de  l'Archipel  et  la  Crète.  Outre  la  carte 
générale  placée  en  tête  de  l'ouvrage,  chaque  province  a  sa 
carte  particulière ,  dressée  à  l'échelle  de  rôôTôuu  s^vec  l'indica- 
tion des  subdivisions  administratives. 

On  peut  juger  par  là  de  l'étendue  des  recherches  qu'exige 
un  pareil  travail  et  des  services  qu'il  est  destiné  à  rendre  à  ia 
géographie,  à  l' ethnographie,  à  la  statistique  commerciale  et 
industrielle  des  provinces  asiatiques  placées  sous  la  juridiction 
du  gouvernement  turc.  C'est  en  quelque  sorte  une  révélation 
faite  à  ce  gouvernement,  de  l'état  actuel  des  ressources  et  des 
besoins  de  la  portion  la  plus  considérable  de  son  empire  et 
aussi  des  améliorations  qu'il  devra  y  introduire  sous  peine  de 
déchéance.  Puisse-t-il  apprécier  un  tel  service  à  sa  juste  valeur 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  199 

et  le  reconnaître  en  facilitant  la  tâche  de  Fauteur  par  une 
communication  plus  large  et  plus  libérale  des  documents  in- 
dispensables à  son  achèvement  ! 

Quoi  qu'il  advienne  de  la  réalisation  de  ce  vœu,  nous  tien- 
drons le  public  savant  au  courant  des  progrès  de  cette  bonne 
et  utile  publication,  et  dès  aujourd'hui  nous  adressons  à 
M.  Cuinet  nos  remerciements  et  nos  encouragements  les  plus 
sincères.  Son  nom  restera  attaché  à  une  œuvre  durable  et 
d'une  importance  incontestable ,  qui  prendra  place  au  premier 
rang  parmi  les  travaux  dont  TOrient  moderne  est  l'objet. 

B.  M. 


Sous  le  titre  de  Dehestân-è-parsy  ou  «  Ecole  du  persan  » , 
Habib-efendi ,  dont  le  nom  est  avantageusement  connu  par 
de  nombreuses  publications  grammaticales  et  littéraires ,  vient 
de  faire  paraître  un  Manuel  de  langue  persane  à  l'usage  de 
ses  compatriotes,  dont  nos  écoles  d'Europe  peuvent  tirer 
aussi  un  excellent  profit.  Ce  petit  livre  est  fait  sur  le  modèle 
du  Traité  complet  de  grammaire  auquel  l'auteur  a  donné  le 
nom  de  Destour-è-soukhèn  «  Règles  du  langage  »  et  qu'il  a  publié 
il  y  a  une  vingtaine  d'années.  Il  en  est  l'abrégé  en  ce  sens 
que  les  règles  de  la  grammaire  arabe  et  la  plupart  des  para- 
digmes empruntés  aux  poètes  persans  en  ont  été  éliminés. 
Mais,  à  plus  d'un  titre,  le  nouveau  Manuel  mérite  d'être 
considéré  comme  une  œuvre  originale  destinée  à  compléter 
celle  qui  lui  a  servi  de  modèle.  —  L'auteur  a  le  don  de  l'en- 
seignement. Son  exposé  est  net,  lucide,  à  égale  distance  de 
la  concision  obscure  et  de  la  prolixité.  Il  n'embarrasse  pas  le 
débutant  par  cet  étalage  de  termes  techniques  et  d'arguties 
linguistiques  qui  encombrent  la  plupart  des  traités  didactiques 
dus  aux  Orientaux;  enfin  ses  exemples  sont  toujours  bien 
choisis  et,  pour  la  plupart,  empruntés  à  la  langue  courante. 


200  JUILLET-AOÛT  1891. 

Nous  recommandons  surtout  aux  futurs  rédacteurs  de  gram- 
maire persane  les  chapitres  relatifs  aux  particules  et  aux  mots 
composés;  il  y  a  là  maintes  observations  très  fines  qui  pa- 
raissent avoir  échappé  jusqu'à  ce  jour  aux  orientalistes  qui 
ont  étudié  le  persan  moderne  au  point  de  vue  philologique 
ou  pratique.  La  collaboration  d*un  maître  indigène,  instruit 
et  expérimenté  comme  Test  Habib ,  ne  peut  que  leur  être  d*un 
grand  secours ,  et  à  cet  égard  aussi ,  nous  devons  remercier  le 
laborieux  Mirza  d'une  œuvre  qui  mérite  d'être  connue  hors 
de  l'enceinte  des  écoles  de  Téhéran  et.  de  Constantinople. 

B.  M. 


PUBLICATIONS  NOUVELLES. 

Recueil  de  lettres  arabes  manuscrites ,  publiées  parO.Houdas 
et  G.  Delphin,  2*  édition.  Alger,  Jourdan,  1891,  gr.  in-8°. 

De  epistula  pseudaristotelica  'srepi  ^cLCFiXelas  commentatio, 
thèse  inaugurale,  par  J.  Lippert.  Berlin,  in-8*. 

Eludes  ouraloaltaïqnes ,  par  Willy  Bang  (tirage  à  part  du 
Museon).  Louvain,  1891,  in-8*. 

Diwân  d'al-A}f,tal,  texte  arabe  publié  et  annoté  par  le 
P.  A.  Salhani,  a'  fascicule.  Beyrouth,  imprimerie  catholique, 
1891,  gr.  in-8°. 


Le  Gérant  ; 
Babbier  de  Meynard. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

HISTOIRE 

POLITIQUE,    RELIGIEUSE    ET   LITTÉRAIRE 

D'ÉDESSE 

JUSQU'À   LA   PREMIÈRE   CROISADE, 

PAR 

M.  RUBENS  DUVAL. 

(suite.) 


Ma^nou  IV,  6  ans,  7-1 3  après  J.-C. 

Abgar  V,  pour  la  seconde  fois,  87  ans  et  1  mois, 

1 3-5o  après  J.-C. 

Ma^nou  IV,  second  fils  de  Ma^nou  III,  règne 
6  ans,  de  i an  7  à  Tan  i3  après  J.-C.  De  retour  à 
Edesse,  Abgar  V  reprend  ensuite  le  pouvoir  et  le 
détient  pendant  37  ans  et  1  mois,  de  l'an  i3  à 
Tan  5 G  après  J.-C. 

En  Tannée  à 9,  il  faisait  partie  de  la  députation 
parthe  qui  alla  recevoir  à  Zeugma  Méherdate,  le 
favori  des  Romains.  Celui-ci  venait  revendiquer  la 
royauté  détenue  par  Gozarte.  Abgar  le  retint  à 
Edesse  pendant  plusieurs  mois  et  lui  fit  perdre  un 

lyni.  là 


^■vaiaiUB  ■AtioKAiia. 


202  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

temps  précieux.  Il  laccompagna  ensuite  pendant 
son  expédition  en  Âdiabène;  mais»  g^g^  ^  ^  cause 
de  Gozarte,  il  l'abandonna  traîtreusement  et  sa  re- 
traite entraîna  la  défaite  de  Tarmée  de  Méherdate^ 

La  légende  dont  nous  parlerons  sous  le  cha- 
pitre V  fait  d*Abgar  le  pfemîer  roi  chrétien  ;  sa  con- 
version aurait  eu  lieu  aussitôt  après  la  mort  de 
Jésus.  Mais,  en  fait,  les  rois  d'Edesse  n abjurèrent 
le  paganisme  que  près  de  deux  siècles  plus  tard; 
Abgar  IX,  le  Grand,  fut  le  premier  d entre  eux. 
Abgar  V  eut-il  aussi  le  titre  de  Grand?  C'est  fort 
douteux.  Gutschmid  incline  à  le  croire,  en  se  fon- 
dant sur  un  passage  de  la  Chronique  d'Édesse^  qui, 
à  propos  de  l'inondation  de  201,  mentionne  :  «La 
source  qui  sortait  du  magnifique  palais  d' Abgar,  le 
grand  roi  ».  Quoique  cet  événement  eût  lieu  sous  le 
règne  d' Abgar  IX,  qui  porte  effectivement  sur  les 
médailles  le  titre  de  Msya\6s,  le  savant  critique  es- 
time que  ces  mots  «  Abgar,  le  grand  roi  »  désignent 
Abgar  V,  Abgar  IX  n'ayant  pas  ce  titre  dans  les 
autres  passages  de  la  chronique.  L'argtiment  est 
faible;  on  remarquera  du  reste  que,  dans  la  Doc- 
trine d'Addai,  Abgar  V  n'a  pas  d'autre  épithèle  que 
celle  d'Onkhâma  «  le  Noir  »  et  que  ce  héros  de  la 
légende  aurait  certainement  été  qualifié  de  Grcmd, 
si  la  tradition  s'y  était  prêtée. 

Le  mythe  qui  met  ce  prince  en  relation  avec 

^  Tacite,  Ann,,  XII,  13  et  1^,  où  il  est  appelé  :  «Acbarus  Ara- 
bum  rex». 

*  Daas  Assémani,  B.  0,,l,  dgo. 


HISTOIRE  D'él^E:SS£:.  WB 

Jési*3  le  rendit  célèbre  daos  toiut  IXJnient  <€Jw?étien> 
Les  Anotténiens ,  dans  le  désir  de  faire  i?e«ntEyater  Iwr 
Eglise  au  temps  des  Apôtres  \  s'^douparèrent  db  oe 
raythe  et  retravaillèrent  Thistoire  dAbgar  suivant 
leurs  vues  personnelles.  Pour  Moyse  de  Khorène^, 
rhistoire  de  TOsrhoène  ne  commence  (ju  avec  Abgar 
Oukhâma.  «Un  descendant  de  Tigrane  le  Grand, 
rapporte  cet  historien,  Arscham,  fils  d'Artachès, 
qui  était  monté  sur  le  trône  en  33  avant  J.-C,  eut 
de  longs  démêlés  avec  Hérode,  roi  des  Juifs,  et 
mourut  s^près  avoir  régné  3o  ans.  3w  JGis  Apfcar 
(Abgar)  lui  succède  et  transporte  sa  capjitale  de 
Medzpin  (Nisibe)  à  Edesse.  A  sa  mort,  son  royaxjme 
fut  partagé  en  deux  moitiés  :  Anané  ou  Ananoun 
(Ma^nou),  son  fils,  reçut  Edesse;  Sanatrouk,  fils  de 
sa  seeur,  eut  en  partage  TAiTOénie  et  TAdiabiène. 
Bientôt  Sanatrouk  s'ec^pare  du  royaume  entier  H 
f»it  périr  ou  cbasse  les  descendants  dApkar  ;  çqprè» 
qfuoi  il  reconstruit  et  embellit  Medz^pin.  » 

Moyse  de  Khorène^  et  Assoghiz*  racontent  que 
la  deuxième  année  du  règne  d'Abgar,  fils  d*Aj> 
scham ,  toutes  les  provinces  dArménie  devinrent  tri- 
butaires des  Romains.  Abgar  avait  reçu  une  partie 
de  la  Pbénicie  et  de  la  Syrie , .  à  la  coixditioo  vdb  «payer 
un  tribut  aux  Romains.  Nous  avons  déjà  dit  (p.  1 1 3  ) 
que  Moyse  de  Khorène  avait  fait  de  la  reine  Hél^e 

^  Comp.  cirdessHs,  p.  i  rS. 

*  (Livre  H,  26. 
^  Livre  11,  36. 

*  H isi.  universelle, l,  b à. 


204  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

la  femme  d'Abgar  Oukhâma,  tandis  que  la  Doctrine 
d'Addai  donne  à  ce  prince  pour  épouse  Schaimat, 
fille  de  Méherdate^ 

Mahiou  V,  7  ans,  50-67  après  J.-C. 

A  Abgar  V  succéda  son  fils,  Ma^nou  VI,  qui 
régna  7  ans,  de  5o  à  87  après  J.-G. 

Ma^nou  VI,  i4  ans,  67-71  après  J.-C. 

A  la  mort  de  celui-ci,  Ma^nou  VI,  son  fi:'ère, 
monte  sur  le  trône  et  règne  ilx  ans,  de  67  à  71 
après  J.-G. 

Abgar  VI,  20  ans,  71-91  après  J.-C. 

Ma*nou  VI  eut  pour  successeur  son  fils ,  Abgar  VI, 
qui  conserva  la  royauté  pendant  20  ans,  de  71  à 
91  après  J.-G.  Ce  prince  fit  construire  le  célèbre 
mausolée  dont  la  Chronique  d'Édesse  parie  en  ces 
termes  :  «En  Tannée  4oo  (88-89  ^®  J.-C.),  le  roi 
Abgar  construisit  im  tombeau  en  Thonneur  de  sa 
mort^.  » 


*  The  Doctrine  of  Adam,  p.  9.  (Cf.  sur  ce  nom  Z.  D.  M,  G., 
XXXV,  737;  Jonrncd  asiatique,  7*  série,  XVII,  182.) 

*  n  est  possible  que  ce  mausolée  fut  le  même  que  cdui  dont 
parle  la  Doctrine,  p.  A 9  (et  Ane,  Syr,  doc.,  p.  21),  où  la  légende 
fait  déposer  le  corps  d'Addai  :  «  Ce  grand  mausolée  orné  de  scidp- 
tures ,  où  étaient  ensevelis  la  famille  Aryou  et  les  ancêtres  du  roi 
Abgar.  »  Dans  cette  hypothèse ,  il  faudrait  lire  dans  la  Chronique  : 
cij^»3f  ]%j^V  c  en  rhonneur  de  sa  &mille  » ,  au  lieu  de  :  oiLoaor  ]iA»9 
«  en  rhonneur  de  sa  mort  » ,  expression  assez  étrange. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  205 

Interrègne  de  18  ans,  91-109. 

Immédiatement  après  Abgar  VI,  Denys  place 
Abgar  Vil,  fils  d'Izate,  qui  règne  6  ans  et  9  mois. 
Mais  nous  savons  par  d'autres  sources  qu'im  inter- 
valle de  1 8  années  sépara  les  règnes  de  ces  deux 
princes.  Au  commencement  des  Actes  de  Scharbil^, 
observe  Gutschmid,  la  quinzième  année  de  Trajan 
et  la  troisième  année  d' Abgar  VII  sont  mises  en  pa- 
rallèle avec  Tannée  4i6  des  Séleucides.  Dans  les 
Actes  de  Barsamya  qui  font  suite  aux  Actes  de  Scharbil, 
ces  mêmes  dates  sont  reproduites,  avec  la  mention 
du  consulat  de  Commode  et  de  Gerialis  en  plus, 
mais  Tannée  d' Abgar  n  est  pas  indiquée.  Ce  synchro- 
nisme n'est  pas  rigoureusement  exact  :  Tannée  4 1  fr 
des  Séleucides  répond  à  Tannée  io5  de  notre  ère 
(octobre  lo/i- octobre  io5);  le  consulat  de  Com- 
mode et  Gerialis  eut  lieu  en  106;  et  la  quinzième 
année  de  Trajan  tombe  en  112.  Nous  verrons  plus 
loin  qu' Abgar  VII  régna  effectivement  à  Tépoque  de 
Trajan,  et  que  son  règne  dut  prendre  fin  au  mois 
daoût  116,  après  Texpédition  de  Lusius  Quietus, 
le  lieutenant  de  Trajan.  En  se  reportant  donc  de 
6  ans  et  9  mois,  durée  de  son  règne,  en  arrière, 
on  arrive  à  Tautomne  de  Tannée  109,  où  ce  règne 
a  dû  commencer.  La  troisième  année  d' Abgar  VII 
répond  ainsi  à  Tan  1 1  2  et  à  la  quinzième  année  de 

'  Cureton,  Ane,  Syr.  doc,  p.  4i. 


20e  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1801. 

Trajan.  C  est  par  suite  d'un  calcul  erroné  que  Tan- 
née Iii6  des  Séleucides  a  été  comprise  dans  ce 
synchronisme  ^  Gutschmid  semble  avoir  rencontré 
juste  quand  il  cherche  la  cause  de  cet  interrègne 
dans  le  récit  de  M oyse  de  Khorène  relatif  à  Sana- 
trôuk.  Gomme  nous  l'avons  rappdié  précédemment 
d  après  Moyse,  Sanatrouk,  qui  avait  reçu  en  partage 
rArménîe  et  l'Adiabène,  s'empara  d'Édesse  et  sup^ 
planta  les  princes  légitimes  de  l'Osrhoène.  Bien  que 
cet  historien  soit  peu  digne  de  foi,  son  r^t  peut 
avoir  un  fondement  historique.  Il  semble  recevoir 
une  confirmation  du  nom  d'Izate ,  le  père  d'Abgar  VII  ; 
on  sait  en  effet  que  la  famille  d'Itàte  régnait  sur 
l'Âdiab^e  au  commencement  de  notre  ère.  Suivant 
Suidas  \  Abgar  VIII  avait  acheté  son  royaume  de 
PaCore  moyennant  une  forte  sonmie  d'argent.  • 

Abgé^r  VII,  6  ans  et  9  mois,  109-1 16. 

Âbgar  VU,  fils  d'Izate,  règne  6  ans  et  9  mois, 
de  109  à  116.  Sous  ce  prince  eut  lieu  l'expédition 
de  Trajan,  qui  mit  fin  au  royaume  nabatéwi  de 
Pétra  et  à  toutes  les  petites  principautés  établies  près 
de  l'Euphrate  et  du  Tigre.  Abgar  se  concilia  la  fa- 
veur de  Trajan ,  auquel  il  envoya  une  députation  lui 
offrant  son  royaume.  Il  s'excusait  en  même  temps 
de  ne  pas  se  rendre  en  personne  auprès  de  Tempe- 


*  Gomp.  Gutschmid,  loc.  ciu,  p.  17. 

*  Sous  càyi?Tif ,  cf.  Gutschmid,  loc,  cit.,  p.  25. 


HISTOIRE  D^ÉDESSE,  207 

reur  par  crainte  des  Parthes^  Quelque  temps  après, 
lorsque  les  princes  d'Arménie  et  de  Mésopotamie 
firent  leur  soumission,  Abgar  se  dispensa  d'aller  au 
camp  de  Trajan,  mais  il  se  fit  représenter  par  son 
fils  Arbandes ,  qui  était  dans  la  fleur  de  1  âge  et  qui 
devint  le  favori  de  l'empereur.  A  la  fin  de  l'au-r 
tomne,  Abgar  lui-même  se  porta  à  la  rencontre  de 
Trajan ,  qui  revenait  hiverner  en  Syrie ,  et  lui  oflrit 
des  présents  de  valeur  :  deux  cent  cinquante  che- 
vaux avec  un  nombre  égal  d'armures  pour  chevaux 
et  cavaliers,  et  six  mille  flèches.  Trajan  accepta  seur 
lement  trois  cuirasses  et  fut  l'hôte  d' Abgar  à  Édesse^. 
En  1 1 5 ,  Abgar  accompagna  l'armée  romaine  pen- 
dant l'expédition  dirigée  contre  Sporakès,  le  phy- 
larque  d'Anthemusia ,  qui  avait  refusé  de  se  sou- 
mettre^. La  même  année  toute  la  Mésopotamie  fut 
soumise  à  l'empire  romain»  Mais,  en  1 16,  pendant 
que  Trajan  était  retenu  près  du  golfe  Persique,  les 
princes  subjugués  relevèrent  la  tête  et  cherchèrent 
à  reprendre  possession  de  leurs  royaumes.  Lusius 
Quietus  et  Maximus  furent  expédiés  de  Babylone 
contre  eux.  Maximus  échoua  ;  mais  Lusius  mit  en 


^  Dion  Cassius,  liXVIU,  i8,  et  Suidas,  cités  par  Gutschmid, 
loc,  cit.^p.  25.  Gutschmid  fait  commencer  à  la  fin  de  Tautomne  ii3 
l'expédition  de  Trajan ,  qui  se  continua  pendant  les  années  ni, 
II 5  et  1 16.  Mommsen,  au  contraire,  dans  le  5*  volume  de  sa  Robt 
mische  Geschickte,  p.  398,  fixe  à  l'automne  ii4  le  début  de  cette 
campagne ,  qu'il  partage  entre  les  Années  1 1 5  et  116. 

^  Dion  Cassius ,  LXVIII  ,21;  Suidas ,  sous  ÈSeaau. 

^  Dion,  loc.  cit.;  comp.  Gutschmid,  loc,  cit,,  p.  a6,  qui  rap- 
porte les  divers  passages  de  Suidas  relatifs  à  ces  événements. 


Î08  SEPTEMBRE-OCTOBRE  18Q1. 

déroute  les  rebelles,  reprit  Nisibe,  assiégea  Ëdesse, 
qu'il  mit  à  feu  et  à  sang  après  s  en  être  emparé  ^. 
Ainsi  finit  au  mois  d  août  i  1 6  le  règne  d'Abgar, 
dont  il  nest  plus  question.  Ce  prince  périt  sans 
doute  lors  de  la  révolte  de  la  Mésopotamie  contre 
les  Romains,  dont  il  était  Tallié^. 

Interrègne  de  a  ans,  116*118. 

Après  Abgar  VII  suit  un  interrègne  de  2  ans, 
pendant  lequel  les  troupes  romaines  occupèrent 
sans  doute  TOsrhoène  ^. 

Iloor  on  laloud  et  Pharnataspat  ou  Parthamaspat , 
^  ans  et  10  mois,  118-122. 

Parthamaspat  seul,  10  mois,  122-123. 

La  liste  de  Denys  mentionne  ensuite  Ilour  ou 
laloud  Pharnataspat,  qui  régna  3  ans  et  10  mois  et 
auquel  succéda  Pharnataspat.  Selon  Gutschmid  celui- 
ci  n  est  pas  différent  du  prince  Parthamaspat,  Ilapd- 
aïKKTTTohrts  ou  TIap6e(JLa(r7rdlTrjs ,  que  Trajan  mit  à  la 
tête  des  Parthes*.  Hadrien,  en  renonçant  aux  con- 

1  Dioii,LXVIII,3o. 

'  Voir  Gutschmid ,  loc,  cit.,  p.  27. 

'  Les  Actes  de  Scharbil  et  de  Barscurda  [Ane.  Syr.  doc.,  de 
Gureton)  font  en  effet  commencer  sous  Trajan  l'occupation  d'Ëdesse 
par  les  Romains.  C'est  ainsi  qu'il  faut  aussi  entendre  le  passage 
de  Barhehrœus  (Chron.  syr.,  p.  67;  Histoire  des  Dyn.,  p.  121) 
qui  place  à  la  4*  année  d'Hadrien  la  fin  du  royaume  d'Édesse.  Seu- 
lement, comme  le  remarque  Gutschmid,  Barhebrasus  a  descendu 
cette  date  d*une  olympiade. 

^  Dion,  loc.  cit.;  Jean  Malala,  I,  352,  357;  Gutschmid,  loc, 
cit.,  p.  28. 


HISTOIRE   D*£DESSE.  209 

quêtes  de  son  prédécesseur  au  delà  de  TEuphrate, 
laissa  les  Parthes  rappeler  leur  ancien  roi  et  Phar- 
nataspat  ou  Parthamaspat  reçut  en  compensation  le 
gouvernement  des  peuples  voisins.  Il  semble  donc 
que  le  successeur  d*Abgar  VII,  dont  le  nom  incer- 
tain peut  être  prononcé  Ilour  ou  laloud,  aurait 
régné  sous  lautorité  de  Parthamaspat  pendant  3  ans 
et  lo  mois,  et  que  ce  dernier  lui  aurait  succédé, 
comme  roi  d*Edesse,  pendant  lo  mois^ 

Ma^nou  Vn,  16  ans  et  18  mois,  laS-iSg. 

Après  Parthamaspat ,  l'ancienne  dynastie  reparaît 
à  Edesse  avec  Ma*nou  VU ,  fils  dlzate  et  sans  doute 
frère d'Abgar  VU.  Ce  prince  règne  1 6  ans  et  8  mois, 
de  1  23  à  139. 

Ma'nou  VIII,  24  ans,  iSg-iGS. 
Wâël,  2  ans,  i63-i65. 

n  a  pour  successeur  son  fils  Ma^nou  VUI ,  qui  régna 
2 II  ans,  de  139  à  i63,  puis  se  retira  chez  les  Ro- 
mains, n  est  remplacé  à  Edesse  par  Wâël,  fils  de 
Sahrou,  qui  occupe  le  trône  pendant  2  ans,  de  1 63 
à  i65.  Celui-ci  avait  été  imposé  par  les  Parthes, 
devant  lesquels  Ma^nou  s  était  enfiii.  Quoiqu'il  ait 
embrassé  le  parti  parthe ,  Wâël  appartenait  à  la  dy- 
nastie nabatéenne ,  comme  l'indique  son  nom  arabe 

^  Gutschmid  remarque  que  les  monnaies  des  rois  d'Édesse ,  que 
l'on  croyait  de  cette  époque,  sont  d'une  date  beaucoup  plus  basse. 
Ni  les  monnaies  elles-mêmes  ni  l'état  politique  d'Édesse  ne  com- 
portent une  tdle  attribution. 


210  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

S 

Jtjl^,  Oiézkos,  assez  fréquent  dans  les  inscriptioDS 

du  Sinaï  et  du  nord  de  TArabie^,  Le  nom  du  père, 
Sahrou,  est  également  nabatéen^. 

On  possède  de  ce  roi  des  monnaies  de  cuivre 
qui  ont  été  publiées  par  Scott  ^.  Elles  portent  sur  la 
face  une  tête  d*honmie  tournée  à  gauche  et  décou- 
verte. Une  légende  syriaque,  Ai^a  i^sArr)  «le  roi 
Wâël  » ,  se  trouve  à  droite  et  à  gauche  de  la  tête.  Sur 
le  revers  de  1  une  d'elles  est  figuré  un  temple  vu  de 
côté  avec  deux  colonnes.  A  l'intérieur  du  temple, 
un  objet  oblong  sur  une  table.  De  chaque  côté,  une 
légende  syriaque  douteuse^.  Sur  le  revers  dune 
autre  médaille,  on  voit  le  buste  dun  roi  parthe,  à 
gauche,  avec  la  tiare,  «Ce  roi,  dit  Gutschmid*,  est, 
à  n'en  pas  douter,  Volagase  III  (nov.  1 48-191), 
comme  on  peut  s'en  convaincre  en  comparant  un 
tétradrachme  de  ce  prince  publié  par  Percy  Gard- 
ner^.  »  Cette  monnaie  a  été  frappée  avant  i64,  an- 
née où  eut  lieu  la  conquête  de  la  Mésopotamie  par 
Lucius  Verus. 

Lucius  Verus  marcha  contre  les  Pàrthes  et  pé- 

*  Voir  Euting,  NabaU  Inschr.,  Register;  Z.  D.  M,  G,,  III,  188 
et  iio;  XIV,  4io,  46o-46a;  Caussin  de  Peroeval,  Hist.  antéisla- 
mique  des  Arabes,  I,  69,  190;  II,  333 ;  III;  5,  i3o,  ai2;  Renan, 
Journal  asiatique,  1882,  p.  18;  Waddington,  Inscript,  grecques  de 
la  Syrie,  n"  2496. 

«  Cf.  Z,  D.  M.  G.,  m,  139;  XIV,  424;  XVII.  58i. 

^  Dans  le  NumisnKitic  Chronicle,  i856,  t.  XVUL 

^  Peut-être  le  mot  oi^  «dieu».  (Voir ci-dessus,  p.  i3i,  note  a.) 

*  Loc,  cit» ,  p.  3o. 

®  The  Parthian  coinage,  pi.  Vil,  8. 


HISTOIRE  D*ÉD£SSE.  SU 

nétra  en  Mésopotamie  en  i63.  Mais  ce  ne  fut 
qu'en  i64  que  la  conquête  de  cette  province  fiit 
achevée.  Edesse  fut  assiégée;  les  habitants  massa- 
crèrent la  garnison  parthe  et  livrèrent  la  ville  aux 
troupes  romaines ^  L'année  suivante,  la  paix  fut 
signée  entre  les  Parthes  et  les  Romains  ;  aux  termes 
du  traité  de  paix,  TOsrhoène  passait  dans  la  clien- 
tèle romaine  '^. 

La  monnaie  de  Wâël,  à  lelïîgie  de  ce  prince  et 
de  Volagase  III,  confirme  la  chronologie  rectifiée 
par  Gutschmid,  qui  place  les  deux  années  du  règne 
de  Wâël  entre  i63  et  i65-  Wâël  fut  mis  sur  le 
trône  d'Edesse  par  Volagase,  qui  chassa  Ma'^nou, 
lami  des  Romains,  et  imposa  une  garnison  à  la 
ville.  La  défaite  des  Parthes  et  là  conclusion  de  la 
paix  mirent  fin  au  règne  de  Wâël. 

Les  monnaies  de  Wâël  sont  les  plus  anciennes 
que  l'on  possède  de  TOsrhoène ,  si  Ion  excepte  quel- 
ques types  au  nom  de  Ma^nou.  Scott  a  publié  une 
médaille  de  ce  genre  dans  le  Numismatic  Chronicle  *  : 
figure  à  droite  avec  le  bonnet  conique  orné  d'un 
grènetis  de  perles  et  d'un  diadème;  au  revers  la 
légende  :  v^Aisn  ftv\,*y3  «  Ma^nouleroi  ».  Scott  tenait 
cette  médaille  pour  postérieure  à  celles  de  Wâël  et 
la  plaçait  au  temps  de  Pesc^mius  Niger.  Mais  Gut- 


'  Lucien,  De  conscrib.  Hist.,  22;  Procope,  De  bello  Pers,,  II, 
12. 

^  Chron.  d'Edesse,  dans  Assémani,  B,  0.,  I,  Sgo;  Capitoiin. 
Veras,  7.  (Gutschmid,  loc.  cit.,  p.  29.) 

^  Tome  XVni.  p.  20,  pi.  I,  5-6. 


212  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

schmid  fait  observer  que  le  prince  qui  régnait  à 
Édesse  à  l'époque  des  Pescennius  était  un  Abgar  et 
non  un  Ma^nou.  Il  est  donc  vraisemblable  que  cette 
monnaie  fut  frappée  pendant  la  première  partie  du 
règne  de  Ma^nou  VIII,  avant  Tannée  i63. 

Après  la  conclusion  de  la  paix  de  1 65  qui  plaçait 
rOsrhoène  sous  la  suprématie  de  Rome ,  on  s  attend 
avoir  MaWu  VIII,  lami  des  Romains,  (pikopdpms 
(sur  les  monnaies),  revenir  à  Edesse,  doù  lavait 
chassé  son  rival  Wâël.  La  liste  de  Denys  ne  men- 
tionne en  effet  aucune  interruption  entre  Wâël  et 
Ma^nou ,  de  retour  à  Edesse.  Cependant  une  monnaie 
du  Cabinet  des  médailles  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale porte  sûrement,  d'après  les  investigations  aux- 
quelles Gutschmid  s  est  livré ,  sur  la  face ,  la  tête  de 
Lucius  Verus  avec  la  légende  OYPOC;  et  sur  le  re- 
vers, une  figure  barbue  couverte  de  la  tiare,  avec 
la  légende  ABrA[POC].  Cette  médaille  confirme  lat- 
tribution  qui  avait  été  faite  à  Tépoque  de  Lucius 
Verus  dautres  médailles  du  même  type. 

Abgar  VUI,  2  ans,  165-167. 

Il  est  donc  certain  quil  y  a  eu  à  Edesse  un  Abgar  à 
ce  moment-là.  Gutschmid  suppose  que,  à  raison  de 
la  rareté  de  ses  monnaies,  ce  prince  a  dû  régner 
peu  de  temps;  il  lui  assigne  2  ans,  de  1 65  à  1 67  ^ 

^  Gutschmid  rappelle  encore  [loc,  cit.,  p.  Sa)  que  Capitolin 
[Anton,,  p.  9)  mentioane  un  roi  Abgar  du  temps  d'Antonin, 
vers  i55.  La  Chronologie  de  Denys  place,  en  effet,  Abgar,  fils  de 
Ma'nou,  entre  i53  et  188;  ce  qui  répond  bien  à  Tindication  d'un 


HISTOIRE  DT.DESSE.  213 

Ma^nou  VIII,  pour  la  seconde  fois,  12  ans,  167-179. 

Revenu  à  Edesse,  Ma^nou  régna  12  ans,  de  167 
à  1 79.  A  cette  seconde  période  de  son  règne  appar- 
tiennent des  monnaies  d'argent  avec  légendes  grec- 
ques. Ma^nou  y  est  désigné  souvent  avec  le  titre 
d'ami  des  Romains ,  (piXopcifÂOÏs,  Sur  la  face  est  repré- 
sentée la  tête  de  Marc-Aurèle ,  ou  de  Faustina,  de 
Lucius  Verus,  ou  de  Lucilla;  sur  le  revers,  le  nom 
de  Ma^nou  avec  divers  emblèmes,  mais  sans  figure. 
On  a  nié  que  ces  monnaies  fussent  originaires  de 
rOsrhoène,  mais  Gutschmid  les  a  revendiquées, 
avec  raison  selon  nous,  pour  Ma^nou  VIII. 

Abgar  IX,  35  ans,  179-214- 

A  Ma'nou  VIII  succéda  son  fils,  Abgar  IX ,  qui 
régna  35  ans,  de  179  à  21 4.  Il  prit  part  au  soulè- 
vement de  la  Mésopotamie  contre  Pescennius  Niger 
en  194.  A  la  mort  de  Niger,  les  peuples  révoltés 
envoyèrent  des  députés  à  Septime  Sévère,  en  pré- 
tendant qu'ils  avaient  pris  les  armes  dans  son  in- 
térêt, mais   ils  se  gardèrent  bien   de  restituer  les 

Abgar  sous  Antonin  et  d'un  Abgar  sous  Lucius  Verus.  Cependant 
cette  chronologie  est  battue  en  brèche,  d'un  autre  côté,  par  les 
événements  que  nous  avons  relatés  précédemment.  Gutschmid  sup- 
pose que  l'Abgar  d' Antonin  aura  été  un  prétendant,  rival  de 
Ma'nou,  lequel  n'aura  pu  arriver  au  trône.  On  voit  combien, 
malgré  les  consciencieuses  recherches  du  savant  critique,  la  suc- 
cession de  ces  petits  monarques  présente  encore  des  points  dou- 
teux. 


214  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

places  dont  ils  s'étaient  emparés,  ainsi  que  le  re- 
marque Dion  ^  En  agS ,  Sévère  pénétra  en  Mésopo- 
tamie et  soumit  les  rebelles.  H  ne  fait  pas  de  doute, 
selon  Gutschmid,  que  ceux-ci  n'aient  agi  d'accord 
avec  les  Parthes  et  qu'ils  n'aient  été  secourus  par 
eux;  telle  est  la  cause  de  l'erreur  de  certains  au- 
teurs, qui  disent  «  que  Sévère  vainquit  Abgar,  le  roî 
des  Perses^».  Suivant  Mommsen^,  les  Osrhoéniens 
et  les  Parthes  avaient  envoyé  des  secours  à  Pescen- 
nius  Niger  et  avaient  pris  parti  poiu*  lui  contre  Sé- 
vère. Tel  aurait  été  le  motif  de  Fexpédition  die  ^ 
Sévère  en  Mésopotamie,  et  c'est  dans  ce  sens  qu'on 
doit  entendre  la  défection  de  rOsrhoèné  et  de  l'Adia- 
bène  dont  parie  Dion.  Lorsque  ensuite  les  Parthes 
envahirent  la  Mésopotamie,  en  profitant  des  luttes 
entre  Sévère  et  Albinus ,  Edesse  conserva  son  auto- 
nomie ,  mais  le  reste  de  la  Mésopotamie  fut  occupé 
par  des  gamisooas  de  soldats  romaisis  et  réduk  en 
province  romaine  avec  Nisibe  pour  capitsde^.En  i^, 
la  guerre  des  Parthes  ayant  appelé  de  nouveau  Sé- 
vère en  Mésopotamie,  après  la  défaite  d'Aibinufi, 
Abgar  se  réfugia  auprès  de  cet  empereur,  lui  livra 
en  otage  deux  de  ses  fils  et  mit  à  sa  disposition  ses 
nombreux  et  habiles  archers.  Il  sut  gagner  la  con- 
fiance de  Sévère  et  se  rendit  à  Rome,  où  il  fut  reçu 


^  Dans  les  Excer,  Vrsin.,  p.  ^iZ, 
'  Dion ,  LXXV,  2 ,  d'après  Xiphilin. 
'  Ram.  Geschichte,  V,  409. 

^  Voir    Gutschmid,   /oc.  ciu,  p.    Zà  ;   .Mommsen ,    Bœm,    Ge- 
schichte, V,  p.  4 10. 


HISTOIRE  D*ÉDESSE.  215 

avec  une  pompe  qui  rappelait  la  réception  faite  au- 
trefois à  Tiridate  par  Néron,  dit  Dion*.  Procope^ 
fait  le  même  récit,  mais  en  le  rapportant  à  Abgar  V, 
contemporain  d'Auguste,  sous  l'influence  de  îa  lé- 
gende dont  nous  parlerons  sous  le  cha|>itre  v.  Cet 
atïteur  ajoute  que  l'empereur  trouvait  un  tel  charme 
dans  le  commerce  d' Abgar  qu'il  ne  voulait  pas  le 
laisser  retourner  à  Edesse.  Lorsqu'il  partit,  il  lui  fit 
préisenit  d'un  hippodrome  poiu*  sa  ville. 

Uanwée  d' Abgar  à  Rome  ne  doit  pas  être  anté- 
rieure à  fan  2  02 ,  pense  Gutschnrid;  peut-*être  eut- 
dle  lieu  <5ette  année-ià  même ,  quand  on  célébra  avec 
tant  de  solennité  les  Décennies  de  Sévère  et  les  nooes 
de  son  fils  Antonîn  (Caracalla)  avec  Plautflla. 

A  l'aiutomne  de  l'année  201  eut  lieu  la  gracnde 
inondation  du  Daiçân ,  qui  laissa  ^ne  si  vive  fenpres^ 
sioti  dans  les  esprits  des  Ëdesséniens  et  dont  les 
chroniques  parient  en  détail  :  «  En  l'année  5 1 3  (des 
Séleucides) ,  dit  la  Chronique  d' Edesse^ y  sous  le  règne 
de  Sévère  et  sofis  le  règne  du  roi  Al^r,  fils  dai  roi 
Ma^nou,  au  mois  de  Teschrin  II  (novembre),  la 
source  qui  sort  du  grand  palais  d'Abgar  le  Grand 
grossit  et  monta  comme  elle  l'avadt  fait  précédera- 
ment.  Elle  s'emplit  et  déborda  de  tous  côtés.  Les 
cours ,  les  portiques  et  les  édifices  royaux  commaa- 
cèrent  à  être  envahis  par  les  eaux.  A  cette  vue,  notre 
seigneur  le  roi  Abgar  monta  sur  le  terre-plein  de  la 

^  Dion  Cassius,  LXXIX,  16. 

*  De  bello  Pers. ,  II ,  12. 

^  Assémani,  B.  0.,  I,  p.  Sgo. 


216  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

montagne  qui  domine  son  palais,  là  où  se  trouvent 
les  demeures  des  gens  de  service  du  gouvernement. 
Pendant  que  les  ingénieurs  songeaient  aux  mesures  à 
prendre  en  vue  de  la  crue  des  eaux,  il  tomba  pen- 
dant la  nuit  une  pluie  forte  et  abondante  et  le 
Daiçan  prit  des  proportions  inattendues.  Il  arriva 
des  eaux  étrangères ,  qui  rencontrèrent  les  barrages 
assujettis  par  de  grandes  poutres  recouvertes  de  fer 
et  des  traverses  de  fer  qui  les  consolidaient.  Alors  les 
eaux  commencèrent  à  descendre  dans  la  viUe  par  les 
interstices  des  créneaux  du  mur.  Le  roi  Abgar,  qui 
se  tenait  dans  la  grande  tour,  appelée  Tour  des 
Perses,  vit  les  eaux  à  la  clarté  des  lanternes.  Il 
donna  Tordre  de  lever  les  huit  portes  et  barrages  du 
mur  est  ^  de  la  ville ,  par  où  sort  le  fleuve.  Au  même 
moment  les  eaux  renversèrent  le  mur  ouest  et  péné 
trèrent  dans  Tintérieur  de  la  ville.  Elles  détruisirent 
le  grand  et  beau  pdais  de  notre  seignevir  le  roi  et 
entraînèrent  tout  ce  qu'elles  rencontraient  sur  leur 
passage  :  les  admirables  et  splendides  constructions 
de  la  ville;  tout  ce  qui  était  proche  du  fleuve,  du 
sud  au  nord.  Elles  endommagèrent  la  nef  de  Téglise 
des  chrétiens.  Il  mourut  dans  cette  catastrophe  plus 
de  deux  mifle  personnes.  Beaucoup  furent  noyés  par 
les  eaux  qui  entrèrent  subitement  chez  eux  la  nuit 
pendant  qu  ils  dormaient.  » 

Abgar  prit  des  mesures  pour  éviter  à  lavenir  de 
pareils  malheurs.  Il  défendit  de  construire  des  bou- 

'  Le  texte  porte  par  erreur  :  cie  mur  ouest»  ()*d):ki0  IfOA.). 


HISTOIRE  D^ÉDESSE.  217 

tiques  à  proximité  du  Daiçân;  fit  élargir  le  lit  du 
fleuve  ;  installa  des  gardes  de  nuit  pour  surveiller  les 
crues.  Il  se  fit  construire  un  palais  d'hiver  sur  la 
place  de  Tebhârâ  dans  la  citadelle.  Les  nobles  de  la 
ville  imitèrent  son  exemple  et  acquirent  des  rési- 
dences d'hiver  auprès  du  palais  royal. 

Pour  aider  Edesse  à  se  relever  de  ses  ruines,  le 
roi  fit  remise  des  contributions  arriérées  aux  habi- 
tants de  la  ville  et  des  bourgs  environnants,  et  il 
ordonna  de  ne  pas  percevoir  les  impôts  pendant 
cinq  ans. 

Le  document  officiel  utilisé  par  la  Chronicfue 
d'Édesse  pour  la  description  de  cet  événement  se 
termine  par  la  clausule  suivante  :  «  Maryabh ,  fils  de 
Schemesch,  et  Qayouma,  fils  de  Magartat,  les  scribes 
d'Edesse ,  consignèrent  par  écrit  ce  récit  et  le  décret 
d'Abgar;  Bardin  et  Boulid,  préposés  aux  archives 
d'Edesse ,  les  reçurent  et  les  déposèrent  dans  ces  ar- 
chives, en  leur  qualité  de  schariré  (ft)nctionnaires 
assermentés)  de  la  ville.  » 

La  Chronique  de  Denys  ^  décrit  cette  calamité 
d'après  un  document  différent,  qui  ne  mérite  pas  le 
même  crédit.  Selon  cette  chronique,  l'inondation 
n'avait  pas  été  causée  par  la  rupture  du  mur  ouest , 
à  fendroit  où  le  Daiçân  entrait  en  ville,  mais  par 
fobstruction  du  courant  à  la  sortie  du  fleuve  du 
côté  est.  Les  matériaux  charriés  par  les  eaux  et  accu- 
mulés le  long  du  mur  est  auraient  forcé  les  eaux  à 


^  Ed.  TuUberg,  p.  162. 


i5 


xviii. 


218  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

rétrograder  et  à  se  répandre  dans  ia  ville.  C'est  ainisi 
qu'elles  auraient  pénétré  dans  les  habitations  et  noyé 
les  habitants  pendant  leur  sonnneil  ;  puis  elles  auraient 
renversé  le  mur  est  ^  et  se  seraient  écoulées  dans  la 
plaine,  en  y  entraînant  tout  ce  qu'elles  avaient  enr 
levé. 

Denys  place  cette  inondation  à  Tannée  a  16 
(2 31 3 2  d'Abraham),  au  lieu  de  aoi.  Sa  chronologie 
se  trouve  encore  en  défaut  sur  ce  point,  puisque  la 
construction  du  palais  d'hiver  qu'Abgar  fit  élever 
dans  la  citadelle  après  cet  événement  fut  achevée 
en  l'an  206  d'après  la  Chronique  d'Édesse^. 

Il  résulte  de  l'expression  «l'église  des  chrétiens»^ 
dont  se. sert  le  document  de  la  Chronique  d'Édesse 
dans  la  description  de  cette  inondation,  que  le 
christianisme  n'était  pas  encore  la  religion  de  l'État 
en  201.  Abgar,  qui  fut  le  premier  roi  chrétien,  dut 
donc  se  convertir  après  son  retour  de  Rome. 

Jules  Africain  séjourna  quelque  temps  à  la  cour 
d' Abgar;  il  fut  témoin  de  l'adresse  à  tirer  de  l'arc 
de  Ma^nou,  le  fils  du  roi^. 


^  n  semble  que  ce  récit  différent  du  premier  a  été  inspiré  à  son 
auteur  par  l'ancienne  erreur,  qui  se  trouvait  peut-être  déjà  dans  le 
document  officiel,  suivant  laquelle  c'était  le  mur  ouest,  et  non  le 
mur  est,  qui  avait  cédé  à  la  pression  des  eaux.  (Voir  ci-dessus, 
p.  216,  note  1.) 

*  B.  0.,  I,  393. 

^  J.  Afiric,  Gestes,  XXIX,  éd.  Thévenot,  p.  3oo.  L'étrangeté  de 
ce  passage  dans  lequel  Africain  apparaît  comme  le  maître  de 
Ma*nou  dans  l'art  de  lancer  des  flèches ,  a  fait  douter  de  l'attribu- 
tion des  xealoi  à  Jules  Afiicain;  mais  Gutscbmid  (loc,  ciu,  p.  36) 


HISTOIRE  D^ÉDESSE.  219 

Ce  roi  fîit  un  esprit  supérieur  et]  mérita^ie  titre 
de  Grand  que  lui  décerna  Thistoire.  Il  aimait  les 
lettres  et  les  sciences  et  fut  un  partisan  éclairé  de 
la  civilisation  romaine.  De  son  temps  date  l'essor  de 
la  littérature  éd€s;5énierine,  et  on  peut  dire  syriaque, 
comme  nous  le  verrons  sous  le  chapitre  vir  ci-après. 
Il  attira  auprès  de  lui  le  célèbre  gnostique  Bardesane 
(Bar-Daiçân)^  qu'il  encouragea  dans  ses  études.  Sui^ 
vant  le  Livre  des  lois  du  pays,  qui  émane  de  l'école 
de  Bardesane^,  Abgar,  devenu  chrétien,  défendit, 
sous  peine  d'avoir  la  main  trahchée,  la  castration 
pratiquée  en  l'honneur  de  la  déesse- Taratha  ;  à 
partir  de  cette  époque^  ajoute  ce  livre,  cet  ancien 
usage  disparut  de  la  province  d'Édèsse. 

On  possède  de  nombreuses  monnaies  de  la  fin 
du  royaume  de  l'Osrhoène.  Quelques-unes  sont  du 
temps  de  Commode  et  portent  seulemeait  le  nom  de 
cet  empereur,  excepté  une  monnaie  de  cuivre  sur 
laquelle  on  lit  aussi  Aêyapos  t^aertXevs,  En  plus  grand 
nombre  se  trouvent  des  monnaies  de  l'époque  de 
Septime  Sévère,  sur  lesquelles  Abgar  est  désigné, 
quelquefois  par  son  nom  seul,  plus  souvent  avec 
les  prénoms  qu'il  avait  pris  en  l'honneur  de  l'em- 
pereur :  L.  ^lius  Septimius  Abgar.  Gutschmid,  qui 
a  examiné  en  détail  ces  diverses  monnaies,  se  range 
à  l'avis  général  des  numismates  et  rejette  l'opinion 

corrige  ce  passage  de  façon  que  c'est  le  Scythe  Syrmos  et  non  pas 
Africain  qui  joue  le  rôle  du  Centaure  dans  l'éducation  du  jeune 
prince. 

^    Voir  le  Spicilegium  de  Cureton,  p.  20;  traduction,  p.  3». 

i5. 


220  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

de  Langlois^  qui  distinguait,  d après  les  figures, 
plusieurs  Abgar  sous  Septime  Sévère.  Sur  quelques 
types,  Abgar  a  Tépithète  de  Grand,  MsyaXés,  titre 
que  Gutschmid  attribue  à  la  libéralité  de  l'empe- 
reur. L'hypothèse  de  ce  critique,  suivant  laquelle 
Abgar  aurait  mérité  ce  surnom  après  la  conquête 
de  la  Sophène,  nous  semble  douteus*^.  On  ne  voit 
pas  en  effet  que  la  Sophène  ait  jamais  été  rattachée 
à  rOsrhoène, 

Une  monnaie  porte  :  sur  la  face ,  une  tête  d'honune 
barbu  couverte  de  la  tiare  conique  avec  la  légende 
ASyapos  (Saa-iXevs;  sur  le  revers,  une  autre  figure, 
légèrement  barbue ,  couverte  d  une  tiare  semblable , 
avec  la  légende  MANNOC  TTAIC.  Sur  un  autre  exem- 
plaire ,  la  tête  de  Ma^nou  est  imberbe  ^.  D  après  ces 
deux  monnaies,  Ma^nou,  le  fils  d' Abgar  IX,  avait 
été  associé  au  trône  par  son  père  ;  mais  on  n  a  au- 
cune monnaie  de  ce  Ma  nou  seul  et  avec  le  titre  de 
roi.  Gutschmid  a  montré  que  les  pièces  qui  lui 
avaient  été  attribuées  sont  à  feflfigie  soit  d' Abgar  IX, 
soit  de  Sévère  Abgar,  dont  nous  allons  parier. 


*  Numismatique  de  l'Arménie,  p.  73. 

*  Gutschmid  supposait  que  la  Sophène  avait  été  conquise  par 
Âbgar  IX,  sur  la  foi  d'une  légende  qui  fait  périr  Addai  à  Âghd, 
où  il  aurait  été  mis  à  mort  par  Severos,  fds  d'Âbgar.  Mais  cette 
notice  est  purement  fictive.  (Voir  chap.  v  ci-après.) 

*  Sur  cet  exemplaire  le  nom  est  écrit  AAANNOC  au  lieu  de 
MANNOC,  erreur  qui  s'explique  par  le  rare  usage  que  les  Edes- 
séniens  faisaient  de  l'écriture  grecque.  Bayer  (Historia  Osrhoena  et 
Edessena,  p.  i3o)  cherchait  un  nom  Alanus. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  221 

Abgar  IX  et  Sévère  Abgar  X ,  conjointement ,  i  an  et  7  mois , 

On  a  des  monnaies  de  l'époque  de  Caracsdla  à 
leffigie  de  cet  empereur  et  de  Sévère  Abgar  repré- 
senté comme  un  tout  jeune  homme  sans  barbe. 
C'est  ce  prince  qxie  Denys  place  à  l'an  aao3  d'Abra- 
ham et  qu'il  fait  régner  avec  son  père  à  Edesse  pen- 
dant 1  an  et  7  mois.  Suivant  Dion^  il  se  montra 
d'ime  insigne  cruauté  envers  les  habitants  d'Edesse 
sous  prétexte  d'introduire  les  mœurs  romaines.  Ca- 
racalla,  pendant  son  expédition  en  Mésopotamie, 
attira  traîtreusement  Abgar  qu'il  fit  charger  de 
chaînes  et  jeter  en  prison.  Il  s'empara  ensuite  de 
rOsrhoène  privée  de  son  chef.  Cet  événement  se 
passa  au  commencement  de  l'année  216,  car  il  est 
mentionné  par  Dion  ^  avant  la  captivité  de  la  famille 
royale  d'Arménie,  et  on  sait  que  l'épouse  du  roi 
d'Arménie  était  prisonnière  depuis  onze  mois  à  la 
mort  d'Antonin  Caracalla  (8  avril  217). 

A  Abgar  Sévère ,  Gutschmid  rapporte  une  inscrip- 
tion grecque ,  trouvée  auprès  de  la  basilique  de  Saint- 
Paul  ,  à  Rome ,  et  relatant  en  vers  élégiaques  la  mort 
d' Abgar,  âgé  de  vingt-six  ans.  Le  tombeau  où  il  re- 
posait lui  avait  été  élevé  par  son  frère  Antonin. 
Tous   deux   étaient  fils  du  feu  roi  Abgar  ^.  Nous 

*  Dion,  Exe.  Vales,,  p.  746. 

*  Voir  Gutschmid,  loc.  cit,,  p.  36-37»  suivant  Dion,  LXXVH, 
12;  LXXXVm,  27. 

^  Corpus  inscript,  ^rœc,.,  ix°  6196. 


222  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

sommes  plutôt  porté  à  voir  dans  ces  deux  princes 
les  deux  fils  d'Abgar  IX,  que  celui-ci  avait  laissés  en 
otage  à  Rome  ;  telle  est  aussi  Topinion  de  Bayer  et 
de  Langlois^  L'Abgar  auquel  fut  érigé  un  tombeau 
à  Rome  n  a  pas  le  titre  de  roi ,  tandis  que  Sévère 
Abgar  parait  avoir  régné  eflFectivement.  Nous  avons 
déjà  rapporté,  d'après  Dion,  qu'il  était  cruel.  La  lé- 
gende d'Abgar,  dont  nous  parlerons  sous  le  cha« 
pitre  V,  parle  aussi  du  fils  d* Abgar,  nommé  Severos, 
comme  d  un  renégat  qui,  après  la  mort  de  son  père, 
persécuta  les  chrétiens.  Dans  cette  hypothèse,  Sé- 
vère Abgar  devrait  être  distingué  de  ses  ^  deux  frères 
Abgar  et  Antonin,  restés  à  Rome. 

Mais  une  autre    difficulté  surgit.  Denys,  après 
Abgar  IX,  mentionne  Abgar  Sévère  avec  son  fils, 
qui  régnent  ensemble  i   an  et  ^  mois;  et  ensuite 
Ma^nou ,   son  fils ,   qui  occupe   le  trône  pendant 
26  ans.  Sévère  Abgar,  qui,  sur  les  monnaies,  a  lap- 
parence  dun  jeune  homme  imberbe,  ne  pouvait 
avoir  un  fils  associé  à  son  pouvoir,  surtout  quand 
celui-ci  apparaît  comme  un  homme  barbu.  Gut- 
schmid  suppose  qu'il  faut  lire  dans  la  Chronique  d^ 
Denys  à  Tannée  2  2o3  :  «  Régna  à  Edesse  Abgar  slvec 
son  fils  Sévère,  un  an  et  sept  mois»,*  au  lieu  tie  : 
«  Régna  à  Edesse  Abgar  Sévère  avec  son  fils,  un  an 
et  sept  mois  ».  Cette  correction  est  assurément  ingé- 
nieuse ,  mais  le  rôle  de  Sévère  Abgar  demeiu'e  bien 


*  Bayer,  HisU  Osrh.,  p.  178;  Langlois,  NumismaU  de  rAhaéni», 
p.  69. 


HISTOIRE  D*ÉDESSE.  223 

eflfacé  et  ne  répond  pas  à  celui  que  lui  prête  l'his- 
toire, comme  nous  Tavons  dit  ci- dessus.  Sur  les 
monnaies,  du  reste,  il  nest  pas  associé  à  son  père; 
supposer  avec  Gutschmid  que  celui-ci  aura  abdiqué 
à  son  profit,  mais  en  conservant  le  titre  de  roi  qu'il 
aurait  refusé  de  laisser  prendre  à  son  fils ,  c  est  un 
expédient  qu^il  paraît  difficile  d'admettre. 

Ma^nou  IX,  a 6  ans,  2i6-34a* 

L'année  2 1  &  marque  la  fin  du  royamne  d'Edesse , 
réduit  par  Caracalla  en  une  province  romaine.  Il 
avait  duré  trois  cent  quarante-sept  ans.  Cependant 
Denys  ajoute  encore  Ma^nou^  fils  d'Abgar,  et  lui 
assigne  un  règne  de  2  6  ans.  «  Il  est  à  supposer,  dit 
Gutschmid,  que  la  liste  que  Denys  avait  sous  les 
yeux  ne  s'arrêtait  pas  là,  mais  sdlait  jusqu'à  la  mort 
du  dernier  membre  de  la  famifie  royale  d'Edesse.  » 
Ma^nou,  le  dernier  survivant  des  fils  d'Abgar  EX, 
aurait  donc  vécu  vingt-six  ans  après  la  captivité  de 
Sévère  Abgar.  C'est  pour  faire  entrer  ces  vingt- six 
ans  dans  les  trois  cent  cinquante -deux  ans,  qu'il 
indique  pour  la  durée  du  royaume  d'Edesse,  que 
Denys  a  reculé  les  règnes  des  rois  précédents. 
Ma^nou  IX  n'a  donc  eu  de  la  royauté  que  le  titre 
sans  la  puissance. 

Abgar  XI,  2  ans,  242-244. 

Cependant  le  royaume  d'Edesse  devait  renaître 
pour  un  court  laps  de  temps  sous  Gordien  III. 
En  2  /n ,  Ardaschir,  accompagné  de  son  fils  Sapor, 


224  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

avait  envahi  la  Mésopotamie  et  menaçait  Antioche, 
après  s'être  emparé  sous  Maximin  (entre  a36  et  238) 
de  Nisibe  et  de  Carrhes  ^  Gordien  marcha  contre  les 
Perses  en  2/12  et  reprit  les  villes  dont  ceiix-ci  s'étaient 
emparés.  Cet  empereur  dut  mettre  à  la  tête  d'Édesse 
im  descendant  de  la  famille  d'Abgar.  On  trouve  en 
eflFet  des  monnaies  à  leffigie  de  Gordien  et  d'un  roi 
avec   la    légende  :   AYTOK- TOPAI ANOCABTAPOC 
BACIA6YC.  Deux  d  entre  elles  sont  particulièrement 
intéressantes,   parce   qu'elles  se  rapportent,   à  en 
juger  par  les  emblèmes  qui  y  sont  figurés,  à  Im- 
vestiture  du  nouveau  roi  par  lempereur.  Sur  Tune 
d  elles ,  Abgar,  tourné  vers  Gordien ,  tient  une  cou- 
ronne de  la  main  droite.  Sur  lautre,  lempereur, 
assis  sur  la  chaise  curule ,  tend  la  main  droite  vers 
Abgar,  qui  lui  présente  une  petite  victoire^.  Cette 
royauté  de  circonstance  n  a  pas  dû  survivre  à  Gor- 
dien et  aura  fini  avec  lui  en  ilxk*  On  na  pas  de 
monnaie  du  temps  de  Philippe  ;  dans  toutes  les  mon- 
naies postérieures ,  Edesse  reprend  le  titre  de  colonie 
[romaine). 

Ce  dernier  Abgar  paraît  avoir  fini  ses  jours  à 
Rome.  Une  inscription  tumulaire  trouvée  dans  cette 
ville  ^  nous  fait  connaître  le  nom  entier  de  ce  prince, 
appelé  Abgar  Phrahate ,  et  celui  de  sa  femme ,  nommée 
Hodda,  à  laquelle  il  avait  élevé  im  mausolée.  Voici 

^  Voir  Gutschmid,  loc,  ciu,  p.  44;  Mommsen,  Rcmiische  Ge- 
schichte,  V,  421  ;  Nœldeke,  Âufsàtze  zar  persischen  GeschichU,  92. 
*  Voir  Gutschmid,  loc.  cit,  p.  45. 
^  Voir  Muratori,  II,  p.  665,  n*  1. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  225 

la  teneur  de  cette  inscription  :  «DM.  Abgar  Phra- 
hates  filius  rex  principis  Orrhenorù  Hodda  conjugi 
bene  merenti  fec.  »  Langlois  voyait  à  tort  dans  cet 
Abgar  Phrahate  le  jeune  Abgar  mort  à  Rome  à  lage 
de  vingt-sîx  ans,  d'après  Imscription  mentionnée 
plus  haut  (p.  221). 

Telle  est  Thistoire  de  ces  rois  d  après  les  notices 
extraites  des  historiens  grecs  et  latins  et  les  indica- 
tions fournies  par  les  médailles.  Il  est  très  regret- 
table que  les  auteurs  syriaques  nous  aient  transmis 
si  peu  de  chose  sur  Tépoque  pendant  laquelle  Edesse 
fut  indépendante.  Quelque  fautive  que  soit  la  liste 
de  Denys,  elle  nen  constitue  pas  moins  un  docu- 
ment de  première  valeur,  car  sans  elle  nous  n  au- 
rions que  des  notions  confuses  sur  les  rois  d'Edesse. 
Nous  avons  admis  les  rectifications  proposées  par 
Gutschmid  aux  notices  chronologiques  de  Denys. 
Les  critiques  si  judicieuses  de  ce  regretté  savant  per- 
mettent de  considérer  son  travail  comme  définitif, 
tant  que  de  nouveaux  textes ,  malheureusement  peu 
probables,  ne  viendront  pas  apporter  de  nouvelles 
lumières. 

Nous  donnons  ici  la  liste  rectifiée  par  Gutschmid  : 


1.  Aryou 

2.  *Abdou,  fils  de  Maz'our 

3.  Phradascht,  fils  de  Gebar'ou.  .  . . 

4.  Bakrou  I",  fils  de  Phradascht 

5.  Bakrou  II,  [ils  de  Bakrou,  seul.. .    17  ans»  4  mois     iia-gd 


Dorée  des  règnes. 

Epoque 
■V.  J.-C. 

5  ans 

132-127 

7  ans 

127-120 

5  ans 

120-ll5 

3  ans 

ll5-112 

226  SEPTEMBREOCTOBRE  1891. 

Epoque 

Dnrëe  des  règnes.  av.  J.-G. 

6.  Bakrou  II  et  Ma'nou  1*' 4  mois  gd 

7.  Bakrou  II  et  Abgar  P',  le  Bègue. . .     a  ans,  4  mois  94-93 

8.  Abgar  I*',  seul a3  ans,  5  mois  92-68 

9.  Abgar  11^  fils  d'Abgar i5  ans  68-53 

10.  Ma'nou  II,  le  Dieu 18  ans,  5  mois  5a-34 

11.  Paqouri 5  ans  34-39 

la.  Abgar  III 3  ans  39-36 

i3.  Abgar  IV,  le  Rouge 3  ans  36-33 

\h>  Ma'nouin,  TAristoloche 18  ans,  7  mois  a3-4 

Epoque 
•p.  J.-G. 

1 5.  Abgar  V,  le  Noir,  fils  de  Ma'nou ...           10  ans  4  aY.-7  ap. 

16.  Ma'nou  IV,  fils  de  Ma'nou 6  ans  7-13 

17.  Abgar  Y,  de  nouveau 37  ans,  1  mois  i3-5o 

18.  Ma*nou  V,  fils  d'Abgar 7  ans  5o-57 

19.  Ma'nou  Vï,  fils  d'Abgar i4  ans  ^7-71 

ao.  Abgar  VI,  fils  de  Ma'nou 30  ans  7^~9^ 

31.  Interrègne  de  18  ans 18  ans  91-109 

33.  Abgar  Vn,  fils  d'Izate 6  ans,  9  mois  109-116 

33.  Interrègne   de  3  ans  (occupation 

romaine) 3  ans  116-1 18 

34.  l£doud(?)  et  Partbamaspat 3  ans,  10  mois  ii8-i3a 

a5.  Partbamaspat  seul 10  mois  133-1 23 

26.  Ma'nou  VII,  fils  d'Izate 16  ans,  8  mois  i33-i39 

27.  Ma'nou  VIII,  fils  de  Ma'nou 24  ans  139-1 63 

38.  Wâél,  fils  de  Sabrou 3  ans  i63-i65 

39.  Abgar  VIU 2  ans  165-167 

30.  Ma'nou  Vm,  de  nouveau 13  ans  167-179 

3 1 .  Abgar  IX ,  le  Grand ,  fils  de  Ma'nou.          35  ans  179-314 
33.  Abgar  IX  et    Sévère  Abgar,  son 

fils 1  an,  7  mois  3id-3i6 

Durée   du   royaume,  sous  vingt- 
buit  rois,  3^7  ans. 
33.  Ma'nou  IX ,  fils  d'Abgar,  roi  titu- 
laire            36  ans  3i6-a43 

3d«  Abgar  XI,  Pbrabate,  fils  de  Ma^nou.           3  ans  343-344 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  227 

CHAPITRE  IV. 

LE  PAGANISME  X  EDESSE. 

Ëdesse  n^avait  pas  de  dieu  national;  elle  était  adonnée  au 
culte  des  astres.  —  Temple  du  Soleil.  —  Les  Edesséniens 
chrétiens  n avaient  conservé  quun  souvenir  confus  des 
dieux  anciens.  —  Bel  et  Nébo.  —  Génies  sidéraux.  — 
Athargatis.  —  Noms  théopliores. 

Edesse,  à  Tépoque  du  paganisme,  n'avait  pas  un 
dieu  national,  comme  le  lahvé  des  Israélites  ou  le 
Camosch  des  Moabites.  Elle  était  adonnée  au  culte 
des  astres,  répandu  dans  la  Babylonie  et  la  Syrie. 
Le  dieu  du  Soleil,  Schemesch,  y  avait  un  temple, 
qui  était  probablement  au  nord  de  la  ville,  à  en 
juger  par  la  porte  désignée  de  son  nom ,  porte  de 
Beith'Schemesch.  Suivant  Julien  ^,  Edesse  était  un 
lieu  consacré  au  soleil  depuis  les  temps  les  plus  an- 
ciens. Les  Edesséniens  lui  donnaient ,  comme  dieux 
parèdres,  Monime  et  Aziz.  «lamblique,  ajoute-t-il, 
suppose  que  Monime  est  Mercure ,  et  que  Aziz  répond 
à  Mars  :  Oi  tïjv  ÈSsccrav  oUovifTsSf  isphv  è^  aîSvoç 
HX/ot/  yojplov ,  M-àvipiov  avr^  Hoà  A?,i^ov  •  mjyHaBiSpv- 
ovaiv.  AlvMs(70a{  ÇrjeTtv  laixS\i)(p$j  d)S  b  ^6vi[io$  fxèv 
Èpfirjs  etrjy  Alt^os  Se  Apris^  ïlXtov  'uta.peSpoi,  M.  Frantz 
Cumont  a  rejeté  récemment^  cette  identification  de 
lamblique.  Il  semble  avoir  prouvé  qu' Aziz  et  Monime 


*  Orat.,  IV,  p.  195,  éd.  Hertlein,  1875. 
'  hevue  archéologique f  1888,  p.  qS-qS. 


228  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

sont  le  Phosphoros  et  YHesperos  des  Grecs,  cest-à- 
dire  Tétoile  du  matin  qui  précède  le  lever  du  soleil, 
et  rétoile  du  soir  qui  suit  le  coucher  de  cet  astre. 
Ce  culte  répondait ,  suivant  lui ,  au  culte  de  Mithra , 
qui  aurait  pénétré  de  bonne  hernie  à  Edesse.  Quoi 
qu'il  en  soit,  la  triade  divine  est  représentée  sur 
quelques  monnaies  d'Edesse  par  les  trois  étoiles  qui 
ornent  la  tiare  des  rois.  Le  croissant  figuré  égale- 
ment sur  la  tiare  royale  est  un  indice  que  la  divi- 
nité lunaire  était  adorée  à  Edesse.  Nous  voyons  en 
effet,  par  un  passage  de  la  Doctrine  d'Addai  rapporté 
ci-après  (p.  229),  que  le  soleil  et  la  lune  étaient  au 
nombre  des  dieux  édesséniens.  Le  temple  du  soleil 
se  voit  encore  sur  une  monnaie  d'Edesse  ^. 

Les  Edesséniens  chrétiens  n  ont  conservé  qu'un 
souvenir  assez  confus  des  temps  du  paganisme.  Les 
auteurs  syriaques  ne  connaissaient  guère  à  Edesse 
que  Bel  et  Nébo,  également  deux  divinités  sidérales, 
qu'ils  identifiaient,  le  premier  avec  la  planète  de  Ju- 
piter, et  le  second  avec  la  planète  de  Mercure^.  On  lit 
dans  l'homélie  de  Jacques  de  Saroug  sur  la  chute  des 
idoles^  :  «Il  (le  diable)  installa  à  Edesse  Nébo  et 
Bel  avec  beaucoup  d'autres  idoles^.  »  Dans  la  Doc- 
trine d'Addai^,  l'apôtre,  prêchant  le  peuple,  s'écrie  : 

*  Voir  ci-dessus ,  p.  210. 

*  Payne  Smith ,  Thésaurus  syr, ,  sous  '^«k»  et  oaj  . 

»  Publiée  par  M.  l'abbé  Martin  dans  la  Z.  D.  M.  G.,  XXIX, 
p.  111.  Cf.  Assémani,  B.  0.,I,  327. 

^  Selon  la  soi-disant  apologie  de  Méliton  [Spicilegiwn  syr,)  de 
Cureton,  26,  i4»  Nébo  était  adoré  à  Mabboug.. 

*  The  Doctrine  of  Addal,  p.  24. 


HISTOIRE  DÉDESSE.  229 

«  Quel  est  ce  Nébo ,  idole  fabriquée ,  que  vous  adorez? 
Et  Bel,  que  vous  honorez?  H  y  en  a  aussi  parmi 
vous  qui  adorent  Bath-Nical,  comme  les  habitants 
de  Harran,  vos  voisins;  et  Tar'atha,  comme  les  ha- 
bitants de  Mabboug;  et  TAigle,  comme  les  Arabes; 
et  le  soleil  et  la  lune ,  comme  d'autres  tels  que  vous  ^.  » 
Un  peu  plus  loin^,  la  Doctrine  raconte  ce  qui  suit  : 
«  Schavida  et  ^Abdnébo ,  les  chefs  des  prêtres  de  cette 
ville,  voyant  les  miracles  qu'il  (Addai)  avait  faits, 
s'empressèrent  de  renverser  les  autels  sur  lesquels 
ils  sacrifiaient  devant  Nébo  et  Bel,  leurs  dieux,  ex- 
cepté le  grand  autel  situé  au  milieu  de  la  ville.  » 
Ajoutons  encore  ce  passage^  :  «Les  prêtres  mêmes 
du  temple  de  Nébo  et  de  Bel  rendaient  des  hon- 
neurs (aux  prêtres  chrétiens)  en  toute  circonstance.  » 
Dans  ces  passages ,  Nébo  et  Bel  semblent  associés , 
partageant  le  même  temple.  On  remarquera  que  le 
grand  autel  situé  au  milieu  de  la  ville  échappa  à  la 
destruction  des  autres  autels.  Il  paraît  en  effet  avoir 
subsisté  encore  assez  longtemps  après  l'introduction 
du  christianisme  à  Edesse.  On  y  sacrifiait  aux  génies  : 
«  Quel  est  donc  ce  grand  autel,  dit  l'apôtre  Addai ^, 
que  vous  avez  construit  au  milieu  de  cette  ville,  sur 
lequel  sans  cesse  vous  faites  des  offrandes  aux  dé- 
mons et  vous  sacrifiez  aux  génies?  » 

^  M.  Philipps,  confondant  hrinê  «autres»  avec  haranâyê  «Har- 
raniens»,  traduit  à  tort,  p.  24  :  «As  the  rest  of  the  inhabitants  of 
Harran ,  who  are  as  yourselves.  » 

*  The  Doct.,  p.  34. 

•'  Loc.  cit.,  p.  5o,  i5. 

*  The  Doct.,  p.  26. 


230  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Les  génies,  dans  le  cuite  astrolâtrique,  étaient 
considérés  comme  des  intermédiaires,  au  nioyeti 
desquels  les  astres  exerçaient  sur  la  terre  leur  in- 
fluence heureuse  ou  néfaste.  C^était  ordinairement 
sur  les  toits  plats  des  maisons,  où  ils  résidaient, 
quon  les  implorait  ou  quon  les  conjurait.  Isaac 
d*Antioche  ^  se  plaint,  au  v*  siècle  de  notre  ère,  des 
femmes  qui  faisaient  encore  des  ofirandes  à  Vénus 
sur  les  toits  de  leurs  maisons.  Dans  la  version  sy- 
riaque, dite  Peschîto,  du  Nouveau  Testament,  le 
démon  de  Tépilepsie ,  que  Ion  croyait  agir  par  Tin- 

fluence  de  la  lune,  est  appelé  Jîfc  du  toit,  ]^j^  l>^, 

traduisant  le  grec  as\Yjvia?,6[jLevo$  ^,  C'étaient  probable- 
ment aussi  des  génies  sidéraux,  ces  génies  auxquels 
on  faisait  des  offrandes  sur  le  grand  autel  d'Édesse  ; 
et,  comme  à  Antioche,  leur  culte  se  sera  maintenu 
encore  pendant  quelque  temps  après  Tintroduction 
du  christianisme. 

On  ne  doit  pas  nier  que  la  déesse  Tar'atha  (  Athar- 
gatis)  ait  eu  des  adorateurs  à  Edesse,  si  elle  ny 
jouissait  pas  d'un  culte  officiel  et  public.  Nous  avons 
vu  plus  haut  (p.  219)  qu'Abgar  IX  abolit  Tusage 
de  la  castration  qui  se  pratiquait  dans  la  province 
d'Edesse  en  l'honneur  de  la  déesse  TarVtha.  Suivant 
Moyse  de  Khorène^,  Abgar  Oukhâma  transporta  ses 
dieux  Naboc  (Nébo),  Bel,  Patnicagh  (Bath-Nical)  et 


»  Ed.  Bickell,I,p.  244. 

^  Voir  Revue  des  études  juives ,  1887,  XIV,  ^^• 

^  Trad.  de  Langiois,  II,  27. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  231 

Tafata  à  Edesse,  quand  il  quitta  Medzpûi  (Nisibe). 
Les  auteurs  anciens  sont  d'accord  pour  faire  de 
Mabboug  (Hiérapolis)  le  principal  lieu  du  cidte  de 
cette  déesse  en  Syrie.  Lucien  ^  donne  d  mtéressants 
détails  sur  son  temple  dans  cette  ville.  Le  Talmad 
de  Babylone^  -plsiGe.  Tar^atha  à  Mabboug.  Jacques  de 
Saroug,  dans  son  bomélie  sur  la  chute  des  idoles 
citée  'ci-dessus,  et  la  Doctrine  d'Addai  associent  éga^ 
lement  les  noms  d.e  Tar'atha  et  de  JVIabboug,  maist 
la  Doctrine  laisse  entendre  que  les  divinités  adorées 
dans  les  villes  voisines  avaient. aussi,  des  clients  à 
Edesse.  Lucien  rapporte  que,  près  du  temple  de  la 
déesse  à  Hiérapolis ,  se  trouvait  un  étang  dans  lequel 
on  entretenait  de  grands  poissons  qui  avaient  leurs 
noms  propres.  Xénophon  ^  parle  d'un  fleuve  où 
vivaient  des  poissons  sacrés.  Il  semble  donc  légi- 
time de  faire  honneur  à  cette  déesse  de  la  vénéra-^ 
lion  des  Edesséniens  pour  les  poissons  de  leur  grand 
étang,  quoique  les  Musulmans  rapportent  aujour- 
d'hui cette  vénération  à  Abraham  *.  C'est  sans  doute 
la  réputation  des  étangs  sacrés  de  Mabboug  et 
d'Edesse  qui  a  été  la  cause  de  la  confusion  de  ces 
deux  villes  dans  Strabon^  :  vnépKetTai  Se  tov  tsroTa- 
fxoVf  cryoivovs  réTlapas  Sté)(pv<Ta,  î)  Ba[€vxfjf  ijv  xaï 
EtSecTCTOLv  xa\  îepàv  '&6\iv  KokoSaiv,  èv  il  TifiSat  rriv 


^  De  Dea  syria,  XI-XII. 

^  Aboda  Zara,  \i  h. 

^  Cyropédie,  I,  iv,  9. 

*  Voir  ci-dessus,  p.  92. 

^  Éd.  Didot,  XVI,  1,  /i8,  p.  636. 


232  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

^vplav  B-ehv  Trfv  ATafyychiv.  M.  von  Baudissin  ^'  ne 
devait  donc  pas  rejeter  comme  non  fondée  Topi- 
nion  de  Meier  ^,  qui  avait  reconnu  le  culte  de  cette 
déesse  à  Edesse. 

Nous  avons  dit  (p.  127)  que,  suivant  un  passage 
du  Spicilegiam  syridcum  de  Gureton,  on  adorait  en 
Mésopotamie  une  juive  nommée  Koutbi,  parce 
quelle  avait  sauvé  le  roi  d'Edesse  Bakrou.  Nous 
ignorons  à  quel  culte  ce  passage  fait  allusion.  On 
peut  cependant  en  tirer  un  indice  en  faveur  de  l'in- 
fluence juive  en  Osrhoène  au  temps  du  paganisme. 

Dautres  dieux  avaient  aussi  leurs  temples  ou 
leurs  autels  dans  cette  contrée,  mais  nous  n avons 
pas  d'informations  positives  sur  eux.  Les  noms  théo- 
phores  des  anciens  documents  syriaques  apportent 
une  faible  contribution  à  ces  recherches.  *Absamya , 
le  serviteur  de  SamyUy  et  Barsamya,  lejik  de  Samya, 
feraient  supposer  un  dieu5amja  (laveugle?)'.  *Abd- 
nakhad^,  le  serviteur  de  Nakhad,  et  ^Abschadar,  le 
serviteur  de  Schadar^,  rentrent  peut-être  dans  cette 
catégorie.  On  pourrait  comparer  avec  ces  noms  les 
suivants  :  Abdnébo  «  le  serviteur  de  Nébo^  »;  Scharbil 

^  Studien,  JI,  p.  169,  note  2,  et  p.  166,  note  3. 

»  Z.  D.  M,  G.,  XVIÏ,  p.  582-583. 

^  Cf.  Nestlé,  dans  le  Literar,  Centrcdblatt ,  1880. 

*  The  Doctrine  oj  Addai,  j8,  3. 

*  The  Doctrine  of  Âddai,  p.  ult.  Dans  'Abschelâma  et  'Abschadar, 
^Ab  est  sans  doute  contracté  de  'Abd.  Cependant  Schodar  ne  devrait- 
il  pas  être  rapproché  de  Scharedou  (  OA'Hje.) ,  Z,  D,  M,  G.  >  XXXVI, 
i45,  par  confusion  Â  et  "A? 

^  Leboubna,  comme  l'a  remarqué  M.  Nœldeke,  est  formé  aussi 
avec  le  nom  du  dieu  Nébo;  il  est  altéré  de  Nebobna  «  Nebo  a  édifié». 


HISTOIRE  DÉDESSE.  233 

«  Tenfant  de  Bel  »  ;  Schamschagram  «  Schemesch  a  dé- 
cidé » ,  qui  se  rencontre  également  dans  les  inscrip- 
tions nabatéennes  du  Sinaï  et  de  Pétra;  Amatsche- 
mesch  «la  servante  de  Schmesch»,  ae  ryx-x-mi^, 
AMACCAMCHC  ^  et  Barscïiemesch  «  le  fds  de  Sche- 
mesch » ,  xsnjL  \ra  ^,  qui  appartiennent  au  même 
groupe  des  noms  édesséniens. 

^  Dans  une  inscription  du  u*  siècle  de  notre  ère,  publiée  par 
M.  Sachau  (Z.  D.  M,  G.,  XXXVI,  p.  id5). 

*  Dans  une  autre  inscription  publiée  par  Sacbau  (ibid,,  p.  i63). 


XYIII.  1 6 


234  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

CHAPITRE  V. 

LA  LÉGENDE  D'ABGAR 
ET  LES  LÉGENDES  QUI  Y  ONT  ÉtÉ  RATTACHEES. 

Lettre  d'Abgar  Oukliàma  à  Jésus.  —  Réponse  de  Jésus.  — - 
Evangélisation  d'Edesse  par  Addai.  —  Aggai  et  Palout ,  suc- 
cesseurs d'Addai.  —  Bénédiction  d'Edesse  par  Jésus.  — 
L'Invention  de  la  vraie  croix.  —  Lettre  d'Abgar  à  Tibère. 
—  Reliques  de  l'apôtre  Thomas  à  Ëdesse. 

Edesse  fut  la  première  ville  chrétienne  de  la  Méso- 
potamie et ,  par  l'influence  qu'elle  exerça  autour  d'elle , 
contribua  puissamment  à  la  diffusion  du  christia- 
nisme en  Orient.  Elle  devint  bientôt  un  centre  de 
propagande  où  affluaient  les  esprits  éclairés ,  que  le 
courant  du  jour  poussait  vers  les  questions  reli- 
gieuses. Tant  de  fortune  ne  pouvait  échoir  à  une 
humble  communauté  qui,  composée  d'abord  d'un 
petit  nombre  d'adeptes ,  se  serait  accrue  par  de  lents 
progrès  dans  un  milieu  païen  et  juif,  indifférent  ou 
hostile.  Non!  Edesse,  dès  le  principe,  avait  été  mar- 
quée du  sceau  des  privilégiés  et  désignée  par  Jésus 
lui-même  pour  recevoir  la  bonne  nouvelle  directe- 
ment des  apôtres  du  divin  Maître.  Tel  est  le  sens  de 
la  légende,  désignée  sous  le  nom  de  Légende  d'Abgar, 
qui  se  forma  à  Edesse  vers  le  milieu  du  ht*  siècle  de 
notre  ère  et  eut  un  retentissement  prodigieux  en 
Occident  et  en  Orient.  On  en  trouve  des  échos  non 
seulement  dans  tout  le  monde  chrétien,  mais  aussi 
chez  les  Musulmans. 


HISTOIRE   D*ÉDESSE.  235 

Les  deux  principaux  textes  pour  Tétude  de  cette 
légende  sont  la  rédaction  syriaque  et  la  version 
grecque  d'Eusèbe,  car  tous  les  autres  procèdent 
plus  ou  moins  directement  de  ces  deux  sources. 
Telles  sont  notamment  la  version  arménienne*  et 
deux  rédactions  grecques  encore  inédites.  La  version 
d'Eusèbe,  faite  directement  sur  le  syriaque,  pré- 
sente le  texte  le  plus  ancien  ;  elle  est  contenue  dans 
son  Histoire  ecclésiastiqae ,  I,  j3.  La  rédaction  sy- 
riaque amplifiée  que  nous  possédons  sous  le  titre  de 
Doctrine  d'Addai^  est  sans  doute  du  commencement 
du  V*  siècle^. 

Suivant  cette  légende,  le  bruit  des  miracles  de 
Jésus  étant  parvenu  à  Edesse*,  le  roi  Abgar  Ou- 

*  Intitulée  :  Laboubnia,  Lettre  d' Abgar  ou  Histoire  de  la  conver- 
sion des  Edesséniens  par  Laboubnia,  Kontemporain  des  Apôtres,  et 
publiée  par  ie  P.  Âiishan,  à  Venise,  en  1868.  Une  édition  moins 
complète  avait  été  donnée  dans  la  Collection  des  historiens  anciens  et 
modernes  de  l'Arménie,  de  Langlois^ 

*  Publiée  d'abord  par  Cureton,dans  Ancient  Syr,  docum,,  d  après 
deux  manuscrits  incomplets,  et  en  1876,  d'après  un  manuscrit  de 
la  Bibliothèque  de  Saint-Pétersbourg,  par  M.  Philipps ,  sous  le  titre 
de  The  Doctrine  of  Addai  the  Apostle, 

^  Entre  390  et  d3o,  estime  M.  Tixeront,  Les  origines  de  l'église 
d'Edesse  et  la  légende  d' Abgar  (Paris,  1888);  entre  36o  et  390, 
opine  M.  Lipsius,  Die  Edessenische  Abgarsage,  1880,  eiJahrb.fûr 
protest,  TheoLj  1881  et  1882.  M.  Zahn  (Tatian's  Diatessaron,  An- 
hang  n,  et  Gœtting,  Gelehrte  Anzeigen,  1877)  croyait  retrouver 
dans  la  Doctrine  la  rédaction  primitive  de  la  légende,  qu'il  plaçait 
entre  270  et  290;  il  considérait  comme  des  interpolations  posté- 
rieures les  passages  contradictoires  avec  ces  dates. 

*  Dans  la  Doctrine,  Abgar  est  mis  au  courant  des  mirades  de 
Jésus  par  une  députation  qu'il  avait  envoyée  pour  afiaires  d'État  à 
Sabinus,  le  gouverneur  romain  de  la  Palestine,  de  la  Syne  et  de 

16. 


236  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

khâma,  qui  était  atteint  d'une  maladie  incurable, 
envoie  à  Jérusalem  son  courrier'  Hannan  avec  une 
lettre  adressée  à  Jésus,  en  priant  celui-ci  de  venir  le 
guérir.  Jésus  répond  qu'il  ne  peut  se  rendre  à  Ëdesse , 
mais  quil  enverra  au  roi  un  de  ses  apôtres,  quand 
il  aura  achevé  sa  mission  et  sera  remonté  au  ciel. 

La  lettre  d'Abgar  était  conçue  en  ces  termes  : 
«  Abgar  Oukhâma  ^  à  Jésus ,  le  bon  médecin ,  qui  a 
paru  dans  le  pays  de  Jérusalem,  mon  seigneur, 
salut!  J'ai  entendu  dire  de  toi  et  de  tes  cures  que 
tu  opères  sans  médicaments  et  sans  plantes  médi- 
cinales; mais  que,  par  ta  parole^,  tu  fais  voir  les 
aveugles  et  marcher  les  paralytiques.  Tu  purifies  les 
lépreux*;  tu  chasses  les  esprits  impurs  et  les  dé- 
mons; tu  guéris  les  possédés  et  ressuscites  les  morts. 

la  Mésopotamie,  lequel  se  trouvait  à  Eleuthéropolis  ou  Beith- 
Goubrin.  (Sur  ce  Sabinus,  comp.  Josèpbe,  Ant.,  XVII,  lo,  i;  De 
bello  Jnd.,  If,  3,  i.)  Après  avoir  accompli  sa  mission,  la  députa- 
tion  suit  la  foule  (jui  se  rendait  à  Jérusalem  pour  voir  Jésus.  Elle 
séjourne  treize  jours  dans  cette  ville  et,  à  son  retour  auprès  d'Abgar, 
elle  raconte  au  roi  les  faits  dont  eUe  a  été  témoin. 

^  Dans  Ëusëbe,  ta^^SpoiÂOS^  dans  la  traduction  syriaque  d'Eu- 
. sèbe.  Ane.  Syr.  doc,  p.   2,  \^"v\:r3w JL- ,  tabellarius  «courrier»; 
mais  dans  la  Doctrine  t^-S^Sjt  K^'HJia*T\. ,  tabalarius  «  secré- 
taire assermenté  ». 

*  La  plupart  des  manuscrits  portent  Abgar  le  toparque,  mais  le 
surnom  Oukhâma  «le  Noir»  se  trouvait  primitivement  chez  Eu- 
sèbe,  comme  le  montrent  la  traduction  latine  de  Rufln  et  la  tra- 
duction syriaque  dans  les  Ane,  Syr.  doc.  La  suppression  du  mot 
Oukhâma  vient  de  ce  (ju'il  n'était  plus  compris  ;  certains  manuscrits 
écrivent  en  effet  :  ow;^  àfia.  (Voir  Lipsius,  Die  Edess.  Abgarsage, 
p.  i5,  notes.) 

^  Kusèbe,  moins  bien  :  à  ce  que  l'on  dit. 

*  La  Doctrine  ajoute  :  et  tu  fais  entendre  les  sourds. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  237 

Lorsque  j'ai  appris  sur  toi  tout  cela  ^  je  me  suis  mis 
dans  Tesprit,  ou  que  tu  étais  Dieu  descendu  du  ciel 
pour  faire  ces  actes,  ou  que  tu  étais  le  fds  de  Dieu, 
toi  qui  fais  toutes  ces  choses.  C'est  pourquoi  je  tai 
écrit  pour  te  prier  de  venir  chez  moi^,  afin  que  tu 
guérisses  une  maladie  dont  je  souffre.  Car  j  ai  appris 
que  les  Juifs  murmurent  contre  toi  et  veulent  te  faire 
du  maP.  Je  possède  une  ville  petite,  mais  belle,  qui 
est  suffisante  pour  nous  deux^.  » 

La  réponse  de  Jésus  à  Abgar  est  ainsi  rapportée^  : 
«  Heureux  es-tu ,  toi  qui  as  cru  en  moi  sans  m'avoir 
vu.  Car  il  est  écrit  de  moi  que  ceux  qui  me  verront 
ne  croiront  pas  en  moi,  et  que  ceux  qui  ne  me  ver- 
ront point  croiront  en  moi.  Quant  à  ce  que  tu 
m'écris  de  venir  chez  toi,  l'œuvre  pour  laquelle  j*ai 
été  envoyé  ici  est  désormais  achevée  et  je  vais  re- 
monter vers  mon  père,  qui  m'a  envoyé^.  Lorsque 
je  serai  remonté  vers  lui,  je  t'enverrai  un  de  mes 


^  La  Doctrine  :  ces  grands  miracles. 

■^  La  Doctrine  ajoute  :  afin  que  je  t'adore. 

^  La  Doctrine  :  J'ai  encore  appris  que  les  Juifs  murmurent  contre 
toi  et  te  persécutent;  qu'ils  cherchent  à  te  crucifier  et  songent  à  te  faire 
du  mal. 

*  La  Doctrine  :  gai  suffit  à  deux  personnes  pour  y  demeurer  en 
paix. 

^  Dans  Eusèbe ,  cette  réponse  est  donnée  par  écrit.  Dans  la  Doc- 
trine, elle  est  orale,  sans  doute  pour  éviter  l'objection  qu'une  lettre 
de  Jésus,  si  elle  avait  été  reconnue  authentique,  aurait  figuré  au 
premier  rang  parmi  les  livres  canoniques  du  Nouveau  Testament. 

*  Dans  Eusèbe  :  il  est  nécessaire  que  f  accomplisse  ici  tout  ce  pour- 
quoi fai  été  envoyé  et,  après  lavoir  accompli,  je  remonterai  vers  Celui 
qui  m'a  envoyé. 


258  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

dîscipies  qui  guérira  la  maladie  dont  tu  souffres  et 
procurera  la  vie  à  toi  et  aux  tiens  ^.  » 

Après  l'Ascension  de  Notre -Seigneur,  Tapôtre 
Judas  Thomas  envoie  Addai^,  un  des  disciples,  à 
Abgar.  Addai  descend  à  Edesse  chez  un  juif  origi- 
naire de  la  Palestine ,  Tobie ,  fds  de  Tobie.  Quand  il 
se  présente  devant  le  roi  entouré  de  ses  conseillers*, 
il  apparaît  à  Abgar  illuminé  d  une  auréole ,  qui  est 
invisible  pour  les  autres  personnes.  Abgai'  se  pros- 
terne et  affirme  sa  foi  en  Jésus.  Addai  le  guérit  de 
sa  maladie,  ainsi  qu'^Abdou,  fils  d**Abdou,  qui 
souffrait  de  la  goutte  aux  pieds.  Tl  prêche  ensuite  la 
religion  du  Christ  devant  tous  les  habitants  de  la 
ville ,  païens  et  juifs ,  convoqués  en  assemblée  par 
ordre  du  roi.  Sa  parole  e^t  écoutée  avec  recueille- 
ment par  les  assistants ,  qui  se  convertissent  en  grand 
nombre. 

Ici  se  termine  le  récit  d*Eusèbe,  qui  déclare 
l'avoir  traduit  du  syriaque,  et  qui  en  fixe  la  date  à 
l'année  ilio  des  Séleucides  (29  de  J.-C),  ancienne 

^  Dans  la  Doctrine  :  et  convertira  à  la  vie  éternelle  tons  ceax  çaî 
sont  auprès  de  toi.  Ta  ville  sera  bénie  et  aucun  ennemi  ne  prévaudra 
plus  contre  elle, 

^  Dans  Eusèbe  :  Thaddée,  Suivant  qudques  rédactions,  Addai 
arrive  à  Edesse  et  guérit  Abgar  du  vivant  même  de  Jésus.  (Voir 
Ane,  Sjrr,  doc,  111;  Lagarde,  Prœtermissomm  libri  duo,  p.  98, 
57;  Salomon  de  Bassora,  The  book  of  the  bee,  éd.  Budge,  107; 
eomp.  la  légende  des  3o  deniers,  rapportée  sous  ie  chapitre  soi- 
ant.) 

'  Dans  la  Doctrine  :  os'^.^JO  ^râ^lV»*  litt.  :  c  assistants  de  sa 
séance»  (comp.  larabe  jsjLi)«  et  non  pas  Those  wko  sat  with 
bended  knies,  comme  traduit  M.  Philipps,  p.  6. 


HISTOIRE  D'EDESSE.  239 

date  de  la  Passion  ^  La  Doctrine,  au  contraire ,  place 
cet  événement  à  Tannée  343  des  Séleucides  ou  32 
de  Jésus-Christ,  suivant  la  chronologie  qui  a  pré- 
valu depuis  Eusèbe. 

La  Doctrine  poursuit  plus  loin  la  légende.  Addai 
construit  une  église  avec  Taisent  que  le  roi  met  à 
sa  disposition.  Schavida  et  ^Abdnébo,  les  grands 
prêtres  de  la  ville,  accompagnés  de  leurs  collègues, 
Piroz  et  Danqou,  renversent  les  autels  sur  lesquels 
ils  sacrifiaient  devant  Nébo  et  Bel,  leurs  dieux,  à 
Texception  du  grand  autel  situé  au  milieu  de  la  ville , 
et  proclament  la  vérité  de  la  religion  du  Christ.  Les 
Juifs  eux-mêmes  acceptent  cette  religion  de  leur 
plein  gré  et  sans  contrainte.  La  province  entière  de 
la  Mésopotamie  et  les  régions  adjacentes  sont  con- 
verties à  la  parole  de  cet  apôtre. 

Aggai,  le  fabricant  de  chaînettes  et  de  diadèmes 
royaux ,  Palout ,  ^Abschelâma  et  Barsamya  deviennent 
les  disciples  d'Addai  et  étudient  sous  sa  direction 
l'Ancien  et  le  Nouveau  Testament,  les  Prophètes  et 
les  Actes  des  Apôtres.  Ils  administrent  Téglise  con- 
struite par  Addai.  Le  peuple  assiste  en  masse  à  la 
prière  de  Toffice  et  à  la  lecture  de  TAncien  Testa- 
ment et  du  Diatessaron;  il  observe  les  fêtes  reli- 
gieuses et  les  vigiles.^  De  nouvelles  églises  sont  con- 
struites dans  les  environs.  Addai  confère  la  prêtrise 
à  beaucoup  de  personnes.  Des  Orientaux  se  traves- 


^  Le  Cod,  Medicœus  ajoute  3  à  la  marge  pour  indiquer  ia  date 
de  32  de  J,-C.  (Voir,  sur  ces  dates,  Gutschmid,  Untersuch,,  p*  ii.) 


240  SEPTEMBRE-OCTOBRi:  1891. 

tissent  en  marchands  pour  pénétrer  en  pays  romain 
et  être  témoins  des  miracles  opérés  par  lapôtre. 
Ceux  qui  s'attachent  à  ce  maître  en  qualité  de  dis- 
ciples reçoivent  Tordre  de  la  prêtrise  et  retournent 
catéchiser  leurs  concitoyens  de  T Assyrie.  Ils  fondent 
en  secret  des  églises  et  se  cachent  des  adorateurs  du 
feu.  Narsai,  le  roi  des  Assyriens,  informé  des  actes 
d'Addai,  prie  Abgar  de  lui  envoyer  cet  apôtre,  ou 
de  lui  mander  tout  ce  dont  il  a  été  témoin  à  Edesse. 
Abgar  lui  envoie  par  écrit  Thistorique  détaillé  de  sa 
conversion. 

Quelques  années  s'étant  écoulées,  Addai  tombe 
malade  et  sent  venir  sa  fin  ^  Il  appelle  Aggai  et,  en 


^  La  version  arménienne,  dans  le  désir  de  rattacher  aussi  aoi 
Apôtres  riîiglise  d'Arménie ,  laisse  entendre  qu  Addai  avait  conçu  le 
projet  de  visiter  les  contrées  de  l'est  et  de  l'Assyrie.  Suivant  un 
passage  d'un  manuscrit  syriaque  dans  les  Ane.  Syr.  doc,  de  Cure- 
ton  ,  p.  lie,  Addai  aurait  été  tué  en  Sophène ,  à  Aghel ,  par  ordre 
de  Severos,  fils  d' Abgar,  qui  était  retourné  au  paganisme.  Il  y  a  là 
une  tradition  arménienne  qui ,  en  confondant  Addai  avec  Aggai  et 
en  changeant  le  lieu  de  la  scène,  faisait  bénéficier  l'Arménie  du 
martyriumde  l'apôtre.  (Cf.  Gutschmid,  Untersnch,  p.  16.)  Suivant 
un  Acte  des  martyrs  orientawv,  publié  par  Hofimann  dans  ses 
Anszûge  ans  syr.  Acten  pers.  Màrtyrer,  p.  46,  la  conversion  de 
Karkha  de  Seloukh  dans  le  Beith-Garmai  aurait  été  faite  par  Addai 
et  Mari.  C'est  une  nouvelle  extension  de  la  légende.  Les  Actes  de 
Mari,  publiés  par  M.  Abbeloos,  na  mentionnent  que  Mari  seule- 
ment. Salomon  de  Bassora  (  The  book  of  the  hee,  éd.  Budge,  p.  1  aS  ; 
cf.  Ane.  Syr.  doc,  i63)  fait  mourir  Addai  à  Aghel;  il  est  mis  à 
mort  pîup  Hérode,  fils  d'Abgar.  Suivant  Barhebraeus  [Chron,  eccL, 
III,  I,  p.  1 1),  Addai  quitte  Édesse  pour  l'Orient  avec  ses  deux  dis- 
ciples Aggai  et  Msuri.  C'est  à  leur  retour  qu' Addai  est  mis  à  mort 
par  le  fils  d'Abgar.  (Comp.  aussi  Mari  ibn  Soleimân  et  Amr  ihn 
Mattâ ,  dans  Assémani ,  B.  O.,  lîl ,  11 ,  p.  xi  et  xni.  )  Selon  Moyse  de 


HISTOIRE   D'ÉDES.SE.  241 

présence  de  son  clergé ,  il  le  fait  directeur  de  Téglise 
à  sa  place.  11  ordonne  prêtre  Palout,  qui  était  diacre, 
et  élève  au  diaconat  ^Abschelâma,  qui  était  un 
scribe.  Ensuite  il  leur  adresse  ses  dernières  instruc- 
tions et  leur  recommande  notamment  de  lire  dans 
les  églises  la  Loi,  les  Prophètes,  l'Evangile  (le  Dia- 
tessaron) , les  épîtres  de  saint  Paul,  que  Simon  Pierre 
leur  a  envoyées  de  Rome,  et  les  Actes  des  douze  Apô- 
tres, que  Jean,  fils  de  Zébédé,  leur  avait  adressés 
d'Ephèse;  ils  devront  s'en  tenir  à  ces  livres  à  Tex- 
clusion  de  tous  autres.  Trois  jours  après,  le  i  k  mai, 
Âddai  rend  le  dernier  soupir.  Il  est  inhumé  dans  le 
splendide  mausolée  de  la  famille  d'Aryou ,  Tancêtre 
du  roi  Abgar. 

Plusieurs  années  après  la  mort  d'Abgai%  un  de  ses 
fils,  qui  ne  s'était  pas  converti  à  la  vraie  religion, 
donna  à  Aggai  Tordre  de  lui  faire  des  diadèmes  d'or. 
Sur  le  refus  de  celui-ci ,  il  ordonne  de  lui  briser  les 
jambes  et  cet  ordre  est  exécuté  pendant  qu'Aggai 
expliquait  les  Ecritures  dans  l'église.  Aggai,  sur  le 
point  de  mourir,  conjure  Palout  et  ^Abschelâma  de 
l'enterrer  dans  l'église.  Son  vœu  est  exaucé,  mais  il 
était  mort  trop  rapidement  pour  avoir  pu  imposer 
les  mains  à  Palout,  qu'il  avait  désigné  pour  son  suc- 

Khorène  (II,  3.4),  Thaddée  (Addai)  se  rend  auprès  de  Sanatrouk 
qui  régnait  en  Arménie  et  le  convertit;  mais  ce  roi  étant  retombé 
dans  le  paganisme,  il  fait  périr  Thaddée  et  ses  compagnons  dans 
le  pays  de  Schawarschan  (Artaz).  Enfin,  dans  la  Doctrine  des  Apô- 
tres [Ane.  Sjr.  doc.,  p.  34) ,  Edesse,  avec  toutes  les  villes  de  la  Mé- 
sopotamie ou  avoisinant  la  Mésopotamie,  est  convertie  par  Addai, 
tandis  que  Aggai  évangélise  les  contrées  de  l'Orient  et  du  Nord. 


242  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

cesseur.  Celui-ci  se  rend  donc  à  Antioche  et  est 
consacré  par  Sérapion,  évêque  de  cette  ville.  Séra- 
pion  avait  reçu  l'imposition  des  mains  de  Zéphirin, 
évêque  de  Rome  et  successeur  de  saint  Pierre,  qui 
tenait  son  autorité  directement  de  Notre -Seigneur. 

Le  livre  se  termine  par  la  déclaration  que  les 
Actes  d'Addai  l'apôtre  ont  été  rédigés  par  Laboubna, 
fds  de  Sennac,  fds  d*^Abschadar,  le  scribe  royal,  et 
scellés  par  Hannan,  le  tabularlus  assermenté  du  roi, 
lequel  les  a  déposés  dans  les  archives.  C*est  à  une 
clausule  analogue  que  fait  allusion  Eusèbe  quand  il 
dit  qu  on  a  dans  les  archives  d'Edesse  le  témoignage 
écrit  des  événements  qu'il  raconte,  et  que  de  ces 
archives  ont  été  tirées  les  lettres  d'Abgar  et  de  Jésus 
qu'il  a  traduites  littéralement. 

Le  caractère  légendaire  des  Actes  d*Addai  est  géné- 
ralement reconnu  aujoiu'd'hui.  Il  ressort  évidem- 
ment du  passage  de  la  Doctrine  relatif  à  la  consécra- 
tion de  Paiout  par  Sérapion  d' Antioche.  Suivant  la 
Doctrine  y  Sérapion,  qui  fut  évêque  de  190  à  aao, 
aurait  été  consacré  par  Zéphirin  de  Rome,  198  ou 
1 99  à  2 1  «7  ;  Tanachronisme  saute  aux  yeux.  Un  se- 
cond anachronisme  aussi  frappant,  c'est  de  faire 
vivre  Paiout  du  temps  d'Addai,  qui  lui  confère 
l'ordre  de  la  prêtrise.  Paiout  ne  pouvait  être  à  la 
fois  contemporain  de  l'apôtre  au  commencement 
du  i"*  siècle,  et  de  l'évêque  d' Antioche  à  la  fin  du 
n*  siècle.  Ces  anachronismes  sont  voulus  et  ne  sont 
pas  le  résultat  d'interpolations  postérieiu'es,  conmie 
on  l'avait  cru  d'abord.  Ils  appartiennent,  comme 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  243 

partie  intégrante,  à  la  légende  d*Abgar,  dont  l'objet 
était  de  faire  remonter  aux  apôtres  l'origine  de  1*  église 
d'Édesse ,  et  de  rattacher  en  même  temps  cette  église 
à  l'église  de  Rome^  Palout  est  un  personnage  his- 
torique qui  vivait  au  temps  de  Sérapion  d'Antioche 
et  du  roi  Abgar.  Mais  ce  roi  est  non  pas  Abgar  V, 
dit  Oakhâma,  mais  Abgar  IX,  le  Grand,  qui  fut  en 
réalité  le  premier  roi  chrétien.  Gutschmid  a  très 
bien  vu  que  c'est  à  ce  dernier  que  se  rapporte  le 
voyage  à  Rome,  que  Procope,  sous  l'influence  de 
la  légende,  place  au  temps  d' Abgar  Oukhâma^. 
C'est  au  retour  de  ce  voyage,  postérieurement  à 
l'année  202 ,  qu' Abgar  IX  embrassa  le  christianisme. 
Le  nom  d'Augoustin  (Augusta)  que  porte  la  mère 
d' Abgar  dans  la  Doctrine  convient  à  l'époque  d' Abgar 
le  Grand,  qui,  comme  le  remarque  Gutschmid^, 
avait  donné  à  ses  fds  les  noms  d'Antonin  et  de  Sé- 
vère en  l'honneur  de  l'empereur  Septime  Sévère. 
Le  fils  du  premier  roi  chrétien,  qui  fit  périr  Aggai, 
est  Severos ,  qui  régna  quelque  temps  après  Abgar  IX 
et  fiit  connu  pour  sa  cruauté  ^. 

La  légende  d' Abgar  a  dû  se  former  à  Edesse  vers 


*  Voir  Ncddeke,  Literar.  Centralblatt,  1876,  n*  29;  Nesde, 
TkeoL  Literaturzeit. ,  1876,  n"  25;  Lipsius,  Die  Edessenische  Ab- 
garsage,  1880;  Tixeront,  Les  origines  de  l'Église  d'Edesse  et  la 
légende  d' Abgar.  L'abbé  Martin,  dans  un  opuscule  intitulé:  Les 
origines  de  l'Eglise  d'Edesse,  a  voulu  soutenir  encore  la  véracité  de 
cette  légende. 

*  Gomp.  ci-dessus,  p.  21 5. 
^   Untersuch. ,  p.  1 4. 

*  Comp«  ci-dessus,  p.  221  et  p.  2^0,  note  1. 


244  SEPÏEMBKE-OCTOBRK  1891. 

le  milieu  du  m*'  siècle,  assez  longtemps  après  le 
règne  d'Abgar  IX,  qui  prit  fin  en  2  1 6.  Elle  ne  peut 
être  postérieure  à  ce  siècle,  car  Eusèbe  nous  la  trans- 
met comme  une  tradition  officiellement  reconnue 
et  attestée  ^ 

A  la  légende  d'Abgar  ont  été  rattachées  par  la 
Doctrine  quatre  autres  k'gendes  dont  nous  devons 
dire  quelques  mots ,  savoir  :  la  Bénédiction  d'Edesse, 
le  Portrait  de  Jésus,  l'Invention  de  la  vraie  croix  et 
la  lettre  dWbgar  à  Tibère. 

La  bénédiction  d'Edesse  se  déduisait  facilement 
par  la  réflexion  des  premiers  mots  de  la  lettre  de 
Jésus  à  Abgar  ;  Bienheureux  es -tu,  .  .  Ces  paroles 
renfermaient  ime  sorte  de  bénédiction  dont  il  était 
juste  de  faire  profiter  la  ville  d'Abgar^.  Cette  lé- 
gende que  les  auteurs  syriaques  aiment  à  rappeler 
et  qui  devint  également  célèbre  dans  TOccident  est 
postérieure  à  Eusèbe  qui  l'ignore.  La  Doctrine  d'Addai 
la  formule  en  ces  termes  à  la  fin  de  la  lettre  de 
Jésus  :  «  Ta  ville  sera  bénie  et  aucun  ennemi  ne  pré- 
vaudra plus  contre  elle.  »  Il  y  est  fait  allusion  dans  ie 
soi-disant  Testament  de  saint  Ephrem^.  La  pèlerine 
franque  qui  visita  Edesse  h  la  fin  du  iv*  siècle ,  croit- 

^  M.  Tixeront  prend  le  dernier  tiers  du  m*  siècle,  époque  à 
laquelle  M.  Zahu  fixe  la  rédaction  de  la  Doctrine.  M.  Lipsius  s'en 
tient  à  la  première  moitié  du  siècle,  avant  282 ,  date  de  la  tranda- 
tion  des  reliques  de  l'apôtre  Thomas  à  Edesse.  M.  Matthes  (Die 
Abgarsage  auf  ilire  Fortsetzung)  tend  à  remonter  encore  plus  haut, 
au  moins  pour  les  lettres  de  Jésus  et  d'Abgar. 

^  Voir  Lipsius,  Die  Abcjarsage,  p.  7. 

•'*  Voir  S.  Ephraerâ,  Opéra,  11,  899;  et  ci-après,  chap.  ix. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  245 

on ,  reçut  des  mains  de  l*évêque  de  la  vilie  une  copie 
de  la  lettre  d'Abgar  à  Jésus  et  de  la  lettre  de  Jésus  à 
x\bgar.  Cette  dernière  renfermait  la  bénédiction.  La 
sainte  femme  remarque  que  cette  copie  était  plus  com- 
plète que  celles  qu'on  possédait  en  Occident  :  «  Nara 
vere  ampliiis  est  quod  hic  accepi^»  L'évêque  lui 
raconte  un  miracle  opéré  par  la  vertu  de  la  lettre 
de  Jésus.  Quelque  temps  après  que  cette  lettre  eut 
été  remise  à  Abgar  par  Hannan ,  le  courrier,  dit-il , 
les  Perses  vinrent  assiéger  la  ville.  Abgar  se  rendit  à 
la  porte  de  la  ville  avec  la  lettre  ouverte  et  invoqua 
le  secours  de  Jésus.  Aussitôt  d'épaisses  ténèbres  s'in- 
terposèrent entre  les  Perses  et  la  ville  dont  elles  leur 
masquèrent  la  vue^. 

Le  1  7  septembre  5o3 ,  Cawâd  campe  sous  Edesse 
qu'il  entoure  avec  une  nombreuse  armée.  Les  portes 
de  la  ville  restent  ouvertes;  néanmoins  il  ne  peut 
entrer  à  cause  de  la  bénédiction  qui  est  un  obstacle 
insurmontable  ^. 

«La  fin  de  la  lettre  qui  contenait  la  bénédiction, 
dit  Procope^,  est  ignorée  des  auteurs  qui  écrivirent 


^  S.  Silviœ  pere^rinatio  t  p.  68. 

^  Ce  récit  fait  une  allusion  évidente  au  siège  d'iidesse,  par 
Cawad,  en  5o3.  Le  voyage  de  la  pèlerine  est  donc  postérieur  à 
cette  date.  (Comp.  plus  haut,  p.  9 5  et  p.  101,  note  5.) 

^  Voir  Josué  le  Stylite,  éd.  Wright,  chap.  lx.  (Comp.  chap.  v.) 
Parmi  les  auteurs  syriaques  qui  parient  encore  de  cette  légende, 
voir  Jacques  de  Saroug,  dans  les  Ane,  Syr.  doc.  de  Cureton, 
p.  i54;  Barhebraeus,  Chron.  eccL,  III,  126.  Les  Actes  de  Mares ^ 
éd.  Abbeloos,  p.  16,  suivent  la  Doctrine. 

*   De  bello  Pers. ,  11,  12,  éd.  Dindorf,  p.  208-209. 


246  SEPTEMBRE-OCTORRE  1891. 

rhistoire  de  ces  temps,  mais  les  Édesséniens  pré- 
tendaient que  cette  bénédiction  se  trouvait  dans  la 
lettre.  Dans  cette  conviction ,  ils  plaçaient  cette  lettre 
devant  les  portes  de  la  ville  comme  un  paUadium, 
qui  les  dispensait  d*un  autre  moyen  de  défense. 
Pour  éprouver  la  véracité  de  cette  croyance,  Chos- 
roès  mit  le  siège  devant  Edesse ,  mais ,  frappé  d'une 
fluxion  de  la  face,  il  se  retira  honteusement.  »  (Voir 
ci-après,  chap.  ix.) 

Cette  légende  a  pris  naissance  à  Edesse  pendant 
le  laps  de  temps  qui  sépare  Eusèbe  de  saint  Éphrem, 
c'est-à-dire  vers  le  milieu  du  iv*  siècle. 

La  légende  du  Portrait  de  Jésus,  que  Ton  trouve 
également  dans  la  Doctrine,  n  a  pas  eu  un  grand  re- 
tentissement dans  la  littérature  syriaque.  La  Doc- 
trine rdcpiporie  que  Hannan,  le  tabalarias  assermenté 
d'Abgar,  qui  était  en  même  temps  le  peintre  du 
roi,  peignit  le  portrait  de  Jésus  avec  des  couleurs 
choisies,  au  moment  où  le  Sauveur  lui  remit  la 
lettre  pour  Abgar.  Le  roi  Abgar  reçut  avec  joie  ce 
portrait  et  lui  donna  une  place  d'honneur  dans  une 
des  salles  de  son  palais. 

Cette  légende,  peu  répandue  en  Syrie,  fut  re- 
cueillie et  développée  par  les  auteurs  grecs.  Mais  Eu- 
sèbe, la  pèlerine  franque  et  Procope  n'en  parient 
pas.  Evagrius  attribue  à  la  puissance  de  ce  portrait 
l'insuccès  du  siège  tenté  en  bàk  par  Chosroès.  (Voir 
chap.  XI,  ci-après.) 

Dans  les  rédactions  postérieures ,  le  portrait  n'est 
plus  l'œuvre  d'un  artiste;  comment  une  œuvre  hu- 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  247 

maine  pourrait-elle  opérer  des  miracles?  Il  émane  de 
Jésus  même.  Le  peintre  Hannan  ne  peut  arriver  à 
saisir  les  traits  de  Jésus ,  soit  à  cause  de  Téclat  sur- 
naturel de  la  divine  face,  soit  à  cause  des  transfor- 
mations continuelles  qu'elle  éprouvait.  Jésus  prend 
alors  la  toile  des  mains  du  peintre  et  se  l'applique 
sur  le  visage  dont  elle  garde  l'empreinte.  Selon  d'au- 
tres textes,  Jésus  se  lave  la  figure  avec  de  l'eau  et 
s'essuie  avec  la  toile  du  peintre  ou  un  linge  ordi- 
naire; c'est  ainsi  qu'il  y  imprime  ses  traits  ^  Suivant 
Cedrenus  et  le  Pseudo-Constantin,  Abgar  avait  fait 
placer  le  portrait  au-dessus  de  la  porte  de  la  ville 
dans  la  niche  où  se  trouvait  auparavant  la  statue 
d'un  dieu  du  paganisme.  Le  petit-fils  d' Abgar,  qui 
était  retourné  à  l'idolâtrie,  veut  le  faire  disparaître. 
L'évéque  de  la  ville,  pour  déjouer  ce  dessein,  place 
une  lampe  allumée  dans  la  niche  qu'il  fait  murer  de 
manière  à  en  masquer  la  vue.  Lorsque  Chosroès  mit 
le  siège  devant  Edesse,  l'emplacement  de  la  niche 
fut  révélé  en  songe  au  soi-disant  évêque  Ëulalius, 
qui  retrouva  le  portrait  et  la  lampe  encore  allumée. 
Par  la  vertu  de  ce  palladium,  les  efiForts  de  Chos- 
roès échouent  honteusement,  et  le  roi  des  Perses 
est  obligé  de  se  retirer. 


^  Voir  Lipsius,  Die  Edéss.  Abgarsàge,  p.  54  et  ëuiv^;  Matthes, 
Die  Abgarsaqe  auf  ihre  Fortsetzung ,  p.  4a -43;  Tixeront,  Les  ori- 
gines de  l'Eglise  d'Edesse,  p.  53  et  suiv.,  où  on  trouvera  énoncés 
les  textes  relatifs  à  cette  légende  et  à  se9  rapports  avec  la  légende 
latine  de  sainte  Véronique,  et  à  la  translation  du  portrait  de  Jésus 
d'Édesse  à  Constantinople  et  ensuite  à  Rome. 


248  SEPTEMBHE-OCTOBRE  1891. 

La  lettre  de  Jésus  et  le  portrait  sont  transférés  à 
Constantinople  sous  l'empereur  Romain  I",  en  944. 

D  existait  plusieurs  copies  du  portrait  ^,  qui  avaient 
toutes  des  vertus  miraculeuses.  L'une  d'elles  se  trou- 
vait à  Hiérapolis  (Mabboug)  et  fut  envoyée  à  Con- 
stantinople sous  Phocas  (963-976).  Une  autre  avait 
été  faite  à  l'intention  du  roi  des  Perses,  qui  avait 
demandé  l'original  pour  chasser  im  démon  dont  sa 
fdle  était  possédée.  Mais,  parvenue  à  la  frontière, 
cette  copie  est  ramenée  à  Edesse.  Cette  anecdote 
rappelle  le  passage  de  la  Doctrine,  dans  lequel  le  roi 
des  Assyriens,  Narsai,  demande  à  Abgar  de  lui  en- 
voyer l'apôtre  Addai  et  se  contente  finalement  du 
récit  de  ses  ciu*es  qu' Abgar  lui  fait  tenir. 

Le  portrait  de  Jésus  n'a  qu'un  rapport  éloigné 
avec  la  statue  de  Jésus  à  Panéas  (Césarée  de  Phi- 
lippe), mais  la  légende  latine  de  sainte  Véronique 
les  a  confondus  ensemble.  Dans  cette  ville,  on  voyait 
devant  la  porte  d'une  maison,  sur  une  console  de 
pierre ,  un  groupe  en  bronze  représentant  un  homme 
de  haute  stature,  couvert  d'un  manteau  et  tendant 
la  main  à  une  femme  agenouillée ,  qui  semblait  im- 
plorer son  secours  ;  à  ses  pieds  était  une  plante  mé- 
dicinale. On  a  vu  dans  ce  groupe  Esculape,  le  dieu 


*  Zacharie  de  Mitylène,  dans  Land,  Anecdota  syricu:a,  El, 
p.  324,  contient  une  version  toute  différente  de  cette  légende. 
(Voir  Lipsius,  Die  Edess.  Abgarsage,  p.  67,  note  1  ;  Nestlé,  Gôtting, 
gelehrte  Anzeigen»  1880,  p.  1626  et  suiv.;  Nœldeke,  Jakrb.  fur 
protest.  TheoL,  1881,  p.  89  et  suiv.;  Tixeront,  IjCS  origines  de 
l'Eglise  d' Edesse,  p.  122.) 


HISTOIRE   D^ÉDESSE.  24« 

de  la  médecine^;  mais,  suivant  Eusèbe,  le  monu- 
ment représentait  Jésus  et  la  femme  hémorrhoïsse. 
11  est  digne  de  remarque,  comme  le  fait  observer 
Lipsius,  qu'Addai  est  indiqué  dans  la  Doctrine 
comme  originaire  de  Panéas. 

Les  Actes  de  Mari  seuls  entre  tous  les  textes  syria- 
ques relatent  cette  légende  sous  ses  diverses  formes^. 
L'importance  que  la  bénédiction  de  Jésus  prit  en 
Syrie  explique  le  peu  de  progrès  qu  y  fit  la  légende 
du  portrait. 

Le  récit  de  Tlnvention  de  la  vraie  croix  forme 
un  hors-dœuvre  dans  la  Doctrine  et  apparaît  inter- 
calé au  milieu  du  sermon  prêché  par  Addai  devant 
le  roi  Abgar,  comme  une  sorte  d'aggada  :  «Je  vais 
vous  conter,  dit  Tapôtre ,  ce  qui  arriva  à  des  per- 
sonnes qui,  comme  vous,  crurent  que  le  Messie 
était  le  fils  du  Dieu  vivant.  »  Lorsque  Claude  Césai\ 
que  Tibère  avait  créé  le  second  de  V empire ,  alla  com- 
battre les  rebelles  de  TEspagne^,  Protonice,  son 
épouse,  instruite  par  saint  Pierre  des  miracles  de 
Jésus,  fut  prise  du  désir  de  visiter  les  lieux  saints. 
Elle  se  rend  à  Jérusalem  avec  ses  deux  fils  et  sa 


*  Bernard  Slark,  cité  par  Lipsius,  Die  Edess.  Abgarsage,  p.  63. 

*  Acta  S.  Maris,  éd .  Abbeloos ,  p.  i3-i5.  Barhebrœus  mentionne 
simplement  le  portrait  de  Jésus  fait  pour  Abgar  dans  sa  Chronique 
syriaque.  Mais,  dans  la  traduction  arabe  qu'il  a  faite  de  cette  chro- 
nique [Historia  compendiosa  Djnastiarum) ^  P*  7^»  il  ajoute  que, 
suivant  d'autres  auteurs,  Jésus  avait  essuyé  son  visage  avec  la 
toile  du  peintre  et  y  avait  laissé  ses  traits  imprimés. 

^  Il  s'agit  de  la  révolte  de  Galba  contre  Néron.  (Voir  plus  loin 
la  lettre  d'Abgarà  Tibère,  p*  253-254.) 

xviii.  17 


ltt»alllKU>    lATlOilALB. 


SôO  SEPtEMBRE-OCTOBRE  1891. 

fille  qui  était  vierge.  A  son  «rivée,  elle  est  reçue 
avec  de  grands  honneurs  et  descend  dans  le  grand 
palais  d*Hérode,  où  Jacques,  le  directeur  de  Téglise 
de  Jérusalem ,  vient  lui  rendre  visite.  Elle  prie  Jac- 
ques de  lui  montrer  le  Golgotha,  la  croix  sur  la- 
quelle le  Christ  a  subi  la  passion  et  le  tombeau  où 
il  a  été  inhumé.  Jacques  répond  que  les  lieux  saints 
sont  en  la  possession  des  Juifs  qui  empêchent  les 
Chrétiens  d'en  approcher.  Elle  mande  aussitôt 
Oniâs,  fils  de  Hannan,  le  prêtre,  Gédalia,  fils  de 
Caïphas,  et  .luda,  fils  d'Abdschdom ,  les  chefs  des 
Juifs,  et  leur  intime  Tordre  de  livrer  à  Jacques  te 
Golgotha,  le  tombeau  et  le  bois  de  la  croix.  E3ie 
veut  présider  elle-même  à  la  prise  de  possession  de 
Jacques.  Dans  le  tombeau,  elle  voit  trois  croix  qui 
étaient  celles  de  Notre-Seigneur  et  «kes  deux  larrons. 
Au  moment  même ,  sa  fille  tombe  morte  sans  cause 
apparente.  Protonice  supplie  Dieu  de  lui  rendre  sa 
fille,  afin  que  son  saint  nom  ne  devienne  pas  un 
sujet  de  dérision  pour  ses  ennemis.  Mais  son  fils 
aîné  explicpie  que  cette  mort  fortuite  doit  plutôt 
tourner  à  la  gloire  de  Dieu,  qui  s'est  servi  de  ce 
moyen  pour  révéler  la  vraie  croix  confondue  avec 
les  deux  autres.  Approuvant  cet  avis,  la  reine  prend 
une  croix,  la  pose  sur  le  cœur  de  la  jeune  fille  qui 
demeure  inerte.  L'épreuve  renouvelée  avec  une  autre 
croix  ne  donne  encore  aucun  résultat.  Mais,  à  peine 
la  troisième  croix  a -t- elle  touché  le  corps  que  la 
jeune  fille  revient  à  la  vie  et  se  relève.  Protonice, 
confirmée  dans  sa  foi ,  remet  la  vraie  croix  à  Jac- 


HISTOIRE   D'ÉDESSE,  251 

qaes  et  lui  ordonne  de  construire  sur  le  Goigotfaà 
et  le  tombeau  du  Christ  un  grand  édifice  qui  ser- 
vira au  culte  et  aux  assemblées  des  fidèles.  E^e  ra- 
mène sa  fille,  le  YÎsage  découvert,  par  les  rues  de 
Jérusalem ,  afin  de  rendre  public  ce  miracle  qui  fait 
la  joie  des  Chrétiens  et  la  honte  des  Juifs  et  des 
païens.  De  retour  à  Rome,  Protonice  fait  connaître 
le  miracle  à  Claude,  <|ui  ordonne  l'expulsion  des 
Juifs  de  l'Italie.  «  Le  récit  de  Tlnrention  de  la  croix, 
cgoute  Addai,  a  été  rédigé  par  Jacques,  directeur 
de  leglise  de  Jérusalem ,  qui  en  avait  été  le  témoin 
oculaire,  et  adressé  par  lui  aux  autres  apôtres%  » 

Tel  est  dans  la  Doctrine  le  récit  de  llnventioïï  de 
la  croix,  tandis  que.,  selon  la  tradition  admise  par 
les  églises  grecque  et  latine,  cest  sainte  Hélèn«^  mère 
de  lempereur  Constantin,  qui  retrouve  la  vraie 
clt)ix.  Par  quel  point  de  contact  ces  deux  légendes 
se  touchent-belles?  C est  ce  qu'il  est  diflRcile  d'étaUir 
à  dé&ut  de  traits  communs  un  peu  saillants.  Peut-être 
les  Syriens  ont-ils  confondu  Hélène,  la  mère  de  Con- 
stantin, avec  Hélène  dAdiabène,  la  reine  juive ,  qui, 
selon  Josèphe ,  séjourna  à  Jérusalem  et  y  construisît 
un  célèbre  mausolée.  Cette  hypothèse  explique  pour- 
quoi dans  le  récit  syriaque  llnvention  de  la  croix  est 
rapportée  au  i^  siècle  de  Tère  chrétientie  et  attrUmée 
à  réponse  de  Claude.  Mais  quel  est  ce  nom  de  Pro- 
tonice donné  à  celle-ciP  On  ne  saisit  pas  bien  à  quoi 
il  se  rapporte  dans  la  légende  ^  ;  mais  il  ne  fait  pas 

^  Noeldeke  [Liter,  Ce9ir€dblaUi  i&j%,  p.  937)  voit  dans  e%  nom 
une  allusion  à  Yèv  tot^t^  vUa  de  la  vision  de  Constantin.  M«  KalMi 

>7- 


252  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

de  doute  qu  il  soit  grec  par  sa  forme.  La  légende 
serait  donc  d'origine  grecque  et  n'appartiendrait  pas 
au  cycle  des  légendes  d'Édesse.  Elle  remonte  sans 
doute  au  commencement  du  v*  siècle  et  elle  est  un 
peu  postérieure  à  la  légende  d'Hélène  ^. 

Les  deux  légendes,  mises  en  regard,  formaient 
une  contradiction  choquante.  La  conciliation  ne 
tarda  pas  à  se  faire.  On  supposa  que  la  vraie  croix, 
trouvée  par  Protonice  sous  Tibère,  était  tombée  sous 
Trajan  entre  les  mains  des  Juifs,  qui  lavaient  en- 
terrée à  son  ancienne  place  ;  puis ,  qu'elle  avait  été 
découverte  une  seconde  fois  par  sainte  Hélène. 

Diverses  rédactions  syriaques  de  ces  légendes 
nous  sont  parvenues  dans  plusieurs  manuscrits. 
M.  Nestlé  les  a  recueillies  et  publiées  dans  un  opus- 
cide  intitulé  :  De  sancta  crace  (Beriin,  1889). 

Un  des  derniers  épisodes  de  la  légende  d'Abgar 
dans  la  Doctrine,  c'est  la  correspondance  d'Abgar 
avec  Tibère.  Après  avoir  parlé  de  la  députation  en- 
voyée par  Narsai,  le  roi  des  Assyriens,  à  Abgar^  cet 

(Gôtting,  Gelehrte  Anzeigen ,  1877,  p.  177)  adopte ia  leçon  Petrordca 
d'un  manuscrit ,  qu'il  explique  par  «  victoire  de  Pierre  •.  M.  Tixe- 
ront  [Les  origines  de  l'Eglise  d'Edesse,  p.  187)  s'en  tient  à  Proto- 
nice qu'il  décompose  en  'Btparo-vixrt  «  première  victoire  » ,  c'est-à-dire 
«première  exsdtation  de  la  croix»,  par  opposition  à  la  seconde 
invention  attribuée  à  Hélène. 

^  Voir  Tixeront,  lac.  cit.,  p.  178  et  190. 

*  Moyse  de  Khorène  (II,  33)  donne  le  texte  de  la  réponse 
d'Abgar  à  Narsès.  Le  roi  d'Edesse  annonce  à  cdui-ci,  au  liea 
d'Addai,  un  de  ses  principaux  compagnons  appdé  Simon.  Dans 
une  autre  lettre,  Abgar  recommande  encore  Simon  à  Ardaschès, 
roi  des  Perses. 


-       HISTOIRE   D*ÉDESSE.  253 

apocryphe  continue  en  ces  termes  :  «  Abgar  n  ayant 
pu  pénétrer  en  pays  romain  et  se  rendre  en  Pales- 
tine pour  tuer  les  Juifs ,  qui  avaient  crucifié  le  Christ , 
il  adressa  à  Tibère  César  une  lettre  ainsi  conçue  : 
«  Abgar  le  roi  à  notre  seigneur  Tibère  César,  salut! 
«  Sachant  que  rien  ne  doit  être  celé  à  ta  Royauté,  je 
«  fais  savoir  par  écrit  à  ta  redoutable  et  puissante 
«  Souveraineté  que  les  Juifs  sous  ta  dépendance ,  qui 
«  habitent  la  Palestine ,  se  sont  assemblés  et  ont  cru- 
«  cifié  le  Christ,  qui  n  avait  commis  aucun  crime, 
«  mais  qui  faisait  en  leur  présence  des  prodiges  et 
«  des  miracles  et  ressuscitait  même  des  morts  parmi 
«eux.  Au  moment  où  ils  le  crucifièrent,  le  soleil 
«s'obscurcit,  la  terre  trembla,  toutes  les  créatures 
«  furent  agitées  ;  on  aurait  dit  que  chez  eux ,  par  cet 
«  événement,  le  monde  entier  et  ses  habitants  allaient 
«prendre  fin.  C'est  pourquoi  ta  Royauté  sait  ce 
«  qu'elle  doit  ordonner  contre  le  peuple  juif,  qui  a 
«  agi  ainsi.  » 

Tibère  répond  :  «  J  ai  reçu  et  on  m'a  lu  la  lettre 
de  ta  Fidélité  au  sujet  de  ce  que  les  Juifs  ont  fait 
avec  la  croix.  Pilate,  le  gouverneur,  avait  également 
mandé  par  écrit  à  mon  préfet  Olbinus  '  les  faits  dont 
tu  m'entretiens.  Mais,  comme  la  guerre  contre  les 
habitants  de  l'Espagne,  qui  se  sont  révoltés  contre 


*  Gutsclimid  [Vntersnchungen ,  p.  i3)  remarque  que  Olbinus  est 
une  erreur  pour  Sahinns  (voir  ci-dessus,  p.  2  35 ,  note  4 ,  et  ci-aprèd , 
p.  2  55),  erreur  facile  dans  l'écriture  grecque  :  OABINOC  et 
^ABINOC.  Cette  légende  dans  la  Doctrine  procéderait  donc  d'un 
original  grec. 


254  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

moi,  a  lieu  en  ce  moment ^  je  n'ai  pu  m*occuper 
de  oette  affaire.  Je  suiâ  résolu,  lorsque  j  aurai  la  paix, 
à  appliquer  la  loi  aux  Juifs,  qui  noufc  pas  agi  con- 
formément à  la  loi.  C'est  pourquoi  j'ai  remplacé  Pi- 
rate que  j  avais  fait  gouverneur  de  la  province,  et  je 
lai  congédié  honteusement.  Il  était  en  effet  sorti  de 
la  loi,  avait  fait  la  volonté  des  Juifs  et  avait  crucifié, 
pour  plaire  aux  Juif&,  le  Christ  qui,  à  ce  que  j'ap- 
prends, au  lieu  d'être  crucifié,  méritait  d'être  Imv 
noré  et  adoré  par  eux ,  surtout  îorsqu'iisi  voyaient  de 
leurs  jreux  tout  ce  qu'il  faisait.  Toi ,  selon  ta  fidélité 
envers  moi  et  suivant  ton  alliance  sincère  et  celle  de 
teâ  pères,  tu  as  bien  fait  de  m'écrire  cette  lettre.  » 

Ahgar  accueillit  avec  honneur  Aristide  le  député 
de  Tibère  et  le  renvoya  avec  des  présents.  La  paix 
signée,  Tibère  fit  tuer  les  Juifs  de  Palestine,  et  la 
nouvelle  de  leur  châtiment  réjouit  Abgar. 

La  version  arménienne  de  la  Doctrine  et  Moys« 
de  KJiorène  reproduisent  cette  correspondance  aan6 
différences  notables.  Mais  fapocryphe  intitulé  :  Dran- 
âtus  Mariœ  présente  une  rédaction  plus  concise, 
indépendante  de&  autres  textes^.  Abgar,  qui  avait 
été  guéri  par  Addai  et  qui  aimait  Jésua,  est  très 
affecté  quand  il  apprend  que  le  Messie  a  été  mis  à 
mort  par  les  Juifs.  Il  marche  contre  Jérns^dem  qu'il 


^  Selou  Gntschmid,  loc.  cit.,  pw  i3«  il  s^agit  du  soidèvement 
de  Gdba  en  Ëspitgne  coatre  Néron  ;  on  retrouve,  le  même  trait  4aw 
la  légende  de  riaventioo  do  la  vraie  croix.  (Voir  ci^dossus,  p.  ad^.) 

'  Voir  Wright,  Joumal  of  saarâii  LiUrature,  janvier  et  axnl, 
\865;  Cureton,  i4 ne.  Syr.  doc,  p.  iio  (trad.,  p.  iii). 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  255 

veut  détruire,  mais,  arrivé  près  de  TEuphrate,  il 
craint  de  s'attirer  l'inimitié  des  Romains,  en  péné- 
trant sur  leur  territoire.  Il  écrit  sdors  à  Tibère  une 
lettre  qu'il  lui  fait  transmettre  par  le  gouverneur 
Sabinus.  A  la  réception  de  cette  lettre,  Tibère  de- 
vient irrité  contre  les  Juifs  qu'il  veut  faire  périr, 
mais  il  n'est  pas  question  d'une  réponse  à  la  lettre 
d'Abgar.  Cette  rédaction  est  peut-être  plus  moderne 
que  celle  de  la  Doctrine^. 

Dans  la  Doctriney  c'est  saint  Thomas  qui  envoie 
Addai  à  Edesse  pour  prêcher  la  Bonne  nouvelle. 
L'apôtre  de  l'Orient  ne  devait  pas  en  effet  demeurer 
étranger  à  l'histoire  d'Edesse.  Suivant  la  Passio 
Thomœ,  les  restes  de  cet  apôtre  auraient  été  trans- 
portés  à  Edesse  vers  iSa.  Cet  apoci^he  rapporte 
qu'Alexandre  Sévère,  au  retour  de  sa  victoire  sur 
les  Perses,  réclama  des  rois  des  Indes  le  corps  de 
saint  Thomas  qui  fut  placé  à  Eldesse  dans  une  châsse 
d'argent.  Suivant  une  autre  tradition  connue  de  saint 
Éphrem,  mort  en  SyS ,  les  restes  de  l'apôtre  auraient 
été  rapportés  de  l'Inde  par  un  marchand  et  déposés 
à  Edesse.  Enfin  un  troisième  récit,  adopté  par  la 
Chronique  d'Edesse^,  place  cette  translation  à  Edesse 
à  l'année  3  9  4,  sous  Gyrus,  évêque  de  la  ville. 


^  Tel  est  l'avis  de  Matthes,  Die  Abgarsage  auf  ihre  Fortsetzung , 
p.  Sa ,  et  Tixeront,  Les  origines  de  l'Eglise  d'Edesse,  p.  73.  L'hyptH 
thèse  contraire  est  admise  par  Lipsius,  Die  Edessen.  Ahgarsa^, 
p.  36;  Die  apokryph.  Apostelgesch. ,  II,  a*  part.,  p.  19a. 

^  Voir  Assémani,  B.  0.,  I,  p.  899.  Pour  concilier  ces  données 
rontradictoires,  ou  a  supposé  que   la  Chronique  d'Edesse  pariait 


250  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 


CHAPITRE  VI. 

LÉGENDES    JUDÉO-CHRÉTIENNES. 

Edesse  au  temps  des  patriarches.  —  Fondation  de  la  ville  par 
Nemrod.  —  Lieux  consacrés  à  Abraham.  —  Les  deniers 
de  Judas  et  la  tunique  de  Jésus  à  Edesse.  —  Tente  de 
Jacob. 

Harran,  la  ville  voisine  d'Edesse,  était  identifiée 
avec  le  Harran  biblique  où  Térach  et  sa  famille 
s'établirent  après  avoir  quitté  Our  en  Chaldée^.  D. 
était  naturel  que  la  capitale  de  l'Osrhoène  bénéficiât 
des  légendes  que  les  apocryphes  juifs  et  chrétiens 
brodaient  sur  Thistoire  biblique  des  anciens  pa- 
triarches. De  même  que,  par  une  fiction  ingénieuse. 


d'un  transfert  d'une  église  à  une  autre ,  mais  n  entendait  pas  l'ar- 
rivée de  la  sainte  relique  à  Edesse.  Les  termes  dont  se  sert  la 
Chronique  ne  se  prêtent  guère  à  cette  combinaison.  (Comp.  Bic- 
kell,  S,  Ephrœmi  syri  carmina  Nisibena,  p.  i63,  n'  Aa,  note  i; 
Lipsius,  Die  Apok.  Apostelgesch. ,  I,  p.  i44  et  suiv. ,  aa4  et  373; 
II ,  2"  part. ,  Nachtrâge,  p.  4 1 8-4  »  9  ;  Tixeront ,  Les  origines  de  VEglise 
d'Édesse,  p.  i55.)  Selon  Salomon  de  Bassora,  The  book  of  tke  hee  » 
p.  119,  8 ,  le  marchand  qui  rapporte  le  corps  de  Tapôtre  s'appdait 
Haban.  C'était  le  nom  du  marchand  qui  emmena  Thomas  aux 
Indes  (  voir  Barhebracus ,  Chron.  eccl,  ^II,p.  6];ilyalàun  mé- 
lange des  deux  légendes. 

^  Dans  le  Livre  de  l'abeille,  de  Salomon  de  Bassora  [The  book 
of  ihe  bee,  éd.  Budge,  p.  4i)  ,1a  ville  biblique  de  Harran  est  placée 
en  dt-çà  de  TËuphrate.  Cette  donnée  géographique  est  isolée  dans 
la  httérature  syriaque.  M.  Halévy  a  le  premier,  dans  les  temps  mo- 
dernes ,  soutenu  que  le  Harran  biblique  doit  être  cherché  dans  la 
Syrie  cis-euphratique. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  257 

l'église  d'Edesse  prenait  racine  aux  sources  mêmes 
du  christianisme,  ainsi  l'histoire  d'Edesse  fut  rat- 
tachée aux  premiers  temps  des  Hébreux* 

La  Mésopotamie  et  TAdiabène  renfermaient  vers 
le  commencement  de  notre  ère  un  grand  nombre 
de  Juifs  qui  entretenaient  des  relations  commer- 
ciales avec  la  Babylonie,  dun  côté,  et  la  Palestine, 
de  l'autre  côté^  Par  leur  intermédiaire,  les  légendes 
juives  circulaient  dans  tout  l'Orient  et  étaient  ac- 
cueillies par  les  premières  chrétientés,  si  pleines  de 
foi  et  de  bonne  volonté. 

C'est  dans  la  littérature  pseudo-épigraphique  que 
Ton  trouvait  Edesse  assimilée  à  Erekh  de  la  Bible  et 
la  fondation  de  cette  ville  attribuée  à  Nemrod. 
Abraham  avait  séjourné  à  Edesse.  Les  Arabes  ont 
conservé  cette  tradition  ;  ils  nomment  le  grand 
étang  Aîn-al-Khalil  «  l'étang  d'Abraham  » ,  comme 
nous  l'avons  rappelé  sous  le  chapitre  l*'^  Le  souvenir 
d'Abraham  s'est  encore  attaché  à  une  fontaine  qui  se 
trouve  au  sud  de  la  ville ,  sous  le  mur,  à  l'endroit  le 
plus  bas  de  la  pente  du  Nimroud-dagh.  Les  Musul- 
mans ont  construit  un  sanctuaire  sur  cette  source  et 
un  chrétien  ne  doit  pas  en  approcher.  Ils  racontent 
qu'Abraham  voulut  immoler  à  cet  endroit  son  fils 

^  On  pourrait  tirer  un  grand  nombre  de  témoignages  du  Talmud 
et  de  Josèphe.  La  reine  d'Adiabène  et  son  fils  Izate  suivaient  les 
pratiques  juives.  Les  anciens  documents  syriaques  parlent  souvent 
des  Juifs.  C'est  chez  un  juif  de  Palestine,  Tobie,  qu'Addai  descend 
à  Kdesse.  Le  roi  Bakrou  avait  été  sauvé,  disait-on,  par  la  juive 
Koutbi.  (Voir  ci-dessus,  p.  127.)  Nous  verrons  sous  le  chapitre  sui- 
vant que  la  chrétieiité  d'Edesse  fut  d'abord  judéo-chrétienne. 


258  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Isaac  et  que,  après  le  sacrifice,  il  surgit  la  fontaine 
à  la  place  du  chevreau  qui  avait  été  substitué  h  fai 
première  victime^.  Dans  leur  forme  actuelle,  les 
légendes  musidmanes  ne  remontent  pas  très  haut, 
mais  elles  procèdent. dune  ancienne  tradition  natio- 
nale, quoique  la  pèlerine  franque,  qui  mentionne 
les  lieux  consacrés  aux  patriarches  à  Hferran,  n'y 
fasse  pas  allusion. 

Par  une  &ble,  où.  fimagination  orientale  montre 
toutes  ses  ressources ,  on  rapportait  encore  à  Térach, 
le  père  d'Abraham ,  les  trente  pièce»  d  argent  remises 
à  Judas  pour  le  prix  de  sa  trahison.  Les  deniers,  ra- 
contait-on, avaient  été  frappés  par  Térach,  qui  les 
avait  donnés  à  son  fils  Abraham;  ils  avaient  passé 
ensuite  aux  Pharaons  d'Egypte,  puis  à  la  reine  de 
Saba  qui  les  avait  apportés  à  Salomon.  Après  la 
prise  de  Jérusalem  par  Nabuchodonosor,  ils  avaient 
été  transportés  à  Babylone.  Nabuchodonosor  en  avait 
fait  don  aux  rois  Mages.  Ceux-ci,  en  se  rendant  i 
BetUéem,  passèrent  près  d'Eldesse;  ils  les  égarèrent 
au  bord  d'une  fontaine  dans  le  voisinage  de  la  ville. 
Des  marchands  les  trouvèrent  et  s'en  servirent  pour 
acheter  la  tunique  tissée  d'une  seule  pièce,  qu'un 
ange  était  venu  apporter  à  des  pâtres.  Abgar,  mis 
au  courant  de  ces  faits ,  se  procure  la  tunique  et  les 
deniers  d'argent,  et  il  les  envoie  à  Jésus  en  recon- 
naissance de  la  guérison  que  celui-ci  lui  a  procurée. 
Jésus  garde  la  tunique  et  fait  porter  au  temple  les 

^  Voir  Sachau,  Reise  in  Syrien  nnd  Mesopotamien ,  p.  197. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  259 

deniers.  Ce  sont  ces  pièces  que  les  prêtres  remirent 
à  Judas  ^ 

Selon  Jules  Africain^,  la  tente  de  Jacob,  qui  était 
conservée  à  Edesse,  fut  brûlée  par  la  foudre  au 
temps  de  Tempereur  Antonin  ^. 


*  Voir  Lagardft,  Prœterirdssornm  libri  dao,  p.  94;  Salomoa  de 
Bassora,  Tke  heok  of  the  hee,  éd.  Budge,  p.  107,  108. 

*  Dans  les  Kscerpta  Eusebiana. 

3  C'est-à-dire  Hétiogahdle,  dont  le  titre  impérial  était  :  Mvcvls 


260  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 


CHAPITRE  VIL 

LES  PREMIERS   TEMPS  DU    CHRISTIANISME 
ET  DE  LA  LITTÉRATURE  X  EDESSE. 

Humbles  débuis  de  la  coiiiinunauté  chrétienne  d*Edesse.  — 
Cette  communauté  est  composée  jusqu'au  m"  siècle  de 
judéo-chrétiens.  —  Au  m'  siècle ,  elle  se  rattache  à  TÉglise 
hellénique.  —  Version  syriaque,  dite  Peschite,  —  Le  Dia- 
tessaron  de  Tatien.  —  L*EgHse  chrétienne  possédait  une 
version  syriaque  des  Ecritures  en  170.  —  Le  gnosticisme 
à  Edesse  à  la  môme  époque.  —  Bardesane  et  son  fils 
Harmonius.  —  L'essor  de  la  littérature  syriaque  coïncide 
avec  la  propagation  du  christianisme  et  du  gnostidsnie. 
—  La  langue  syriaque  a  reçu  alors  son  développement 
complet.  —  L'alphabet  estrangélo. 

Il  n  existe  pas  de  document  historique  sur  les  ori- 
gines de  la  chrétienté  de  l'Osrhoène.  Nous  avons  vu, 
sous  le  chapitre  v,  en  étudiant  la  légende  d'Abgar, 
que  le  premier  roi  chrétien  fut  Abgar  IX,  qui  abjura 
Tidolâtrie  postérieurement  à  Tannée  202,  après  son 
retour  de  Rome.  Mais,  avant  de  devenir  religion 
d'Etat,  le  christianisme  avait  dû  prendre  racine  et 
s'acclimater  en  Osrhoène.  Ses  débuts  semblent  avoir 
été  modestes;  il  se  propagea  d'abord  dans  la  com- 
munauté juive,  qui  était  considérée  comme  étran- 
gère et  ne  jouissait  pas  d'une  grande  considération 
dans  le  pays.  Parmi  les  personnages  de  la  cour  et 
les  fonctionnaires  que  les  anciens  documents  nous 
font  connaître,  on  ne  trouve  pas  un  seul  nom  juif. 
Les  prêtres  païens ,  qui  étaient  naturellement  hostiles 


HISTOIRE   D*ÉDESSE.  261 

à  une  religion  étrangère,  étaient  aux  honneurs  et 
occupaient  le  second  rang  dans  l'Etat,  après  le  pou- 
voir royal. 

Les  Actes  de  Scharhil^  font  du  grand  prêtre 
d'Edesse  un  portrait  qui  paraît  être  fidèle.  Sur  le 
grand  autel  placé  au  milieu  de  la  ville,  ce  pontife 
préside  aux  sacrifices  offerts  en  public  aux  dieux.  Il 
se  distingue  des  autres  prêtres  par  des  vêtements 
richement  brodés  ;  un  diadème  surmonté  d'une  figu- 
rine d'or  orne  sa  tête  ;  tout  ce  qu'il  ordonne  est  exé- 
cuté avec  empressement. 

Les  premiers  chrétiens  d'Edesse  furent  certaine- 
ment des  judéo- chrétiens^.  La  légende  d'Abgar 
semble  avoir  conservé  quelque  souvenir  de  lem* 
origine.  Addai,  l'apôtre  de  l'Osrhoène,  est  originaire 
de  Panéas^;  il  descend  à  Edesse  chez  Tobie,  un 
juif  originaire  de  la  Palestine.  A  la  parole  d' Addai, 
les  Juifs  se  convertissent  avec  la  même  facilité  que 
les  païens  et  n'hésitent  pas  à  confesser  la  nouvelle 
loi  religieuse. 

La  version  syriaque  de  l'Ancien  Testament,  dite 
la  Simple,  Peschito,  témoigne  en  faveur  de  cette  ori- 
gine. Les  différentes  parties  de  cette  version  ont  cer- 
tainement été  traduites  par  plusieurs  auteurs.  Ces 


*  Ane,  Syriac  docnmenU  de  Curetou,  p.  4i. 

*  Comp.  Renan,  Marc-Anrèle,  p.  à6o.  M.  Bonnet-Maury  a  ex- 
primé la  même  idée  dans  la  Revue  de  l'histoire  des  religions,  1887, 
p.  269-283,  mais  sans  la  développer  suffisamment. 

^  n  est  vrai  que  le  nom  de  cette  ville  semble  avoir  été  indiqué 
par  la  légende  de  la  Véronique.  (Voir  ci-dessus,  p.  107.) 


26S  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

auteurs  connaissaient  la  littérature  juive  et  se  sont 
in^irés  pour  leurs  versions  des  targoums  u»tés  flans 
les  synagogues  ^  Ils  ont  également  consulté  la  ver- 
sion grecque  des  Septante.  D*un  autre  côté,  quel- 
ques versets,  comme  Isaïe,vu,  lÂ,  et  ik,  5,  portent 
un  cachet  chrétien  incontestable.  Cette  version  n*est 
donc  pas  l'œuvre  de  chrétiens  grecs  ^,  ni  de  Jui6^, 
mais  de  judéo-chrétiens  *. 

Les  Syriens  ne  savaient  rien  d  exact  sur  la  genèse 
de  la  p€schip.  Théodore  de  Mopsueste  déclarait 
qu'on  ignorait  quel  en  était  1  auteur^.  Mais  la  lé- 
gende vient  toujours  combler  les  lacunes  de  ITiis- 
toire.  Selon  Jacques  d'Edesse  ^,  cette  version  est  due 
à  des  interprètes  qu'Addai  et  Abgar  avaient  envoyés 
dans  ce  but  en  Palestine.  Ichodad^  évèqae  de  Ha- 
dath,  rapportait  que  certains  livre»  de  T Ancien  Tes- 


^  CTest  un  point  bien  établi  pour  le  PeatâleaqBe  par  Perles,  Me- 

letemata  Peschiterûana, 

*  Opinion  admise  par  Hirzel ,  Kirsch ,  Gesenius ,  etc. 

'  Selon  Perles,  fdeleL  Peschitoniana;  Prager,  De  veîeris  Testa- 
menti  versione  ^am  Pesckkîo  vacant.  M.  Bttethgea'(l7nl0rjiu;ihiiii5fefi 
ueber  die  Psalnwn  nach  der  Petchita]  a  montré  que  les  argumeats 
tirés  par  Prager  des  titres  des  Psaumes  n'ont  pas  «le  poids  pour  la 
question. 

*  Datbe,  Psalterium  syriacwn,  prmf.  xxv  seq.;  NoBldelce,  Die 
Alttestamentliche  Literatar,  p.  3  63.  (Gomp.  Renan,  Histoire  des 
langues  sémitiques,  4*  édit. ,  p.  263;  L'Église  chrétienne,  p.  287.) 

^  In  Sophoniam,  1,6,  dans  la  nouvelle  collection  de  Mai. 

*  D*après  Moyse  bar  Képba,  cité  par  l'abbé  Martin,  Introimction 
à  la  critique  da  Nouveau  Testament,  p.  101  ;  et  d'après  Bariiebmn 
dans  son  commentaire  sur  le  Psaume  x.  (Voir  Lagarde,  PrmtermiS' 
ionun  libri  duo,  109,  92;  Scbrœter,  Z.  D.  M.  G.,  XXIX,  p.  262 
et  280.) 


HISTOIRE   D*ÉDESSE.  263 

tament  avaient  été  traduits  du  temps  de  Salomon ,  à 
la  demande  de  Hiram ,  et  que  les  livres  les  plus  ré- 
cents, ainsi  que  le  Nouveau  Testament,  dataient  du 
roi  Abgar  ^  Enfin  Bariiebraeus  ^  résume  les  trois 
traditions  qui  avaient  cours  :  i°  la  Peschiio  de  TAn- 
cien  Testament  datait  du  temps  de  Hiram  et  de  Sa- 
lomon; 2°  elle  avait  eu  pour  auteur  le  prêtre  Asa* 
quand  il  avait  été  envoyé  à  Samarie  par  ie  roi  d'As- 
syrie^; 3°  elle  avait  été  faite  à  Tépoque  d'Addai  et 
d' Abgar,  en  même  temps  que  la  version  du  Nouveau 
Testament. 

Il  est  vraisemblable  que  la  Peschito  de  TAncien 
Testament  fut  faite  vers  k  milieu  du  ii*  siècle  de 
notre  ère  à  Edesse  même  ^. 


^  Voir  Assémani,  B.  0.,  III,  i,  a  1 1  et  suiv. 

^  Dans  la  préface  de  son  commentaire  intitulé  :  Le  Magasin  des 
mystères, 

^  Cette  tradition  est  attribuée  à  Épiphane  de  Chypre  par  Za- 
charie  le  Rhéteur  ou  son  iaterpolateur,  dans  les  Anecd&ta  syriaca, 
de  Land,  III,  p.  ii.  Dans  É{Hphane,  éd.  Petavius  (Paris,  1622, 
I,  p.  23  ) ,  il  est  seulement  &it  mention  du  prêtre  Esdras  qui  apporta 
l'Ecriture  sainte  aux  Assyriens. 

*  Méliton  de  Sardes,  mort  vers  170  de  J.-C.,  en  fait  d^à  men- 
tion sous  le  nom  de  o  'LijpoSf  dans  une  scolie  sur  Genèse  xn,  i3w 
(Voir  les  scolies  ajoutées  à  l'édition  romaine  [iSSy]  des  Septante.) 
Bardesane  connaissait  sans  doute  cette  version»  {Voir  Men,  Bear- 
desanes  von  Edessa,  p.  19.)  Prager  {De  veteris  Testamenti  syriaea 
versione,  p.  45)  voit  dans  cette  version  un  ancien  Targoum  à  Tusage 
des  Juifs  de  l'Orient,  dont  la  partie  ia  plus  ancienne,  le  Penta- 
teuque  et  les  Psaumes ,  serait  de  la  fin  du  n'  siècle  ou  du  com- 
mencement du  i"  siècle  avant  J.-C  Ce  targoum  aurait  été  accepté 
par  les  Chrétiens  vers  ie  iv'  siècle  de  notre  ère ,  au  temps  de  saint 
Éphrem.  Cette  opinion  est  restée  isolée;  elle  ne  tient  pas  compte 
de  l'élément  chrétien  dans  la  Peschito^ 


264  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Vers  la  même  époque,  ïatien  composait  en  sy- 
riaque, peut-être  également  à  Edesse,  Tharmonie 
des  quatre  Evangiles  intitulée  :  Le  Diatessaron  ^  Cette 
harmonie  suppose-t-elle  Texistence  préalable  d'une 
version  syriaque  des  quatre  Evangiles  séparés? 
M.  Zahn  soutient  laffirmati ve ,  et  il  voit  cette  ver- 
sion dans  les  fragments  découverts  et  publiés  par 
Cureton  en  i858^.  Dans  de  nombreux  passages, 
cette  version  concorde  avec  le  Diatessaron  de  Tatien. 
M.  Bœthgen,  frappé  du  caractère  harmonistique  de 
certains  passages  de  la  version  de  Cureton,  estime 
que  Tatien  a  composé  son  livre  sur  un  original  grec 
et  que  la  version  de  Cureton,  faite  également  sur  le 
grec,  a  suivi,  autant  que  possible,  le  Diatessaron, 
Les  recherches  de  ces  savants  étaient  limitées,  en 
ce  qui  concerne  ce  dernier  livre ,  à  la  version  armé- 
nienne du  commentaire  qu'en  avait  fait  saint  Éphrem. 
Pour  un  nouvel  examen  de  la  question,  on  devra 
tenir  compte  de  la  version  arabe  du  Diatessaron  pu- 
bUée  récemment  par  le  P.  Ciasca^. 

*  Zahn  (Forsch,  zur  Gesclu  des  Neutestam,  Canons,  I  Theil,  Dia- 
tessaron) a  réfuté  l'opinion  que  Hamack  a  émise  dans  Die  UeberUe- 

ferung  der  griechischen  Âpologeten  et  suivant  laquelle  le  Diatessca^on 
aurait  été  composé  en  grec.  (Comp.  Baethgen,  Evangelienfragmente , 
der  griechische  Text  des  Cureton  schen  Syrers,  p.  90;  et  Tixeront, 
Les  origines  de  l'Eglise  d' Edesse,  p.  16.)  Celui-ci  prend  pour  la 
composition  de  ce  livre  la  période  comprise  entre  les  années  1 62 
à  173.  La  Mésopotamie  comme  lieu  de  rédaction  du  Diatessaron 
est  indiquée  par  saint  Epiphane. 

*  Voir  Remains  of  a  very  ancient  recension  of  the  four  Gospels  in 
Syriac. 

^   Tatiani  Evangelioram  Harmoniœ  (Rome,  1888). 


HISTOIRE    D'ÉDESSE.  205 

M.  Zahn  a  montré  par  de  nombreux  passages 
empruntés  aux  œuvres  des  premiers  pères  de  TEglise 
syriaque,  Aphraate  (en  3^o)  et  saint  Ephrem  (mort 
en  SyS),  que  Tharmonie  de  Tatien  a  été  en  usage 
jusquà  Rabboula,  évêque  d'Edesse  (mort  en  435), 
qui  en  prohiba  1  usage  dans  les  églises  et  les  cou- 
vents. Dans  la  pensée  de  M.  Zahn,  la  version  de 
Cureton  aurait  éclipsé  et  fait  tomber  en  oubli  le 
Diatessaron.  Suivant  M.  Baethgen,  le  Diatessaron 
aurait  été  le  seul  texte  syriaque  des  Evangiles  pen- 
dant un  siècle.  Vers  260,  parut  la  version  publiée 
par  Cureton  ^  Aphraate  la  connaissait,  quoiqu'il  se 
servît  généralement  de  l'harmonie  de  Tatien.  En- 
viron trente  ans  plus  tard  existait  à  Edesse,  à  côté 
du  Diatessaron  y  un  texte  des  Evangiles  très  proche 
de  la  Peschito  et  sorti  d'une  revision  de  l'ancienne 
version  de  Cureton,  qui  la  remenaît  à  l'original 
grec,  dont  elle  s'éloignait  souvent^.  La  recension  de 
Rabboula,  dont  parle  le  biographe  de  cet  évêque 


^  M.  Renan  (Histoire  des  langues  sémitiques,  k*  édil. ,  p.  26/i)  a 
rejeté  i  opinion  de  Cureton  qui  voyait  dans  les  fragments  retrouvés 
|)ar  lui  \ô  ieiLte  des  Xôyia,  dont  parie  Papias.  L'abbé  Martin  faisait 
descendre  cette  version  beaucoup  plus  bas;  il  croyait  retrouver  en 
elle  la  version  de  Jacques  d'Edesse  (mort  en  708),  mais  son  hypo- 
thèse n'a  pas  trouvé  d'écho. 

*  Hilgenfeld  (Zeitschr,  fur  Wissenschnft.  TheoL,  i883,p.  119) 
considérait  la  Peschito  et  la  version  Curetonienne  comme  indépen- 
dantes Tune  de  l'autre.  Mais  M.  Wildeboer  (De  Waarde  der  Syr, 
Evang,  door  Cureton  ontdekt  en  uitgegeven)  a  rapproché  de  nom- 
breux passages  qui  établissent  les  rapports  eiistant  entre  elles. 
(Comp.  Baethgen,  /or.  cit,,  p.  55.) 

XVIII.  18 

mraïaïai*  A«-.i>i>tLi, 


266  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

(voir  ci -après,  chap.  x),  en  la  qualifiant  de  ver 
sion,  ne  serait  pas   la  Peschito  actuelle,  puisque 
saint  Ephrem  paraît  avoir  déjà  connu  celle-ci,  mais 
quelque  travail  personnel  qui ,  comme  tant  d'autres 
du  même  genre,  serait  aujourd'hui  perdu  ^. 

Quoi  quil  en  soit  de  ces  difliciles  questions,  on 
peut  tenir  pour  un  fait  acquis  que,  en  1 70  de  notre 
ère ,  la  Mésopotamie  possédait  une  version  syriaque 
des  Ecritures  ^. 

La  première  mention  des  communautés  chré- 
tiennes de  rOsrhoène  se  trouve  dans  Eusèbe*,  dans 
Un  passage  où  il  est  question  du  concile  de  TOs- 
rhoène  tenu  vers  197  pour  discuter  la  question  pas- 
cale. Le  terme  dont  lauteur  se  sert,  tsrapoiie/ai ,  laisse 
entendre  que  ces  communautés  étaient  déjà  organi- 
sées en  paroisses  gouvernées  par  un  directeur  qui, 


*  M.  Nestlé,  dans  la  Real  EncycL  de  Herzog,  2*  édit.,  vol.  XV, 
195,  admettait  que  la  Pesckilo  était  plus  ancienne  que  le  teste  de 
Cureton  et  que  celui-ci  constituait  la  revision  de  Rabboula. 

*  M.  Baelhgen  va  trop  loin  quand  il  prétend  (loc.  ciu,  p.  63, 
note  i]  que  la  province  de  Beith-Garmai,  à  l'est  du  Tigre  et  au  sud 
du  Zâb ,  avait  déjà  des  chrétiens  avant  1 70.  Il  cite ,  à  l'appui  de  sa 
thèse,  Ho£Pmann,  Auszûge  aus  sjr.  Acten  pers.  Màriyret,  p.  d6,  et 
Ncddeke,  Gœtting.  Gelehrte  Anzeigem,  1880,  p.  873.  Mais  YAetê 
des  martyrs  publié  par  M.  Hoffmann  parle  seulement  de  la  légoodi 
qui  attribuait  à  Addai  et  à  Mari  la  conversion  de  Karkha  de  Se- 
loukh.  M.  Nœldeke,  qui  a  en  vue  l'évangâisation  d'Âddai  rqxxrtée 
vers  170  par  les  critiques,  émet  comme  une  hypothèse  doatease 
(darf  man  vielleicht  sdiliessen]  l'idée  qu'une  communaaté  chré- 
tienne se  serait  établie  dans  ce  pays  vers  1 70.  Nous  avons  va  pliu 
haut  (p.  liOj  note  1)  que  la  prétendue  évangâisatioD  par  Addû, 
des  provinces  du  Tigre ,  n'était  qu'une  extension  de  la  légende. 

^  Ilist.  eccl,,  V,  2  3,  2  et  3. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  267 

s'il  n  avait  pas  le  titre  d'évêcpie ,  en  exerçait  les  fonc- 
tions^. 

Vers  le  milieu  du  if  siècle,  les  Marcionites  et 
les  Vsdentiniens ,  et  peut-être  encore  d'autres  sectes 
gnostiques,  comptaient  des  adeptes  à  Edesse.  Avec 
Bardesane  surgit  une  nouvelle  hérésie  de  même  na- 
ture. 

Bardesane,    ou   plus  exactement   Bar   Daiçân^, 

-1»^;^,  naquit  à  Edesse  le  ii  juillet  i54^,  sans 

doute  de  parents  païens.  D  reçut  une  éducation  soi- 
gnée et  fut  le  camarade  d'enfance  du  prince  qui  de- 
vint plus  tard  le  roi  Abgar  IX,  et  dont  il  resta 
Tami*.  Suivant  Barhebraeus  ^,  il  devint  chrétien  et 
fut  baptisé  après  avoir  abjuré  le  paganisme  dans 
lequel  il  avait  été  élevé  par  un  prêtre  de  Mabboug. 
Saint  Ephrem,  saint  Ëpiphane  et  tous  ses  adver- 
saires le  représentent  comme  un  génie  éminent; 
poète  séduisant,  habile  dialecticien,  il  brilla  dans 
toutes  les  connaissances  humaines  cultivées  de  son 


*  Selon  le  Libellas  synodicus,  Mansi,  Conc,  I,  737  et  738,  ily 
aurait  eu  deux  conciles  en  Mésopotamie,  l'un  comprenant  les  évêques 
de  rOsrhoène  et  de  l'Adiabène,  et  Tautre  composé  de  dix-huit  évê- 
({ues  de  la  Mésopotamie  pn^rement  dite.  Maïs  ces  données  doivent 
être  rejetées  comme  erronées,  car  la  division  de  la  Mésopotanûa 
en  deux  provinces  ne  date  que  de  l'empereur  Constance.  (Voir  ci- 
dessus,  p.  91,  et  Tixeront,  Les  ori^nes  de  lEglise  d' Edesse,  p,  i4.) 

'  Suivant  Barbdbraeus,  Ckron,  êccL,  1,  d5,  ilaivait  reça  ce  nom  • 
parce  qu'il  était  venu  au  monde  sur  les  bords  an  fleave  Daiçân. 
^  Chronique  d'Edetse,  dans  Assémxni ,  B.  0,,l^p.  889. 

*  Saint  ÈipiphsiiMR,  Hœres,  LVI,  1. 
^  Loc.  cit.,  supra,  note  2. 

18. 


268  SEPTËMBRE-OGTOBRE  1891. 

temps.  Il  combattit  le  paganisme  et  écrivit  contre  le 
dualisme  de  Marcion,  mais  il  demeura  attaché  au 
gnosticisme.  Sa  doctrine  présente  de  nombreux 
points  de  contact  avec  le  système  des  Valentiniens, 
quoiqu'elle  dénote  une  conception  plus  élevée  de 
la  divinité  ^ 

Nous  ne  pouvons  résister  au  plaisir  de  citer  ici 
le  beau  portrait  que  M.  Renan  en  a  tracé  dans  son 
Mcux-Aurèle,  p.  A 3 6-4 3 9  :  «C'était,  si  Ion  peut 
s'exprimer  ainsi,  un  homme  du  monde,  riche,  ai- 
mable, libéral,  instruit,  bien  posé  à  la  cour,  versé 
à  la  fois  dans  la  science  chaldéenne  et  dans  la  ctd- 
ture  hellénique ,  une  sorte  de  Numénius ,  au  courant 
de  toutes  les  philosophies ,  de  toutes  les  religions, 
de  toutes  les  sectes.  Il  fut  sincèrement  chrétien;  ce 
fut  même  un  prédicateur  ardent  du  christianisme, 
presque  un  missionnaire ,  mais  toutes  les  écoles  chré- 
tiennes qu'il  traversa  laissèrent  quelque  chose  dans 
son  esprit;  aucune  ne  le  retint.  Seul,  Marcion,  avec 
son  austère  ascétisme ,  lui  déplut  tout  à  fait.  Le  va- 
lentinianisme ,  au  contraire,  dans  sa  forme  orien- 
tale, fut  la  doctrine  à  laquelle  il  revint  toujours.  Il 
se  complut  aux  syzygies  des  éons  et  nia  la  résurrec- 
tion de  la  chair.  L'âme ,  selon  lui ,  ne  naissait  ni  ne 
mourait;  le  corps  n'était  que  son  instrument  pas- 


^  Voir  Habn,  Bardesanes  gnosticas  Syroram,  primus  hymnologas, 
1819;  Merx,  Bardesanes  von  Edessa,  i863;  Hiigenfdd,  Bardesanes 
der  letzte  Gnostiher,  i864;  Langlois,  dans  les  Histor,  grœc,  frag» 
menta,  de  Didot,  t.  V,  p.  63  et  suiv.;  Hort,  dans  le  Diet.  of  ekrist* 
biographie. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  269 

sager.  Jésus  na  pas  eu  de  corps  véritable;  il  s  est 
uni  à  un  fantôme.  li  semble  que,  vers  la  fin  <le  sa 
vie,  Bardesane  se  rapprocha  des  catholiques;  mais, 
en  définitive,  l'orthodoxie  le  repoussa.  Après  avoir 
enchanté  sa  génération  par  une  prédication  bril- 
lante, par  son  ardent  idéalisme  et  par  son  charme 
personnel,  il  fut  accablé  danathèmes;  on  le  classa 
parmi  les  gnostiques,  lui  qui  n'avait  jamais  voulu 
être  classé.  » 

On  ne  possède  à  peu  près  rien  de  ses  écrits,  si 
l'on  excepte  le  traité  sur  le  destin  que  la  tradition 
lui  attribue.  Eusèbe  a  donné  de  longs  extraits  de  ce 
traité  dans  le  6*  livre  de  sa  Prœparatio  evangelica. 
Cureton  en  a  retrouvé  et  publié  le  texte  syriaque 
en  tête  de  son  Spicilegiam  syriacam  sous  le  titre  de 
Livre  des  lois  des  pays,  qu'il  a  dans  le  manuscrit 
syriaque.  Ce  texte  est  vraisemblablement  l'original 
lui-même.  La  forme  donnée  à  cet  opuscule,  qui  con- 
tient le  récit  d'un  entretien  philosophique  de  Barde- 
sane avec  ses  élèves ,  ne  permet  guère  de  considérer 
ce  maître  comme  l'ayant  écrit  ou  dicté.  Les  disciples 
y  parlent  à  la  première  personne,  le  maître  n  y  figure 
qu'à  la  troisième.  C'est  donc  l'un  de  ceux-là,  peut- 
être  Philippe  qui  était  au  nombre  des  auditeurs, 
({ui  a  dû  rédiger  cet  écrit.  Mais  s'il  n'est  pas  de  Bar- 
desane lui-même,  il  rend  exactement  sa  pensée  et 
ses  paroles.  Bardesane  y  défend  le  libre  arbitre  et 
condamne  le  fatalisme  astrologique  des  Chaldéens; 
il  ajoute  d'intéressants  détails  sur  les  lois  et  les 
mœurs  des  pays,  qui  semblent  en  dehors  du  sujets 


270  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

mais  qui  ont  valu  au  livre  le  titre  qu'il  porte  dans 
l'édition  de  Cureton. 

Bardesane  composa  un  traité  astronomique  dont 
nous  ne  possédons  qu'un  court  extrait  conservé  dans 
la  lettre  de  Georges ,  évêque  des  Arabes  ^. 

n  passe  aussi  pour  être  l'auteur  d'un  livre  d'his- 
toire ou  de  mémoires  sur  l'Inde^,  qu'il  aurait  rédigés 
sur  les  indications  d'une  ambassade  indienne  de  pas- 
sage à  Edesse ,  laquelle  se  rendait  auprès  de  l'empe- 
reur Héliogabale.  Ces  mémoires  auraient  servi,  dit- 
on,  à  la  rédaction  du  Livre  des  lois  du  pays^.  Eh 
outre ,  il  aurait  écrit  une  histoire  de  l'Arménie  dont 
Moyso  de  Khorène  fit  usage*. 

Selon  Moyse  de  Khorène,  II,  63,  il  ne  passa  pas 
sa  vie  entière  à  Edesse.  Il  parcourut  l'Arménie  dans 
le  désir  de  la  convertir  au  christianisme, mais,  ayant 
échoué  dans  cette  tentative,  il  se  retira  dans  un 
château  fort  appelé  Anium,  où  il  écrivit  son  his- 


'  Dans  ie  Spicilegium  syriacum,  de  Cureton,  p.  ai. 

*  Porphyre,  De  abstinentia,  IV,  17,  et  De  Styge,  cité  par  Ilahn, 
Bardesanes  gnosticust  25,  note  12. 

'  Dans  le  passage  de  Porphyre,  mentionné  pins  haut,  Tempe- 
reur  romain  est  appelé  ô  kpxampos^  c'est-à-dire  « Hâiogal>ale ». 
(Comp.  ci-dessus,  p.  sôg,  note  3.)  Eusèhe  (HisU  eccles.,  IV,  3o) 
croit  que  le  Traité  sur  le  destin  était  dédié  à  Antonin  :  ô  'apds  Ày- 
rcûvTvov  îxav(!)raTos  'oepi  eîifxpfiévns  StdXoyos. 

*  Comp.  Langlois,  Histor.  grœcor.  fragmenta ,  éd.  Didot,V,  p.  63 
et  suiv.  M.  Renan,  dans  Marc-Aurèle,  p.  433,  note  3,  pense  que 
l'auteur  des  Mémoires  de  l'Inde  et  de  V Histoire  de  l'Arménie  était  dif- 
férent de  notre  Bardesane,  et  que  c'était  sans  doute  un  Bardesane 
de  Babvlone. 


HISTOIRE   D*ÉDESSE.  271 

toire  dans  le  repos  de  la  solitude  et  où  il  finit  ses 
jours  ^. 

Aussi  grand  poète  que  profond  philosophe,  il 
inventa  la  poésie  syriaque  dont  il  se  servit  dans  ses 
homélies  et  ses  hymnes.  A  l'exemple  de  David  qui 
fit  cent  cinquante  psaumes,  il  composa,  dit-on,  cent 
cinquante  hymnes.  T/est  dans  ces  poésies  qu  il  dé- 
veloppait ses  idées  religieuses  et  philosophiques  et 
qu'il  réfutait  les  systèmes  des  autres  sectes.  11  réussit 
tellement  dans  ce  genre  que  saint  Éphrem,  pour  le 
combattre  deux  siècles  plus  tard ,  ne  crut  pas  mieux 
faire  que  de  lui  emprunter  ses  propres  armes;  il 
composa  dans  ce  but  des  hymnes  et  des  homélies 
poétiques.  C'est  par  ce  Père  de  1  église  syriaque  que 
nous  sont  parvenus  quelques  fragments  des  poésies 
du  célèbre  gnostique^. 

Bardesane  mourut  en  222,  à  lage  de  soixanle- 


3 


huit  ans 

Là  réputation  qu'il  s'était  acquise  pour  ses  con- 
naissances astrologiques  le  fit  considérer  comme 
adonné  aux  sciences  occultes.  On  lui  attribua  l'in- 
vention d'un  alphabet  mystique  et  artificiel ,  qui  fut 
appelé  de  son  nom  alphabet  bardesanien,  mais  qui 
est  certainement  d'origine  juive ^. 

^  Cf.  Barbebrapus,  Chron.  écoles.,  ï,  47. 

*  Voir  S.  Ephracmi  Opéra  syr.,  t.  Il,  tiymne  53,  p.  553;  55, 
557;  et  un  bymne  dans  les  Actes  syr.  de  saint  Thomas,  Wright, 
Apocryphal  Acts,  p.  274;  Lipsius,  Die  Apocr,  Apostelgeschickte ,  1, 
292  et  suiv. 

*  Voir  Barbebraeus,  Chron.  eccles.,  l^  47. 

*  Voir  Rubens  Du  val.  Traité  de  grammaire  syriaque,  p.  la. 


27:2  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Son  fils  Harmonius ,  après  avoir  fait  ses  études  à 
Athènes,  à  ce  que  Ton  rapporte,  continua  son  en- 
seignement à  Edesse.  li  excella  dans  la  poésie  et 
dépassa  même  son  père  par  la  séduisante  harmonie 
de  ses  hymnes. 

Outre  son  fils,  Bardesane  laissa  des  disciples  qui 
répandirent  sa  doctrine.  Cependant  la  secte  gnos- 
tique  que  Ton  désigna  sous  le  nom  de  Bardesanites 
ne  s'étendit  pas  au  delà  de  la  Syrie  et,  dans  ce  pays 
même,  ne  jeta  pas  des  racines  profondes.  On  ne 
voit  pas  qu  elle  fut  un  obstacle  à  Texpansion  du 
christianisme  orthodoxe.  Peut-être,  au  contraire, 
fut-elle  pour  lui  un  aiguillon  qui  le  fit  sortir  de 
Tornière  étroite  où  il  était  enlisé  k  Edesse,  et  elle 
l'engagea  à  se  rattacher  à  Téglise  d'Antioche. 

A  Harran,  le  gnosticisme  de  Bardesane  ne  fit 
guère  plus  de  progrès,  car  la  majorité  des  habitants 
resta  longtemps  encore  adonnée  aux  pratiques  du 
sabéisme.  Et  cependant  les  Harraniens  auraient  pu 
s  accommoder  plus  facilement  de  ses  théories  que 
les  prosélytes  des  apôtres  du  Christ. 

Néanmoins  les  livres  de  Bardesane  et  de  ses  dis- 
ciples acquirent  une  célébrité  qui  se  maintint  pen- 
dant plusieurs  siècles.  Ils  furent  lobjet  des  réfuta- 
tions ardentes  des  Pères  qui  écrivirent  contjre  les 
hérésies.  L'hérésie  de  Bardesane  ne  fut  entièrement 
extirpée  d'Edesse  qu'au  v*  siècle  sous  Rabboula. 
(Voir  chap.  x,  ci-après.) 

Au  commencement  du  m*  siècle  se  produit  dans 
l'Eglise  d'Edesse  un  profond  changement.  Jusqu'alors 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  273 

celle  église  ne  comptait  qu  un  petit  nombre  de  judéo- 
chrétiens.  Nous  la  voyons  à  ce  moment- là  rece- 
voir une  grande  extension.  Le  roi  et  les  person- 
nages de  la  cour  se  convertissent  au  christianisme. 
Palout,  évêque  d'Edesse,  reçoit  l'imposition  des 
mains  de  Sérapion  d' Antioche.  Par  cet  acte ,  l'Église 
de  rOsrhoène  rompt  les  liens  qui  la  rattachaient  à 
la  Palestine  et  se  déclare  fille  de  TEglise  hellénique. 
En  ce  sens  Palout  est  véritablement  le  premier 
évêque  d'Edesse,  comme  le  disent  les  Actes  de  Bar- 
samya  ^  Addai  et  Aggai  sont  sans  doute  des  person- 
nages réels  et  ils  ont  dirigé  l'Eglise  pendant  la  se- 
conde moitié  du  ii'  siècle^,  mais  ils  appartiennent 
aux  temps  anciens.  Le  uf  siècle  avec  Psdout  inau- 
gure une  nouvelle  époque  de  l'histoire  de  l'Eglise 
d'Edesse. 

Ce  changement  ne  s'opéra  pas  sans  résistance  de 
la  part  de  l'ancienne  communauté  chrétienne,  de- 
meurée fidèle  à  ses  institutions.  Les  Chrétiens 
d'Edesse ,  qui  acceptèrent  l'autorité  de  l'Eglise  d'An- 
tioche,  formèrent  d'abord  un  groupe  à  part,  dis- 
tinct des  judéo-chrétiens  qu'ils  n'absorbèrent  qu'après 
un  temps  assez  long.  Ceux-ci  les  appelaient  Palou- 
téenSy  et  marquaient  par  ce  terme  la  distance  qui 
les  sénarait  d'eux  ^. 


*  Ancient  Syriac  documents  de  Curelon,  p.  72. 

'  Gomp.  Tixeront,  Les  origines  de  l'Eglise  d'Edesse,  p.  i45  et 
suiv. 

^  Suivant  saint  Éphrem,  dans  une  lettre  de  Jacques  d*£desse, 
adressée  à  Jean  le  Stylite.  (Voir  Wright,  Catal,  of  tke  Sjr,  ms,. 


274  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

La  seconde  moitié  du  ii^  siècle  marque  Tessor  de 
la  littérature  syriaque  dont  Edesse  fut  un  des  foyers 
les  plus  actifs  pendant  Tépoque  des  Sassanides.  Cet 
essor  coïncide  avec  la  direction  vers  les  études  reli- 
gieuses qu'imprime  aux  esprits  l'extension  du  gnos^ 
ticisme  et  du  christianisme  en  Mésopotamie.  L'in- 
fluence de  ces  études  donne,  dès  ce  moment,  à  la 
littérature  syriaque  le  caractère  ecclésiastique  qu'elle 
conservera  jusqu'à  la  fin. 

«Ce  que  Bardesane  fut  sans  contestation,  dit 
M.  Renan  S  c'est  le  créateur  de  la  littérature  sy- 
riaque chrétienne.  »  Il  créa  surtout  la  poésie  syriaque , 
qui,  après  lui,  fut  cultivée  avec  succès  par  son  fils 
Harmonius  et,  dans  les  siècles  postérieurs,  par  dif- 
férents Pères  de  l'Eglise  syrienne  :  saint  Ephrem, 
Balai,  Jacques  de  Saroug,  Isaac  d'Antioche,  etc. 
Mais  quelque  retentissement  qu'aient  eu  ses  œuvres , 
elles  n'auraient  pas  suffi  à  faire  de  l'idiome  édessé- 
nien  ce  qu'il  fut,  la  langue  classique  de  tous  les  Sy- 
riens depuis  la  Méditerranée  jusqu'au  delà  du  Tigre. 
La  version  syriaque  de  la  Peschito  et  le  Diatessaron 
de  Tatien,  qui  jouissaient  de  l'autorité  de  livres  ca- 
noniques, eurent  bien  plus  de  part  dans  ce  phéno 

p.  600,  et  Journal  of  sacred  Literatare,  1876,  p.  43o.)  Ce  nom* 
selon  saint  Ephrem ,  était  donné  aux  chrétiens  par  les  hérétiques. 
M.  Zahn  (  Taiian's  Diatessaron)  entend  par  ces  hérétiques  les  Mar- 
cionites.  Il  est  bien  plus  naturel  d'entendre  toutes  les  sectes  dissi- 
dentes qui  ne  reconnaissaient  pas  l'autorité  d'Antioche ,  gnostiqaes 
ou  judéo-chrétiennes. 

^  MarC'Aurèle,  p.  4 4 3.  (Gomp.  Histoire  des  langues  simitiqiies, 
à^  édit.,  p.  a 6].) 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  275 

mène  que  les  traités  de  Bardesane  qui  ne  tardèrent 
pas  à  être  combattus  comme  hérétiques. 

Nous  avons  vu  plus  haut  que  la  version  de  la 
Peschiio  et  le  Diatessaron  de  Tatien  existaient  en 
Syrie  à  Tépoque  même  de  Bardesane.  Mais  alors 
même  que  Ton  contesterait  cette  date  qui  semble 
acquise ,  il  resterait  encore  Toeuvre  du  célèbre  gnos- 
tique  pour  nous  montrer  que  la  langue  littéraire 
était  arrivée  à  Edesse,  à  la  fin  du  n"  siècle,  au  degré 
de  perfection  qu  elle  ne  devait  plus  dépasser.  Telle 
elle  était  à  ce  moment-là,  telle  nous  la  retrouvons 
dans  les  siècles  suivants.  Le  Livre  des  lois  des  pays^ 
qui,  s'il  nest  pas  de  Bardesane  lui-même,  émane 
sûrement  de  son  école,  ne  laisse  subsister  aucun 
doute  à  cet  égard.  Cette  perfection  n'a  pas  été  at- 
teinte d'un  seul  coup  ;  elle  suppose  une  culture  an- 
térieure et  un  développement  progressif,  dont  maJ- 
heureusement  nous  ne  savons  à  peu  près  rien. 

Les  monnaies  à  légende  syriaque  de  Ma^nou  et 
de  Wâël  ont  été  frappées  entre  160  et  i65.  (Voir 
ci-dessus,  p.  211.)  C'est  vers  la  même  époque  aussi 
que  M.  Sachau  place  la  plus  ancienne  des  inscrip- 
tions d'Edesse  qu'il  a  publiées  en  1882  ^  Mais  l'in- 
scription du  sarcophage  de  la  princesse  Çaddan, 
trouvé  dans  le  tombeau  d'Hélène  auprès  de  Jéru- 
salem ,  nous  reporte  au  f  siècle.  La  première  ligne 
de  cette  inscription  est  en  caractères  très  voisins  de 
l'estrangélo  et  renferme  le  mot  t<!Vv^\m  qui  est  sy- 

^  Dans  la  Zeitsch.  der  deat.  morg.  Gesell.,  XXXVI »  i45. 


276  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

riaque.  L'histoire  des  alphabets  néo-araixiéetis  nous 
permet,  d'un  autre  côté,  de  jeter  un  coup  d'œil  sur 
1  origine  de  la  littérature  syriaque.  Tandis  que,  pen- 
dant les  derniers  siècles  qui  précèdent  Tère  chré- 
tienne, les  transformations  de  lancien  caractère 
araméen  suivaient  en  Babylonie  et  dans  les  pro- 
vinces du  Tigre  leur  voie  à  part,  elles  aboutissaient 
dans  les  contrées  cis-euphratiques  à  des  alphabets 
particuliers  que  Ton  désigne  sous  les  noms  de  na- 
batéen,  palmyrénien  et  hébreu  carré.  C'est  à  cette 
branche  que  se  rattachent  directement  l'estrangélo  et 
le  caractère  syro-palestinien  si  proche  de  celui-ci  et 
qui  nous  a  été  conservé  dans  un  évangéliaire  et  dans 
des  hymnes.  Il  est  digne  de  remarque  que  l'inscrip- 
tion d'Edesse,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut, 
renferme  des  lettres  nabatéennes ,  V  ^  *]  =  x.  j^  o  ; 
la  lettre  >|  =  cn  affecte  ime  forme  qui  se  retrouve 

dans  les  inscriptions  du  Sinaï  ;  les  autres  caractères 
sont  conformes  au  type  estrangélo.  Excepté  dans  le 
mot  \=3,  les  lettres  sont  isolées.  Cette  inscription 
est  bilingue;  on  est  surpris  de  la  voir  accompa- 
gnée, à  cette  époque  reculée  (a'  moitié  du  n' siècle) , 
d'une  inscription  grecque  qui  en  reproduit  littérale- 
ment la  teneur.  La  seconde  des  inscriptions  de 
M.  Sachau^  est  gravée  sur  Tune  des  deux  colonnes 
de  la  citadelle  ;  elle  appartient  à  la  dernière  période 
du  royaume  d'Edesse,  entre  206  et  216.  Les  carac- 
tères de  cette  inscription  sont  de  l'estrangélo  pur. 

»  Z.D.  Jf.  G.^XXXVI.p.  i53. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  277 

M.  Pognon  a  copié  dans  les  ruines  de  Palmyi^e  une 
inscription  dont  les  lettres  se  rapprochent  beaucoup 
de  l'ancien  alphabet  syriaque  ^ 

n  y  a  là,  à  nos  yeux,  des  indices  suffisants  dune 
influence  de  ia  Syrie  sur  la  formation  de  la  littéra- 
ture édessénienne,  influence  qui  se  trahit  encore 
dans  la  version  de  la  Peschito  et  dans  le  Diatessaron 
de  Tatien.  Cette  littérature  fut,  d'un  autre  côté, 
tributaire  de  la  littératiu'e  chaldéenne,  comme  le 
remarque  M.  Renan ^  :  «Une  observation  qui,  ce 
me  semble,  n'est  pas  sans  importance,  dit-il,  c'est 
que  Bardesane  se  rattache  directement  à  l'école 
chaldéenne  y  comme  le  prouvent  ses  écrits  et  siu'tout 
les  réfutations  de  saint  Ephrem.  Ceci  me  confirme 
dans  l'idée  qu'il  faut  chercher  en  Chaldée  l'origine 
de  la  littérature  syriaque  et  que  cette  littérature 
n'est  autre  chose  que  le  prolongement  de  la  litté- 
rature nabatéenne.  » 

Suivant  une  tradition  qui  nous  a  été  conservée 
par  Hassan  bar  BahlouP  (fin  du  x*  siècle)  et  par 
Abdischo*,  métropolitain  de  Nisibe  ( fin  du  xiii*  siècle ), 
l'invention  de  l'estrangélo  était  attribuée  à  Paul  bar 
*Anqâ,  l'Edessénien ,  auquel  elle  avait  été  révélée  par 
un  don  du  ciel  en  l'honneur  des  Evangiles  et  pour 
en  faciliter  la  lecture.  Nous  ne  savons  quelle  foi  il 
faut  ajouter  à  cette  tradition,  ni  cpiel  était  ce  Paul 

^  NoiT  Journal  asiatique,  yiïn  i884«p*  SSg. 

*  Histoire  des  langues  sémitiques.  A*  édit. ,  p.  aSp. 
'^  Voir  Bar  Bahlulis  Lexicon  syriacum,  I,  216,  1. 

*  Voir  Paul  de  Lagarde,  Prœtermissorum  lihri  duo,  96,  3. 


278  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

bar  ^Anqâ  d'Edesse.  L'origine  édessénienne  de  ce 
caractère  doit  cependant  être  acceptée  comme  très 
probable.  A  la  fin  du  viii*  siècle ,  cette  écriture  était 
tellement  altérée  que  Jean  de  Cartemin  dut  la  re- 
constituer d'après  les  anciens  manuscrits  pour  les 
copies  de  la  Bible.  C  est  probablement  alors  qu'elle 
reçut  le  nom  d'estrangélo,  c'est-à-dire  écriture  des 
Evangiles,  par  opposition  à  l'écriture  cursive  appelée 
Serta^. 

^  Voir  Rubens  Duval,  Traité  de  grammaire  syriaque ^  p,  7. 


[La  suite  au  prochain  cahier,) 


LE  TRAITE  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     279 


i„i;  Kiii.t  ■■— Uffj 


LE 

TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX 

ou 

L'ÉPÎTRE  k  SCHARAF  ED-DÎN, 

PAR  SAFI  ED-DÎN  'ABD  EL-MUMIN  ALBAGHDADÎ^ 

PAR 

M.  LE  BARON  CARRA  DB  VAUX. 


Le  désir  de  connaître  la  théorie  de  la  musique 
arabe  ne  pouvait  manquer  de  se  manifester  après 
que  le  Livre  des  Chansons  d'Abûl-Faradj  Âlisbahâni , 
le  célèbre  Kitâb  el-aghânî,  eut  été  mis  en  lumière, 
au  commencement  du  siècle.  Ce  précieux  recueiï, 
qui  venait  se  placer  au  premier  rang  parmi  les  pro- 
ductions littéraires  des  Arabes,  révélait  le  rôle  im- 
portant qu'avait  eu  la  musique  dans  la  plus  brillante 
période  de  leur  civilisation  ;  il  faisait  sentir  combien 
il  serait  utile  pour  l'érudition  moderne  d'acquérir 
une  connaissance  exacte  des  conditions  de  fart  à 
cette  époque.  Une  telle  étude  n'était  pas  seulement 
conseillée  par  tout  Tensemble  du  livre  qu  elle  eût 
permis  de  mieux  pénétrer;  elle  était  commandée  à 
celui  qui  voulait  en  avoir  une  connaissance  com- 
plète, par  les  termes  musicaux  quU  contient,  signes 


280  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

de  modes,  de  notes,  de  rythmes,  jusque-là  incom- 
pris. Kosegarten,  élève  de  S.  de  Sacy,  se  donna  la 
tâche  de  publier  en  entier  le  Kitâb  el-aghânit  tâche 
énorme  qu'il  ne  put  achever.  Il  avait  jugé  quune 
théorie  de  la  musique  arabe  serait  à  cette  œuvre  une 
introduction  nécessaire ,  et  il  lavait  placée  en  tête  de 
son  premier  volume,  le  seul  paru,  en  i84o^.  Kose- 
garten avait  puisé  aux  bonnes  sources.  Si  Ton  néglige 
deux  livres  qui  lui  ont  été  d'un  faible  secours  :  le  Livre 
des  intentions  mélodiques,  par  ^Abd  el-Qâdir^,  et  le 
Livre  des  périodes,  par  Khosrou  ibn  ^Abd  Allah,  lun 
persan ,  l'autre  turc ,  sa  longue  étude  est  tout  entière 
faite  d'après  Abu  Nasr  Alfârâbi ,  non  moins  excellent 
musicien  que  philosophe  renommé,  mort  en  SSg 
de  l'hégire  (gSo  de  J.-C),  auteur  d'un  traité  sur 
les  sons,  leur  nature,  leurs  intervalles,  leurs  varia- 
tions avec  les  longueurs  des  cordes,  sur  les  instru- 
ments et  les  rythmes.  Le  travail  de  Kosegarten  a 
posé  les  bases  de  tout  travail  ultérieur  sur  l'histoire 
de  la  musique  arabe.  Son  auteur  en  eût  tiré  grand 
parti  en  éditant  le  Kitâb  el-aghânî.  Il  n'a  pas  tout  fait 
cependant;  il  a  laissé  des  termes  obscurs  ;  sa  constante 
préoccupation  de  montrer,  avec  Alfârâbi,  dans  quelle 
étroite  dépendance  est  la  musique  arabe  vis-à-vis  de 
la  musique  grecque,  et  de  rapporter  les  notions 
arabes  à  des  notions  modernes,  par  l'intermédiaire 

^  Alii  Ispahanensis  Liber  cantilenarum  magnus.  éd.  J.  G.  L.  Kose- 
garten, Greifswald,  18  do. 

'  Cet  *Abd  el-Qâdir,  postérieur  à  Safi  ed-Diii»  tire  plusieurs  défi- 
nitions de  Tépître  à  Scbaraf  ed-Dîn. 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    281 

de  cette  origine  commune,  jette  un  certain  trouble 
dans  Tesprit  du  lecteur.  Sa  rédaction  latine ,  chargée 
de  longues  citations  arabes,  embarrassée  de  termes 
grecs  inutilement  rapprochés  de  désignations  mo- 
dernes, est  d'une  lecture  assez  fastidieuse.  Nous  avons 
examiné  un  des  deux  traités  de  musique  arabe  que 
possède  la  Bibliothèque  nationale.  Il  nous  a  semblé 
qu  une  analyse  de  ce  traité ,  outre  qu'elle  apporterait 
un  peu  de  nouveau,  ferait  revivre  sous  une  forme 
plus  accessible  Tœuvre  du  savant  allemand.  Elle  la 
résumera  et  la  simplifiera  dans  son  ensemble,  en 
en  différant  sur  quelques  points  et  la  complétant  sur 
quelques  autres;  car  l'épître  de  Safi  ed-Dîn  est  elle- 
même  une  sorte  d'abrégé  et  de  remaniement  du 
traité  d'Alfârâbi  quelle  cite,  tantôt  pour  le  .copier, 
tantôt  pour  le  contredire,  toujours  avec  ^and  res- 
pect. Mais  un  laps  de  trois  siècles  sépare  les  deux 
œuvres;  il  était  impossible  de  ne  pas  sentir  de  lune 
à  Tautre  au  moins  une  légère  transformation.  Elle 
est  marquée  surtout  dans  le  choix  des  genres  de  mo- 
dulations et  des  périodes  que  lusage  préfère ,  et  dans 
la  tendance  des  dénominations  comme  des  théories, 
à  se  dégager  de  la  tutelle  de  lantiquité  grecque  pour 
devenir  purement  arabes. 

Safi  ed-Dîn  ibn  Faqîr  *Abd  el-Mumin  de  Bagh- 
dâd,  appelé  par  Fakhr  ed-Dîn  «Ibn  Faqîr  d'Our- 
miah»,  Horissait  sous  le  règne  du  dernier  khalife 
abbasside,  AlmuHasim  billah.  C'était  un  artiste  de 
grand  talent.  La  Muse  le  sauva  des  fureurs  des  bar- 
bares ,  si  Ton  en  croit  ce  que  Hadji  Khalfa  rapporte 

xviir.  19 

IMtBIMKIiU     HATIOIALH. 


282  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1691. 

d'après  le  Habib  es-Siyer  ^  :  «  Lorsque  Hûlagû ,  à  la  tête 
des  bordes  mongoles,  entra  dans  Baghdâd  quil  livra 
au  sac  et  au  pillage ,  Safi  ed-Dîn ,  à  la  faveur  de  sa 
réputation,  eut  accès  près  de  lui,  et  il  joua  du  luth 
avec  tant  dhabileté  que  le  conquérant,  séduit,  donna 
ordre  de  préserver  sa  famille  et  ses  biens  de  la  dé- 
vastation générale.  »  Cela  se  passait  en  656  de  Thé- 
gire  (i  208  de  J.-C.).  Safi  ed-Din  était  précepteur  de 
Scharaf  ed-Dîn  Hârûn ,  fils  du  vizir  Schams  ed-Dîn 
Muhammed  ibn  Muhammed  Aldjûni,  préfet  du 
divan  ;  son  traité  des  rapports  musicaux  prit  le  nom 
de  son  élève,  auquel  il  le  dédia.  Il  composa  plusieurs 
ouvrages  :  une  autre  épître  sur  la  musique  ^,  un 
traité  sur  la  prosodie,  le  rythme  et  les  figures  du 
discours*.  On  ignore  la  date  de  sa  mort. 

Le  manuscrit  de  Tépître  à  Scharaf  ed-Dîn  con- 
servé à  la  Bibliothèque  nationale  porte  le  n**  984  du 
supplément  du  fonds  arabe.  C*est  .un  volume  de 
cinquante^six  feuillets,  daté  de  Muharrem  897 
(novembre  1491)  qui  na  rien  de  bien  particulier. 
L'écriture  en  est  correcte,  sans  prétention  à  la  cal- 
ligraphie; les  titres  sont  à  iencre  rouge,  et  les  ta- 
bleaux de  chiffires,  dont  il  y  a  un  grand  nombre, 

1  Hadji  Khalfa,  t.  m,  p.  4i3. 

*  Hcdji  Khcdfa,  t.  IQ,  p.  363,  «)<iep,  ^l^^ill  iUU»^  en  quinze  sec- 
tions. 

'  Biblioth.  BodLsianm  codicwn  manuscr.  oriait.  CtttalogvLt,  t»  n« 
GCXLTn.  Tractatus  ^^t>H^^3  ^tyU)^  ^jp^y^^  r^  ^  cl>^  scientiU 
prosodiœ,  rythmorwn  et  dictionis  Jiguratœ  ».  Le  traité  sur  les  rapports 
combinés  est  indiqué  dans  le  même  catalogue,  t.  I,  citixxn,  cin- 
quante-trois folios ,  cinq  chsq)itre8. 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    283 

sont  encadrés  de  raies  droites  ou  circulaires  tracées 
à  Tencre  rouge ,  plus  ou  moins  soigneusement.  Ce 
manuscrit  est  en  bon  état,  ef  tout  porte  à  croire  qu*ii 
est  une  copie  fidèle  de  Toriginal.  Il  est  accompagné 
de  quelques  ^oses  marginales  et  précédé  d*une 
courte  pièce  de  vers  en  langue  turque. 

Voici  l'économie  du  tf  aité  de  Safi  ed-Dîn.  L*ordre 
qui  y  est  suivi  semble  être  commun  à  tous  les  docu* 
ments  du  même  genre;  il  plaît  d'aiïïeurs  à  la  raison. 
Un  premier  chapitre  fournit  les  notions  physiques 
sur  la  nature  du  son  et  les  conditions  dans  lesquelles 
il  est  produit.  Le  second  chapitre  s  occupe  des  inter- 
valles ,  définis  par  les  rapports  entre  les  deux  sons 
qu'ils  séparent.  H  y  a  des  intervalles  qui  ont  des 
noms;  il  y  en  a  qui  sont  consonants,  d autres  dis- 
sonants, biefti  que  les  deux  sons  soient  toujours 
successifs;  jamais  il  n  est  question  d  accord.  On  com- 
pose entre  eux  et  trois  à  trois,  dans  le  troisième  cha- 
pitre, les  intervalles  étudiés  dans  le  deuxième.  La 
réunion  de  trois  intervalles  définis  par  quatre  sons 
est  appelée  «  genre  de  modulation  »,  et  ce  genre ,  qui 
forme  la  base  de  la  musique  arabe,  n'est  autre  que 
le  tétracorde  antique.  Dans  le  chapitre  suivant,  les 
genres  sont  à  leur  tour  groupés  entre  eux;  ils  donnent 
naissance  à  des  périodes  ayant  ordinairement  huit 
ou  quinze  sons  et  s'étendant  sur  une  ou  deux  octaves; 
avec  elles  s  achève  le  système  mélodique  des  Arabes, 


et  de  leur  nona  (;^^),  la  science  de  la  musique  a  pris 
le  &ien  :  «  science  des  périodes  »  (^l^iiï  f^)'  ^^  expo- 


»9 


284  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

sant  ces  combinaisons  de  sons  et  d'intervalles ,  lauteur 
est  amené  à  donner  la  description  des  différents  in- 
struments; mais  il  nen  décrit  avec  détail  quun 
setd  :  le  luth.  Enfin  la  théorie  de  la  rythmique, 
complètement  détachée  de  tout  ce  qui  précède,  car 
ce  que  nous  appelons  aujourd'hui  la  phrase  musi- 
cale est  inconnu  dans  ce  système,  occupe  un  cin- 
quième et  dernier  chapitre.  L  analyse  dans  laquelle 
nous  allons  maintenant  entrer  est  détaillée;  elle 
équivaut  presque  à  une  traduction.  Nous  lavons  ce- 
pendant préférée  à  une  traduction  stricte ,  pour  pou- 
voir supprimer  la  plupart  des  tableaux,  et  afin  d'at- 
teindre, en  usant  de  plus  de  liberté  dans  fexposition 
et  le  style,  à  un  maximum  de  clarté.  On  ne  saurait 
négliger  rien  de  ce  qui  peut  contribuer  à  rendre 
plus  accessible  un  sujet  aride,  tout  de  nomenclature 
et  de  chiffres.  Encore  notre  propre  travail  ne  dis- 
pensera-t-il  pas  ceux  qui  nous  liront  d  un  effort  d'at- 
tention soutenue. 

1 

«  Le  cheïkh,  fimâm,  le  savant,  lexcellent  auteur 
Abu  Nasr  Alfârâbi,  —  dit  Safî  ed-Dîn  Albaghdâdi, 
—  énonce  les  propositions  suivantes  : 

«  Dans  le  choc  de  deux  corps ,  il  arrive  que  le  corps 
choqué  s'enfonce  sous  celui  qui  le  frappe  s'il  est 
plastique ,  lui  livre  passage  s'il  est  liquide ,  ou  suive 
son  mouvement  sans  résistance  aucune.  Dans  tous 
ces  cas ,  aucun  son  n'est  produit  dans  le  corps  choqué. 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     285 

—  D'autres  fois  les  corps  résistent  à  ceux  qui  les 
frappent  :  tels  sont  les  corps  durs  quand  la  force  de 
celui  qui  choque  est  inférieure  à  la  force  de  celui 
qui  est  choqué.  Alors  un  son  peut  être  produit  dans 

le  corps  choqué.  —  Le  choc  sonore  (f  t*^')  est  le 

fait  d'un  corps  dur  amené  au  contact  dun  autre 
corps  dur  qu  il  presse  par  son  mouvement.  —  L'air 
rend  un  son  quand  il  est  cinglé  par  un  fouet.  » 

Ces  propositions  suscitent  des  objections.  De  la 
façon  dont  elles  sont  formulées ,  on  peut  inférer  que 
le  son  se  produit  toujours  dans  le  corps  frappé, 
jamais  dans  celui  qui  frappe.  Mais  il  se  produit  dans 
fun  ou  dans  l'autre ,  témoin  le  bruit  que  Ton  entend 
quand  le  chameau  fait  son  djardjar.  Les  conditions 
indiquées  de  la  présence  ou  de  l'absence  du  son  ne 
sont  ni  nécessaires  ni  suffisantes.  Ce  qui  est  vrai, 
c'est  que ,  dans  le  choc ,  si  une  résistance  interrompt 
la  course  du  corps  choquant,  un  son  se  produit,  et 
que  s'il  n'y  a  pas  de  résistance ,  on  n'entend  d'autre 
bruit  que  celui  du  déchirement  de  l'un  des  corps 
ou  de  tous  deux ,  ou  que  le  bruit  que  fait  le  corps  en 
se  comprimant  sur  lui-même  ou  en  se  mouvant. 

La  condition  que  la  force  du  corps  choquant  soit 
moindre  que  celle  du  corps  choqué  n'est  pas  ab- 
solue. Ces  deux  forces  peuvent  être  égales,  la  pre- 
mière peut  surpasser  la  seconde. 

La  définition  du  choc  par  le  contact  de  deux  corps 
durs  n'est-elie  pas  contredite  par  la  proposition  qu'il 
y  a  un  son  dans  l'air  quand  un  fouet  le  cin^e? 


286  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

D  ailleurs  le  son  n'est  pas  dans  Tair  seul ,  puisque  le 
fouet  coopère  à  sa  production.  Puis  ne  sait-on  pas 
que  les  simples  chocs  des  courants  aériens  donnent 
naissance  à  des  sons?  Et  cette  condition  que  le  corps 
choquant  presse  lautre  par  son  mouvement  est  une 
tautologie;  on  ne  presse  que  par  le  mouvement.  B 
serait  convenable  de  remplacer  ce  mot  de  presser 
par  celui  de  heurter  :  le  fait  de  heurter  suppose  celui 
de  presser,  et  le  fait  de  presser,  considéré  isolément, 
a  lièti  après  le  contact  établi,  et  ne  produit  pas  de 
son.  C'est  au  moment  du  heilrt  que  le  son  se  pro- 
duit par  la  compression  et  la  dilatation  brusques  de 
fair  au  voisinage  des  deux  corps.  Cette  première  cou- 
che d'air  heurte  la  couche  voisine ,  celle-ci  en  firappe 
une  troisième,  et  le  mouvement  parvient  finalement 
à  celle  qui  est  en  contact  avec  les  canaux  auriculaires. 
On  entend  dans  toute  direction  parce  que  les  vibra- 
tions de  Tair  s'effectuent  en  cercles  comme  les  ondu- 
lations d'une  eau  calme  où  tombe  une  pierre.  Mais 
souvent  on  n'entend  que  dans  certaines  directions  « 
parce  que,  dans  les  autres,  le  vent  s'oppose  à  l'arri- 
vée du  son. 

n  faut  au  son  un  temps  appréciable  pour  par/enir 
à  l'oreille ,  s'il  vient  de  loin.  Regardez  d'une  distance 
convenable  un  homme  enfonçant  un  pieu;  quand 
vous  entendrez  le  son ,  vous  verrez  sa  main  déjà  re- 
levée. Mais  pour  une  faiMe  distance,  la  rapidité  de 
la  marche  du  son  rend  insaisissable  le  temps  de  sa 
propagation.  On  le  constate  dans  les  battements  sur 
|[a  seconde  et  sur  l'inférieure ,  qui  sont  deux  cordes 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    287 

cha  lath  composées  chacune  de  deux  brins  accouplés^ 
le  brin  d'en  haut  et  le  brin  d'en  bas  sont  frappés 
successivement;  pourtant  on  n'entend  qu'un  seid 
son^ 

Kus  durs  sont  les  corps  qui  se  choquent,  plus 
élevé  est  le  son  rendu,  et  inversement.  Mais  il  ne 
faut  pas  dire  avec  Alfârâbi  que  le  son  est  plus  aigo 
quand  le  choc  est  plus  fort.  Cela  n'est  pas  général, 
et  s'il  en  était  aini^,  on  pourrait,  sur  une  même  lon- 
gueur de  corde,  obtenir  une  gamme  de  sons,  con- 
clusion absurde.  L'intensité  du  son,  et  non  sa  hau- 
teur, s'accroît  avec  la  force  du  choc.  Cette  règ^e 
s'applique  cependant  aux  instruments  à  vent,  par 

exemple  à  la  flûte  de  roseau  (f'^t);  elfe  n'est  percée 
que  de  huit  trous ,  mais  elle  fournit  plus  de  huit  sons  ; 
les  sons  sont  obtenus  soit  en  soufflant  avec  plus  ou 
moins  de  force ,  soit  en  bouchant  certains  trous. 

Le  cheikh  Abu  Nasr  Alfârâbi  dit  encore  :  «  Le  son 

musical  (iCjuJi)  est  un  bruit  («^^)  simple ,  persistant 

pendant  un  temps  apprécia})le  dans  le  corps  où  il 
est  produit.  »  Le  cheikh  Abu  ^Ali  Arraîs  donne  du 
son  musical  une  autre  définition  :  «  Le  son  est  im 
bruit  ayant  une  durée  appréciable  et  une  certaine 
hauteur»,  et  plusieurs  ajoutent  :  «produisant  un« 
sensation   agréable  ».    D'après   cette   définition ,    le 

'  Il  est  clair  qu'ici  Safi  ed-Din  ne  démontre  pas  tout  à  fait  ce 
qu'il  veut  prouver. 


288  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

bruit  serait  le  genre,  et  la  spécification  consisterait 
dans  son  élévation ,  dans  sa  persistance  et  dans  Tim- 
pression  agréable  qu'il  cause.  Mais,  il  faut  bien 
Tobserver,  tout  bruit  a  une  hauteur;  le  bruit  est 
comme  la  matière  dont  la  hauteur  est  la  forme;  ils 
sont  inséparables  l'un  de  l'autre.  C'est  une  propriété  ' 
du  bruit  que  d'avoir  url  certain  degré  d'élévation  et 
de  durer  un  temps  appréciable.  Quand  on  traîne  un 
corps  sur  la  terre  nue ,  il  se  produit  un  bruit  dont 
la  hauteur  varie  avec  la  nature  du  corps  et  qui  n'est 
qu'une  trépidation,  non  un  son.  11  faut  donc  cher- 
cher ailleurs  ce  qui  distingue  le  son  du  bruit.  Ce 
n'est  pas  cette  prétendue  qualité  du  son,  de  plaire 
à  la  nature;  il  y  a,  on  le  sait,  des  sons  qui  heurtent 
le  sentiment  naturel.  Mais  voici  la  distinction  que 
nous  établirons  :  Etant  donnés  deux  bruits  d'inégales 
hauteurs,  si  l'on  peut  mesurer  le  rapport  de  leurs 
élévations,  dire  par  exemple  qu'elles  sont  dans  le 
rapport  de  | ,  de  | ,  de  2 ,  on  décide  qu'on  a  aflfaire 
à  des  sons;  sinon ,  ce  sont  des  bruits.  Nous  définirons 
donc  le  son  musical  :  un  bruit  dont  on  peut  mesurer 
l'élévation  dans  son  rapport  avec  un  autre.  Hors 
cette  condition ,  aucun  bruit  n'est  apte  à  la  compo- 
sition mélodique. 

Les  différences  d'élévation  ou  de  gravité  des  sons 
tiennent  à  diverses  causes  dans  les  différents  instru- 
ments. Plus  de  longueur  dans  la  corde,  plus  d'épais» 
seur,  une  moindre  tension ,  sont  des  causes  d'abais- 
sement du  son ,  ainsi  qu'un  agrandissement  des  trous 
dans  les  instruments  à  vent,  un  élargissement  du 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     289 

canal  dans  la  flûte  de  roseau,  une  distance  plus 
grande  des  trous  à  Tembouchure. 

Le  son  se  produit  dans  le  gosier  humain  par  le 
choc  brusque  et  violent  de  Tair  contre  les  excava- 
tions du  larynx.  Si  le  choc  est  trop  doux,  le  son  ne 
se  fait  pas  entendre.  Dans  les  instruments  à  vent, 
lair  heurte  les  parois  des  canaux,  rebondit  en  arrière, 
heurte  d'autres  couches,  et  le  son  naît  de  cet  en^ 
semble  de  brusques  chocs.  Quant  aux  cordes  frap- 
pées, elles  entrent  en  mouvement,  secouent  Tair  qui 
les  touche  et,  par  leurs  vibrations  rapides,  donnent 
lieu  au  son  qui  s'évanouit  à  mesure  que  l'ébranle- 
ment s'apaise. 

Les  sons  ont  des  qualités  qui  constituent  leur  ma- 
nière d'être  ;  ils  sont  clairs  ou  sourds ,  âpres  ou  suaves , 
purs  ou  rauques;  et  toutes  ces  qualités,  inhérentes 
aux  sons,  les  distinguent  des  bruits.  Ce  qui  est  propre 
encore  aux  sons  musicaux,  c'est  l'impression  qu'ils 
produisent  sur  l'âme  par  l'effet  de  leur  succession 
suivant  des  modes  choisis.  L'âme  sent  naître  en  elle 
la  joie,  la  peine,  la  honte,  l'orgueil.  Quelque  chose 
réside  dans  les  sons,  qui  correspond  à  ces  impres- 
sions. Une  autre  propriété  spéciale  aux  sons  est  celle 
de  pouvoir  être  soutenus  par  des  consonnes  propres 
à  servir  de  signes  et  à  créer  un  langage.  Quelques- 
unes  de  ces  lettres  sont  désagréables ,  les  emphatiques 
ta  y  za,  sady  dad,  le  aïn,  le  ghaîn,  le  qafy  à  cause  de 
la  dureté  de  leur  prononciation.  Nous  en  avons  assez 
dit  sur  ce  sujet,  et  Dieu  est  «  le  plus  savant!  » 


290  SEPTEMBRE-OCTOBRE    IStfl. 

Kosegarten  a  été  très  bref  sur  ces  nations  prélimi- 
naires ;  mais  ce  premier  chapitre  ne  nous  a  pas  paru 
devoir  être  négligé.  La  discussion  contre  Alfârâbi  est 
intéressante  et  ne  fait  pas  honneur  au  philosophe. 
Safi  ed-Dîn ,  beaucoup  moins  savant  que  lui ,  le  dé- 
passe par  un  peu  plus  d  attention  aux  faits.  Ce  bien 
petit  incident  de  Thistoire  de  la  physique  a  sa  mo- 
rale; il  montre  à  quoi  se  réduit  au  fond  la  réforme 
de*  méthodes  scientifiques  dont  les  siècles  modernes 
se  font  gloire.  Un  continuateur  célèbre  d'Aristote 
définit  sans  observer;  un  simple  joueur  de  luth 
à  la  cour  d'un  khalife  dégénéré  observe  et  le 
réfute.  Quelle  distance  plus  grande  y  a-t-il  de  la 
scolastique  à  Bacon  ? 

II 

Safi  ed-Dîn  Albaghdâdi  reprend  la  parole. 

«  On  distingue  douze  sortes  de  rapports  pouvant 
e?dster  entre  deux  nombres  lorsqu'on  compare  le 
plus  grand  nombre  au  plus  petit.  En  voici  la  liste  y 
dont  nous  extrayons,  pour  le  citer  seulement,  le 
rapport  d'égdité  : 

«  Rapport  du  tout  et  d'ime  partie  :  i  +^,  i  +|-  •  • . 
«  Rapport  du  tout  et  de  plusieurs  parties  :  i  + 1 , 

«  Rapport  du  multiple  :  2 ,  3 ,  4 ,  5 .  .  .  Dans  cette 
suite  de  multiples ,  on  distingue  le  rapport  du  double , 
2 ,  et  des  rapports  ayant  pour  formule  NX2°,  où  N 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    291 

est  un  nombre  entier  et  2*  une  puissance  de  a , 
comme  3,  6,  12,  24.  •  .  C'est  ià  le  rapport  dune 
puissance  de  2 .  » 

Viennent  ensuite  :  le  rapport  du  double  et  de  la 
partie,  le  rapport  du  double  et  de  plusieurs  parties, 
les  rapports  des  multiples  et  de  la  partie ,  des  mid- 
tiples  et  de  plusieurs  parties,  d'une  puissance  de  2 
et  de  la  partie,  dune  puissance  de  2  et  de  plusieurs 
parties.  La  partie  est  uniformément  une  fraction  dont 
le  numérateur  est  lunité ,  et  ce  que  Ton  appelle  plu- 
sieurs parties  est  toujours  une  fraction  dont  le  déno- 
minateur est  égal  au  numérateur  plus  1 . 

Dans  les  instruments  à  cordes ,  les  sons  varient  avec 
la  longueur  de  corde  qui  entre  en  vibration.  On  est 
ainsi  conduit  à  définir  les  sons  par  les  longueurs  de 
corde  qui  leur  correspondent,  et  à  appeler  rapports 
entre  différents  sons  les  rapports  entre  ces  diffé- 
rentes longueurs.  Or,  lorsque  des  sons  diffèrent  entre 
eux,  les  uns  étant  graves,  les  autres  aigus,  si  on  ex- 
prime par  des  rapports  les  distances  qui  les  séparent, 
on  remarque  que ,  parmi  ces  rapports ,  les  uns  sont 
plus  connus ,  plaisent  plus  à  la  nature ,  se  font  agréer 
plus  vite,  tandis  que  lés  autres  sont  dédaignés,  dés- 
agréables et  heurtent  le  sentiment  naturel.  B  en 
résuite  qu'il  ne  suffit  pas  d'associer  deux  sons  quel- 
conques de  hauteurs  diverses  pour  donner  lieu  à 
une  sensation  qui  flatte  l'oreille  ;  mais  l'oreille  n'admet 
que  certains  rapports ,  que  les  rapports  nobles  pour 
ainsi  dire  ;  ceux-là  ont  un  charme  secret  auquel  l'âme 
se  laisse  aller,  au  lieu  que  les  rapports  vils  lui  causent 


292  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

une  sorte  de  blessure.  Puisque  certains  rapports  sont 
plus  nobles  que  d  autres ,  les  mêmes  nuances  se  re- 
trouvent dans  toute  composition  de  sons  fvJuJb),  c'est- 
à-dire  dans  toute  succession  d^  deux  ou  plusieurs 
sons  de  hauteurs  différentes,  non  pas  de  même  hau- 
teur, car  la  répétition  d'un  son  unique  ne  saurait  con- 
stituer une  composition  de  sons.  Toute  composition 

de  deux  sons  différents  s'appelle  «  intervdle  »  (oJiJ), 

celle  de  plusieurs  sons ,  a  système  »  (jSt).  Aifârâbi  veut 
que  le  système  contienne  plus  de  sons  que  le  genre 

(  jmJL^)  qui  en  contient  quatre,  mais  la  difficidté  pra- 
tique est  déjà  grande  pour  les  maîtres  de  fart  d'exé- 
cuter des  modidations  en  partant  de  quatre  sons. 
Les  deux  sons  de  tout  intervalle  sont  consonants  ou 
dissonants,   comme  nous  lavons  vu.  On  dît  donc 


qu'il  y  a  des  intervalles  consonants  [flj'^)^)  et  des  in- 
tervalles dissonants  f^U£i).  Il  en  est  de  même  des 


systèmes.  Lorsque  les  sons  d'un  système  ont  entre 
eux  des  rapports  agréables ,  on  l'appeUe  «  modula- 
tion »  ((^).  Le  système  est  défmi  :  un  groupement 
de  sons ,  et  la  modulation  :  un  groupement  de  sons 
différents  et  consonants.  D'autres  précisent  la  défi- 
nition en  disant  que  la  modulation  est  un  groupe- 
ment de  sons  différents  et  consonants  qui  accom- 
pagnent des  paroles  excitant  dans  l'âme  une  émotion 
agréable.  Et  comme  on  ne  voit  pas  bien  ici  de  qudle 
espèce  de  paroles  il  s'agit,  on  précise  encore  en  disant 
que  ce  sont  des  paroles  composées  selon  les  lois  du 


LK   TRAITÉ   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     293 

mètre  et  appelées  «  poésies  »  (y^)  »  dites  sur  des  temps 

cadencés  qui  constituent  le  rythme  (^Ub5ll).  Quant  à 

la  définition  du  cheïkh  Alfârâbi  :  «  la  modulation 
est  un  groupement  de  sons»,  elle  comprend  aussi 
bien  tout  système  dissonant. 

Un  intervalle,  un  système,  consonants  en  eux- 
mêmes,  cessent  de  Têtre  relativement  à  d'autres  qui 
les  précèdent  et  ne  les  appellent  pas  naturellement. 
De  très  petits  intervalles  venant  après  un  grand 
perdent  la  qualité  de  consonance  qu'ils  avaient  étant 
isolés. 

Les  rapports  les  plus  beaux ,  les  plus  nobles ,  sont 
d abord  le  rapport  du  double,  puis  le  premier  des 
rapports  de  l'entier  et  de  la  partie ,  i  + 1 .  Le  rap- 
port du  double  est  le  premier  et  le  plus  important 
de  tous  par  sa  parfaite  consonance  et  le  sentiment 
de  pleine  satisfaction  qu'on  a  en  l'entendant. 

Les  intervalles  se  divisent  en  trois  groupes  :  les 
grands,  les  moyens  et  les  petits.  Les  grands  et  les 
petits  sont  en  nombre  indéfini,  puisqu'on  peut  à  l'in- 
fini doubler  ou  diviser  par  deux.  En  fait,  lorsqu'on 
accroît  successivement  l'intervalle ,  c'est-à-dire  le  rap- 
port qui  le  mesure,  on  arrive  à  n'avoir  plus  qu'une 
longueur  de  corde  insuffisante  pour  frapper,  et  avec 
laquelle  on  n'obtient  plus  un  son ,  mais  un  bruit  in- 
capable d'entrer  dans  la  composition  mélodique.  Au 
contraire ,  lorsqu'on  diminue  progressivement  ie  rap- 
port, la  longueur  de  corde  qui  sépare  les  deux  sons 


294  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

devient  si  petite  qu'on  n'en  distingue  plus  les  deux 
extrémités  lune  de  lautre.  C est  ce  qui  a  lieu  par 
exemple  pour  les  rapports  de  i  +  ^p  ou  de  i  4-2^- 
On  ne  peut  faire  de  différence  entre  les  deux  termes 
de  l'intervalle ,  parce  que  celle  qui  existe  est  en  des- 
sous de  ce  que  Ton  est  accoutumé  d'observer.  En 
ce  qui  concerne  les  grands  rapports,  on  na  va  pas 
dans  la  pratique  au  delà  du  premier  de  la  série  des 
puissances  de  2,  qui  est  Ix.  La  voix  humaine  dans 
toute  son  étendue  ne  sort  pas  de  cet  intervaUe; 
c'est  ce  dont  tous  les  gens  de  l'art  ont  l'expérience. 
Cette  limite  peut  être  dépassée  par  les  instruments 
à  cordes  et  les  instruments  à  vent.  Celui  qui  est  ap- 

pelé  le  schâhrâd  [:>yia\jSé),  entre  autres,  dont  Alfêrâbi 
fait  mention ,  a  quatre  octaves.  ïï  a  été  inventé  par 
Ibn  el-Akhwas.  Il  est  possible  d'aller  plus  loin  en- 
core ,  mais  non  sans  sortir  d'une  juste  moyenne. 

Calctdons  maintenant  les  rapports  qui  existent 
entre  les  extrémités  des  différents  segments  d'une 
corde  divisée,  selon  l'usage  des  anciens,  en  douze 
parties  égales.  Sur  la  corde  m-kb,  marquons  les  points 
de  division  a,  b,  c.  .  . 


m      a       b       c       d       e 


f       g       h        i        k      ka     kh 


et  foriBons  le  tableau  des  rapports  des  longueurs 
comptées  depuis  l'extrémité  m  jusqu'aux  divers  pcMnts 
de  division;  chaque  lettre  y  désigne,  non  le  point, 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    205 

mais  la  longueur  de  la  corde  depuis  m  jusqu'au 
point. 

kb  i      kb  ,    1     kb  ,    i     kb  ,    i    hb  5 

ka  11     k  5      i  ô     h  ^9  7 

kb  kb  2    kb       *y  kb       .  kb      f, 

-7=2  —  =  2+7    -7  =  0  — e=4  T  =  " 

J  e  b     a  c  b  . 

ka  1      ka  ,   2    ka  3    ka  ,   d    ^a  ,5 

-7-=l+—    -T-=l+-    T=l+û    — =1+-    -7=1+^ 
k  101  9^  ^9  1    J  " 

ka  1     ka  3    ka      4y    ,   2    ka      f^    ,   1 

7  =  ^+5    T  =  ^  +  4  7  =  ^  +  3  T  =  5+^ 

k  i       k  ,    1      A;  ,3 

—  -=!  +  -     'r==l+7    — =I+-    

i  9/1  /i     g  7 

et  ainsi  de  suite.  On  trouve  par  ce  moyen  tous  les 
rapports  auxquels  donne  lieu  la  division  aliquote  de 
la  corde  en  1  2 .  L  un  quelconque  de  ces  rapports 
mesure  l'intervalle  des  deux  sons  rendus  par  les  deux 
longueurs  de  corde  entre  lesquelles  le  rapport  est 
établi.  Ainsi  l'intervalle  kb-d  a  pour  rapport  et  pour 
mesure  3  ;  il  est  égal  à  tel  autre  intervalle  comme  jf-A, 
bien  que  les  segments  de  corde  compris  entre  kb  et 
d,/ et  6  ne  soient  pas  d'égaie  longueur.  Tout  kiter- 
valle  a  un  nom.  Les  plus  usités  sont  désignés  par 
des  expressions  techniques  basées  siu*  ieiu*  mode 
d'emploi  dans  l'art,  les  autres  ne  le  sont  que  par  ie 
rapport  numérique  qui  les  mesure  ;  on  dit  :  «  Tinter- 
valle  dont  le  rapport  est  de  tant  ». 

Le  premier  en  ordre  de  tous  les  rapports,  avons- 
nous  dit,  c'est  le  rapport  du  double;  l'intervalle  qu'il 


296  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

mesure  s  appelle  «  intervalle  du  tout  »  (  JJuJ  ^i  JsJLfJ  I). 
Au  premier  rapport  d  une  puissance  de  2 ,  au  rap- 
port 4,  correspond  Imtervalle  du  tout  doublé  (jS 
^jjAJy*  JJul)  ;  au  premier  rapport  du  tout  et  de  la  par- 
tie  qui  est  1  + 1  correspond  Imtervalle  des  cinq 
(  (j<y>  »  4?  ^5  ) .  L'intervalle  des  quatre  est  celui  qui  a  pour 
rapport  i  +|  (20^ '  ^^)-  On  appelle  «intervalle  du 
tout  et  des  cinq  »  celui  qui  a  pour  rapport  3  (  J-Jul  ^i 
(jwJLit^) ,  et  «  intervalle  du  tout  et  des  quatre  »  celui 
dont  le  rapport  est  2  + 1  (^Ji^t^  J^t  y^\  Lmter- 
vaUe  de  rapport  1  +|  est  connu  sous  le  nom  de  «  ré- 
sonnant  »  (^>xxkJI);  celui  dont  le  rapport  est  1+^  est 
nommé  «  excès  ou  reste  »  (ilLkjUI,  illJuJIj.Lequartdu 
résonnant estrintervalledurelâchement(plLJ^ I  «xSi). 

Toutes  ces  dénominations  seront  expliquées  dans  la 

suite. 

Nous  avons  vu  qu'il  y  a  de  grands,  de  moyens, 
de  petits  intervalles.  Parmi  les  grands,  quatre  sont 
usités  :  Imtervalle  du  tout  doublé  qui  est  le  plus 
grand  de  tous,  celui  du  tout  et  des  cinq,  celui  du 
tout  et  des  quatre  et  l'intervalle  du  tout.  Les  inter- 
valles moyens  dont  le  nombre  n'est  que  de  deux, 
selon  l'opinion  générale,  sont  ceux  des  cinq  et  des 
quatre.  Les  intervalles  moindres,  comme  ceux  qui 
ont  pour  rapport  i+|,  ^+\^  *+i»  sont  du  nombre 
des  petits  intervdles  et  sont  appelés  intervalles  de 

modulation  (i^^'  ^Uu^l). 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    297 

Les  intervalles  de  modulation  se  divisent  à  leur 
tour  en  grands,  moyens  et  petits.  D après  certains 
savants,  les  grands  intervalles  de  modulation  sont 
ceux  qui,  retranchés  de  l'intei^alle  des  quatre, 
laissent  un  intervalle  dont  le  rapport  est  moindre 
que  le  leur.  Si  Ton  admet  cette  définition ,  ils  sont 
au  nombre  de  trois  et  ont  pour  rapports  i  +|» 
1  +|,  1  +^.  Les  intervalles  moyens  de  modulation 
sont  tels  que  si  on  les  double  et  qu  on  retranche  ce 
produit  de  l'intervalle  des  quatre,  on  obtienne  un 
reste  dont  le  rapport  soit  momdre  que  le  leur.  Il  y 
en  a  trois  aussi,  dont  les  rapports  sont  :  i+^, 
1  + 1 ,  1  + 1 .  Quant  aux  petits  intervalles  de  modu- 
lation, ils  subissent  encore  cette  division  en  grands, 
moyens  et  petits  :  si  on  les  triple  et  que ,  retranchant 
ce  produit  de  l'intervalle  des  quatre,  on  obtienne 
im  reste  dont  le  rapport  soit  moindre  que  le  leur, 
ils  sont  comptés  parmi  les  grands.  Tels  sont  les  six 
intervalles  de  la  formule  i  +^,  depuis  ]  +70  j^^~ 
quà  1+75.  Si  on  les  multiplie  par  Ix  et  que,  retran- 
chant ce  produit  de  l'intervalle  des  quatre,  on 
obtienne  un  reste  dont  le  rapport  soit  moindre  que 
le  leur,  ils  sont  comptés  parmi  les  moyens.  Tous  les 
autres  sont  placés  parmi  les  petits;  ils  forment  les 
petits  d'entre  les  petits  intei^alles  de  modulation ,  et 

ils  sont  appelés  les  restes  de  modulation  (ii^WiiJI 

"y  ' 

Comme  beaucoup  de  classifications  compliquées, 
celle-ci  se  complique  encore  du  dissentiment  des 

xvm.  ao 


MraiaKBis  ■iriuMiL. 


298  SEPTEMBRE-OCTOBRK  1891. 

auteurs.  Le  cheïkh  Arraîs  définit  ainsi  les  grands 
intervalles  de  modulation  :  Tout  intervalle  tel  que 
si,  Tayant  doublé,  on  retranche  ce  produit  de  Im- 
lervalle  des  quatre,  le  reste  obtenu  soit  un  inter- 
valle de  moindre  rapport  que  la  somme  des  deux 
intervalles  retranchés;  la  définition ,  utile  pour  le  cas 

où  la  soustraction  (IoUu»^t)  est  possible,  vaut  à  plus 

forte  raison  pour  le  cas  où  elle  ne  Test  pas,  car  la 
condition  se  trouve  alors  remplie  avec  excès.  Dans 
cette  opinion,  il  y  a  dix  grands  intervalles  de  mo- 
dulation dont  le  premier  a  pour  rapport  i  + 1  et  le 
dernier  i  + j^,  en  ne  sortant  pas  de  la  formule  i  +^- 
Les  moyens  intervalles  de  modulation  sont  ainsi  dé- 
finis :  tout  intervîdle  tel  que  si,  Tayant  doublé,  on 
retranche  ce  produit  de  fintervalle  des  quatre,  le 
reste  obtenu  soit  d'un  rapport  plus  grand  que  le 
produit  soustrait,  et  moindre  que  le  double  de  ce 
produit,  n  y  a  quinze  de  ces  intervalles  depuis  celui 
qui  a  pour  rapport  i  +  fj,  jusqu'au  dernier  dont  le 
rapport  est  i  +  ^  •  Les  petits  intervalles  de  cette 
classe  sont  tels  que  si  on  les  double  et  qu'on  re- 
tranche ce  produit  de  l'intervalle  des  quatre,  on 
obtienne  un  reste  de  rapport  plus  grand  que  le 
double  du  produit  retranché. 

Mais  les  maîtres  de  l'art  simplifient  tout  cela  dans 
la  pratique.  Ils  n'admettent  que  trois  intervalles  de 
modulation,  un  grand  ayant  pour  rapport  i4-|, 
un  moyen  ayant  pour  rapport  i  +ï^  et  un  plus  petit 

appelé  «  reste  »  [»i^Aàjt),  Les  modulations  du  genre  fort 


LE   TUAITÉ  DES   RAPPORTS  MUSICAUX.     299 

sont  uniquement  composées  de  ces  trois  intervalles, 
comme  on  le  verra  en  son  lieu.  L'oreille,  en  effet, 
confond  ces  très  petits  rapports  à  cause  de  leur 
proximité  ;  elle  permet  d'employer  le  rapport  i  + 1 
pour  1  +i  ou  pour  i  +^  ;  le  rapport  i  +y-  remplace 
tous  les  rapports  moyens ,  et  le  reste ,  tous  les  petits. 
Ces  différents  intervalles  sont  plus  ou  moins 
consonanLs  ou  dissonants.  L'intervalle  du  tout  est 
celui  qui  présente  au  plus  haut  degré  la  qualité 
de  consonance;  les  deux  sons  qui  le  limitent 
semblent  être  de  la  même  nature  et  chacun  d'eux 
peut  être  substitué  k  l'autre  dans  la  composition 
mélodique.  Lorsqu'on  fait  vibrer  une  corde  tendue 
et  que,  partait  d'une  extrémité,  on  en  diminue 
progressivement  la  longueur,  on  obtient  des  sons  de 
plus  en  plus  élevés;  puis,  quand  on  parvient  à  la 
moitié  de  la  corde ,  on  rencontre  un  son  plus  élevé 
que  tous  les  précédents  qui  ressemble  à  celui  de 
la  corde  entière  et  peut  lui  être  substitué  dans  les 
modulations.  Chacun  des  sons  compris  dans  cette 
première  moitié  est  unique  en  son  genre  et  aucun 
autre  du  même  segment  n'est  apte  à  le  remplacer, 
mais  les  deux  extrémités  du  segment  se  rejoignent 
comme  si  un  cercle  avait  été  parcouru,  et  il  n'existe 
en  dehors  de  lui  aucun  son,  soit  dans  l'autre  moitié 
de  la  même  corde,  soit  produit  par  d'autres  cordes 
plus  longues  ou  plus  courtes,  plus  tendues  ou  plus 
lâches,  plus  épaisses  ou  plus  fines,  dont  un  son  de 
ce  premier  intervalle  ne  soit  l'identique  ou  ne 
puisse  knir  lieu.  Aussi  Tappelle-t-on  «  intervalle  du 


20. 


300  SKPTEMnRK-OCTOBRE    1891. 

tout»,  c est-à-dire  intervalle  qui  enferme  tous  les 
sons. 

Cette  faculté  de  deux  sons  d'être  substitués  l'un 
à  Tautre  n'existe  pas  seulement  pour  ceux  qui  sont 
dans  le  rapport  du  double,  mais  aussi  pour  ceux 
qui  sont  dans  le  rapport  d'une  puissance  de  2  ;  il  est 
donc  permis  de  dire  d'une  manière  tout  à  fait  géné- 
rale que  l'intervalle  du  tout  renferme  tous  les  sons, 
et  que  ceux  qui  sont  en  dehors  de  lui  ne  servent 
qu'à  l'enrichissement ,  à  l'embellissement  des  modu- 
lations; ils  sont  employés  par  préférence,  non  par 
nécessité. 

Parmi  les  intervalles  dont  le  rapport  est  du  tout 
et  de  la  partie,  l'intervalle  des  cinq,  i+|,  présente 
la  consonance  la  plus  parfaite;  puis  vient  l'intervalle 
des  quatre,  1  +|;  les  intervalles  moindres  de  la  for- 
mule 1  +^  sont  d'une  consonance  plus  faible;  les 
intervalles  de  modulation  deviennent  d'autant  moins 
consonants  qu'ils  deviennent  plus  petits,  leur  con- 
sonance s'affaiblit  jusqu'à  ce  que  la  différence  entre 
leurs  deux  sons  cesse  d'être  perceptible. 

La  consonance  (^L^'^l  )  est  de  première  ou  de  se- 
conde espèce.  La  consonance  de  première  espèce 

(JJ^I  ^lî^^l)  est  celle  de  tout  intervalle  qui  ne  ren- 
ferme pas  entre  ses  extrémités  de  son,  étant  avec 
l'une  d'elles  dans  le  rapport  du  tout,  ce  qui  signifie 
simplement  la  consonance  de  tout  intervalle  dont 
le  rapport  est  plus  petit  que  2 . 


LE   TRAITÉ   DES   RAPPORTS  MUS^ICAUX.     301 

l^a  consonance  de  deuxième  espèce  (  jUJl  (^JùS\  ) 

est  celle  du  système  formé  par  un  intervalle  de 
consonance  première  et  un  son  étant  dans  le  rap- 
port I  avec  son  extrémité  aiguë,  ou  par  le  même 
intervalle  et  un  son  étant  dans  le  rapport  2  avec  son 
extrémité  gravée  Dans  un  tel  système,  on  peut  tou- 
jours substituer  Tun  à  Tautre  les  deux  intervalles  de 
consonance  première  qui  y  sont  contenus.  C^est 
ainsi  que  Tintervalle  du  tout  et  des  cinq  équivaut 
pour  Toreille  à  celui  des  cinq,  l'intervalle  du  tout 
et  des  quatre,  à  celui  des  quatre.  Le  double  de  Tin- 
tervalle  des  quatre  offre  encore  une  consonance  de 
seconde   espèce,   parce  que  si  on  commence   par 

frapper  (^^kiiUwt)  la  note  aiguë,  Toreille  substitue 

ensuite  au  son  grave  le  son  aigu  qui  est  avec  lui 
dans  le  rapport  |,  et  reçoit  Timpression  d'un  inter- 
valle résonnant.  D'une  façon  analogue,  l'intervalle 
des  quatre  attaqué  par  la  note  aiguë  se  confond  avec 
celui  des  cinq,  car  frapper  la  longueur  3  puis  la 
longueur  !\  équivaut  à  frapper  d'abord  la  longueur  3 
puis  la  longueur  2 ,  et  ce  rapport  |  est  celui  de  l'in- 
tervalle des  cinq.  Réciproquement  l'intervalle  des 
cinq,  dont  on  attaque  d'abord  la  note  aiguë,  se  con- 
fond avec  celui  des  quatre,  car  faire  vibrer  les  lon- 


'  Cette  définition,  qui  est  celle  du  texte,  devrait  être  plus  géné- 
rale d'après  des  exemples  donnés.  11  faudrait  dire  peut-être  :  la 
consonance  de  seconde  espèce  est  celle  du  système  formé  par  uii 
intervalle  de  consonance  première  et  par  l'un  des  sons  étant  dans 
le  ra|>[)ort  de  \  ou  de  2  avec  l'une  de  ses  extrémités. 


302  SËPTEMBRE-OCTOBUl!:  1891. 

gueurs  4  et  6  équivaut  à  faire  vibrer  les  longueurs 
4  et  3  qui  sont  celles  auxquelles  correspond  Tinter- 
valle  des  quatre*  Tous  les  rapports  du  double  et  de 
la  partie,  2  +^,  du  double  et  de  deux  parties,  2  +^» 
et  beaucoup  des  rapports  du  tout  et  de  plusieurs 
parties ,  de  la  formule  i  +  ^ ,  offrent  des  conso- 
nances de  seconde  espèce.  Par  exemple,  la  conso- 
nance des  longueurs  i  i  et  6  du  rapport  i  + 1  équi- 
vaut, lorsqu'on  renverse  l'ordre  des  notes,  à  celle 
des  longueurs  1 2  et  1 1  du  rapport  1  +^.  Il  en  est 
de  même  pour  les  rapports  de  la  formule  1  +^  où 
71  est  un  nombre  impair.  La  consonance  des  lon- 
gueurs 1  2  et  7,  par  exemple,  dans  le  rapport  1  -f-|, 
équivaut,  si  Ton  renverse  Tordre  des  sons,  à  celle 
des  longueurs  7  et  6  du  rapport  1  +|-  Ce  rapport 
i-j-|  est  donc  de  faible  consonance,  comme  le  rap* 
port  1+^. 

On  a  pu  remarquer  quelle  importance  est  donnée 
à  Toctave  dans  tout  cet  exposé,  puisque  Toctave, 
c'est  Tintervalle  du  tout.  La  quarte  n'a  pas  une 
moindre  importance,  on  va  en  juger  dans  la  consti- 
tution des  genres  mélodiques;  la  quarte  est  ici  Tin- 
tervalle des  quatre.  La  quinte  est  Tintei'valle  des  cinq. 
Les  intervalles  du  tout  et  des  quatre ,  du  tout  et  des 
cinq  valent  respectivement  Toctave  et  la  quarte,  Toc- 
tave et  la  quinte.  Quant  à  Tintervalle  résonnant  et  à 
celui  qui  est  appelé  «  reste  » ,  ils  ne  sont  autres  que  le 
ton  et  le  demi-ton  de  la  gamme  dite  «  mélodique  ou 
pythagoricienne»,  au  dièse  de  laquelle  correspond, 


LE   TRAITÉ   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     303 

mais  sans  exactitude,  le  quart  du  résonnant  ou  in- 
tervalle de  relâchement.  » 

Nous  garderons  dans  ce  qui  va  suivre  les  déno- 
minations arabes,  et  nous  abordons  maintenant 
l'étude  des  modulations. 

III 

Il  est  nécessaire,  ayant  d'exposer  le  groupement 
des  intervalles  dans  les  genres  mélodiques,  de  savoir 
calculer  le  nouveau  rapport  qui  mesure  un  inter- 
valle après  qu  un  autre  lui  a  été  ajouté  ou  en  a  été 
retranché;  déjà  Tauteur  aurait  dû  nous  donner  les 
règles  de  l'addition  et  de  la  soustraction  des  inter- 
valles, lorsqu'il  a  défini  les  intervalles  de  modulation, 
il  continue  ainsi  : 

Ajouter  (ôL^t)  à  un  intervalle  un  autre  intervalle, 
c'est  prendre  l'extrémité  grave  du  premier  pour  ex- 
trémité aiguë  du  second,  ou  l'extrémité  aiguë  du 
premier  pour  extrémité  grave  du  second.  C'est  par 
conséquent  chercher  une  longueur  de  corde  qui 
soit  à  la  longueur  donnant  le  son  grave  du  premier 
intervalle  dans  le  rapport  défini  par  le  second,  ou 
telle  que  la  longueur  donnant  le  son  aigu  du  pre- 
mier intervalle  soit  à  la  longueur  cherchée  dans  ce 
rapport  donné.  Le  résultat  de  l'addition  est  exprimé 
par  le  rapport  de  la  plus  grande  à  la  plus  petite  des 
trois  longueurs. 

Nous  voulons  ajouter  à  un  intervalle  dont  le  rap- 
port est  1  +|,  ^'t  du  côté  grave,  un  autre  intervalle 


304  SEPTIiMBRIi-OCTOBRE  1891. 

ayant  même  rapport.  L'opération  consiste  à  diviser 
en  trois  parties  égaies  la  longueur  donnant  le  son 
grave  de  l'intervalle  proposé  et  à  ajouter  à  cette 
longueur  une  de  ses  parties.  Soient  a-b 

Ç)  L  2  1 6 

-1 1 1 — 


a  h 

l'intervalle  proposé,  c-b  l'intervalle  ajouté.  Leurs 
rapports  sont  tous  deux  |;^=|,|  =  |,etle  rapport 
cherché  ^  est  égal  à  leur  produit  i+|;  ^=5x^=^3 

'^ïï      9  • 

Mais  nous  simplifions  un  peu.  Voici  le  langage 

de  Safi  ed-Dîn.  Dans  l'intervalle  a-6,  a  représente 
une  longueur  3,  b  une  longueur  4.  Il  faut  prendre 
le  tiers  de  la  longueur  b;  pour  n'avoir  que  des  en- 
tiers, nous  multiplions  par  3  les  chiffres  qui  me- 
surent les  longueurs  a  et  6 ,  ils  deviennent  9  et  1 2  ; 
le  tiers  de  b  est  naturellement  k ,  nous  fajoutons  à 
b,  12  +  4=16,  nous  trouvons  la  longueur  c.  La 
somme  des  intervalles  est  mesurée  par  le  rapport  de 
la  plus  grande  à  la  plus  petite  longueur,  par  le  rap- 
port?^. 

Veut-on  ajouter  encore  un  intervalle  de  même 
rapport,  on  multiplie  par  3  chacun  de  ces  nombres 
et  on  ajoute  16  au  dernier,  on  trouve  64,  et  la 
somme  des  trois  intervalles  a  pour  rapport  |y.  C'est 
toujours  le  produit  des  rapports  :  |^. 

27           36             48                 64 
1 1 1 i- 

a  h  c  d 

La  méthode  ne  varie  en  rien  si  les  intervalles  sont 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.  305 
de  rapports  inégaux.  La  règle  est  celle-ci.  On  pose 
les  deux  rapports  donnés  sous  la  forme  de  fractions. 
Le  produit  des  numérateurs  (^^ilîiJt  â*;mI^4  )  fournit 
la  plus  grande  longueur,  celui  des  dénominateurs 
(^^yLiJl  iu^L2l),  la  plus  petite.  Le  produit  du  dé- 
nominateur du  rapport  correspondant  à  l'intervalle 
grave  par  le  numérateur  de  lautre  donne  le  terme 
moyen. 

Ajoutons  à  Tintervalle  de  rapport  i  + 1  un  inter- 
valle de  rapport  i  +  |  du  côté  aigu.  i+|  =  |; 
1+1  =  g.  Le  produit  /iX9  =  36  est  le  plus  grand 
terme,  8X9  =  27  est  le  terme  moyen,  et  3x8=24, 
le  petit  terme.  La  somme  des  intervalles  est  mesurée 
par  le  rapport  ||=  1  +1. 

24                 27                            36 
— I 1 1 — 

a       1+1       h  i-h| 

Faisons  cette  même  addition,  mais  du  côté  grave. 
Il  n  y  aura  de  changé  que  le  terme  moyen  qui  sera 
8x4  =  32.  Le  résultat  de  l'addition,  quant  au  rap- 
port qui  l'exprime ,  reste  le  même  dans  les  deux  cas. 

24  32  36 


a         i-Hj         h      14-7      c 

Doubler  (ouuô)  un  intervalle,  le  multiplier  ^ar 
3,4...  c'est  l'ajouter  2,3,4...  fois  à  lui-même. 

Diviser  {f^)  un  intervalle  en  deux  parties  égales. 
ce   n'est   pas,   comme  l'analogie  pourrait   le  faire 


506  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

croire,  lo  partager  en  deux  intervaHes  de  rapports 
égaux,  mais  c'est  en  propres  termes  en  prendre  le 
milieu.  Ainsi  Tintervalie  des  quatre,  dont  le  rapport 
est  1  + 1 ,  est  représenté  par  les  chiffres  /i  et  3  ;  nous 
les  multiplions  par  i  pour  avoir  un  nombre  entier 
intermédiaire,  lequel  est  7,  les  autres  étant  devenus 
6  et  8.  Les  deux  intervalles  déterminés  par  cette 
opération   ont  donc  pour  rapport  |  =  1  +  i  et  | 

Retrancher  (Juai)  d'un  intervalle  un  autre  inter- 
valle, par  l'extrémité  aiguë,  c'est  chercher  le  rap- 
port de  la  longueur  donnant  le  son  grave  dans  le 
premier  à  celle  qui  donne  le  son  grave  dans  le  se- 
cond. Les  extrémités  aiguës  des  deux  intervalles 
coïncident.  Faire  la  soustraction  par  l'extrémité 
grave,  c'est  chercher  le  rapport  de  la  longueur  don- 
nant le  son  aigu  du  deuxième  h  celle  qui  donne  le 
son  aigu  du  preniier.  Alors  les  extrémités  graves  des 
deux  intervalles  coïncident. 

Ici  encore  les  trois  longueurs  sont  exprimées  par 
des  nombres  obtenus  de  façon  fort  simple.  La  règle 
est  celle-ci*  :  si  la  soustraction  se  fait  par  l'extrémité 

grave,  multiplier  (^  Vr^)  1®  numérateur  du  petit 

• 

rapport ,  ([ui  est  le  rapport  soustrait ,  par  le  numérateur 
et  le  dénominateur  du  grand,  pour  avoir  les  termes 
exfrêmes,  et  le  dénominateur  du  petit  rapport  par 
le  numérateur  du  grand  pour  avoir  le  terme  moyen. 
Si  la  soustraction  se  fait  par  l'extrémité  aiguë,  il 
faut  multiplier  le  dénominateur  du  petit  rapport  par 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    307 

les  deux  termes  du  grand,  pour  avoir  les  extrêmes; 
le  produit  du  numérateur  du  petit  par  le  dénomi- 
nateur du  grand  fournit  le  terme  moyen. 

Retranchons ,  par  exemple ,  l'intervalle  qui  a  pour 
rapport  i  +|^  de  celui  qui  a  pour  rapport  i+|»  à\i 
côté  aigu.  Nous  réduisons  les  nombres  fractionnaires 
en  fraction  :  |  est  le  plus  petit  rapport,  |,  le  grand. 
D'après  la  règle,  les  termes  extrêmes  sont  3X2===  6, 
3  X  3  =  g ,  le  terme  moyen ,  4X2  =  8. 

6                        8               9 
1 1 1 


a 


b 


Les  intervalles  proposés  sont  sur  la  figure  oa  de 
rapport  |,  b-a  de  rapport  |,  l'intervalle  cherché  est 
c-by  c'est  le  reste  de  la  soustraction;  il  a  pour  rap- 
port |. 

Faisons  la  même  soustraction  par  l'extrémité 
grave.  Les  termes  extrêmes  sont  cette  fois  :  4X2=8, 
4  X  3  =  1  2  ,  le  terme  moyen ,  3x3  =  9.  Le  rapport 
cherché  mesurant  l'intervalle  qui  est  le  reste  de  la 
soustraction  est  |.  Comme  pour  l'addition,  le  ré- 
sultat est  le  même  dans  les  deux  cas. 

89                                         12 
1 1 1_ 

ah  c 

Il  serait  immédiatement  obtenu  par  la  division  du 
grand  rapport  par  le  petit.  |  :  |  =  |- 

Dans  tout  système,  les  longueurs  correspondant 
aux  différents  sons  seront  exprimées,  comme  nous 


308  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

venons  de  le  faire ,  par  des  nombres  ;  il  faudra  avoir 
soin  qu'elles  soient  niesui'écs  avec  la  même  unité, 
et  quoiqu'une  addition  ou  une  soustraction  ne  porte 
que  sur  deux  de  ces  nombres,  il  ne  faudra  pas 
manquer  de  multiplier  tous  les  autres  par  le  même 
facteur  qui  aura  multiplié  ceux-là  au  cours  de  lopé- 
ration. 

Les  intervalles  de  modulation  sont  tout  d'abord 
ordonnés  sous  Tintervalle  des  quatre;  cet  intervalle 
est  partagé  en  trois  autres  définissant  quatre  sons, 
deux  extrêmes  et  deux  moyens;  de  là  lui  vient  son 
nom  qui  signifie  :  intervalle  sur  lequel  on  construit 
une  modulation  de  quatre  sons.  L'ensemble  des  trois 

intervalles  s'appelle  «  genre  »  (^j*»JL2w);  ils  ne  peuvent 

être  tous  trois  égaux  en  rapport. 

Il  y  a  différents  genres.  Si  l'un  des  trois  intervalles 
est  d'un  rapport  plus  grand  que  la  somme  des  deux 

autres,  le  genre  est  doux  {{^)\  s'il  n'en  est  pas  ainsi, 

y»  ^ 

il  est  fort  {Jsy*)'  Dans  tout  genre,  l'intervalle  dont  le 

rapport  est  le  plus  grand  peut  être  situé  du  côté 
aigu,  au  milieu  ou  du  côté  grave,  et  dans  chacun 
de  ces  cas  les  deux  autres  intervalles  ont  deux  posi- 
tions relatives  possibles.  Donc  un  même  genre  com- 

prend  six  espèces  (oU^)  lorsque  les  trois  rapports 
sont  différents  entre  eux.  Si  deux  des  intervalles  ont 
des  rapports  égaux ,  le  genre  n'a  plus  que  trois  espèces 
définies  par  les  trois  positions  de  l'intervalle  restant. 
Les  deux  espèces  du  genre  doux  dans  lesquelles  le 
grand  intervalle  est  placé  au  milieu  s'appellent  «  non 


LE   TRAITE   DES   RAPPORTS  MUSICAUX.     309 


j  j(i 


ordonnées  »  (/oiâiuuo  JLà) ,  les  quatre  autres  s'appellent 
«ordonnées»  [Jnïki);  de  celles-ci  il  y  en  a  deux 
où  les  intervalles  se  trouvent  placés  dans  Tordre  de 
grandeur  de  leurs  rapports  respectifs,  on  les  dit 
«  ordonnées  et  continues  »  (JliLo),  les  deux  dernières 
sont  dites  «  ordonnées  et  non  continues  »  (jUcJU  C^). 


a 

o 

lO 

O 

es 

es 

O 
es 

1-^ 

b 

O 

•«^ 

o 

iO 

es 

p4 

O 

en 

o 

os 
O 

00 
•<T 

lO 
lO 

p4 

O 
«s 

(-< 

O 

O 
es 

O 

«o 

p4 

ESPÈCES. 

l 
1 

30 

•+jr 

'+T 

Ordonnée. 
Non  continue. 

'+à 

'+^ 

■+T 

Ordonnée. 
Continue. 

1 
1 

& 

•+^ 

•+À 

Ordonnée. 
Continue. 

'+I 

•+îr 

'+^ 

Ordonnée. 
Non  continue. 

•H 

•+7 

•+À 

Non  ordonnée. 

•+:,', 

'+T 

•+^ 

• 

Non  ordonnée. 

Les  qualificatifs  «  doux  et  fort  »  conviennent 
chacun  à  plusieurs  genres.  Nous  allons  indiquer 
comment  on  les  forme  et  donner  leurs  noms.  Le  pre- 
mier genre,  genre  normal  {t^\)) ,  se  forme  en  plaçant 


--* 


310  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

SOUS  rintervaile  des  quatre  le  plus  grand  intervalle 
de  modulation,  dont  le  rapport  est  i  +  J.  Après 
qu'on  Ta  retranché  de  Tintervalle  descjuatre,  il  reste 
un  intervalle  dont  le  rapport  est  i  +  ï^  ;  nous  le  di- 
visons en  deux  parties  égales  et  nous  obtenons  deux 
nouveaux  intervalles  ayant  pour  rapports  i  +  ^  et 
1  +  jj.  Nous  avons  ainsi  les  trois  éléments  du  genre 

normal  faible  (ouuâ^  î  f^'P'  )•  ^^  tableau  qui  précède 
renferme  les  six  espèces  de  ce  genre,  indique  leurs 
noms,  la  place  relative  des  intervalles  et  les  nombres 
obtenus  comme  nous  lavons  expliqué,  qui  mesurent 
les  quatre  longueurs  de  corde  correspondant  aux 
quatre  sons.  L'intervalle  a-d  est  Tintervalle  des  quatre 
dont  le  rapport,  invariable,  est  i  +  |. 

Nous  nous  abstiendrons  de  reproduire  les  autres 
tableaux  établis  de  la  même  manière;  nous  nous 
contenterons  de  donner  la  mesure  des  intervalles 
cpii  constituent  les  différents  genres ,  et  les  nombres 
proportionnels  aux  longueurs  de  corde  pour  l'espèce 
ordonnée  et  continue  de  chacun  d'eux  ^ 

Si,  après  avoir  retranché  de  l'intervalle  des  quatre 
celui  dont  le  rapport  est  i  +|^»  îiu  lieu  de  di\âser  en 
deux  l'intervalle  restant,  on  le  partage  en  trois  par- 
ties égales  et  qu'on  réunisse  en  une  seule  les  deux 
parties  retranchées  les  premières  par  le  côté  grave, 

on  a  le  genre  normal  énergique  (^X-i^t  (-^l^J)  dont 
les  trois  rapports  sont:  i+J.  *~l"i^'  ^"^â's*  L'es- 

'  Dans  tous  los  o\imiij)1cs  qiio  nous  donnons,  on  passo  du  grave 
à  l'aigu  en  allant  de  droite  à  gauche. 


LE   TRAITE   DES   RAPPOUTS  MUSICAUX.     311 

pècc  ordonnée  et  continue  en  est  ainsi  dispo- 
sée : 

A5.i+^-/i6.i+.^. 48.1+1-60 
a- b c d 

Le  genre  coloré   faible  (v-juL2^^ll  jjAll)  est  celui 

dans  lequel  Tintervalle  de  rapport  i  +|^  ^st  retran- 
ché de  l'intervalle  des  quatre,  et  le  reste  divisé  en 
deux,  parties  égales,  ce  qui  donne  les  rapports  i  +  ^s 
eti+^. 

171  •  1  +79  •  180  •  l+-j^  •  190  •  l+l  •  228 

Dans  le  genre  coloré  énergique  (^Xw^l  t^^l),  le 

même  reste  divisé  en  trois  parties  égales,  les  deux 
premières  de  ces  parties  étant  réunies,  fournit  les 

rapports  1  +  ^^ ,  ^  +  in  * 

-f 

20  .  i+2^«  28  •  1+^  •  3o  •  1+^.  36 

En  retranchant  de  l'intervalle  des  quatre  le  troi- 
sième intervalle  de  modulation,  dont  le  rapport  est 

1  +|,  on  forme  le  genre  ordonnateur  (^LDl)  dont 

les  deux  variétés  s'obtiennent  toujours  par  division 
du  reste  en  deux  ou  trois  parties,  et  ont  respective- 
ment pour  rapport  la  variété  faible:  i+|,  1+^5» 
1 +^;  la  variété  énergique  :    i+i,  i+ïV>   ^+h' 

io5  •  i+:pg  •  1  1  2  •  1+^  •  120  •  1+^  •  1  ko 
x\    •i+^«  22   «i+n"  24  •!+!•  28 

(](\s  trois  fi^ènres  sont  de3  fjenres  doux;  avec  le 


• • 


•  M 


312  SEPTKMBRE-OCTOBRE  1891. 

suivant  commence  la  classe  des  genres  forts.  Nous 
continuons  à  suivre  la  série  des  intervalles  de  mo- 
dulation de  la  formule  i+^,  et  nous  retranchons 
de  Tinlervallc  des  quatre  celui  dont  le  rapport  est 
1  +-^.  Le  genre  ainsi  formé  s'appelle  «  interrompu  » 

( Juâ!Sult  ^x^).  Dans  sa  variété  faible,  ses  deux  petits 
i'apports  sont  i  +  ^^  et  i  +  î^  ; 

78  .  1  +^  .  84  . 1  +^  .  9 1 .  1  +i .  1  o4 

et  Ton  peut  constater  que  le  rapport  i4-^  =  |  est 
plus  petit  que  le  produit  des  deux  autres  :  (1+]^) 
X(i  +  j^)  =  |,  ce  qui,  d'après  la  définition,  classe 
ce  genre  parmi  les  genres  forts.  Dans  sa  variété 
énergique,  ses  deux  moindres  rapports  sont  •  1  +  jHs  1 

18  •  i+7g*i9  •  i+^*  21 . 1+7*  24 

Le  genre  suivant  est  appelé  a  le  second  interrompu  » 
{ jliJt  Ju^^t  y^)'  ï-'*espèce  ordonnée  et  continue  de 
sa  variété  faible  est  : 

iSgS  •i+^*i728«i  +  ^»  1888  •  1+1  «2124 

et  pour  sa  variété  énergique,  elle  est  : 

3483  •  1  +^  •  3888  . 1  +^  •  4 1 28  •  i  +5^  •  4644 

Puis  vient  «  le  troisième  interrompu  «(Ju^aJcJH  JLs^ 

lâi    ^*^ 

eJUJI),  dont  les  variétés,  faible  et  énergique,  sont 
représentées,  la  première  par  cette  suite  : 

33o  •  i+îV*  ^60  •  1+^  •  396  .  i*+|.  44o 


LE   TRAITÉ   DES   RAPPORTS  MUSICAUX.    313 
la  seconde,  par  cette  autre  : 

Dans  ce  dernier  genre ,  les  quatre  espèces  ordon- 
nées ne  sont  pas  continues* 

Les  genres  que  Ton  pourrait  former  en  retran- 
chant d'abord  de  Tintervalle  des  quatre  un  inter- 
valle de  modulation  de  rapport  moindre  que  i+| 
ne  sont  pas  employés.  Mais  d'autres  genres  sont 
formés  en  plaçant  sous  l'intervalle  des  quatre  deux 
intervalles  égaux;  les  rapports  employés  deux  fois  . 

sont  successivement  1+7»  i+g'  ^"^"9»  ^^^  genres 
dans  lesquels  ils  entrent  s'appellent  «  genres  forts  avec 

redoublement»  (oUxAxJt  ^i  t^>>)  et  sont  comptés, 

dans  l'ordre  de  ces  rapports,  premier,  deuxième, 
troisième.  Ils  n'ont,  avons-nous  dit,  que  trois  es- 
pèces. Si  l'intervalle  de  moindre  rapport,  celui  qui 
reste  après  la  double  soustraction   des  intervalles 

égaux ,  est  du  côté  grave ,  l'espèce  est  dite  «  aiguë  » 

*  •  "^        ,. 
(*Xr»^i);    s'il    est  au  milieu,  elle  est  dite  «séparée» 

(  Ju^jLLo  )  ;  s'il  est  du  côté  aigu ,  elle  est  dite  a  grave  »  (  Jàs*  I  ), 
Les  espèces  graves  de  ces  trois  genres  sont  les  sui- 
vantes : 

du  premier  : 

48  . 1  +^  •  49  •  1  +7  •  56  . 1  +  y  •  64 

du  deuxième  : 

2^3  •  1  +2^  •  256  . 1  -f  I  •  aSS  •  1  +1  •  324 

XVIII.  21 


314  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

du  troisième  : 

75  •  i+^»8i  •  1+1  •  90»  1+1  •  100 

On  obtient  de  nouveaux  genres  en  plaçant  sous 
l'intervalle  des  quatre,  au  lieu  de  deux  intervsdles 
de  rapports  égaux,  deux  intervalles  de  modulation 
consécutifs,  c'est-à-dire  ayant  des  rapports  de  for- 
mules 1+^  et  1+^.  En  donnant  à  n  les  valeurs 

•7,  8  et  9,  on  forme  les  genres  suivis  (Juâi*),  que 

Ton  compte,  dans  cet  ordre,  premier,  deuxième 
et  troisième.  Ces  genres  ont  six  espèces,  puisque 
leurs  trois  intervalles  sont  inégaux.  En  voici  les  es- 
pèces ordonnées  et  continues  : 

pour  le  premier  genre  suivi  : 

5/i .  1  +^  .  56  •  1  +1 .  63  . 1  +1  •  72 

pour  le  deuxième  genre  suivi  : 

i35  •  i+-f5  •  144  •  1+1  •  160  •  j  +^»  180 
pour  le  troisième  genre  suivi  : 

33o  •1+^»  36o  •  1+75  •  396  •  !  +  !•  44o 

Ce  dernier  genre  se  confond  avec  le  troisième 
interrompu  dans  sa  variété  faible ,  et  lavant-dernier 
avec  le  même  dans  sa  variété  énergique. 

Enfin  les  genres  appelés»  séparés  premiers  »{ JuaiLt 

JJI)  sont  formés  par  la  soustraction  de  deux  inter- 
valles de  modulation  ayant  pour  formules  1+,^  et 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.  31> 
1+—^.  Donnons  à  yi  la  valeur  y,  nous  avons  le 
genre  «  séparé  faible  »  (JudUii!  v-uLJl)  où  l'intervajle 
restant  a  pour  rapport  i+-^' 

60  •  1  +  2^  •  63  •  i  +  ^«  70  M+7  «80 

Donnons  à  n  la  valeur  8,  nous  avons  le  genre 
«  séparé  tempéré  »(  JJ^iJu^l  JÇ^It  Jyi,;  jl  ) ,  où  le  reste  a 
pour  rapport  1  +  ^ . 

297  •  1+^  •  320.  i+î^*  352  •  1+1  -396 

Si  nous  faisions  w = 9 ,  nous  retomberions  encore  sur 
le  troisième  interrompu,  variété  faible;  il  prend  ici 

le  nom  de  «  genre  séparé  énergique  »  (^XûS!  JaûJuII). 

Ce  n'est  pas  tout  ce  qu  il  est  possible  d  obtenir  en 
partant  de  l'intervalle  des  quatre.  On  peut  mainte- 
nant sous  cet  intervalle  en  enfermer  quatre  autres 
définis  par  cinq  sons.  Cette  opération  se  fait  de  dçux 
manières.  La  première  consiste  à  retrancher  succefr- 
sivement  de  l'intervalle  dea  quatre  les  intervalles 
ayant  pour  rapports  1+72,  ^^^-^  i  +  ïV»^^  x^lXt. 
un  intervalle  dont  le  rapport  est  1  +  j^  •  La  figure 
de  ce  système  peut  être  présentée  ainsi  : 

273. 1+^.288. i+^.3i2-i-h^.336. 1+^.364 
X 1+1 X i+l X 

X 1+1 -X 

La  deuxième  manière  consiste  à  changer,  dans  le 
système  précédent,  l'intervalle  de  rapport  i  +  ^  re- 

ai  . 


3J6  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

tranché  en  troisième  lieu  en  un  intervalle  ayant  pour 
rapport  i  +  fj  •  L'intervalle  restant  a  pour  rapport 
1  +  f5  •  Dans  ce  nouveau  système ,  les  rapports  de  la 
plus  grande  longueur  aux  trois  plus  petites  sont 
assez  simples,  et  la  succession  des  cinq  sons  dans 
cet  ordre-ià  produit  un  effet  des  plus  agréables. 

i365m+^«i456»i  +|^«i56o»i+^.i68oM  +  î^»i82o 

X 1+^ X 

X 1+1 X 

X 1+1 X 

La  permutation  de  ces  quatre  intervalles  fournit 
vingt-quatre  espèces  dont  le  manuscrit  dresse  le  ta- 
bleau. La  plus  célèbre  de  ces  espèces  et  celle  qui  a 
la  plus  belle  consonance  est  celle  que  nous  venons 
de   citer.    Toutes    les    autres   sont  de  consonance 


-.î'.^ 


faible.  Ce  genre  s'appelle  «  le  premier  isolé  »  (^yS-l! 

45 il  1  ).  «  Le  second  isolé  »  (  jlîJl  :)yJLt  )  est  une  sorte  de 

cas  particulier,  parce  qu'il  n'est  plus  enfermé  dans 
l'intervalle  des  quatre;  on  l'obtient  en  enlevant  au 
système  précédent  l'intervalle  dont  le  rapport  est 
i  +  ~ .  «  Aujourd'hui,  dit  l'auteur,  les  maîtres  de  l'art 

appellent  le  premier  isolé  Isfahân  (^14^1),  et  le  se- 
cond isolé,  Râhawi  (<ir3^l;),  tandis  que  les  anciens 
appellent  ce  dernier  a  le  lié  »  (-^^l).  » 

Tous  ces  genres  dont  nous  venons  de  faire  le  dé- 
nombrement ont  ceci  de  commun,  les  deux  isolés 
étant  mis  à  part,  qu'ils  sont  composés  de  quatre 


LE   TRAITÉ   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    317 

sons  déterminant  trois  intervalles  et  que  les  deux 
sons  extrêmes  sont  dans  un  rapport  invariable. 
Or,  parmi  ces  différents  genres,  les  uns  ont 
une  consonance  parfaite,  d'autres  une  consonance 
moyenne,  d'autres  présentent  un  défaut  de  conso- 
nance. Les  genres  doux,  qui  comprennent  trente-six 
espèces,  sont  d'une  consonance  défectueuse  et  leur 
emploi  est  blâmé.  Le  genre  ordonnateur  est  celui 
d'entre  eux  qui  est  le  plus  supportable;  le  genre 
coloré  l'est  moins;  quant  au  genre  normal,  il  est 
fort  loin  d'être  consonant.  Parmi  les  genres  forts, 
le  premier  interrompu  avec  ses  six  espèces  ol&eune 
belle  consonance,  il  est  célèbre  et  fréquemment 
employé  ;  il  en  est  de  même  des  quatre  variétés  sui- 
vantes des  genres  interrompus  ;  mais  la  variété  éner- 
gique du  troisième  n'a  plus  qu'une  consonance 
moyenne  qui  le  place  entre  les  précédents  et  les 
genres  doux.  Les  genres  forts  avec  redoublement 
ainsi  que  les  genres  suivis  sont  consonants  et  très 
usités.  Les  genres  forts  séparés  ont  une  concordance 
faible  si  on  les  compare  aux  autres  genres  forts,  et 
une  concordance  moyenne  si  on  les  compare  aux 
genres  doux. 

Certains  de  ces  genres  théoriquement  différents 
ont  entre  eux  des  ressemblances  qiii  les  rendent 
presque  identiques  pour  l'oreille.  Les  trois  genres 
interrompus  sont  semblables  respectivement  et  sui- 
vant l'ordre  de  numération  aux  trois  genres  suivis. 
Le  premier  genre  fort  avec  redoublement  ressemble 
au  deuxième  et  leurs  espèces  de  même  nom  se  cor- 


318  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

respondent.  Cependant  le  deuxième  est  plus  agréable 
que  le  premier  parce  que  le  reste  est  dans  celui-ci 
trop  petit,  ce  qui  en  fait  négliger  l'emploi.  Le  troi- 
sième genre  fort  avec  redoublement  est  semblable 
au  deuxième  genre  suivi  par  suite  de  la  proximité 
des  rapports  i  +  |  et  i+|;  pour  des  raisons  ana- 
logues ,  le  premier  genre  suivi  peut  être  substitué  au 
premier  ou  au  deuxième  des  genres  forts  avec  re- 
doublement. 

De  même  qu'on  a  formé  un  grand  nombre  de 
genres  en  partant  de  l'intervalle  des  quatre,  de 
même  on  peut  en  former  en  partant  de  l'intervalle 
des  cinq,  et  de  ces  derniers  les  trois  que  nous  allons 
citer  sont  les  plus  célèbres  et  les  plus  employés.  Le 

premier  est  appelé  «  le  genre  petit  isolé  »  [Jt^\  ^^i-L'). 

On  l'obtient  en  divisant  l'intervalle  des  cinq  en  deux 
autres  ayant  pour  rapports  \  +\  et  i  + 1.  L'inter- 
valle dont  le  rapport  est  \+\  est  subdivisé  en  deux 
autres  dont  les  rapports  sont  i  +^  et  i  +  g,  et  celui 
dont  le  rapport  est  i  +  ^  est  subdivisé  en  trois  autres 
qui  ont  pour  rapports  :  i+jg,  ^ +i^  ^^  i+^« 
La  figure  indique  l'ordre  des  intervaJles  et  les 
nombres  proportionnels  aux  longueurs  de  corde 
donnant  les  sons  qui  les  séparent. 

252  -  280  -  3i5  -  324  -  55i  -  878 

.  i+i  .  1+1  •  1  +  ^-  i+iV-  i  +  n- 
x--i+i--x i+\ X 


Ce   genre   est   appelé   par   les   maîtres  de  fart 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    319 

dka-^S' JsixiLy .  Si  Ton  retranche  de  ce  système  Im- 

tervalle  dont  le  rapport  est  i  +  ^ ,  il  reste  un  genre 

spécial  formé  de  quatre  sons  et  de  trois  intervalles 

compris  dans  Tîntervalle  de  rapport  i  +|-  et  très 

connu  parmi  les  musiciens  sous  le  nom  de  JsISill?^ . 

Il  ne  change  pas  de  dénomination  quand  on  lui 
ajoute  deux  sons  et  un  intervalle  de  rapport  i  +1^? 
parce  que  ces  deux  sons  entrent  avec  lui,  comme 
on  le  verra,  dans  la  période  qui  porte  son  nom^ 
jl  est  une  seconde  manière  de  partager  l'intervalle 
des  cinq.  Elle  consiste  à  ajouter  à  l'intervalle  des 
quatre ,  divisé  selon  une  espèce  non  ordonnée  du 
genre  premier  interrompu ,  un  intervalle  ayant  pour 
rapport  i  + 1 ,  et  à  subdiviser  celui-ci  en  deux  autres 
ayant  pour  rapports  i  +^  et  i  +^  ou  plus  sou- 
vent 1  +  f3  et  1  +  ^.  Le  genre  ainsi  obtenu  eài 

appelé  par  l'auteur  «  le  grand  isolé  »  (  Jàwll  ^yHt),  et 

connu  des  artistes  sous  le  nom  de  d^y  «  grand  ». 

En  voici  l'ordonnance  : 

224  —   234  —   262   —   273  —  3i2   —  336 

X 1+1 --X--  1+1 X 

La  troisième  manière  de  former  un  système  dans 
l'intervalle  des  cinq  consiste  à  retrancher  d'abord 
du  côté  grave  l'intervalle  dont  le  rapport  est  1  + 1 , 
à  le  subdiviser  en  deux  autres  dont  les  rapports  sont 

'  Voir  p.  3io. 


320  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

1  +*^  et  1  +  ^  et  à  subdiviser Imtervadle  des  qxiatre 
restants  selon  le  genre  deuxième  suivi.  On  obtient 
cette  disposition  ; 

35 10 -—3744  —  4i6o  —  468o  — 4860  — 5265 

X--1+I X--  i+|--x 

On  pourrait  aussi  diviser  l'intervalle  des  qxiatre 
selon  les  deux  variétés  du  genre  premier  interrompu 
ou  selon  la  variété  faible  du  deuxième  interrompu. 
Toutes  ces  formes  se  confondent  à  Taudition. 

«Qu'on  ne  croie  pas,  ajoute  Safi  ed-Dîn,  que  ces 
genres  soient  les  seuls  que  Ton  puisse  composer;  on 
pourrait  en  citer  une  foule  d'autres,  mais  ce  qui 
précède  suffit  à  un  traité  résumé.  »  Puis  il  revient  sur 
quelques  définitions  :  si  l'on  définit  le  genre ,  la  réu- 
nion de  trois  intervalles  sous  l'intervalle  des  quatre, 
on  exclut  les  genres  isolés  ;  si  on  le  définit  :  un  sys^ 
tème  de  sons  dont  les  deux  extrêmes  comprennent 
un  intervalle  moyen,  on  exclut  le  petit  isolé,  à  moins 
que  l'on  n'appelle  «  intervalles  moyens  »  ceux  qui 
sont  placés  entre  l'intervalle  du  tout  et  l'intervalle 
dont  le  rapport  est  1  +  y.  C'est  là  la  définition  juste 
dont  il  ne  faut  pas  s'écarter.  Alors  les  intervalles  de 
modulation  sont  seulement  ceux  qui  entrent  dans 
les  genres  forts,  et  c'est  à  juste  titre,  car  si,  comme 
nous  l'avons  vu,  les  intervalles  de  rapports  1  +{, 
1  + 1  et  1+1  sont  d'un  mauvais  effet  dans  les  mo- 
dulations ,  pourquoi  les  appellerait-on  intervalles  de 
modulation  ?  On  peut  donc  définir  ainsi  les  inter- 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    321 

valies  de  modulations  :  ceux  qui,  pouvant  être  re- 
tranchés deux  fois  de  l'intervalle  des  quatre ,  laissent 
un  reste  dont  le  rapport  est  moindre  que  le  leur. 
Les  intervalles  plus  petits  ne  sont  que  des  restes 

(laSipUl  c:>Uk^t)  qui  achèvent  de  remplir  l'intervalle 

«»• 

des  quatre. 

IV 

Chez  les  Grecs,  le  tétracorde  et  le  pentacorde 
formaient  des  systèmes  imparfaits ,  s'ils  n'étaient  pas 
groupés  dans  de  plus  longues  périodes  comprenant 
une  ou  deux  octaves.  Ainsi  chez  les  Arabes ,  les  genres , 
qu'ils  fussent  construits  sur  l'intervalle  des  quatre 
correspondant  au  tétracorde  ou  sur  l'intervalle  des 
cinq  correspondant  au  pentacorde,  étaient  des 
portions  de  systèmes  plus  grands  qui  s'étendaient 
sur  l'intervalle  du  tout  ou  sur  l'intervaJle  du  tout 
doublé. 

Lorsqu'on  retranche  de  l'intervalle  du  tout  l'in- 
tervalle des  quatre,  il  reste  l'intervalle  des  cinq,  et 
si  de  ce  dernier  on  retranche  l'intervalle  des  quatre , 
il  reste  un  intervalle  dont  le  rapport  est  i  + 1  et  que 
nous  avons  appelé  «  résonnant  ».  Nous  appellerons 

«  première  enveloppante  ))(iCJulaJI  JJ il  1) l'intervalle  des 
quatre  retranché  en  premier  lieu ,  du  côté  grave ,  et 
«  deuxième  enveloppante  «(iUAlaJl  iCliuJl)  l'intervalle 
égal  retranché  en  second  lieu.  L'intervalle  résonnant 
prendra  le  nom  de  «  séparante  »  (iCX^UJl).  L'arrange- 
ment des  deux  enveloppantes  et  de  la  séparante  dans 


322  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Tintervalle  du  tout  peut  se  faire  de  trois  manières , 
selon  que  la  séparante  est  au  milieu  ou  à  Tune  des 
extrémités.  Les  dispositions  obtenues  sont  les  sui* 
vantes  : 

La  séparsuite  étant  à  1  extrémité  grave  : 

9»i+|»i2«i+|»i6«i+|«i8 

La  séparante  étant  à  l'extrémité  aiguë  : 

La  séparante  étant  au  milieu  : 

A  ce  premier  intervalle  du  tout  ajoutons-en  un 
second  du  côté  aigu.  Il  renfermera  aussi  deux  enve- 
loppantes qui  seront  appelées,  en  partant  du  côté 
grave ,  «  troisième  et  quatrième  enveloppantes  » ,  et  une 

séparante  qui  sera  appelée  «  séparante  aiguë  »  (iiWjUI 
iX^wilt),  tandis  que  celle  qui  est  dans  le  premier  in- 
tervalle du  tout  sera  dite  «  séparante  grave  »  [ùéo^\ 

JJiSill.  Puisque  trois  arrangements  sont  possibles 
dans  chacun  des  deux  intervalles  du  tout,  neuf  ar- 
rangements le  sont  dans  le  système  de  ces  deux  in- 
tervalles. Quatre  de  ces  arrangements  ont  des  noms 
dans  la  pratique.  Si  les  séparantes  occupent  toutes 
deux  le  côté  grave  deleurs  intervalles  respectifs,  lar- 

rangement  (oÛaûJI  )  est  dit  le  «  séparé  grave  »  (  JuajÛJH 

JiSil  I  )  ;  si  elles  occupent  les  deux  côtés  aigus ,  il  est 
dit  «  le  séparé  aigu  ».  Si  la  séparante  grave  est  à  lextré- 


iii^ 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.  323 
mité  grave  et  la  séparante  aiguë  à  Textrémité  aiguë , 
on  rappelle  «larrangement  suivi  »(JuâJCjtl),  parce  que 
les  quatre  enveloppantes  se  suivent;  les  anciens  lui 
donnent  le  nom  de  «  système  de  la  réunion  »  ( 
©t^^t).  Si  les  deux  séparantes  sont  au  milieu  de 
leurs  intervalles  respectifs ,  on  dit  que  Tarrangement 
est«  à  séparante  moyenne  »(^^la^yi  iiL^t).  Les  autres 

arrangements  n'ont  pas  de  nom  dans  la  pratique. 
Nous  leur  donnons  à  tous  des  noms  formés  du  qualifi- 
catif :  «  le  séparé  »  (  JuaiLXl) ,  suivi  d'un  des  adjectifs 

aigu ,  moyen  ou  grave  pour  indiquer  la  position  de 
la  séparante  grave  et  dun  autre  pour  indiquer  la 
position  de  la  séparante  aiguë.  Les  neuf  arrangements 
sont  représentés  ici  : 

Le  séparé  aigu  : 
8  —  9  —-   12  —   16  —   18  —  24  —  32 

•i+i.i+i.  1+1.1+1., +1.1+1. 

Le  séparé  aigu  graA'e  : 

36  -  /i8  -  64  -  72   -  81   -   108  -   xklx 

.  ,  +  |.,  +  |., +  1.1  +  1.,  +  !    .    ,+1  . 

Le  séparé  aigu  moyen  : 

12   —   16  —   18  —   24  —   27  —  36  —  48 
.,+!., +  1.1+1.  ,+|.,+!.,  +  i. 

Le  séparé  grave  : 

9  —   12   —   16  —   18  —  24  —  32   —  36 

M+|.  i+i.i+l-i+l-i+i-  !+!• 


324  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Le  séparé  grave  aigu  : 
72  —  81  —  108  —  itili  —  192  —  256  —  288 

.,_f.i.,+i.  .+|.  1+1 .  ,+1.  .+1. 

Le  séparé  grave  moyen  : 

18  —   2^  —   2y  —  36   —  48  —  64  —  72 
.  ,  +  1.  , +1.,  +  !., 4.1. ,+l.,+l. 

Le  séparé  moyen  : 

6  —  8  —  9—12   —    16—18  —   24 
••+|-«  +  5->  +  |.i  +  |-i+|.  1+1- 

Le  séparé  moyen  aigu  : 

24  —  27  —   36  —  48  —  64  —  72  —  96 

.,+1 .  ,+|.,+i.,+i.,+i.,+i. 

Le  séparé  moyen  grave  : 

9—12   —    16—18—24   —   27   —   36 

.,+i.,+i.,+i  .,+1.  ,+|.,+i. 

Sous  la  première  enveloppante  plaçons  lun  des 
genres  que  nous  avons  étudiés,  puis  ajoutons  la  se- 
conde enveloppante  divisée  d'après  le  même  genre 
ou  d'après  tout  autre;  nous  obtenons  un  système 
de  six  intervalles  et  de  sept  sons  qui  est  appelé  «  le 

système  défectueux  »  ((jâillll  ^•^  ).  H  reste ,  pour  com- 
pléter le  premier  intervalle  du  tout ,  la  séparante  ou 
intervalle  résonnant.  Celle-ci,  ajoutée  au  système  dé- 
fectueux, porte  à  sept  le  nombre  des  intervalles  et  à 
huit  celui  des  sons ,  et  achève  de  constituer  «  le  sys- 

tème  complet  grave  «(jiî^l  Iliuî  ji^).  C'est  là  une 
période  (;j^). 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     325 

L'addition  de  la  troisième  enveloppante  divisée  se- 
lon un  des  genres  renferme  sous  l'intervalle  du  tout  et 
des  guatre  onze  sons  et  dix  intervalles.  Ce  système  est 

appeléparlesancienstt  ensemble  parfait  »(J^li3l  ^^), 

dénomination  mai  choisie ,  qui  conviendrait  mieux  à 
l'intervalle  du  tout  simple  ou  à  l'intervalle  du  tout 
doublé.  Ajoutons  à  ce  système  l'intervalle  résonnant; 
le  nouveau  système  obtenu  comprenant  douze  sons 
et  onze  intervalles  embrasse  un  intervalle  du  tout  et 
des  cinq.  Enfin,  par  l'addition  d'un  quatrième  genre 
formé  sous  la  quatrième  enveloppante,  la  seconde 

période  (^j^)  ou  puissance  [ïyi,  pi.  ^^yi,  octave)  est 
complétée  en  même  temps  que  l'intervalle  du  tout 
doublé.  L'ensemble  contient  dès  lors  quinze  sons  et 
quatorze  intervalles.  Nous  l'appelons  a  le  système  par- 
fait «  O^lûf^'). 


X 


intervalle  du  tout 


X 


intervalle  du  tout         X 


•     i+T   r  i+î 


l+T     •       l+T     ?     1+T     r     l-*-T 


X  syst.  défectueux  X 


X       système  complet  aigu      X     système  complet  grave     X 


X      intervalle  du  tout  et  des  quatre      X 


X 


intervaJle   du   tout    et   des    cinq 


système   parfait 


Tous  les  sons  ordonnés  dans  le  système  parfait  ont 
des  dénominations  en  grec  et  en  arabe.  Celles  qui  se 


326  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

rapportent  à  l'intervalle  du  tout  grave  ne  changent 
pas,  mais  celles  qui  se  rapportent  à  Tintervaile  du 
tout  aigu  changent  avec  la  position  {^^)  des  sépa- 
rantes, en  ce  que  les  sons  de  la  troisième  envelop- 
pante sont  dits  «  suivis  »  (Jyijciltl  )  dans  l'arrangement 

suivi  et  «séparés»  (  JuiaLlII  )  dans  tout  autre.  Ces  dé- 
nominations sont  les  suivantes  en  commençant  par 
le  côté  grave  ^. 


^  j»/.':^  ^<   y 


loUMjill  iUAJiS* (^1^  (J^^^^ — {iTràTYj  fiéfTûûv 


'O'^  J  y 


,^  t,/^  ^<    .^ 


y      ^Wj^^-»^    ..y 


*  Nous  avons  été  aidé  pour  la  lecture  des  termes  grecs  par  des 
tableaux  analogues  reproduits  par  Kosegarten.  On  remarquera  la 
symétrie  des  noms  grecs  autour  du  milieu  et  l'altération  notable 
qu'a  subir  le  premier  de  ces  noms  dans  la  transcription. 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    327 

C'est  ie  système  aigu  grave  qui  est  représenté  ici. 
La  séparante  de  Imtervalie  aigu  ne  prendrait  pas  Tépi- 
thète  de  «  moyenne  »  (^^^p!)  dans  ses  deux  autres 
positions.  Si  elle  était  à  l'extrémité  aiguë,  l'avant- 
dernière  note  s'appellerait  «^ISliil  jJL*aiii.  Quant  à 

la  première  note ,  elle  s'appelle  aussi  ^jAfii! . 

Les  règles  qui  ont  été  posées  font  aisément  com- 
prendre comment  on  trouverait  les  quinze  longueurs 
de  corde  rendant  les  quinze  sons  du  système  par- 
fait ,  selon  les  positions  de  ses  enveloppantes  et  selon 
les  genres  adoptés  pour  types  de  leur  division. 
L'auteur  remarque  que  le  nombre  des  genres  sus- 
ceptibles d'être  employés  s'est  trouvé  restreint  par 
ce  qui  a  été  dit  du  défaut  de  consonance  de 
quelques-uns  et  de  la  ressemblance  de  plusieurs 
autres  entre  eux.  Il  se  borne  à  en  choisir  douze  et 
à  les  disposer  dans  l'intervalle  du  tout  grave ,  la  sé- 
parante occupant  l'extrémité  aiguë;  le  même  genre 
est  d'ailleurs  placé  sous  les  deux  enveloppantes.  Le 
lecteur,  s'il  le  désire,  fera  les  calculs  pour  les  autres 


328  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

cas.  Le  premier  genre  choisi  est  le  premier  inter- 
rompu ,  variété  faible  ;  il  donne  cette  série  : 

32  —  36  —  39  —  42  —  48  —  52 — 56  —  64 


X  sépar.  x deuxième  enveloppantexpremière  enveloppantex 

Nous  ne  reproduirons  pas  les  onze  autres  ta- 
bleaux, où  les  genres  employés  sont  :  les  variétés, 
faibles  du  deuxième  et  du  troisième  interrompu, 
les  trois  genres  suivis,  les  trois  genres  forts  avec  re- 
doublement et  les  trois  genres  séparés.  Après  ces 
ligures  en  viennent  douze  autres  représentant  le  sys- 
tème parfait  lorsqu'on  dispose  successivement  sous 
ses  enveloppantes  chacun  de  ces  douze  genres ,  dans 
l'arrangement  appelé  «  le  séparé  aigu  ».  Les  quatre 
enveloppantes  sont  divisées  à  la  fois  selon  le  même 
genre.  Voici  la  série  des  nombres  et  des  rapports 
dans  le  cas  où  le  genre  adopté  est  le  premier  inter- 
rompu : 

32 36 39 42 48 52 56 64 

X  quatrième  enveloppante  x  troisième  enveloppante  X  sépar.  X 

64 72 78 84 96 1  o4 1 1  2 — 1 28 

X  sépar.  X  deuxième  enveloppante  X  première  enveloppante  X 

Le  musicien  qui  essaye  les  divers  genres  dans  le 
système  parfait  trouve  que  les  genres  forts  avec  rc- 


LE   TRAITÉ   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     329 

doublement  et  le  deuxième  genre  suivi  donnent  la 
consonance  la  plus  belle,  la  modulation  la  plus 
agréable.  Les  genres  isolés  fournissent  aussi  de  belles 
périodes,  mais  leur  emploi  présente  des  particula- 
rités. Le  premier  isolé  place  sous  chaque  envelop- 
pante cinq  notes  qui  semblent  se  fondre  entre  elles 
à  l'audition.  Le  grand  isolé  s'étend  sur  une  envelop- 
pante et  une  séparante;  le  second  isolé  et  le  petit 
isolé  sont  trop  petits  pour  remplir  une  enveloppante. 
Nous  indiquerons  plus  loin  les  périodes  formées 
avec  ces  genres  spéciaux. 

On  appelle  «  racine  »  (  J-ï?^!  )  le  genre  placé  sous  la 
première  enveloppante;  quand  on  prend  dune  fa- 
çon quelconque  quatre  sons  consécutifs  du  système 
complet ,  on  obtient  d'autres  genres  nommés  «  mers  » 

(t^)'  P^i'c^  qu'ils  occupent,  pour  ainsi  dire,  une 
certaine  contrée.  Divisons  par  exemple  les  envelop- 
pantes du  système  complet  selon  le  deuxième  genre 
suivi  : 

h g f —e d — c b a 

36o—  ào5  —  432  —  480  —  5/10  —  576  —  640  —  720 

Xsépar.x      2*  enveloppante      X       1"  enveloppante      X 


La  racine  ou  première  mer  occupe  l'intervalle 
grave  a-d;  la  deuxième  mer  et  la  troisième,  occu- 
pant les  intervalles  des  quatre  b-e^  c-f,  sont  deux 
autres  espèces  du  genre  choisi;  la  quatrième  mer 
d-g  est,  dans  cet  arrangement,  identique  à  la  pre- 

XMIT.  3  2 


mriIMIiKlS    «ATidIkLB. 


330  SEPTEMBRE  OCTOBRE   1891. 

mière,  et  dans  le  cas  où  nous  nous  sommes  placés, 
la  cinquième  mer  e-h  est  identique  à  la  seconde. 
Des  propriétés  andogues  existent  pour  dautres 
systèmes  dérivés  d'autres  espèces  du  deuxième 
genre  suivi  ou  des  espèces  du  deuxième  genre  fort 
avec  redoublement.  Les  systèmes  complets  ainsi  ob- 

tenus  s'appellent  •  périodes  des  mers  »  (j^^^^Jt  iyt^  ou 

[?]  jUi*XJLft).  Ils  sont  au  nombre  de  sept,  et  c  est  seule- 
ment à  leurs  intervalles  que  le  nom  de  mer  semble 
être  réservé.  Si,  dans  les  systèmes  parfaits  formés  par 
le  redoublement  de  ces  systèmes  complets,  on  sé- 
pare dune  manière  quelconque  huit  sons  consécu- 
tifs, on  obtient  chaque  fois  un  intervalle  du  tout 

auquel  on  donne  le  nom  d'«  espèce  »  (^^).  Comme  il 

y  a  quinze  sons  dans  le  système  parfait,  il  y  a  neuf 
de  ces  espèces.  Ces  dernières  définitions  trouvent 
leur  raison  d'être  dans  la  construction  des  instru- 
ments. 

Les  instruments  à  cordes  peuvent  avoii'  de  deux 
à  cinq  cordes  et  davantage ,  si  l'on  veut.  Le  champ 
des  instruments  à  deux  cordes  embrasse  une  de  ces 
espèces  dont  nous  venons  de  donner  la  définition. 

Us  ont  une  corde  du  bas  (  jiîL^I  (^i^)  et  une  corde 

du  haut  (J^t  (i^>^)\  la  première  entière  rend  le 
même  son  que  les  |  de  la  seconde ,  la  seconde  vaqt 
donc  1  -f-  I  de  la  première  ;  |  de  la  corde  du  bas 
suffit,  avec  \  de  la  corde  du  haut,  à  donner  la  série 
des  sons  et  à  constituer  l'intervalle  du  tout.  Dans 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    331 

un  instrument  monocorde,  il  faut  évidemment  em- 
ployer, pour  produire  ie  même  résultat,  une  moitié 
de  la  corde  unique.  Cette  matière  exigerait  d*amplës 
développements  pour  lesquels  nous  renvoyons,  dit 

Fauteur,  à  notre  Livre  des  périodes  {^'^^t  v'^)- 

Le  plus  célèbre  et  le  plus  parfait  des  instruments 
à  cordes,  c*est  le  luth  (^>^t).  Il  porte  cinq  cordes', 
celle  d'en  haut  est  la  grave  (îft)  )  et  les  quatre  sui- 
vantes  sont  la  troisième  (cuXUl),  la  seconde  (^^i«ll), 

rînférieure  (yXl')  et  Taiguë  (^12L).  Ces  cordes  pas- 
sent  sur  le  chevalet  (la^l)  et  sont  probahlement  réu- 
nies  à  leur  autre  extrémité  (vJb^I  ).  La  relation  qui 
les  unit  est  que  la  totalité  de  chacune  d'elles  rend 


*  Safi  ed-Dîn  a  dit  plus  haut  (p.  287)  que  la  seconde  et  l'infé- 
rieure étaient  composées  de  deux  brins  accouplés.  Il  ne  donne  ici 
aucun  détail  de  construction  ;  mais  on  doit  croire  que  les  deux  lignes 
par  lesquelles  la  figure  représente  chaque  corde  signifient  ces 
deux  brins  et  que  toutes  les  cordes  sont  ainsi  dédoublées.  La  main 
gauche  soutenait  la  partie  amincie  de  l'instrument ,  et  les  doigts 
tournés  vers  le  haut  revenaient  sur  les  touches.  Le  luth  était  tenu 
incliné  parallèlement  aux  cordes,  la  basse  se  trouvant  en  haut, 
l'aiguë  en  bas. 

Kosegarten  dit,  d'après  Allarâbi,  que  les  cordes  étaient  attachées 
au  chevalet,  et  qu'elles  convergeaient  à  l'autre  extrémité.  Les  figures 
qu'il  donne  ne  sont  pas  identiques  à  la  nôtre;  elles  représentent 
le  luth  à  quatre  cordes,  à  quatre  touches  ou  à  sept  touches,  et  le 
luth  à  cinq  cordes  à  quatre  touches.  Il  cite  seulement  le  luth  à 
dix  touches  dont  nous  indiquons  plus  loin  (p.  335)  les  nombres 
proportionnels. 

Safi  ed-Dîn  ne  parle  pas  non  plus  ici  du  plectre;  il  en  dit  un 
mot  p.  352. 

22 . 


332  SEPTEMBRE. OCTORRE   1801. 

le  même  son  que  les  |  de  celte  qui  est  située  au- 
dessus;  la  troisième  vaut  les  |  de  la  grave  et  ainsi 
dés  autres.  Le  système  parfait  est  comprb  entre 
l'extrémité  grave  de  la  corde  du  haut  et  l'avant-der- 
nière  touche  de  la  corde  du  bas.  Le  mdieu  de  cet 
ensemble  est  situé  en  ^ ,  au  neuvième  de  la  corde  dite 
"  seconde  ■>,  Le  premier  quart  seulement  de  chaque 
corde  est  employé  à  le  produire,  et  encore  la  petite 
longueur  comprise  entre  l'avant- dernière  et  la  der- 
nière touche  de  la  corde  aiguë  se  trouve  être  en 
excès. 

1^'         c      J      J      '      ■>      c     '='      ' 


il 

e.m,   ^ 

J.L 

. 

, 

. 

= 

a^i  ^ 

15- 

é 

j±t 

Z^ 

_!i_î5 

«j 

^^'  ^ 

_£_ 

^ 

T 

^ 

A. 

^ 

■M     , 

tl 

J  i 

_ji 

ï 

j 

i^ 

\ 

\ 

1 

î 

5 

1 

En  se  reportant  aux  notations  de  la  figure  où  les 


LE   TRAITÉ   DES   RAPPORTS  MUSICAUX.     333 

lettres  désignent  les  touches ,  on  trouve  un  intervalle 
du  tout  doublé  de  !  à  aJ  et  un  second  de  c-;  à^. 
Ces  touches  ou  marques  sont  des  espèces  de  liga- 
tures (^uuL^ ,  pi.  (jjJuUw^)  faites  sur  le  manche  (  *>sftLÎJî  ) 

de  l'instrument,  fixes,  destinées  à  servir  de  repères 
à  l'artiste  pour  la  composition  des  modulations.  Il 
est  d'usage  en  notre  temps  de  placer  sept  marques 
sous   chaque  corde.   Cette  construction  se  fait  en 

ajoutant  deux  fois  l'intervalle  de  i  +  |  ((;)^**>^'^^) 

dans  le  sens  direct ,  d'abord  à  partir  de  l'extrémité  grave 
de  la  corde,  dans  le  sens  inverse,  ensuite  à  partir  du 
point  qui  en  marque  le  quart,  dans  le  sens  inverse 
enfin ,  à  partir  du  quart  de  la  corde  compté  depuis  le 
dernier  point  obtenu.  Partant  donc  de  !,  nous  divisons 
la  corde  en  neuf  parties  égales  et  à  l'extrémité  de  la 
première  nous  marquons  à,  et  divisant  de  même  la 
corde  à  partir  de  ^ ,  nous  marquons  ^ .  Les  inter- 
valles !-à,  à-^,  ont  pour  rapports  i  +  |.  La  liga- 
ture qui  passe  sous  le  point  ^  s'appelle  «  l'index  » 

(iol!J^!) ,  celle  qui  passe  sous  le  point^ ,  «  Tannulaire  » 
[yf^\  ).  Partons  ensuite  de  ^,  marque  du  petit  doigt 
(yâJkil),  établissons  en  sens  inverse  deux  intervalles 
de  rapport  i  +  ^ ,  nous  obtenons  les  points  de  di- 
vision 5  et  t-> .  La  marque  »  est  la  moyenne  ancienne 
(^^xiJ!  iJa!L'^\  )  et  la  marque  c-»  est  l'additionnelle 
(  jsj!Ji).  Les  sons  correspondant  aux  quatre  touches 


334  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

I,  4->,  »,  j,  forment  l'espèce  aiguë  du  deuxième 
genre  fort  avec  redoublement.  Divisons  enfin  la 
corde  à  partir  de  lj  en  quatre  parties  égales;  Tex- 
trémité  du  premier  quart  se  trouve  reportée  sur  la 
corde  dite  «  troisième  »  en  b;  à  partir  de  b  et  dans,  le 
sens  inverse  comptons  successivement  deux  inter- 
valles de  rapport  i  +  | ,  nous  achevons  la  série  des 
touches  par  celle  qui  passe  en  3  et  que  Ton  appelle 

«  la  moyenne  de  Zolzol  »  (  Jpj  cJ^^)  »  et  par  celle  qui 

passe  en  g,  laquelle  est  appelée  «  lexterne  de  Imdex  » 

(ibllJUl  «i;.U^).  Les  cinq  cordes  sont  divisées  dans 
les  mêmes  proportions;  les  ligatures  passent  sous 
elles  perpendiculairement  comme  le  montre  la  fi- 
gure. 

Voici  en  résumé  les  intervsdles  successifs  obtenus 
par  cette  construction  : 

U266       Ma  '    IL  ^  ^M  A  %M  ^  IL       Ma  i,  M«  l 

243  Z    243  J    2»»  ^    243  *  243  "^  2'»  E  243  •  248 

Si  Ion  remarque  que  la  fraction  |||  est  exacte- 
ment le  demi-ton ,  et  la  fraction  |i^ ,  le  dièse  de  la 
gamme  mélodique,  on  pourra  immédiatement  ex- 
primer en  signes  musicaux  modernes  la  série  des 
touches  du  luth. 

Ce  n'était  pas  là  l'unique  manière  de  disposer 
les  marques  fixes  sur  le  luth.  L'auteur  en  indique 
une  autre  qu'il  dit  être  assez  usitée  de  son  temps 
et  il  en  reproduit  la  figure   donnée  par  Alflirâbi. 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    335 

Nous  la  répétons  ici  en  commençant  par  i  extrémité 
grave.  - 

(^X&Ji  a  20,736 -la  corde  eodtière; 

iulLiMJt  o.»»j?  h  1 9,683  -  rexteme  de  Tindex  ; 

"*  •*  <•*,  ■'.  a  j  .    ,  .\  '.      .■         , ^ .- 

juLLmJI  i^Kh-<  c  19,584  -  Texterne  de  Tindex; 


J*'^   • 


(jM^I  (JcLm^,  A^ILUI  oUag  c2  19,07a  -lexteme  de  Tindex 
''  Relative  à  la  moyenne 

«       •  ^^  ^     ^  t  persane  ; 

JvJ\  Jxiïi,  S^\:ZZ\  JJ^  e  18,816 -rerierne  de  Tindex 

relative  a  ta  moyenne 

^^g  deZoIzol; 

iolL(J)  /  1 8,433  -  Tindex  ; 


<  ^uT  j  r^'. 


^Mà^W  f^MhfÇ.  g  1 7,496  -  Texteme       de      la 

^j»^   -^  «^  mpyenne; 

jj*»jiJl  Ja*M^  fc  1 7,408  -  la  moyenne  persane  ; 


JJ^  ^^liSk^^  *  16,896 -la  moyenne  de  Zol- 
^  zol; 

yâJb  Âr  1 6,384  -  Tannulaire  ;     ' 

y^JLâii.  /  i5,553 -le petit  doigt. 


Dans  cette  disposition ,  U  y  a  un  intervalle  réson- 
nant de  c  à  h,  de  6  à  ^  et  4^  jf' à  L  La  marque  •<{ 
tient  le  milieu  entre  lextrémité  a  et  la  moyenne  per- 
sane, la  marque  e  entre  l'extrémité  a  et  la  moyeûtie 
de  Zolzol,  la  marque  c  ei>tre  lsi'|nâme  extrémité  et 
l^index^,  la  marque  h  entré  TindeX  et  l'annidaire. 
Les  nombres  de  ce  tableau  proportionnels  aux  lon- 
gueurs de  corde  permettent  de  vérifier  ces  reia- 
tions«  La  moyenne  persane  ou  ancienne  est  très  em- 


336  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891, 

ployée  de  notre  temps,  dit  le  manuscrit,  tandis  que 
i  usage  de  la  moyenne  de  Zolzol  et  de  la  marque 
additionnelle  est  rare. 

Quelle  est  maintenant  la  manière  d'exécuter  les 
différents  genres  sur  le  luth  à  sept  touches,  le  seul 
dont  notre  traité  s'occupe  désormais?  La  rigueur 
des  théories  va  fléchir  ici  devant  la  pratique.  On  se 
souvient  qu  il  y  a  trois  sortes  d'intervalles  de  modu- 
lation, les  grands,  les  moyens  et  les  petits.  Sur 
Imstrument,  les  grands  intervalles  de  modulation 
sont  ceux  qui  sont  constitués  par  deux  touches  qui 
en  comprennent  deux  autres  enti*e  elles  ;  tels  les  inter- 
valles à-1 ,  »-4->  et  y^ .  Les  moyens  intervalles  de  mo- 
dulation ne  comprennent  qu'une  touche  entre  leurs 
deux  extrémités,  comme  ^-l,  »-^,  et  les  petits  sont 
constitués  par  deux  touches  qui  se  suivent  comme 
L^-] ,  ^-c-» .  Désignons  par  des  lettres  ces  trois  catégo- 
ries d'intervalles ,  par  la  lettre  A  les  grands ,  par  B 
les  petits,  par  C  les  moyens.  Tout  genre  étant  com- 
posé de  trois  intervalles  renfermés  entre  quatre  sons 
ne  peut  être  formé  de  trois  intervalles  de  catégories 
différentes  A,B,C,  car  un  intervalle  B  serait  encore 
nécessaire  pour  compléter  l'intervalle  des  quatre. 
Il  faut  donc  nécessairement  employer  deux  inter- 
valles de  même  catégorie.  On  ne  doit  pas  en  em- 
ployer deux  petits  parce  que  le  reste  aurait  un  rap- 
port plus  grand  que  celui  de  leur  somme,  ce  qui 
caractérise  les  genres  doux  rejetés  pour  défaut  de 
consonance.  Mais  on  peut  employer  deux  intervalles^ 
A  et  leur  ajouter  un  intervalle  B;  c'est  le  genre  eip-.: 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.    337 

pelé  «  genre  à  deux  tons  »  ((^^'^xal  3S) ,  qui,  ordonné  à 

Tinverse  [I^Sm),  est  AAB\  ou  avec  séparation  des 

intervalles  égaux  (UwaiJLo),  ABA.  11  est  permis  aussi 

de  répéter  un  intervalle  C  et  de  compléter  l'inter- 
valle des  quatre  pai'  un  intervalle  A,  selon  Tune  de 
ces  trois  espèces  :  CGA,  ACG,  GAG.  Aux  genres 
forts  se  joignent  les  genres  isolés.  Le  premier  isolé 
est  de  la  forme  BGGG  et  cen  est  Tunique  espèce 
usitée.  En  retranchant  de  ce  genre  le  petit  inter- 
valle, il  reste  le  deuxième  isolé  ou  moyen  isolé  CGC. 
Le  petit  isolé  est  du  type  BGG  et  on  nen  emploie 
que  cette  espèce.  Le  grand  isolé ,  compris  sous  Tinter- 
valle  des  cinq,  a  la  forme  BGGAG.  De  ces  types, 
sept  embrassent  l'intervalle  des  quatre;  un,  l'inter- 
valle des  cinq,  c'est  le  grand  isolé;  un  embrasse 
un  intervalle  dont  le  rapport  est  1  +j,  c'est  le 
moyen  isolé,  et  un,  un  intervalle  dont  le  rapport 
est  1  +  |,  c'est  le  petit  isolé.  Ges  dix  genres  ont  leurs 
noms,  dont  voici  le  tableau  avec  la  notation  des 
touches  qui  servent  à  les  produire  : 

^^-ABA ^»:>l 

viU^^!-AAB ^*v' 


o  »^ 


ouAȔ^-CCA r^^' 


'  Dans  ces  notations,  le  côté  aigu  reste  à  gauche,  le  côté  grave 
à  droite.  C'est  toujours  par  le  côté  grave  que  l'on  commence  à 
former  les  genres. 


338  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891 

O'^Ç-CAC c>s' 

yl4Uj-BCGC---2;»gJ 

JsISiip)-BCC 3»gl 


11  est  aisé,  d'après  ce  qui  a  été  dit,  d'indiquer  les 
touches  qui  donnent  les  huit  sons  du  système  com- 
plet formé  de  I  à  g*  en  divisant  les  enveloppantes 
selon  l'un  des  sept  premiers  genres.  Les  tableaux  du 
manuscrit  comprennent  d'abord  les  sept  cas  où  les 
deux  enveloppantes  sont  divisées  selon  le  méttie 
type. Rapportons  un  seul  exemple,  celui  du  premier 

genre  (^jjLùJJI)  en  ses  trois  arrangements  : 

Le  séparé  aigu ,  la  séparante  occupant  l'extrémité 
aiguë  : 

xséparantex      2*  enveloppante      X      1"  enveloppante      X 
X-.-.-x-X-  -  — X— — X-X-«-«-X— •— •— X 

Le  séparé  grave  : 
X      2*  enveloppante      x      1"  enveloppante     xséparantex 

x-x— — x-«— -x-x— — X— — X— -r— y 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     339 
Le  séparé  moyen  ^  : 

X  2*  enveloppante  xséparantex  i"  enveloppante  x 
X-X— — •-X— — X-«-«  — X-X— — •-X— •-•-X 

'^  y.  «3s>  b  ^    )  :>  I 

H  est  à  remarquer  que  rarrangement  séparé  aigu 
formé  avec  le  premier  genre  est  identique  à  l'arran- 
gement séparé  grave  formé  avec  le  second ,  que  le 
séparé  grave  du  système  complet  formé  avec  le  troi- 
sième genre  est  identique  au  séparé  aigu  du  second, 
et  que  la  même  identité  se  retrouve  entre  le  séparé 
grave  du  cinquième  genre  et  le  séparé  aigu  du  qua- 
trième. 

Puis  viennent  sept  tableaux  indiquant  les  nota- 
tions des  modulations  dans  les  soixante-trois  système^s 
complets  obtenus  en  plaçant  successivement  les 
sept  premiers  genres  sous  la  première  enveloppante 
et  ajoutant  tour  à  tour  à  chacun  d'eux  tous  les 

genres  cités  ci-dessus,  moins  le  dernier  (^^^J^).  Une 

table  rassemblant  dix-huit  de  ces  ensembles  qui  sont 
dénommés  et  particulièrement  employés  résume  les 

*  Notre  gamme  mélodique  n'est  autre  que  l'arrangement  séparé 
moyen  du  système  complet  dont  les  deux  enveloppantes  sont  divi- 
sées selon  l'espèce  grave  du  deuxième  genre  fort  avec  redouble- 
ment : 

cote  aiini    -—    t    t    "t       m    t    t    cote  craTe. 

o        343      8        8        8  343       8        8  ^ 

Les  Arabes  l'exécutaient  sur  le  luth ,  sauf  des  différences  peu  per- 
ceptibles dans  les  deux  intervalles  aigus,  sous  le  nom  du  genre 
dont  nous  rencontrons  ici  la  notation.  La  forme  la  plus  simple  de 
cette  notation  est  :  B  A  A  A  B  A  A. 


340  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

précédentes.  En  la  transcrivant,  nous  ne  donnons 
que  les  intervalles,  il  serait  facile  de  trouver  la  no- 
tation des  touches  ^ 

CABGCAGG  — JoiJlC,)  ABAABAA (j^lLd 

CCABCCAC—^ J;^  AABAABA ^^p, 

ACCAACC-yliâ'jf^  AAABAAB JlU^ 

ACGACAC oO^  AGCACCA ov^Ç 

ACACAGC (?);l^  ACACCAC 3^ 

CABCCCAC ow4^  AACCACC )jij^ 

CGAAGCA ^;'9^  BCCCACCA ^jl^] 

AAGCACC ^JLLL  BGCACCGA xJLt35 

BGGAGCAC ^!^  AAGGCAC ^^tj 

Ces  ensembles,  systèmes  ou  périodes  ne  sont  pas 
nécessairement  exécutés  en  partant  de  la  marque  l  ; 
ils  peuvent  l'être  en  partant  des  dix-sept  premières 
marques  depuis  I  jusquà  u>;  quant  aux  systèmes 
complets  qui  commencent  par  ^  et  par  k:?,  ils  ne 
sont  que  les  octaves  aiguës  de  ceux  qui  commencent 
par  I  et  par  kj .  Ces  dix-sept  cas  possibles  dont  cha- 
cun comporte  une  notation  spéciale  forment  la  ma- 
tière de  douze  tableaux  relatifs  à  douze  périodes  (jj^) 
célèbres.  Nous  n'en  reproduirons  aucun ,  les  principes 

^  C'est  sans  doute  par  suite  de  quelque  erreur  de  copiste  qae 
la  période  ^^\^**^  se  trouve  être  pareille  à  la  période  jjijp  - 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     341 

donnés  suffisant  à  les  établir.  Le  nom  d'enveloppante 

(ajljJo)  est  appliqué  dans  ces  tableaux  à  Tintervalle 
du  tout  que  Ton  transpose  sur  Tinstrument.  Les  pé- 
riodes qui  y  sont  citées  semblent  avoir  joui  dune 
grande  vogue  chez  les  Arabes,  car  on  les  retrouve 

dans  plusieurs  traités.  Ce  sont  les  suivantes  :  JLli^, 
(j^,  ^1^),  J^iJ^l  iOXi),  ^3!^,  ^^15,  ^ 

Les  cordes  peuvent  être  accordées  autrement  que 
nous  ne  l'avons  fait,  sans  aucune  règle  même,  sans 
que  l'exécution  des  diverses  périodes  cesse  d'être 
possible.  Cette  remarque  évidente  n'a  d'autre  intérêt 
que  de  nous  rappeler  le  tour  de  force  accompli  par 
Ishâq  Zolzol  jouant  sur  un  luth  désaccordé  et  obli- 
geant le  khalife  Alwâthiq  à  reconnaître  sa  supériorité 
sur  son  rival  Mulâhiz  ^ 

Le  mouvement,   le  transport   de   la   main   sur 

les  cordes  (JUujîll),  avec  les  montées,  les  descentes, 

les  retours,  les  répétitions,  fait  l'objet  d'un  para- 
graphe un  peu  trop  concis,  mais  riche  en  ter- 
mes techniques.  La  série  des  notes  qui  composent 
une  modulation  peut   avoir  son   point  de   départ 

(î«xiî)  à  l'extrémité  aiguë  ou  à  l'extrémité  grave. 

Qu'elle    soit    ascendante    («x^li»)    ou    descendante 

(kjli),  c'est-à-dire  qu'elle  aille  du  son  aigu  au  son 

grave  ou  du  son  grave  au  son  aigu ,  la  série  l'est  d'une 

»  Kitâb el-Aghâni  jUilî  c^l^l^^,  1"  partie,  p.  67, Beyrouth,  1888. 


342  SEPTEMBRE-OGTOfiRE   1891. 

J    ^     Q  O^ 

façon  continue  et  s  appelle  «  série  directe  »  (  JOûd^t 

^ïjimlli)^  OU  bien  elle  présente  des  retours  (g^^), 
soit  quelle  revienne  au  point  de  départ,  auquel  cas 
elle  est  dite  «  fermée  »  (^Ja*J),  soit  quelle  ne  revienne 
quau  voisinage  du  point  de  départ,  on  la  dit  alors 
«  croissante  »  (o^jui).  Le  retour  peut  n'avoir  lieu  qu'une 
seule  fois,  c'est  «  le  retour  simple  »  (:yJI  g^JI),  ou 
être  répété  plusieurs  fois ,  c'est  «  le  retour  répété  » 
LvyciLî);  il  peut  ramener  la  série  toujours  au  même 
point  de  départ  et  Ton  dit  qu'il  est  «  cyclique  »  (y  JolU  ) , 
ou  la  ramener  à  des  points  de  départ  différents ,  on 
l'appelle  alors  «  retour  varié  »  (^JUa^).  Si  la  série  com- 
prise entre  deux  retours  successifs  a  toujours  le 
même  nombre  de  sons ,  on  dit  que  le  retour  répété 
est  «  à  rapports  égaux  »  («.^JIâJÎ  ^^^UJu)  ,  et  s'il  n'en  est 
pas  ainsi,  on  le  nomme  «retour  avec  différences» 
(uUiî^).  Que  la  série  soit  ascendante  ou  descendante , 
si  elle  reproduit  exactement  un  type  proposé,  elle 
est  la  «  série  directe  suivie  »  (Juâ^l),  mais  si  elle  ne 

donne  les  sons  de  cette  modulation  type  que  de  deux 
en  deux ,  de  trois  en  trois  ou  à  de  plus  grands  inter- 
valles ,  elle  est  dite  «  série  avec  sauts  »  (yj!^) ,  et  si  quel- 
ques  notes  sont  touchées  (  Jb)  plusieurs  fois  de  suite, 
on  dit  qu'elle  présente  un  «  arrêt  »  (iUolïl  ).  La  série  peut 

être  composée  de  deux  sons,  de  trois  sons  ou  plus. 
Lorsque ,  la  série  étant  composée  de  deux  sons ,  on 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     343 

répète  successivement  et  un  même  nombre  de  fois 
chacun  d'eux,  elle  est  «à  battements  égaux»  (JyCI' 
^^^Lijull) ,  sinon ,  elle  efet «à batiéinehts inégaux»  (;^îx-B 

-*^')-        .  .         :.  .        ■>      -„ 

Safied-Dîn  donne,  d après  Alfôrabi,  uii  tableau 
de  ces  différentes  séries  dont  nous  extrayons  quelques 
exemples.  Soit a6cde/jf  une  série  directe  suivie,  les 
séries  avec  sauts  seront,  en  sautant  un  son  :  ace  g, 
en  en  sautant  deux  :  arfj,  etc.  Le  retour  au  point 
de  départ  effectué  après  un  son,  après  deux  sons 
sans  repasser  par  les  notes  touchées  donne  les  sé-r 
ries  que  voici  :  ahacadaeafaga;  abcadeafga, 
Il  y  a  dans  les  tableaux  suivants  quelques  expressions 

nouvelles.  La  série  (xUjJI)  avec  inflexion  ((3lÊ*it  J^) 

est  celle  qui  a  des  retours  et  qui  ne  passe  pas  d  une 
espèce  de  modulation  à  une  autre;  elle  passe,  en 
revenant  en  arrière ,  par  des  notes  déjà  touchées  ou 
sautées  :  abcbadedafgfa;  ou  bien  :  acbaedagfa. 

La  série  avec  cycle  («^Ijsjiiî  Jii  idÎJjl)  présente  des 

retours  au  point  de  départ  entre  lesquels  se  placent 

alternativement  deux  espèces  {^y)  de  modulations 
dont  la  seconde  correspond  à  la  première  de  Tautre 
côté  du  point  de  départ.  Désignons  par  ab'cd'efg' 
cette  seconde  espèce ,  nous  obtenons  ces  dispositions 
suivant  que  un  ou  deux  sons  se  trouvent  compris 
entre  deux  retours  consécutifs  :  aba  b'a  ca  c'a  da 
d* a  ea  eu,  .  .    et  abcab' cadead' e  afgaf  g'a.  La 

série  à  inclination  (^lC«jl  J^  AJUUt)est  celle  que  ses 


344  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

retours  ne  ramènent  pas  au  point  de  départ  et  qui  a 
été  appelée  «  série  à  retour  varié  »  :  abcbdec, ,.  ;  ac 
hedgf.  L'auteur  ne  dit  rien  de  plus  sur  ce  sujet  et 
nous  laisse  dans  Tignorance  en  ce  qui  concerne  la 
transition  de  genre  à  genre,  de  système  à  système 
et  l'emploi  des  diflFérentes  périodes  dans  la  compo- 
sition mélodique. 


Jusqu'ici  il  n'a  été  question  que  de  la  mélodie. 
Ce  dernier  chapitre  apporte  une  notion  nouvelle, 
celle  d'im  élément  qui  est  un  auxiliaire  indispensable 
de  la  mélodie,  le  rythme. 

Le  rythme  (^Uùilt)  est  une  succession  de  batte- 

ments  (iCii)  séparés  par  des  temps  ayant  entre  eux 

des  rapports  fixés  et  occupant  des  positions  déter- 
minées dans  des  périodes  égales;  le  sentiment  est 
l'exacte  balance  qui  atteste  la  justesse  des  rapports 
et  l'égalité  des  périodes. 

De  tout  ce  que  les  anciens  auteurs  ont  écrit  sur 
le  rythme,  nous  ne  rapporterons  que  les  principes. 

Toute   prononciation   lourde   (JuiS  t>\ljJ)   suppose 

deux  chocs  de  la  langue  contre  le  palais,  comme 
dans  tana.  Entre  ces  deux  chocs,  il  y  a  un  temps 

(^,U))  long  (^),  bref  (jjj^)  ou  moyen  (lalj^).  Le 

temps  parvenu  à  l'extrême  limite  de  la  brièveté  cesse 

d'être  perceptible  ;  on  obtient  alors  un  tremblement 


LE   TRAITE   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     345 

(  jyk^y)  ou  un  roulement  (oux^as)  ;  tel  le  roulement  de 

deux  mains  exercées  sur  le  tambour  (J^ifiJt  ).  A  ral- 
longement, il  ny  a  pas  de  limite.  Ces  extrêmes  con- 
viennent mal  à  la  mesure  des  temps ,  mais  lui  terme 
moyen  est  propre  à  cet  usage-  Celui  qui  prononce  une 
suite  de  syllabes  lourdes  leur  donne  à  sa  guise  des 
longueurs  égales  ou  inégales;  s'il  leur  donne  des 
longueurs  égales,  la  cadence  de  sa  prononciation 
plaît.  Répète-t-il  de  nombreuses  fois  ces  syllabes  de 
même  longueur,  le  goût  exige  qu'il  en  interrompe 
parfois  la  suite  par  des  temps  plus  longs;  ce  sont 

eux  qu'on  appelle  «  temps  séparateurs  »  (  Juoli).  L'un 

des  groupes  (  aASt)  ainsi  délimités  a  peut-être  un  batte- 
ment de  plus  qu'un  autre  ;  cela  choque  et  il  suffit  de 
l'essayer  pour  ne  pouvoir  l'admettre.  Il  n'est  aucun 
homme  bien  doué  qui  ne  se  sente  heurté  par  de 
telles  fautes  et  qui  n'éprouve  du  plaisir  en  entendant 
une  juste  cadence. 

On  appelle  «  rythme  uni  »  (  JuS^t  /IjM^I)  tout  en- 
semble de  battements  séparés  par  des  temps  égaux, 

«rythme  disjoint»  (Ju^iJLI)  tout  ensemble  de  batte- 
ments que  séparent  des  temps  inégaux.  Certains  batte- 
ments sont  si  rapprochés  que  l'oreille  ne  pourrait  en  in- 
troduire un  autre  entre  eux  ;  c'est  ce  que  le  cheikh  Abu 

Nasr  Alfârâbi  appelle  «  le  mètre  rapide  »  (^V^^i  h-j^\ 
Us  comprennent  entre  eux  un  temps  qui  est  le  plus 
petit  des  temps  appréciables  et  dont  on  peut  se  faire 
une  idée  en  répétant  aussi  vite  que  possible  :  tximi 

xvnr.  23 


UtralXBKtB    «ilTII>!IAI.B. 


3/i6  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

tana  tana.  Désignons  ce  temps  par  la  lettre  A.  Une 
suite  de  battements  que  séparent  des  temps  doubles 

notons -les  B,  et  notons  C  les  temps  du  troisième 

mètre,  le  mètre  lourd-léger  (^^^J'  J^  ouiâ^),  dont 

les  battements  consécutifs  sont  espacés  de  telle  sorte 
que  deux  autres  pourraient  tenir  entre  eux.  Il  y  a  un 

dernier  mètre ,  le  mètre  lourd  (^[Vy'  J^)  î  ^i^tre  deux 
de  ses  battements  on  pourrait  en  intercaler  trois.  Son 
temps  est  noté  D.  Le  mètre  léger  est  représenté  par  les 

pieds  [liiL  les  cordes)  légers  (ôU^  t^LÇiL)  tan  tan  tan 

où  la  syllabe  tan  est  deux  fois  longue  comme  chaque 
syllabe  du  mot  tana  du  premier  mètre.  Le  temps 
dans  le  mètre  lourd-léger  est  mesuré  par  la  réunion 
de  deux  syllabes  tanan  tanan  valant  ensemble  trois 
temps  A,  et  dans  le  dernier  mètre,  par  la  somme 
de  trois  syllabes  tananan  tananan,  ce  qui  est  lefa^ilan 
de  la  prosodie.  Le  temps  D  vaut  quatre  temps  A. 

Le  rythme  disjoint  que  nous  avons  défini  est  de 
plusieurs  sortes.  Selon  que  les  temps  séparateurs  dé- 
terminent des  groupes  de  deux ,  trois  ou  quatre  bat- 
tements, on  le  compte  premier,  deuxième  ou  troi- 
sième disjoint,  et  Ion  ajoute  à  ce  chiffre  le  nom  du 
mètre  auquel  appartiennent  les  groupes  de  batte- 
ments. Le  temps  séparateur  doit  toujours  être  plus 
long  que  les  temps  compris  entre  les  battements  des 
groupes.  Ces  derniers  n'excèdent  pas  le  temps  D. 

Le  rythme  deuxième  disjoint  est  Tobjet  de  cer- 


LE   TRAITÉ   DES  RAPPORTS   MUSICAUX.     347 

laines  observations  spéciales.  Les  deux  temps  qui  com- 
posent ses  groupes  sont-Us  inégaux ,  on  le  nomme  «  le 

tripartit  inégal  »  (  e>:^l  ju»UicjLl  ) ,  et  «  le  tripartil  égal  » 

(e^iUJî  <^^UliLlt)  dans  le  cas  contraire.  Lorsque  le 

plus  court  des  deux  temps  précède  l'autre ,  qu'il  est 
un  temps  A  et  l'autre,  un  temps  B,  le  rythme  tri- 
partit inégal  est  dit  «  Tempressé  »  (e^xi^t);  si  le  plus 
court  des  deux  temps  est  B ,  Tautre  C ,  le  rythme  est 
«  le  tripartit  inégal  léger  »  (v.juiiLl  )  ;  et  selon  que  le  plus 
court  des  deux  tejnps  est  C  ou  D ,  le  rythme  est  appelé 
«  le  tripartit  inégal  lourd-léger  »  (  JuJiilt  ouÀâi.)  ou  «  le 
tripartit  inégal  lourd  »  (  JuxJt).  Le  léger  et  le  lourd- 
léger  sont  d'un  emploi  fréquent,  mais  l'usage  de  l'em- 
pressé et  du  lourd  est  rare.  Les  Arabes  appellent  le 

lourd"  le  second  lourd  »(âUJt  Juiuîl),  le  lourd  propre- 
ment dit  étant  pour  eux  le  lourd-léger;  ils  appellent 
l'empressé  et  le  léger  el-mâkhouri  (^j^^l^l).  Lorsque 
le  temps  le  plus  long  précède  le  plus  court,  le  rythme 
tripartit  prend  le  nom  de  ramai  (  J^J)- 

Après  ces  notions  sommaires,  indiquons  quelques- 
unes  des  combinaisons  rythmiques  que  se  trans- 
mettent les  maîtres  de  l'art.  L'une  est  le  cycle  pre- 

mier  lourd   (Jjl^i  JuJuIl  ^^«xji);   il   comprend  onze 

battements  dont  les  temps  valant  seize  temps  A  sont 
disposés  selon  le  rythme  prosodique  mafâ'ilanfa^ilun 
mafta^ilun,  LV?  et  Vm  du  prenriier  au  second  mot,  du 

a3. 


348  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

second  au  troisième,  puis  du  troisième  au  premier 
—  car  les  cycles  se  succèdent  indéfiniment  —  se 
confondent  en  un  seul  battement.  Dans  la  figure ,  les 
points  placés  sous  les  consonnes  représentent  les 
battements,  et  les  lettres,  les  temps  compris  entre 
eux. 

•  B    «A-A*  B   •  B   «A-A»  B    «A*  B  «A* 

On  peut  ne  fi^apper  que  cinq  battements  et  les 
temps  deviennent  ceux  qu'indique  cette  figure  : 

^^jê  0     i    »    Y    i     4  Q     V    y    ■»  0    ^    C  I     4     t 

D       •  B   •       D       •  C        •      C    • 

Le  manuscrit  donne  deux  figures  disposées  en 
cercle ,  lune  formée  d'un  seul  cycle ,  l'autre  de  deux. 


La  seconde  combinaison  rythmique  est  le  cycle 
deuxième  lom'd(3uJï  JuJjiJIjoù  deux  périodes  équi- 
valent à  une  seule  période  du  premier.  Il  est  du  type 
mafailâtan  mafâ'ilâtun;  il  comprend  dix  battements 
que  Ton  peut  réduire  à  six. 


•  B   -B'A'B  «A*  B   «B-A-B  «A* 
•B-C*      G«B«     G-      G- 


^/o      J 


Le  cycle  lourd-léger  (JuJull  obuUi*)  est  une  troi- 
sième combinaison    dans   laquelle   le   mot  failun 


LE  TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     349 
quatre   fois  répété  équivaut  au  cycle  de  la  pre- 


mière. 


•  B   -A-A*  B    -A-A'  B    «A-A*  B    «A-A* 

Le  cycle  ramai  (JuiJ)  comprend  douze  battements 
du  mètre  rapide  dont  on  fait  tomber  le  deuxième, 
le  sixième,  le  huitième  et  le  douzième.  Il  reste  huit 
battements  présentant  la  disposition  ci -dessous; 
nous  y  ajoutons  la  disposition  obtenue  après  la 
chute  de  quatre  autres  de  ces  battements  : 

— •  Q    i    ir    ■»  ^^^  I  J^jt-JL_JL^ 

•  B    «A'A*  B   -B-A-A*   B   • 
D       •       D    •    B   •   B   • 

D  autres  auteurs  emploient  pour  paradigme  de  ce 
rythme  le  moi  fa  ilâtan  répété  ;  cela  revient  au  même. 
Le  mot  mufta'ilun  répété  donne  un  cycle  identique 
au  ramai ,  mais  qui  est  moitié  moindre  ;  il  a  spécia- 

lement  le  nom  de  «  ramai  léger  »  (J^^î  ouÀâÉ.);  il  a 

ceci  de  particulier  qu'il  suit  mieux  que  le  ramai  la 
coupe  de  certains  vers. 

Le  rythme  hazadj  (^j4Jï)  est  simplement  formé 

de  pieds  appelés  ^Xjj  qui  deux  à  deux  forment  un 
cycle.  Ce  pied  est  celui  qui  a  pour  type  tartan.  Le 
rythme  obtenu  est  le  premier  disjoint  rapide. 


•    ••        •    •• 


•  B    -A*  B    «A* 
liCs  Persans  ont  de  nombreuses  mélodies  sur  un 


350  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

rythme  qui  est  le  ramai  redoublé  (  J^JH  vJ^Ui^).  La 
période  de  ce  rythme  composée  de  quatre  îo\&  fcti- 
lâtan  vaut  vingt -quatre  temps  A  et  a  seize  batte- 
ments. 

•  B  «B-A-A*  B  -B-A-A*  B    -B-A-A-  B    «B-A-A* 

Sur  l'instrument  autre  que  Imstrument  à  cordes» 
où  Ton  frappe  la  mesure,  on  fait  entendre  les  vingt* 
quatre  battements  moins  le  premier  et  le  dix-neu* 
vième. 

Les  Persans  ont  aussi  des  rythmes  inconnus  ded 
Arabes  et  même  de  la  plupart  d'entre  eux.  Le  plus 

connu  est  celui  qu'ils  appellent  el-fâkhiti  (^^Aâ*.UJî)* 

Il  comprend  une  syllabe  tan  et  deux  séparantes;  ia 
disposition  en  est  celle-ci  : 


I)        •        I)       •    13    •        I)        •        D        •    B    * 
On  y  ajoute  parfois  une  autre  séparante  : 

•    D     •    I)       •    I)       •  B  •  I)        •      I)     •      l>     •  B  • 
Il  est  alors  dît  «  accru  »  [:>&\y\  ^^x^UJ!). 


Ces  différents  rythmes  peuvent  se  rencontrer  dans 
une  même  mélodie  et  leurs  cycles  se  succéder  les 
uns  aux  autres*  Les  anciens  compositeurs  arabes  nous 


LE   TRAITÉ   DES   RAPPORTS   MUSICAUX.     351 

ont  transmis  beaucoup  de  mélodies  où  se  rencontrent 
des  rythmes  variés,  sous  la  seule  condition,  presque 

toujours  remplie,  quils  soient  mesurés  {{j^)^);  j'en- 
tends par  là  que  leurs  périodes  soient  toutes  équiva- 
lentes en  temps.  Nous  pouvons,  par  exemple,  com- 
poser le  rythme  d'une  mélodie  de  deux  portions 

(c^lL)  dont  la  première  suivra  le  ramai  redoublé  et 
la  seconde ,  le  second  lourd.  Trois  cycles  de  ce  der- 
nier rythme  seront  en  regard  de  deux  cycles'  du  pre- 
mier. En  effet  le  ramai  doublé  vaut  vingt-quatre 
battements  du  mètre  rapide  et  le  second  lourd  en 
vaut  seize.  Donc  trois  cycles  de  celui-ci  en  valent 
deux  de  celui-là  :  3xi6  =  2X24==  /|8. 

Il  est  donc  bon  de  savoir  que  le  cycle  du  deuxième 
lourd  est  dans  le  rapport  de  |  avec  celui  du  ramai 
redoublé.  Le  cycle  du  premier  lourd  est  dans  le  rap- 
port de  I  avec  le  même,  de  2  avec  le  cycle  du 
deuxième  lourd ,  de  li  avec  le  lourd-léger,  de  2  + 1 
avec  le  ramai,  de  5-+- j  avec  le  ramai  léger,  de  1  -f-| 

avec  le  cycle  dit  ^pj^Ulî,  et  avec  le  même  accru,  de 

1  +  7 .  Les  autres  rapports  de  ces  cycles  entre  eux 
ne  sont  pas  moins  aisés  à  établir. 

Ces  notions  sur  la  science  du  rythme  suffisent  à 
qui  voudra  les  développer  de  lui-même.  Pour  ter- 
miner, nous  allons  indiquer,  au  point  de  vue  pra- 
tique,  comment  on  apprend  à  exécuter  certaines 

modulations  [çj^)  faciles,  laissant  à  l'étudiant  le 
soin  de  progresser  par  ses  propres  efforts. 

Les  cinq  cordes  du  luth  sont  accordées  comme 


352  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

nous  l'avons  dit  et  l'instrument  porte  les  sept 
marques.  Il  faut  commencer  par  s'exercer  à  frapper 
une  seule  corde  laissée  libre,  jusqu'à  ce  que  la  main 
s'y  étant  habituée  passe  facilement  d'une  corde 
libre  à  une  autre»  En  frappant,  on  prononce  de  suite 
tana  tana  et  à  chaque  coup  que  la  langue  donne 
contre  le  palais  pour  prononcer  l'/i,  on  fait  corres- 
pondre un  coup  de  l'instrument  frappant  (t->ly^l), 

ouplectre  [xJ^U\)  ;  le  plectre  descend  pendant  qu'on 
dit  ta,  remonte  lorsqu'on  dit  na,  et  effectue  une 
sorte  de  mouvement  circulaire  que  l'on  arrive  à 
rendre  régulier.  Mais  si  l'on  veut  descendre  aussi 
sur  chaque  syllabe  zia,  on  est  forcé  de  remonter 
avec  une  grande  rapidité,  car  il  faut  se  réserver  le 
temps  de  redescendre.  Et  comme  il  est  essentiel 
pour  le  commençant  de  bien  faire  cette  répartition 
du  temps,  mieux  vaut  pour  lui  employer  tout  le 
temps  ta  k  descendre  et  tout  le  temps  na  à  remonter* 

Sur  ce  qui  concerne  la  façon  de  tenir  son  in- 
strument et  l'endroit  où  il  convient  de  frapper,  l'élève 
s'en  rapportera  à  l'expérience  des  maîtres  habiles  ;  il 
y  a  d'ailleurs  pour  ces  détails  bien  des  pratiques  di- 
verses. Les  exercices  de  doigté  comportent  six  prin- 
cipaux passages  d'une  touche  à  une  autre.  Ces  pas- 
sages dits  «  essentiels  »  (o^^^)  sont,  en  commençant 

par  le  côté  grave,  ceux  de  la  marque  additionnelle 
à  la  moyenne  ancienne,  de  l'externe  de  l'index  à  la 
moyenne  ancienne,  de  la  même  à  la  moyenne  per- 
sane, de  l'index  à  la  moyenne  ancienne,  de  l'index 


LE   TRAITÉ   DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     353 

à  la  moyenne  persane,  de  l'index  à  Tannulaire.  La 
corde  libre  ou  la  touche  du  petit  doigt  s'emploient 
lune  pour  Tautre.   Les  anciens  appellent  ces   six 

passages  «les  six  doigts»  (^Ia^Siî).  L'auteur,   après 

avoir  donné  les  notations  de  quelques  exercices  avec 
indication  du  rythme  sur  lequel  ils  doivent  être  étu- 
diés, met  fin  à  son  traité. 


Telle  est  dans  son  intégrité  Tépître  de  Safi  ed-Dîn 
Albaghdàdi.  Nous  aurions  voulu  plus  de  détails  en- 
core, et  c'est  avec  regret  que  nous  voyons  l'auteur, 
après  s'être  beaucoup  étendu  sur  les  notions  préli- 
minaires ,  restreindre  à  l'excès  le  développement  des 
cpiestions  plus  difficiles,  et  n'arriver  pas  à  une  syn- 
thèse qui  nous  aurait  permis  de  saisir  l'union,  dans 
une  œuvre  musicale  complète ,  de  tous  les  éléments 
rencontrés  épars  dans  son  ouvrage.  Les  termes  four- 
nis par  le  Kitâb  el-aciliâni  ne  sont  pas  tous  élucidés. 
Il  y  a  de  l'hésitation  dans  les  définitions  ;  à  côté  de 
celles  que  nous  avons  vues  changer  dans  le  cours 
du  traité ,  combien  plus  y  en  a-t-il  qui  se  modifient 
d'un  artiste  à  un  autre?  Nous  n'avons  cependant  pas 
voulu  dépasser  notre  auteur;  lui  faire  sa  place  dans 
l'histoire  de  la  musique  sortait  de  notre  compétence  ; 
le  compléter  ou  le  corriger  n'était  plus  de  notre  su- 
jet. Mais  il  sera  possible  d'aller  plus  loin.  Les  Arabes 
ont  eu  beaucoup  d'ouvrages  didactiques  musicaux; 
ils  ont  eu  des  recueils  de  chants  notés;  ce  que  nous 
avons  trouvé  dans  le  livre  de  Safi  ed-Dîn  montre 


354  SKPTEMBRE-OCTOBRE    IC^I. 

ce  quêtait  pour  eux  la  notation;  elle  était  aisée  à 
imaginer,  dans  leur  système  ;  ils  n'avaient  plus  qu'à 
s'en  servir,  et  ils  Tout  fait.  Le  Kitâb  el-aghâni  cite 
plusieurs  musiciens  célèbres  qui  ont  noté  des  chants 
nombreux.  C'est  lahia  de  la  Mecque,  c'est  Ahmed 
son  fils,  ce  sont  les  filles  illustres  de  Médine,  Badzl 
et  Danânir.  Nous  avons  eu  soin  de  transcrire ,  expli- 
citement ou  par  énoncé,  toutes  les  mesures  néces- 
saires pour  reconstituer  les  périodes  notées  par 
notre  auteur  et  pour  permettre  leur  traduction  im- 
médiate en  langage  musical  moderne.  Nous  avons 
fait  quelques  rapprochements  qui  s'imposaient;  nous 
avons  montré  que  la  série  de  htiit  sons  embrassant 
une  octave  dominait  déjà  dans  cet  art,  comme  la 
gamme  dans  le  nôtre.  La  variété  des  sons,  très 
grande  en  théorie ,  a  été  de  beaucoup  réduite  dans  la 
pratique ,  où  le  demi-Ion  et  le  dièse  seuls  subsistent. 
Le  rythme  avec  toutes  ses  inégalités  est  très  différent 
de  notre  mesure.  11  asservit  la  musique  au  vers.  Il 
semble  que  la  musique  soit  née  comme  un  embel- 
lissement du  vers ,  et  n'ait  conquis  sa  liberté  que  par 
la  révolution  qui  transforma,  en  les  simplifiant,  ses 
principes,  et  les  condensa  presque  en  une  seule 
mélodie  fondamentale,  la  gamme,  et  en  une  seule 
cadence,  celle  de  battements  séparés  par  des  temps 
égaux.  Que  de  questions  curieuses  d'esthétique  se 
soulèvent!  Qu'est  le  progrès  en  esthétique?  Qui  sau- 
rait apprécier  ce  qu'on  détruit  dans  une  de  ces  ré- 
volutions de  l'art,  en  rapport  avec  ce  que  l'on  crée.^ 
Mais  ces  questions  restent  en  dehors  du  champ  de 


LE   TRAITÉ  DES  RAPPORTS  MUSICAUX.     355 

ia  science.  Remarquons  seulement  qu  un  certain  in- 
térêt philosophique  sunit  à  la  curiosité  archéolo- 
gique pour  faire  désii:'er  de  nouvelles  recherches  sur 
l'histoire  des  arts  et  en  particulier  sur  l'histoire  de 
la  musique.  Peut-être  retrouVera-t-on ,  ou  sera-t-il 
possible  de  reconstituer  ces  mélodies  qui  délectaient 
les  plus  fins  des  Arabes.  Quelque  dilettante,  peut- 
être,  apprendra  un  jour  à  sentii'  comme  eux,  à  l'au- 
dition de  ces  archaïques  chefs-d'œuvre,  ce  trouble 
irrésistible  qui  s'emparait  d'eux,  ces  violentes  émo- 
tions qui  les  transportaient,  cette  ivresse  qui  semblait 
inspirée  d'Iblis  même,  cette  admiration  qui  faisait 
payer  70,000  dînâ/s  une  esclave,  qui  répandait  sur 
les  artistes  la  pluie  d'or  des  khalifes,  et  courbait 
les  épaules  de  leurs  pages  sous  le  faix  dies  robes 
d'honneur. 


356  SEPTEMBRE. OCTOBRE   1891. 

LES  LOLOS  ET  LES  MIAO-TZE, 

À  PROPOS  D'UNE  BROCHURE  DE  M.  P.  VIAL, 

MISSIONNAIRE   APOSTOLIQUE  AU  YUN-NAN  ^ 

PAR 

M.  G.  DEVERIA. 


Vers  Tan  2^4  de  notre  ère ,  l\ous  disent  les  his- 
toriens chinois,  les  Lolos  (Loulous  ou  Lô-man) 
avaient  pour  chef  un  certain  Mong-hou,  qui  avait 
toute  la  confiance  des  barbares  du  midi  de  la  Chine; 
le  fameux  général  chinois  Tchou  Ko-leang,  après  lui 
avoir  fait  la  guerre,  fut  fait  prince  de  Lô-tien  (prin- 
cipauté ou  marche  de  Lô);  ce  fut  lui  qui  enseigna 
aux  tribus  lolos  à  faire  du  feu  ^. 

Au  VI®  siècle,  les  Lolos  se  divisaient  en  Tsouan 
blancs  ou  occidentaux  (Pe-man)  et  en  Tsouan  noirs 
ou  orientaux  (Ou-man).  Leurs  chefs  se  disaient  issus 

^  De  la  langue  et  de  l'écritare  indigènes  au  Yûn-nân,  par  M,  Paul 
Vial,  missionnaire  apo  ioliquc  du  Yuii-nan,  avec  une  pré&ce  de 
Doiii  François  Chamard,  bénédictin.  Angers,  1890...  La  rési- 
dence de  M.  l'abbé  Vial  au  Yun-nan  se  trouve  sur  le  territoire  de 
la  préfecture  de  Kiu-tsing  Ibu. 

^  Conf.  M.  II.  Playfair,  The  China  Review,  vol.  V,  p.  92,  et 
AI.  le  marquis  d'IIervcy  de  Saint-Denys,  Ethnographie  des  peuples 
étrangers,  vol.  11,  p.  i47  et  202. 


LES  LOLOS  ET  LES  MIAO-TZE.  357 

d  un  certain  Tsouan-tsan ,  né  sur  le  territoire  qu'oc- 
cupe actuellement  la  province  du  Chan-si.  Tsouan- 
tsan  avait  d  abord  gouverné  pour  la  Chine  le  terri- 
toire préfectoral  désigné  aujourd'hui  sous  le  nom  de 
Kiu-tsing  fou  au  Yun-nan;  puis,  ayant  profité  des 
troubles  de  Tempire,  il  s'était  rendu  indépendant 
vers  fan  55o  et  s'était  assuré  la  soumission  des  indi- 
gènes sur  une  étendue  de  mille  li.  Le  territoire  dont 
il  était  ainsi  devenu  maître  devait  comprendre  une 
paitie  des  provinces  du  Sse-tchouen ,  du  Kouei-tcheou 
et  du  Yun-nan.  Les  Tsouan  reconnurent  successive- 
ment la  suzeraineté  de  la  Chine,  celle  du  royaume 
de  Nan-tchao^  et  celle  des  Tibétains.  Pendant  de 
longues  générations,  les  Tsouan  noirs  ou  orientaux 
ont  mêlé  leur  race  avec  celle  des  Nan-tchao;  ils 
comptaient  sept  tribus  parmi  lesquelles  celle  de 
Kiong  ip  ^ ,  dont  le  Tcha-lio^  ou  chef  se  donnait,  au 
X®  siècle,  le  titre  de  chef  souverain  de- tous  les  bar- 
bares méridionaux  [Man)  des  deux  versants  des 
montagnes  de  Kiong  et  du  midi  de  la  rivière  Ta- 
tou ho^  [alias  rivière  T'ong),  un  des  affluents  de  la 
rivière  Min,  qui  se  jette  elle-même  dans  le  Yang-tze 
à  son  passage  dans  la  province  du  Sse-tchouen  *. 

^  Conf.  G.  Devéria,  La  Frontière  sino-annamite ,  p.  120,  note  1. 

*  ]§^  TJ  j  se  prononce  aussi  Tsiu-K'o;  c'est  un  titre  et  non  pas 
un  nom  propre. 

^  Ethnographie  des  peuples  étrangers  de  Ma  Touan-lin ,  traduction 
de  M.  le  marquis  d'Hervey  de  Saint-Denys,  t.  U,  p.  271  et  suiv. 

*  La  contrée  occupée  dans  le  Sse-tchouen  par  les  Lolos  indé- 
pendants, c'est-à-dire  une  superficie  de  11,000  milles  carrés,  est 
aujourd'hui  appelée  Lcang-chan  ou  Ta  Le:mg-chan  «  montagnes  des 


358  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

Les  Lolos  fixent  le  commencement  du  printemps 
à  la  seconde  hme ;  ils  croient  aux  esprits,  ils  honorent 
les  magiciens  ;  dans  leurs  superstitions ,  ils  invoquent 
Tun  d'eux  qu  ils  nomment  Ta  Hih-po  (le  grand  Hih- 
po);  on  rappelle  aussi  Paï-ma  ou  Pc'ma;  les  Loios 
ont  des  livres  dune  écriture  qu  eux  seuls  peuvent 
lire^ 

Les  Tsouan  du  royaume  de  Ta-li  >^  3ffi  ^  ont 
conservé  Tuçage  des  caractères  tsouan.  C  est  A-bhi 
(ou  Avi)  P^  Pllt,  descendant  d'un  chef  de  la  tribu 

hauts  sommets»,  dénomination  qui  ne  désigne  pas  qudque  chaîne 
ou  quelque  pic  particulier,  mais  bien  toute  la  région  des  Lolos, 
district  montagneux  d'un  bout  à  l'autre  et  contenant  qudqoes 
sommets  s'élevant  au-dessus  de  la  ligne  des  neiges  étemelles.  Le 
massif  de  Ta  Leang-chan  se  trouve  compris  entre  la  rivière  T 'ong 
(ou  Ta-tou  ho)  au  nord,  la  préfecture  de  Yuê-hJ  (Yuê-souei)  et 
celle  de  Ning-yuan  avec  la  rivière  Ya-long  à  roueat,  Hoei4i  tcheou 
au  sud,  le  Kin-cha  Kiang  (ou  haut  Yang-tze)  et  Lei-po  tîng  à 
l'ouest,  la  rivière  Min  au  nord-ouest.  Seuls  habitants  de  ce  massif 
montagneux  qui  semble  être  resté  jusqu'ici  leur  principal  centre, 
les  Lolos  forment  depuis  des  sièdes  en  plein  territoire  du  Céleste 
Empire  une  enclave  encore  aujourd'hui  inaccessible  aux  Chinois. 
Les  Lolos  du  Yun-nan  ne  sont  probablement  c[ue  des  émigrés  de 
Ta  Leang-chan.  (Cf.  Traveh  and  Researchesin  the  interior  of  China, 
by  T.  Colborne  Baber,  Chinese  Secretary  of  Légation,  Peiing  : 
Royal  geographical  Society,  supplemeiitary  paper,  vol.  I,  part  I, 
1882.) 

^  Nan-tchoo  pei  K'ao  «Histoire  du  royaume  de  Nan-tcfaao»,  K. , 
IV,  p.  3o;  Nan  man  tclii  «Description  des  Méridionaux»,  K.,  I, 
fol.  3  et  /i. 

^  Nom  qui  fut  donné  au  ro\aume  de  Nan-tchao  lorsque  la  famille 
Kia  (ou  Touan) ,  succédant  à  celle  des  Muong,  en  devint  souveraine 
en  937.  Kiu-tsing  fou,  qu'habite  aujourd'hui  M.  l'abbé  Vi^,  en 
était  la  capitale.  En  969,  la  limite  de  cet  État  était,  an  nord,  la 
rivière  T'ong  (Ta-tou  ho)  au  Sse-tchouen.  Les  Mongols  le  détrui- 
sirent en  1262. 


LES   LOLOS  ET   LES  MIAO-TZE.  359 

de  Na-Keou  ^  U^  du  département  de  Ma-long  dans 
ie  Yun-nan ,  qui  en  est  1  auteur.  A-bhi  se  tint  caché 
dans  une  caverne  pour  faire  des  caractères  tsouan;ces 
caractères  ressemblent  aux  anciens  caractères  chinois 
appelés  Ko-teou  (en  forme  de  têtards).  C'est  après 
trois  ans  (de  retraite)  qull  prgduisit  un  syllabaire 
de  mille  huit  cent  quarante  signes  qui  constituèrent 
récriture  appelée  Wei-chou  ?^  ^  (c'est-à-dire  écri- 
ture bonne,  correcte).  Les  Tsouan  s'en  servent  en- 
core aujourd'hui  ^  Telles  sont  les  données  que  nous 
fournissent  les  auteurs  chinois. 

C'est  seulement,  je  croîs,  en  1868,  époque  de  la 

*  Yuan  che  lei  pien  «Histoire  des  Mongols»,  K.,  XLII,  fol.  68; 
Ta-Ming  i  t'ong  tclii  «Grande  géographie  impériale  des  Ming», 
K.  >  LXXX  VII  y  fol.  1 2  ;  Nan-man  tchi  «  Description  des  Méridionaux  » , 
K.,  I,  fol.  4  et  29.  Dans  le  Nan-man  tchi,  l'inventeur  de  cette  écri- 
ture est  écrit  A-ting    |   ""J". 

La  qualification  de  syllabaire  ^  -pj:  donnée  à  l'œuvre  de  A-bhi 
est  impropre  :  M.  Vial  affirme  que  la  langue  lolo  ne  comprend 
que  trois  cents  sons  différents  et  que  leurs  caractères  sont  hiérogly- 
phiques. 

Ces  mille  huit  cent  quarante  caractères  inventés  par  A-bhi  sont 
donc  mil  liuit  cent  quarante  mots  ou  symboles  idéographiques  qui 
devaient  suffire  autrefois  à  l'usage  de  peuplades  aussi  peu  civilisées 
que  l'étaient  et  que  le  sont  encore  les  Lolos.  Depuis  lors  les  Lolos, 
de  plus  en  plus  en  contact  avec  les  Chinois  et  avec  des  tribus  de 
races  différentes,  ont  dû  enrichir  le  vocabulaire  de  leur  langue 
d'un  nombre  de  mots  nouveaux  excédant  celui  de  leurs  symboles 
idéographiques;  de  là  pour  les  Lolos  la  nécessité  d'employer  par- 
fois phonétiquement  leurs  hiéroglyphes  à  la  transcription  syllabique 
de  mots  qu'ils  n'étaient  pas  appelés  à  figurer;  ils  perdent  dès  lors 
leur  valeur  idéographique  primitive  pour  ne  plus  exprimer  qu'un 
son.  M.  l'abbé  Vial  dit  cependant  qu'il  serait  facile,  en  confrontant 
les  caractères  de  même  son ,  de  les  distinguer  et  de  rendre  à  ch$lcu^ 
d'eux  le  sens  qu'ils  possédaient  primitivement. 


360  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

mission  de  MM.  Doudart  de  Lagrée  et  Gamier,  que 
les  Lolos ,  leur  langite  et  leur  écriture  devinrent  plus 
spécialement  Tobjet  de  l'attention  des  voyageurs. 
Quelques-uns  d'entre  eux  réussirent  à  se  procurer 
des  spécimens  d'écriture  lolo  et  des  collections  de 
mots  sur  lesquels,  en  Europe,  on  s'appliqua  à  for- 
mider  des  hypothèses  philologiques  d'autant  plus 
hasardées  qu'aucun  des  voyageurs  qui  nous  fournis- 
saient ces  documents,  ne  sachant  parler  la  langue 
à  laquelle  ils  étaient  affectés,  ne  pouvait  nous  en  dire 
que  trop  peu  de  chose. 

Un  mémoire  de  M.  l'abbé  Paid  Vial,  intitulé  De 
la  langue  et  de  l' écriture  indigènes  au  Yun-nan,  vient 
enfin  pour  la  première  fois  nous  fournir  des  éléments 
sérieux  d'appréciation. 

M.  l'abbé  Vial ,  missionnaire  apostolique  au  Yun- 
nan,  se  trouvait  depuis  plusieurs  années  en  contact 
avec  des  Lolos  de  la  tribu  de  Ngi-pa,  dans  la  pré- 
fecture de  Kiu-tsing  fou  ;  voidant  entreprendre  leur 
conversion ,  ce  vaillant  missionnaire  se  mit  à  étudier 
leur  langue  et  leur  écriture.  Il  est  le  premier  qui  ait 
fait  cette  tentative,  dictée  par  un  zèle  intelligent, 
qui  le  place  au  rang  de  ses  savants  prédécesseurs  du 
siècle  dernier,  tentative  couronnée  de  succès,  qui  va 
élargir  le  champ  des  travaux  des  missions  catho- 
liques dans  la  Chine  méridionale  et  suffit  dès  aujour- 
d'hui ti  rectifier  les  quelques  appréciations  trop  hâ- 
tives publiées  juscpi'ici  sur  l'écriture  et  la  langue 
des  Lolos. 


LES  LOLOS  ET  LES  MIÀO-TZE.  361 

Les  tribus  loios,  dit  M.  Vial,  sont  aussi  multiples 
que  l'étaient  chez  nous  les  tribus  gauloises  et,  si  leur 
langue  est  la  même  quant  au  fond,  la  difficulté  des 
communications  a  midtiplié  les  dialectes.  On  peut 
toutefois  les  répartir  en  deux  divisions  principales  : 
la  langue  d'où  parlée  par  les  gens  du  Nord  et  la  langue 
d'à  parlée  par  les  gens  du  Midi;  cette  distinction  se 
base  sur  ce  que  dans  lune  on  prononce  ou  tout  ce 
qui  dans  lautre  se  prononce  a. 

Le  dialecte  dont  nous  entretient  plus  particuliè- 
rement M.  fabbé  Vial  et  que  ce  missionnaire  parie 
depuis  quatre  ans  est  celui  de  la  tribu  lolo  de  Ngi- 
pa,  qui  appartient  à  la  langue  da. 

Le  nom  de  Lolo  ne  signifie  rien;  ceux  à  qui  il 
est  donné  par  les  Chinois  n'ont  pas  de  noms  de  race. 
Us  ne  savent  se  distinguer  que  par  tribus  et  ces  tribus 
ne  constituent  pas  la  population  primitive  du  Yun- 
nan.  Tous  les  mots  de  la  langue  lolo  sont  mono- 
syllabiques sans  diphtongues  et  ne  comportent  au- 
cune nasaUté  finale;  toutefois,  comme  en  chinois, 
les  expressions  composées  de  plusieurs  monosyllabes 
ayant  chacun  un  sens  bien  déterminé  sont  très  fré- 
quentes. L'emploi  de  particules  purement  eupho- 
niques telles  que  ma  y  se  y  li,  bala,  vient  ou  bien 
allonger  ces  expressions  comme  finales,  ou  bien  s'in- 
tercaler entre  deux  mots  ou  deux  locutions,  comme 
autant  de  tampons,  obviant  à  certains  heurts  ou  à 
des  chutes  trop  brusques  de  la  phrase  ^  Les  sons  de 

'  Les  cliants,  dit  M.  Vial,  sont  encore  plus  défectueux,  car  aux 
xviii.  a/i 

HifBlltK&la      JfiTIOIALB. 


302  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1801. 

la  langue  lolo  se  réduisent  à  environ  trois  cents  mo- 
nosyllabes, parmi  lesquels  notre  a  n existe  pas;  iV 
qui  est  grasseyé  se  rapproche  de  l;  ni  r  ni  Z  ne  se 
rencontrent  en  combinaison  d  une  consonne  les  pré- 
cédant; laspiration  de  h  est  très  douce;  beaucoup 
de  mots  se  prononcent  en  fermant  la  bouche  :  mou 
se  prononce  m';  ngi  se  prononce  ng\ 

Le  petit  nombre  de  monosyllabes  auquel  se  ré- 
duit la  langue  lolo  a  dû  exiger  l'emploi  compensateur 
de  tons  ou  accents  nuançant  la  prononciation  de 
chacun  de  ces  monosyllabes.  M.  Tabbé  Viad  ne  nous 
en  dit  rien ,  mais  Colborne  Baber  a  observé  chez  les 
Lolos  du  Sse-tchoueri  lemploi  de  quatre  tons  répon- 
dant aux  tons  i ,  3 ,  4  du  dialecte  moderne  de  Pé- 
king,  outre  le  ton  abrupt. 

Le  lolo  du  dialecte  de  Ngi-pa  est  à  peu  près  com- 
plètement dépourvu  de  prépositions  ;  la  position  des 
mots  et  le  sens  général  de  la  phrase  aident  à  les 
remplacer;  la  syntaxe  de  cette  langue  peut  se  résu- 
mer en  cette  règ^e  unique  :  tous  les  compléments 
des  verbes  doivent  se  mettre  après  le  sujet  et  avant 
le  verbe  :  Je  vais  au  marché  acheter  du  riz,  on 
dira  ghâ  kê  hé  tsih  loà  vè  «  ego  vicmn  peto  orizam 
emere»;  je  bois  de  leau  dans  un  bol,  ghâ  sépé  vé 
jéki  tchê  «  moi  bol  prendre  eau  boire  ».  Cette  règ^e 
ne  souffre  pas  d'exception. 

euphoniques  ordinaires  on  ajoute  encore  des  é-é-é,  des  a-a-a,  des 
i-i-i^  qui  (peut-être  comme  nos  vocalises)  rendent  ia  phrase  absolu- 
mont  inintelligible.  On  trouve  quelque  chose  d'analogue  dans  les 
anciens  chants  chinois  où  s'intercalaient  dans  le  vers  des  euphoniques 
telles  que  hy  et  Uaï. 


LES  LOLOS  ET  LES  MIAO-TZE.  363 

Quant  à  récriture  des  Lolos ,  elle  se  trace  jet  se  lit 
de  haut  en  bas  en  iignes  verticales  tracées  de  gauche 
à  droite;  on  ne  laisse  aucun  intervalle  entre  les  ca- 
ractères, point  de  signes  de  division  ou  de  repos; 
seulement  un  dessin  colorié  de  rouge  indique  la  fin 
d'un  article  quelconque.  Les  en-têtes,  que  Ton  écrit 
indifféremment  dans  le  sens  vertical  ou  horizontd, 
sont  en  général  renfermés  dans  un  cartouche  ou 
peints  à  lencre  rouge. 

Les  livres  se  feuillettent  de  la  même  manière  que 
les  nôtres,  ainsi  que  nous  lavons  vu  plus  haut. 

Les  auteiu's  chinois  nous  disent  que  l'écriture 
tsouan  ou  lolo  se  composait  à  son  origine  de  mil  huit 
cent  quarante  signes  et ,  dans  Topinion  de  M.  Tabbé 
Vial,  les  mots  seraient  aujourd'hui  de  3o  p.  loo 
plus  nombreux  que  les  caractères  de  leur  écri- 
ture. Si  ces  deux  assertions  sont  également  justes» 
la  langue  lolo  comprendrait  de  la  sorte  environ  deux 
mille  trois  cent  quatre-vingts  mots^ 

Dans  récriture  des  Lolos,  qui  est  hiéroglyphique 
et  non  alphabétique,  M.  l'abbé  Vial  voit  une  des 
plus  anciennes  formes  de  l'écritiu^e  chinoise,  alors 
que  d'autres  savants  n'y  voient  que  des  adaptations 
ou  des  contractions  de  ces  anciennes  formes.  A 
quelle  époque  ces  emprunts  se  seraient-ils  produits  ? 
Ils  ne  sont  peut-être  pas  antérieurs  au  vi*  siècle  de 
notre  ère,  car  l'écriture  est  attribuée  aux  Tsouan, 
or  Tsouan-tsan  de  qui  provient  ce  nom  vivait 
en  55o. 

'    Vide  supra,  p.  359 ,  ^^^^  *• 


364  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1891. 

En  attendant  que  ce  problème  soit  mieux  résolu , 
on  peut  au  moins  supposer  certaines  similitudes  dans 
la  manière  dont  se  sont  engendrés  les  caractères 
lolos  et  chinois.  Voici  par  exemple  le  caractère 
lolo  ^  qui  signifie  «  cœur  »  et  qui ,  se  combinant 
avec  un  autre  signe ,  devient  ^  signifiant  «  pensée  ». 
Il  y  a  là  une  racine  commune  ^  qui  pourrait  servir 
à  classer  tous  les  idéogrammes  dans  lesquels  elle  se 
présente^;  en  chinois,  le  signe  >5i  cœar  s  est  combiné 
avec  un  autre  signe  pour  rendre  la  même  idée  de 
pensée  S-  U  semble  donc  qu'en  lolo  comme  en  chi- 
nois ,  c'est  le  signe  du  cœur  qui  a  servi  de  base  à  la 
formation  du  caractère  qui  signifie  pensée.  Cette 
étude  reste  à  faire  et  la  tâche  qu'elle  comporte  se 
complique  de  ce  fait  -que  Técriture  lolo  semble  devoir 
différer  un  tant  soit  peu  selon  les  locadités  ou  selon 
les  tribus;  on  en  jugera  par  l'exemple  suivant  dans 
lequel  figurent  les  signes  de  numération  recueillis 
par  M.  Colborne  Baber  à  Ning-yuan  (Sse-tchouen) 
en  1882  et  ceux  recueillis  par  M.  Bourne  chez  les 


'  Les  Chinois  n'ont  pas  opéré  aulrement;  c'est  bien  longtemps 
après  que  leur  premier  fond  d'écriture  fut  formé  qu  ils  songèrent 
à  en  classer  encyclopédiquement  les  signes  sous  un  certain  nombre 
de  clefs  ou  radicaux  classifiques.  Le  Chouô-ouen ,  qui  est  le  premier 
recueil  lexicographique  chinois  distribué  par  clefs,  ne  date  que 
du  1*'  siècle  avant  J.-C.  Les  caractères  qu'il  comprend  sont  ré- 
parti? entre  cinq  cent  quarante  classifiques  ou  clefs.  Le  Yu-pien 
(523  de  notre  ère)  compte  cinq  cent  quarante-deux  clefs.  En  544» 
on  en  employait  cinq  cent  quarante-quatre;  leur  nombre  se  réduisit 
à  trois  cent  soixante  sous  les  Ming ,  et  ce  n'est  qu'à  la  fin  des  Ming 
que  ce  nombre  des  clefs  ou  classifiques  fut  réduit  à  deux  cent 
quatorze. 


LES   LOLOS  ET  LES  MIAO-TZE.  365 

Loios  de  Ta-che-ping,  près  de  Pi-kieh  hien,  sur  les 
confins  du  Kouei-tcheou  etduYun-nan,  en  i886^ 

12345678      9     10 

Ning-yuan  =  v— ,   lt.  Uî-    2i    ^  ^    \N  i?^   %%    ^ 
Ta-che-ping  =  --—  ^fl:^7^-^^^    M'     + 

Après  avoir  parié  de  récriture  des  Lolos,  M.  Tabbé 
Via!  dit  quelques  mots  de  celle  en  usage  dans  la 
tribu  Chouei-Kia  ou  Pou-chouei ,  qui  appartient  non 
plus  à  la  race  lolo ,  mais  bien  à  celle  des  Miao-tze , 
écriture  dont  il  n'a  pas  vu  de  spécimen,  mais  dont 
certains  ouvrages  occidentaux  ont  parié  en  se  basant, 
je  le  crains,  sur  une  traduction  fautive  de  la  phrase 
suivante,  dont  voici  le  texte  chinois  et  la  traduction 
telle  que  je  la  préfère  : 


Les  Yao  ont  des  écrits  qu'ils  appellent  Pang-po,  tous  écrits 
en  tchouan  des  cachets;  ces  écrits  sont  inintelligibles;  ce  sont 
des  raretés  que  les  Yao  conservent  comme  des  trésors  mys- 
térieux *. 

*  F.  S.  A.,  Bourne,  Report  of  a  Jonrney  in Sonth-Western China , 
1 885- 1886,  presented  to  both  Houses  of  pariiament ,  by  command 
of  H.  M.,  June,  1888,  C.  5371,  Cbina,  n"  1. 

*  Hoang  Tsimj  ichi  Kong  t 'ou  «  Tableau  des  peuples  iributaires  » , 
K.,  VIII,  fol.  86;  dans  un  autre  ouvrage,  M.  Playfair  a  trouvé  un 


366  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

Ces  Yao,  comme  les  Chouei-Kia,  sont  des  Miao- 
tze;  M.  Bourne  a  pu  se  procurer  en  1886  à  Li-po 
hien,  ville  de  la  préfecture  de  Tou-Yun,  dans  la 
province  du  Kouei-tcheou ,  Téchantillon  suivant  de 
leur  écriture  qu'il  croit  être  une  altération  de  cdle 
des  Chinois  : 

1^  t'am  tranquille;  1^  liem  éviter; 

ô   5'  soleil;  5f  ping  maladie; 

-^  jut  chance;  ^  hsiong  adversité. 
"VÈC  ti  numéral; 

Depuis  la  publication  de  M.  Bourne,  j'ai  mis  la 
main  sur  deux  chants  attribués  aux  Miao-tze  avec 
leur  mot  à  mot  interlinéaire  chinois;  nous  repro- 
duisons ci-après  un  fragment  d  un  de  ces  documents 
très  curieux  qui  se  trouvent  dans  un  supplément 
au  Tong-Ki  sien  tclii  de  Louh-tze-yun  ^  ^  ^ ,  inti- 
tulé Sien  tchi  tchi  J»  |S  ^  ^  ^  ^t  portant  la  date 
de  i683.  Quelques  mots  de  la  préface  donnent  à 
supposer  que  tout  ce  que  Tauteur  dit  des  Miao-jen 
(terme  par  lequel  il  désigne  dune  manière  générale 
les  Lang,  les  Yao  et  les  Tchouang)  a  été  recueilli 
dans  la  préfecture  de  Sin-tcheou,  province  du  Koang^ 
si  (sud-est). 


texte  analogue  dont  voici  la  traduction  :  «Many  familles  poasess 
heirlooms  in  the  sliape  of  books  wliich  they  cail  «spécimen  vo- 
«  lûmes»  (Pang-po).  The  contents  which  are  wiitten  in  the  seal  cha- 
racter  and  of  whipli  they  cannot  understand  a  word,  are  regarded 
with  reverential  awe  as  being  something  divine  and  recondite.» 
[The  China  Review,  vol.  V,  p.  io3,  1877.) 


LES  LOLOS  ET  LES  MIAO^TZE.  367 


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368  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

A  la  page  «y,  sous  le  titre  d'écriture  miao  (ISf  K) 
nous  lisons  ce  qui  suit  : 

Les  Miao-jin  ont  une  écriture  qui  n  est  ni  celle  qne 
nous  trouvons  sur  nos  trîpodes  et  cloches  antiques ,  ni  celle 
que  nous  appelons  K*o-teou  en  forme  de  têtards;  on  ne 
peut  savoir  qui  Ta  inventée;  nous  publions  ici  la  copie 
de  deux  spécimens  de  celte  écriture  pour  Tédification  des 
savants. 

Ce  document  nous  fournit  en  écriture  miao-tze, 
avec  leur  équivalent  chinois,  dix-sept  mots  que  la 
brochure  de  M.  Tabbé  Vial  nous  donne  en  écriture 
lolo.  Nous  avons  ainsi  ime  base  de  comparaison 
de  ces  deux  écritures ,  mais  la  prononciation  des  signes 
miao-tze  nous  manque  : 


LOLO. 


MIAO-T». 


LOLO.    aiAo^ni. 


ciel. . .  . 

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arbre . . . 

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tigre . . . 

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D un  coup  dœil  sur  ce  tableau  Ton  constate  la 
différence  qui  existe  entre  les  caractères  employés 


pj- 


LES  LOLOS  ET  LES  MIAO-TZE.  369 

de  part  et  d  autre  pour  écrire  les  mêmes  mots.  La 
seide  analogie  qui  existe  entre  ces  deux  écritures 
réside  dans  laffinité  quelles  semblent  avoir  avec  le 
système  graphique  des  Chinois.  Peut-être  lui  ont- 
elles  été  empruntées  à  deux  époques  distinctes. 
Quoi  qu  il  en  puisse  être ,  on  peut  du  moins  aflSrmer 
aujoiu'd'hui  que ,  contrairement  à  l'opinion  qui  a  pré- 
valu jusqu'ici,  récriture  des  Miao-tze,  pas  plus  que 
celle  des  Lolos,  n'est  alphabétique.  La  seule  peuplade 
méridionale  de  la  Chine  dont  le  système  graphique 
soit  incontestablement  alphabétique  est  celle  des 
Pa-y  du  Yun-nan ,  soit  qu'ils  l'aient  emprunté  au  pâli, 
au  tibétain  ou  aux  anciens  caractères  de  l'Assam; 
nous  avons  publié  un  fac-similé  de  leur  écriture  à 
la  page  io5  de  notre  volume  intîtidé  la  Frontière 
sino-annamite. 


370  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 


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NOUVELLES    ET   MÉLANGES 


A  Comparative  Dictwnary  of  tum  BiaÀ&È  iânguagb,  by 
A.  F.  Rudolf  Hoemle  und  Goorge  A.  Grierson  (published  uader 
tlie  patronage  of  the  Government  of  Bengal).  Calcutta,  in-^**» 
part  I,  from  a  to  ag'mânî,  i885;  part  II,  from  âg'mâlikà  to  oH- 
jaCi,  1889.  Pages  1-113.  —  Index  de  Tidcidâs,  pages  i-32. 

Voici  nne  belle  et  grande  entreprbc  qui  sera  comme  le 
couronnement  ou  plutôt  la  synthèse  des  travaux  grammati- 
caux et  littéraires  par  lesquels  les  éminents  auteurs  se  sont 
déjà  fait  connaître. 

Les  cinquante  [)remières  pages  de  l'ouvrage  sont  occupées 
par  une  introduction  très  soignée  et  très  complète  qui  initie 
le  lecteur  à  l'usage  de  ce  dictionnaire  très  complexe.  Les 
auteurs  commencent  par  donner  leur  système  de  transcription  ; 
j*y  trouverais  bien  à  redire ,  et  ils  déclarent  eux-mêmes  qu^ils 
n'ont  pas  adopté  sans  regret  les  groupes  ch,  çhh  qui  sont 
«  somcwhat  unscientiûc  »  ;  mais  cette  question  de  la  transcrip- 
tion est  si  hérissée  de  difficultés  qu'on  ne  peut  faire  qu'une 
chose  en  pareil  cas  :  se  familiariser  avec  le  système  adopté; 
et,  à  tout  prendre,  celui  de  MM.  Grierson  et  Hœmle  est 
bien  combiné  ;  les  particularités  en  sont  d'aiUeurs  minutieu- 
sement expliquées.  Ensuite  viennent  certains  détails  gram- 
maticaux aussi  utiles  qu'intéressants ,  puis  des  renseignements 
historiques  et  littéraires.  L'évolution  du  langage  dans  Tlnde 
est  résumée  et  illustrée  par  une  planche  contenant  quatre 
cartes  qui  présentent  l'état  général  des  idiomes  et  leurs  diffé- 
rents domaines  aux  principales  époques.  Le  chapitre  de  la 
littérature  nous  fournit  la  liste  des  ouvrages  imprimés  (PR.) 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  371 

ou  manuscrits  (MS.)  consultés  par  les  auteurs  et  appartenant 
aux  quatre  dialectes  du  Biliârï  :  le  ikfaiY^i7r  (  1 5  ouvrages  ou 
groupes  d'ouvrages);  le  Bhofpûrî  (ii);  le  Magahï  (4);  i© 
Bais'wârî  (5).  La  liste  des  abréviations  employées  dans  le 
dictionnaire  n'occupe  pas  moins  de  sept  pages. 

L'économie  des  articles,  bien  expliquée  par  les  auteurs  et 
fidèlement  observée,  est  la  suivante  :  i"  le  mot  en  devanâgari 
suivi  de  sa  transcription  en  italiques;  3°  sa  nature  (nom,  ad- 
jectif, etc.);  3°  son  origine,  comme  tadbhava  (dérivé  du  san- 
scrit par  l'usage),  tatsama  ^  (emprunté  au  sanscrit)  ou  anya' 
deshaja  (étranger)  ;  4**  la  ou  les  significations;  5"  les  composés 
ou  phrases  spéciales  où  il  se  trouve  ;  6°  les  exemples ,  toujours 
traduits ,  et  en  nombre  assez  considérable  pour  que ,  autant 
que  possible ,  il  y  en  ait  au  moins  un  pour  chaque  signification 
distincte;  -y"  les  observations  particulières  auxquelles  le  mot 
peut  donner  lieu  forment  un  paragraphe  en  italiques  entre 
parenthèses  venant  après  les  exemples  ;  8*  les  comparaisons 
avec  le  sanscrit,  et  les  formes  dialectales  sont  consignées 
dans  un  autre  paragraphe ,  également  en  italiques ,  mais  entre 
crochets ,  qui  termine  l'article.  —  Quand  im  mot  appartient 
à  plusieurs  parties  du  discours,  l'article  est  divisé  en  autant 
de  parties  par  les  chiffres  romains  I,  II,  III,  etc.  Les  mots 
dont  la  forme  est  identique,  mais  dont  le  sens  et  l'origine 
diffèrent ,  donnent  lieu  à  des  articles  différents  numérotés  en 
chiffres  arabes;  il  y  en  a  neuf  pour  le  premier  vocable,  a. 

Cette  imparfaite  esquisse  peut  donner  une  idée  de  la 
richesse  des  renseignements  contenus  dans  ce  dictionnaire; 
ils  sont  aussi  précis  que  nombreux.  Ainsi  au  mot  ackâr  «  ha- 
bitude »  on  trouve  un  exemple  dont  il  est  dit  qu'il  existe  une 
version  légèrement  différente,  et,  au  mot  agyân  «folie»  qui 
fait  partie  dudit  exemple ,  on  trouve  cette  autre  version.  Peut- 


*  Les  auteurs,  expliquant  ces  dem  termes,  citeot  deux  mots  juig^is, 
dont  les  équivalents  français  peuvent  nous  servir  :  rançon  et  rédemption 
représeulcnl  tous  deux  le  latin  rcdemplio ;  «rançon»  est  un  Imdbhava,  «ré- 
demption» est  un  tatsama. 


372  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

être  les  auteurs  vont-ils  parfois  plus  loin  qu*il  n  est  nécessaire. 
La  phrase  donnée  en  exemple  pour  a  (9]  «nom  de  Vishnu» 
contient  plusieurs  autres  noms  qui  sont  aussi  expliqués  ;  mais 
je  pense  que  ces  noms  viendront  à  leur  place  dans  le  diction- 
naire ,  et  c*est  là  que  devra  se  trouver  l'explication.  Répétera- 
t-on  alors  ce  qui  est  dit  dans  Tarticle  a  (9)?  Qw>d  abondât 
non  vitiat;  cependant  il  faut  ménager  le  temps  et  la  place  et 
ne  pas  g^rossir  outre  mesure  un  ouvrage  déjà  fort  étendu. 
l\enverra-t-on  à  Tarlicle  a  (9)?  Il  y  aurait  là  un  défaut  de 
méthode.  On  est  naturellement  entraîné,  dans  un  pareil 
travail,  à  donner  prématurément,  dès  le  début,  des  explica- 
tions qui  trouveraient,  dans  la  suite  de  Touvrage,  leur  jdace 
naturelle  ;  mais  il  importe  de  réagir  contre  cette  tendance. 

Ce  dictionnaire  est  accompagné  d*un  autre  travaU  distinct , 
mais  parallèle  et  connexe,  un  index  du  Râmâyan  de  Tnl- 
sldas,  dont  le  premier  fascicide  contient  les  huit  premières 
pages  et  le  second  les  suivantes  jusqu'à  3a.  L'index  est 
arrivé,  dans  cette  trente-deuxième  page,  au  mot  èhâ;  c^est 
simplement  une  liste  de  mois  avec  renvoi  aux  endroits  où  ils 
se  trouvent  dans  le  poème.  On  jugera  du  soin  avec  lequel  ce 
relevé  a  été  fait  par  ceci  :  que  le  mot  ati,  par  exemfde,  par- 
ticule du  superlatif,  occupe  trois  grandes  colonnes,  une  page 
et  demie  ;  ah  «  maintenant  » ,  plus  d'une  colonne.  U  faut  dire 
que,  selon  M.  Grierson,  Tulsïdas  n'est  pas  seidement  l'imita- 
teur, il  est  le  rival  de  Valmiki,  et  que  l'œuvre  de  ce  poète 
est  l'œuvre  capitale  de  la  littérature  bihârî ,  pour  ne  pas  dire 
de  toute  la  littérature  moderne  de  TJnde.  Elle  peut  être  con- 
sidérée en  tout  cas  comme  le  point  central,  la  base  fonda- 
mentale des  travaux  sur  lesquels  repose  le  Dictionary  of  the 
Bihârî  language.  Au  Congrès  des  orientalistes  réums  à 
\^enne  en  1886,  M.  Grierson  a  fait  une  communication  sur 
The  medicBval  vemacular  Uteratare  of  Hindûstan,  dont  il  fut 
distribué,  séance  tenante,  un  ahstract  de  douze  pages  aux 
membres  du  Congrès  —  qui  occupe  cinquante^enx  pages 
dans  les  Verhandlungen  dudit  Congrès  —  et  qui  est  devenu 
en  1888  tout  un  volume  où  une  suite  de  notices  sur  la  vie  et 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  373 

les  écrits  de  plus  de  neuf  cents  auteurs  hindous  retrace  le 
tableau  du  mouvement  littéraire  dans  Tlnde  depuis  le  com- 
mencement du  moyen  âge  indien  jusqu*à  nos  jours.  Dans  ces 
trois  publications  d'étendue  diverse, la  place  faite  à  Tulsîdas, 
à  sa  vie,  à  l'appréciation  de  son  œuvre,  aux  manuscrits  de 
ses  poèmes ,  à  ses  autographes  probables ,  aux  extraits  de  ses 
œuvres  est  considérable,  tille  n'est  pas  moindre  dans  le  dic- 
tionnaire, et  une  grande  partie  des  exemples  est  empruntée 
à  ses  écrits. 

La  première  livraison  de  ce  grand  ouvrage  a  paru  en  i885 , 

la  deuxième  en  1889;  j^  ^*^^  P^^  °"^  ^^^®  ^^®  ^*  troisième 
soit  encore  sortie  de  presse.  L'achèvement  de  la  publication 
nous  paraît  malheureusement  bien  éloigné.  Les  explications 
données  par  les  auteurs  pour  le  «  long  delay  »  de  l'apparition 
du  deuxième  fascicule  ne  sont  pas  précisément  rassurantes; 
plusieurs  des  causes  qu'ils  indiquent  sont  permanentes  ou 
peuvent  se  renouveler,  en  particulier,  la  découverte  d'ou- 
vrages nouveaux  qu'il  faut  lire  et  dont  il  faut  faire  avec  soin 
des  index  pour  incorporer  dans  le  dictionnaire  les  matériaux 
qu'ils  fournissent ,  de  manière  à  éviter  les  suppléments  et  ap- 
pendices. Cela  veut  dire  que  l'ouvrage  se  refait  ou  se  com- 
plète à  mesure  qu'il  s'imprime;  il  n'en  vaudra  que  mieux, 
mais  il  sera  fini  d'autant  plus  tard. 

Puissent  les  auteurs  avoir  le  temps  d'achever  leur  œuvre  ! 

L.  Feer. 


Le  Yi-King  ,  texte  primitif  rétabli ,  traduit  et  commenté  par  Ch.  de 
Harlez.  Bruxelles,  1889,  i^^"^"»  ^55  pages. 

Cette  publication  de  M.  de  Harlez  est  celle  dont  il  avait 
déterminé  le  caractère  et,  pour  ainsi  dire,  tracé  le  plan  dans 
ce  Journal  (avril-juin  1887,  P*  424-456).  Depuis ,  l'auteur  a 
publié  (janvier-février  1891,  p.  166-170)  un  article  biblio- 
graphique où  il  justifie  son  système  d'interprétation  et  dis- 
sipe quelques  objections  ou  doutes.  Je  n'ai  pas  la  compétence 


374  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1891. 

suffisante  —  le  temps  me  manquerait  d*ailieurs  —  pour  dis^ 
cuter  à  fond  cet  important  travail.  Je  dirai  seulement  que  M.  de 
Haricz  me  parait  avoir  réussi  dans  son  entreprise;  je  crois, 
en  particulier,  que ,  se  proposant  de  restituer  le  Yi-King  dans 
sa  forme  primitive ,  il  a  eu  raison  d'écarter  ce  qui  touche  à 
la  divination.  Il  me  semble  très  vraisemblable  à  priori,  et  il 
parait  démontré  par  la  tentative  de  Fauteur,  que  cet  élément 
divinatoire  est  de  date  postérieure  et  a  tous  les  caractères 
d'une  véritable  superfétation.  Mais  il  est,  en  dehors  de  cela, 
un  point  sur  lequel  je  voudrais  faire  une  objection,  ou  plutôt 
demander  des  explications ,  poser  une  question  à  M.  de  Haiiex 
et  à  tous  ceux  qui  se  sont  occupés  du  Yi-King. 

Si  Ton  examine  les  soixante-quatre  «  hexagrammes  »  du  re- 
cueil sans  faire  attention  à  autre  chose  qu  a  leur  forme  maté- 
lielle  et  extérieure,  on  remarque  que  ces  signes,  pris  deux  à 
deux,  sont  Tinverse  Tun  de  l'autre;  que  chacun  de  ceux  qoi 
ont  des  numéros  pairs ,  2 ,  A ,  6 ,  8 . . . ,  est  le  contraire  de 
chacun  des  signes  portant  des  numéros  impairs  qui  le  pré- 
cède ,  1,  3,  5,  7...,  en  un  mot  que  a  est  l'opposé  ou  la 
contre-partie  de  1  ;  d ,  de  3  ;  6 ,  de  5 ,  et  ainsi  de  suite. 

Prenons  pour  exemple  les  caractères  du  commencement, 
du  milieu,  de  la  fin.  Le  koaa  1  est  formé  de  six  traits  con- 
tirms  ;  le  2 ,  de  six  discontinus  ;  l'opposition  est  palpable  ^ 
Le  3i  est  formé  de  trois  lignes  continues  entre  une  ligne 
discontinue  au-dessus,  deux  au-dessous;  dans  le  32  ,  les  deux 
lignes  discontinues  sont  au-dessus,  la  ligne  unique  au-des- 
sous *.  Le  63  et  le  64  sont  formés  de  trois  lignes  discontinues 
et  de  trois  lignes  continues  alternant  :  seulement ,  dans  le  63, 
c'est  la  ligne  discontinue  qui  commence  la  série;  dans  le  64, 
c'est  la  ligne  continuel 

Il  y  a  donc  une  sorte  de  dualisme,  d'opposition,  d'anti- 
thèse, d'antinomie  (quel  que  soit  ic  nom  dont  on  veuille 

1  2  3i  32  63         6/1 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  375 

l'appeler)  qui  règne  ainsi  d'un  bout  à  l'autre  du  tableau;  et 
les  64  kouas  pourraient  être  distribués  en  trente-deux  sec- 
tions renfermant  chacune  deux  subdivisions  : 

I     u    m  XVI         XXXI  xxxu 

rr  3^  5^  31^  ôT-ôa  6^-64 

Le  fait  que  je  signale  me  parait  indéniable.  Cependant  je 
ne  vois  ni  M.  de  Harlez  ni  M.  Philastre  (leurs  travaux  sont 
les  seuls  sur  le  Yi-King  que  je  connaisse)  y  faire  aucune  âllti- 
sion.  Le  fait  n'a-t-il  pas  été  reconnu?  Ou  ttie  trompé-je?  Il 
me  semble  pourtant  qu'il  saute  aux  yeux. 

Ce  fait  ne  peut  pas  être  fortuit;  ce  n'est  pas  par  hasard 
que  des  combinaisons  pareilles  se  présentent  dans  un  recueil 
qui  est  d'ailleurs  le  résultat  d'un  long  travail.  Cette  opposi- 
tion dans  la  forme  des  signes  devrait  se  réfléchir  dans  la 
signification  qui  leur  est  attribuée.  Cependant  c'est  à  peine 
s'il  y  en  a  trace;  une  seule  fois,  si  je  ne  me  trompe,  M.  de 
Harlez  signale  une  opposition  de  sens,  et  il  ne  parle  pas  de 
celle  de  la  forme;  c'est  à  propos  des  koua  35-36.  Il  rapproche 
aussi  les  deux  derniers,  63-64 ,  mais  pour  constater  leur  con- 
cordance, non  leur  opposition.  L'opposition,  tant  de  forme 
que  de  sens  dont  il  s'agit ,  est  pourtant  flagrante  dans  les  deux 
premiers  koua  qui  mettent  en  présence  le  ciel  et  la  terre, 
les  principes  actif  et  passif  (ou  réceptif,  comme  dit  M.  de 
Harlez),  et  qui  semblent  inaugurer  la  série  d'antithèses  que 
nous  offre  la  suite  des  soixante-quatre  signes  par  les  deux 
termes  essentiels  du  dualisme  chinois  placés  au  frontispice 
du  recueil.  Le  rapport  de  ces  deux  signes  est ,  il  est  vrai ,  indiqtlé 
dans  le  texte  explicatif,  plutôt  en  vue  dé  leur  conciliation  que 
de  leur  opposition;  et  cela  est  naturel,  puisqu'ils  exercent 
une  action  combinée.  Mais  pourquoi  ce  rapport,  sur  lequel 
on  Tî'insiste  pas  beaucoup  d'ailleurs,  est -il  omis  dans  l'inter- 
prétation des  koua  suivants? 

C'est  que  le  dualisme  règne  d'une  autre  manière  dans  les 
soixante  quatic  «  hexagrammes  »  :  chacun  d'eux  est  considéré 


376  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1891. 

comme  la  combinaison  de  deux  t  trigrammes  »  et ,  par  con- 
séquent ,  double  ;  en  sorte  que  Ton  fait  résidter  le  sens  de  la 
figure  entière  des  rapports  qui  existent  entre  les  deux  élé- 
ments composants.  Or  l'opposition  que  nous  avons  signalée 
entre  deux  liexagrammes  consécutifs ,  impair  et  pair,  considé- 
rés en  eux-mêmes ,  n  apparaît  plus  nettement  ou  disparait  tota- 
lement ,  si  Ton  considère  dans  chacun  d'eux  les  trigranmies  com- 
posants. M.  de  Haiiez,  dans  son  introduction,  donne  (p.  33- 
37)  le  tableau  de  ce  dualisme  interne  avec  Tinterprétation 
qu'il  suggère.  Je  l'appelle  t  interne  » ,  parce  qu*il  existe  dans 
chaque  koua  individuellement,  pour  le  distinguer  de  cdni 
qui  fait  l'objet  de  mes  observations  et  qui  existe  entre 
deux  koua  consécutifs  distincts.  Si  Ton  tient  compte  de  ce 
dualisme  interne  tout  en  envisageant  le  groupement  binaire 
auquel  je  m'attache,  il  résulte  de  cette  manière  d'envisagé 
les  koua  des  effets  nouveaux  et  variés  que  les  signes  déjà  pris 
comme  exemple  nous  permettent  de  reconnaître. 

Ainsi  le  trigramme  de  trois  traits  continus  représentant  le 
«ciel»  et  celui  de  trois  traits  discontinus  représentant  la 
«  terre  » ,  il  s'ensuit  que  les  koua  1  et  a  signifient  respective- 
ment «  del  sur  ciel  »,  et  «  terre  sur  terre  *  ».  Nous  n'avons  que 
deux  termes  répétés  ciiacun  deux  fois.  Les  trigrammes  ne  font 
que  renforcer  le  sens  de  l'hexagramme  sans  altérer  le  rapport 
des  deux  koua.  Dans  le  3i  et  32 ,  les  trois  traits  continus  avec 
un  ou  deux  traits  discontinus,  soit  en  dessus,  soit  en  des- 
sous ,  donnent  lieu  à  quatre  trigranmies  différents  :  car,  deux 
traits  continus  surmontés  d'un  discontinu  représentant  t  Teau  », 
un  trait  continu  superposé  à  deux  discontinus  représente  ies 
montagnes  ;  ce  qui  donne  «  eau  sur  montagne  »  (3i)  ;  un  trait 
continu  surmonté  de  deux  discontinus  représente  le  «ton- 
nerre » ,  deux  traits  continus  superposés  à  un  discontinu  re- 
présentent le  «  vent  »  :  ce  qui  donne  «  tonnerre  sur  vent  »  (3a)  ?. 


12  3i  32 

•    ciel  terre.  —  ^       eau        tonnerre 


ciel  terre  montagne       vent 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  ^77 

Nous  avons  quatre  termes  différents,  nulle  opposition  appa- 
rente. Dans  le  63  et  Ci ,  U  se  trouve  que  le  trait  continu  entre 
deux  discontinus  représentant  W  eau  des  nuages  »  et  le  trait 
discontinu  entre  deux  continus  représentant  le  «feu»  sont 
répétés  chacun  deux  fois  en  haut  et  en  bas  alteriiativement; 
ce  qui  donne  «nuages  sur  feu»  (63)  et  «feu  sur  nuages» 
(6i)  ^  Nous  avons  deux  trigrammes ,  mais  répartis  dans  les 
deux  hexagrammes:  il  y  a  opposition. 

La  diversité  des  combinaisons  nous  oblige  à  citer  un  qua- 
trième exemple.  Nous  pouvons  prendre  les  koua  3  et  4» 
composés,  le  premier  de  trois  traits  discontinus  intérieurs 
ayant  un  trait  continu  surmonté  d'un  discontinu  au-dessus 
et  un  trait  continu  au-dessous  ;  le  deuxième  des  trois  mêmes 
traits  intérieurs,  avec  le  continu  au-dessus,  le  continu  ei  le 
discontinu  au-dessous.  Or  il  se  trouye  que  le  trait  continu 
entre  deux  discontinus,  représentant  les  «nuages»,  forme 
la  partie  supérieure  de  3  et  la  partie  inférieure  de  4;  les 
autres  éléments ,  le  trait  continu  surmonté  de  deux  discon- 
tinus représentant  le  «tonnerre»,  et  le  même  trait  super- 
posé à  deux  discontinus  représentant  les  «  montagnes  »,  il  et) 
résulte  que  3  signifie  «  nuages  sur  tonnerre  »  et  4  «  montagnes 
sur  nuages  ^  ».  Nous  avons  trois  signes  ou  trigrammes  dont 
un  est  répété  dans  chaque  hexagramme. 

La  combinaison  des  trigrammes  dans  deux  hexagrammes 
consécutifs  —  impair  et  pair  —  se  présente  donc  de  ces 
quatre  manières  diverses  :  i"  deux  trigrammes  répétés  chacun 
dans  le  même  hexagramme;  2°  deux  trigtanmie's  répartis 
dans  les  deux  hexagrammes;  3**  trois  trigrammes  dont  Tun 
est  répété  dans  les  deux  hexagrammes;  4°  quatre  hexa- 
grammes. Le  premier  cas  se  présente  quatre  fois  (1-2,  39- 
3o,  5i-52  ,  57-58)  ;  le  deuxièmie  se  présente  cinq  fois  (5-6, 


(33  6/i 

»    nuages       feu 


Icu      nuages  ""^g^»     rtontagttés 

tounerre       nuages 

25 


XVllI. 


■aiTKuuvii  aivvKiMHi 


378  SEPTEMBRE-OCTOBRE  J891. 

7-8,  11-12,  35-36,  63-64);  le  quatrième  se  présente  six  fois 
(17-18,  27-28,  3 1-32,  4 1-42,  53-54,  61-62);  le  troisième 
se  présente  dix-sept  fois  (3-4,  9-ïO,  i3-i4,  i5-i6,  19-ao, 
21-22,  23-34,  25-26,  33-34,  37-38,  39-40,43-44,  45-46, 
47-48,49-50,  55-56,  59-60). 

Je  n'attache  pas  une  grande  importance  au  classement 
que  je  viens  de  présenter;  je  ne  l'ai  essayé  que  pour  faire 
voir  et  m'assurer  moi-même  que  l'opposition  dont  on  peut, 
dont  on  doit ,  je  pense ,  être  frappé ,  quand  on  considère  les 
koua  pris  deux  à  deux,  impair  et  pair,  semble  s'évanouir 
quand  on  considère  (comme  le  fait  le  texte),  dans  les  signes 
pris  doux  à  deux ,  les  trigrammcs  dont  on  les  déclare  com- 
posés. Le  dualisme  interne  de  chaque  koua  efface  ou  a  l'air 
d'effacer  le  dualisme  des  groupes  binaires.  Mais  ce  second 
dualisme  subsiste  malgré  tout;  du  moins,  je  le  vois  claire- 
ment, et  c'est  sur  l'existence  et  le  sens  de  ce  dualisme  que 
je  consulte  les  interprètes  du  Yi-king. 

Reconnaissent-ils  ce  dualisme?  —  S'ils  le  reconnaissent, 
le  tiennent-ils  pour  fortuit  ou  pour  prémédité  ?  Et ,  dans  ce 
dernier  cas,  quel  en  est  le  sens  et  la  portée?  Y  a-t-il  là  une 
inexplicable  bizarrerie  ou  un  mystère  impénétrable? 

L.  Feer. 


o^i^  yiS^  Ul^.UJLIt  ^U..  Becvetl  de  textes  pour  l'étude  de 
l'arabe  parlé,  par  G.  Delphia,  professeur  d'arabe  à  la  chaire 
publique  d'Oraii.  Paris  et  Alger.  E.  Leroux  et  A.  Jourdan,  1891, 
vi-363  pages. 

Au  lieu  de  se  borner,  comme  l'avaient  fait  ses  devanciers , 
à  réunir  des  contes ,  des  fables  et  des  proverbes ,  M.  Dclphin 
a  eu  l'heureuse  pensée  de  nous  donner,  en  outre,  un  assez 
grand  nombre  de  notices  exactes  sur  les  us  et  coutumes  des 
Arabes  algériens.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  nous  voyons 
figurer  dans  son  Recueil,  à  la  suite  de  contes  et  de  fables, 
des  descriptions  d'instruments  agricoles,  de  vêtements,  de 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  379 

jeux ,  etc.  Mais  ce  qui  constitue  véritablement  l'originalité  de 
l'ouvrage,  c'est  l'idée  d'avoir  fait  suivre  chacun  des  textes 
d'un  commentaire  en  arabe  sur  les  mots  peu  connus  ou  dont 
le  sens  exact  avait  besoin,  pour  être  bien  fixé,  d'une  expli- 
cation de  quelque  étendue.  Ce  commentaire  est  la  reproduc- 
tion fidèle  des  renseignements  que  fournissent  les  Arabes 
quand  on  leur  soumet  un  texte  contenant  des  mots  que  les 
dictionnaires  ne  donnent  pas  du  tout  ou  sur  le  sens  précis 
desquels  ils  laissent  le  lecteur  dans  l'embarras.  Il  s'en  faut 
que  ces  renseignements  soient  toujours  d'une  exactitude  ir- 
réprochable, en  ce  qui  touche  surtout  à  l'étymologie ,  mais 
ils  ont  l'avantage  tout  au  moins  de  nous  éclairer  sur  bien  des 
particularités  qu'on  chercherait  vainement  ailleurs,  de  nous 
faire  connaître  certains  détails  fort  curieux,  et,  pour  n'en 
citer  qu'un  exemple,  la  façon  singulière  dont  les  Arabes  dé- 
terminent l'essence  d'un  bois  au  moyen  du  goût  qu'il  laisse 
dans  la  bouche. 

M.  Delpiiin  n'a  donné  jusqu'ici  que  la  traduction  du  com- 
mentaire, mais  il  nous  promet,  pour  une  époque  rapprochée, 
la  traduction  du  texte  qui  n'est  pas  toujours  aisé  à  com- 
prendre ,  même  pour  quelqu'un  qui  est  déjà  famiharisé  avec 
les  formes  particuhères  du  dialecte  arabe  algérien.  11  sera  né- 
cessaire, avant  de  publier  ce  nouveau  travail,  de  revoir  soi- 
gneusement le  texte  du  commentaire  que  déparent  quelques 
làutes  typographiques ,  et  la  traduction  qui  parfois  est  incom- 
plète. Ainsi  à  la  page  iS ,  note  2 ,  7*  ligne  du  texte ,  le  pa- 
ragraphe commençant  par  iû^Lbl  a  été  complètement  omis 
dans  la  traduction.  11  y  aurait  aussi,  ce  me  semble,  avantage 
à  corriger  certaines  orthographes  qui  gênent  singxdièrement 
la  lecture,  comme  (^«Xaj  mis  pour  diiXj  /-*,  non  que  je 
blâme  le  système  ordinairement  suivi,  mais^je  ne  vois  pas 
bien  la  nécessité ,  dans  un  ouvrage  de  cette  nature ,  de  donner 
deux  orthographes  différentes  pour  une  même  expression  et 
d'écrire  ti)*)^  à  côté  de  JuAJl  ^»  qu'on  pourrait  fort  bien 
employer  avec  les  formes  JuJiJli  ou  même  JuJi  que  l'on  ren 
contre  quelquefois. 


380  SEPTEMBUE-OCTOBRE  1891. 

A  part  ces  quelques  obsen'ations  de  détail,  parmi  lesqueUeft 
je  relèverai  encore  la  transcription  du  ^  par  un  h  placé  après 
lu  voyelle  qui  accompagne  cette  consonne  (ahdidouan.  poar 

hadidouan  ^!^Jo<^«^-)i  î^  ^'y  ^  ^}^'^  louer  le  travail  de 
M.  Delpbin.  Grâce  aux  deux  innovations  qu'il  y  a  intro- 
duites ,  il  est  de  beaucoup  supérieur  à  tout  ce  qui  a  été  fah 
dans  ce  genre  sur  le  dialecte  arabe  algérien,  non  seulement 
à  cause  de  la  grande  variété  de  mots  quil  renferme,  mais 
aussi  à  cause  de  la  fidélité  scrupuleuse  avec  laquelle  il  a  re- 
produit la  pbysionomie  du  langage  parlé  par  les  Arabes  qui 
vivent  loin  des  villes  et  ont  ainsi  conservé  un  idiome  plus  pur 
que  celui  de  leurs  coreligionnaires  qui  sont  en  contact  fré- 
quent avec  les  Européens.  Car,  de  même  que  le  berbère  et 
Tarabe  ont  exercé  f  un  sur  Tautre  une  influence  réciproque , 
les  langues  européennes  parlées  en  Algérie  ont  introduit  dans 
le  langage  arabe  des  villes  un  certain  nombre  de  mots  et 
même  de  tournures  que  les  Arabes  de  la  campagne  se  refusent 
à  admettre. 

Il  est  à  souhaiter  que  M.  Delpliin  se  hâte  de  terminer  ie 
second  volume  qu'il  a  promis,  car,  à  en  juger  par  la  façoil 
dont  il  a  accompli  la  première  partie  de  son  travail,  les  ara* 
bisants  auront  alors ,  pour  la  première  fois ,  un  ouvrage  com- 
plet et  bien  ordonné  snr  le  dialecte  arabe  algérien. 

0.   HOUDAS. 


Le  Gérant, 

BaRBIBR  DB  METNiUI». 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

HISTOIRE 

POLITIQUE,    RELIGIEUSE   ET    LITTÉRAIRE 

D'ÉDESSE 

JUSQU'À  LA   PREMIÈRE  CROISADE, 

PAR 

M.  RUBENS  DUVAL. 

(suite.) 


CHAPITRE  VIII. 

ÉDESSE  PENDANT  LE  III*  SIECLE. 

Situation  politique  d'Edesse  sous  les  Romains.  ^ —  Martyrs 
d'Edesse  pendant  les  persécutions  de  Dèce,  Dioclétien  et 
Licinius.  —  Littérature  apocryphe  et  apologétique. 

Après  Gordien  III,  rOsrhoène  est  définitivement 
englobée  dans  Tempire  romain  dont  elle  forme  une 
province,  comme  nous  Tavons  vu  plus  haut  (p.  asS-^ 
2  2  4).  Elle  est  assujettie ,  comme  les  autres  provinces , 
aux  impôts  et  aux  contributions  en  nature.  Une  curie 
composée  des  personnes  -les  plus  riches  et  les  plus 
influentes  veille  à  lexécution  des  lois  et  est  respon- 

XVIII.  26 


lartlMUllB    ■àTIUllAI.I. 


382  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

sable  devant  le  gouvernement^.  Edesse  reçoit  un 
gouverneur  romain  et  une  garnison  romaine. 

A  lavènement  des  Sassanides  qui  songeaient  à  re- 
constituer lancien  empire  perse,  la  guerre  fut  ral- 
lumée entre  les  deux  grands  États  de  TOccident  et 
de  rOrient  et  ne  cessa  qu  après  la  conquête  arabe. 

Gordien  avait  repris  la  Mésopotamie  sur  Ârdaschir. 
Après  lui ,  Philippe  abandonna  à  son  sort  cette  pro- 
vince ainsi  que  TArménie,  mais  il  laissa  les  garni* 
sons  qui  s  y  trouvaient  2.  A  la  mort  de  Dèce  en  a  5 1 , 
Sapor,  le  fils  et  le  successeur  d' Ardaschir,  profite  de 
ce  que  Rome  est  en  proie  aux  dissensions  intes- 
tines et  est  obligée  de  faire  face  aux  Goths,  pour 
envahir  la  Mésopotamie.  Édesse  et  les  autres  places 
fortes  échappent  aux  Perses  inhabiles  aux  sièges  des 
villes.  Valérien,  après  diverses  tergiversations,  se 
porte  enfin  au  secours  d'Ëdesse  et  traverse  ITlu- 
phrate. 

Non  loin  d'Edesse  fut  livrée  la  bataille  qui  tourna 
en  déroute  pour  Tarmée  romaine.  Valérien  fut  fait 
prisonnier^  et  mourut  en  captivité.  Antioche  tomba 
au  pouvoir  de  Sapor,  mais  Édesse  se  défendit  éner- 
giquement  et,  lorsque  Sapor  se  retira  devant  Cal- 
listus,  un  général  romain  indépendant,  et  Odainath 
de  Padmyre,  les  Ëdesséssiens  firent  payer  un  bon 
prix  aux  Perses  leur  passage  sur  leur  territoire. 

^  Voir  Code  Justinien,  XII,  tit.  XL,  a;  tit.  LVIII,  5. 
'  Voir  Mommsen,  Rœmische  Geschichte,  V,  43  a. 
'  Â  la  fin  de  a 59  ou  au  commencement  de  360.  (Voir  Blommaen , 
loc.  ciu,  p.  43o.) 


HISTOIRE  D*ÉD£SSE.  383 

La  garde  des  provinces  romaines  en  Asie  fut  alors- 
confiée  à  Paimyre  qui,  tout  en  reconnaissant  la  su- 
prématie de  Rome,  devint  une  puissance  militaire 
de  premier  ordre  et  forma  un  royaume  autonome. 
Odainath  traverse  TEuphrate,  dégage  Edesse,  en- 
tourée de  nouveau  par  les  Perses,  reprend  Carrhes 
et  Nisibe  en  a  64,  et  marche  sur  Gtésiphon. 

Après  la  mort  d'Odainath,  son  épouse  Zénobie, 
au  nom  de  son  fils  Waballath ,  dirigea  le  gouverne- 
ment d  une  main  viriïe.  Non  seulement  elle  conserva 
les  possessions  dont  Odainath  s'était  emparé,  mais 
elle  conquit  en  outre  le  sud  de  TÉgypte.  Une  si 
grande  puissance  finit  par  porter  ombrage  à  Rome. 
Zénobie  elle-même  s'était  déclarée  indépendante.  Au- 
rélien  fit  une  expédition  contre  le  royaiune  palmyré- 
nien  et,  à  la  suite  d  une  bataille  décisive  livrée  auprès 
d'Emèse,la  vaillante  reine  tomba  entre  ses  mains  et 
les  Romains  s'emparèrent  de  Padmyre  en -27 2.  La 
défection  de  Zénobie  avait  entraîné  pour  les  Romains 
la  perte  de  l'Arménie  et  de  la  Mésopotamie.  Auré- 
lien,  rappelé  en  Europe  par  d'autres  soucis,  ne 
songea  pas  alors  à  recouvrer  ces  provinces. 

Probus  dut  également  renoncer  à  s'occuper  de 
rOrient.  Mais  Carus,  dès  son  arrivée  au  pouvoir, 
toiuTia  ses  regards  de  ce  côté-là.  H  reprit  l'Arménie 
et  la  Mésopotamie  et  s'empara  même  de  Séleucie  et 
Gtésiphon.  Sa  mort  violente  mit  fin  à  son  expédi- 
tion. Son  successeur  Numérien  signa  avec  les  Perses 
une  paix  qui  assurait  à  l'empire  romain  le  retour 
de  l'Arménie  et  de  la  Mésopotamie. 

a6. 


384  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

Sous  Dioclétien ,  Narsès  tenta  de  reprendre  ces  deux 
provinces.  Dioclétien  confia  la  direction  de  Texpédi- 
tion  en  Orient  à  son  collègue  Galère  Rlaximien.  Les 
débuts  de  cette  expédition  ne  furent  pas  heureux  et 
les  Perses  s'avancèrent  jusqu'à  Carrhes.  Dioclétien  se 
rend  alors  en  personne  sur  le  théâtre  de  la  guerre 
et  se  dirige  vers  la  Mésopotamie,  tandis  que  Maxi- 
mien gagne  l'Arménie  où  il  hat  les  Perses.  Sa  vic- 
toire amena  la  paix  entre  les  belligérants  et  le  Tigre 
forma  de  nouveau  la  frontière  des  deux  empires. 

Pendant  ce  temps,  Édesse,  protégée  par  ses 
murs,  demeura  à  l'abri  des  calamités  de  la  guerre, 
mais  elle  ne  recouvra  pas  son  indépendance.  La 
citadelle  continua  à  être  occupée  par  ime  garnison 
romaine  aux  ordres  du  gouverneur.  On  n'est  donc 
pas  surpris  d'apprendre  que  les  persécutions  diri-^ 
gées  pendant  ce  siècle  contre  les  chrétiens  eurent 
leur  contre-coup  en  Osrhoène. 

C'est  en  effet  au  temps  de  Dèce  (â/i9-25i)  qu*il 
faut  placer  le  supplice  du  grand  prêtre  païen  Scharbil , 
après  sa  conversion  au  christianisme,  et  la  confession 
de  Barsamya,  évêque  d'Ëdesse,  qui  avait  succédé  à 
*Abschelâma,  successeur  lui-même  de  Palout. 

Les  Actes  de  ces  deux  saints  nous  ont  été  con- 
servés dans  une  rédaction  syriaque  apocryphe,  pu- 
bliée dans  les  Ancient  Syriac  documents^  de  Gureton  ^. 

L'an  XV  de  Trajan  et  l'an  m  d'Abgar  VII,  en  'k\  6 
des  Séleucides,  disent  ces  ilc^^5,  Trajan  ordonne  dé 

*  Pages  41-72. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  385 

multiplier  les  sacrifices  et  de  poursuivre  les  chré- 
tiens qui  refuseraient  de  participer  aux  holocaustes 
des  victimes.  Scharbilje  grand  prêtre , présidait  aux 
cérémonies  dune  fête  solennelle  célébrée  à  Edesse 
le  8  de  nisan  (8  avril).  Pendant  cette  fête,  Tévêque 
Barsamya,  accompagné  du  prêtre  Tiridath  et  du 
diacre  Schaloula,  va  trouver  Scharbil  et  le  con- 
vertit à  la  religion  chrétienne.  La  nouvelle  de  cette 
conversion  produit  une  vive  émotion  dans  la  ville. 
Les  habitants  abjurent  le  paganisme  en  grand  nombre 
et  reçoivent  le  baptême.  Le  procès  de  Scharbil  est 
aussitôt  instruit,  mais  ce  martyr  nest  exécuté  que 
le  2  iloul  (2  septembre).  Ces  Actes,  rédigés  par  les 
greffiers  M arinus  et  Anatolus ,  sont  déposés  dans  les 
archives  d'Edesse.  Une  note  additionnelle  déclare 
que  Barsamya,  qui  convertit  Scharbil,  vivait  au 
temps  de  Fabianus,  évêque  de  Rome. 

Les  Actes  de  Barsamyatont  suite  à  ceux  de  Scharbil 
et  appartiennent  à  la  même  rédaction.  Ils  reprodui- 
sent les  mêmes  dates  :  A 1 6  des  Séleucides ,  an  xv  de 
Trajan,  avec  la  mention  du  consulat  de  Commode 
et  de  Cerialis.  Aussitôt  après  l'exécution  de  Scharbil, 
Barsamya  est  conduit  devant  le  gouverneiur  Lysa- 
nias ,  qui  le  fait  fustiger  et  ordonne  de  le  suspendre 
et  de  lui  appliquer  les  peignes  de  fer.  Mais,  au  mo- 
ment où  le  supplice  va  commencer,  arrivent  à 
Edesse  les  lettres  d'Alusis,  le  grand  procurateur,  le 
père  des  empereurs,  qui  mettent  fin  à  la  persécu- 
tion. Barsamya  est  relaxé.  Le  lendemain  Lysanias 
est  relevé  de  ses  fonctions.  Ces  Actes  ont  été  ré- 


386  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

digés  par  les  greffiers  Zenophilus  et  Patrophilus  et 
contresignés  par  les  scharirê  (fonctionnaires  asser- 
mentés) Diodorus  et  Eutropius. 

Qs  se  terminent  par  la  note  additionnelle  consta- 
tant que  Barsamya  vivait  au  temps  de  Fabianus, 
évêque  de  Rome.  Il  avait  reçu  l'imposition  des 
mains  d'^Abschelâma.  Celui-ci  lavait  reçue  de  Pa- 
ient. Palout  avait  été  consacré  par  Sérapion,  évoque 
d'Antioche,  qui  lui-même  lavait  été  par  Zéphirin 
de  Rome. 

Cette  note  additionnelle  rappeUe  celle  qui  se 
trouve  à  la  fin  de  la  Doctrine.  (Voir  ci- dessus, 
p.  2/12.)  Les  Actes  de  Scharbil  et  les  Actes  de  Bar- 
samya  se  rattachent  en  effet  à  la  Doctrine  par  ia 
chronologie  qu'ils  établissent.  L'anachronisme  qui 
dans  celle-ci  fait  remonter  Palout  au  commence- 
ment de  notre  ère  a  amené  Tauteiu*  des  Actes  à 
placer  sous  Trajan  le  martyre  de  Scharbil  et  la 
confession  de  Barsamya  qui  eiurent  lieu  en  réalité 
sous  Dèce.  On  doit  tenir  pour  exacte  la  mention 
que  Sharbil  et  Barsamya  vivaient  au  temps  de  Fa- 
bianus, évêque  de  Rome,  de  286  à  aSo^.  Le  syn- 
chronisme fourni  par  ces  Actes  et  qui  parait  si  précis 
contient  une  erreur  manifeste.  La  ni*  année  d'Ab- 
gar  Vn  correspond  effectivement  à  Tannée  xv  de 
Trajan,  comme  Gutschmid  la  montré^;  mais  le 

^  Voir  Lipsius,  Die  Edessenische  Abgarsage,  p.  9,  4i  et  soiv.; 
Tixeront,  Les  origines  de  l'Eglise  d'Edesse,^,  ida;  Rubens  Duvid, 
Journal  (uiatiqae,  8*  série,  t.  XIV,  p.  4o-58. 

*  Vntersttchimgen  wfber  die  Geschichte  des  Kœnigr.  Osrhcmâ,  p*  17. 


HISTOIRE  D*ÉDESSE.  387 

consulat  de  Commode  et  de  Gerialis  tombe  la 
IX*  année  de  Trajan,  en  106.  Cette  dernière  date 
concorde  à  un  an  près  avec  Tannée  4 1 6  des  Séleu- 
cides  (octobre  io4-octobre  io5),  mais  non  avec  la 
XV*  année  de  Trajan.  Si  ces  Actes  mentionnent  des 
faits  qui  se  passèrent  sous  Dèce,  leurs  descriptions 
se  rapportent  plutôt  aux  persécutions  de  Dioclétien 
et  de  Licinius.  Les  époques  se  mêlent  et  se  con- 
fondent dans  un  enchevêtrement  singulier,  car  le 
rédacteur  a  emprunté  les  principaux  traits  de  ses 
tableaux  à  des  sources  différentes,  sans  les  fondre 
et  les  harmoniser. 

Les  habitants  d*Edesse  qui  se  convertissent  à  la 
suite  de  Scharbil  portent  les  mêmes  noms  que  ceux 
qui  se  sont  déjà  convertis  à  la  parole  de  lapôtre 
Addai  dans  la  Doctrine.  Lysanias,  le  gouverneur 
d'Édesse,  est  le  même  Lysanias  qui,  sous  Licinius 
en  319,  fait  subir  le  martyre  à  Habib,  ainsi  que 
nous  le  verrons  plus  loin.  Alusis,  le  grand  procu- 
rateur, le  père  des  empereurs,  est  peut-être  Volu- 
sianus ,  qui  régna  avec  Gallus  et  Hostilianus  ^  ;  mais 
fauteur,  en  mentionnant  fédit  de  pacification, 
semble  avoir  en  vue  fédit  de  Constantin,  qui  dans 
les  Actes  d'Habib  met  fin  à  la  persécution  de  Li- 
cinius. 

Comme  la  persécution  de  Dèce,  celle  de  Dioclé- 
tien s'étendit  jusqu'à  Edesse,  où  plusieurs  personnes 

^  Voir  Gutschmid,  loc.  cit. ,  p.  18 ,  qui  remarque  qu'il  était  facile 
de  reporter  à  Trajan  des  traditions  du  temps  de  Dèce ,  car  le  nom 
complet  du  premier  était  Trajan  Dèce. 


388  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

subirent  le  martyre.  L'histoire  a  conservé  les  noms 
de  Gouria  et  de  Schamouna.  Le  récit  de  leur  con- 
fession et  de  leur  supplice  a  été  rédigé  en  syriaque 
par  Théophile^,  un  païen  converti,  maïs  sa  rédac* 
tion  ne  nous  a  pas  été  conservée.  Elle  ne  nous  est 
connue  que  par  le  texte  grec  de  Siméon  Meta- 
phraste^.  Suivant  ce  texte,  le  martyre  des  deux 
saints  eut  lieu  en  Tan   600  des  Séleucides  (a88- 

389  de  J.-C),  la  ix'  année  du  règne  de  Dioclétien 
et  la  vi"*  du  consulat  de  Maximien;  Abgar,  fils  de 
Zoara,  était  préteur  et  Côna  était  évéque  à  Édesse. 

Gouria  et  Schamouna,  qui  avaient  été  élevés  à 
Édesse,  menaient  une  vie  entièrement  consacrée  à 
Dieu ,  loin  du  bruit  de  la  foule.  Ils  sont  cités  devant 
Antonius ,  le  gouverneur  romain ,  parce  qu'ils  avaient 
refusé  de  sacrifier  aux  dieux.  Tous  deux  confessent 
le  Christ  et  ne  se  laissent  pas  intimider  par  les  me- 
naces des  supplices.  Ils  sont  jetés  en  prison  avec 
beaucoup  d  autres  chrétiens.  Quelque  temps  s*étant 
écoulé,  Dioclétien  mande  à  Musonius,  le  gouver- 
neur d'Antioche,  de  se  rendre  à  Édesse  et  d^in* 
struire  le  procès  des  prisonniers.  Gouria  et  Scha- 
mouna sont  conduits  les  premiers  devant  le  tribunal 

*  Voir  Ane.  Syriac  documents,  p.  85. 

*  Publié  dans  la  Patrologie  grecqae  de  Migne,  GKVIyp.  i45. 
La  traduction  latine  publiée  par  Surius  [De  prohatis  sanetoram  vitis, 
Cologne,  1618,  au  1 5  novembre,  p.  SSg]  a  été  réimprimée  dans  les 
Ane,  Syr,  doc,  de  Gureton,  p.  11 3.  L'homélie  de  Jacques  de 
Saroug  sur  Gouria  et  Schamouna  a  été  égidement  reproduite  dans 
ce  recueil,  p.  96.  Surius  a  donné,  en  outre,  nn  autre  rédt,  loe, 
cit.,  p.  345.  (Voir  aussi  les  Bollandistes  au  i5  novembre.) 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  389^ 

de  ce  juge  suprême.  De  nouvelles  menaces,  suivies 
d'un  commencement  d'exécution ,  n'ont  pas  de  prise 
sur  ces  vaillants  confesseurs.  Enfin,  le  1 5  novembre 
de  la  même  année,  ils  sont  suppliciés  hors  de  la 
ville  et  ont  la  tête  tranchée. 

A  la  suite  des  Actes  de  Goaria  et  de  Schamoam 
sont  placés  les  Actes  d'Habib,  rédigés  par  le  même 
Théophile  ^  Habib  subit  le  martyre  vingt  ans  après 
Gouria  et  Schamouna,  en  l'an  620  des  Séleucides 
(3o8-3o9),  ^^"^  ^®  consulat  de  Licinius  et  de  Con- 
stantin 2,  Julius  et  Baraq  étant  stratèges  et  Gôna 
étant  évêque  à  Edesse. 

Pendant  que  la  persécution  sévissait,  Habib,  un 
diacre  de  Telzéha,  bourg  voisin  d'Édesse,  parcou- 
rait les  environs  en  exhortant  les  chrétiens  à  de- 
meurer fermes  dans  leur  foi.  Sa  propagande  est 
dénoncée  au  gouverneur  de  l'Osrhoène,  Lysanias, 
qui,  ne  pouvant  se  saisir  de  la  personne  d'Habib, 
fait  mettre  en  prison  sa  mère  et  ses  parents  les  plus 
proches.  Habib  rentre  à  Edesse  et  va  se  livrer  entre 
les  mains  de  Lysanias.  B  confesse  publiquement  le 
christianisme,  les  tortures  ne  réussissent  qu'à  iaf- 


^  La  rédaction  originde  a  été  publiée  avec  l'homélie  de  Jacques 
de  Saroug  sur  Habib,  dans  les  Ane,  Syriaç  documents ,  de  Gureton ; 
p.  73-96.  La  version  grecque  de  Siméon  Métaphraste  qui  suppose 
une  rédaction  différente  et  la  version  latine  de  Surius  ont  été  im- 
primées dans  les  ouvrages  cités  p.  388,  note  2.  Saint  Éphrem  a 
également  consacré  une  homélie  à  Gouria,  Schamouna  et  Habib. 
(Voir  S.  Ephremi  Carmina  Nisibena,  éd.  Bickell,  n°  33,  p.  137.) 

'  Le  consulat  de  Licinius  et  de  Constantin  eut  lieu  pendant  les 
années  3i2,  3i3  et  3ib^.  (Voir  Cureton,  Ane,  Syr,  doe,,  p.  188.] 


390  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

fermir  dans  sa  foi.  Le  gouverneur,  désespérant 
d avoir  raison  de  sa  résistance,  ie  condamne  à  être 
brûlé  vif.  Il  est  exécuté  ie  2  septembre  et  inhumé 
dans  ie  caveau  de  Gouria  et  de  Scbamouna. 

Ces  Actes,  comme  les  Actes  de  Scharbil  et  les 
Actes  de  Barsamya,  sont  écrits  dans  un  st^e  des- 
criptif, où  ion  sent  ie  travaU  de  fimagination.  Mais 
ils  différent  de  ceux-ci  en  ce  que  les  dates  et  les 
personnages  peuvent  être  considérés  comme  véri- 
diques.  L  auteur  n  avait  aucune  raison  de  faire  un 
pieux  mensonge ,  comme  lavait  fait  fauteur  des  pre- 
miers Actes.  Quelques  inexactitudes  dans  le  récit  qui 
présente  Constantin  comme  déjà  chrétien  lors  de 
son  expédition  contre  Maxence  s'expliquent  par 
une  confusion  facile  à  faire,  mais  ne  prouvent  rien 
contre  la  véracité  du  narrateur. 

L'édit  de  Milan  en  3i3,  en  assurant  le  libre 
exercice  du  christianisme ,  mit  fin  aux  persécutions. 
La  Chronique  d'Édesse,  si  sobre  de  détails  pendant  les 
premiers  siècles,  ne  parie  pas  des  martyrs  de  TOs- 
rhoène.  Elle  mentionne  seulement  à  Tan  65 7  des 
Séleucides  (365-3^6  de  J.-G.)  férection  d'une  cha- 
pelle à  la  mémoire  des  Confesseurs.  Cette  chapdle 
s'élevait  à  lendroit  où  avaient  lieu  les  supplices. 
(Voir  ci-dessus,  p.  io3.) 

Les  Actes  que  nous  venons  d'analper  nous  font 
connaître  les  noms  de  deux  gouverneurs  de  l'Os- 
rhoène  pendant  cette  période  :  Antonius  sous  Dio- 
clétien  et  Lysanias  sous  Licinius.  Nous  apprenons 
par  eux,  en  outre,  que  les  successeurs  de  Paiout 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  391 

au  siège  épiscopal  d'Edesse  furent  ^Abschelama  et 
Barsamya.  Palout  était  évêque  au  commencement 
du  ni*  siècle;  Barsamya,  contemporain  de  Fabianus 
de  Rome,  vivait  vers  aSo.  A  partir  de  cette  dernière 
date  jusqu'à  Gôna,  les  renseignements  font  défaut. 
Côna  était  déjà  évêque  d'Édesse  en  289,  selon  les 
Actes  de  Goaria  et  de  Schamoana;  en  3i3,  il  pose 
les  fondations  de  TEglise  d'Edesse^.  Entre  aSo 
et  289,  il  y  a  un  intervalle  de  trente-neuf  années. 
Il  est  difficile  d  admettre  que  Barsamya  ait  vécu 
assez  vieux  pour  qu'on  ne  soit  pas  obligé  de  sup- 
poser im  intermédiaire  entre  lui  et  Gôna.  Il  y  a 
plutôt  là  une  lacune  que  nous  ne  sommes  pas  en 
état  de  combler  ^. 

Les  persécutions  furent  un  obstacle  à  lextension 
du  christianisme  en  Mésopotamie.  Les  polémiques 
qu'avaient  entamées  les  différentes  sectes  religieuses 
subirent  im  arrêt.  La  lutte  ne  reprendra  qu'avec 
saint  Éphrem ,  un  siècle  plus  tard. 

La  littérature  est  surtout  apologétique.  Les  Actes 
des  martyrs ,  dont  nous  ne  possédons  que  des  rédac- 
tions postérieures  et  amplifiées ,  effilaient  de  pieuses 
lectures  propres  à  affermir  les  chrétiens  dians  leur 

^  Chronique  d'Édesse,  dans  Assëmani.  (B.  0.,  I,  p.  SgS.) 
^  Dans  les  Actes  de  Sckarbil,  Tiridath  le  prêtre  et  Schaloulâ  le 
diacre  accompagaeiit  Barsamya  dans  sa  visite  à  Scharbil.  M.  Tixe- 
ront  remarque  judicieusement  qu*on  peut  inférer  de  cette  donnée 
que  les  successeurs  de  Barsamya  furent  ces  deux  personnages.  Cest 
en  effet  avec  la  même  hiérarchie  qu  Aggai  et  Pdout,  les  futurs  suc- 
cesseurs d'Addai,  sont  indiqués  dans  la  Doctrine,  (Voir  Tixeront, 
Les  origines  de  l'église  d'Édesse,  p.  i5i.) 


392  novembre-Décembre:  isoi. 

foi  et  à  exciter  leur  zèle  religieux.  La  légende  d'Ab- 
gar,  dans  sa  forme  primitive,  parut  vers  la  même 
époque  ^  Elle  donnait  àTÉglise  d'Édesse  une  impor- 
tance fictive,  mais  de  nature  à  attacher  les  esprits 
crédules  des  lecteurs.  Ce  siècle  fut  peu  littéraire. 
L  essor  que  les  écrits  de  Bardesane  avaient  imprimé 
à  la  littérature  syriaque  n'eut  qu  une  courte  durée. 
Mais  il  renaîtra  bientôt,  quand  le  christianisme, 
affranchi  de  la  crainte  des  persécutions,  luttera 
contre  les  anciennes  hérésies  qu'il  déracinera,  et  se 
livrera  aux  stériles  discussions  de  la  christologie. 

*  Voir  ci-dessus,  p.  244* 


HISTOIRE  D'EDESSE.  393 


CHAPITRE  IX. 

iDESSE  PENDANT  LE  IV"*  SIECLE. 

L*Église  d*Ëdesse  s*affirme  comme  orthodoxe.  —  Evéques 
d'Edesse  pendant  ce  siècle.  —  Légende  édessénienne  re- 
lative à  Jolien  TApostat.  —  Les  orthodoxes  persécutés  par 
les  Ariens.  —  Saint  Ëphrem  et  ses  œuvres.  —  L'Ecole 
des  Perses  et  les  études  grecques  à  Ëdesse. 

La  paix  conclue  entre  Narsès  et  Dioclétien  assura 
quarante  années  de  tranquillité  à  la  Mésopotamie. 
En  3 1 3 ,  redit  de  Milan ,  suivi  bientôt  de  la  conver- 
sion de  Constantin  le  Grand,  assura  la  victoire  défi^ 
nitive  du  christianisme  sur  le  paganisme.  Désormais 
rÉglise,  maîtresse  de  ses  destinées,  s'occupe  de  fir 
xer  les  dogmes.  Les  questions  de  christologie  vont 
agiter  le  monde  chrétien.  L'Église  d'Edesse  entre 
dans  le  mouvement  et  prend  une  importance  qu  elle 
n'avait  pas  encore  eue. 

Jusqu'alors  la  Chronique  d'Edesse  n'avait  fait  men- 
tion des  chrétiens  que  d'une  manière  incidente,  à 
propos  de  l'inondation  de  201.  Mais,  à  partir  de 
3 1 3  ,  elle  rapporte  fidèlement  les  noms  des  évêqueis 
et  les  actes  de  leur  administration.  Cette  admi- 
nistration n'est  plus  limitée  aux  soins  du  culte,  elle 
s'étend  aux  établissements  religieux  et  aux  fonda- 
tions de  bienfaisance.  L'évéque  dispose  de  sommes 
importantes. 


394  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

Voici  la  liste  des  évéques  que  la  Chronique  â^É- 
desse  nous  fournit  pour  ce  siècle  : 

Côna,       avant  289  josqu^en  3i3. 


Sa'ad,         — 

3i3 

—      3a4. 

Âitallaha,   — 

3a  4 

—      346. 

Abraham,  — 

346 

36 1. 

Barsës ,       — 

36 1 

—      378. 

Vologèse ,   — 

379 

—      387. 

Cyrus,        — 

387 

—      396. 

Silvaniu ,    — 

396 

—      398. 

Pequida,    — 

398 

—      409. 

En  3 1 3 ,  peu  de  temps  avant  sa  mort,  Gôna  posa 
les  fondations  de  Téglise  d'Édesse,  qui  fut  achevée 
par  Sa^ad.  Il  s  agit  dWe  reconstruction  de  Tanr 
cienne  église  d'Ëdesse. 

En  Sad,  Âitallaha  construisit  le  cimetière  et  ie 
côté  est  de  Téglise.  L année  suivante,  il  souscrivit 
au  concile  de  Nicée  à  la  tête  des  évéques  de  la  Mé- 
sopotamie. L'Église  d'Édesse  par  cet  acte  affirme 
son  orthodoxie. 

Après  la  reconstruction  d'Amid  par  Constance, 
la  Mésopotamie  est  divisée  en  deux  provinces  : 
rOsrhoène  avec  Edesse  pour  capitsde  et  la  Méso- 
potamie proprement  dite ,  dont  Amid  forme  le  chef- 
lieu.  G  est  à  cette  nouvelle  division  que  fait  allu- 
sion la  Chronique  d*Édesse  quand  elle  dit  que, 
en  38 1,  Théodose  reconstruisit  Reschaina  dans 
YOsr}u)ènef  expression  dont  elle  se  sert  pour  la  pre- 
mière fois.  En  effet,  au  concile  de  Gonstantinople 
tenu  au  mois  d'octobre  de  la  même  année,  Tévéque 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  395 

d^Edesse  n  apparaît  plus  à  la  tête  de  la  Mésopo- 
tamie; Vologèse  ou  Eulogius  d*Edesse  représente  la 
province  de  rOsrhoène,  et  Maras,  évêque  d*Amid, 
signe  pour  la  province  de  la  Mésopotamie. 

En  828,  Téglise  d'Ëdesse  fut  reconstruite  et 
agrandie. 

En  346,  Abraham  succéda  à  Âitdlaha;  il  con- 
struisit Téglise  des  confesseurs. 

En  36 1,  Barsès,  qui  était  évêque  d'Harran,  fut 
appelé  au  siège  d'Edesse  devenu  vacant  par  la  mort 
d*  Abraham. 

En  370,  fut  construit  le  baptistère  d'Ëdesse. 

Pendant  les  dernières  années  de  Constantin ,  la  Mé- 
sopotamie orientale  fut  de  nouveau  troublée  par  les 
Perses.  Après  la  mort  de  cet  empereur  et  le  partage 
de  l'empire  entre  ses  fds,  Constance  occupa  TOrient , 
mais  ne  sut  pas  le  défendre  contre  les  rois  sassa- 
nides.  Nisibe  fut  assiégée  par  Sapor  II  en  338,  346 
et  35 o  ^.  Son  énergique  résistance  fit  échouer  les 
entreprises  successives  de  ce  roi  et  préserva  la  Mé- 
sopotamie. 

Une  expédition  dirigée  en  353  par  le  général 
Nohardès  contre  Batnan,  place  forte  de  la  plaine  de 
Saroug,  n'eut  pas  plus  de  succès^. 

En  359,  les  Perses  envahissent  le  nord  de  la 
Mésopotamie  et  mettent  le  siège  devant  Amid.  Pen- 
dant ce   temps,  Sabinianus,  qui  commandait  les 

^  Voir  Julien,  Orat.,  I,  p.  33;  OraU,  II,  p.  79;  comp.  Bickdl, 
S.  Ephrœmi  syri  Carmina  Nisibena,  p.  1 1  et  suiv. 
*  Ammien  Marcellin ,  1.  XIV,  cap.  ui. 


396  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

troupes  romaines  en  Mésopotamie,  campait  tran- 
quillement sous  les  murs  d^Ëdesse  dans  le  cime- 
tière ^  Amid  succomba  malgré  une  vigoureuse  sortie 
des  soldats  gaulois  de  la  garnison,  qui  infligèrent 
des  pertes  sensibles  aux  assiégeants.  En  reconnais- 
sance de  ce  fait  d'ar'mes,  Constance  érigea  auprès 
d'Ëdesse.  des  statues  aux  centurions  tombés  dans  le 
combat^. 

Constance  était  occupé  à  réunir  des  troupes  et 
des  vivres  quand  il  apprit  Tinsurrection  qui  donna 
le  pouvoir  à  Julien.  Celui-ci  prit  à  cœur,  de  rétablir 
les  affaires  en  Orient.  Il  se  rendit  en  Mésopotamie 
et  traversa  TEuphrate  près  de  Batnan.  Son  arrivée 
fut  d'abord  saluée  avec  joie  et  il  reçut  auprès  de 
Batnan  une  députation  édessénienne  qui  lui  offrit 
une  couronne  et  Tinvita  à  se  rendre  à  Edesse.  Mais 
fempereur  évita  cette  ville  où  il  craignait  un  mau- 
vais accueil  de  la  part  de  la  population  chrétienne; 
il  s'arrêta  seulement  à  Harran,  qui  était  encore  un 
rempart  du  paganisme  et,  à  ce  titre,  lui  était  plus 
sympathique  ^.  Sans  doute ,  à  l'instigation  des  Harra-^ 
niens,  il  fit  saisir  et  distribuer  à  ses  troupes  les  biens 
de  l'Eglise  orthodoxe  d'Ëdesse  et  prit  les  mesures 

^  Ammien  Marcellin ,  1.  XVIII,  cap.  vn. 

*  Ibid, ,  l.  XIX ,  cap.  m  et  vi. 

*  Voir  Zosime,  p.  i4i;  Théodoret,  III,  xxi;  Sozomène«  VI,  i. 
Animien  Marcdlin  (I.  XXIII,  cap.  in)  ne  parle  pas  de  Tentrée  de 
Julien  à  Edesse.  Suivant  une  tradition,  Julien  aurait  fait  subir  lo 
martyre  dans  cette  ville  à  Gemellus  de  Paphlagonie  qu'il  avait  rea- 
contre  à  Ancyre  et  qu'il  avait  traîné  à  sa  suite.  Voir  Menologiam 
Dasilii  Porphyrogenetœ ,  II,  p.  21* 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  397 

nécessaires  pour  éviter  un  soulèvement  dans  ia 
ville  ^  Selon  le  roman  syriaque  de  Julien,  suivi  sur 
ce  point  par  Barhebrœus  ^,  lempereur  aurait  en- 
voyé à  Edesse  une  députation  que  les  habitants 
auraient  refusé  de  laisser  entrer  après  Tavoir  inso- 
lemment outragée.  Le  roman  de  Julien  ajoute  que 
lempereur,  vivement  irrité,  avait  donné* Tordre  à 
Jovinien  (Jovien,  son  futur  successeur),  qui  se 
trouvait  alors  à  Nisibe  avec  un  corps  d'armée, 
d'aîler  châtier  la  ville  insolente.  Le  pieux  Jovien, 
qui  était  entièrement  dévoué  aux  chrétiens ,  est  très 
affecté  à  la  réception  de  cet  ordre  qu'il  commu- 
nique à  Tévêque  de  Nisibe.  Le  général  et  le  prélat 
unissent  leurs  prières  pour  détourner  de  la  ville 
sainte  la  calamité  qui  la  menace.  Leurs  prières 
sont  entendues  de  Dieu;  Julien  renonce  à  retirer 
les  troupes  de  la  frontière  perse  et  remet  sa  ven- 
geance au  retour  de  son  expédition  en  Babylonie. 
En  même  temps  Jovien  apprend  par  une  vision  que 
l'empereur  apostat  recevra  un  juste  châtiment  dans 
douze  semaines^. 

Sous  l'influence  du  roman  de  Julien,  l'auteur 
d'une  rédaction  des  Actes  de  saint  Éphrem,  dont 
nous  parlerons  plus  loin ,  rapporte  à  cet  empereur 
un  épisode  de  la  persécution  ordonnée  par  Valens 

^  Voir  Julien ,  Epist. ,  dans  Tédition  d'HertIein,  H,  p.  547» 

*  Voir  Julianos  der  Âhtmennige,  éd.  G,  Hoffmann,  p.  laa  etsuiv.; 

Nœldeke,  Z,  D»  M.  G,,  XXVIII,  p.  272;  Barhebraeus,  Ckron.  syr., 

68,  12. 

'  Voir  Julianos  der  Ahtruennige,  p.  i43;  Noddeke,  loc,  cit, 

XVIII.  27 


308  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

contre  les  orthodoxes  d'Ëdesse.  Julien ,  suivant  cette 
rédaction  ^ ,  envoie  des  députés  à  Edesse  pour  or- 
donner aux  habitants  de  venir  lui  rendre  hommage 
à  Harran  et  prendre  part  aux  sacrifices  offerts  aux 
dieux.  Les  Édesséniens  refusent  d  obtempérer  à  ses 
ordres  et  se  déclarent  prêts  à  mourir  plutôt  que  de 
renier  leur  foi.  Une  femme  se  présente  même  avec 
ses  deux  enfants  pour  recevoir  la  pahne  des  mar- 
tyres. Julien,  furieux  de  la  résistance  d'Édesse,  jure 
de  venger  cet  outrage  au  retour  de  son  expédition 
contre  les  Perses.  Le  pieux  Jovinien  (Jovien),  qui 
faisait  partie  de  l'expédition ,  pénètre  en  secret  à 
Edesse  et  prie  une  nuit  entière  dans  Téglise  de  la 
vierge  Marie  *^.  Une  vision  lui  annonce,  à  sa  grande 
joie,  que  Julien  recevra  bientôt  le  châtiment  de  son 
apostasie  et  qu  il  périra  pendant  l'expédition.  A  cet 
épisode  Tauteur  de  cette  rédaction  rattache  un 
hymne  attribué  à  saint  Éphrem  et  qui  se  rapporte 
évidemment  à  l'exil  de  l'évêque  Barsès,  comme  il 
est  indiqué  dans  la  seconde  rédaction.  Nous  re- 
produisons  ici  cet  hymne  '  avec  une  traduction 

^  Voir  Acta  S,  Ephrœmi,  d'après  un  manuscrit  du  Vatican,  dans 
l'édition  des  œuvres  de  saint  Éphrem  par  Bénédicte  et  Évodius  Asaé- 
mani,  S.  Ephrcemi  syri  opéra  omnia,  $yr.  lat,,  III,  p.  XX;  c£  J.  Âssé- 
mani,  BihL  orient,,  I,  p.  52.  La  rédaction  de  ces  Actes  contenue 
dans  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale,  n**  s 35,  fol.  i25« 
rapporte  avec  raison  cet  épisode  à  la  persécution  de  Valens,  comme 
nous  le  verrons  ci-après. 

'  Cette  é^se  ne  fut  construite  qu'à  la  fin  du  v*  ftiède;  voir  ci» 
dessus,  p.  io3. 

'  D'après  le  texte  imprimé  dans  l'édition  d'Évod«  Assémani, 
S.  Ephrœmi  opéra,  DI,  p*  LTlt. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  399 

française;  en  le  comparant  avec  celui  que  nous 
donnons  plus  loin  d après  l'autre  rédaction,  on 
verra  les  différences  sensibles  qui  les  distinguent. 


Ëdesse  a  abandonné  ses  biens 

Et  ses  maisons  restées  ouvertes; 

Elle  est  sortie  avec  son  pasteur, 

A  la  rencontre  du  pervers  pour 

[subir  le  supplice. 

Elle  n*a  pas  changé  sa  foi, 

Ni  son  amour  pour  son  Seigneur; 

Tous  ses  habitants  ont  renoncé  à 

[l'espoir. 

Et  ont  prononcé  ces  paroles  : 

Nous  devons  livrer  nos  biens 

Et  nos  maisons   et  tout  ce  que 

[nous  possédons, 

A  ce  tyran  qui  est  venu  à  nous, 

Et  nous  ne  changerons  pas  notre 

[foi. 

Ëdesse  pleine  de  bénédictions 

Et  parée  de  vertus , 

Douée  d'intelligence  et  d'une  con- 

[  science  vigilante , 

De  la  science  et  de  la  sagesse  ! 

Elle  a  ceint  ses  reins  de  la  foi 

Et  avec  son  Seigneur  elle  a  vaincu 

[les  hérésies. 

Sa  couronne  a  été  rehaussée  par 

[l'amour, 

27- 


t  o»laua*o»  J^,^•S.^»^   jlo 

« 

b  oo»  J^^)«  \io  "^jio  t^it^do 


I  i^illj  jLdOMâ  o^^o 


400 


NOVEMBREDEGEMBRE   1891. 


II» 


mOIIo) 


«.O^f 


I  W)o)?  C^  JâQâ  MOifo)  e) 


Que  le  Christbénisse  ses  habitants  I 

Ëdesse  s* est  parée  de  gloire 

Et  a  mis  son  orgaeil  dans  le  nom 

[de  Jésus; 

I  Jfe^JB^A^  oft^^id  ooLe    Elle  est  fière  aussi  de  son  envoyé, 

Addaî  le  bienheureux  apôtre  ! 

Ville  qui  égale  en  renom 

La  Jérusalem  céleste  I 

O  Edesse!  Combien  j'aurais  à  dire 

"^  fwalo    Et  à  proclamer  sur   tes  beautés 

[sublimes! 

I  )jC^A*7)L»  U)  1^1}    Dussé-je  être  vaincu  par  la  lon- 

[gueur  du  sujet, 

.oo  ^  «aoJ^a)  j)    Je  ne    cesserai    de   chanter    tes 

[louanges. 

La  mort  de  Julien  près  de  Ctésiphon,  en  363, 
termina  ia  campagne.  Jo^den,  nonuné  empereur 
par  Tarmée,  signa  avec  Sapor  une  paix  désavanta- 
geuse par  laquelle  il  abandonnait  Nisibe,  qui,  de- 
puis Dioclétien,  était  demeurée  au  pouvoir  des 
Romains.  Quoique,  aux  termes  du  traité  de  paix, 
cette  cession  n'ait  été  faite  que  pour  une  période  de 
cent  vingt  ans^,  cette  ville  demeurera  définitivement 
acquise  à  Tempire  perse.  Elle  reçut  une  colonie 
amenée  du  centre  de  la  Perse  ^,  qui  en  modifia 
Tesprit  et  l'attacha  à  ses  nouveaux  maîtres,  contre 

^  Voir  Chronique  de  Josué  le  Stylitc,  édit.  Wright,  chap.  vn. 
^  Voir  Tabari,  Gesckickte  der  Perser  nnd  Araber  nebersetzt  von 

Xœldeke,  p.  63. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  401 

lesquels  elle  avait  si  vaillamment  lutté  quelques  an- 
nées auparavant. 

La  retraite  de  Jovien ,  qui  ressembîait  à  une  dé- 
route, fut  vivement  ressentie  par  les  populations 
chrétiennes  des  bords  du  Tigre,  éprouvées  par  les 
persécutions  de  Sapor  et  dévouées  à  leurs  coreli- 
gionnaires de  rOccident. 

La  reddition  de  Nisibe  amena  Texpatriation  de 
la  partie  riche  et  éclairée  de  la  population  chré- 
tienne ,  qui  se  retira  vers  TOuest ,  principalement  à 
Edesse.  Parmi  les  émigrants  se  trouvait  saint 
Ephrem,  déjà  connu  par  les  poésies  qud  avait  com- 
posées dans  sa  ville  natale.  De  cette  époque  date 
vraisemblablement  la  fondation  à  Edesse  de  la  ce- 
lèbre  Ecole  des  Perses.  La  capitale  de  TOsrhoène 
devint  alors  un  centre  d'études  où  affluèrent  les 
chrétiens  orientaux.  Ce  mouvement  littéraire  et 
scientifique  de  TOrient  vers  TOccident  s  accentua 
pendant  le  v*  siècle ,  jusqu'à  la  destruction  de  TÉcole 
persane  d'Edesse,  ainsi  que  nous  le  verrons  sous  le 
chapitre  suivant. 

Jovien  se  hâta  de  traverser  la  Mésopotamie  et 
de  gagner  la  Syrie  en  passant  par  Edesse,  où  il 
semble  s'être  arrêté  quelques  jours  ^ 

Après  la  reddition  de  Nisibe  aux  Perses,  Amid 
et  Edesse  devinrent  les  deux  principaux  remparts 

^  Voir  le  roman  syriaque  de  Julien  TApostat,  JuUanos  der  Âb- 
truennigej  p.  228;  cf.  Nœldeke,  Z.  D.  M.  G.,  XXVllI,  p.  280.  Am- 
mien  Marcellin ,  Zosime  et  Philostorgue  sont  muets  sur  ce  passage 
de  Jovien  à  Edesse. 


402  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

de  la  Mésopotamie.  Valens,  qui,  après  Jovien,  eut 
le  gouvernement  de  TOrient,  tenta  en  vain  de  re- 
pousser les  attaques  de  Sapor  contre  cette  pro- 
vince. En  373,  il  se  rendit  à  Edesse  avec  Mo- 
destus,  préfet  du  prétoire.  L'Eglise  d'Edesse  était 
alors  divisée  en  orthodoxes  et  en  Ariens.  Les  Ariens, 
soutenus  par  l'empereur  qui  professait  leur  hérésie , 
formaient  un  parti  puissant.  Saînt  Ephrem  lutta  en 
vain  contre  eux  pendant  les  dernières  années  de  sa 
vie,  de  364  à  3^0,  et  consacra  plusieurs  de  ses 
hymnes  à  la  réfutation  de  leur  doctrine  ^  Arrivé  à 
Édesse ,  Valens  persécuta  les  orthodoxes ,  condamna 
à  Texil  févêque  Barsès  et  voulut  imposer  aux  habi- 
tants im  évêque  arien.  Barsès  quitta  Edesse  suivi  de 
ses  fidèles  au  mois  de  septembre  873.  C'est  à  cet 
exil  que  la  rédaction  des  Actes  de  saint  Ephrem  con- 
tenue dans  le  manuscrit  syriaque  2  35  (fol.  1 28-1 42  ) 
de  la  Bibliothèque  nationale  ^  rapporte  avec  raison 
l'épisode  que  la  rédaction  de  ces  Actes  ^  dans  le  ma- 
nuscrit du  Vatican ,  rattache  à  l'expédition  de  Julien 
en  Mésopotamie,  comme  nous  l'avons  dit  ci-dessus 
(p.  3  9  8) .  Suivant  cette  rédaction ,  pendant  qu'Ephrem 


^  Voir  Bickell,  5.  Ephrœnii  sjri  carmina  Nisibena,  prologomena , 
p.  8  et  2  3. 

*  Cette  rédaction ,  qui  diffère  sur  plusieurs  points  importants  du 
texte  du  Vatican  publié  par  Ev.  Âssémani,  a  été  mise  en  lumière 
pour  la  première  fois  par  M.  Bickell ,  dans  son  Conspectas  rei  Sy- 
rorum  litterariœj  1871,  p.  26  et  §eq.  ;  celui-ci  en  a  publié  des  pas- 
sages dans  la  Z.  D.  M.  G.,  XXVII,  p.  6oo-6o4.  M.  Lamy  l'a  puMiée 
en  entier,  d'après  une  copie  de  l'abbé  Martin,  dans  le  2"  volume  de 
son  édition  de  S,  Ephrœmi  syri  hymni  et  sermones,  p.  S-go^ 


HISTOIRE  Û'ÉDESSE.  4&3 

vivait  encore  à  Edesse  ^  l'empereur  Valens  vint  établir 
son  camp  sous  les  murs  de  cette  ville.  Il  donna 
alors  lordre  aux  habitants  de  se  rendre  auprès  de 
lui  pour  confesser  leur  foi.  Ceux-ci  se  rendirent 
à  la  basilique  de  saint  Thomas  pour  conjurer  par 
leurs  prières  le  danger  qui  les  menaçait.  Impa- 
tienté d'attendre,  Vdens  envoie  à  un  de  ses  géné- 
raux Tordre  de  pénétrer  dans  la  ville  et  d'en  mas- 
sacrer les  habitants.  Avant  d'en  venir  à  cette  mesure 
extrême ,  le  général  leur  adresse  plusieurs  avertisse- 
ments. C'est  pendant  ce  temps  qu'il  rencontre  une 
femme  conduisant  ses  deux  enfants  par  la  main  et 
prête  à  subir  avec  eux  le  martyre  plutôt  que  de 
renier  sa  foi.  Valens,  frappé  d'étonnement  devant 
un  pareil  sacrifice ,  se  contente  d'ordonner  l'exil  de 
l'évêque  et  du  clergé.  A  cette  occasion,  saint 
Ephrem  composa  l'hymne  suivant  ^  : 

.  ^wri»^39  ]J^}  W^i    Les  portes  des  maisons  sont  res- 

[tées  ouvertes, 

•  JSaAj  fA  ^9ie]  jxi'^A     Edesse  les  a  adandonnées  pour  sor- 

[tir 

.  »la»lt  liâ^^  hLi  «ik.    Avec  son  pasteur  vers  la  fosse  où 

[elle  doit  mourir 

^  Ephrem  mourut  le  9  juin  378;  l'exil  des  orthodoxes  eut  lieu 
quatre  mois  plus  tard  «  au  mois  de  septeihbre  de  la  même  année. 
Comp.  aussi  sur  ce  sujet  Théodoret,  Hist,  eccU,  IV,  p.  xiv-xv;  So- 
crate,  IV,  p.  xviii;  Sozomène,  VI,  p.  xviii. 

^  Gomme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  saint  Ephrem  était  déjà 
mort  lors  de  l'exil  de  l'évêque  Barsès.  L'hymne  que  nous  avons 
collationné  sur  le  manuscrit  de  Paris  a  été  publié  par  M.  Bickell , 
dans  la  Z.  D.  M,  G.,  XXVIÏ,p.  60 4;  cdui-ci  en  avait  donné  aupa- 


404  NOVEMBREDÉGEMBRE  1801. 

•  oiLoao«oi  «fib^lL  Jlo  Plutôt  que  de  renier  sa  foi. 

I  JLiodo  |>aA.o  lta«f)o  Que  la  ville ,  le  rempart ,  les  édifices 

•  yodotAJBu  1j±^^^  iJ^do  Et  les  maisons  soient  livrés  au  roi  ! 

I  ^oAAj  Ldcnjo  luuD  Nos  biens,  notre  or,  abandonnons- 

I  ylaaa«9i  «stwj  Jlo  £t  ne  changeons  pas  notre  foi!  [les 

.  Iloa^Li  JS:^âo  mchioI  Edesse,  pleine  de  chasteté, 

•  UéQAo  Jbo»  ic:^^  Pleine  de  sagesse  et  d*inteliigence  ; 
t  U^h  1^"^  ÎSSi«^'^  Vêtue  des  charmes  de  Tespritl 

.  )laitt«ei  oïl*^  wm|  La  ceinture  de  ses  reins  est  la  foi , 

t^  JLaf  )t.A.x0  o»uf     Ses  armes,  la  vérité  qui  triomphe 

[de  tout, 

•^  oioaô  JLda«»  ô;^^    Sa  couronne,  Tamour  qui  grandit 

[tout. 

^iÀt  Jiiiav»    Que  le  Christ  bénisse  ses  habitants! 

otiojtf  ««oKiol    Edesse  dont  le  nom  fait  son  orgueil , 

.  ôittN^oiP  oifot^  ^o    Et  le  nom  de  son  apôtre ,  sa  gloire , 

•  oa«ad  oU^  yuko    Et  le  nom  de  son  pasteur,  son  m- 

[telligence, 

•  c(il«âu»  Ipo  l^xi^ao    Ville ,  maîtresse  de  ses  compagnes , 
•  IL^M^  ô^Mf  |^J«^    Ville  qui  est  Tombre 

•  Laajkf  )(&^>o|  m»}    De  la  Jérusalem  des  cieux  ! 

Barsès  mourut  en  exH  au  mois   de  mars  SyS, 
cinq  ans  après  avoir    quitté   son   siège  épiscopal. 


ravant  une  traduction  latine  dans  son  Conspectas  rei  Syr,  litterarim, 
p.  a 8.  Dans  l'édition  de  M.  Lamy,  mentionnée  ci-dessus,  il  se  trouve 
p.  78  du  tome  IL  Son  texte  di£fôre  notablement  de  celui  que  nous 
avons  reproduit  ci-dessus,  p.  399;  il  est  incontestablement  meil- 
leur. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  405 

A  la  fin  de  la  même  année ,  la  mort  de  Valens  vint 
mettre  un  terme  au  triomphe  des  Ariens  et  les  or- 
thodoxes rentrèrent  à  Edesse  le  27  décembre  3 78. 

L'émigration  des  orthodoxes  amena  une  pertur- 
bation momentanée  dans  les  affaires  de  la  ville.  Mais 
une  autre  cause  d'appauvrissement  autrement  grave , 
ce  fut  lentretien  des  troupes  romaines  qui  campaient 
autour  d'Edesse  pendant  les  expéditions  en  Méso- 
potamie et  qui  rendaient  particxdièrement  onéreuses 
les  charges  municipales  de  fOsrhoène.  Valens,  par 
un  rescrit  adressé  en  376  à  Modestus,  préfet  du 
prétoire ,  força  les  principaux  habitants  à  consacrer 
un  de  leurs  fils  à  la  curie  ^  Cette  obligation  fut  con- 
firmée en  384  par  une  loi  de  Théodose  ^. 

Vologèse  (Ëulogius)  succéda  à  Barsès  en  379, 
l'année  même,  remarque  la  Chronique  d' Edesse,  que 
Théodose  monta  sur  le  trône.  Il  construisit  l'ég^se 
de  Mar  Daniel,  qui  fut  appelée  ensuite  l'église 
de  Mar  Domitius.  Sous  Cyrus,  son  successeur,  le 
22  août  394,  on  porta  la  châsse  de  saint  Thomas 
au  grand  temple  désigné  sous  le  vocable  de  cet 
apôtre. 

Théodose  interdit  les  sacrifices  païens  et  fit  fermer 
les  temples  des  dieux.  11  autorisa  cependant ,  par  un 
décret  adressé  à  Palladius  en  382 ,  le  maintien  d'un 
panthéon  de  l'Osrhoène,  rempli  d'idoles  de  prix  et 


*  Cod,  Just,,  XII,  lit.  Lvni,  5.  La  citation  de  Bayer  {Hist,  Os- 
rhoena,  p.  226)  est  incomplète.    , 
'  Cod,  Theod.,  XU,  tit.  x,  io5. 


406  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

de  riches  ex-voto,  mais  à  la  condition  quii  servirait 
de  lieu  d'assemblée  pour  ie  peuple  et  qu  il  n'y  serait 
pas  sacrifié  ^. 

Sous  cet  empereur,  la  Mésopotamie  jouit  de  la 
tranquillité,  grâce  aux  rivalités  qui  divisaient  les 
Perses.  En  384,  Sapor  III  envoya  une  députation 
qui,  après  de  longs  pourpariers,  signa  la  paix  avec 
les  Romains  ^. 

Cette  province  fut  cependant  troublée  pendant 
quelque  temps  par  l'invasion  des  Huns  qui,  au  mois 
de  juillet  3 96,  ravagèrent  l'Arménie,  la  Syrie  et  la 
Mésopotamie^. 

Le  2  *2  juillet  896,  Cyrus ,  évêque  d'Edesse ,  mourut 
et  Silvanus  lui  succéda  à  la  fin  de  la  même  année 
ou  au  commencement  de  l'année  suivante.  Celui-ci 
mourut  le  1 7  octobre  398  et  fut  remplacé  par  Pe- 
quida  le  28  novembre  suivant. 

La  gloire  littéraire  de  ce  siècle ,  ce  fut  l'illustre  saint 
Ephrem.  Malgré  le  vif  éclat  dont  le  nom  de  ce  Père 
de  rÉglise  syriaque  brilla  de  son  vivant  même ,  on 

ï  Cod,  Theod,,X\l,  lit.  x,  3. 

^  Marcellin  Cornes,  p.  85;  Nœldeke,  Tabari,  p.  70,  note  3. 

^  Voir  Josué  le  Stylite»  édit.  Wright,  chap.  ix;  Liber  Chati- 
pkarum,  dans  le  premier  volume  des  Anecdota  syriojca  de  Land, 
p.  108;  Nœldeke,  Tahari,  p.  7^1  note  1.  Suivant  l'auteur  des  Acia 
S,  Ephrœmi,  dans  le  manuscrit  de  Paris  (voir  Bickell,  Conspectus 
rei  Sj^r.  litterariœ,  p.  2'j;  Z.  D.  M.  G.,  XXVII,  p.  602 -6o3;  Lamv, 
5.  Ephrœmi  syri  hymni  et  sermones.  II,  p.  74-76),  cette  invasion 
aurait  eu  lieu  du  vivant  de  saint  Ephrem ,  qui  écrivit  à  ce  sujet. 
Mais  Ephrem  était  mort  déjà  depuis  vingt -trois  ans.  «Les  Huns, 
dit  cet  auteur,  pillèrent  les  couvents  de  moines  et  de  nonnes  qui 
se  trouvaient  sur  la  montagne  sainte  d'Edesse.  » 


HISTOIRE  D'ÉDESSK  407 

possède  peu  de  renseignements  certains  sur  sa  vie , 
qui  semble  s'être  écoulée  dans  l'ascétisme  lé  plus 
humble.  Sa  biographie  est  donnée  dans  des  Actes 
dont  les  deux  rédactions  connues  ^  diffèrent  sur  plu- 
sieurs points  importants,  mais  qui  toutes  deux  sont 
pauvres  en  dates.  Le  texte  du  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque nationale  qui  contient  Tune  de  ces  rédactions 
est  de  beaucoup  préférable  à  celui  du  manuscrit  du 
Vatican  qui  renferme  l'autre.  11  .suffira  d'analyser  ici 
ces  Actes  d'une  manière  sommaire,  en  laissant  de 
côté  les  anecdotes  et  les  miracles  dont  l'imagination 
orientale  les  a  ornés. 

Saint  Ephrem,  rapportent  ces  Actes,  naquit  à 
Nisibe,  au  temps  de  Constantin,  d'un  père  qui  était 
dans  cette  ville  prêtre  d'une  idole  appelée  Âbizal 
(Abnil,  dans  le  manuscrit  du  Vatican).  Dès  son  en- 
fance il  refusa  de  prendre  part  aux  sacrifices  offerts 
aux  dieux.  Son  père,  ne  pouvant  vaincre  sa  résis- 
tance, le  chassa  un  jour  de  sa  maison.  Ephrem  se 
rend  alors  auprès  de  Jacques,  évêque  de  Nisibe, 
qui  l'admet  au  nombre  de  ses  disciples  et  l'emmène 
avec  lui  au  concile  de  Nicée. 

Après  la  mort  de  Constantin ,  Sapor  vint  mettre 
le  siège  devant  Nisibe.  11  était  sur  le  point  de  s'em- 
parer de  la  ville,  lorsque,  à  la  prière  d'Éphrem, 


*  Voir  sur  ces  rédactions  ci-dessus,  p.  SgS,  note  i,  et  p.  4o2 , 
note  2.  Un  résumé  très  succinct  de  cette  biographie  se  trouve  aussi 
dans  un  manuscrit  de  la  Bibliothèque  de  Berlin  (coll.  Sachau, 
n**  i65,  fol.  6);  M.  Lamy  l'a  communiqué  dans  son  édition  de 
S,  Epîirœmi  syri  hymni  et  sermones ,  II,  viii,  note  5. 


408  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

des  armées  de  mouches  et  de  taons  s'abattirent  sur 
les  éléphants  et  les  chevaux  de  Tarmée  perse  et  for- 
cèrent Sapor  de  renoncer  à  son  entreprise  ^.  Jacques 
ne  survécut  à  ce  siège  que  quelques  jours;  Ephrem 
continua  à  séjourner  à  Nisibe  et  à  s  y  perfectionner 
dans  tous  les  genres  de  la  vertu ,  jusqu'à  la  reddition 
de  cette  place  aux  Perses.  11  se  rendit  alors  à  Beith- 
Grarbaia,  où  il  avait  reçu  le  baptême  à  Tâge  de  dix- 
huit  ans  2,  après  avoir  été  instruit  dans  les  saintes 
Ecritures.  Les  persécutions  dirigées  contre  les  chré- 
tiens de  la  Perse  le  forcent  à  se  retirer  à  Amid ,  mais 
il  y  demeure  peu  de  temps;  à  la  fin  de  la  même 
année,  il  se  fixe  à  Edesse.  Il  se  loue  d'abord  comme 
serviteur  dans  un  établissement  de  bains,  pour  s'as- 
surer les  moyens  de  vivre  ;  puis ,  poussé  par  le  goût 
des  études  et  de  la  vie  ascétique,  il  quitte  la  ville 
et  se  choisit  une  retraite  sur  la  montagne  sainte 
d'Edesse  au  milieu  des  anachorètes.  Son  commen- 
taire sur  la  Genèse  le  met  en  évidence  et  il  est  sol- 
licité de  venir  enseigner  à  l'Ecole  d'Edesse.  Il  veut 
refuser  cet  honneur,  mais  une  vision  céleste  le 
force  à  accepter.  C'est  à  cette  époque  qu'il  rédige 
ses  écrits  contre  les  hérétiques.  Son  enseignement 
lui  attire  un  grand  nombre  de  disciples ,  parmi  les- 


^  Il  s'agit  du  siège  de  l'année  338;  comp.  Barhebrœus,  Ckron. 
syr,,  p.  66;  Liber  Chalipharnm,  dans  Land,  Anecd.  syr,,  I,  p.  a 
(p.  io4  de  la  traduction);  Théodoret,  Hiii.  eccL,  U,  p.  26;  Lamy, 
•S.  Ephrœmi  hymni  et  sermones.  H,  p.  19,  note. 

^  Dans  le  manuscrit  du  Vatican  :  où  i7  reçat  le  baptême  à  l'âge 
de  vingt-huit  ans. 


HISTOIRE  D*ÉDESSE.  409 

quels  se  trouvaient  Zénobius,  le  diacre,  Mar  Isaac, 
Asuna,  Julien  et  Siméon^. 

Le  bruit  qui  se  faisait  à  ce  moment  autour  du 
nom  de  saint  Basile  et  qui  se  répandait  partout  le 
remplit  du  désir  de  connaître  cet  illustre  évêque. 
Il  part  accompagné  d  un  interprète ,  car  il  ne  savait 
pas  le  grec.  Arrivé  au  bord  de  la  mer,  il  trouve  un 
navire  en  partance  pour  TEgypte;  il  s'y  embarque 
et  descend  dans  lancien  pays  des  Pharaons,  qu'il 
trouve  en  proie  à  larianisme.  Il  passe  huit  ans  à 
combattre  cette  hérésie,  puis  il  part  pour  Césarée 
de  Gappadoce.  Saint  Basile  laccueille  avec  joie  et 
lui  confère  le  diaconat.  Ayant  appris  que,  pendant 
son  absence,  les  hérésies  avaient  relevé  la  tête  à 
Edesse ,  Ephrem  retourne  en  Mésopotamie.  Il  passe 
par  Samosate  et  rentre  à  Edesse.  Il  recommence 
aussitôt  à  lutter  contre  les  sectateurs  de  Bardesane , 
d'Arius ,  de  Manès  et  de  Marcion ,  qu  il  foudroie  de 
ses  hymnes  virulents. 

Quatre  années  s'étaient  écoulées  depuis  son  re- 
tour dans  la  capitale  de  TOsrhoène,  lorsque  saint 
Basile  lui  adressa  deux  légats  chargés  de  le  consacrer 
évéque.  Saint  Ephrem  refusa  d'accepter  cette  di- 
gnité et  sut  par  des  subterfuges  échapper  aux  solli- 
citations de  son  entourage.  Il  eut  pour  ami  Mar 
Saba,  un  pieux  moine,  en  l'honneur  duquel  il  com- 


^  Dans  le  manuscrit  du  Vatican  ;  Zënobius,  le  diacre,  Isaac, 
Siméon  et  Abraham.  Dans  le  Testament  d' Ephrem  :  Abha,  Abraham  « 
Siméon ,  Mara  et  Zénobius. 


410  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

posa  plusieurs  hymnes  ^  U  écrivit  des  poésies  sur 
des  évêques  et  des  personnages  pieux  de  son  temps, 
sur  la  chute  de  Nicomédie,  sur  Nisibe  et  son  évêque 
Jacques,  sur  Constantin.  li  commenta  l'Ancien  et 
le  Nouveau  Testament,  décrivit  les  fléaux  dont  il 
fut  le  témoin  et  consacra  des  hymnes  aux  martyrs 
d'Edesse,  Gouria  et  Schamouna^. 

Du  vivant  de  saint  Éphrem,  ajoutent  ces  Actes, 
eurent  lieu  Imvasion  des  Huns^  et  la  persécution 
de  Valens  contre  les  orthodoxes  ^.  Saint  Basile  pré- 
céda dans  la  tombe  saint  Éphrem,  qui  composa 
plusieurs  hymnes  sur  ce  saint  évêque. 

A  la  piété  Saint  Éphrem  joignait  la  charité,  dont 
il  donna  des  exemples  pendant  une  famine.  H 
mourut  entouré  de  la  vénération  de  tous  et  ses  ob- 
sèques attirèrent  une  foule  considérable  de  tous  les 
lieux  voisins. 

Selon  cette  biographie,  saint  Éphrem  naquit  sous 
Constantin ,  fut  baptisé  à  fâge  de  dix-huit  ans  et  sui- 
vit Jacques  de  Nisibe  au  concile  de  Nicée  en  32  5. 
Cette  dernière  date  nous  oblige  à  reporter  la  naissance 
de  saint  Éphrem  à  la  première  année  du  règne  de 
Constantin ,  en  3o6 ,  en  supposant  que  saint  Éphrem 
n'était  devenu  chrétien  quun  an  avant  son  départ 


^  Édités  par  M.  Lamy  dans  5.  Ephrœmi  hymni,  ni,p.  887*936. 

*  Voir  ci-dessus ,  p.  388. 

•''  Voir  ci-dessus,  p.  4o6,  note  3. 

*  Voir  ci-dessus,  p.  4o2.  Dans  le  manuscrit  du  Vatican,  cette 
persécution  est  rapportée  à  Julien  au  lieu  de  Valens  *  comme  nous 
l'avons  dit  plus  haut,  p.  398. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  411 

pour  Nicée.  Mais  sa  présence  à  Nicée  semble  fort  pro- 
blématique, comme  le  remarque  M.  Nœideke  ^  car  il 
n  y  est  fait  nulle  part  allusion  dans  ses  écrits.  Si  la 
date  de  sa  naissance  est  incertaine,  celle  de  sa  mort 
est  connue  ;  elle  tombe  le  9  juin  3  7  3  ^.  Ephrem ,  ayant 
quitté  Nisibe  en  3  6  3 ,  ne  vécut  à  Edesse  que  dix  années 
au  plus,  peut-être  même  neuf,  si  Ton  admet  avec 
son  biographe  qu  il  n  arriva  à  Edesse  qu  une  année 
après  son  départ  de  Nisibe.  Son  activité  intellec- 
tuelle dans  rOsrhoène  fut  prodigieuse,  comme  lat- 
test^nt  les  nombreuses  œuvres  qu  il  écrivit  à  cette 
époque-là;  celles-ci  suffisent  largement  à  remplir  la 
dernière  période  de  son  existence.  Il  n  est  donc  pas 
admissible  qu  il  ait  passé  huit  ans  en  Egypte.  Son 
voyage  dans  ce  pays  doit  être  tenu  pour  fictif,  ainsi 
que  sa  visite  à  saint  Basile  à  Césarée  de  Cappa- 
doce. 

La  vie  de  ce  Père ,  si  pauvre  qu  elle  soit  de  faits 
positifs,  a  dû  être  écrite  de  bonne  heure  après  la 
mort  de  saint  Ephrem,  observe  M.  Nœideke^,  car 
elle  fut  utilisée  par  des  auteurs  du  commencement 
du  v*  siècle  et  peut-être  de  la  fin  du  IV^  Cependant 
les  rédactions  que  nous  en  possédons  sont  de  beau- 
coup postérieures.  A  propos  de  larrivée  d*Ephrem 

*  Voir  Gôtting,  Gelehrte  Anzeigen,  1887,  p.  83. 

*  D'après  la  Chronique  d' Edesse  dans  Assémani,  J5.  0.>  I,  p.  54  ; 
Jacques  d'Édesse,  dans  Lamy,  5.  Ephrœnii  kymni,  II,  p.  vm, 
note  2,  et  d'autres  auteurs;  comp.  Bickell,  S.  Epkrœmi  carmina 
Nisibena,  p.  9,  note;  Nœideke,  Gôtt,  Gelehrte  Anzeigen,  1887, 
p.  84. 

'  Loc»  cit,  p*  Sa* 


412  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

à  Edesse,  elles  parient  du  fleuve  du  Daiçan  qai  en- 
toure la  ville;  or  ce  n  est  que  sous  Justinien  que  le 
Daiçan  reçut  cette  direction,  comme  nous  lavons 
rapporté  ci- dessus  (p.*  9  4).  Le  manuscrit  du  Va- 
tican mentionne  les  Stylites  aux  obsèques  d*Ephrem; 
cet  ordre,  comme  Ta  remarqué  Assémani  ^  fut 
fondé  par  Siméon  en  AS 9. 

La  grande  influence  qu  Ephrem  exerça  en  Orient 
lui  valut  le  titre  de  Prophète  des  Syriens.  Cette  in- 
fluence ne  fut  pas  limitée  à  la  Syrie  et  à  la  Mésopo- 
tamie, mais  s'étendit  sur  tout  le  monde  chrétien.  On 
possède  de  ses  écrits  des  traductions  grecques,  ar- 
méniennes, coptes,  arabes,  éthiopiennes,  etc.  C'est 
surtout  par  la  poésie  qu  il  chercha  à  inculquer  à 
ses  disciples  les  doctrines  qu'il  professait.  Il  avait, 
nous  apprend  son  biographe,  constitué  un  chœur 
de  vierges,  qui  se  rendaient  assidûment  à  l'église 
matin  et  soir,  et  chantaient  sous  sa  direction  les 
hymnes  qu'il  avait  composés.  C'est  également  par 
des  hymnes  (et  en  cela  il  se  montra  l'heureux  émule 
de  Bardesane)  qu'il  combattit  les  nombreuses  sectes 
hérétiques  répandues  dans  l'Asie  antérieure  et  parmi 
lesquelles  ce  Père  de  l'Eglise  cite  lui-même  les  Ariens , 
les  Eunomiens,  les  Catharistes,  les  Ophites,  les  Mar- 
cionites,  les  Valentiniens,  les  Manichéens,  les  Bar- 
desanites,  les  Koukoiens,  les  Paulianistes ,  les  Sab- 
batiens  et  les  Borboriens  ^.  Ses  principales  attaques, 


^  Voir  Assémaui,  B.  0.,  1,  p.  54. 
*  Ibidé,  p.  i45. 


HISTOIRE   D*ÉDESSE.  413 

comme  le  remarque  son  biographe,  furent  dirigées 
contre  les  doctrines  de  Marcion,  de  Manès,  de  Bar- 
desane  et  d'Arius.  Elles  datent  de  Tépoque  qu*ii 
vivait  à  Edesse.  Les  poésies  qu'il  composa  à  Nisibe 
ont  trait  surtout  à  l'histoire  de  cette  ville  et  aux  sièges 
qu'elle  eut  à  subir  pendant  les  premières  années  du 
règne  de  Sapor  II. 

Les  poésies  de  saint  Ephrem  se  divisent  en  ho- 
mélies ();;ioJl^,  mimré)  et  en  hymnes  (JLa?*Jo,  ma- 
dvâsché).  Les  homélies  se  com^posent  de  vers  de 
sept  syllabes.  Les  Syriens  ont  aussi  donné  le  nom 
d'homélies  à  quelques-unes  des  compositions  en 
prose  de  cet  auteur.  Les  hymnes  sont  formés  de 
strophes  qui  comprennent  plusieurs  vers  ayant  soit 
un  nombre  égal  de  syllabes,  soit  un  nombre  diffé- 
rent ^  Ces  hymnes  et  ces  homélies  servirent  de 
modèle  aux  Pères  de  l'Eglise  syriaque  qui  culti- 
vèrent ce  genre  de  littérature;  ils  prirent  placé  dans 
les  rituels ,  bréviaires  et  recueils  destinés  aux  offices, 
aussi  bien  chez  les  orthodoxes  que  chez  les  Jaco- 
bites  et  les  Nestoriens.  Souvent,  il  est  vrai,  on 
attribua  à  ce  Père  des  œuvres  de  ses  disciples  ou 
d'auteurs  moins  connus. 

Les  commentaires  de  saint  Ephrem  sur  l'Ancien 
Testament  ne  nous  sont  parvenus  que  fragmentai- 
rement  dans  une  Catena  Pati^um  in  Scriptarani  ré- 
digée par  Sévère,  un  moine  d'Antioche,  en  861. 
La  majeure  partie  a  été  publiée  dans  l'édition  ro- 

*  Voir  Lamy,  S.  Ephrœmi  kj'mni  et  sermones,  ÏII,  p.  vm. 
XYIII.  28 


lOJALa 


414  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

maine  ^  ;  une  autre  partie  dans  Tédition  de  M.  Lamy  K 
Ils  sont  basés  sur  la  version  syriaque  dite  Peschito  ^. 
Les  commentaires  sur  le  Nouveau  Testament,  qui 
ne  nous  ont  pas  été  conservés  dans  le  texte  original , 
suivaient  la  même  version  ;  mais  saint  Ëphrem  se 
servit  aussi  du  Diatessaron  de  Tatien ,  dont  il  fit  un 
commentaire  qui  nous  est  connu  par  une  version 
arménienne.  C*est  également  dans  une  version  ar- 
ménienne que  son  commentaire  sur  les  Epîtres  de 
saint  Paul  nous  a  été  transmis. 

Saint  Ephrem  est  encore  Fauteur  de  nombreux 
discours  exégétiques  en  prose. 

Les  publications  de  ses  œuvres  se  sont  beaucoup 
accrues  depuis  la  grande  édition  romaine,  due  aux 
maronites  Bénédicte  et  Assémani. 

M.  Bickeli  a  fait  paraître  en  1866  une  collection 
d^hymnes  sous  le  titre  de  S.  Ephrœmi  syri  camdna 
Nisihena  qui  renferme,  outre  les  poésies  composées 
à  Nisibe,  des  hymnes  relatifs  à  Edesse  et  à  Harran 
et  qui  appartiennent  à  la  seconde  époque  de  l'au- 
teur. 

Le  recueil  de  M.  Overbeck,  intitidé  S.  Ephrœmi 
syri.  .  .  op^ra,  contient  des  hymnes  contre!  empereur 
Julien  composés  à  Nisibe,  des  traités  contre  les  héré- 


*  Voir  S,  Ephrœmi  syri  Opp,  syr,  lat. ,  t.  I-II. 

*  Voir  5.  Ephrœmi  syri  hymni  et  sermones,  II,  p.  10 5-3 10. 

^  Saint  Ephrem ,  ne  sachant  pas  le  grec ,  ne  pouvait  consulter  la 
Septante.  Les  citations  qui  viennent  de  cette  source  sont  donc  des 
interpolations  postérieures  à  saint  Ephrem;  comp.  Nœldeke,  GôtU 
Gelehrte  Ânzeigen ,  1887,  p.  81. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  415 

tiques,  des  fragments  de  commentaire,  divers  traités, 
une  épître,  des  hymnes  sur  le  paradis  et  une  ho- 
mélie sur  le  baptême  de  Constantin. 

M.  Zingerle  a  publié  quelques  homélies  ^ 
Enfin  l'importante  publication  de  M.  Lamy  que 
nous  avons  eu  l'occasion  de  citer  souvent  plus  haut 
comprend  sous  le  titre  de  Hymni  et  sermones  les 
œuvres  de  ce  Père  qui  se  trouvaient  encore  inédites 
dans  les  diverses  bibliothèques  de  l'Europe,  surtout 
dans  celle  du  British  Muséum. 

On  a  parfois  attribué  à  saint  Ephrem  des  ouvrages 
qui  lui  sont  postérieurs  et  qui  appartiennent  à  son 
école.  De  ce  genre  est  le  soi-disant  Testament  de  saint 
Lphrem^.  Mais  on  peut  considérer  comme  véridique 
l'attribution  que  Salomon  de  Bassora  a  faite  à  cet 
auteur  du  poème  sur  Joseph  ^.  Le  mètre  heptasylla- 
bique  et  le  style  favorisent  cette  hypothèse ,  quoiqu'un 
manuscrit  en  revendique  la  paternité  pour  Mâr 
Balai ^.  Ce  poème,  qui  renferme  douze  chants,  vient 
d'être  publié  par  M.  Bedjan  dans  une  deuxième 
édition  complète.  La  première  édition,  parue  en 
1887,  ne  comprenait  que  les  dix  premiers  chants. 


^  S.  p.  Ephrœmi  sermones  duo,  dans  ses  Monamenta  syriaca,  I, 
p.  4 ,  1869. 

*  Voir  S,  Ephrœmi  sjri  opéra  grœca,  édit.  Ev.  Assémani,  II» 
p.  3.45-4 10  (avec  variante,  p.  433);  Overbeck,  S.  Ephrcemi... 
opéra,  p.  137-1 56. 

'  Voir  The  hook  oj  the  bee,  édit.  Budge,  p.  47,  •  5. 

*  Voir  Overbeck,  S.  Ephrœmi.  .  .  opéra,  où  sont  édités  les 
chants  I  et  VIII,  p.  270  et  suiv. 


416  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

M.  Laniy  en  avait  reproduit  le  texte  avec  une  tra- 
duction latine  dans  le  troisième  volume  de  son  ou- 
vrage intitulé  :  S.  Ephrœmi  hymni  et  sermones.  C  est 
dans  des  manuscrits  venus  de  TOrient  que  M.  Bedjan 
a  eu  rheureuse  fortune  de  trouver  d  abord  les  dix 
premiers  chants  et  ensuite  les  deux  derniers  chants. 
La  deuxième  édition  est  suivie  d'un  petit  poème  sur 
la  prétendue  translation  des  reliques  de  Jacob  à  Con- 
stantinople,  dont  Tauteur  est  désigné  sous  le  nom  de 
Bani.  Salomon  de  Bassora  pariait  aussi  d'un  treizième 
chant  sur  la  translation  de  ces  reliques. 

On  cite  encore  saint  Ephrem  comme  lauteur 
d'une  vie  de  Mâr  Abraham  de  Kidouna.  M.  Lamy 
vient  de  publier  dans  le  dixième  volume  des  Analecta 
Dollandiana  le  texte  syriaque  de  cet  opuscule,  qui 
paraît  être  postérieur  à  saint  Ephrem.  Les  quinze 
hymnes  que  ce  Père  avait  consacrés  à  son  ami 
Abraham  de  Kidouna  ont  été  publiés  par  M.  Lamy 
dans  S.  Ephr,  hymni,  III,  p.  -ySo  et  suiv. 

Saint  Ephrem  était  doué  d'une  imagination  ar- 
dente, mais  il  est  prolixe  et  son  style  manque  de 
chaleur.  Ses  poésies ,  qui  ressemblent  à  de  la  prose 
rythmée,  étaient  admirablement  adaptées  au  plain- 
chant  de  l'église.  Ce  genre  de  littérature  porte  bien 
l'empreinte  du  génie  syrien,  qui  ne  s'éleva  jamais 
plus  haut. 

Saint  Ephrem  professa  à  Edesse  sans  doute  à 
l'Ecole  des  Perses.  Il  eut  de  nombreux  disciples, 
dont  quelques-uns  ont  passé  à  la  postérité.  Le  Tes- 
tament de  saint  Ephrem  cite  :  Abha,  Abraham,  Si- 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  417 

méon,  Mara  d'Aghel  et  Zénobius  de  Gozarle,  aux- 
quels on  doit  ajouter  Isaac  et  Jacob  ^ 

Abha  est  indiqué  comme  l'auteur  d  un  commen- 
taire sur  les  Evangiles,  d'un  discours  sur  Job  et 
dune  explication  du  verset  9  du  psaume  xlii^. 

Zénobius,  qui  était  diacre  de  l'Eglise  d'Edesse, 
écrivit  des  traités  contre  Marcion  et  Pamphyle, 
et  plusieurs  épîtres^.  Il  fut  le  maître  d'Isaac  d'An- 
tioche  et  d'Absamia ,  le  neveu  d'Ephrem ,  dont  nous 
parlerons  sous  le  chapitre  suivant. 

Isaac  fut  presbyter  et  écrivit  sur  la  Trinité.  On 
lui  attribue,  ainsi  qu'à  Zénobius,  une  Vie  de  saint 
Ephrem  ^. 

La  gloire  de  saint  Ephrem  semble  avoir  éclipsé 
et  fait  tomber  dans  l'oubli  les  autres  auteurs  édessé- 
niens  de  ce  siècle.  L'Ecole  des  Perses  prospérait  et 
attirait  à  Edesse  des  étudiants  accourus  des  divers 
points  de  la  Mésopotamie  et  principalement  des 
provinces  chrétiennes  de  la  Perse,  en  proie  aux  per- 
sécutions des  Mages.  L'activité  de  cette  école  était 
dirigée  vers  les  études  grecques  considérées  comme 
une  des  branches  de  la  théologie.  A  ce  siècle  re- 
montent certainement  des  traductions  des  œuvres 

^  Comp.  ci-dessus,  p.  409;  Assémani,  B.  0.,  I,  p.  25;  Wright, 
CaiaL  of  the  Sjriac  m.s.,p.  992,  col.  2,  et  Sjriac  literature,  dans 
V Encjclopedia  britannica. 

^  Comp.  Wright,  Catal,  of.  the  Sjr.  ms.,  83 1,  col.  1;  1002, 
col.  1  ;  Sjriac  literature,  p.  85. 

^  Voir  Catalogue  d'Abdischo,  dans  Assémani,  B.  O.  I,  p.  168.  Of. 
ibid.,  in,  I,  p.  43. 

*  Voir  Catalogue  d'Abdischo,  lac.  cit. 


418  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  i891. 

d*Eusèbe.  «  Les  plus  anciens  manuscrits  syriaques 
sont  édesséniens,  remarcjiie  Wright^,  tels  sont  :  le 
fameux  manuscrit  du  British  Museam,  add,  i2i5o, 
daté  de  la  fin  de  4 1 1 ,  et  le  ms.  également  célèbre 
de  Saint-Pétersbourg,  écrit  en  462.  Le  premier 
contient  les  jRecogfniïion^5  attribuées  à  saint  Clément, 
les  discours  de  Titus  de  Bostra  contre  les  Mani- 
chéens, la  Théophanie  d'Eusèbe  et  l'histoire  des 
martyrs  de  la  Palestine;  le  second,  l'Histoire  ecclé- 
siastique d'Eusèbe.  Il  est  évident  que  le  texte 
qu'offrent  ces  manuscrits  a  passé  successivement 
par  les  mains  de  plusieurs  scribes.  Ces  ouvrages  ont 
donc  été  traduits  en  syriaque  du  vivant  même  de 
leurs  auteurs,  ou  très  peu  de  temps  après  leur  mort, 
car  Eusèbe  mourut  en  3/iO  et  Titus  en  îyi.  Il  est 
très  probable  que  l'un  ou  l'autre  de  ces  auteurs 
avait  un  ami  dans  le  chef-lieu  de  l'enseignement  du 
syriaque,  qui  fit  pour  lui  ce  que  Rabboula  entreprit 
pour  saint  Cyrille  ^.  » 


*  Syriac  literatare,  dans  YEncyclopedia  britannica,  p.  83o^ 

*  Comp.  Merx ,  A  tti  del  IV  Congr,  intern.  degli  orientalisti. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  419 

CHAPITRE  X. 

ÉDESSE  PENDANT  LE  V*  SiÈCLE. 

Fléaux  qui  désolèrent  TOsHioène  :  une  troisième  inondation 
du  Daiçan,  une  maladie  épidémique,  les  sauterelles.  — 
Les  saturnales  célébrées  à  Edesse.  —  Le  gouverneur 
Alexandre  signalé  pour  sa  justice.  —  Ëvèques  d*Ëdesse 
pendant  ce  siècle.  —  Rabboula  fait  triompher  la  foi  ortho- 
doxe; il  détruit  les  derniers  restes  du  paganisme,  convertit 
ou  chasse  les  hérétiques  ;  il  combat  énergiquement  le  nes- 
torianisme.  —  Hibha ,  son  successeur ,  favorise  Textension 
du  nestorianisme.  - —  Destruction  de  TËcole  des  Perses. 
—  La  littérature  à  cette  époque.  — -  La  légende  de 
riiomme  de  Dieu. 

Pendant  ce  siècle ,  la  paix  dura  entre  les  Romains 
et  les  Perses  ;  le  traité  qui  assurait  la  possession  de 
Nisibe  à  ceux-ci  pour  toute  cette  période  encore 
fut  fidèlement  observé  des  deux  côtés.  Péroz  reçut 
même  des  subsides  en  argent  de  Zenon,  pendant 
l'expédition  qu'il  dirigea  contre  les  Huns.  Une  clause 
du  traité  stipulait,  en  effet,  que  les  deux  empires  se 
prêteraient  une  aide  mutuelle  en  cas  d  attaque  des 
peuplades  voisines  ^  Zenon  tenait  d'autant  plus  au 
maintien  de  la  paix  qu'il  avait  à  faire  face  à  ses  en- 
nemis de  l'intérieur.  Après  avoir  repris  possession 
de  son  trône,  que  Basilisqiie  avait  usurpé  et  occupé 
pendant  quelque  temps ,  il  eut  à  combattre  Léontius 
etllliis  qui  s'étaient  déclarés  in  dépendants  à  Antioche, 

'   VolrJosué  le  Siylite,  édit.  Wright,  chap.  vill-x. 


420  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

OÙ  ils  commandaient;  Léontius  avait  même  pris  le 
titre  d*empereur.  Jean  le  Scythe  vint  enfin ,  à  la  tête 
d'une  nombreuse  armée,  livrer  bataille  aux  rebelles. 
Mais  les  habitants  d'Antioche  forcèrent  ceux-ci  à 
quitter  leur  ville.  Ils  passèrent  TEuphrate  et  en- 
voyèrent un  de  leurs  partisans,  nommé  Matronianus, 
occuper  Edesse.  Les  Edesséniens  fermèrent  leurs 
portes  et  se  mirent  en  état  de  défense.  Illus  et  Léon- 
tius furent  vaincus  par  les  troupes  de  Zenon  et  se 
retirèrent  dans  une  forteresse  qu'ils  s'étaient  préparée 
de  longue  main. 

Les  calamités  de  la  guerre  furent  ainsi  épargnées 
à  Edesse,  mais  cette  ville  fut  en  proie  à  d'autres 
fléaux  :  les  inondations,  les  épidémies  et  les  saute- 
relles qui  affligèrent  ses  habitants  et  son  territoire  ^. 

La  troisième  inondation  du  Daiçan  qui  renversa 
les  murs  de  la  ville  eut  lieu ,  suivant  la  chronique 
d'Edesse  en  Tan  724  des  Séleucides,  probablement 
à  l'automne  de  Tannée  li\2  de  notre  ère. 

Une  épidémie  étrange  s'attaqua  au  peuple  pen- 
dant l'année  806  des  Séleucides  [[iQli'kgS  de  J.-C), 
rapporte  la  chronique  de  Josué  le  Stylite^.  Elle  se 
manifesta  chez  les  uns  par  des  bubons  pleins  de  pus 
qui  tuméfiaient  la  face  et  la  rendaient  hideuse; 
d'autres  personnes  étaient  couvertes  sur  tout  le  corps 
d'ulcères  et  de  pustules  qui  s'étendaient  depuis  la 
paume  des  mains  jusqu'à  la  plante  des  pieds  ;  parfois 

*  Voir  Chronique  de  Josué  le  Stylite,  édit.  Wright,  chap.  xni  et 
suîv.,  et  la  Chronique  d'Edesse,  Assémani,  B.  O.,  I,  p.  ^o6. 

*  Edit.  Wright,  chap.  xxvi. 


HISTOIRE   D'ÉDESSE.  421 

aussi  il  se  formait  de  profondes  crevasses  sur  les 
membres.  Cependant  le  mai  ne  durait  pas  longtemps  ; 
il  neut  pas  d'effet  pernicieux;  il  laissait  seulement 
des  marques  après  la  guérison. 

Cette  épidémie  revint  deux  ans  après.  Elle  affecta 
les  yeux  de  beaucoup  de  personnes  dans  la  ville  et 
les  villages  environnants  et  leur  fit  perdre  la  vue. 
L'évêque  Cyrus  montra  beaucoup  de  zèle  et  d'ab- 
négation pendant  cette  épidémie.  11  engagea  les 
habitants  à  offrir  un  tabernacle  d'argent  où  Ton  dé- 
poserait les  vases  consacrés  à  l'office  de  la  commé- 
moration des  martyrs. 

Le  ly  mai  ^96,  on  célébra  à  Edesse,  pour  la 
première  fois ,  des  Saturnales  ^  Cette  fête  fut  renou- 
velée au  mois  de  mai  des  années  suivantes  jusqu'à 
ce  qu'elle  fut  supprimée  définitivement  par  un  édit 
de  l'empereur  Anastase ,  en  5 02.  Voici  la  description 
qu'en  fait  Josué  le  Stylite.  Elle  commençait  la  nuit 
du  vendredi  au  samedi,  au  milieu  des  illuminations 
qui  sillonnaient  les  bords  du  fleuve  depuis  la  porte 
du  Théâtre  jusqu'à  la  porte  des  Grottes.  Un  dan- 
seur fameux,  du  nom  de  Trimerius^,  excitait  Ten- 


^  Ou  peut-être  desjeax  olympùfaes  dans  lesquels  on  récitait  des 
poèmes  mystiques.  Comp.  Bar  Bahloul,  Lexiconsjriaciun,  col,  l'jo^ 
\.  21  et  ult. 

*  Voir  Josué  le  Stylite,  chap.  xx^ii.  On  aimerait  mieux  entendre 
des  acteurs  appelés  trimériens,  parce  que  la  pièce  qu'ils  jouaient 
était  divisée  en  trois  parties  et  exécutée  en  trois  jours.  Mais  Josué 
a  bien  vu  dans  Trimerius  le  nom  propre  d'un  danseur.  Un  manu- 
scrit du  British  Muséum  renferme  un  hymne  sur  Trimerius  le  dan- 
seur.  Voir  Wright,  Catal.  oftke  Syr,  ms,,  I,  p.  335,  col.  1. 


422  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

thousiasme  des  spectateurs.  On  jouait  des  comédies 
grecques  qui  étaient  un  divertissement  tout  nouveau 
pour  le  peuple.  La  seconde  représentation  en  iigS 
fut  préparée  avec  encore  plus  de  solennité.  Sept 
jours  durant,  la  foule  partait  en  procession  du 
théâtre,  vêtue  d'habits  de  fête;  elle  parcourait  les 
voies  illuminées  où  brûlait  Tencens  et  passait  les 
nuits  à  admirer  le  danseur. 

Le  pieux  auteur  de  la  chronique,  un  moine,  est 
scandalisé  par  un  tel  spectacle  et  ne  manque  pas  de 
lui  attribuer  Tépidémie  et  les  calamités  que  la  colère 
divine  infligea  à  la  ville  pervertie.  Il  s^étonne  que 
personne  n  ait  averti  les  habitants  de  leurs  fautes. 
Xénaias  (Philoxène)  de  Mabboug  lui-même,  qui  se 
trouvait  à  Edesse  à  ce  moment-là ,  ne  prêcha  pas 
plus  d'un  jour  contre  ce  scandale. 

Le  gouverneur  d'Edesse,  Alexandre,  qui  avait 
succédé  à  Anastase,  rappelé  en  Tan  ^97,  estima  sans 
doute  que  le  défaut  d'hygiène  était  pour  beaucoup 
dans  la  réapparition  du  fléau  après  un  si  court  in- 
tervalle de  temps.  11  fit  nettoyer  les  rues  et  enlever 
les  boutiques  qui  encombraient  les  voies  et  les  por- 
tiques. 11  fut  aussi  zélé  pour  la  justice  que  pour  l'ad- 
ministration. Siégeant  régulièrement  chaque  ven- 
dredi dans  l'église  de  Saint-Jean-Baptistè  et  d'Addai 
l'apôtre,  il  jugeait  les  procès  et  terminait  des  litiges 
en  suspens,  qui  parfois  remontaient  à  cinquante 
ans. 

Il  plaça  devant  le  prétoire  une  boîte  avec  une 
ouverture,  où  l'on  jetait  les  lettres  anonymes  conte- 


HISTOIRE  D*ÉDESSE.  423 

nant  les  desiderata  qu'on  n'osait  pas  exprimer  publi- 
quement, li  bâtit  ia  galerie  qui  se  trouvait  auprès  de 
la  porte  des  Grottes  et  commença  la  construction, 
projetée  depuis  longtemps,  des  bains  publics  situés 
près  du  grenier  d'abondance.  Il  donna  aux  artisans 
Tordre  de  suspendre  à  leurs  boutiques ,  la  veille  du 
dimanche,  des  croix  éclairées  par  cinq  lampions. 

Cette  même  année ,  les  colonnades  et  la  salle  d'é- 
tuve  des  bains  d'été  s'écroulèrent  et  écrasèrent  deux 
personnes. 

Avec  le  retour  de  la  fête  païenne,  au  mois  de 
mai  499,  coïncida  l'invasion  des  sauterelles  qui, 
cette  année ,  ne  causèrent  pas  de  dégâts  ;  elles  dépo- 
sèrent seulement  leurs  œufs  en  terre.  Au  mois  d'août, 
la  Syrie  et  la  Mésopotamie  furent  agitées  par  des 
tremblements  de  terre.  Edesse  fut  peu  éprouvée.  Il 
y  eut  seulement  une  brèche  faite  au  mur,  du  côté 
sud  près  de  la  grande  porte  ;  les  pierres  furent  pro- 
jetées à  une  certaine  distance.  Une  éclipse  de  soleil 
terrifia  la  ville  plus  que  ce  tremblement  de  terre. 

L'Osrhoène  était  prospère.  Les  artisans  d'Edesse 
payaient  tous  les  quatre  ans  pour  l'impôt  du  Chry- 
sargyron  [yjpucrdpyvpov)  la  somme  élevée  de  cent  cin- 
quante livres  d'or  qui  représentait  un  nombre  assez 
considérable  d'individus  soumis  au  droit.  Aussi  fut- 
ce  avec  une  joie  réelle  qu'on  apprit  l'édit  d'Anastase 
qui  supprimait  cet  impôts 


'  Chronique  (Z'£(£e55e^daasÂssémani,  JS.  0.^  I,  p.  4o6;  Chronique 
de  Josaé  le  Styliie,  édit.  Wright»  cliap.  xxxi. 


424  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

Les  évêques  d'Kdesse  pendant  ce  siècle  furent  : 

Diogènc Aog-Ai  i 

Rabboula 4ia-d35 

Hibha. 435.457 

Nonnus 457-471 

Cyrus 471-498 

Pierre 498-5 10 

Pequida,  éveque  d'Edesse,  était  mort  pendant  la 
nouvelle  lune  du  mois  daoûl  /109.  Diogène,  son  suc- 
cesseur, commença  la  construction  de  Téglise  de 
Mar  Barlâhâ. 

Rabboula ,  qui  succéda  à  Diogène  en  4 1 2 ,  devint 
célèbre  par  les  luttes  quil  soutint  contre  le  nesto- 
rianisme ,  et  c'est  à  son  énergique  direction  qu'Edesse 
dut  d'être  purgée  des  sectes  gnostiques  que  saint 
Ephrem  n  avait  pu  déraciner  malgré  tout  son  ta- 
lent. 

Nous  possédons  de  ce  saint  évêque  une  biographie 
écrite  peu  de  temps  après  sa  mort  par  un  de  ses 
clercs.  Cette  biographie  tient  du  panégyrique  par 
les  éloges  quelle  prodigue  à  son  héros,  mais  elle 
semble  tracer  un  tableau  exact  des  principaux  actes 
de  sa  vie  ^  Rabboula  était  né  à  Kennesrin,  près  d'A- 
lep,  dun  père  païen,  mais  dune  mère  chrétienne. 
La  femme  qu'il  épousa  était  également  chrétienne. 
Il  fut  converti  au  christianisme  par  Eusèbe ,  évêque 

^  Elle  a  été  publiée  ])ar  Overbeck  dans  son  recueil  intitulé  : 
S.  Ephrwnii  syri,  Rabbulœ  episcopi,  . ,  opéra,  Oxford,  i865, 
p.  160-209.  Elle  a  été  traduite  en  allemand  par  M.  BickeU  dans  la 
Thalhojer  Bibliothek  der  Kirchenvœier,  n"*  ioa-io4* 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  425 

de  Kennesrin,  et  Acacius,  évêque  d'Alep.  Il  em- 
brassa sa  nouvelle  foi  avec  une  telle  ardeur  qu  il  se 
consacra  entièrement  à  Dieu.  Quittant  ses  parents, 
sa  femme  et  ses  enfants ,  il  se  rendit  au  couvent  de 
Mâr  Abraham ,  où  il  mena  la  vie  monastique.  Vou- 
lant ensuite  se  livrer  aux  mortifications  ascétiques, 
il  se  retira  dans  le  désert  voisin ,  où  il  vécut  en  ana- 
chorète. Après  avoir  subi  les  épreuves  qu*il  s'était 
imposées ,  il  retourna  au  couvent  de  Mâr  Abraham. 
C*est  là  qu'il  se  trouvait  quand  il  fut  désigné  par  le 
patriarche  d'Antioche  pour  occuper  le  siège  épisco- 
pal  d'Edesse  devenu  vacant  par  la  mort  de  Dio- 
gène. 

Son  biographe  représente  cet  évêque  comme  un 
modèle  de  piété  et  de  charité.  En  se  consacrant  à  la 
vie  ecclésiastique,  il  avait  vendu  ses  biens  et  distri- 
bué ses  richesses  aux  pauvres.  Evêque,  il  continua 
de  s'astreindre  aux  privations  les  plus  dures  et  força 
ses  clercs  et  les  personnes  de  son  entourage  à  suivre 
son  exemple.  Il  fit  vendre  les  services  d'argent  ci- 
selés avec  art  qui  servaient  aux  dix  tables  des  clercs 
et  les  remplaça  par  de  la  vaisselle  de  faïence.  Il  vou- 
lait agir  de  même  à  l'égard  des  vases  sacrés  d'or  et 
d'argent  de  l'épiscopat,  mais  il  dut  renoncer  à  ce 
projet  devant  l'opposition  des  familles  des  dona- 
teurs ^. 

Tout  l'argent  qu'il  avait  à  sa  disposition  était  em- 
ployé à  soulager  les  indigents  et  les  malades.  Il  ré- 

*  Goinp.  Barhebrsus,  Chr,  eccL,  I,  p.  271. 


420  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

forma  complètement  l'hospice  de  la  ville ,  qui  n'exis- 
tait que  de  nom.  Il  créa  pour  les  femmes  un  hôpital 
qu'il  bâtit  avec  les  pierres  provenant  de  la  destruc- 
tion de  quatre  temples  païens.  Les  aliénés,  qui  étaient 
rejetés  hors  la  ville,  furent  également  l'objet  de  sa 
sollicitude. 

Il  évita  les  constructions  de  luxe.  Le  mur  nord 
de  la  cathédrale  ne  fut  reconstruit  que  dans  la  par- 
tie qui  menaçait  ruine.  Il  fit  l'église  de  Saint-Etienne 
d'une  synagogue  qu'il  enleva  aux  Juifs  avec  l'autori- 
sation de  l'empereur  ^ 

Ses  bonnes  œuvres  ne  le  détoiunaient  pas  de  ses 
préoccupations  religieuses.  Il  déploya  une  activité 
extraordinaire  contre  les  hérétiques  qui,  depuis  la 
mort  de  saint  Ephrem ,  avaient  relevé  la  tête ,  à  la 
faveur  de  la  protection  que  les  Ariens  avaient  trou- 
vée auprès  de  l'empereur  Valens.  Les  sectateurs  de 
Bardesane  étaient  nombreux  et  puissants  ;  ils  comp- 
taient dans  leurs  rangs  les  principaux  personnages 
de  la  ville.  Par  sa  parole  persuasive,  Rabboula  les 
ramena  à  l'orthodoxie.  Après  les  avoir  convaincus 
de  leurs  erreurs ,  il  leur  donna  le  baptême  et  fit  dé- 
molir, de  leur  consentement,  l'église  où  ils  se  réu- 
nissaient; les  pierres  de  l'édifice  furent  utilisées  à 
d'autres  constructions.  Il  baptisa  aussi  plusieurs 
milliers  de  Juifs  et  amena  les  Ariens,  dont  il  détrui- 
sit l'église ,  à  confesser  le  dogme  de  la  Trinité.  Sa 
sollicitude  s'étendit  également  aux  disciples  de  Marr 

^  Dans  la  Chroniffue  d'Edesse,  voir  Assémani,  JB.  0.,  I,  p.  4oi. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  427 

cion,  c(ui  abjurèrent  leurs  hérésies  et  acceptèrent  la 
foi  orthodoxe.  Les  Borboriens,  quon  accusait  de 
pratiques  honteuses ,  furent  Tobjet  de  mesures  rigou- 
reuses :  ceux  qui  se  soumirent  furent  enfermés 
dans  des  couvents  pour  le  reste  de  leurs  jours;  les 
autres  furent  expulsés  de  TOsrhoène.  Le  même  trai- 
tement fut  infligé  aux  ^Audâyê  et  aux  Sadducéens 
qui  s'étaient  séparés  de  l'Eglise  et  prétendaient  avoir 
des  visions  ^  Rabboula  dispersa  leurs  assemblées  et 
les  chassa  de  leur  temple,  dont  il  fit  un  couvent 
pour  des  moines  orthodoxes.  Il  accepta  cependant 
la  soumission  de  ceux  qui  demandèrent  à  rentrer 
dans  le  giron  de  l'Eglise.  Les  Messaliens  ne  furent 
pas  rebelles  à  la  voix  du  pasteur  d'Edesse;  ils  re- 
noncèrent à  leurs  pratiques  hétérodoxes.  Ainsi, 
ajoute  le  biographe,  Rabboula  parvint  à  détruire 
tous  les  schismes  et  l'Eglise  d'Edesse  ne  forma  plus 
qu'un  seul  corps. 

A  ce  moment,  le  dogme  des  deux  natures  et  des 
deux  personnes ,  qui  n'avait  pas  encore  eu  un  grand 
retentissement,  commença  à  troubler  les  esprits, 
grâce  à  l'autorité  que  lui  prêta  Nestorius  en  se  dé- 
clarant l'apôtre  de  la  doctrine  de  Théodore  de  Mop- 
sueste.  Rabboula  semble  s'être  montré  d'abord  fa- 


^  On  ne  sait  rien  de  précis  sur  les  Borboriens,  les'Audâyê  et  les 
Sadducéens  chrétiens.  Voir  Hoffmann ,  Auszûge  aus  Sjriscken  Açten 
persischer  Martjrer,  p.  122;  comp.  sur  les  'Audâyê  Théodoret, 
Hist.  ceci,  IV,  p.  IX.  D'après  ce  que  dit  le  biographe  de  Rabboula, 
il  semble  que  les  Audâyé  et  les  Sadducéens  étaient  des  sectes  de 
visionnaires. 


428  NOVEMBRE^DEGEMBRE  1891. 

vorable  à  Nestorius  ou,  du  moins,  avoir  été  avec 
Jean,  patriarche  d'Antioche,  hostile  aux  rigueurs 
réclamées  contre  Tévêque  de'Constantinople  par  ses 
adversaires  ^  Son  biographe  est  muet  sur  ce  point. 
Il  montre  Tévêque  d'Édesse  comme  un  ennemi  dé- 
claré de  cette  hérésie  qui  menaçait  d'envahir  toute 
la  Mésopotamie.  En  effet,  Rabboula  n hésita  pas 
longtemps;  il  lutta  énergiquement  contre  le  parti 
do  Nestorius  et  fut  l'un  des  auxiliaires  les  plus  puis- 
sants de  Cyrille  d'Alexandrie  au  concile  d'Éphèse  de 
431. 

11  réunit  un  concile  à  Edesse ,  dont  il  rédigea  les 
canons;  fit  brûler  les  écrits  de  Théodore  de  Mop- 
sueste  qu'Hibha  avait  traduits  dans  TEcole  des 
Perses  ^ ,  et  chassa  de  cette  école  et  de  la  ville  les 
partisans  de  Nestorius.  Le  sermon  qu'il  prononça  à 
Constantînople  contre  cet  hérétique  a  été  traduit  en 
syriaque  par  son  biographe  et  publié  par  M.  Over- 
beck  dans  le  recueil  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

11  entretint  avec  Cyrille  d'Alexandrie  des  relations 
suivies  qui  donnèrent  lieu  à  un  échange  de  lettres, 
dont  quelques-unes  nous  sont  parvenues  soit  en  en- 
tier, soit  fragmentairement^. 

Il  traduisit  en  syriaque  le  traité  de  Cyrille  intitulé 
De  Recta  in  Dominum  nostram  J.-C.  Fide  sur  l'exem- 
plaire que  l'auteur  lui  avait  envoyé. 

*  Voir  Asséniani,  J5.  0. ,  I,  p.  d  12-435. 

*  Voir  Barhebrcpus,  Clir.  eccL,  II,  p.  56. 

^  Voir  Overbeck,  S»  Ephrœmi  syri  et  RabbuJœ  episcopi, . .  opéra, 
p.  225-229. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  429 

U  adressa  uns  lettre  à  André,  évêque  de  Samosate 
et  partisan  de  Nestorius,  dans  laquelle  il  le  blâme 
d'avoir  rédigé  un  traité  contre  les  douze  anathèmes 
de  Cyrille. 

Il  écrivit,  continue  son  biographe,  «  quarante-six 
épîtres  adressées  aux  prêtres,  aux  empereurs,  aux 
grands  et  aux  moines  »,  dans  lesquelles  il  défendait 
les  vrais  dogmes  et  combattait  les  hérésies  du  nes- 
torianisme.  Ce  biographe  exprime  l'intention  quil 
avait  de  traduire  en  syriaque  ces  épîtres  écrites  en 
grec.  Nous  ne  savons  si  son  projet  a  été  complète- 
ment réalisé,  car  il  ne  nous  est  parvenu  que  quelques 
fragments  de  cette  traduction  ^ 

Rabboula  moumt  à  Edesse  le  8  août^  435.  Il 
laissa  une  œuvre  littéraire  qui  témoigne  de  l'étendife 
de  ses  connaissances  théologiques  et  des  ressources 
de  son  esprit.  Son  biographe  nous  apprond  qu'il  fit 
une  revision  d'après  le  grec  delà  version  syriaque  du 
Nouveau  Testament;  mais  nous  ne  possédons  rien 
de  cette  rc vision.  C'est  sans  doute  après  ce  travail 
qu'il  interdit  l'usage  du  Diatessaron  de  Tatien  dans 
son  diocèse  et  qu'il  prescrivit  aux  prêtres  et  aux 


*  M.  Overbeck ,  loc.  cit. ,  p.  2  2  2  et  suiv. ,  a  publié  la  lettre  adressée  à 
André  de  Sa:iiosale  et  la  réponse  de  et  évoque;  un  fragment  d'une 
lettre  de  Rabboula  à  Cyrille  ;  une  lettre  de  Cyrille  à  Rabboula  et  une 
lettre  de  RabSoula  à  Ciemollinus,  é'icque  de  Perrhé,  sur  le  mésu- 
sage  que  ron  faisait  du  pain  consacré  à  la  communion. 

'  Suivant  la  clironique d'Edesse ,  voir  Assémani,  B.  0.,  I,  p.  4o3  ; 
mais  le  8  juillet,  suivant  le  biographe  qui  ajoute  que  la  durée  de 
so.i  épiscopat  fut  de  2  4  ans  et  3  mois. 

xvri.  29 


430  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

diacres  de  veiller  à  ce  qu'il  y  eût  dans  toutes  les 
églises  un  exemplaire  des  Evangiles  séparés  ^ 

Nous  lisons  encore  dans  la  biographie  de  cet 
évêque  qu'il  écrivit  «  des  canons  pour  la  vie  monas  • 
tique ,  des  avertissements ,  des  prescriptions  et  aver- 
tissements concernant  les  prêtres  et  les  ordres  reli- 
gieux^ ». 

Un  sermon  encore  inédit  traite  des  aumônes  qu  on 
doit  faire  en  vue  des  âmes  des  défunts,  et  défend 
les  fêtes  à  foccasion  de  la  commémoration  des 
morts  ^. 

Enfm  il  composa  des  hymnes  dont  plusieurs  ont 
été  édités  par  M.  Overbeck*. 

Rabboula  eut  pour  successeur  Hibha(lbas).  Celui- 
ci  avait  traduit  pendant  sa  jeunesse  les  œuvres  de 
Théodore  de  Mopsueste  et  de  Diodore  avec  faide 
de  Couma,  de  Probus  et  de  Ma^nê,  disciples  de 
TEcole  des  Perses^.  Il  était  entaché  de  nestorianisme 
et  sa  célèbre  lettre  adressée  à  Mari  le  Perse  contri- 
bua puissamment  à  répandre  cette  hérésie  dans  la 
Mésopotamie  orientale.  Attaqué  de  ce  chef,  il  fut 
acquitté  aux  conciles  de  Tyr  et  de  Beirout.  Mais, 
dans  le  second  concile  d'Ephèse,  réuni  en  MiQ  à 
finstigation  d'Eutychès  et  connu  sous  le  nom  de 
brigandage  d'Ephèse ,  il  fut  compris  avec  son  neveu 

*  Comp.  Overbeck,  loc.  cit,,  p.  220»  1.  3. 

*  Publiés  en  partie  dans  Overbeck,  loc,  cit,,  p.  210  et  suiv. 

^  Codd.  ms.  orient.  Bibl,  Pal.  Med.,  p.  107.  Cf.  Wright,  Syriac 
literature  dans  VEncyclopedia  britannica,  p.  829. 

*  Loc.  cit.,  p.  245-2d8,  362-378. 

^  Voir  Assémaui,  B.  0.,  III,  i,  p.  85;  III,  11,  p.  73. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  431 

Daniel,  évêque  de  Harran,  dans  la  condamnation 
qui  frappa  Fiavien  de  Constantinopie,  Domnus 
d^Antioche,  Irénée  de  Tyr,  Eusèbe  de  Dorylaeum, 
Sophronius  de  Telia  et  Théodoret  de  Cyr.  Il  dut 
s'exiler  et  céder  son  siège  à  Nonnus. 

Hibha,  pendant  les  premières  années  de  son 
épiscopat ,  avait  construit  Téglise  Nouvelle ,  qui  fut 
appelée  plus  tard  l'église  des  Apôtres.  En  ^138,  une 
magnifique  table  d'argent  massif  qui  pesait  y  20  livres 
fut  apportée  à  Edesse  par  Sanatour  et  placée  dans 
Téglise  ancienne. 

En  A 42,  Anatole  le  général  fit  don  dune  châsse 
d'argent  pour  recevoir  les  reliques  de  Tapôtre  Tho- 
mas. Le  sanctuaire  de  la  cathédrale  fut  construit  par 
Nonnus  pendant  lexil  d'Hibha. 

Cet  exil  ne  dura  que  deux  ans.  Après  le  concile 
de  Chalcédoine  qui,  en  45 1,  condamna  l'hérésie 
monophysite  d'Eutychès  et  sanctionna  les  dogmes 
orthodoxes,  Hibha  fut  réinstallé  sur  son  siège  à 
Edesse  malgré  ses  attaches  au  nestorianisme ,  égale- 
ment réprouvé  par  le  concile. 

Les  dernières  années  de  sa  vie  s'écoulèrent  pai- 
siblement; il  mourut  le  28  octobre  457.  On  lui 
attribue  un  commentaire  sur  les  Proverbes,  des 
sermons,  des  homélies  en  vers  et  un  traité  relatif 
à  une  discussion  qu'il  avait  soutenue  contre  un  hé- 
rétique ^ 

A  Hibha  succéda  Nonnus,  qui  l'avait  déjà  rem- 

^  Catalogue  d''Abdischo  dans  Assémani,  B.  O.»  III,  i,  p.  86;  cf. 
Wright,  Syriac  literatwre  dans  VEncyclopedia  britannica,  p.  839. 

39- 


432  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

placé  pendant  les  années  4^9  à  45 1.  Après  le 
retour  d'Hibha  à  Edesse,  Nonniis  avait  été  envoyé 
à  Héliopolis  (Balbek)  par  Maxime,  patriarche  d'An- 
tioche,  pour  convertir  les  habitants  qui  étaient  en- 
core païens.  Sa  mission  fut  couronnée  de  succès.  Il 
amena  aussi  à  l'Eglise  une  comédienne  célèbre  d'An- 
tioche  qui  devint  sainte  Pélagie. 

D'accord  avec  plusieurs  évêques,  il  écrivit  une 
lettre  à  Tempereur  Léon  pour  lengager  à  sanc- 
tionner le  concile  de  Ghalcédoine. 

Cet  évêque  fut  orthodoxe,  mais  il  ne  réussit  pas 
à  enrayer  les  progrès  du  nestorianisme,  q[ui,  sous 
Hibha,  s'était  répandu  à  Edesse.  Il  construisit  Téglise 
de  Saint-Jean-Baptiste  et  fenclos  des  Aliénés  pauvres 
hors  de  la  porte  de  Beth-Schemesch.  Dans  cet  en- 
clos, il  érigea  un  martyrium  à  saint  Cosmas  et  à 
saint  Damien.  Il  créa  aussi  des  monastères,  des 
tours  et  des  ponts,  et  assura  la  sécurité  des  routes.  Il 
mourut  en  Tannée  liji  et  eut  pour  successeur  Cyrus. 

C'est  à  l'instigation  de  Cyrus  que ,  en  489 ,  TÉcole 
des  Perses,  qui  était  devenue  un  foyer  du  nestoria- 
nisme, fut  détruite  par  ordre  de  l'empereur  Zenon  ^ 
Les  maîtres  et  les  disciples,  convaincus  d'hérésie, 
furent  expulsés  d'Edesse  et  se  retirèrent  sur  le  ter- 
ritoire perse  2.  A  la  place  qu'occupait  cette  école  fut 

*  Chron.  d'Edesse,  dans  Assémani,  B.  0. ,  I,  p.  4o6.  Suivant 
Barhebracus,  Chron.  eccL,  II,  p.  56,  Philoxène  de  Mabboug  prit 
également  part  à  cette  mesure  de  rigueur. 

2  Principalement  à  Nisibe.  De  cette  époque  date  la  fondation  de 
la  célèbre  école  de  Nisibe,  dont  Barcauma  rédigea  les  statuts.  Voir 
Guidi,  Gli  statutl  délia  Sciiola  di  Nisibi  (Rome,  1890,  p.  10). 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  433 

élevée,  à  titre  expiatoire,  l'église  de  Notre-Dame, 
mère  de  Dieu. 

L'Ecole  des  Perses,  dont  la  fondation  remontait 
probablement  à  Tannée  363,  comme 'nous  Tavons 
dit  plus  haut  (page  4oi)  avait  puissamment  con- 
tribué à  la  prépondérance  quacquit  Técole  théolo- 
gique d'Edesse  sur  les  autres  écoles  de  la  Mésopo- 
tamie. Cependant  il  naquit  dans  la  ville  même  un 
antagonisme  entre  les  anciens  habitants  et  les  nou- 
veaux venus  qui  restèrent  isolés  et  reçurent  le  nom 
de  Perses.  C'est  peut-être  à  la  faveur  de  cette  riva- 
lité que  le  nestorianisme ,  qui  n'eut  pas  de  racines 
profondes  en  Syrie  ni  à  Edesse  même,  s'implanta 
facilement  dans  l'Ecole  des  Perses.  Rabboula,  qui 
était  Syrien  d'origine,  lutta  contre  l'hérésie  nais- 
sante; mais  Hibha,  qui  avait  professé  à  l'Ecole  des 
Perses,  lui  fut  favorable. 

Suivant  la  lettre  de  Siméon  de  Beith-Arscham 
traitant  de  l'origine  et  du  développement  du  nesto- 
rianisme en  Perse  \  Ilibha  eut  pour  disciple  Mari 
de  Beith-Ardaschir,  auquel  d  écrivit  la  célèbre  lettre 
sur  le  nestorianisme,  condamnée  en  concile.  A  l'aide 
de  cette  lettre  et  des  traductions  de  Théodore  et  de 
Diodore  dues  également  à  Hibha,  Mari  prêcha  et 
répandit  cette  hérésie  en  Orient.  Un  autre  disciple 
d'Hibha,  le  prêtre  Maroun  Elitha^,  qui  fut  profes- 


*  Voir  Assémani,  B.  0.,  I,  p.  35o  et  suiv. 

*  Assémani,  loc.  cit.,  corrige  Maroun  de  DUàitha:  Dilâitha  était 
le  nom  d'un  couvent  près  de  Mossoul, 


434  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

seur  à  TEcole   des  Perses,  prit  une  part  active  à 
cette  propagande. 

Nous  empruntons  à  la  lettre  de  Siméon  de  Beith- 
Arscham  la  liste  suivante  des  partisans  d'Hibha  à 
rÉcole  des  Perses  :  Acacius  TAraméen  (c  est-à-dire 
originaire  du  Beith-Arâmâyê),  surnommé  à  l'Ecole 
Vétranglear  d oboles;  Barçauma,  le  serviteur  du  Curde 
Màrâ,  surnommé  le  nageur  entre  les  nids;  Ma'nê^ 
de  Beith-Ardaschir,  surnommé  le  buveur  de  cendres; 
^Ab§ota  de  Ninive,  surnommé  dun  nom  qu'on  ne 
peut  écrire  décemment  ;  Jean  de  Beîth-Garmai ,  sur- 
nommé le  petit  porc;  Michée,  surnommé  Dagon; 
Paul,  fils  de  Caci  (ou  Cacai),  de  Karkha  dans  la 
province  d'Ahwaz ,  surnommé  le  faiseur  de  haricots 
Abraham  le  Mède ,  surnommé  le  chauffeur  de  fours 
Narsès  le  lépreux;  Ezalias,  du  monastère  de  Kafar 
Mari;  et  d'autres  encore^. 

Cependant  tous  les  disciples  de  cette  école  ne 
suivirent  pas  Hibha.  Tels  furent,  selon  la  même 
lettre  :  Papa  de  Beith-Lapet  dans  la  province 
d'Ahwaz  ;   Xenaias   (pkis  tard  Philoxène  de  Mab- 

^  Ou  Ma'iiâ,  voir  Wright,  S^riac  literature,  dans  Y Encyclopedia 
britannica,  p.  83o,  note  45.  Il  règne  une  certaine  confusion  dans 
le  récit  des  auteurs  sur  les  commencements  du  nestorianisme. 
Acacius  fut  nommé  catholicus  de  Séleucie  en  483  ou  484,  selon 
Elias  de  Nisibe,  tandis  que  Ma*nê  avait  exercé  cette  dignité  en  420. 
Barçauma  devint  évdque  de  Nisibe  en  435.  Il  n'est  donc  pas  pos- 
sible d'admettre  avec  Siméon  de  Beitli-Arscham  que  Ma*nô  et  Bar- 
çauma furent  expulsés  d'Edesse  après  la  mort  d'Hibha.  Voir  Barhe- 
brœus,  Chron.  eccL,  II,  p.  54-73,  et  les  notes  des  éditeurs. 

-  Notamment  lazidàdh,  auteur  d'un  livre  de  mélanges  (Wright, 
Sjriac  literature,  dans  VEucjclopedia  hritannica,  p.  83o). 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  435 

boug,  un  monophysite),  de  Tahal  dans  la  province 
de  Beith-Garmai  ;  et  son  frère  qui  se  nommait  Addai; 
Bar-had-be§abba ,  le  Curde,  qui  devint  archiman- 
drite du  couvent  d*'En-Kennâ;  Benjamin  TAraméen, 
qui  fut  archimandrite  du  couvent  et  de  l'école  de 
Qritha  dans  le  district  d''Unrin  (Hemrin),  etc.  ^ 

Péroz  était  favorable  à  la  propagation  du  nesto- 
rianisme  dans  son  empire  ^.  Il  prévoyait  que  ce 
schisme  détacherait  les  chrétiens  de  ses  Etats  de 
leurs  coreligionnaires  de  TOccident  et  que ,  dans 
leurs  guerres  avec  les  Romains,  les  Perses  n auraient 
plus  à  craindre  la  sympathie  de  leurs  sujets  chrétiens 
pour  Tennemi.  C'était  un  moyen  plus  efficace  que 
les  persécutions.  L  expulsion  des  Perses  d'Edesse  et 
la  destruction  de  leur  école  établirent  effectivement 
une  séparation  définitive  entre  la  Mésopotamie  oc- 
cidentale et  les  provinces  du  Tigre.  Désormais 
rOrient  demeure  acquis  au  nestorianisme. 

Cyrus  mourut  le  6  juin  498.  Pierre,  son  succes- 
seur, fit  son  entrée  à  Edesse  le  1  2  juillet  suivant. 

Les  controverses  que  les  questions  de  christo- 
logie  suscitèrent  pendant  ce  siècle  dans  le  monde 
chrétien  eurent  un  grand  retentissement  en  Syrie 
et  en  Mésopotamie.  Comme  nous  Tavons  \u  plus 

*  La  plupart  de  ces  anciens  élèves  de  l'Ecole  des  Perses  s'illus- 
trèrent par  leurs  polémiques  et  leurs  (^crits  contre  les  Mages,  mais 
comme  leur  activité  littéraire  fut  postérieure  à  leur  sortie  de  l'école 
et  s'exerça  dans  l'empire  des  Sassanides ,  elle  demeUre  en  dehors  de 
l'histoire  d'Édesse.  Il  en  est  de  même  de  Philoxène  de  Mabboug  et 
«Vautres  auteurs  monophysites  ou  orthodoxes  do  la  Mésopotamie. 

*  Voir  Barhebraeus,  Ckron.  eccl.,  II,  p.  65. 


430  NOVEMBRK-DÉCEMBRE  1801. 

haut,  Edesso  prit  une  part  active  à  ces  polémiques 
(jui  nécessitaient  une  connaissance  parfaite  de  la 
langue  grecque.  L*étude  du  grec,  qui  figurait  déjà 
au  programme  de  TEcole  des  Perses  au  siècle  pré- 
cédent et  s'était  manifestée  par  plusieurs  traductions , 
devint  plus  générale  et  plus  approfondie.  Saint 
Éphrem  ne  savait  pas  le  grec;  Rabboula,  au  con- 
traire, Hibha  et  les  docteurs  de  cette  école  récri- 
vaient et  le  parlaient  couramment.  Les  Perses, 
chassés  d'Edessc,  répandirent  le  goût  de  ces  études 
dans  les  provinces  occidentales  de  la  Perse  où  elles 
furent  cultivées  avec  succès.  A  ce  moment  furent 
publiés,  outre  la  traduction  des  œuvres  de  Théo- 
dore de  Mopsueste  et  de  Diodore  mentionnée  plus 
haut,  les  travaux  sur  la  logique  d'Aristote,  la  ver- 
sion par  Probus  du  IlepJ  êputiveias  et  peut-être  d'au- 
tres parties  de  TOrganon  ^ 

La  littérature  nationale  occupe  aussi  une  place 
honorable.  Outre  les  œuvres  de  Rabboula  et  d'Hibha 
sur  lesquelles  nous  navons  pas  à  revenir,  on  cite 
des  hymnes  et  des  homélies  sur  Tinvasion  des  Huns, 
composés  en  lioli  par  le  prêtre  'Absamya,  le  fds  de 
la  sœur  de  saint  Ephrem  '^. 

^  Voir  Renan,  De  philox.  peripat.  apuil  Syros,  iSSa;  G.  Hoff- 
mann, De  henneneuticis  apiid  Syro.^  Aristot.;  Wright,  Sjriac  lltera- 
tare,  dans  Y Encyclopedia  fcrita/i?iica,  p.  83 1. 

^  Cliron.  d'Edesse,  clans  Assémani,  B.  O.^I,  p.  4oi.  Cyrillona  a 
composé  un  poème  sur  le  même  sujet  et  M.  Bickell  a  pensé  qu**Ab- 
samya  et  Cyrillona  ne  faisaient  qu'une  mt^me  personne.  M.  Wright 
a  réfuté  celte  o|)inion  par  des  arguments  probants  (voir  Sjrittc 
llteraturet  dans  Y Encjclopedia  britannica,  p.  828). 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  437 

Jacques,  diacre  d'Edesse,  écrivit  la  vie  de  sainte 
Pélagie  ^  convertie  par  Nonnus ,  comme  nous  lavons 
rappelé  plus  haut  (p.  ^Sa).  11  vivait  vers  45o. 

Pierre,  presbyter  d'Edesse  et  orateur  distingué, 
est  lauteur  de  traités  et  d'hymnes  composés  en  mè- 
tres heptasyllabiques ,  suivant  le  catalogue  de  Gen- 
nadius^.  Il  vivait  vers  490. 

Samuel,  presbyter.  d'Edesse,  vers  467,  écrivit 
contre  les  Nestoriens  et  peut  être  considéré  comme 
i'un  des  auteurs  de  la  déposition  d'Hibha  de  son 
siège  épiscopal.  Il  paraît  s'être  retiré  en  dernier  lieu 
à  Gonstantinople.  Il  n  est  également  connu  que  par 
le  catalogue  de  Gennadius  ^. 

Mais  ce  siècle  se  distingue  surtout  par  la  littéra- 
ture apocryphe.  G  est  à  cette  époque  qu'apparaissent 
la  rédaction  amplifiée  de  la  légende  d'Abgar,  connue 
sous  le  titre  de  la  Doctrine  d*Addai  (voir  chap.  v),  et 
les  Actes  des  martyrs  :  les  Actes  de  Scharbil,  les  Actes 
de  BarsamyUf  les  Actes  de  Gouria  et  de  Schamounaf  les 
Actes  d'Habib  (voir  chap.  vin). 

L  ascétisme  dont  Rabboula  fut  la  personnification 
à  Edesse  eut  aussi  sa  légende  et  forma  le  fond  d'un 
récit  plus  imaginaire  que  réel,  qui  eut  un  écho  pro- 
digieux en  Occident  comme  en  Orient.  L'auteur 
de  cette  légende,  qui  écrivait  certainement  à  Edesse 
peu  de  temps  après  la  mort  de  Rabboula'^,  raconte 

*  Voir  Assémani,  B,  O.,  I,  p.  258.  Cette  vie  a  été  éditée  par 
M.  Gildemeister. 

*  Voir  Assémani,  B,  0.,  I,  269. 
»  Ibid. 

*  Voir  l'édition  critique  et  si  consciencieuse  de  La  légende  .ty- 


438  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

qu'un  patricien  romain ,  qu'il  ne  désigne  que  par  le 
nom  de  l'homme  de  Diea ,  renonça  à  la  fortune  pour 
se  livrer  entièrement  à  la  prière  et  vivre  de  la  vie 
des  pauvres.  Le  soir  même  de  ses  noces,  il  aban- 
donne son  épouse  et  ses  parents  qui  occupaient 
une  des  premières  situations  dans  la  capitale  de 
l'empire  d'Occident,  et  s'embarque  sur  un  vaisseau 
qui  le  conduit  au  port  de  Séleucie  de  Syrie.  Il  se 
rend  de  là  à  Edesse  où  il  vit  de  mendicité.  Pendant 
son  séjour  dans  cette  ville,  il  passait  ses  journées 
dans  une  église  ou  un  martyrium,  sans  prendre  au- 
cune nourriture.  Le  soir,  il  se  tenait  à  l'entrée  de 
l'église  et  tendait  la  main  aux  passants,  fl  se  con- 
tentait de  dix  oboles  de  pain  et  de  deux  oboles  de 
légumes.  Lorsqu'on  lui  donnait  davantage,  il  re- 
mettait le  surplus  à  un  autre  pauvre.  La  nuit,  il  se 
plaçait  les  bras  en  croix  contre  un  mur  ou  une 
colonne  et  priait.  H  entrait  un  des  premiers  pour 
la  prière  du  matin.  Telle  était  sa  vie  de  tous  les 
jours. 

Non  seulement  il  ne  pariait  jamais  de  sa  première 
condition ,  mais  il  tut  aussi  son  nom. 

Ses  parents,  affligés  de  sa  disparition,  envoyèrent 
leurs  esclaves  à  sa  recherche  dans  toutes  les  direc- 
tions. L'un  de  ceux-ci,  parvenu  à  Edesse,  prit  des 
informations  auprès  de  Rabboula,  qui  ne  put  lui 
fournir  aucune  indication.  L'homme  de  Dieu  vit 

riaque  de  saint  Alexis  l'homme  de  Dieu,  publiée  par  Amiaud,  dans 
le  79°  fascicule  de  la  Bihliollièque  de  l'École  des  hautes  études, 

en  1889. 


HISTOIRE  D'ÉDESSE.  439 

IV.sciave,  mais  se  garda  bien  de  s'adresser  à  iui. 
L'esclave  ne  ie  reconnut  pas  sous  ses  haillons. 

Une  nuit,  le  sacristain  de  1  église,  un  homme 
pieux,  étant  sorti,  fut  surpris  de  voir  le  saint  de- 
bout, les  bras  en  croix  et  dans  l'attitude  de  la  prière. 
Pendant  plusieurs  nuits ,  il  le  trouva  dans  la  même 
position.  11  rinterrogea  longtemps,  avant  que 
rhomme  de  Dieu  voulût  lui  raconter  son  histoire; 
il  y  consentit  enfin  sur  la  promesse  du  sacristain, 
faite  sous  serment,  quil  ne  révélerait  pas  son  secret 
avant  sa  mort. 

L'homme  de  Dieu  ne  tarda  pas  à  tomber  ma- 
lade; il  fut  conduit  à  l'hôpital,  où  il  rendit  le  der- 
nier soupir.  A  la  nouvelle  de  sa  mort,  le  sacristain 
alla  conter  à  Rabboula  ce  qu'il  avait  appris  et  ce 
qu'il  avait  vu  de  ce  saint.  L'évêque  se  met  aussitôt 
en  route  pour  demander  la  remise  de  son  corps. 
Mais  le  saint  avait  déjà  été  enterré  et,  quand  on 
ouvrit  sa  tombe,  on  ne  trouva  plus  que  les  haillons 
qui  l'avaient  vctu;  le  corps  n'y  était  plus. 

Cette  histoire ,  ajoute-t-on ,  a  été  publiée  et  rédigée 
par  le  sacristain  qui  fut  l'ami  du  saint. 

Telle  est  cette  légende  dans  sa  forme  primitive  et 
originale.  Elle  devint  ensuite  l'histoire  de  saint  Alexis 
dans  une  rédaction  nouvelle,  qui  montre  le  saint 
ressuscité  de  retour  à  Rome  chez  ses  parents ,  où  il 
vécut  jusqu'à  sa  seconde  mort  au  milieu  des  es- 
claves. Ce  n'est  qu'après  cette  mort  qu'il  fut  reconnu 
dos  siens. 

(La  suite  au  pwchain  cahier,) 


4'iO  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 


vajracchedikA. 

(PRAJNÂPÂRAMITÂ.) 


TRADUITE    DU    TEXTE    SANSCRIT 

AVEC    COMPARAISON 
DES  VERSIONS  CHINOISE  ET  MANDCHOUE, 

PAR 

M.   C.  DE  HARLEZ. 


LNTRODUCTION. 

La  VajracchedikA  *  ou  «  Fendoir  du  diamant  •  est  un  sûtra 
—  c  est-à-dirc  un  livre  rapportant  des  discours  de  Çàkya- 
muni  —  qui  appartient  à  l'école  dite  du  Maliàyâna,  ou  grand 
véhicale ,  parce  que  ses  adeptes  prétendaient  enseigner  une 
doctrine  plus  profonde,  plus  étendue,  des  pratiques  plus 
élevées  que  celles  de  l'école  rivale  qu'ils  avaient  qualifiée  du 
nom  dédaigneux  de  hînayâna  «  règle  dégénérée  ;  véhicule  mi- 
sérable ». 

C'est  une  partie  ou  un  appendice  du  grand  traité  que  Ton 
appelle  Mahâprajnâpâramitâ  qui  fait  partie  de  YAbhidharma 
et  qui  enseigne,  ainsi  que  son  nom  l'indique,  «le  grand 
moyen  d'arriver  à  l'autre  vie,  au  terme  final  de  l'existence, 
par  la  science  «.  Elle  est  considérée  généralement  conmie  le 
résumé  des  principes  fondamentaux  de  ce  vaste  ouvrage  qui 
ne  compte  pas  moins  de  cent  vingt  livres.  Elle  en  est  pour 

*  Nous  nous  bornerons  naturellement,  clans  cette  Introduction 
ci  dans  les  nolei ,  à  ce  que  l'on  doit  avoir  présent  à  l'esprit  pour  la 
complète  intelligence  de  notre  texte. 


VAJRACCHEDIKA.  441 

ainsi  dire  la  quintessence  et  son  titre  indique  qu'elle  résout 
la  dernière  difficulté ,  qu'elle  brise  le  dernier  obstacle  à  l'illu- 
mination qui  sauve  le  croyant. 

Aussi  les  bouddbistes  du  Nord  attribuent  à  ce  petit  volume 
une  valeur,  une  importance  qui  égale  uniquement  le  livre 
des  prières  journalières.  La  lecture  en  est  à  leurs  yeux  d'une 
efficacité  merveilleuse.  On  ne  s'étonnera  donc  point  qu'il 
ait  été  traduit  dans  toutes  les  langues  des  peuples  où  le 
bouddhisme  du  Nord  s'est  étendu  :  tibétain,  mongol,  mand- 
chou et  chinois.  La  version  chinoise  date  de  Tan  /lo5,  de 
l'époque  où  le  célèbre  bhikshu  Kumàrajiva  fut  amené  du 
Tibet  en  Chine  par  une  expédition  envoyée  de  l'Etat  de  Tsin. 
Ce  fut  lui,  en  effet,  qui  en  donna  la  première  traduction. 
D'autres  suivirent  à  différents  intervalles,  mais  sans  supplan- 
ter la  première  qui  est  encore  aujourd'hui  le  manuel  de  la 
plupart  des  monastères.  On  en  connaît  ainsi  cinq  différentes , 
dont  les  plus  célèbres  furent  faites  par  Paramàrtha  en  56'j 
et  par  Hiuen-tsang  à  son  retour  de  l'Inde.  (Voir  l'Introduc- 
tion de  M.  Mùller,  p.  i5-i6.) 

Le  texte  sanscrit ,  jusqu'à  ces  derniers  tempi,  n'était  connu 
en  Europe  que  de  quelques  spécialistes.  Il  a  été  édité  par 
le  savant  indianiste  d'Oxford,  M.  Mûller,  en  1881,  dans  les 
Aîi'jcdota  Oxoniana,  11  l'avait  reçu  du'Japon,  en  plusieurs  ma- 
nuscrits d'origines  différentes,  mais  dont  les  variantes  ne  pré- 
.^enlent  pas  des  différences  importantes. 

La  version  tibétaine  a  été  éditée  avec  une  traduction  alle- 
mande par  Schmidt  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de 
Saint-Pétersbourg  (t.  IV,  2'  liv. ,  1807).  Elle  est  tirée  du 
Kah-gyur.  La  Vajracchedikà  mongole  n'est  connue  que  par 
une  mention  incidente  dans  ï Introduction  à  l'Histoire  du  boud- 
dliinne  indien  de  E.  Burnouf.  La  version  chinoise  ne  se  trouve 
en  Europe  que  dans  quelques  mains  bien  peu  nombreuses; 
quant  à  la  version  mandchoue,  son  existence  était  ignorée 
jusqu'à  l'an  dernier;  il  serait  bien  difficile  de  se  la  procurer 
même  en  Chine, je  n'en  connais  point  d'exemplaire  imprimé. 

Le  but  du  présent  travail  esl  de  donner  la  première  tra- 


442  NOVEMBRE-DËGËMBBË  1891. 

duc  lion  du  texte  qui  ait  été  faite  —  un  coup  d*œil  jeté  sur 
le  Mémoire  de  Schmidt  montrera  que  cdle-ci  n'est  point  in- 
utile —  et  de  comparer  ce  texte  avec  les  versions  tibétaine , 
mandchoue  et  chinoise ,  du  moins  en  ce  qui  présente  quelque 
importance ,  ainsi  que  de  faire  connaître  ces  deux  dernières. 
Cette  comparaison  a  cette  utilité  de  faire  voir  comment  les 
Chinois  proprement  dits  et  les  Chinois-Mandchous  compre- 
naient ces  conceptions  exotiques.  II  me  parait  en  outre  que  le 
texte  dont  se  servit  Kumârajiva  ne  devait  pas  être  le  même 
que  celui  dont  M.  MûUer  nous  a  donné  une  reproduction  fi- 
dèle ,  une  édition  critique.  U  présente  à  la  fois  des  divergences 
parfois  assez  remarquables,  et  en  outre,  avec  les  lacunes  que 
famour  de  la  brièveté  pourrait  expliquer,  des  passages  en 
plus  qui  rendent  la  première  supposition  quelque  peu  dou- 
teuse. 

Le  texte  sanscrit  qui  sert  de  base  à  ce  travail  est  naturel- 
lement celui  du  savant  éditeur  d'Oxford  ;  nous  n'eussions  pu 
certainement  mieux  faire ,  ni  mieux  choisir.  Les  variantes  ne 
méritent  qu'une  attention  médiocre.  Pour  le  tibétain,  nous 
avions  celui  de  Schmidt,  qui  est  généralement  correct.  Le 
chinois  et  le  mandchou  nous  ont  été  fournis  par  un  manu- 
scrit chinois  qui  nous  est  venu ,  l'an  passé ,  entre  les  mains  et 
qui  présente  certaines  particularités  dont  nous  devons  dire 
un  mot  à  nos  lecteurs. 

Ce  manuscrit  est  dû  à  la  plume  de  deux  adeptes  du  boud- 
dliisme  dont  le  second  appartient  à  la  fam^ie  impériale.  Ils 
s'appellent  Tsing-tsai  et  Mien-pang^,  Ils  le  commencèrent 
l'an  XIV  de  Tao-Kuang  et  l'achevèrent  en  l'an  xvi.  Tsing-tsai 
nous  apprend,  dans  sa  préface,  qu'il  était  magistrat,  mais 
qu'ayant  donné  sa  démission,  il  profita  des  loisirs  qui  lui 
étaient  accordés  pour  faire  cette  œuvre  de  piété. 

Nos  doctes  copistes  s'acquittèrent  de  leur  tâche  avec  grand 
succès;  leur  écrit  est  sans  aucune  faute,  un  seul  mot  omis 
dans  le  chinois  a  été  ajouté  à  droite  en  plus  petit  caractère. 


VAJRACCHEDIKA.  443 

Mais  aussi  ils  s*étaient  préparés  à  celte  œuvre  de  leur  mieux 
et  s*étaîent  lavé  les  mains  avec  soin ,  comme  ils  nous  rappren- 
nent dans  le  colophon  final. 

Leur  écriture  est  celle  de  la  main  courante,  mais  cependant 
assez  lisible  malgré  les  abréviations  et  simplifications  des'ca- 
ractères.  Notre  manuscrit  bilingue  est  écrit  de  gauche  à 
droite  comme  tous  ceux  qui  contiennent  un  texte  mandchou  \ 
mais  l'introduction  est  à  la  fin  conmie  dans  les  manuscrits 
chinois.  La  double  version  est  précédée  :  i*  d'un  avertisse- 
ment indiquant  les  conditions  morales  nécessaires  pour  lire 
avec  fruit  le  livre  sacré;  2"  de  diverses  prières  préparatoires 
que  nous  donnerons  à  la  fin  de  cette  traduction. 

La  version  mandchoue  est  absolument  introuvable  et  in- 
édite ,  et  les  textes  mandchous  do^t  peut  disposer  le  linguiste 
européen  sont  extrêmement  rares  ;  nous  espérons  pouvoir  la 
publier  ultérieurement.  Cette  version  est  écrite  en  un  mand- 
cliou  remarquablement  pur  et  échappe  entièrement  au  re- 
proche fait ,  non  sans  raison ,  par  M.  Mùller  à  la  plupart  des 
traductions  chinoises  similaires,  d'être  inintelligibles  sans  le 
secours  du  sanscrit.  A  elle  seule ,  elle  donnerait  une  idée  très 
exacte  du  texte. 

La  doctrine  professée  dans  la  Vajracchedikâ  est  celle  du 
bouddliisme  du  Nord ,  du  bouddhisme  brâhmanisé ,  c'est-à- 
dire  ramené,  quant  à  sa  métaphysique,  aux  théories  essen- 
tielles du  brahmanisme  :  l'inexistence  de  tous  les  êtres  parti- 
culiers ,  la  Maya  ou  illusion  universelle  en  ce  qui  concerne 
leur  production  et  leur  naissance;  l'être  et  le  non- être  se 
trouvant  en  même  temps  en  toutes  choses  [s(tdasat);  ce  qui 
ne  veut  pas  dire  «  l'identité  de  l'être  et  du  non-être  »  ;  la  déli- 
vrance des  renaissances  [moksha)  par  la  connaissance  de  la 
non-réahté  des  êtres ,  la  foi  en  ce  principe  fondamental. 

*  Il  est  écrit,  chose  singulière,  au  verso  d'un  autre  livre,  à  sa- 
voir le  Lo-tang  tsiuen-tsik  •  Recueil  complet  du  palais  du  plaisir  • , 
c'est-à-dire  •  Recueil  complet  des  poésies  et  morceaux  littéraires 
composés  par  l'empereur  K'ien-long». 


444  NOVKMBRK-DKCEMBRE   1891. 

A  cela  se  joint  cette  conception  propre  au  bouddhisme , 
que  l'existence  particulière  est  causée  par  le  désir  subsistant 
après  ce  qu'on  appelle  la  mort  ;  désir  qui  snisit  cl  s'approprie 
les  quaire  conditions  de  cette  cxislrncc;  Tindividualifé 
(âtman)^  l'existence  (sattwa),  la  vie  (jiva)^  et  la  personna- 
lité [pwlgala],  La  moksha,  ici,  exige  en  plus  le  détachement 
complet,  l'extinction  complète  de  ce  désir;  en  sorte  que  t  ette 
force  indéfinissable  ne  se  saisisse  plus  de  ces  divers  maté- 
riaux de  l'existence  et  laisse  l'être  particulier  se  dissoudre 
dans  la  condition  nirvânique. 

Ces  principes  sont  assez  bien  énoncés  dans  l'introduction 
de  nos  deux  rédacteurs  ïsing-tsai  et  Mien-pang;  nous  la  don- 
nerons ici  en  entier,  et  pour  ce  motif,  et  parce  qu'elle  fait 
parfaitement  connaître  les  idées  régnant  chez  les  boudJhistes 
chinois  actuels. 

Quant  à  notre  texte ,  c'est  unique  ment  un  développement 
de  l'idée  fondamentale  que  nous  venons  d'exposer  en  l'appli- 
quant à  différents  cas  successivement  exposés,  où  le  Tathà- 
gata,  ou  Çàkyamijni,  explique  à  ses  auditeurs  comment 
chaque  chose  n'est  pas  ce  qu'elle  est;  comment  tout  être, 
tout  prédicat,  est  non-ctrc,  non-prédicat.  Mais  cette  formule 
constam'nent  répétée  a  cc'a  de  bizarre  qu  elle  se  termine 
chaque  fois  par  cette  conclusion  :  «  c'est  pourquoi  c'est  ap- 
pelé ainsi  ».  Par  exemple  :  «  l'existence  est  une  non-existence, 
c'est  pourquoi  elle  est  appelée  existence  n.  C'est  tout  à  fait 
transcendental.  La  Vajracchedikà  développe  cependant  encore 
un  antre  principe,  à  savoir  le  mérife,  supérieur  à  tout,  de 
celui  qui  reçoit  les  sûlras  et  la  loi,  qui  la  propage,  Tenseigne, 
l'i  xplique  oti  même  y  croit  simplement.  Cela  est  répété  à  sa- 
tiété. 

Depuis  ([uc  cette  introduction  a  ili  envoyée  pour  l'impres- 
sion, j'ai  reçu  le  îextc  chinois  de  la  version  avec  le  double 
commentaire  de  JJi-t  u;  lo  premier  explifjuant  les  mots;  le 
second  développant  les  idôes.  J'ai  cru  utile  d'en  donner  quel- 
ques extraits  montrant  comment  les  Chinois  conçoivent  les 
principes  bouddhiques. 


VAJRACCHEDIKA.  445 

Voici  rintroduction  mandchoue-chinoise  de  notre  livre. 

PRÉFACE  DES  DEUX  RÉDACTEURS. 


*  _  * 


LIVRE  DE  LA  MAHAPRAJNAPARAMITA 

QUI   RÈGLE   LE   COEUR. 


Les  bodhisattwas  contemplateurs,  existant  en  eux- 
mêmes,  suivant  ia  voie  profonde  de  la  loi,  accom- 
plissent la  traversée  (du  monde)  de  la  science.  Con- 
templant constamment  les  cinq  espèces  de  vide 
qu'ils  voient  avec  grande  clarté ,  ils  traversent  heu- 
reusement toutes  les  circonstances  pénibles  et  dan^ 
gereuses,  les  chagrins  et  les  calamités.  En  leur 
esprit  éclairé  et  d'une  mémoire  constante,  la  per- 
ception des  formes  ne  se  sépare  pas  du  vide,  ni  le 
vide  de  cette  perception  ;  car  elle  est  le  vide  même , 
et  le  vide  çest  cette  perception.  Leurs  pensées,  leurs 
actes,  leurs  connaissances,  ont  ce  principe  pour  di- 
rection. Leur  esprit  éclairé  et  d'un  souvenir  constant 
en  tout  ce  qui  est  du  vide  et  des  apparences  de  toute 
condition  d'être  ne  produit  rien,  ne  détruit  rien, 
ne  souille ,  ni  purifie ,  n'augmente  ni  diminue  quoi 
que  ce  soit. 

Car  dans  le  vide  il  n'y  a  point  de  forme,  point 
d'aperception ,  de  pensée ,  d'acte  ou  de  connaissance 
acquise.  Là  il  ny  a  point  de  sens,  point  d'yeux, 
d'oreille,  de  nez  ou  de  langue,  point  de  corps  ni 
d'intelligence,  point  de  couleur,  de  son,  d'odeur, 

XMII.  3o 


iHiaiatai*  »*Tiu.\Aii«. 


.    .  •    .«. 


446  NOVËMBRë-DÉCëMBRE  18Q1. 

de  goût  ou  de  sensation  du  tact.  Comme  il  n'y  a 
pas  de  limite  à  la  vue ,  il  n  y  en  a  pas  non  plus  à  la 
pensée,  à  la  connaissance. 

11  ny  a  pas  non  plus  d obscurité  intellectuelle,  et 
quand  cette  absence  d'obscurité  est  complète,  il  n'y 
a  plus  de  vieillesse  ni  de  mort,  et  quand  l'affran- 
chissement de  la  vieillesse  et  de  la  mort  est  complet, 
il  n'y  a  plus  ni  douleur,  ni  assemblage ,  ni  désagré- 
gation. On  ne  possède,  n'acquiert  plus  rien  qui  ne 
soit  rationnel  parce  qu'on  n'acquiert  plus  rien  (d'ex- 
térieur). 

Les  bodhisattwas  qui  suivent  (la  doctrine  de)  la 
prajnàpâramitâ  n'ont  plus  rien  dans  le  cœur  qui  le 
séduise  ou  l'entrave;  plus  pour  eux  de  crainte,  d'ap- 
préhension, d'éloignement,  d'égarement,  de  résis- 
tance ni  de  chute ,  plus  de  rêves  ni  de  soucis.  Enfin 
ils  arrivent  danâ  le  Nirvana. 

Tous  les  bouddhas  des  trois  âges  qui  suivent 
la  prajnàpâramitâ  obtiennent  YAnuttarâsamgatisamr 
bhôdi.  Ils  connaissent  la  cause  qui  fait  parvenir  à  la 
connaissance  parfaite  ^ 

C'est  là  la  grande,  la  spirituelle  Dharanî  (Tarni). 
C'est  la  grande  et  lumineuse  Dharanî,  la  Dharanî 
qui  n'a  rien  au-dessus  d'elle  et  n'a  point  de  degrés, 
qui  dissipe  toute  douleur  vraie,  réelle,  sans  aucun 
défaut  ni  lacune. 
I  Feti  !  Heti  !     Para  heti  !     Para  seng  heti  Boiisa  suakha  '» 

^  Le  chinois  veut  plutôt  dire  :  «  à  cause  que  ». 
^  Ha  iti  !  Ha  iti  I  Para  ha  iti  !  Para  sangha  ha  itî ,  Bodhisattwa 
svâha. 


VAJRAGGHEDIKÂ.  447 

il 

La  seizième  année  Tao-kuang^  aux  jours  propices 
du  septième  mois ,  pleins  de  foi ,  les  deux  disciples 
Tching-tchai  et  Mien-pang ,  membres  de  la  famille 
impériale, après  s*être  lavé  les  mains,  ont  écrit  avec 
respect  ce  qui  suit. 


Le  texte  mandchou-chinois  est  divisé  en  para- 
graphes ,  et  ceux-ci  ont  chacun  un  en-tête  qui  est  censé 
indiquer  le  sujet  du  passage.  Nous  avons  choisi  cette 
division  qui  n*est  pas  sans  raison  d*être  et  nous  don- 
nons ces  intitulés  à  titre  de  curiosité  historique. 

»  1837. 


n 


448  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 


VAJRACCHEDIKÂ. 

VÉNÉRATION  À  LA  SAINTE  ^  ET  NOBLE    PRAJNApArAMItA. 


1 .  —  Cause  de  la  riJunion  pour  la  bonne  loi. 

C  est  ainsi  que  je  1  ai  entendu  dire. 
En  une  certaine  circonstance^,  le  bienheureux^ 
se  trouvait  à  Çrâvasti*,  au  bois  de  Jeta^,  au  jardin 


*  Al.  à  romnisciente. 

^  Gomme  dans  un  grand  nombre  de  sutras,  la  scène  s^ouvre  ici 
par  une  assemblée  de  bbikshous  et  de  bodhisattwas  auxquels  le 
bienheureux  donne  la  leçon  qui  fait  Tobjet  du  livre.  Le  lieu  de  la 
réunion  est  à  Çrâvasti ,  la  ville  antique  dont  les  ruines  se  voient , 
dit-on,  au  nord  du  Gange,  au-dessus  de  Bénarès,  et  que  Fa-hiea 
place  près  de  Fuzabad ,  taudis  que  Hiuen-tsang  dit  en  avoir  vu  les 
ruines  près  de  Sirkhî. 

Samaya  est  pris  dans  les  versions  GH.  M.  comme  terme  général  : 
temps,  moment  :  ermi  erinde,  yih  shi, 

'  A  Bhagavân  (qui  a  une  heureuse  part  de  destin)  correspond  en 
M.  CH.  le  nom  propre  Fucihi  de  formation  obscure  et  Fo ,  primiti- 
vement But, 

*  Çrâvasti,  M.  GH.  simplement  transcrit  :  sha-wei,  tib.  Mnyen 
yod,  ce  qui,  contrairement  à  Tcxplication  de  Scbmidt,  est  une  tra- 
duction étymologique  de  Çràv ,  cru  «  entendre  »  et  CLSti  «  est  ». 

^  Jetavana.  CH.  Tshe-sha,  M.  She-shu-moo,  le  bois  Tche,  transcrip- 
tion de  Je.  Le  M.  double  le  mot  «  bois  »  shu  (  CH.  )  moo.  Le  T.  B^cd 
bu,  rgyal  byed  t'sal,  forêt  du  prince  Bgyal  hyel,  i.  e.  vainqueur, 
identiGant  Jeta  à  Jétar.  On  sait  que  Jeta  était  fils  de  Prasenajit, 
roi  de  Çrâvasti,  et  qu'il  vendit  un  parc  situé  dans  un  faubourg,  a 
Ànâ'hapindada. 


VAJRACCHEDIKA.  449 

de  plaisance^  d'Anâthapindada^,  avec  une  grande 
assemblée  de  bhikshous^,  comptant  i,5oo  bhik- 
shous  et  un  nombre  considérable  de  bodhisattwas , 
mahâsattwas ,  êtres  supérieurs. 

Or  donc,  s  étant  habillé  tout  au  matin  ^,  le  bien- 
heureux^ prit  son  écuelle  et  le  vêtement  de  reli- 
gieux mendiant,  puis  se  mit  à  circuler  dans Çrâvasti , 
la  grande  ville,  pour  mendier  sa  nourriture. 

L ayant  ainsi  parcourue,  ayant  fait  son  repas  et 
étant  revenu  de  sa  course  pour  sa  nourriture,  ayant 
mis  au  repos  son  écuelle  et  son  manteau^,  et  s'étant 
lavé  les  pieds ,  le  bienheureux  s'assit  sur  le  siège  ma- 


^  Arâma  «  lieu  de  plaisir  ».  T.  Knn  dga  rapana  «  dans  le  jardin  de 
tous  les  plaisirs».  GH.  M.  simplement  «jardin»  :  Yaen-yafan. 

*  Anâthapindada j  nom  donné  à  Sudalta,  riche  propriétaire  de 
Çrâvasti  qui  mit  son  parc  à  la  disposition  de  Çâkyamûni.  Il  est 
resté  célèbre  par  sa  charité.  Son  nom  est  expliqué  généralement 
comme  un  composé  attributif  signifiant  «  qui  donne  sans  conserver 
même  un  pain»  [a-nâtha-pinda),  La  version  CH.  M.  indique  un 
sens  plus  naturel  :  «  qui  donne  du  pain ,  qui  fait  Taumône  à  ceux 
qui  sont  sans  protection»  (anâtha-pinda-da),  GH.  M.  Ke-kn-tn  qui 
donne  aux  orphelins  et  abandonnés.  Le  T.  traduit  diaprés  la  pre- 
mière explication  avec  une  variante  :  mgon  med  zas  shyin  (et  non 
gkyin,.  texte  de  Schmidt). 

^  Bhiksha,  T.  Dge-slong  «lama».  Le  M.  GH.  à  la  première  fois 
Gelong  et  Pi-kin  et,  la  deuxième  foi»,  niyalma,jin  «homme».  Le  M. 
GH.  n  a  pas  le  reste  de  la  phrase  et  ne  mentionne  pas  les  bodhi- 
sattwas. 

^  M.  au  temps  du  riz  (déjeuner).  GH.  au  temps  du  manger. 
Schmidt  a  passé  quelques  mots  dans  cette  phrase. 

'  Ici  en  M.  GH.  Shi-tsnn  qui  correspond  à  Lôkajyesktkva  «honoré 
du  monde». 

*  Vêtement  teint  rouge-sang  comme  on  le  portait  en  Ghine. 


450  NOVEMBRËDÉGEMBRE  1891. 

gistral  ^  les  jambes  pliées  sous  lui,  le  corps  droit  et 
la  pensée  fixée  sur  Tobjet  de  sa  méditation. 

Mors  de  nombreux  bhikshous  assemblés  s'en 
vinrent  au  lieu  où  était  le  bienheureux.  En  s'ap- 
prochant,  ils  inclinèrent  profondément  la  tête  aux 
pieds  du  bienheureux,  et  ayant  tourné  trois  fois  en 
lui  donnant  la  droite ,  ils  allèrent  tous  s'asseoir  du 
même  côté. 

2.  —  Chercher  X  faire  briller  le  bien. 

Alors,  en  cette  circonstance,  Subhûti,  à  la  longue 
vie^,  vint  s'unir  à  cette  assemblée  et  s'assit  au  mi- 
lieu d'elle.  Puis  se  levant  de  son  siège,  rejetant  son 
manteau  sur  une  épaule,  posant  à  terre  le  genou 
droit*  et  faisant  l'anjali*  devant  le  bienheureux,  il 
lui  adressa  ces  paroles  : 

C'est  merveilleux,  ô  Bienheureux!  c'est  suprê- 
mement merveilleux,  ô  Sugata!  comment,  par  toi 
vénérable  Tathâgata,  arhat  complètement  illuminé, 
ces  bodhisattwas  mahâsattwas  ont  été  réunis  à  ta 

^  Ceci  et  tout  le  reste  du  paragraphe  manquent  dans  Jes  versions 
M.  CH. 

*  Âyushman.  GH.  M.  Tchang-lao  cvieUlard  vénéraUe,  très  âgéi. 
T.  Tche  dan  Idan  pa,  tempore  praeditus,  et  Rab^kbyor  aux  trésors 
excellents.  Sabhûti  «  de  nature  excdlente  ». 

^  M.  GH.  «du  côté  droit».  Le  T.  ne  dit  pas  qu^il  posa  un  genou 
à  terre. 

^  M.  giogin  w^ame  «  mettant  les  mains  plates  Tune  contre  Tautre». 
GH.  ho'ichang  joignant  les  paumes  des  mains  ;  puis  deux  termes 
indiquant  les  sentiments  de  respect  c honorant  avec  respecta.  T. 
s*inclinant  avec  les  mains  jointes. 


VAJRACCHEDIKA.  451 

suite  par  la  grâce  qui  les  a  saisis ^  Merveilleux! 
comment  par  ce  vénérable  Tathâgata,  arhat  com- 
plètement illuminé,  ces  bodhisattwas  mahâsattwas 
ont  été  comblés  de  cette  grâce  suprême. 

Comment  donc  doit-il  se  déterminer,  ô  Bien- 
heureux, le  jeune  homme  ou  la  jeune  fille  comme 
il  faut,  appliqué  à  la  pratique  de  la  doctrine  des 
bodhisattwas^?  Comment  doit-il  se  mettre  à 
Tœuvre?  Comment  doit-il  en  comprendre  Tidée? 

Lorsque  Subhûti ,  à  la  longue  vie ,  eut  ainsi  parié , 
le  bienheureux  lui  dit  ^  :  Très   bien ,   très   bien , 

^  M.  GH.  H'i  :  jalan  de  Komso  «rare  en  ce  inonde •.  Shi  tsun,jo- 
lai=lokajyeshtha,  Tathâgata, . .  M.  puissant  pour  favoriser  la  volonié. 
de  tous  les  bodhisattwas,  pour  les  instruire  et  les  diriger,  leur 
donner  leurs  charges.  GH.  id.  puissant  pour  les  appder  et  les  char- 
ger. 

*  T.  de-bzin  gs'egs  ainsi  de  même  dlé  (ou  \erm,gs'egs  a  les  deux 
sens).  On  explique  souvent  ce  mot  comme  c parti  comme  il  con-» 
vient •  ou  caUant  comme  ses  prédécesseurs».  Mais  ce  mot  adressé 
au  bouddha  encore  sur  la  terre  ne  peut  avoir  le  premier  sens  ;  le 
second  n'est  pas  bien  satisfaisant.  Peut-être  tathâ  a-t-il  le  même 
sens  que  Rd.  tatha  dans  vitatham  et  veut  dire  «  conformément  à  la 
vérité».  Gâta  en  GH.  est  traduit  lai  «venu». 

'  Bodhisattwayâna  <  le  moyen  d*sdler,  la  règle  de  la  doctrine  des 
B.  »  est  rendu  en  GH.  par  les  sons  qui  transcrivent  ordinairement 
anuttarâsamyaksambodhi ,  Tiliumination  complète  de  l'intdligenee 
qui  n'a  rien  au-dessus  d'elle.  Le  M.  rend  aussi  ce  mot,  mais  en  le 
traduisant  «disposition  du  cœur  qui  connaît,  qui  comprend  ce  qui 
est  bien  et  n'a  rien  au-dessus  »  :  dele  akô. 

Et  la  phrase  entière  :  «  Si  un  homme  ou  une  femme  qui  pratique 
le  bien  embrasse  (knlaputrô,  etc.)  une  disposition  semblable,  com- 
ment doit-il  la  fixer  en  lui ,  comment  doit-il  abaisser,  &ire  ployer  cette 
volonté?  G'est  sans  doute  le  mot  cittam,  pensée,  intelligence,  qui  a 
fait  introduire  ici  «  U  disposition  du  cœur  »  sin  =  majilen  et  pratipad 


452  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

Subhûti!  H  en  est  précisément  ainsi,  ô  Parfait!  li  en 
est  comme  tu  le  dis.  Les  bodhisattwas  mahâsattwas 
ont  été  amenés,  assemblés  ici  par  le  Tathâgata,  par 
une  faveur  suprême  qui  les  a  saisis.  Ils  ont  été  par 
lui  comblés  dune  grâce  suprême.  Ecoute  donc, 
ô  Excellent,  et  imprime  ceci  dans  ton  esprit,  forte- 
ment, convenablement.  Jeté  dirai  comment  Thomme 
appliqué  à  la  doctrine  des  bodhisattwas  doit  se  tenir, 
comment  il  doit  s  y  appliquer,  comment  il  doit  en 
comprendre  la  notion  ^ 

C'est  bien.  Bienheureux!  dit  Subhûti,  puis  il  se 
mit  à  écouter  le  bienheureux^. 

3.  —  Enseignement  correct  de  la  grande  doctrine. 

Le  bienheureux  lui  dit  :  C'est  ainsi,  ô  ElxceUent, 
que  cette  notion  doit  être  conçue  par  celui  qui  s'ap- 
plique aux  règles  des  bodhisattwas^.  Tous  les  êtres, 
quels  qu'ils  soient,  qui,  dans  l'élément  général  de 
l'être ,  ont  été  saisis  de  cette  opération  qui  fait  l'être 
particulier^,  qu'ils  soient  nés  d'un  œuf  ou  d'une  ma- 

qui  a  été  traduit  par  c abaissera  eherebume.  Ce  que  le  T.  rend  par 
«rempHr». 

^  Les  M.  GH.  ont  simplement  «  Paroles  de  Fucihi ,  Fo  dit  >.  Le  T. 
a  :  •  cela  a  été  ainsi  »  au  lieu  de  :  «  comme  tu  le  dis-i ,  ce  que  le 
M.  CH.  rend  exactement.  La  réponse  du  bienheureux  reproduit  la 
phrase  de  la  demande  de  Subhûti. 

*  M.  CH.  Oui  bien ,  Shi-tsun  ;  je  désire  avec  joie  et  plaisir  en- 
tendre (ce  que  tu  vas  dire). 

'  M.  CH.  Tous  les  Po-sa  (bodhisattwas)  mo-Ao-M  (mahâsattwas) 
doivent  ployer  ainsi  leur  cœur. 

^  M.  GH.  Tous  les  êtres  vivants  d*une  même  terre.  T.  Le  sent 


VAJRACCHEDIKÂ.  453 

trice,  de  l'humidité  ou  par  généralion  spontanée, 
qu'ils  aient  une  forme  sensible  ou  n'en  aient  point , 
qu'Us  soient  inteUingents  ou  non  intelligents,  ou 
bien  ni  l'un  ni  l'autre,  et  tout  élément  d'être  dont 
on  peut  acquérir  la  connaissance ,  tous  doivent  être 
plongés,  quels  qu'ils  soient,  dans  l'élément  du  Nir- 
vana, tous  sans  exception  ^ 

Mais  si  même  j'y  plonge  les  êtres  en  nombre  illi- 
mité^, aucun  n'y  est  plongé  (en  réalité).  Quelle  est 
la  cause  de  ceci?  C'est  que,  Subhûti,  si  un  bodhi- 
sattwa  croit  à  l'existence  d'un  être  particulier,  il 
n'est  pas  digne  d'être  appelé  de  ce  nom  ^.  Pour 
quelle  raison  ?  Parce  qu'il  en  est  indigne  celui  qui  a 
la  (fausse)  connaissance,  la  (fausse)  aperception  de 
l'égoïté,  de  l'existence,  de  la  vie,  de  la  personnalité. 


en  est  :  «Tous  les  êtres  vivants  qui  de  Tessence  générale  se  sont 
formés  à  cet  état  par  assemblage;  qu  ils  soient  nés  d*un  œuf,  d*une 
matrice,  de  l'humidité  chaude,  d*un  changement  magique,»  etc. 

^  M.  CH.  par  une  transformation  [hua,  kobalire), 

*  Ici  les  M.  CH.  sont  plus  développés.  «  Si  j'y  plonge  les  êtres  vi- 
vants sans  mesure ,  sans  nombre ,  sans  limite ,  en  résdité ,  »  etc. 

Le  T.  est  ici  assez  inexact,  mais  surtout  dans  la  traduction  de 
Schmidt.  Mya-nanAas  hdas-pa  «la  région  où  toute  peine  est  passée» 
est  purement  le  Nirvana ,  traduit  étymologiquement  comme  dérivé 
de  n\r  et  van  «  frapper  ».  Dbyuns  «  région  »  correspond  à  dhâtu. 

Le  Nii^âna  semble  être  ici  la  dissolution  des  skhandas.  des  élé* 
ments  de  l'individu. 

^  Cette  phrase  et  la  suivante  sont  abrégées  en  chinois-mandchou. 
«Si  un  Posa  a  la  conception  du  moi,  de  l'homme,  de  tout  être 
vivant ,  de  la  longue  vie ,  il  n'est  pas  un  Posa.  »  Le  T.  rend  aussi 
Sattwa  par  «être  vivant».  Atman  est  rendu  par  Beye,  Ngo,  hdag 
«le  moi».  Il  s'agit  de  celui  qui  a,  en  son  esprit,  la  conception  de 
l'être,  etc. ,  comme  réalité. 


454  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

4.  —  Que  l'on  ne  doit  point  rechercher 

le  surnaturel. 

En  outre,  sans  aucun  doute,  ô  Subhûti,  un  bo- 
dhisattwa  qui  fait  fond  sur  la  matière  ^  ne  peut  faire 
de  dons  (utilement);  de  même  s'il  fait  fond  sur  une 
chose  quelconque,  sur  les  formes, les  conditions  des 
sons,  des  odeurs,  du  goûter,  du  tact.  Mais  il  pourra 
faire  des  dons  (utiles)  s'il  ne  fait  fond  sur  la  con- 
naissance d'aucun  objet  déterminé^.  Car,  ô  Subhûti, 
si  ce  bodhisattwa,  qui  ne  s'appuie  sur  rien,  donne 
généreusement,  on  ne  peut  facilement  apprécier  la 
mesure  de  ses  mérites  ^ 

Penses -tu,  Subhûti,  que  l'on  puisse  aisément, 
prendre  la  mesure  de  l'empyrée*  au  sud,  à  l'ouest, 
au  nord,  en  bas,  en  haut,  partout  dans  les  cinq  ré- 
gions^ et  dans  les  directions  intermédiaires  P 

Non  certainement,  ô  Bienheureux,  répondit  Su- 
bhûti. 

Ainsi ,  dit  alors  le  bienheureux ,  quand  un  bodhi- 

*  CH.  M.  dorOffa  «loi,  naturel.  —  T.  dnos-po  «substance,  élé- 
ment ». 

*  Nimitta,  GH.  siang  «  réalité  » ,  c  ce  qui  se  voit  •  en  langage  boud- 
dhiste «caractéristique».  M.  Arbun  «forme  sensible».  T.  Mt'san  mar 
hdu  s'es  «conception  d'une  marque,  d*un  signe». 

'  CH.  M.  Heureuse  fortune  (siang,  hôtari)  ne  se  peut  calculer,- 
apprécier  et  délimiter,  supputer. 

^  CH.  M.  Mesurer,  compter  le  vide.  Le  reste  de  la  phrase  est 
abrégé. 

^  Membre  de  phrase  absent  du  M.  CH.. 


VAJRACCHEDIKA,  455 

sattwa  fait  des  dons  sans  s'être  appuyé  sur  rien ,  il  est 
difficile  de  saisir  la  mesure  de  ses  mérites. 

Ainsi,  ô  Subhûti,  celui  qui  est  appliqué  à  la 
règle  des  bodhisattwas  doit  donner  de  manière  qu'il 
ne  s  appuie  sur  aucune  connaissance  d'objet  déter- 
miné ^ 

5.  —  Comment  on  connaît  la  véritiJ  en  suivant 

LE  PRINCIPE  rationnel  (li). 

Qu'en  penses- tu,  ô  Subhûti?  Le  Tathâgata  doit-il 
être  reconnu  par  une  réunion  en  lui  de  signes  ex- 
térieurs spéciaux  2?  Subhûti  répondit  :  Il  n'en  est 
point  ainsi,  ô  Bhagavân!  le  Tathâgata  ne  doit  pas 
être  reconnu  par  ces  signes.  Pourquoi  cela?  Parce 
que,  ô  Bienheureux,  la  réunion  en  lui  de  ces  si- 
gnes dont  parle  le  Tathâgata  n'en  est  point  une,  est 
une  absence  de  signes  extérieurs.  A  ces  paroles  le 
bienheureux  dit  à  Subhûti  :  C'est  que,  Subhûti, 


^  CH.  M.  Également  abrégé.  «Subhûti!  le  bodbisattwa  doit  se 
fixer  uniquement  d'une  manière  conforme  à  cette  doctrine.  » 

*  Lakshana.  CH.  M.  «forme  du  corps •.  T.  mt'san-pkin,  marques 
excellentes.  Ce  sont  :  une  protubérance  ou  touffe  de  cheveux  au 
front,  de  longues  tresses,  un  duvet  entre  les  sourcils,  de  longs 
doigts,  des  yeux  bleus  et  blancs  comme  Tivoire,  quarante  dents 
égales  et  sans  intervalles,  des  dents  très  blanches,  des  mâchoires 
de  lion,  une  langue  longue  et  mince,  la  voix  de  Brahma,  de  belles 
et  rondes  épaules,  une  peau  fine  et* de  couleur  d'or,  une  poitrine 
de  lion,  un  corps  fort  et  bien  arrondi,  des  cheveux  bien  tour- 
nés, etc.  Cf.  Burnouf,  Lotos  de  la  bonne  loi,  5 5 7-621,  et  mon 
Man-han  si-Jan  tsie  yao  dans  le  BaJbyl,  Or,  Record,  July,  August, 
1888. 


4&C  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

en  ce  qui  est  (conception  de  la)  survenance  de  signes 
extérieurs,  il  y  a  illusion  ^  En  ce  qui  est  absence  de 
ces  signes,  il  ny  a  point  d'erreur.  Ainsi  le  Tatbagata 
doit  être  reconnu,  aperçu  par  la  présence  et  l'absence 
de  marques  particulières  extérieures^. 

6.  —  La  droiture,  la  sinciJrité,  sont  rares. 

Subhûti,  à  la  longue  vie,  dit  alors  au  bienheu- 
reux :  B  arrivera,  n est-ce  pas,  que  certains  êtres  se- 
ront, à  cette  voie  non  encore  fréquentée,  à  ce  temps 
dernier,  à  cette  dernière  circonstance ,  à  la  dernière 
période  de  cinq  cents  ans ,  quand  Textinction  de  la 
bonne  loi  sera  en  cours,  lesquels  êtres  manifesteront 
encore  la  connaissance  (de  la  nature)  de  Fêtre  en 
récitant  les  paroles  des  sûtra,  semblables  à  celles- 
ci^  ? 

Le  bienheureux  répondit  :  Ne  dis  point  cela, 
toi  Subhûti  !  11  y  aura  *  alors ,  ô  Subhûti ,  dans  cette 


^  Drashtavya  «peut-on  voir?»  Mrshâ  CH.  M.  tromperie,  vide. 

^  M.  GH.  Si  Ton  voit  que  toute  forme  est  une  non-forme,  dors 
on  voit,  on  connaît  le  Tathâgata.  Ce  qui  ferait  prendre  le  texte 
sanscrit  en  ce  sens  :  c*est  par  la  non-marque  de  marques  que  le 
Tathâgatha  doit  être  vu ,  reconnu. 

^  Le  M.  GH.  n*a  que  :  «  Se  pourra-t-il  que  tous  les  êtres  ayant  en- 
tendu les  paroles  de  ce  passage  prononcé,  récité,  y  ajouteront  foi 

ou  non?»  Le  T.  manque  seidement  des  mots  «à  cette  voie 

dernière  circonstance».  Le  dernier  cinq-centenaire  est  le  dernier 
Kalpa. 

^  Cette  phrase  est  répétée  deux  fois  presqu'en  entier.  Le  CH.  M. 
est  tout  autre  :  «Si  après  que  le  Tathâgata  sera  éteint,  cinq  cents 
ans  après ,  il  y  a  des  gens  qui ,  par  la  mortification ,  produisent  le  bon- 


VAJRACCHEDIKA.  457 

voie  où  personne  n'est  encore  entré,  au  dernier 
temps,  au  dernier  moment,  au  dernier  cinq-cente- 
naire, quand  Textinction  de  la  bonne  loi  sera  en 
cours,  il  y  aura  des  bodhisattwas  mahâsattwas 
doués  de  qualités  excellentes,  de  vertus  morales, 
dé  science,  qui  manifesteront  la  connaissance  de  la 
nature  de  Têtre ,  en  récitant  des  maximes  semblables 
des  sûtras. 

11  ny  aura  plus,  après  cela,   des   bodhisattwas 


heur  et  sachent  produire  en  eux  un  cœur  ayant  foi  aux  paroles  de 
ce  livre  et  le  tenant  pour  la  vérité ,  ces  gens  ainsi  faits  ne  sauront 
poser  un  fondement  solide  en  Un ,  en  deux ,  en  trois ,  en  quatre  ou 
cinq  bouddhas.  Depuis  toujours  (dans  le  passé]  on  a  dû  poser  tout 
fondement  de  cette  espace  bon  et  solide,  sur  le  terrain  de  mille, 
dix  mille,  d^innombrables  bouddhas. 

«  Si  Ton  écoute  les  paroles  de  ce  chapitre  et  que  Ton  y  ajoute  toi 
sans  hésitation  dans  le  calme  parfait  et  constamment ,  6  Subbûti , 
tous  les  Tafchâgatas  ayant  une  connaissance,  une  vue  complète  (du 
monde),  tous  les  êtres  vivants  acquerront  un  bonheur,  une  vertu 
ainsi  sans  limite. 

«  Pourquoi  ?  Parce  que  tous  sont  sans  représentation  mentale  de 
fégoîté,  de  Thumanité,  des  êtres  vivants,  de  la  longue  et  heureuse 
existence,  ni  de  la  loi  des  êtres  (de  leur  essence  doro-fa).  Toutefois 
ils  ne  seront  pas  sans  conception  de  la  loi.  Pourquoi?  Parce  que  si 
leur  esprit  saisissait  encore  la  forme,  il  se  livrerait  encore  à  (la  con- 
ception de)  Tégoïté,  Tétre  humain,  des  êtres  vivants,  du  bonheur 
(CH.  Parla,  il  manifesterait,  etc.). 

«S'il  comprenait  encore  la  forme,  la  notion  de  la  loi,  il  se  li- 
vrerait encore  à  l'égoité,  etc.  S'il  comprenait  la  notion  de  la  non- 
loi,  il  s*y  livrerait  de  même.  Cela  étant,  il  ne  doit  concevoir  ni  loi 
ni  non-loi. 

«  Pour  ces  raisons ,  le  Tathâgata  parie  ainsi  constamment.  Vous , 
ô  Bhikshus ,  sachez  que  la  loi  annoncée  par  moi  peut  se  comparer 
à  un  radeau  ;  cette  loi  on  doit  rabandonncr,  à  plus  forte  raison  la 
nomloi  ». 


458  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

mahâsattwas  disciples  d*un  seul  Bouddha,  ni  possé- 
dant le  principe  du  salut  par  renseignement  d'un 
seul  Bouddha.  Mais  il  y  aura  des  bodhisattwas , 
disciples  de  plusieurs,  de  cent,  de  mille  bouddhas, 
ayant  reçu  le  principe  du  salut  de  plusieurs,  de  cent, 
de  miUe  bouddhas  et  qui,  en  récitant  les  paroles 
des  Sûtras,  sous  cette  forme,  obtiendront  le  don 
suprême  de  lunilé  parfaite  de  la  pensée,  de  la  pen-  * 
sée  établie  dans  Tunité.  Ceux-là,  Subhûti,  sont  con- 
nus du  Tathâgata,  par  sa  science  de  bouddha,  d'il- 
luminé. Ils  sont  vus  par  lui ,  de  son  œil  de  bouddha. 
Eux  tous,  éclairés  par  le  Tathâgata,  produiront  une 
masse  de  mérites  en  nombre  incommensurable  et 
ils  en  acquerront  les  fruits. 

Pourquoi  cela  ? 

Chez  ces  bodhisattwas  mahâsattwas  ne  règne 
plus  la  conception  de  l'individualité,  ni  ceUe  de 
l'existence,  ni  de  la  vie,  ni  de  la  personnalité,  ni 
même  celle  de  la  loi  (essence  de  l'être).  Il  n'y  a  pas 
davantage  la  connaissance  de  la  non-existence  de  la 
loi;  il  n'y  a  plus  ni  connaissance  ni  ignorance. 
Comment  cela?  C'est  que  si  les  bodhisattwas  mahâ- 
sattwas avaient  encore  la  connaissance  expresse  de 
la  loi,  ils  se  saisiraient  encore  de  l'âtman,  de  l'exis- 
tence particulière,  de  la  vie,  de  la  personnalité. 
S*ils  avaient  encore  la  connaissance  de  la  non-loi, 
ils  se  saisiraient  encore  de  l'individualité,  de  l'être, 
de  la  vie ,  de  la  personnalité. 

Pourquoi  cela?  Paî^ce  qu'après  ce  temps  le  bo- 


VAJRACCHEDIKA.  450 

dhisattwa  mahâsattwa  ne  doit  plus  recevoir  de  loi  ou 
non-loi^. 

Ainsi  fut  prononcé  ce  discours  par  le  Tathâgata 
sur  cette  matière.  Les  (notions  des)  lois  sont  néces- 
sairement abandonnées  (tuées  en  soi)  par  ceux  qui 
connaissent  le  cours  naturel  et  nécessaire  de  la  loi 
(de  Têtre),  semblable  à  im  radeau;  bien  plus  encore 
la  non-existence  de  lois. 

7.  —  Ce  qui  n'est  ni  acquis  ni  dit. 

Ensuite  le  bienheureux  dit  à  Subhûti ,  à  la  longue 
vie  :  Que  penses-tu  de  cela,  ô  Subhûti;  y  a-t-il  une 
loi,  appelée  illumination  suprême  de  Imtelligence, 
qui  a  reçu  sa  lumière  par  le  Tathâgata ,  ou  une  loi 
révélée  par  le  Tathâgata  ^  ? 

Subhûti  répondit  :  Pour  autant  que  je  com- 
prends, ô  Bienheureux,  le  sens  de  ce  qui  a  été  dit 
par  le  bienheureux ,  il  n  y  a  point  de  loi ,  dite  illu- 
minant l'intelligence,  ayant  reçu  sa  lumière  du  Ta- 
thâgata ,  qui  ait  été  révélée  par  lui  ^.  Parce  que  la  loi 


*  Dharma.  T.  cos  loi ,  doctrine ,  et  non  être  comme  dit  Schmidt. 

*  CH.  Le  Tathâgata  a-t-il  acquis  Vannttarâsamyaksambodhi?  M. 
A  t-il  acquis  une  loi  sans  supérieure,  sachant,  comprenant  le  bien. 
CIL  M.  Peut-on  dire  que  le  Tathâgata  a  exposé  une  loi?  Le  T.  est 
ici  à  côté  du  sens.  H  ne  s'agit  pas  de  devenir  bouddha. 

^  CH.  Il  n'y  a  pas  de  loi  établie  qui  s'appelle  annttarâs.  M.  La 
loi  sans  supérieure,  etc. ,  n'est  pas  une  loi  établie.  D  n'y  a  pas  de  loi 
établie  que  le  bouddha  puisse  annoncer.  La  loi  dite  par  lui ,  tous  ne 
peuvent  la  recevoir  ni  l'exposer. . .  Parce  que  les  saints  et  sages 
1  estiment  comme  une  loi  sans  pratique  et  la  distinguent  comme 


460  NOV£MBR£-D£G£MBR£  1891. 

qui  a  été  révélée  par  ie  Tathâgata  est  incompré- 
hensible, et  sans  qualités  particulières  que  Ton  puisse 
exprimer.  Ce  n'est  ni  loi  ni  non-loi,  parce  que  les 
entités  supérieures  sont  produites  telles  sans  être 
réelles  et  parfaites  pour  cela. 

8.  —  Vivre  selon  la  loi. 

Le  bienheureux  dit  :  Que  penses-tu  de  cela,  Su- 
bhûtip  Si  un  fils  de  famille  ou  une  fille  de  famille 
(distinguée)  fait  en  sorte  que  l'élément  du  monde 
du  trimillénaire  ou  du  grand  millénaire  soit  plein 
des  sept  biens  précieux,  des  sept  joyaux^  et  qu'il 
les  donne  tels,  en  pur  don,  aux  Tathâgatas^,  aux 
arhats  complètement  illuminés^,  est-ce  que  ce  fils 


telle.  «  Sans  pratique  »  {wu  wei)  répond  à  sanskria  et  «  dislingaent »  à 
prabhâvitasamyaksamhhodi,  La  sambodhi  est  Tintdligence  complète 
de  la  vérité  produite  par  une  illumination  intérieure  qui  ouvre  les 
yeux  de  rintelligencc ,  comme  la  fin  d'un  rêve ,  d'un  sommeil  ouvre 
les  yeuf  d'un  homme  endormi.  Samyah  renforce  l'idée  exprime^ 
déjà  par  sam.  C'est  cette  uniformité  complète  qui  exdut  toute  erreur, 
toute  divergence.  La  samyaksambodhi  est  TiUumination  interne  com- 
plète qui  fait  le  bouddha  ou  tout  au  moins  le  bouddhiste  édairé. 

^  Saptaratnâni.  Ce  ne  soht  point  ici  les  insignes  du  Cakravartin , 
mais  sept  espèces  de  métaux  ou  de  minéraux  précieux,  à  savoir  : 
l'or,  l'argent,  le  lapis -lazuli,  la  perle  rouge,  le  diamant  ou  les 
peries  blanches,  l'améthyste  et  le  corail. 

Notons  toutefois  que  la  liste  des  sept  joyaux  n'est  pas  partout  In 
même;  on  y  voit  figurer  aussi  l'ambre,  la  cornedine  et  autres  mi- 
néraux précieux. 

*  Ces  deux  mots  manquent  au  M.  CH.  ainsi  qu'au  T. 

^  Id.  Punyashandha  est  encore  rendu  par  hôtari  erdema  (M.) 
«bonheur  et  vertu»  ou  «vertu  du  bonheur»  eifang-te  (id.)  au  CH. 


VAJRACCHEDIKA.  461 

OU  cette  fiUe  de  famille  ferait  ressortir  de  cette 
œuvre  un  grand  amas  de  mérites  ? 

Subhûli  répondit  :  Très  abondant,  ô  Bienheu- 
reux, très  abondant,  ô  Sugata,  serait  Tamas  de 
mérites  que  produirait  par  cette  œuvre  ce  fils  ou 
cette  fiUe  de  famille.  Et  pourquoi?  Parce  que  cet 
amas  de  mérites  dont  parle  le  Tathâgata  a  été  dé- 
claré par  lui  un  non-amas.  C'est  pourquoi  le  Tathâ- 
gata dit  :  C'est  un  amas,  un  vrai  amas  de  mérites. 

Le  bienheureux  dit  :  En  outre,  si  ce  fils  ou  cette 
fille  de  famille  remplissait  ainsi  des  sept  joyaux 
l'élément  du  monde  du  trimillénaire ,  du  grand  mil- 
lénaire et  le  livrait  ainsi  en  don  aux  Tathâgatas, 
arhats  complètement  illuminés,  et  quun  autre,  pre- 
nant une  simple  Gâthâ  de  quatre  vers  dans  toute 
l'étendue  de  loi,  l'enseignât  aux  autres  complète- 
ment et  l'expliquât  en  détail,  celui-ci  produirait 
ainsi  un  amas  de  mérites  beaucoup  plus  abondant , 
un  amas  innombrable.  Et  pourquoi?  parce  que, 
ô  Subhûti,  c'est  par  là  quest  née  pour  ce  monde 
l'illumination  complète  que  rien  ne  dépasse,  des 
Tathâgatas,  arhats  complètement  illuminés;  cest 
par  là  aussi  qu  ont  été  engendrés  les  bouddhas  bien- 
heureux^. Comment  cela?  C'est  que  ces  lois  des 
bouddhas,  proclamées  telles,  ô  Subhûti,  ont  été  en 
même  temps  déclarées  non -lois  des  bouddhas  par 
le  Tathâgata.  C'est  pourquoi  aussi  elles  ont  été  dites 
des  lois  de  Bouddha. 

^  Manque;  les  bouddhas  sont  rapportés  à  la  phrase  précédente, 
la  sambhodi  de  tous  les  bouddhas. 

xviii.  3i 


4Ô2  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 


9.  —  Une  seule  forme,  pas  de  forme. 

a.  Que  penses-tu  maintenant  de  ceci,  Subhûti? 
Appartient-ii  à  celui  qui  est  entré  dans  le  courant 
de  lexistence  (qui  la  atteint,  de  dire)  ^  :  J'ai  acquis 
le  fruit  à  recueillir  dans  ce  courant  P 

Subhûti  répondit  :  Non,  cela  ne  lui  appartient 
pas.  Et  pourquoi?  parce  que  celui-là,  quel  qu'il 
soit,  n'a  réellement  acquis  aucune  condition^;  c'est 
pourquoi  il  est  appelé  entré  dans  ie  courant  de 
l'existence,  l'ayant  atteint.  Il  n'a  réellement  acquis 
les  conditions  ni  des  formes,  ni  des  sons,  ni  des 
odeurs,  ni  du  goût,  ni  des  sensations  du  tact.  Si 
celui  qui  s'est  engagé  dans  ce  courant  pouvait  dire 
qu'il  en  a  acquis  les  mérites,  il  aurait  saisi,  acquis 
l'égoïté,  l'être,  la  vie,  la  personnalité. 

b.  Le  bienheureux  continua  :  Maintenant  pen- 

^  M.  Snrtahan,  transcr.  de  srotaâpannas,  GH.  transcr.  Pkalam 
«fruit»  est  rendu  par  ie  même  mot  en  GH.;  par  shanggan  «achève- 
ment »  en  M. 

^  Dharma,  GH.  M.  rendent  5rdta^.  11  semble  que  leur  texte  avait 
ce  mot  et  non  «  dharma  »  ;  srôtas  est  mieux  en  place.  Mais  le  trad. 
T.  semble  avoir  lu  dharma,  «  Gelui  qui  nominalement  est  entré  dans 
le  courant  n  y  est  pas  entré  en  réalité.  Gelui  qui  n'est  pas  entré 
dans  les  sons,  les  couleurs,  les  odeurs,  les  goûts,  le  contact,  la  loi, 
celui-là  est  appelé  srotaâpanna,  entré  dans  le  courant  de  Texistence 
par  ce  désir  de  la  vie  qui  produit  l'existence  particulière,  person- 
nelle en  s'appropriant  les  éléments  nécessaires  à  cela;  courant  qui 
conduit  d'existence  en  existence  jusqu'à  ce  qu'on  ait  mérité  d'en- 
trer dans  le  Nirvana.  •  T.  Rgyan  du,  «  le  fleuve  du  temps  ».  Ge  mot  est 
quelquefois  pris  dans  un  autre  sens  qui  ne  nous  importe  point  ici. 


VAJRACCHEDïKA.  463 

sez-vous  quil  appartienne  à  celui  qui  est  à  sa  der- 
nière renaissance  1  de  dire  qu'il  a  acquis  les  fruits, 
les  mérites  de  cet  état  ? 

Subhûti  répondit  :  Non  certainement,  cela  ne 
lui  appartient  pas.  Et  pourquoi  ?  Parce  que  celui  qui 
n'a  plus  à  renaître  qu  une  fois  n  a  plus  les  condi- 
tions de  l'existence  sensible.  C  est  pourquoi  il  est 
appelé  sakrdâgami  «  qui  vient  une  fois  ». 

c.  Le  bienheureux  dit  :  Quen  penses-tu,  Sub- 
hûti ?  Appartient-il  à  celui  qui  ne  revient  plus  à  une 
nouvelle  existence  de  dire  qu'il  a  acquis  le  fruit  de 
cette  condition  ? 

Subhûti  répondit  :  Non,  cela  n'est  point,  ô  Bien- 
heureux! non,  il  n'appartient  pas  (même)  à  celui 
qui  ne  revient  plus  de  dire  :  «  J'ai  acquis  le  fruit  de 
l'état  d'anâgamî.  »  Et  pourquoi  ?  Parce  que  celui-là 
n'a  plus  de  loi ,  plus  de  condition  particulière.  C'est 
pourquoi  il   est  appelé   anâgamî   «  qui   ne  revient 

plus  ))'^. 

*  sakrdâgamî  ;  anâgamî.  Ces  mots  désignent  ceux  qui  en  sont  ar- 
rivés à  la  dernière  renaissance  {saJift)  ou  qui  ne  doivent  plus  renaître 
(an) ,  qui  de  cette  eiistence  iront  au  Nirvana. 

Agami  est  rendu  par  tchn-lai,  geneme  jime  «aller,  venir». 

^  M.  CH.  «  L  anâgamî  bien  qu'il  soit  dit  ne  plus  revenir,  il  est 
appelé  ainsi  parce  qu'en  réalité  il  n'est  point  ne  revenant  plus». 
Cette  ])]irase  est  certainement  plus  conforme  au  reste  du  morceau. 
Etait-ce  le  texte  primitif?  Cela  est  d'autant  plus  probable  qu'au 
])aragraphe  suivant  ces  deux  traductions  suivent  notre  texte  sanscrit 
actuel  et  ont  ce  dliarma  qui  détonne  avec  le  reste  :  «  il  n'y  a  point  de 
condition  qui  le  fasse  nommer  ne  revenant  plus  ».  M.  Ce  n'est  point 
une  certaine  condition  étante  à  cause  d'elle,  qu'il  est  appelé  ainsi. 

3i. 


464  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891.      . 

d.  Le  bienheureux  dit  :  Que  penses-tu  de  ceci, 
ô  Subhûti  ?  Un  arhat  peut-il  croire  quHl  a  acquis 
par  lui-même  la  condition  d'arhat  ? 

Subhûti  répondit  :  Cela  nest  point,  Bienheu- 
reux! larhat  même  ne  peut  se  dire  cela  avec  vérité. 
Et  pourquoi?  C  est  quil  ny  a  pas  une  loi  de  condi- 
tion, une  réalité  qui  soit  larhat;  cest  pour  cela 
qu il  porte  ce  nom.  Si  larhat  pouvait  se  dire  :  J'ai 
acquis  la  condition  d  arhat,  alors  il  voudrait  encore 
prendre  une  égoïté,  une  existence,  une  vie,  une 
personnalité. 

e.  Pourquoi  cela?  C'est  que  je  suis  désigné  par 
le  Tathâgata,  arhat  complètement  illuminé,  comme 
chef  de  ceux  qui  ne  s  adonnent  plus  à  la  jouissance^, 
et  cependant,  bien  que  je  le  sois,  je  ne  puis  pas 
dire  :  Je  suis  un  arhat  exempt  de  toute  attache.  Si 
je  pouvais  me  dire  que  j'ai  acquis  la  condition 
d'arhat,  le  Tathâgata  ne  prédirait  pas  de  moi  que 
je  serai  Subhûti,  homme  distingué,  chef  de  ceux 
qui  ne  sont  plus   attachés  à  la  jouissance  ^  qui 


^  Aranâvihârin,  Ranâ  est  pris  en  M.  GH.  comme  signifiant 
<  lutte,  contestation,  effort»  et  le  mot  est  rendu  par  «  contemjdation 
sans  effort  •  comme  si  c'était  aranâ  samâxihi.  M.  Jingkini  Uin,  tra- 
duction exacte.  Ilin  «arrêt  fixé  en  une  chose»  (âdhi)  et  jingkini 
«vrai,  complet»  [sam).  T.  Mais  la  construction  des  mots  est  mal 
comprise,  car  agryas  est  pris  à  part  comme  indépendant  de  arànâ- 
vihàrinâin  et  traduit  :  «  d'un  genre  très  élevé  parmi  les  hommes  ». 

^  «  Le  Tath.  n'aurait  pas  dit  que  Subhûti  est  un  homme  attaché  à 
la  règle  des  arhats;  Subhûti,  n'agissant  point  en  réalité,  en  l'appe- 
lant Sublinti  il  l'a  dit  se  plaisant  dans  la  règle  de  conduite,  les  actes 


VAJRACCHEDIKÂ.  465 

ne  se  plaira  plus  en  aucune  jouissance.  C'est  pour- 
quoi ii  est  appelé  détaché  de  ia  jouissance,  détaché 
de  la  jouissance. 

1 0.  —  Comment  régler  avec  dignité  et  beauté 

CE  QUI  est  pur. 

a.  Le  bienheureux  dit  :  Qu'en  penses-tu,  ô  Sub- 
hûti?  Y  a-t-il  eu  une  condition  d'existence  dont 
se  saisisse  le  Tathâgata,  la  recevant  de  Dîpahkara^ 
le  Tathâgata,  iarhat  complètement  illuminé .î^  Su- 
bhûti  répondit  :  Non,  une  condition  semblable  na 
point  existé.  (Le  Tathâgata  ne  reçoit  point  d'exis- 
tence par  ce  moyen.) 

b.  Le  bienheureux  dit  :  Tout  bodhisattwa,  Sub- 
lîûti ,  qni  dirait  :  «  Je  produirai  tous  les  développe- 
ments successifs  du  champ  de  l'être  »,  parlerait 
contrairement  à  la  vérité^.  Et  pourquoi?  On  dit  ; 

d'un  arhat».  Ce  qui  suppose  un  tout  autre  texte,  car  on  ne  com- 
prendrait pas  que  les  traducteurs  M.  CH.  se  soient  amusés  à  chan- 
ger une  phrase  qui  n'est  que  la  répétition  de  la  précédente. 

^  Dipanhara  qui  fait  la  lumière  est  un  des  bouddhas  prédéces- 
seurs de  Çâkyamûni.  Celui-ci  n'a  rien  reçu  de  lui.  La  phrase  pour- 
rait aussi  être  traduite  :  «  Y  a-t-il  une  loi  que  le  T.  ait  reçue  de  D.?» 
Ici  il  paraît  plus  probable  de  supposer  que  la  question  roule  sur 
l'existence  que  Çâkyamûni  s'est  donnée  comme  tout  le  monde  par 
le  désir  de  la  vie  et  cela  à  cause  de  ce  qui  suit.  C'est,  du  reste,  au 
choix  du  lecteur. 

M.  CH.  Jen  sang  «qui  illumine,  éclaire».  «Y  a-t-il  quelque  chose 
dans  la  condition  que  le  Tathâgata  ait  reçu  du  bouddha  Jen  sang 
ou  non  ?»  Le  nom  tibétain  est  aussi  une  traduction  étymologique. 

^  Ce  paragraphe  diffère  du  sanscrit:  CIL  M.  Le  bodhisattwa  doit-il 


466  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

développements  des  êtres,  développements  des 
êtres  et  ce  ne  sont  point  des  développements  de 
l'être,  a  dit  le  Tathâgata.  C'est  pourquoi  on  appelle 
cela  «  développements  successifs  des  êtres  ». 

c.  C'est  pourquoi,  ô  Subhûti,  le  bodhisattwa  ma- 
hâsattwa  doit  former  en  lui  et  manifester  la  résolu- 
tion qu'il  n'y  ait  jamais  en  lui  de  pensée,  de  volonté 
déterminée,  qui  s'applique  à  la  forme  extérieure 
des  êtres,  ni  aux  sons,  aux  odeurs,  au  tact.  S'il  se 
trouvait,  par  exemple,  Subhûti,  un  être  humain 
d'un  corps  élevé,  d'une  haute  taille  dont  la  forme, 
l'individualité  serait  comme  est  le  Sumeru,  le  roi 
des  montagnes,  son  individualité  serait  grande  en 
réalité?  Subhûti  répondit  :  Elle  serait  grande. 
Bienheureux,  elle  serait  grande,  Sugata!  cette  indi- 
vidualité telle  que  tu  la  dis. 

Elt  pourquoi  ?  parce  que  ce  qu'on  appelle  une  exis- 
tence individuelle,  une  existence  d'égoïté  a  été  dé- 
clarée n'être  point  une  existence  par  le  Tathâgata^. 
C'est  pourquoi  on  l'appelle  existence  individuelle. 

ou  non  mettre  en  ordre  d'une  manière  digne  et  grave  ie  fond  de 
bouddha?  (Fo-t'u,  Fucihi  i  ba).  Non,  parce  que  cet  arrangement 
est  un  non-arrangement.  Cela  étant ,  tous  les  bodhisattwas  doivent 
produire  en  eux  un  cœur  pur  et  lumineux  et  ne  doivent  point  réta- 
blir dans  l'amour  (des  beautés  extérieures)  de  la  couleur,  etc.  On 
doit  former  son  cœur  sans  l'établir  en  rien. 

T.  J'ai  parfait  le  règlement  du  pays. 

^  Parce  qu'on  le  dit  sans  individualité  (heye,  shin  «corps,  soi»), 
c'est  pour  cela  qu'il  est  appelé  grande  individualité.  Le  reste  manque. 

Ceci  est  mai  traduit  en  tibétain,  où,  par  exemple,  àtmabhâwi  est 
traduit  lus  «corps». 

I 


VAJRACCHEDIKA.  467 

Mais  en  réalité,  ô  Bienheureux,  ce  nest  ni  une 
existence  ni  une  non-existence;  c'est  pourquoi  on 
l'appelle  existence  individuelle ,  égoîqae. 

11.  —  Prospérité  ,  grandeur  sans  efforts. 

Le  bienheureux  dit  :  Qu'en  penses •  tu,  ô  Sub- 
hûti-?  SU  y  avait  autant  de  fleuves  (tels  que  le)  Gange 
quil  y  a  de  grains  de  sable  dans  le  Gange,  le  grand 
fleuve,  les  grains  de  sable  qui  se  trouveraient  dans 
tous  ces  Ganges  seraient -ils  pour  cela  en  grand 
nombre  ? 

Subhûti  répondit  :  Autant  il  y  aiu^ait  de  ces 
Ganges ,  d'autant  plus  il  y  aiu'ait  de  grains  de  sable 
dans  ces  fleuves. 

Le  bienheureux  reprit  :  Je  vais  te  l'expliquer,  Su- 
bhûti,  je  vais  te  le  faire  connaître^.  Si  un  homme 
ou  une  femme  remplissait  des  sept  joyaux  autant* 
de  monde  qu'il  y  a  de  grains  de  sable  dans  tous  ces 
Ganges,  puis  les  donnait  en  don  aux  Tathâgatas, 
arhats  complètement  illuminés,  quel  serait,  penses- 
tu  ,  l'amas  de  mérites  que  cet  homme  ou  cette  femme 
produirait  en  retour  ? 

Subhûti  répondit  :  Nombreux,  Bienheureux, 
(très)  nombreux,  Sugata!  serait  l'amas  de  mérites 
que  cet  homme  ou  cette  femme  produirait,  incom- 
mensurable, innombrable. 

^  «  Je  te  dirai  une  parole  vraie. . .  Si  un  homme. .  •  vertueux 
égalait  les  sept  joyaux  au  nombre  de  ces  grains  de  sahle  de  tous 
ces  Ganges  et  que  dans  le  monde  du  trimillénaire,  du  gratHi  millé- 
naire,  il  les  donnait  en  don.  » 


408  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

Le  bienheureux  ajouta  :  Mais  relativement  à 
celui,  homme  ou  femme,  qui  donnerait  ces  mondes 
ainsi  remplis  aux  Tathâgatas,  Thomme  ou  la  femme 
distingué  qui  enseignerait,  qui  expliq^uerait  aux 
autres  un  quatrain  de  Texposé  de  la  loi,  obtiendrait 
un  amas  de  mérites  bien  plus. considérable  encore; 
celui-là  serait  incommensurable,  innombrable^. 

12.  —  Qu'il  faut  honorer  et  respecter 
la  bonne  doctrine. 

En  outre,  cette  paftie  de  la  terre  dans  laquelle 
serait  prononcé  ou  expliqué  ce  quatrain  de  la  loi, 
cette  partie  deviendrait  un  lieu  sacré,  un  temple^ 
pour  le  monde  réuni  des  dévas ,  des  hommes  et  des 
asuras. 

Et  ceux  en  outre  qui  soutiennent  [dhâray)  cet 

•exposé  de  la  loi  tout  entier,  qui  le  réunissent  {âcay)^ 

Tobtiennent  [paryavâp)  entier  par  leurs  recherches 

et  l'expliquent  complètement  aux   autres ,    ceux-là 

seront  doués  des  pouvoirs  surhumains  les  plus  mer- 

^  Le  premier  memhre  de  la  phrase  et  la  (in  manquent  en  M.  GH. 

^  Tous  devraient  le  respecter,  y  faire  des  offrandes  comme  un 
temple  à  tour,  t'a  miao.  M.  Subargan  miao, 

A  bien  plus  forte  raison  celui  qui,  étant  homme,  le  prend  et  le 
garde  et  sait  le  lire,  le  réciter?  On  doit  savoir  qu'un  tel  hcoame 
accomplit  une  loi  extrêmement  élevée ,  la  première  en  grandeur,  et 
rare  (en  ce  monde  M.)  i.  e.  des  actes  surhumains.  S'il  y  a  nn  liea 
où  soit  ce  texte  sacré,  c'est  le  lieu  de  houddha,  il  le  possède,  il 
doit  être  honoré,  respecté  des  disciples  (de  Bouddha). 

Udgrah,  dhâray,  etc.  Le  T.,  rend  encore  plus  explicitement  : 
reçoit,  copie,  met  en  pratique,  maintient,  lit  à  d'autres,  etc. 


VAJRACCHEDIKÂ.  469 

veilleux.  Et  dans  ce  lieu  de  la  terre  on  jouira  de  la 
dignité  de  maître ,  ou  bien  on  occupera  la  place  de 
docteur  de  la  science. 

13.  —  Recevoir  et  accepter  la  loi,  en  la  suivant 

ET  s  en  éloignante 

a.  Lorsque  le  bienheureux  eut  ainsi  parlé,  Su- 
bhûti ,  à  la  longue  vie ,  lui  adressa  ces  paroles  : 

Quel  est,  ô  Bienheureux,  cet  exposé,  ce  cours 
de  la  loi?  Comment  pourrais-je  le  maintenir  ^P 
Le  bienheureux,  ainsi  interpellé,  dit  à  Subhùti  : 
Cet  exposé  de  la  loi  est  la  Prajnâpâramitâ.  C'est 
elle  que  tu  dois  maintenir  (en  vigueur  et  honneur). 
Et  pourquoi  ?  Parce  qu  elle  a  été  dite  par  le  Tathâ- 
gata  traversée  de  la  science  et  aussi  non-traversée  (la 
connaissance  complète  et  la  non-complète).  C'est 
pourquoi  elle  est  appelée  Prajnâpâramitâ. 

b.  Et  qu'en  penses-tu  encore,  Subhûti?  Est-ce 
cela  une  loi  quelconque  proférée  par  le  Tathâgata  ? 

Subhûti  répondit  :  Non,  cela  nest  point.  Bien- 
heureux, car  ce  n  est  point  une  loi  qui  ait  été  profé- 
rée par  le  Tathâgata^. 

^  Le  CH.  n'a  que  les  cinq  premiers  mots. 

'  Comment  nommerai-je,  comment  honorerai-je  et  observerai-je 
ce  King?  On  appelle  ce  livre  sacré  le  kin  k'eng  (coupeur  de  diamant) 
qui  transporte  k  l'autre  rive,  clair,  plein  d'intelligence.  M.  —  Le  CH. 
n'a  que  kin-keng,  «Véhictde»  comme  po-lo-mi  [pârcunUâ],  Tu  dois 
observer  avec  respect  ce  nom ,  ce  titre. 

^  Le  T.  traduit  exactement  :  «  est-ce  une  loi  [cos)  de  par  la  parole 
de  Bouddha  ».  Schmidt  traduit  :  «  ist  ein  seyn  vorhanden  ». 


470  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

c.  Que  penses-tu,  Subhûti?  Est-ce  que  ia  pous- 
sière terrestre  de  la  région  du  monde  du  trimillé- 
naire,  du  grand  millénaire  est  abondante? 

Subhûti  répondit  :  Elle  doit  être  abondante ,  Su- 
gata!  elle  doit  être  abondante,  la  poussière  terrestre  ^ 
de  ce  millénaire?  Et  pourquoi?  Parce  cjue  cette 
poussière  terrestre  dont  parla  le  Tathâgata  est  dé- 
clarée par  lui  non -poussière.  C'est  pourquoi  on 
rappelle  poussière  (impureté)  terrestre.  En  outre,  ce 
lieu,  cet  élément  terrestre  dont  a  parlé  le  Tathâ- 
gata a  été  déclaré  par  lui  être  un  non-élément.  C'est 
pourquoi  il  est  appelé  «  élément  du  monde  ». 

d.  Le  bienheureux  dit  :  Penses-tu,  ô  SubhûU, 
que  le  Tathâgata,  arhat. parfaitement  illuminé,  doit 
être  reconnu  par  les  Sa  marques  extérieures  de 
l'homme  supérieur  ? 

Non,  répondit  Subhûti,  il  ne  doit  pas  être  ma- 
nifesté par  cela.  Parce  que.  Bienheureux,  ces 
32  marques  énoncées  par  le  Tathâgata  ont  été  dé- 
clarées par  lui  être  des  non-marques.  C'est  pourquoi 
on  les  appelle  les  Sa  marques  du  Grand  person- 
nage. 

e.  Le  bienheureux  reprit  :  En  outre ,  tout  homme 
ou  toute  femme,  Subhûti,  qui  renoncerait  succes- 


^  Narhôn  buraki  «fine  poussière-atome».  Cette  pousuère,  le  Ta- 
thâgata l'a  déclarée  non  -  poussière  ;  cest  pourquoi  on  l'appdle 
fine  poussière -atome  et  le  Tliag.  a  dit  ce  qui  est  de  ce  monde 
n'est  point  de  ce  monde.  T.  Tous  les  lieux  de  la  terre  quds  qu*ils 
soient. 


VAJRAGCHEDIKÂ.  471 

siveiïient  à  autant  d'existences  égoïques  quil  y  a 
de  grains  de  sable  dans  le  Gange,  ou  qui,  aban- 
donnant autant  d'âges  qu'il  y  a  de  grains  de  sable 
dans  le  Gange,  abandonnerait  autant  d'existences 
égoïques  \  aurait  beaucoup  moins  de  mérite  que 
celui  qui  prendrait  et  apprendrait,  expliquerait  aux 
autres  un  quatrain  de  l'exposé  de  la  loi.  L'amas  de 
mérites  de  ce  dernier  serait  de  beaucoup  supérieur  ; 
il  serait  incommensurable,  innombrable  ^ 

14.  —  Détaché  de  toute  forme,  s'anéantir 

DANS  LE  silence. 

a.  Alors  l'âyushman  Subhûti,  sous  la  vive  im- 
pression de  cette  doctrine,  versa  des  larmes  2.  Puis 
il  les  essuya  et  dit  au  bienheureux  :  C'est  une  mer- 
veille, Bienheureux,  une  suprême  merveille,  que  ce 
cours  de  la  loi  enseignée  par  le  Tathâgata,  pour  le 
salut ^  des  êtres  appliqués  à  la  règle  parfaite  (à  la 
marche  en  avant),  à  la  règle  la  plus  excellente  de 
toutes.   Jamais   depuis   que  j'ai  acquis  la  science 


^  Manque  en  CH.  M. 

^  CH.  M.  Alors  Subhûti  ayant  entendu  dire  ce  sûtra,  comprenant 
à  fond  le  sens  de  ce  principe ,  tout  ému ,  se  mit  à  verser  des  larmes , 
à  sangloter. 

^  Ces  mois  et  les  suivants  manquent.  «  S'il  y  a  encore  des  hommes 
qui  écoutent,  reçoivent  ce  sûtra,  y  croient  de  cœur,  ils  seront  purs 
et  éclairés;  ils  engendreront  pour  eux  la  forme,  l'existence  véri- 
table. Il  faut  savoir  que  ces  hommes ,  accomplissant  des  merveilles, 
auront  des  mérites  immenses. 

«  Et  cette  forme  n'est  pas  une  forme,  c'est  pourquoi,  »  etc. 


472  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

sacrée,  jamais  une  loi  semUabie  ne  ma  été  ensei- 
gnée, lis  seront  doués  d'une  puissance  surhumaine 
supérieure  à  toute  autre, les bodhisattwas  qui,  ayant 
entendu  ce  Sûtra  alors  qu'on  le  leur  enseignait, 
ont  acquis  la  vraie  connaissance  de  l'être.  Et  pour- 
quoi ?  Parce  que  cette  connaissance  de  l'être  est  une 
non-connaissance  de  l'être.  C'est  pourquoi  le  Tathâ- 
gata  dit  d'elle  :  «  C'est  la  science  de  l'être,  c'est  la 
science  de  l'être  ». 

b.  Ce  n'est  point  une  merveille  pour  moi\ 
Bienheureux ,  que  je  conçoive  ce  contenu  de  la  loi 
ainsi  énoncé  et  que  j'en  goûte  la  beauté.  Il  y  aura 
des  êtres,  ô  Bienheureux,  qui  arriveront  à  la  voie 
non  encore  battue,  au  dernier  temps,  au  dernier 
moment,  au  dernier  cinq-centenaire,  lorsque  la  loi 
dépérira  ^,  et  qui  alors  encore  soutiendront  la 
loi  en  toute  son  étendue ,  la  maintiendront  en  son 
entier  et  la  communiqueront  aux  autres ,  l'explique- 
ront en  détail,  ceux-là  obtiendront  la  puissance 
magique  la  plus  complète,  l'état  le  plus  merveil- 
leux'. 

■ 

c.  Après  cela,  ô  bienheureux,  il  n'y  aura  plus 
pour  eux  ni  conscience  de  l'égoïté,  ni  conscience 
de  l'être ,  de  la  vie  ou  de  la  personnalité ,  il  n'y  aura 

*  M.  GH.  t Difficile»  nan,  m<mgga, 

*  M.  CH. ,  simplement  :  <  dans  Tavenir,  après  5oo  ans  »...  Ils 
seront  extraordinaires  au  plus  haut  point.  Pourquoi  cela?  parce 
que  pour  eux  il  n'y  aura  pas  de  représentation  (arbun-siang)  de 
l'égoïté,  etc. 

^  T.  idem  mi'sar  ha  et  non  bewnndertf  Sch. 


VAJRACCHEDIKÂ.  473 

plus  pour  eux  ni  science  ni  absence  de  science.  Et 
pourquoi  ?  Parce  que  cette  connaissance  de  Tégoïté 
est  une  non-connaissance.  Celle  de  la  vie,  de  Texis- 
tence,  de  la  personnalité,  Test  également.  Comment 
cela.^  Cest  que  les  bouddhas  bienheureux  sont  dé- 
barrassés de  toute  connaissance  ^. 

d.  A  ces  mots ,  le  bienheureux  dit  à  Subhûti  :  Il 
en  est  ainsi,  Subhûti,  il  en  est  ainsi.  Ils  seront  dans 
un  état  merveilleux ,  supérieur,  ceux  qui ,  en  enten- 
dant dire  ce  Sûtra,  ne  seront  point  saisis  de  crainte, 
ne  seront  pas  transis  d'effroi ,  ne  tomberont  pas  dans 
un  accès  de  frayeur.  Pourquoi  cela?  Parce  que 
c  est  la  parfaite  pâramitâ ,  Subhûti ,  la  parfaite  arrivée 
au  terme,  déclarée  par  le  Tathâgata,  celle-là  qui 
est  une  non -pâramitâ.  Celle-là,  ô  Subhûti,  que  le 
Tathâgata  dit  être  la  pâramitâ  suprême,  les  boud- 
dhas bienheureux  la  déclarent  indéfinie  (infranchis- 
sable et  comme  inaccessible)  2.  C'est  pourquoi  elle 
s  appelle  la  pâramitâ  suprême. 

e.  En  outre,  Subhûti,  idiKshântipâramitâ^  (perfec- 
tion de  la  patience)  du  Tathâgata  est  aussi  une  non- 
pâramitâ.  Comment  cela?  Si  même,  Subhûti,  le  roi 
Kalinga  me  coupait  en  morceaux  les  membres,  les 
articulations  et  les  chairs,  alors  même  je  n'aurais 
conscience  ni  de  mon  égoité,  ni  de  l'existence,  ni 

^  C'est  que  tout  ce  qui  est  débarrassé  de  ces  représentations  est 
appdé  bouddha. 

*  T.  Cette  pâramitâ,  le  docteur  suprême,  le  Tathâgata  l'a  dite  sans 
nombre  ni  mesure.  La  traduction  de  Sch.  est  erronée. 

'  Kshdntip.  rendu  eu  CH.  M.  par  «  supportant  la  boute  *  j^%  ]^ 
girucan  he  gaiine. 


474  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

de  la  vie,  ni  de  k  personnalité  ^,  ni  aucune  connais- 
sance ni  non-connaissance.  Gomment  cela?  C'est 
que  si,  en  cette  circonstance,  j'avais  conscience  de 
mon  égoïté,  j  aurais  en  même  temps  celle  de' ma 
perversion  ^.  Si  j  avais  connaissance  de  mon  existence , 
de  ma  vie,  de  ma  personnalité,  j'aurais  en  même 
temps  celle  de  ma  perversion.  Et  pourcjuoi?  Je  sais 
très  bien,  Subhûti,  que  dans  les  âges  écoulés,  il  y 
a  de  cela  5oo  générations,  j  ai  été  le  Richi  Kshânti- 
vâdin^.  Et  alors  je  n  avais  conscience  ni  de  l'égoïté, 
ni  de  Texistence,  ni  de  la  vie,  ni  de  la  personnalité. 
C'est  pourquoi ,  Subhûti ,  le  bodhisattwa  mahâsattwa 
doit,  en  rejetant  toute  connaissance  particulière,  ap- 
pliquer son  inteUigence  à  la  complète  illumination 
[samyaksambodhi)  supérieure  à  tout.  Il  ne  doit  point 
concevoir  de  pensée  attachée  à  la  forme  extérieure, 
qui  y  ait  sa  base;  il  ne  doit  point  non  plus  en  conce- 
voir qui  soit  appuyée  sur  les  sons,  Todeur,  le  goût, 
le  tact,  ni  même  sur  la  loi  ou  la  non-loi  *,  ni  sur  quoi 
que  ce  soit.  Pourquoi  cela?  Parce  que  ce  qui  est  dé- 
terminé en  un  point  est  également  indéterminé.  C'est 
pourquoi  le  Tathâgata  dit  que  le  bon  don  est  fait  par 
le  bodhisattwa  qui  n  est  appuyé  sur  rien  et  nullement 

^  Ce  qui  suit  manque  au  CH.  M. 

*  Par  la  colère ,  l'horreur  de  la  douleur,  etc.  C'est  ce  que  le  CH* 
M.  rend  par  ces  mots  :  «(si  j'avais  cette  connaissance),  il  arri- 
verait nécessairement  que  la  colère,  l'horreur  en  naîtraient».  La 
phrase  suivante  est  omise. 

*  «J'ai  été  l'esprit  (l'immortel,  sien)  qui  supporte  la  honte 
(kshântivâdi). 

*  Omis. 


VAJRACCHEDIKA.  475 

par  celui  qui  s  appuie  sur  le  son,  Todeur,  le  goût, 
le  tact  ou  la  loi. 

/.  En  outre,  Subhûti,  le bodhisattwa  doit  renon- 
cer à  tout  don  de  cette  nature,  pour  le  bien  de  tous 
les  êtres  ^ 

Et  pourquoi  ?  Parce  que  la  connaissance  de  Têtre 
est  elle-même  une  non-connaissance.  Tous  les  êtres 
ainsi  désignés  par  le  Tathâgata  sont  aussi  des  non- 
êtres.  Comment  cela  ?  C'est  que  le  Tathâgata  dit  ce  qui 
est,  il  dit  la  vérité ,  il  dit  les  choses  comme  elles  sont 
et  non  autrement ,  le  Tathâgata  ;  il  ne  dit  rien  de  faux , 
le  Tathâgata. 

jf.  En  outre,  Subhûti,  la  loi  parfaitement  com- 
prise et  enseignée  par  le  Tathâgata ,  qui  s  en  est  pé- 
nétré l'esprit^,  nest  ni  vérité  ni  erreur.  De  même, 
ô  Subhûti ,  qu  un  homme  enfoncé  dans  les  ténèbres 
ne  sait  rien  voir,  ainsi  doit  être  considéré  le  bodhi- 
sattwa qui ,  tombé  dans  le  monde  des  corps ,  renonce 
à  tout  don^;  ou  bien,  comme  un  homme,  jouissant 
de  la  vue,  qui,  à  la  première  clarté  qui  éclaire  la 
nuit,  au  lever  du  soleil,  voit  des  formes  de  différentes 


^  «  Le  bodhisattwa  doit  donner  de  manière  à  procurer  tout  avan- 
tage en  faveur  de  tous  les  êtres  vivants.»  Le  T.  a  aussi  «renonce» 
abandonne,  comme  le  texte  :  btm.  Schmidt  a  compris  le  contraire. 

*  Simplement  :  la  loi  reçue  par  le  Tatliâg.  «  Existence  person- 
nelle» âtmabhâva.  Schmidt  :  «Ëigene  Kôrper».  Ce  n*est  point  cela. 

'  «Le  bodhisattwa  qui,  ayant  établi  la  loi  dans  sou  cœur,  fait 
ensuite  des  dons  abondants,  ne  voit  point,  tout  comme  un  homme 
entré  dans  les  ténèbres.  Si  le  cœur  du  bodhisattwa  ne  se  complaît 
pas  en  Cet  homme ,  en  voyant  tous  ces  personnages ,  le  bodhisattwa 


470  NOVëMBKë-D£C£MBR£  1801. 

espèces ,  ainsi  est  le  bodhisaitwa  qui ,  n  étant  point 
enfoncé  en  ce  monde  corporel,  renonce  à  tout  don. 

h.  Bien  plus ,  Subhûti ,  les  hommes  ou  les  femmes 
distingués  qui  reçoivent,  prennent  [udgrahkh)  la 
loi  en  son  étendue ,  la  soutiennent  [dhât^ay) ,  la  rendent 
complète  {âcay)  et  cherchent  [paryavâp)  k  la  possé- 
der et  Texpliquent  aux  autres  entièrement,  ceux-là, 
Subhûti ,  sont  vus  du  Tathâgata ,  de  Yœil  de  son  intelli- 
gence éclairée;  ils  sont  connus  du  Tathâgata  par  sa 
science  d'illumination ,  ils  sont  éclairés  par  le  Tathâ- 
gata. Tous  ces  êtres  produiront  un  amas  de  mérites 
incommensurable ,  innombrable  et  lacquerront  pour 
eux. 

15.  —  Comment  garder  les  Sôtras. 
Mérite  de  qui  le  fait. 

a.  En  outre,  si  une  femme  ou  im  honune  renon- 
çait ^  le  matin  à  autant  d  existences  égoïtiques  qu'il  y 


acquerra  de  grands  mérites.  »  Cette  traduction  est  évidemment  fku- 
tive.  Elle  passe,  du  reste,  une  grande  partie  du  paragraphe. 

^  Si  un  homme  ou  une  femme  de  hien ,  au  lever  du  soleil ,  pra- 
tiquait le  don  généreux ,  Tahandon  de  soi-même ,  autant  de  fois  qu'il 
y  a  de  grains  de  sable,  comme  un  homme  ayant  des  yeux  et  voyant 
chaque  forme  et  couleur  en  pleine  lumière  du  soleil,  Suhhûti,  ai 
à  travers  les  âges  cet  homme ,  cette  femme  do  bien  reçoivent,  prennent 
ce  Sûtra,  le  gardent,  ie  lisent  et  le  récitent,  ils  seront  des  Tathâ- 
gatas ,  jouissant  de  la  science,  des  lumières  de  Bouddha ,  d'une  icîence 
achevée,  universelle.  (M.  «donnant  ainsi».] 

Les  mots  mandchous  commencent  l'autre  phrase  :  «  s*il8  donnent 
ainsi  au  milieu  du  jour,  au  temps  convenable ,  puis  si ...  »  etc.  Le  CH. 
« counaissait  comp-ctrmcut  au  milieu  du  jour»  cbi  un  non-sens. 


VAJRACCHEDltCÂ.  Ml 

a  de  grains  de  sable  dans  le  Gange ,  s'il  en  faisait  autant 
à  midi,  puis  le  soir,  s'il  renonçait  aussi  en  ce  même 
cours  de  temps  aux  existences  personnelles ,  pendant 
des  Kalpas  innombrables ,  des  millions ,  des  milliards , 
et  si  un  autre,  ayant  entendu  cet  exposé  de  la  loi, 
ne  la  rejetait  pas,  ce  dernier  acquerrait  un  amas  de 
mérites  très  considérable,  un  amas  incommensu- 
rable, innombrable.  Combien  plus  encore  celui  qui, 
récrivant ,  la  recueille ,  qui  la  maintient ,  la  consolide , 
la  fait  sienne  et  l'enseigne  aux  autres  complètement! 

b.  En  outre ,  ô  Subhûti ,  il  est  inimaginable ,  incom- 
parable cet  ordre  régulier  de  la  loi.  Il  a  été  énonça 
par  le  Tathâgata ,  pour  le  bien  des  êtres  qui  sont  éta- 
blis  dans  la  voie^  la  meilleure,  dans  la  voie  parfaite. 
Ceux  qui  l'accepteront  le  maintiendront ,  le  conso- 
lideront, le  feront  leur  et  l'enseigneront  aux  autres 
complètement,  en  détail,  sont  connus  du  Tathâ- 
gata, ô  Subhûti,  par  sa  science  illuminée  de  Boud- 
dha "  ;  ils  sont  vus  par  son  œil  de  Bouddha ,  ils  sont 
illuminés  par  le  Tathâgata.  Tous  ces  êtres  seront 
doués  d'une  foule  de  mérites  incommensurables, 
d'une  masse  de  mérites  inimaginable ,  incomparable , 
incommensurable.  Tous,  ô  Subhûti,  posséderont, 
en  quantité  égale,   une  intelligence  illuminée;  ils 

*  CH.  Ta-shing,  le  grand  véhicule  (Mahâyâna);  (pour  ceux  qui 
le  font  avancer),  M.  pour  les  gens  qui  connaissent  parfaitement  la 
loi.  Le  texte  que  suppose  ici  la  version  tibétaine  doit  avoir  un  membre 
de  phrase  en  plus  :  «son  fruit  est  inappréciable  par  la  pensée»,  que 
l'on  retrouve  plus  loin.  La  phrase  suivante  est  aussi  plus  développée. 

*  Ce  complément  est  omis  dans  le  M.  Cil.  T. 

xviii.  3  3 


mraiJiKti*    kiTiunALS. 


478  NOVEMBRE-DÉGKMBRE  1891. 

racciimuleront  en  eux,  ils  la  feront  leur  tout  en- 
tière ^ 

Pourquoi  cela  ?  Parce  que  cet  ordre  de  la  loi  ^  ne 
peut  être  entendu  d  aucun  de  ceux  qui  sont  dépour- 
vus d attrait  pour  elle,  ou  qui  arrêtent  leur  vue  sur 
Tégoïté,  Texistence,  la  vie  ou  la  personnalité  (appa- 
rentes). Il  ne  peut  être  entendu  davantage  de  qui- 
conque applique  sa  connaissance  à  Têtre  dépourvu 
de  science  éclairée;  celui-ci  ne  peut  ni  l'entendre,  ni 
y  adhérer,  ni  le  maintenir,  ni  le  consolider  en  soi,  ni 
le  faire  sien.  Ce  n'est  pas  un  point  d'appui  sensible 
(pour  l'esprit)  [sthânam], 

c.  En  outre  ^,  ô  Subhûti,  l'endroit  de  la  terre  où 
ce  Sûtra  sera  expliqué  deviendra  un  objet  de  louange  ; 
il  sera  digne  de  respect  pour  le  monde  des  Dévas, 
des  hommes  et  des  Asuras  ;  il  sera  digne  d'honneur, 
cet  endroit  de  la  terre  ;  il  deviendra  comme  un  lieu 
sacré. 

^  Ces  gens  seront  faits  }K)ssëdant  Vanuttarâ  samyaksamb6dhi,  (Voir 
[)lus  haut.  )  Ils  ]a  porteront  sur  les  épaules ,  dit  le  T. 

^  «S'ils  ont  peu  d'attrait  pour  la  loi,  mais  s'ils  sont  adonnés  h 
regarder  l'égoïté,  etc.,  ils  ne  peuvent  écouter  cette  loi,  la  recevoir, 
la  lire ,  »  etc.  Le  reste  est  omis. 

^  «En  tout  endroit  où  ce  Sûtra  se  trouvera,  en  tout  siède,  les 
Dévas,  les  hommes  et  les  Asuras  devront  le  respecter  et  y  faire  dea 
offrandes.  Tous  devront  l'honorer,  y  accomplir  les  cérémonies,  le 
vénérer  de  tous  côtés ,  y  répandre  partout  des  fleurs  et  de  l'encens,  i 

On  voit  qu'ici,  contrôleur  hal)itude ,  les  traducteurs  ont  développé 
le  texte. 


VAJRACCHEDIKA.  479 

16.  —  Que  l'on  peut  purifier  les  fautes. 

a.  De  plus ,  Subhûti,  les  hommes  et  femmes  distin- 
gués qui  recueilleront,  maintiendront,  accumuleront 
ou  feront  leurs  des  Sûtras  de  ce  genre,  se  les  impri- 
meront au  fond  de  l'esprit  et  les  expliqxieront  com- 
plètement aux  autres  ^  seront  abaissés  (P),  très  abais- 
sés (de  condition).  Et  pourquoi? 

Parce  que  les  mauvaises  actions  commises  par  ces 
êtres  dans  les  existences  antérieures  doivent  être 
expiées ,  disparaître  pour  eux ,  et  que ,  par  cet  abais- 
sement ,  ces  mauvaises  actions  sont  arrêtées  en  leurs 
effets,  anéanties;  et  ces  êtres  pourront  acquérir  la 
connaissance  illuminative. 

b.  Je  connais ,  ô  Subhûti ,  les  témoignages  d^mi- 
tié,  la  joie  que  dans  la  voie  du  temps  écoulé,  dans 
des  Kalpas  innombrables  et  plus  encore ,  antérieurs 
au  Tathâgata,  à  Farhat  complètement  illuminé,  Dî- 
pankara,  j'ai  donné  Aoo  fois  aux  millions  et  mil- 


*  Les  traductions  reproduisent  simplement  la  formule  ordinaire 
sans  tenir  compte  des  ajoutés.  «S'ils  prennent,  adoptent,  gardent, 
lisent,  récitent  ces  Sûtras  et  en  faisant  cela  sont  méprisés ,  abaissés 
par  les  autres ,  les  fautes  des  temps  antérieurs  de  ces  personnes 
tomberont  de  leur  chemin  (seront  effacées ).  Méprisés  par  les  gens 
de  leur  temps,  ils  se  déferont,  se  purifieront  de  leurs  fautes  passées 
et  acquerront  l'anuttarâsamyaksambodhi.  » 

Pourcpioi  ceux  qui  auront  accompli  leur  devoir  à  l'égard  de  la 
loi  seront-ils  abaissés  ? 

Le  T.  porte  qu'ils  souffriront  beaucoup  de  maux. 

32  . 


480  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

liards  de  bouddhas  sans  leur  causer  aucune  impres- 
sion désagréable  ^  Et  parce  que  ces  bouddhas  ont 
été  traités  par  moi  de  cette  manière  et  parce  qu  au 
dernier  âge ,  au  dernier  moment ,  au  dernier  cinq-cen- 
tenaire ,  alors  que  l'extinction  de  la  loi  sera  en  cours , 
ils  adhéreront  à  ces  Sûtras ,  ils  les  soutiendront ,  ils 
les  accumuleront,  ils  les  feront  leurs,  ils  les  feront 
connaître  complètement  aux  autres ,  conséquemment 
en  comparaison  de  cet  amas  de  mérites,  ô  Subhûti, 
le  précédent  ne  latteint,  ne  l'égade  pas  de  la  cen- 
tième partie ,  ni  de  la  millième ,  ni  de  la  cent-millième , 
ni  de  la  millionième  (Kâli  lo  millions),  ni  de  la 
cent-millionième,  ni  de  la  milliardième ,  ni  de  mil- 
lions de  milliards  près.  Et  cette  infériorité  ne  pour- 
rait atteindre  pour  s'exprimer,  la  dernière,  la  plus 
infime  fraction ,  l'expression  du  nombre ,  delà  partie , 
de  la  supputation,  du  calcul,  de  la  comparaison 
tant  soit  peu  approchant,  de  toute  relation  de  com- 
paraison. 

c.  Si  après  cela,  Subhûti,  si  je  voulais  exprimer 
le  mérite  de  ces  hommes  et  de  ces  femmes  distingués 
et  dire  combien,  en  cette  circonstance,  ils  produi- 
ront de  mérites,  combien  ils  en  recueilleront,  les 
êtres  en  gagneraient  la  folie ,  ils  en  arriveraient  à  la 
démence  ^.  De  plus ,  ô  Subhûti ,  cette  loi  en  tout  son 

*  «Les  a)ant  rencontrés,  je  les  ai  honorés  par  des  ofirandes, 
servis  et  ne  les  ai  point  laissés  aller  vides.  » 

^  Traduction  singulière  :  «comme  un  renard,  il  douterait  et  ue 
croirait  pas.  » 


VAJRACCHEDIKA.  481 

développement  est  déclarée  par  le  Tathâgata  inima- 
ginable, incomparable,  et  ses  fruits  ^  mûris  en  lem* 
incompréhensibilité ,  doivent  être  Tobjet  de  tous  les 
désirs. 

m 

17.   QCE  l'on  doit  ETRE  JUSQu'aU  BOUT 


••    / 


SANS  EGOITE. 

a.  Alors  le  vénérable  Subhûti  dit  au  Tathâgata  : 
Comment  celui  qui  s'est  appliqué  à  la  vraie  doc- 
trine de  la  Bodhi  doit-il  se  maintenir?  Comment 
doit-il  la  pratiquer?  comment  doit-il  en  concevoir  la 
notion^?  Le  bienheureux  dit  :  Voici,  Subhûti,  com- 
ment celui  qui  s'est  appliqué  à  la  vraie  doctrine  de 
la  Bodhi  doit  en  former  en  soi  la  conception  (sa 
pensée).  Tous  les  êtres,  sans  exception,  doivent  être 
jetés  par  moi  dans  le  monde  du  Nirvana,  et  en  les 
lançant  ainsi ,  il  est  vrai ,  toutefois ,  qu'aucun  n'y  est 
jeté.  Comment  cela?  C'est  que,  Subhûti,  si  la  con- 
naissance de  l'être  se  produisait  pour  le  bodhisattwa 
(s'il  croyait  à  l'existence  réelle),  il  ne  devrait  plus 
être  appelé  de  ce  nom.  Lorsque  la  connaissance  de 

'  Le  chinois  a  les  mêmes  mots.  M.  «  sa  récompense  vraie  ne  se 
peut  calculer».  «Désirs.»  Le  T.  rend  mal  ces  termes  :  «Je  le  pose 
comme  inconcevable.  » 

^  CIL  M.  0  Gomment  l'homme  ou  la  femme  de  bien  qui  veut 
former  son  cœur  à  l'anuttarâsamyaksambodhi  doit- il  le  fixer? 
comment  le  ployer,  le  rendre  souple  ?»  :  T.  Les  principes  des  bodhi- 
sattwas. 

La  réponse  reproduit  uniquement  (Cet  homme. . .)  doit  se  for- 
mer le  cœur  ainsi  :  Je  dois  faire  cesser,  transporter  d'ici  tous  les 
êtres  vivants,  et  quand  je  l'aurai  fait,  je  ne  les  aurai  pas  transférés 
une  seule  fois. 


482  NOVEMBRE-DÉCEMBRE    18Q1. 

la  vie,  de  la  personnsdité  prévaut  ainsi,  il  ne  peut 
pas  non  plus  être  qualifié  de  bodhisattwa.  Car  la 
doctrine  qui  s  appuie  sur  la  règle  pratique  de  bodhi- 
sattwa^  est  une  non-doctrine. 

b.  Quen  penses-tu,  Subhûti?  Crois-tu  qu'il  y  a 
une  doctrine  par  laquelle  le  Tathàgata  aurait  reçu 
du  Tathàgata  Dîpahkara  la  science  parfaite,  l'illu- 
mination complète  supérieure  à  tous ,  que  le  Tathà- 
gata aurait  fait  briller  à  ses  yeux^? 

Subhûti  répondit  :  Pour  autant  que  je  comprenne 
la  pensée,  le  sens  du  bienheureux  en  ses  discours, 
il  n  y  a  pas  de  doctrine  au  moyen  de  laquelle  il  ait 
été  parfaitement  éclairé  de  Tillumination  complète 
par  le  Tathàgata  Dîpahkara ,  complètement  illuminé. 

Le  bienheureux  reprit  à  ces  mots  :  C'est  ainsi, 
Subhûti,  cest  ainsi. 

Il  n'y  a  point  de  doctrine  qui  ait  produit  cet  e£Fet. 
S'U  en  était  une ,  le  Tathàgata  Dîpankara  n'aurait  pas 
prédit  de  moi  :  «  Tu  seras  le  Tathàgata  Çâkyamûni , 
qui  marcheras  par  la  voie  où  l'homme  n'a  jamais 
mis  le  pied ,  Tarhat  complètement  illuminé  *.  »  C'est 
parce  qu'il  n'y  avait  point  de  doctrine  de  loi  an- 
noncée par  le  Tathàgata ,  arhat ,  Dîpankara ,  complète- 
ment illuminé ,  qui  ait  appris  la  doctrine  d'illumination 

'  a  En  rdalité ,  ce  n't'st  pas  une  loi  qui  fait  naître  un  cœur  ap{diqué 
à  la  samyaksambodlii.  »  Cette  doctrine  n'a  pas  d'existence  rédie. 

^  Ceci  est  déjà  passablomant  obscur,  mais  dans  la  version  de 
Scbmidt ,  c'est  un  non-sens.  Le  T.  a  C'os  qui  n'est  j)as  «  ein  Seya  9* 

"'  Mrnibro  do  phrase  omis. 


VAJRACCHEDIKA.  483 

complète ,  c  est  pour  cela  que  j'ai  été  prédit  par  le 
Tathâgata  Dîpankara  disant  :  «  Tu  seras  le  Tathâgata  . 
Çâkyamûni,  arhat  complètement  illuminé,  qui  mar- 
cheras par  la  voie  qu'aucun  homme  n  a  fréquentée  ^  m 

c.  Car,  Subhûti,  le  titre  de  Tathâgata  est  un  qua- 
lificatif formé  pour  exprimer  la  nature  de  Têtre  ^; 
Tathâgata^  est  un  qualificatif  répondant  à  la  condi- 
tion de  ce  qui  ne  s'est  pas  encore  produit  ;  c'est  une 
dénomination  de  l'exclusion  de  la  production,  de 
l'existence  ;  c'est  celle  de  la  plus  perpétuelle  et  com- 
plète non-production. 

d.  Pourquoi  en  est-il  ainsi  ?  C'est  que ,  Subhûti , 
cette  non-production ,  non-existence ,  est  la  chose  es- 
sentielle. Si  quelqu'un  disait  :  La  connaissance  illu- 
minative  complète,  supérieure  à  toute,  a  été  reçue 
par  le  Tathâgata ,  arhat  illuminé ,  celui-là  s'exprime- 
rait d'une  manière  erronée,  il  me  qualifierait  d'un 
terme  contraire  à  la  vérité.  Et  pourquoi  ?  Parce  qu'il 
n'y  a  point  de  doctrine  qui  ait  été  apprise  par  le 
Tathâgata  en  illumination  parfaite.  Toute  doctrine 

*  Phrase  entière  manquant  également.  Ceci  rend  encore  la  version 
T.  plus  dénuée  de  sens.  Çâkyamûni  a  été  prédit  parce  qu'il  devait  ré- 
véler une  loi  nouvelle. 

*  M.  CH.  Selon  la  nature  convenable  de  toute  loi  {Ja,  doro),  de 
toute  condition  d'être  (=  bhûtatathâtâyâs).  En  tant  qu'homme,  le 
Tathâgata  est  celui  qui  a  acquis  ïanattarâsamyaksambodhi.  En  réa- 
lité, il  n'y  a  pas  de  doctrine  par  laquelle  le  T.  ait  acquis  cela.  En 
cette  samyaksanibodhi  acquise  par  le  T. ,  il  y  a  la  vérité  et  l'erreur, 
le  non-vrai  et  le  non-faux.  C'est  pourquoi  le  T.  a  dit  :  Toute  condi- 
tion d'être  (loi)  est  loi  de  Bouddha. 

^  Tout  ce  qui  suit  est  rendu  tout  autrement  on  T.  Voir  Srhmidt. 


/i84  NOVEMBRE-DÉCEMBUF.  1801. 

reconnue,  enseignée  par  le  Tathâgata  nest  ni  vérité 
ni  erreur.  C'est  pourquoi  le  Tathâgata  dit  :  Toutes 
les  doctrines  sont  doctrines  de  Bouddha.  Comment 
cela  ?  C'est  cpie  toutes  les  doctrines  sont  des  non- 
doctrines,  déclarées  telles  par  le  Tathâgata.  C'est 
pourquoi  il  est  dit  :  Toutes  les  doctrines  sont  doc- 
trines de  Bouddha. 

C'est  comme  quand  on  dit  d'un  homme  qui  a  ac- 
quis tout  son  corps ,  c'est  im  grand  corps  ^. 

Là-dessus  Subhûti  remarqua  :  Cet  homme  dont 
vous  parlez,  Tathâgata,  au  corps  formé,  au  grand 
corps,  a  été  déclaré  par  le  Tathâgata  n'avoir  point 
de  corps  2.  C'est  pourquoi  on  peut  dire  :  Corps 
formé,  grand  corps. 

Le  bienheureux  dit  :  C'est  ainsi,  Subhûti.  Le 
bodhisattwa  qui  dirait  :  Je  répandrai  les  êtres  çà 
et  là  ^  ne  serait  pas  un  vrai  bodhisattwa.  Et  pour- 
quoi ?  Est-il  une  condition ,  une  loi  d'existence  qui 
soit  le  bodhisattwa  ? 

Subhûti  répondit  :  Non ,  il  n'y  en  a  point. 

Le  bienheureux  reprit  :  Ce  qu'on  appelle  êtres 
sont  des  non-êtres ,  Subhûti  !  a  dit  le  Tathâgata;  c'est 

^  Par  exemple  c'est  semblable  au  corps  d'un  bomme  devenu 
très  grand. 

^  G  H.  M.  «  n'avoir  pas  un  grand  corps  »  ;  ce  qui  suppose  un  texte 
mahâhâyas  au  lieu  de  ahâyas;  ce  qui  est  plus  conforme  à  la  tour- 
nure générale  des  phrasos  de  ce  livre.  Le  point  de  comparaison  n'est 
pas  évident.  Il  n'est  pas ,  ce  semble ,  dans  la  pbrase  unique  de  Boud- 
dha, mais  dans  la  remarque  de  Subhûti.  Le  T.  «Le  Tathâgata  n'a 
point  de  corps  »  est  inexact. 

^  CH.  M.  «Je  détruirai, j'arrtHerai»  J^  j^  T.  «Je  sauverai. s 


VAJRACCHEDIKÂ.  485 

pourquoi  ils  sont  appelés  êtres  ^  C  est  pourquoi  le 
Tathâgata  dit  :  Toutes  les  conditions  d'existence  sont 
sans  égoïté,  sans  vie,  sans  croissance,  sans  person- 
nalité. Le  bodhisattwa  qui  dirait,  ô  Subhûti  !  :  «Je 
développerai  Textension  du  monde  ^  » ,  parlerait  d'une 
manière  erronée.  Parce  que  ce  quon  appelle  le 
développement  du  monde  est  un  non-développement , 
déclaré  tel  par  le  Tathâgata.  C'est  pourquoi  on  l'ap- 
pelle développement. 

Et  le  bodhisattwa  disposé  à  croire  que  toutes  les 
conditions  d'existence  sont  sans  égoïté,  celui-là  est 
reconnu  un  vrai  bodhisattwa  par  le  Tathâgata,  arhat 
complètement  illuminé. 

18.  —  Envisager  tout  comme  un  seul  corps. 

a.  Qu'en  penses-tu,  Subhûti.^  Le  Tathâgata  a-t-il 
des  yeux  de  chair? 

Subhûti  répondit  :  Oui ,  il  en  est  ainsi.  Le  Tathâ- 
gata a  des  yeux  de  chair. 

Qu'en  penses-tu,  Subhûti? Le  Tathâgata  a-t-il  des 
yeux  célestes,  divins? 

11  en  est  ainsi ,  répondit  Subhûti  ^. 

h.  Qu'en  penses-tu ,  Subhûti  ?  Le  Tathâgata  a-t-il 
les  yeux  de  la  science  ? 

'  Cette  phrase  ne  se  trouve  point  au  M.  CH.  T. 

^  «  Je  mettrai  en  l)el  ordre  le  royaume  de  Bouddha.  »  Le  T.  a  le 
même  sens.  —  «  Celui-là  ne  mériterait  pas  le  titre  de  bodhisattwa.  » 

^  Le  M.  CH.  n'a  pas  ce  membre  de  pliraseall  répondit»;  ni  plus 
loin  :  oLe  B.  dit».  Ici  on  s'attendait  à  une  solution  négative.  Elle 
n  anqne  sans  qu'on  s'explique  bien  pourquoi. 


48G  NOVKMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

Oui ,  il  a  les  yeiix  de  la  science,  répondit  Subhûti. 

c.  Quen  penses-tu,  Subhûti?  Le  Tathâgata  a-t-il 
les  yeux,  la  vue  de  la  loi  ? 

Oui ,  il  les  a ,  dit  Subhûti. 

Qu  en  penses-tu ,  Subhûti  ?  Le  Tathâgata  a-t-ii  aussi 
les  yeux  d'un  Bouddha? 

Oui,  il  les  a  aussi,  répondit  Subhûti ^ 

d.  Que  penses-tu ,  Subhûti ,  s  il  y  avait  autant  de 
Ganges  qu'il  y  a  de  grains  de  sable  dans  le  Grand 
Fleuve  de  ce  nom  et  que  les  grains  de  sable  de  ces 
Ganges  seraient  autant  de  mondes  ^,  y  seraient-ils  en 
grand  nombre  ? 

Subhûti  dit  :  Certainement,  Bienheureux,  certai- 
nement, Sugata!  ces  mondes  seraient  très  nombreux. 

Le  bienheureux  continua  :  Eh  bien,  Subhûti,  de 
tous  les  êtres ,  tout  autant  qu'il  y  en  aurait  dans  ces 
mondes,  je  connaîtrais^  les  natures  différentes  et  les 
intelligences,  les  pensées.  Et  comment?  C'est  que 
ceux  qui  sont  dits  portant  en  eux  la  pensée*,  les 
porte-pensées ,  comme  on  les  appelle ,  ont  été  déclarés 
par  le  Tathâgata  ne  point  la  porter  vraiment.  C'est 


^  Ici ,  dans  le  texte  de  M.  Mûller,  se  trouve  une  phrase  totale- 
ment interpolée  ;  elle  est  absente  de  la  traduction  tibétaine  et  de  plu- 
sieurs mss.  sanscrits,  et  de  plus  c'est  un  non -sens.  Toutefois  on  la 
trouve  dans  les  versions  M.  CH. 

^  «  Monde  de  Bouddha.  » 

^  Var.  prajânàmi,  prajânijât,  prajàniyas,  ce  qui  fait  supposer  un 
texte  primitif  prajâniYâm,  le  seul  qui  donne  un  sens  acceptable. 

*  M.  CH.  «  cœur».  Le  cœur  est,  pour  les  Chinois,  le  siège  de  Tin- 
tclliîîence. 


c- 


VAJRACCHEDIKÂ.  487 

pourquoi  on  les  appelle  doués,  porteurs  d'intelli- 
gence, de  pensée.  Et  pourquoi  cela?  C'est  que  la 
pensée  passée  ne  se  possède  plus  ;  la  pensée  future 
ne  se  possède  pas  ^  ;  la  pensée  à  laquelle  on  est  ap- 
pliqué ,  on  ne  peut  la  saisir,  la  garder. 

19.  —  Changements  complets 
dans  le  monde  de  la  loi. 

Qu'en  penses-tu ,  Subhûti  ?  Si  un  homme  ou  une 
femme  vertueux  et  distingué  ^  faisait  en  sorte  que  ce 
monde  du  trimillénaire ,  du  grand  millénaire,  fût 
rempli  des  sept  joyaux  et  en  ferait  don^  aux  Tathâ- 
gatas ,  arhats  complètement  illuminés ,  est-ce  que  cet 
homme  ou  cette  femme  produirait  par  là  une  grande 
masse  de  mérites? 

Subhûti  répondit  :  Certainement,  Sugata,  certai- 
nement, Bienheureux,  ils  seraient  très  nombreux. 

Le  bienheureux  reprit*  :  Oui,  Subhûti,  il  en  est 
ainsi;  ils  produiraient  une  masse  de  mérites  incom- 
mensurable, innombrable.  Comment  cela?  C'est  que 


^  CH.  «pas  encore».  T.  «ne  peut  être  tenue  dans  l'esprit  dmigs- 
sa  med*. 

^  Le  M.  CH.  a  simplement  «  homme  »  Jin-rùyalma, 

^  «  Et  les  emploierait  à  faire  des  dons.  »  Les  versions  omettent 
<(  aux  Tathâgatas ,  »  etc. 

*  Le  M.  CH.  a  le  contraire.  «Et  si  cet  amas  de  mérites  était 
réel,  leTatb.  n  aurait  pas  dit  qu'il  acquerrait  de  grands  mérites.  Mais 
parce  que  ces  vertus  et  bonheurs  ne  sont  pas  [wii-akà)^  le  T.  a  dit 
qu'il  acquerrait  ces  vertus ,  »  etc.  C'est-à-dire  que  la  première  phrase 
de  notre  texte  ne  s'y  trouve  pas. 


/488  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

cette  masse  de  mérites  a  été  déclarée  par  le  Tathâgata 
être  une  non-masse.  C'est  pourquoi  elle  est  appelée 
«  masse  de  mérites  ».  D'ailleurs,  si  c'était  une  masse 
de  mérites,  le  Tathâgata  ne  l'aurait  pas  appelée  de 
ce  nom ,  n'aurait  pas  dit  :  c'est  une  masse  de  mérites. 

20.  —  Absence  de  formes,  d'attributs  sensibles. 

Qu'en  penses-tu,  Subhûti.^  Le  Tathâgata  paraîtra- 
t-il  sous  une  forme  corporelle  ? 

Subhûti  répondit  :  Ce  n'est  point  ainsi.  Bienheu- 
reux; le  Tathâgata  ne  doit  pas  être  reconnu  par  la 
forme  corporelle  qu'il  acquerra.  Car  ce  qu'on  appelle 
revêtement  de  la  forme  corporelle  n'en  est  point  un 
d'après  ce  qu'a  déclaré  le  Tathâgata,  ô  Bienheureux  ! 

C'est  pourquoi  on  l'appelle  revêtement ,  obtention 
de  la  forme  corporelle. 

Le  bienheureux  dit  :  Qu'en  penses-tu ,  Subhûti  ? 
Le  Tathâgata  sera-t-il  reconnu  par  la  réunion  en  lui 
des  marques  extérieures  propres  ^?  Subhûti  répondit  : 
Non,  Bienheureux,  non,  le  Tathâgata  ne  sera  pas 
reconnu  par  ces  signes  -.  Car  ce  que  Ip  Tathâgata  a 
appelé  une  acquisition,  une  réunion  des  marques 
extérieures,  il  l'a  appelée  une  non-acquisition  de  ces 
marques.  C'est  pourquoi  on  l'appelle  acquisition  des 
marques  réunies. 

^  «  Le  Talh.  se  verra-t-il ,  se  rencontrera-t-il  (acaci)  dans  un  corps 
à  forme  complètement  sensible  ?  » 

^  Lakshana  rendu  par  arbun,  siang,  forme  extérieure,  manifes- 
tant letro. 


VAJRACCHEDIKA.  489 

21.  —  Ce  qu'on  dit  n'est  point  dit. 

Le  bienheureux  dit^  :  Quen  penses-tu,  Subhûti? 
Appartient-il  au  Tathâgata  de  dire  :  La  loi  a  été  ré- 
vélée par  moi  ? 

Subhûti  répondit  :  Non,  Bienheureux,  cela  ne  lui 
appartient  pas. 

Le  bienheureux  continua  :  Celui  qui  dirait  que  la 
loi  a  été  révélée  par  le  Tathâgata  commettrait  une 
erreur.  Il  me  concevrait  d'une  manière  contraire  à 
la  vérité.  Pourquoi? 

On  parle  bien  d'une  révélation ,  d'un  enseignement 
de  la  loi;  mais  il  n'y  a  point  de  loi  qui  soit  reçue 
comme  une  révélation  de  loi  ^^, 

Quand ^  il  eut  ainsi  parlé,  le  fortuné  Subhûti  lui 
dit  :  Il  arrivera.  Bienheureux,  qu'au  dernier  âge,  au 
dernier  temps,  au  dernier  cinq-centenaire,  lorsque 
l'extinction  de  la  loi  prévaudra^,  il  y  aura  des  êtres 
qui,  entendant  ces  doctrines,  y  ajouteront  foi. 

Le  bienheureux  répondit  :  Ces  êtres  ne  seront  ni 
êtres  ni  non-êtres.  Comment  cela?  Ce  qu'on  appelle 


*  Texte  différent.  M.  CH.  «  No  dis  pas  que  le  Tath.  ait  dit  :  je  dois 
annoncer  la  loi,  ne  forme  pas  une  pareille  pensée  (en  toi),  car  si 
les  hommes  disaient  que  le  T.  doit  annoncer  la  loi ,  ils  accuseraient 
Bouddha ,  parce  qu'ils  ne  peuvent  point  comprendre  mes  paroles.  » 

*  Le  M.  CH.  ajoute  :  «c'est  pourquoi  cela  est  appelé  loi». 

^  Ici ,  par  exception ,  les  deux  versions  ont  la  phrase  entière  :  Alors 
Subhûti  au  destin  sage  dit  à  Fucihi. 

*  M.  CH.  simplement  :  «dans  le  temps  non  encore  arrivé»,  et  la 
phrase  est  alternative ,  «  y  croiront-ils  ou  point  »  ? 


490  NOVEMBRE-DËGEMBRE  1891. 

êtres ,  êtres ,  a  été  déclaré  non-êtres  par  le  Tathâgata. 
C'est  pourquoi  ils  ont  été  appelés  êtres. 

22.  —  Il  n  y  a  point  de  loi  qu'on  puisse  acquérir. 

Quen  penses-tu,  Subhûti^?  Y  a-t-il  une  loi  re- 
connue par  le  Tathâgata  comme  Tillumination  com- 
plète, supérieure  à  tout?  Subhûti  répondit  :  Non, 
Bienheureux ,  il  n  y  a  pas  une  loi  reconnue  telle  par 
le  Tathâgata. 

Le  bienheureux  repartit  :  C'est  ainsi,  Subhûti, 
c  est  ainsi.  Il  n  y  a  pas  la  moindre  loi  qui  soit  ainsi 
connue ,  qui  soit  ainsi  reçue.  C'est  pourquoi  on  l'ap- 
pelle la  parfaite  et  dernière  illumination  de  l'esprit. 

23.  —  Faire  le  bien  avec  un  coeur  pur. 

Cette  loi  est  uniforme  et  sans  dissemblance.  C'est 
pourquoi  elle  est  dite  Tillumination ,  la  connaissance 
complète,  suprême.  Par  labsence  d'égoïté,  d'exis- 
tence ,  de  vie  et  de  personnalité ,  elle  est  parfaitement 

^  Ce  paragraphe  est  tout  différent  en  M.  GH.  C'est  Subhûti  qui 
parle  au  B.  et  lui  dit  :  l'anuttarâsamyaksambodhi  acquise  par  le  T. 
doit-elle  être  tenue  pour  non  acquise  ?  Fucihi  dit  :  C'est  ainsi ,  c'est 
ainsi ,  Subhûti.  Cette  sambodhi  que  je  dois  acquérir  n'est  pas  ma  loi. 
CH.  Pour  moi,  par  rapport  à  cette  sambodhi,  ce  n'est  point  en  défi- 
nitive une  loi  à  acquérir.  C'est  pourquoi  on  l'appelle  anuttarâsamyak- 
sambodhi.  ' 

Schmidt,  prenant  partout  cos  (=  dharma)  comme  signifiant 
«  soyn  » ,  donne  à  tous  les  paragraphes  un  sens  tout  autre  qui  ne  me 
parait  pas  acceptable^  D'autant  que  ce  mot  est  remplacé  plus  loin 
par  hodku 


VAJRACÇHEDIKA.  491 

uniforme.  Cette  connaissance  parfaite,  suprême,  est 
reconnue  par  ses  principes  salutaires  ^.  Et  comment? 
C*est  que  ces  lois  salutaires  sont  déclarées  des  non- 
lois  par  le  Tathâgata.  C'est  pourquoi  elles  sont  ap- 
pelées lois  salutaires  par  le  Tathâgata. 

24.  —  Bonheur  et  sagesse  incomparables. 

En  outre,  si  un  homme  ou  une  femme  accumu- 
lait autant  d'amas  des  sept  joyaux  qui!  y  a,  dans  le 
monde  du  trimillénaire ,  du  grand  millénaire,  de 
Sumerus  rois  des  montagnes  et  qu'ils  les  donneraient 
aux  Tathâgatas ,  arhats  complètement  illuminés ,  si , 
d'un  autre  côté ,  un  fds  ou  ime  fdle  de  famille  pre- 
nait un  quatrain  du  cours  de  la  loi,  de  la  Prajnâ- 
pâramitâ  et  l'enseignait  aux  autres,  les  mérites  du 
premier  n'atteindraient  pas  la  centième  partie  de 
l'amas  du  second ,  car  celui-ci  n'admet  aucune  com- 
paraison. 

25.  —  Transformation  sans  objet  transformable. 

Qu'en  penses-tu,  Suhhûti?  Le  Tathâgata  peut- 
il  dire  :  Les  êtres  sont  délivrés  par  moi^?  (Si  tu  l'as 

^  M.  CH.  Si ,  sans  égoïté,  etc. ,  oï\  pratique  toute  bonne  loi,  on  ob- 
tiendra rauuttarasamyaksambodlii.  Ce  que  Subhûti  appelle  bonne 
loi,  le  Tatb.  l'appelle  non-bonne  loi.  C'est  ce  qu'on  appelle  bonne  loi. 

Schmidt  nous  dit  ici  que  «cette  bodhi  pénétrée  par  tout  l'être 
des  vertus  est  devenue  Bouddba!»  Kuçalâ  dharmâ  devient  «tout 
l'être  des  vertus  ».  C'est  ainsi  qu'il  rend  le  T.  dge-bahi  cos  «  loi  de 
bonbeur». 

*  Comme  plus  baut,  «Subbûti  !  Quelqu'un  de  ton  espèce  ne  dise 


492  NOVEMBRË-DÉCEMBRli  1891. 

pensé) ,  on  ne  doit  plus  désormais  considérer  la  chose 
de  cette  manière.  Il  n  y  a  pas  d'être  qui  ait  été  déli- 
vré parle  Tathâgata.  S'il  y  en  avait  jamais,  Subhûti, 
alors  le  Tathâgata  reprendrait  Tégoïté ,  la  vie ,  l'exis- 
tence, la  personnalité.  Or  la  prise  de  Tégoïté  a  été 
déclarée  par  le  Tathâgata  être  une  non-prise.  Elle 
est  admise  seulement  par  les  gens  inintelligents  et 
vulgaires  ^  Et  ces  gens  ne  sont  pas  des  gens^,  a  dit  le 
Tathâgata.  C'est  pourquoi  ils  sont  dits  inintelligents, 
enfants  et  vulgaires. 

26.  —  Le  DharmakAyas  est  sans  forme  sensible. 

Qu'en  penses-tu,  Subhûti?  Le  Tathâgata  doit  il 
être  reconnu  par  les  marques  extérieures  propres? 
Non,  répondit  Subhûti,  cela  n'est  point ^.  Si  j'ai 
bien  compris  le  sens  des  paroles  du  bienheureux, 
le  Tathâgata  ne  doit-t-il  pas  être  reconnu  par  la  réu- 
nion en  lui  des  marques  propres  de  beauté  ? 

Bien,  bien;  c'est  ainsi,  c'est  ainsi,  répondit  le 
bienheureux ,  c'est  comme  tu  le  dis.  Et  pourquoi  ? 
Si  jamais ,  Subhûti ,  le  Tathâgata  était  reconnu  par 
des  marques  extérieures ,  alors  le  souverain  au  pou- 
pas  que  io  Tatb.  pense  :  Je  dois  transporter,  sauver  tous  les  êtres,  v 
Ne  forme  pas  celte  pensée.  Il  est  à  remarquer  que  cette  tournure  se 
trouve  au  paragraphe  27.  Il  se  pourrait  donc  que  I3  texte  de  Ku- 
mârajîva  l'eût  aussi. 

^  «  Les  gens  vulgaires  estiment  cela  leur  individualité.  » 
^  M.  CH.  «  ne  sont  pas  des  gens  vulgaires  v.  Le  dernier  mot  est  de 
tiop  et  détruit  le  sens. 

^  Le  M.  Cil.  a  par  erreur  :  «oui,  c'est  ainsi». 


VAJRACCHEDIKA.  493 

voir  suprême  ^  serait  aussi  un  tathâgata.  C'est  pour- 
quoi ce  n'est  point  par  des  marques  extérieures  que 
le  Tathâgata  devra  être  reconnu. 

Subhûti,  à  la  longue  vie,  dit  alors  au  bienheu- 
reux :  Pour  autant  que  je  saisis  le  sens  des  paroles  du 
bienheureux ,  le  Tathâgata  ne  doit  pas  être  reconnu 
par  les  marques  spéciales.  C'est  ainsi  que  le  Bien- 
heureux disait  en  cette  phrase ,  en  cette  strophe  : 

Ceux  qui  me  voient  par  la  forme ,  ceux  qui  m'atteignent  par 

[le  son 
Suivent  une  fausse  appréciation  des  choses,  ces  gens-ïà  ne 

[me  verront  point  *. 
Le  Bouddha  doit  être  reconnu  par  sa  loi,  car  les  chefs  sont 

[l'incarnation  de  la  loi. 
Mais  l'essence  selon  la  loi  né  peut  être  connue,  elle  n'est 

[point  de  nature  à  être  distinguée  et  connue. 

27.  —  Point  de  suppression  ni  de  distinction. 

Que  penses-tu,  Subhûti?  Crois-lu  que  Tillumina- 
tion  parfaite  sera  donnée  par  le  Bouddha  par  la  réu- 
nion en  lui  des  marques  spéciales  ?  Si  tu  le  penses , 


'   Hàjà  Cakravartin.  M.  S^akk'ravardin,  CH.  :  «Le  Saint  roi  qui 
tourne  la  roue». 

*  Le  CH.  M.  n'a  que  les  deux  premiers  vers  divisés  chacun  en 
deux  : 

ye  mâm  rupena  câdrâkshuh 
ye  mâm  ghoshcna  cânwaguh 
Mitbyâprahânaprasrtâ  : 
Na  mâm  drakshyanti  te  janâ: 

Il  est  bien  probable  que  le  texte  primitif  D*avait  que  cela. 
iTiu.  33 


mrsiiiBaiK  hatioiali. 


494  NOVëMBRË-DÉCëMBRE  1891. 

ne  considère  plus  désormais  la  chose  de  cette  façon. 
Et  pourquoi  ? 

Parce  que  cela  n'est  point,  et  que  personne  ne  te 
dise  plus  jamais  rien  de  semblable,  ô  Subhûti.  Ce 
serait  de  la  part  de  ceux  qui  sont  engagés  dans  la  voie 
des  bodhisattwas  une  véritable  destruction  de  toute 
loi,  l'extirpation  de  la  vraie  doctrine. 

Ne  considère  plus  jamais  la  chose  ainsi,  car  ce 
serait  la  mort  de  toute  loi ,  la  destruction  de  la  vraie 
doctrine,  causée  par  ceux  qui  sont  engagés  dans  la 
voie,  la  règle  des  bodhisattwas ^ 

28 

En  outre,  si  un  fils  ou  une  fille  de  famille^  rem- 
plissait des  sept  joyaux  autant  de  mondes  qu'il  y  a 
de  grains  de  sable  dans  le  Gange,  le  grand  fleuve,  et 
les  donnait  en  don  aux  tathâgatas,  arhats  iUuminés, 
et  si,  d'autre  part,  un  bodhisattwa*  mettait  toute 
son  attente,  ses  désirs  dans  la  condition  des  êtres 

^  La  version  M.  GH.  dit  encore  ici  le  contraire  de  notre  texte  : 
«  Si  tu  penses  qne  par  sa  forme  extérieure  propre ,  le  T.  n  a  pas  ac- 
quis ranuttarâsamyaksambodhi ,  ne  conçois  pas  cda.  Si  tu  penses 
que  s'il  manifeste  un  cœur  complètement  et  suprêmement  illuminé, 
il  annonce  par  là  la  destruction  de  toute  loi,  ne  conçois  pas  pa- 
reille pensée.  Car  cdui  qui  manifeste  un  cœur  complètement, 
suprêmement  illuminé ,  ne  prononce  pas  par  cela  même  la  destruc- 
tion, la  suppression  de  toute  manifestation  extérieure  de  la  loi.  • 

Le  Tib.  a  encore  ici  et  dans  ce  qui  suit  des  idées  étrangères  au 
texte.  Voir  Schmidt,  p.  a 09. 

*  GH.  M.  «un  bodhisattwa». 

^  GH.  M.  Ici,  par  contre,  «un  homme  quelconque». 


VAJRACCHEDIKA.  495 

sans  égoïté ,  affranchis  des  renaissances ,  celui-ci  pro- 
duirait une  masse  de  mérites  de  beaucoup  supérieure , 
incommensurable,  innombrable,  et  ce  bodhisattwa 
n'aurait  plus  besoin  désormais  d'acquérir  des  mé- 
rites ^. 

Subhûti  dit  2  :  Ainsi  il  ne  doit  plus  chercher  à 
acquérir  des  mérites  de  tous  côtés. 

Le  bienheureux  répondit  ^  :  Ce  que  Ton  cherche 
à  acquérir  ainsi  ne  doit  pas  être  acquis ,  tenu  ;  c'est 
pourquoi  on  dit  qu'il  faut  chercher  à  l'acquérir  de 
toutes  manières. 

29.  —  Dignité  majestueuse  et  tranquille. 

En  outre,  celui  qui  dirait  encore  :  Le  Tathâgata 
va  ou  arrive,  est  debout  ou  assis,  ou  prépare  sa 
couche,  dort,  celui-là  ne  comprend  pas  ce  que  je 
dis.  Parce  que  celui  qui  est  dit  Tathâgata  ne  va  nulle 
part,  ne  vient  de  nulle  part;  c'est  pour  cela  qu'il  est 
appelé  le  Tathâgata,  arhat  complètement  illuminé. 


^  t  Estimant  toute  condition  sans  égoïté  et  sachant  largement 
supporter,  ce  bodhisattwa  l'emporterait  sur  loutre.  Pourquoi  ?  CJ'est 
que  y  Subhûti ,  tous  les  bodhisattwas  n'acquièrent  pas  ces  mérites.  » 

*  Subhûti,  les  mérites  acquis  par  le  B.  ne  doivent  pas  être  recher- 
chés avidement.  C'est  pourquoi  il  est  dit  qu'il  n*en  acquiert  pas. 

^  Ou  bien  :  cela  formerait  une  boule,  un  globe;  et  cette  boule  a 
été  déclarée  une  non-boule,  etc.  Le  GH.  M.,  comme  le  tibétain, 
le  rend  de  cette  manière  ou  à  peu  près  :  «  ce  serait  une  forme  bien 
condensée  uniformément».  On  ne  doit  pas  la  dire  telle,  il  n'y  a  que 
les  gens  communs  qui  sont  avides  de  cela. 


33. 


496  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

30.  —  Forme  et  principe  homogènes. 

En  outre ,  si  un  fils  ou  une  fille  de  famille  broyait 
en  atomes  la  matière  d  autant  de  monde  qu'il  y  a  de 
poussières  dans  le  monde  du  trimillénaire,  du  grand 
millénaire  et  avec  une  force  incalculable  en  faisait 
un  immense  amas  d  atomes ,  penses-tu  que  cet  amas 
d  atomes  serait  considérable?  Certainement,  Bien- 
heureux; il  en  serait  ainsi,  Sugata!  Ce  dernier  amas 
d'atomes  serait  immense.  Et  pourquoi  ?  Parce  que 
si  cet  amas  d'atomes  était  immense,  le  Tathâgata 
n'aurait  pas  dit  :  C'est  un  immense  amas  d'atomes. 

Et  comment  cela?  C'est  que  cet  énorme  amas 
d'atomes  a  été  déclaré  par  le  Tathâgata  un  non-amas 
et  c'est  pourquoi  il  est  appelé  un  amas  d'atomes.  Et 
ce  monde  du  trimillénaire,  grand  millénaire,  appelé 
ainsi  par  le  Tathâgata ,  a  été  déclaré  par  lui  être  un 
non-monde.  C'est  pourquoi  on  l'appelle  monde  du 
trimillénaire ,  grand  millénaire.  Pourquoi  cela  ?  Parce 
que,  Bienheureux,  si  c'était  une  région  du  monde, 
alors  on  devrait  aussi  y  chercher  et  prendre  sa  nourri- 
ture ,  et  cette  prise  de  nourriture  a  été  déclarée  une 
non-prise,  un  non-recevoir,  par  le  Tathâgata.  C'est 
pourquoi  il  est  appelé  «  qui  reçoit ,  prend  son  pain  ». 

Le  bienheureux  dit  :  Recevoir  ainsi  son  pain  n'est 
point  une  chose  à  faire ,  un  rapport  à  avoir.  C'est  une 
chose  sans  nom,  ce  n'est  ni  bien  ni  pas  bien;  cela 
n'appartient,  n'est  à  faire  que  par  les  gens  inintelli- 
gents et  grossiers. 


VAJRACCHEDIKÂ.  497 


31.  —  Ne  point  chercher  X  savoir  et  voir. 

Comment  cela ^  ?  Celui  qui  dirait  :  Le  Talhâgata  a 
parlé  de  la  vue  de  l'individualité ,  de  la  vue  de  Texis- 
tence,  de  la  vîe,  de  la  personnalité,  celui-là  paiierait- 
il  avec  vérité  et  justesse?  Subhûti  répondit  :  Non, 
Bienheureux,  non,  Sugata!  celui-là  ne  parierait  pas 
justement.  Pourquoi?  Parce  que.  Bienheureux,  la 
vue  de  l'individualité  ^  dont  parie  le  Tathâgata  a  été 
déclarée  par  lui  une  non-vue.  C'est  pourquoi  on  l'ap- 
pelle «  vue  de  l'individualité  ». 

Le  bienheureux  dit  :  Ainsi,  ô  Subhûti,  l'homme 
engagé  dans  la  voie,  appliqué  à  la  doctrine  des  bo- 
dhisattwas^,  doit  connaître  toutes  les  natures,  les 
considérer,  exciter  son  affection  vers  elles,  et  il  doit 
le  faire  de  façon  qu'U  ne  fasse  fond  ni  sur  la  connais- 
sance des  lois,  des  essences,  ni  sur  la  non-connais- 
sance. Pourquoi  cela? 

Parce  que  la  connaissance  des  essences  a  été  dé- 
clarée par  le  Tathâgata  une  non-connaissance.  C'est 

^  Ceci  manque  au  M.  CH.  Mais  à  la  fin  de  la  phrase,  il  y  a  de 
plus  :  0  Qu'en  penses-tu  ?  Cet  homme  comprend-il  ou  non  ma  pensée? 
Et  Subhûti  répond  en  conséquence  :  «il  ne  comprend  pas,»  etc. 

^  Par  exception,  le  texte  M.  CH.  est  plus  long  et  répète  «la  vue 
de  l'existence»,  et  le  reste.  De  même  à  la  phrase  suivante.  Cela  est 
très  remarquable  comme  preuve  d'un  texte  sanscrit  différent. 

^  «  Celui  qui  applique  son  cœur  à  la  samyaksambodhi  doit  con- 
naître toute  nature ,  la  considérer,  s'y  confier,  sans  chercher  la  forme 
extérieure ,  l'apparence  des  natures.  Cette  apparence  a  été  déclarée 
une  non-apparence  par  le  T.,  c'est  pourquoi  on  l'appelle  ainsi. » 
Texte  très  différent  du  sanscrit  actuel. 


498  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

pourquoi  elle  est  appelée  «  connaissance  de  Tessence 
des  lois  ». 

32.  —  Les  transformations  ne  sont  point  réelles. 

Enfin ,  si  un  bodhisattwa^  comblait  des  sept  joyaux 
des  mondes  incommensurables ,  innombrables  et  les 
donnait  ainsi  en  don  aux  tathâgatas,  arhats  complè- 
tement illuminés,  et  si,  d'autre  part,  un  fils  ou  une 
fille  de  famille,  prenant  un  quatrain  de  la  Prajnâpâ- 
ramitâ,  le  gardait  en  sa  pensée,  le  faisait  connaître, 
le  comprenait  entièrement,  l'expliquait  aux  autres 
complètement^,  ce  dernier  acquerrait  des  mérites 
bien  plus  que  le  premier,  ils  seraient  incommensura- 
bles, innombrables.  Et  comment  l'expliquerait-on  '  ? 
Comme  je  le  comprends.  Entièrement  comme  les 
étoiles  et  les  ténèbres,  comme  une  lampe,  un  fan- 


^  M.  CH.  «un  homme». 

*  Tib.  «copie,  embrasse,  garde»;  litt.  «comprend  entièrement  et 
explique».  Chin.  M.  «prend,  s*appliqne  à»;  litt.  «récite,  explique». 

Var.  Gomment  l'expliquerait-on  ?  Gomme  ne  l'expliquant  pas ,  c'est 
pourquoi  on  dit  :  l'expliquerait-on. 

'  M.  GH.  Gomment  Texpliquerait-on  en  l'amplifiant  ?  Sans  s'émou- 
voir, tranquillement  et  pourquoi  ? 

Toute  condition  d'agitation  est  comme  un  rêve,  une  vinon,  une  bidle 
d*eaa,  une  ombre  ;  c'est  comme  la  rosée ,  comme  Tédair.  C'est  ainsi  qucm 
doit  le  considérer. 

Quand  Fucihi  eut  fini  ce  Sûtra ,  le  vénérable  Subhûti ,  tous  les 
Gelongs ,  toutes  les  Gelongs ,  les  disciples  des  deux  sexes  et  de  tous 
les  âges ,  les  dieux ,  les  hommes  et  les  asuras ,  ayant  entendu  ces  pa- 
roles de  Fucihi ,  en  conçurent  une  joie  «xtrême,  les  reçurent  avec  foi 
et  s'appliquèrent  à  les  mettre  en  pratique. 


X  . 


V 


VAJRAGGHEDIKÂ.  499 

tome,  un  grain  de  givre,  une  bulle  d'eau,  un  songe, 
une  lueur  d'éclair.  Qu'on  l'explique  ainsi,  car  c'est 
ainsi  qu'on  dit  qu'on  doit  l'expliquer. 

Ainsi  paria  le  bienheureux  transporté ,  hors  de  lui. 

Et  Subhûti  le  vénérable  et  les  bhixus  et  les  dis- 
ciples des  deux  sexes  et  les  bodhisattwas ,  ainsi  que 
les  dévas,  les  hommes,  les  asuras,  les  gandharvas, 
applaudirent  aux  paroles  du  bienheureux. 

Ainsi  est  achevée  la  noble  Vajracchedikâ,  la  véné- 
rable et  fortunée  Prajnâpâramitâ. 


EXTRAITS 
DU   COMMENTAIRE  DE  LCTSU. 


3.  Le  Mahdsattwa  est  celui  dont  le  cœur  et  la 
capacité  sont  si  grands ,  si  vastes ,  qu'on  ne  peut  en 
sonder  les  limites  par  la  pensée. 

La  naissance  par  transformation ,  hoa,  rendant  upa- 
pâdukuy  est  la  métamorphose  des  insectes,  des  mites, 
des  grenouilles,  etc. 

Ce  qui  a  forme ,  râpin ,  est  ce  qui  a  corps  sans  pensée 
ni  désir.  —  Ce  qui  n'en  a  point  est  «  le  pur  esprit  ». 

Cette  version  difiere  notablement  de  notre  texte.  Quant  au  çloka, 
les  différences  peuvent  provenir  uniquement  de  ce  que  le  traduc- 
teur chinois  a  voulu  avoir  quatre  vers  de  cinq  syllabes ,  mais  sans 
rime. 


506  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1891. 

fruit  des  œuvres,  on  ne  doit  pas  le  considérer  et 
Têtre  vivant  ne  doit  point  Tespérer. 

20.  Sampadâ  est  rendu  par  ^  (complet,  =  sam) 
et  JE  «  pied  » ,  comme  si  padâ  venait  de  pad  «  pied  »  ; 
mais  JE  signifie  aussi  «complet»,  de  là  les  deux 
mots  réunis  équivsdant  à  «sans  lacune  ni  défaut». 
Les  trente-deux  signes  distinctifs  ne  suffisent  pas 
parce  qu'ils  ne  tiennent  pas  compte  de  lesprit. 

Tout  ce  que  les  bouddhas  opèrent  ne  produit 
pas  de  mérites,  a-t-il  été  dit  précédemment.  Mais 
alors  que  sont  les  signes  distinctifs  du  Bouddha  P 
C'est  ce  qui  est  expliqué  ici.  Ce  sont  vide  et  néant 
comme  le  reste. 

21.  La  forme ,  les  couleurs ,  toutes  les  apparences 
extérieures  sont  insuffisantes  pour  distinguer  le  Ta- 
thâgata  des  autres  hommes.  C'est  la  loi  qui  permet 
de  le  faire,  sa  condition  particulière.  Mais  Bouddha 
est  aussi  sans  loi,  sans  condition  semblable  parce 
que  la  nature  pure  et  droite,  la  nature  originelle 
[tchen)  n'a  pas  besoin  de  loi  extérieure.  —  Remar- 
quons que  ceci  est  une  idée  taoïste. 

22.  Ceci  approfondit  le  sens  du  paragraphe  1 8. 
Non  seulement  Bouddha  n'a  pas  de  condition  pro- 
pre, lui  appartenant,  mais  sa  nature  est  le  pur  vide 
et  il  n'y  a  rien  au-dessus  de  cette  nature. 

23»  Cette  nature  pure,  originelle  (S  21)  est  par- 


VAJRACCHEDIKA.  501 

un  objet  flottant  dans  le  vide  et  qu'on  ne  peut  at- 
teindre. 

9.  Arhat  est  expliqué  relativement  aux  termes 
antérieurs  sakridâgamî  et  anâgamt  C'est  celui  qui  ne 
naît  plus,  c'est-à-dire  dont  la  forme  est  détruite  et 
la  vie  épuisée. 

Précédemment  Bouddha  a  enseigné  la  loi  du  non- 
faire ,  cette  loi  qu'on  ne  peut  comprendre  ni  énon- 
cer. Maintenant  il  enseigne  aux  arhats  la  conduite 
à  tenir  pour  se  perfectionner.  L'absence  de  désir  est 
la  chose  essentielle  et  fondamentale;  on  doit  s'abs- 
tenir de  tout  désir  d'obtenir  des  fruits  de  sa  conduite, 
il  y  a  quatre  conditions  qui  ont  des  lois  et  des  fruits 
différents.  Mais  en  aucune  d'elles  on  ne  peut  penser 
avoir  obtenu  ces  fruits. 

Ainsi  le  srôtaâpanna  est  le  premier  entré  dans  le 
courant  des  saints,  mais  son  cœur,  son  appétition 
n'atteignent  rien  par  cela;  il  ne  doit  pas  penser  qu'il 
a  la  condition,  la  forme  extérieure  de  quelqu'un  qui 
est  lancé  dans  ce  courant;  il  n'entre  pas  dans  les  six 
poussières  et  souillures  des  sens. 

10.  Kshêtra  est  la  terre  de  Bouddha,  parce  qu'il 
y  a  établi  sa  réforme  et  ses  communautés  où  l'on 
pratique  l'aumône. 

Cabda ....  pratishihitam  cittam ...  «  Le  cœur  ne 
doit  être  attaché  à  rien  ». 

Le  Suméru  a  3,36o,ooo  lis  de  hauteur  et  de  lar- 
geur. 

Ce  qui  n'a  point  de  corps  a  la  loi  poiu*  corps. 


502  NOVEMBRE-DÉGEMBRE   1891. 

1 1.  Le  Gange  a  Ao  lis  de  circuit;  il  coide  dans  le 
pays  occidental.  Gomme  ses  auditeurs  le  connais- 
saient, Bouddha  le  prend  comme  point  de  compa- 
raison. 

1 2 .  Devamânasha  est  pris  pour  «  homme  du  ciel  » 
[deva  =  fien)  et  non  pour  «dieux  et  hommes». 
Asura  (  ha-sea-la)  est  ainsi  expliqué  :  Ha  «=>iDa  «  non  »  ; 
la=chong  «  tous  ».  G*est  le  roi  des  esprits  des  vivants 
qui  ne  sont  point  parfaits.  Caitya  est  rendu  par  ^ 
)S|  Tap-miao.  Tap  (Dagoba)  est  l'endroit  où  se  trouve 
le  tombeau  de  Bouddha;  Miao  est  celui  où  se  trouve 
son  image. 

13.  La  poussière  est  nombreuse  comme  les  mau- 
vais désirs  des  vivants.  Bouddha  s  est  partagé  et  a 
parfait  ses  transformations  au  sein  des  mondes.  Il  y 
a  manifesté  son  éclat  sans  bornes,  sa  grande  puis- 
sance spirituelle.  Il  faut  que  tous  les  êtres  vivants 
placés  dans  cette  poussière  la  quittent;  que,  placés 
dans  le  monde ,  ils  en  sortent.  G'est  pourquoi  il  dit 
que  ce  nest  point  une  poussière,  qu'il  n'y  a  pas  de 
poussière,  pas  de  monde. 

14.  Bhûtasahjhâ  =  shxh  siang  (l'apparence  de  la 
réfidité,  de  ce  qui  est;  sa  forme  extérieure).  Expliqué 
"par  fat-shin  «  le  corps  de  la  loi  ». 

Après  avoir  parlé  de  l'essence,  de  la  puissance  du 
bonheur  [fuh-te],  Bouddha  passe  à  celle  des  mérites 
des  bonnes  œuvres.  Ge  sont  ces  œuvres  qui  ont  un 


VAJRACCHEDIKA.  503 

fruit  complet;  le  bonheur,  Tabondance  des  biens 
n'est  pas  suffisante  pour  suivre  la  bonne  voie. 

Il  y  a  dix  pâramitâs  ou  moyens  de  passer  à  la  rive 
de  la  perfection  et  du  salut;  ce  sont  :  la  bienfaisance, 
la  mortification ,  la  patience  dans  Thumiliation ,  lar- 
deur  à  lavancement,  la  contemplation,  la  sagesse 
prudente,  la  bonté,  la  compassion,  la  force  dame, 
la  persévérance  qui  ne  recule  pas.  Ici,  il  ne  s'agit 
que  de  la  première,  de  la  bienfaisance  ou  de  Tau- 
mône;  plus  loin,  c'est  de  la  patience. 

Le  roi  Kalinga  (Kali  Wang).  C'est  son  nom  indou; 
en  chinois  il  s'appelle  fVuh-taxhkïh-go  kiun  «  le  prince 
sans  foi  ni  loi ,  extrêmement  méchant  ».  Le  mot  ka 
(^)  [76,  lo]  désigne  l'habileté,  l'adresse;  li{^)  est 
ce  qui  coupe  (  7J  )  ;  '*^o,ng  désigne  le  cœur.  C'est  celui 
qui  use  d'habileté  pour  couper,  diviser  le  cœur  non 
éclairé  et  tourmenté ,  troublé.  Tout  ceci  est  une  leçon 
par  exemple.  L'auteur  veut  dire  que  celui  qui  s'at- 
tache à  quelque  chose  ne  peut  élever  son  cœur  vers 
la  vertu,  source  de  la  délivrance. 

1 5.  Çrêshthayâna  =  Ta-shing  «  le  grand  char  ».  Le 
Commentaire  distingue  ainsi  les  trois  yânas  :  Quand 
l'arhat  vit  et  meurt  pour  lui-même  sans  chercher  à 
améliorer  les  autres ,  c'est  le  siao-shing ,  «  le  petit  char, 
la  petite  école  ».  S'il  étudie  à  moitié  pour  les  autres, 
à  moitié  pour  lui-même,  c'est  le  tchong-shing ,  «le 
char  moyen  ». 

Si  le  Bodhisattwa  cherche  à  tout  perfectionner, 
c'est  le  mahâyâna,  le  ta-shing,  «le  Grand  char,  la 


50'i  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

grande  doctrine  ».  Celui  qui  prend  le  Grand  char 
réunit  en  lui  tout  le  Bodhisattwa;  il  porte  et  dirige. 
Bouddha  est  le  char. 

Hinâdhimuktika  =  siao fat  «loi  inférieure»;  le  tao 
extérieur. 

Fin,  Le  texte  chinois  dit  qu'il. faut  en  ce  lieu  ré- 
pandre des  fleurs  et  faire  brûler  des  parfums.  Les 
fleurs  sont  les  lotus  bleus  et  blancs.  Après  avoir 
traité  de  la  patience  courageuse,  Bouddha  parle  ici 
du  sacrifice  de  soi-même  et  en  vante  ie  mérite. 

16.  Paribhâta  ^=  King-tsien  (^^)  «méprisé, 
bas  »  ;  désigne  les  maladies ,  les  afflictions ,  la  pau- 
vreté, Tépuisement,  le  dépérissement,  tous  les  maux 
qui  accablent  fhomme.  Les  mauvaises  voies  sont  : 
lenfer  sous  terre,  Tétat  de  démon  affamé  et  celui 
d'animal  domestique. 

Pour  comprendre  ceci,  il  faut  se  rappeler  que 
bien  quon  soit  un  homme  tout  céleste,  qu'on  soit 
plein  de  piété  et  de  charité,  on  n'évite  pas  toujours 
les  maux  de  ce  monde.  C'est  ce  que  Bouddha  veut 
expliquer  en  rapportant  ces  maux  à  une  cause  anté- 
rieure, aux  fautes  commises  dans  ime  autre  vie. 

17.  Çâkya[mâni)  est  un  mot  hindou  auquel  cor- 
respond en  chinois  neng  jïn  «  qui  sait  être  bon  »  (en 
prenant  çâkya  comme  dérivé  de  R.  çak).  Mâm  est 
en  chinois  «  celui  qui  reste  dans  le  silence  et  l'isole- 
ment ». 

La  loi,  la  condition  d'existence  n'existent  pas, 
parce  que  tout  est  appartenance  du  vide. 


VAJRACCHEDIKÂ.  505 

18.  Ce  qui  voit  les  formes  est  appelé  «  œil  de  la 
chair  »  ;  ce  qui  voit  le  monde  du  grand  millénaire 
est  «  Tœil  des  dieux,  du  ciel  »;  ce  qui  voit  la  nature 
interne  est  «  Toeil  de  l'intelligence  »  ;  ce  qui  voit  la  loi, 
la  nature  entière,  est  appelé  «  œil  de  la  loi  ».  Ce  qui 
sait  se  garder  sans  nature  propre;  ce  qui  sait  cher- 
cher sans  illumination  (sans  Bouddha,  wu  tchu  fo)\ 
ce  qui  répand  un  éclat  lumineux  et  dissipe  les  té- 
nèbres, cest  Tœil  de  Bouddha.  Shi-tsoim  est  tel;  c'est 
pourquoi  on  lappelle  Bouddha. 

Nânâbhâvân  cittadhârân,  cest  le  cœur  des  êtres 
en  toutes  leurs  différentes  espèces  ;  adhâra  «  ce  qui 
est  sans  cœur  »  le  cœur  qui  oublie.  —  C'est  encore 
le  cœur;  ce  qui  ne  produit  ni  erreur  ni  oubli,  c'est 
le  cœur  fondamental ,  à  l'état  de  nature  primitive. 

Celui  qui  sait  pénétrer  fessence  de  l'être  dépourvu 
d'égoïté  est  un  bodhisattwa;  il  voit  le  vrai  et  pé- 
nètre le  vide. 

19.  Les  mérites  ont  des  fruits,  des  effets,  et  pour 
cela  ils  ont  une  réalité  et  les  êtres  vivants  les  désirent 
par  erreur.  Mais  ils  sont  sans  cause  et  pour  cela 
ils  sont  des  non-entités,  et  l'on  ne  doit  point  tenir 
compte  de  leur  apparence  totale.  Ceci  est  identique 
à  ce  qui  est  dit  au  paragraphe  8 ,  à  cela  près  qu'au 
paragraphe  8  il  est  question  du  don  des  sept  joyaux 
qui  n'égale  pas  l'étude  des  Sûtras;  ici  on  considère 
l'homme  qui  a  foi  dans  les  Sûtras  et  fait  des  dons  en 
conséquence.  Quand  le  cœur  a  quelque  chose  qui 
l'occupe,  il  n'est  pas  un  cœur.  Si  l'on  peut  voir  le 


506  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

fruit  des  œuvres,  on  ne  doit  pas  le  considérer  et 
Têtre  vivant  ne  doit  point  lespérer. 

20.  Sampadâ  est  rendu  par  ^  (complet,  ^=sam) 
et  JE  «  pied  »,  comme  si  padâ  venait  de  pad  «  pied  »; 
mais  JE,  signifie  aussi  «complet»,  de  là  les  deux 
mots  rémûs  équivsdant  à  «sans  lacune  ni  défaut». 
Les  trente-deux  signes  distinctifs  ne  suffisent  pas 
parce  qu  ils  ne  tiennent  pas  compte  de  l'esprit. 

Tout  ce  que  les  bouddhas  opèrent  ne  produit 
pas  de  mérites,  a-t-il  été  dit  précédemment.  Mais 
alors  que  sont  les  signes  distinctifs  du  Bouddha? 
C  est  ce  qui  est  expliqué  ici.  Ce  sont  vide  et  néant 
comme  le  reste. 

21.  La  forme ,  les  couleurs ,  toutes  les  apparences 
extérieures  sont  insuffisantes  pour  distinguer  le  Ta- 
thâgata  des  autres  hommes.  C'est  la  loi  qui  permet 
de  le  faire,  sa  condition  particulière.  Mais  Bouddha 
est  aussi  sans  loi,  sans  condition  semblable  parce 
que  la  nature  pure  et  droite,  la  nature  originelle 
[tchen)  na  pas  besoin  de  loi  extérieure.  —  Remar- 
quons que  ceci  est  une  idée  taoïste. 

22.  Ceci  approfondit  le  sens  du  paragraphe  i8. 
Non  seulement  Bouddha  n  a  pas  de  condition  pro- 
pre, lui  appartenant,  mais  sa  nature  est  le  pur  vide 
et  il  n'y  a  rien  au-dessus  de  cette  nature. 

23.  Cette  nature  pure,  originelle  (S  ai)  est  par- 


VAJRACCHEDIKÂ.  507 

tout  la  même;  elle  est  dans  tous  les  êtres  comme 
dans  Bouddha,  ni  plus  ni  moins.  La  bonne  loi  a 
une  action  constante,  perpétuelle  et  partout  la 
même;  elle  induit  en  acte  tous  les  êtres  dune  ma- 
nière égale  et  également  pure ,  quand  leur  nature  est 
restaurée. 

25.  Le  thème  de  ce  paragraphe  est  que  les  saints 
ont  tous  une  nature  identique  et  que  les  transforma- 
tions ne  sont  pas  des  transformations.  Ce  paragraphe 
ressemble  au  3*  et  au  i  y*,  mais  chacun  a  sa  vadeur 
particulière  et  aucun  d'eux  ne  forme  redondance. 
Au  3*,  il  est  dit  que  le  Tathâgata  détruit  et  reforme 
les  êtres  vivants,  mais  ne  tient  pas  à  ses  mérites; 
au  1 7*,  que  dans  les  mêmes  conditions  il  n  a  pas  de 
loi  particulière;  au  2  5*,  que  tous  les  êtres  vivants 
ont  des  qualités  supérieures  par  lesquelles  ils  peuvent 
se  livrer  eux-mêmes  au  Nirvana. 

L'adoption  des  Sûtras  ayant  des  mérites  sans 
bornes ,  ce  Sûtra  peut  conduire  au  Nirvana.  C'est  lui 
et  non  Bouddha  qui  y  mène. 

26.  Le  corps  de  la  loi  est  dans  le  silence  et  la  pu- 
reté, et  non  dans  les  formes  perceptibles.  —*  Les 
rois  cakravartins  sont  les  quatre  grands  rois  célestes. 
Ce  paragraphe  diffère  des  5**  et  1 3*  en  ce  que  c'est 
Bouddha  qui  parle  ici,  pour  confirmer  ce  que  Su- 
bhûti  avait  dit  précédemment.  —  Dans  la  nature 
pure,  originelle,  il  n'y  a  pas  de  différence  entre 
Bouddha  et  un  homme  du  commun;  c'est  pour- 


508  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

quoi  les  signes  extérieurs  ne  peuvent  servir  à  recon- 
naître le  Tathâgata. 

27 .  Kasyaciddharmasya  vinâçah  prajnapta  unchedô 
va.  Cela  veut  dire  que  toute  loi,  toute  condition 
d'existence  est  hors  d  usage  possible.  Ainsi  le  tout 
signifie  que  lorsque  le  temps  de  la  délivrance  n'est 
pas  encore  venu,  on  doit  suivre  la  loi  de  Bouddha. 
Ceci  ressemble  au  paragraphe  2  ;  mais  celui-ci  doit 
être,  dans  les  dififérences,  la  base  de  Imterprétation. 

29.  Thème.  —  La  nature  pure  est  dans  le  silence 
et  lobscurité  et  non  dans  la  majesté  extérieure ,  Téclat. 
Le  bodhisattwa  ne  recherche  pas  les  biens,  les  mé- 
rites, car  tout  est  pur  vide  et  illusion.  Le  Bouddha 
ne  se  meut  pas  en  différents  sens,  car  la  vraie  na- 
ture essence  se  meut  complètement  dans  les  six 
directions  sans  changer  de  lieu;  c'est  pourquoi  on 
ne  peut  dire  qu'elle  va,  vient,  etc. 

30.  L'ensemble  de  l'univers  entier  n'est  en  réalité 
qu'une  illusion;  il  n'a  point  d'être  réellement  per- 
ceptible par  sa  nature.  La  conception  du  tout  uni 
est  la  nature  essentielle  que  l'on  ne  peut  exprimer, 
mais  que  le  vulgaire ,  prenant  pour  réelle  en  son  ap- 
parence, désire  posséder  comme  un  bien. 

3 1 .  Quand  on  a  reconnu  ces  choses,  la  concep- 
tion sensible  de  l'être  disparaît.  Tout  homme  du 
commun  cherche  ses  intérêts,    et   par  son   égoïté 


^ 


VAJRACCHEDIKA.  509 

produit  la  perpétuation  de  son  existence.  Mais  tout 
ce  qui  paraît  est  vide  et  illusion,  et  la  conception 
de  Têtre  perceptible  par  les  sens  Test  avant  tout. 
L'homme  éclairé  la  perd  entièrement. 

32.  La  version  chinoise  suppose  le  texte  :  yathâ 
na  prakâçayêt  et  porte  puh  tseu  yà  siang  «  on  ne  prend 
pas  la  démonstration  dans  les  formes  extérieures  ». 
Puis  elle  ajoute  :  zho,  zho  puh  tong  «  ainsi  on  le  fait 
sans  action,  extérieurement,  en  faisant  le  bien,  don- 
nant pour  satisfaire  à  la  loi  ».  —  Tout  est  songe  et 
ombre  parce  que  rien  ne  dure;  tel  est  le  grand  en- 
seignement du  livre.  L'homme  doit  suivre  la  loi  et 
se  plaire  au  vide  pur,  seule  réalité. 


wiii.  34 


510  NOVEMBRë-DëGEMBKE  189L 

LA  CORRESPONDANCE 

D'AMÉNOPHIS  III  ET  D'AMÉNOPHIS  IV, 

TRANSCRITE  ET  TRADUITE 
PAR 

M.  J.   HALÉVY. 

(suite.) 


98 

LETTRE  D'ABIMILKI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]    sàr-ri [ 2 ]  um-ma  J  a-bi-mU[-ki ?] . .  .    [3]  vil 

û  vil   a-na  gir-mes  sâr    en     [4]  a-na    sa-bar   sâr  pa-ni-su 

[5]    a-na  nit-su   û   nit [6]   nit  sa ma  a-na 

[7]    na-za-ri    er    sâr [8]    ku....   ku  ki-ma 

[9]  ma i-na  an-qu(?)-u     [10]  er  sâr  en-ya  û     [11]  a- 

na-ka  i-ra-ab     [12]  a-na  da-ga-li [i3]  pa-nî  sar  be- 

li-ya     [i4]  an.  . .  id-din     [i5]    m(?)-m-ku 


Sur  le  bord. 

[26]  i-na qa-bu an-si     [27]  is-tab smn 

en-ki     [28]    qa  a  se  hal-ti-ya     [29]  a-bù-ti- 

yaan  as. . . .  .      [3o]    ka  sâr  en-ya  al(?)-tap-ru 


1 


CORRESPONDANCE  D'AMENGPHIS.  511 


Verso. 

[i6]  a-na  nït-ti-su    [17]  û  li-id-din-su    [18]    u(?)as- 

sum     [19]  ba-la-ti-su     [20]  ù  a-sum  ba-la-ti     [21]    

i(?)-ma-du     [22]  a yagïr-is     [28]    na     [24]    . 

....  en     [26]    ka 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi ceci,  moi  1  Abi-milki  ^ je  me  jette 

sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi ,  mon  seigneur. 

En  ce  qui  concerne  la  missive  du  roi ,  adressée  à  son  ser- 
viteur, le  serviteur serviteur  de 

pour  sauvegarder  la  ville  du  roi,  mon  seigneur 

roi,  mon  seigneur,  et  je  viendrai  rendre  hommage  au  roi, 
mon  seigneur 


Sur  le  hord. 

J'ai  dit de  ma  vie mes  ennemis . . .  , 

....  au  roi ,  mon  seigneur,  j'ai  envoyé 

Verso. 

A  son  serviteur  et  qu'il  lui  donne  ce  qui  est  nécessaire  à  sa 
vie  et  à  la  vie 


'  Eu  phénicien  ^7D3K,  comparez  lliëbreu  lyÇ^SN,  nom  du  roi  do* 
Pliilistins  à  l'époque  d*Abraham. 

34. 


512 


NOVEMBRE-DECEMBRE  1801. 


99 

LETTRE  D*ABiSaR  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sâr  en-ya  an-mes-ya  an-par4i  [a]  om-ma  Â-bi-sar 
nït-ka  [3]  vu  û  vu  a-na  gir-mei^  liâr  l)e-li-ya  [4]  sar  be- 
li-ya  ià-ta-bar  [5]  ai^-ium  ta-me-ka  ia.  i-fareA-ii  [6]  it-ti- 
ya  at-ta-din  [7]  a-na  sar  be-li-ya  [8]  ]  me-ta-ki-lis  ù 
9]  ii-it-ta-din  sâr  be-li-ya  [10]  pa-ni-iû  a-na  nït-su 
11]  û  li-it-dîn  er  u-zu-ki  [12]  a-na  nit-iu  ga-gam  ak-ku-ni 
ù  mi-ma  [i3]  a-na  si-te-iu  li-it-ta-din  [i4]  itôr  be-li-ya 
lû-gir  [i5]  a-na  na-za-ri  [16]  er-i^u  û  li-ru-nb  [17]  û 
ii-mur  pa-ni  sar  be-li-ya     [18]  a-na  pa-nu-ya  a-na 


Verso. 

[19]  mnh-hi  sar  be-li-ya     [20]  ki-i-me  e-nn-ma     [ai]   ip- 
ki-id-ni  àâr  be-li     [22]  a-na  na-za-ri  er-àn     [2 3]  ûas-ta-bar 


a-na  sâr  be-li     [  24  ]  e-nu-ma  ud-mi  sa-ma-mà  (  ?  ) 

sar  er  zi-du-na      [26]   lu   gir-ya   li-it-ta-&i      [27 

àâr  a-na  nït-su     [28]  û  li-ip-ki-id     [29]  a-na  lû-pa-ka(?)-l^u 

U     [3o]  li-id-din  er  u-zu-ki     [3i]  a-na  a-mel^  mi-ye-ma 


25]  il-gi 
pa-ni-ki 


[32] 

[34^ 
[36 

[39] 


ha-zu-ra 


a-na  nït-su  a-na  la-ki     [33]   is-mei  a-na  in  ti4b-ha 
a-na  ti-it-ti  e-nu-ma       [35]    i-bu-ui   nu-kor-tnm 

la-a  it-te-ir     [37]  ma-mi-ta     [38]  ya-nu ib-na 

ia  ià-ha-ta  mat  iâr     [4o]  sâr  er  zî-du-nu    [ài]  iarer 


Sar  le  bord. 

[ds]  î-te-zi-ib  er-su  û  it-ta-za [43]  it-ti  lû-sa-gaz  U- 

ï-te     [44]  sar  a-na  lu-gïr  ni-kab-ti-i^u-nu . . .  û     [45]  i-bo- 


1 


CORRESPONDANCE  D*AMÉNOPHIS.  5J3 

us  mat  sâr  a-na  lu  sa-gaz    [46]  li-is-sir(?)  sàr  lû-pa-kâ(?)-sa 
sa  i-na     [47]  mat  ki-na  [-ah-hi  ] 


TRADUCTION. 

Recto,  verso  et  bord. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  [mon]  soleil,  [il  est  dit] 
ceci  :  Moi,  Abisar,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  sept 
fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur. 

Le  roi ,  mon  seigneur,  m'a  envoyé  Tordre  de  lui  expédier 
les  troupes  qui  étaient  avec  moi;  j'ai  donné  au  roi,  mou 
seigneur,  Metakilis(P)  ;  que  le  roi  tourne  sa  face  vers  son  ser- 
viteur et  qu'il  lui  donne  la  ville  de  Uzu et  qu'il 

lui  donne  aussi  tout  ce  qui  lui  est  nécessaire (P).  Que  le  roi, 
mon  seigneur,  donne  un  là-gïr  pour  garder  sa  ville ,  afin  que 
je  me  rende  près  du  roi,  mon  seigneur,  et  que  je  voie  sa  face. 
Avant  que  le  roi ,  mon  seigneur,  m'eût  nonmié  gouverneur  de 
sa  ville,  j'ai  envoyé  dire  au  roi,  mon  seigneur,  que  depuis 
quelques  jours  (?)  le  roi  de  la  ville  de  Sidon  s'était  emparé  de 
mon  làgir.  Que  le  roi  soit  bienveillant  pour  son  serviteur, 
et  qu'il  le  nomme  (?)  son  lû-pa'ka[}).  Et  qu'il  donne  la  ville 
de  Uzu  à  son  serviteur,  afin  qu'il  y  prenne  de  l'eau,  du  bois, 
de  la  paille  pour  l'argile.  Car  le  sort  ne  peut  pas  changer  le 

malfaiteur  (?)  sinon  (?) le  pays  du  roi  qu'a  dévasté  le 

roi  de  la  ville  de  Sidon.  Le  roi  de  la  ville  de  Hazura  ^  a  aban- 
donné sa  ville  et  s'est  rallié  aux  brigands. 

Que  le  roi  sache  que  leur  là-g'ir  auxiliaire  (?)  a  remis  le 
pays  du  roi  aux  brigands  ;  que  le  roi  envoie  son  lû-g'ir  qui  est 
dans  le  pays  de  Ki-(nah-hi). 


Hazura  est  la  même  ville  que  I^SH  (Juges,  iv,  a). 


514  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

100 

PREMIÈRE  LETTRE  DE  SuilARDATA  AU  ROT. 

Recto. 

[i]  a-na  sâr  en-y  a  [2]  an-mes  {?)-ya  an-par-ya  [3]  ki-bï- 
ma  [4]  um-[ma  J]  sn-mâ-ar-da-ta  [5]  nït...?  ka  ip- 
ri  sa  gïr-mes-ka  [6]  a-na  [gïr]-meS  sar  en-ya  [7]  an- 
mes-ya    an-par-ya      [8]    vii-su   vu    ta-a-an  am-ku-ut 

[9]    sar li-ï-us-si-ir-ni     [10]   a-na  ib-bu-us  nu-kur-te 

[11]  i-na  er  ki-ei-te  [12]  ib-bu-us-ti  nu-kur-ta  [i3]  âal- 
ma-at  a-na  ya-ti-ya  [i4]  âu-te-ra-at  er-ki-ya  [i5]  a-na 
ya-tî-ya     [16]   muh  ma-an-ni     [17]   ii-tab-bar  f  nït  hi-ba 

Verso. 

18]  a-na  lû-mes  er  ki-el-te     [19]  3{?)-qa-mi  kû-par-mes  ù 

20]    ku-ni   a-na  ar-ki-ya      [21]    û  ï-di   ââr   be-li 

22]  i-nu-ma  el-te-ki  [28]  er-ki-ya  J  nït-hi-ba  [24]  iâ-tu 
qa-ti-ya  sa-ta  [26]  ï-is-ta-da  sâr  be-li  [26]  sum-ma  el-ti- 
ki  lu  [27]  û  sum-ma  J  en  gud{?)  [28]  ù  âum-ma  ïb  ià- 
tu  [29]  mu-hi-su  ù  ki-it-tu-su  [3o]  sa-ta  J  la-ab-a-pi 
[3i]  ba-be  sa  ï-el-te-ku     [32]  iâ.  . .  zun  nu  û     [33]  a-nu- 

ma  J  la-ab-a-pi     [34]    f  nït-hi-ba  ù     [35]   ...  pi  J 

er-te. . .    er  hal-zun-nu      [36]    ï-di  sâr  a-na  nït-su 


Sur  le  bord. 

[37]  li(?)-ip-pi-an-ni  ii  la-a  iz(?)     [38]  ib-bu-su  mi-im-ma 
a-ki     [39]  ï-su-tu-ru(?)  sâr  a-na  nït-su 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  515 

TRADUCTION. 

Recto  et  verso. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil,  il  est  dit 
ceci  :  Moi,  Sumardata,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds, 
je  me  jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  de  mon  seigneur, 
mon  dieu,  mon  soleil. 

Si  le  roi  m'avait  envoyé  pour  combattre(?)  dans  la  ville  de 
Kielte ,  le  combat  serait  terminé  (?)  par  moi  et  mes  villes  au- 
raient continué  à  être  gouvernées  (?)  par  moi.  Pourquoi  (?) 
Arad-Hiba  a-t-il  envoyé  vers  les  habitants  de  Kielte  ses  gens 
qui  ont  pris  l'argent  et  m'ont  poursuivi (?).  Que  le  roi,  mon 
seigneur,  sache  que  Arad-Hiba  m'a  enlevé  mes  villes. 

Maintenant,  que  le  roi  voie  s'il  peut  obtenir  de  lui  et  de  ses 
fidèles  un  seul  homme  ou  un  seul  bœuf  ou  un  seul  chevsJ, 

Labapi  qui  a  pris est  mort et  nos 

Voici ,  Labapi Arad-Hiba  et nos 

villes 

Que  le  roi  connaisse  son  serviteur. 


Sar  le  bord. 

ce ne y. .  11  a  fait  tput  ce 

que le  roi  a  écrit  (?)  à  son  s(ei*vitèur.  ""  ^ 


101 

DEUXIÈME  LETTRE  DE  SUMARDATA  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sâr-ri  en-ya 


516  NOVEMBREDÉGEMBRE   1891. 

[a]  an-mes-nu-ya  u  an-sab-ya  [3]  mn-ma  J  su-ma-ar-^la-ta 
mt-ka  [à]  a-na  gir-mes  ]  sar-ri  en-ya  am-hit  [5]  vu  û 
VII  mi-la-an-na  [6]  ma-ak-ta-ti  a-na  gir-mes  sar-ri  en-ya 
[7]  ù. . .  ab. . .  y  sâr-ri  en-ya  [8]  a-na  ya-si  ur-ru-ba(?).. 
...  [9]  du-gu-la-ni  ki  |  &âr-ri  en-ya  [10]  mi-ya-mi  ï- 
ma-gi-ir  [11]  ur-ru-ba  it-ti  J  sar-ri  en-ya  [la]  li-ki-ma  kû- 
mes  û  kû-meâ  ak(?)  [i3]  \  iar-ii  en-ya  a-nu-ma  f  ya-an- 
ha-mu  [i4]  it-ka  û  ki-bi-it-ti-in  [i5]  sum-ma  mi-la-an 
ma-az  ya-nu     [16]  sab-mes  qas-ta-ti  i-ik-ki-mi-ni 


Verso. 

[17]  Sâr-ri  en-ya  [18]  i-il-ma-ad  ]  iâr-ri  en-ya  [19]  ki- 
ma  XXX  er  an-mes  ib-bu-us    [20]  kur-nn ^  a-na  ya-âi    [21]  a- 

na-ku  y  en   i-ba-sa-ti      [as]    da-ba-at  knr-nu^  mub 

[a3]  nn(?)-di-ni  J  sar-ri  en-ya  [24]  is-tu  qa-ti-su  ï-us-si-ra 
I  sâr-ri  en-ya  [2 5]  sab-mes  qas-ta-ti  i-ik-ki-ni  [a 6]  iâr- 
ri  en-ya  a-nu-ma       [a7]    ]  ya-an-ha-mu  ù  ra-ga-ab 

28]    y  sâr-ri  en-ya  ï-ik [29]    sâr-ri   en-ya  it-ti-Su 

'3o]  da-na-at-mi   kur-nu^       [3i]    muh    |    su-mâ-ar-da-ta 

32]  û  ya-nu 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur. 


mon  dieu,  ma  lumière,  [il  est  dit]  ceci  : 

Moi,  àumardata,  ton  serviteur,  aux  pieds  du  roi, mon  sei- 


^  Kur-nu  intervernon  de  na-Âmr. 


CORRESPONDANCE  D*AMENOPHIS.  517 

gnenr,  je  me  jette  en  faisant  sept  et  sept  fois  des  prosterna- 
tions à  ses  pieds. 

Le  roi,  mon  seigneur à  moi. Aie 

confiance  en  moi  conmie  (il  convient?),  au  roi,  mon  sei- 
gneur; qui  est  assez  heureux  (?)  de  venir  près  du  roi,  mon 
seigneur  ;  prends  l'argent  et  Targent ,  ô  roi ,  mon  sei- 
gneur. Voici  que  Yanhamu  est  prêt(?),  selon  (?)  sa  parole. 
S'il  n'y  a  pas  un  nombre  d'archers  suffisant ,  c'est  que  le  roi , 
mon  seigneur,  nous  les  a  pris. 


Verso. 

Le  roi ,  mon  seigneur,  appremie  que  3o  villes  se  sont  ré- 
voltées contre  moi.  Je  suis  seul  au  milieu  des  révoltés  ;  que 
le  roi,  mon  seigneur,  me  sauve  (?)  de  leur  main  et  qu'il 
envoie  des  archers  pour  me  secourir  (?).  Voici  que  Yanhamu 

est  monté roi ,  mon  seigneur roi ,  mon 

seigneur,  est  avec  lui  et  les  forces  des  ennemis  sont  contre 
Sumardata.  Rien  autre  chose  (?). 


102 

PREMIERE   LETTRE   D'ARAD-HIBA    DE    JERUSALEM  AU    ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sar  en-ya  ki-bi-ma  [a]  um-ma  ]  nit-hi-ba  nit-ka- 
ma  [3]  a-na  ii  gir-mes  en-ya  sâr-ri  [4]  vu  ta-a-an  ii  vu 
ta-a-an  am-kut-mi  [5]  ma-an-na  ip-sa-ti  a-na  sâr  en-ya 
[6]  i-ka-lu  ka-ar-si-mâ(?)  ù  u-sa-a-ru  [7]  i-na  pa-ni  ààr  en-ri 
|nït-hï-ba  [8]  pa-da-ar-mi  a-na  sar-ri  en-su  [9]  a-mur  a- 
na-ku  la-a  lu  a-bi-ya  [10]  û  la-a  lu  u-mi-ya  ù-sa-qu-na-ni 
[11]  i-na  ai-ri  an-ni-e  [la]  is-ru-bu  sâr-ri  ag-ga  [i3]  u- 
se-ri-ba-an-ni  a-na  bit  iû  a-bi-ya     [i4]  am-mi-nim-mi  a-na  e- 


518  NOVEMBRE-DECEMBRE   1891. 

bu-us  [i5]  ù  ar-na  a-na  sâr  en-ri  [16]  a-dî  sâr  en-ya  ti-la 
[17]  a-qa-bi  a-na  lu  pa-kà(?)  sàr  en-[ya]  [18]  am-mi-nim-mi 
ta-ra-ya-mii  [19]  lu  ha-bi-ri  ù  lû-mes  ba-zî. . .  ?  [20]  ta-za-ya- 
ru  û  ki-na-an-na  [21]  u-sa-â(?)-ru  î-na  pa-ni  sâr  en-ya 
[22]  e-nu-ma  à-ka-bi  ha-al-ka-at-mi  [28]  mat-zun  sâr  en-ya 
kî-na-an-na  [24]  u-sa-â(?)-ru  a-na  sâr  en-ya  [a 5]  û  li-te- 
ini  y  sàr  en-ya  [26]  e-nu-ma  sa-ka-an  sàr  en-ya  [27]  lû- 
mes   ma-zar-ta    la-qi(?)-mi       [28]     e-en-ha-mu 

[29]    XXX      [3o]    a [3i]     

mat qa(?)-ri 


Verso, 

[82]  sàr  en-ri [33]  mi  lû-mes  ma- 
zar-ta      [34]    qi  en  sàr  a-na  mat-su     [35] 

a-na  mat-su  pa-da-ra-at  [36]  er  zun  sâr  en  gab-ki  J  i-li- 
mil-ku  [37]  i-bal-ii-ik  gab-bi  mat  sàr-ri  [38]  ù  li-is  hur 
sàr  en  a-na  mat-su  [89]  a-na-ku  a-qa-bi  e-ru-ub-mi 
[4o]  it-ti  sàr-ri  en-ya  ù  J  la-mur-mi  [4i]  a-lim-mes  sâr 
en-ya  û  nu-kur-tam-mes  [42]  ag-ga  a-na  mu-hi-ya  ù  la-a 
la-.-e  [43]  e-ra(?)-ba  is-tu  sàr  en-ya  [44]  û  li-it-ru-us 
i-na  pa-ni  sâr(?)      [45]   lu-ma-se-ra  lû-mes    ma-zar-ta 

[46]    û    li-lu-ub    û  la-mu-ur  a [47]    sâr  en-ya  û 

e-nu-ma  sàr   en....c       [48]    ti-la   e-nu-ma    it-ta-zu-u   lu 

}a [49]     a-qa-bi    bal-qa-at-mi    mat-zun    sâr 

5o]  la  ta-sa-mi-u  a-na  ya-a-si  [5i]  bal-qu-mi  gab-b- 
û-mes  ba-zi-a-nu-ti  [  52  ]  ya-a-nu-mi  lu  ha-zi-a-nu  a-na  sâr 
en  [53]  li-din  sar  pa-ni-su  a-na  lû-mes  (-su)  [54]  û 
lu  te-mi  lû-mes  sab  mà-da-li  mà-da-ti  [55]  sâr  en-ya  yà- 
a-nu-mi  mat-mes  a-na  sàr  [56]  lû-mes  ba-bi-ru  ha-bat 
gab-bi  mat-zun  sàr  [57]  sum-ma  i-ba-as-si  lû-sab-mes  mà- 
da-ti  [58]  i-na  mu  an-ni-ti  i-ba-as-si  mat-zun  [59]  àâr 
en  û  sum-ma  ya-a-nu-mi  lu -sab  mà-da-ti  [60]  hal-qa-at 
mat-zun  sàr  en-ya     [61]    sar  sàr  en-ya  û. .  .  J  nït-hï- 


CORRESPONDANCE  D*AMÉNOPHIS.  519 

ba    [  62  ]    ra ri-ib  a-mâ-tam-mes     [ 63 ]  ba  ( ?)-na- 

ta  a-na  sâr  en-ya  lial-qa-at     [64]    nu-kur  mat-zun  sâr 

en-ya 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi ,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  : 

Moi ,  Arad-Hiba ,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  et  sept 
fois  aux  pieds  du  roi. 

Qui  a  donc  incriminé  mes  actions ,  en  me  calomniant  gra- 
vement ^  près  du  roi ,  mon  seigneur,  et  en  disant  :  «  Arad- 
Hiba  a  trahi  son  seigneur  ?  » 

Regarde  :  ce  ne  sont  ni  les  gens  de  mon  père  ni  ceux  de 
ma  mère  qui  m'ont  procuré'  cette  place,  c'est  le  bras^  du  roi 
puissant  qui  m'a  fait  entrer  dans  la  maison  de  mon  père. 
Pourquoi  me  rendrais-je  coupable  d'infidélité  et  de  défection 
envers  le  roi,  mon  seigneur,  aussi  longtemps  que  le  roi, 
mon  seigneur,  est  vivant? 

J'ai  dit  au  In-pa-kâ  du  roi,  mon  seigneur  :  0  Pourquoi  te 
montres-tu  favorable  aux  hommes  Habiri  et  hostile  aux 
hommes  de  garde  ?  » 

C'est  pourquoi  il  a  intrigué  auprès  du  roi,  mon  seigneur. 
Lorsque  je  lui  dis  :  «Le  pays  du  roi,  mon  seigneur,  est 
perdu»,  aussitôt  il  intrigue  auprès  du  roi,  mbn  seigneur. 

Que  le  roi,  mon  seigneur,  sache  que  lorsqu'il  met  des 
hommes  de  garde 3o pays  de 


*  uiaam,  racine  *1X^  i}^)  ou  ")y^ ,  ")yD  «être  violemment  agité». 

*  Littéralement  :  «m*ont  élevé  dans  cette  place». 

'  (im6it(?),  dans  les  autres  lettres  2ara'a=héb.:  $1T  «bras». 


520  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 


Verso. 

le  roi ,  mon  seigneur les  gardiens. 

Que  le  roi  ait  soin  de  son  pays,  pays  du  roi  gaerrier. 

Himilku  a  ruiné  le  pays  du  roi;  que  le  roi  redevienne 
favorable  à  son  pays. 

Moi  je  me  suis  dit  :  Je  me  rendrai  auprès  du  roi,  et  je 
verrai  les  villes  du  roi,  mon  seigneur,  mais  j*ai  un  ennemi 
fort  contre  moi  et  je  ne  peux  pas  arriver  auprès  du  roi,  mon 
seigneur. 

Qu  il  plaise  au  roi,  mon  seigneur,  d'expédier  des  hommes 
de  garde ,  pour  que  je  puisse  aller  et  voir  la  face  du  roi,  mon 
seigneur. 

Et  aussi  longtemps  que  le  roi,  mon  seigneur,  vivra  et  qne 

ses sortiront ,  je  dirai  :  Les  pays  du  roi  sont  ruinés, 

encore  que  tu  ne  m'écouterais  pas.  Tous  les  hommes  de 
garde  ont  péri;  le  roi  n'a  plus  de  gardes. 

Que  le  roi  accorde  son  attention  à  ses  hommes,  qu'il  com- 
mande une  très  nombreuse  armée.  Le  roi,  mon  seigneur,  n  a- 
t-il  pas  beaucoup  de  pays  ?  Les  Habiri  dévastent  tous  les  pays 
du  roi  ;  si  l'on  envoie  contre  eux  des  troupes  nombreuses ,  cette 
année  même,  le  roi  reprendra  ses  pays;  mais  s'il  n'y  a  pas 

de  troupes  nombreuses ,  le  pays  du  roi  est  perdu 

le  roi,  mon  seigneur roi,  mon  seigneur*  et.  «  •  •  • . 

, . .  Arad-Hiba porte  des  paroles  âoqnentes(?) 

au  roi;  mon  seigneur,  perdus les  ennemis  des  pays 

du  roi,  mon  seigneur. 


103 

DEUXIEME   LETfRE    D'ARAD-HIBA   DE   JERUSALEM    AU   ROI, 

Recto. 
[i]    ri  en-ya. , . . .      [a]    nït-hi-ba  nït 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  5âl 

3]   en-ya  vu [4]    ri  a-mâ-tam 

5] ba-ni  a-na [6]    ib-sa  u  sa-e 

7]  ba-ni{?)  u-dag-ga  ù     [8]    a-mâ [11]  a-na 

ki  u-se-ru-bu  li-te [12]  gab-bi  mat-zun  sa(?)-li- 

mua-naya-a-iinu-k«r-tam  [i3]  ii  li-is-hnr  iâr-ri  a-na  mat- 
SU     [là]    a-mur  mat-[er]-gaz-ri-ki  mat-er  as-qa-iu-na-ki 

[i5]  ûer ki  i-din-nu  a-na  sa-su-nu     [16]  gàr-zun  ni- 

zan  û  mi-im-ma  u  ma-'-zi-ra-mu  [17]  li-is-hur  sâr-ri  a-na 
sab-me§  mâ-da-ti-sam(?}  [18]  lu-ma-se-ra  sab-mes  ma-da-ti 
a-na  lû-mes  [19]  ^  ib-bu-su  ar-na  a-na  sàr-ri  en-ya 
[ ao]  ium-ma  i-ba-as-si  i-na  mu  an-ni-ti    [21]  sab-mes  mâ-da- 

tum  i-ba-as-si  mat-zun [22]    lû-ba-zi-a-nu  a-na 

àar-ri  en-ya     [a3]    sum-ma  ya-nu  sab-mes  mâ-da-tum 

ya-a-nu-mi     [  24  ]    û  lû-meli  ha-zi-a-nu-ti  a-na  àâr 

[26]   mur  mat-er  u-ru-sa-lim  an-ni(P)-ta [26]  .  • 

. . .  la-a  lu  ad-da-a-ni  la-a  um-mi-i [27]  na-ad-na- 

a-ni  ù  iu  ù  zu-ru-*-u     [28]    na-ad-na-a-ni  a-na  ya-a-^i 

[29]    mur  ib-sa  an-ni-u  ip-si  ]  mil-ki-an     [3o]  û  ip-si 

tur-mes  la-ab-a-pi  [3i]  sa  na-ad-nu  mat-sar  ri  lû-mes  ha-bi- 
ri  [32]  a-mur  sar  en-ya  za-du-uk  a-na  ya-a-si  [33]  as- 
sum  lû-mes  ka-si-mâ(?)  li-ià-sd-mi  [34]  sâr-ri  lû-pa-kâ(P)- 
mes  e-nu-ma  ag-ga  bit{?)  nia-gal  [35]  û  u-ba'-u  ar-na  kab- 
ta  gai     [36]  [il-]qa-bu  u-nu-tam-su-nu  ûbe...      [37]    ... 

be  u-ri-e  u  ga-ag. . . . .      [38]  u-ma-se-ru  i-na  mat 

[39]    mes-ti-ka(?)  lu  it-ti [4o]    nït- 

mes  li-qa-bi (?) 


Verso. 

[4i]  a-na  ^-su-nu  ù  ta-za-qa [42]  mat-zun  i-na  qa-ti 

su  (  ?) ?    [43 ]  li-iâ-ai-mi  sâr-ri  a-na  sa-su  ?    [44  ]  ma-ad 

gàr-zun  ma-ad  ni-zun  ma-ad  ku [45]  a-di  e-be-ii  f 

pa-u-ru  iû-pa-kâ(P)  sar-ri    [46]  a-na  mat-er  u-ru-sa-lim-ki  pa- 

da-ri     [47]   da-pi  a-di  lû-mes  ma-zar-ti  lu  u  e(?) 

[48]    tum  sâr-ri  li-te-mi  sâr-ri     [49]    bi  a-na 


522  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1801. 

ya-a-si  J   a-da-pi     [5o]    pa-ad-ra-an-ni  la  te-zi-îb-ii 

5 1  ]    an-ni-ta  ma-se-ra-an-ni  lu  ma-zar-ta    [  5a  ]  [lû-pa- 

câ  (  P  )  sâr-ri  mu-sc-ra  ù  an-ni-ka  [  53  ]  ...  mu-âe-ir-ti  a-na  &ar-ri 
en     [5d]  lû-mes  a-si-ru  za(P)-lî-im.  . .      [55]    ...  lû-mes 

u-bi-li-mi zun  sâr ( P)      [56]    la-ki-hu  i-na ù 

sa-te-e  [57]  er  ya-lu-na-ki  li-te-mi  sâr-ri  en-ya  [58]  la-a 
a-la-*-e  ù  mu-se-ra  kas  [59]  a-na  sâr-ri  en-ya  as-sum  ia-ma- 
te-ka  [60]  a-mur  sar-ri  âa-ka-an  inu-su  [61]  i-na  mat 
u-ru-sa-lim-ki  a-na  da-ri-iâ  [6a]  û  la-a  i-li-*-e  e-za-bi  ia 
[63]  mat-zun  er  u-ru-sa-lim-ki 


6^]  a-na  tup-sar  sâr-ri  en-ya     [65]  ki-bi-ma  um-ma  T  nït- 
li-ba  nit-ka-ma     [  66  ]  a-na  gir-mes  am-kut-mi  nït-ka  a-nu-ki 


[67 


se-ri-ib  a-mâ-tam-mes  ba-na-ta     [68]  a-na  sar-ri  en-ya 


69]  lu  U sâr-ri  a-nu-ki     [70]  ma-at-tl  a-na  ka-tû(?) 


[71]  il  ti-ip-pa-sa  ip-sa  la-am-na      [7a]   a-na  moh-bi  lû- 
mes mat  ka-si      [73]    ba-na   la-a  gaz   11  te 

[74]    su  lû-mes  mat  ka-si  (?) ?     [75]    lib-bi 

bit-ya  û  li [76]  sâr-ra  a-na  sa-su[-nu]     [77]    ... 

. .  ta-a-an  û  vu  ta-a-an [78] en-ya  a-na 

ya[-si]. 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil,  il  est  dit 
ceci  : 

Moi ,  Arad-Hiba ,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  sept  fois 
aux  pieds  de  mon  seigneur. 

Le  roi  m'a  envoyé  dire qui  a et 

parole à il  a  fait  entrer. 


CORRESPONDANCE  D^AMENOPHIS.     523 

Que  le  roi  sache  que  tout  le  pays  est  [ravagé]  et  que  je 
suis  très  serré  par  l'enneiiii.  Puisse  le  roi  avoir  plus  de  soin 
de  son  pays! 

Regarde  les  pays  de  la  ville  de  Gazri  \  de  la  ville  d'Asqa-^ 

luna  et  de  la  ville leur  ont  donné  des  vivres ,  de 

l'huile  et  tout  ce  dont  ils  avaient  besoin  (?) 

Que  le  roi  dirige  vers  ce  pays  beaucoup  de  troupes  et  qu'il 
les  envoie  contre  ceux  qui  se  sont  rendus  coupables  de  rébel- 
lion envers  le  roi,  mon  seigneur. 

Si,  au  cours  de  cette  année,  de  nombreuses  troupes  sont 
envoyées,  ces  pays  seront  [sauvés]  et  leurs  gardiens  seront 
fidèles  au  roi.  Si,  au  contraire,  le  roi  n'envoie  pas  de  nom- 
breuses troupes,  le  roi  n'aura  plus  d'hommes  de  garde. 

Regarde,  ce  ne  sont  ni  les  gens  de  mon  père  ni  ceux  de 
ma  mère  qui  m'ont  donné  cette  ville  de  Jérussdem ,  c'est  ton 
bras  [roi  puissant],  qui  me  l'a  donnée. 

Vois  ce  qu'ont  fait  Milkilim  et  les  fils  de  Labapi  qui  ont 
livré  le  pays  du  roi  aux  hommes  Habiri. 

Regarde  moi ,  roi ,  mon  seigneur,  avec  justice.  Interroge  les 
îu-pa-kà(?)  au  sujet  des  hommes  de  Kasi(?)  (et  tu  sauras) 
qu'ils  ont  forcé  (?)  les  maisons  et  qu'ils  ont  commis  de 
grands  et  graves  crimes  ;  ils  ont  enlevé  leurs  meubles  et. .  . 

;  ils  ont  envoyé  dans  le  pays des 

....  avec serviteur;  que  (le  roi)  dise 


Verso. 

à  eux,  qu'ils les  pays  dans  leurs  (?)  mains  et 

que  le  roi  les  interroge;  [il  a?]  beaucoup  de  blé, 

beaucoup  d'huile  et  beaucoup  de  vêtements jusqu'à  ce 

que Pauru,  le  lu-pa-kà{^)  du  roi,  au  pays  de  la  ville 

*  Gazri,  en  hébreu  *^T3;  cette  ville  resta  en  la  possession  des  Chananéens 
Jusqu'au  règne  de  Salomon  ;  c'est  alors  que  le  roi  d'Egypte  la  prit  et  la  donna 
en  dot  à  sa  fille  qui  épousa  le  roi  juif  (I,  Rois,  ix,  16). 


524  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

de  Jérusalem;  la  traliison  de(P] ainsi  que  des  gar- 
diens ,  hommes  de Que  le  roi ,  mon  seigneur, 

veuille  bien  m*écouter.  Adapi  m*a  trahi  (?);  ne  les  abandonne 

pas dirige  vers  moi  des  hommes  de  garde  ;  le  là-- 

pa-kà(7)  du  roi  a  expédié expédition  (?)  vers  le 

roi ,  mon  seigneur il  a  amené  des  hommes  du 

roi la  ville  de  Ayalon  ^  Que  le  roi,  mon  sei- 
gneur, sache;  je  ne  peux  pas  arriver  auprès  du  roi,  mon 
seigneur,  pour  te  renseigner;  regarde,  je  suis  au  service  du 
roi  à  Jérusalem  pour  toujours  et  je  ne  consentirai  jamais  à 
quitter  la  ville  de  Jérusalem. 


Au  scribe  du  roi,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  :  Moi, 
Arad-Hiba,  ton  serviteur,  je  me  jette  aux  pieds  de  mon  sei- 
gneur. Je  suis  ton  serviteur.  Porte  des  paroles  favorables  (?) 
au  roi,  mon  seigneur.  Je  suis  le  serviteur  du  roi  et  aussi  le 
tien. 


Et  si  tu  veux  faire  du  mal  aux  honunes  du  pays  de  ELasi . . 

ne  tue  pas les  hommes  de  Kaii 

dans  ma  maison  ;  que  le  roi  les  interroge Sept 

et  sept  fois mon  seigneur  à  moi. 


104 

TROISIÈME  LETTRE  D'ARAD-HIBA  AU  ROL 

Recto. 

[i]  a-na  |  sâr-ri  en-ya  an-sab [2]  um-ma  J  mt-hi-ba 

nit-ka-ma     [3]   a-na  gir-mes  àâr  en-ya  vu  ta-a-an     [4]  ù 

^  Ce  nom,  écrit  ici  laluna,  est  visiblement  identique  à  la  fcurme  vsndle 
Ayaluna  =  |^?^^j^l  ville  mentionnée  dans  le  célèbre  chant  de  victoire  at- 
tribue ù  Josué  (Josaé,  x,  12). 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.     525 

VII  ta-a-an  am-kut-mi  [5]  a-mur  sâr-ri  en-ya  sa-ka-an 
[6]  mu-su  a-na  mu-si  an-sab-si  [7]  û  ir-bi  an-sab-si  ha-an- 
pa  [8]  sa  ih-nu-bu  a-na  mu-hi-ya  [9]  a-mur  a-na-ku  la-a 
lu  ha-zi-a-nu  [10]  lu  u-e-u  ana  sâr-ri  en-ya  [11]  a-mur 
a-na-ku  lu  ru-hi  sâr-ri  [12]  ù  u(?)-bi-il  tik-un  sâr-ri  a-na- 
ku    [i3]  ya-a-nu-mi  lû-mes  ad-da-a-ni  ya-a-nu-mi    [là]  sal- 

um-mi-ya  zu-ru-'  sâr-ri  ag-ga      [i5]     sa-ak-na i-na 

bit  lu  ad [17]    sa-ad  a-na  mu-hi-ya  xiii..... . 

[18] na-ad-na-ti  x  lu  nît-mes [19]    su- 

u-ta  lii-pa-kâ  sâr-ri  ka [20]  na  mu-lii-ya  xxi  { ?)- 

sal  az(?)  sal-mes     [21]    xx(?)  lû-mes  a-si-ri  na-ad-na-ti 

22]    naqa-ti  |  su-u-ta  gàr-ba  sâr  en-ya     [28]    

i(?)-im-li-ik-mi  sâr-ri  a-na  mat-su  [2^]  hal-qa-at  mat  sâr-ri 
gab-ba-sa    [26]  za-ba-ta-ni  nu-kur-tam  a-na  ya-a-si    [26]  a- 

di  mat-zun  se-e-ri-ki  a-di  er  gu-ti-ki-ir-mi-il [27]  âal- 

mu  a-na  gab-bi  lû-mes  ha-zi-a-nu-ti  [28]  û  nu-kur-tam  a- 
na  ya-a-si  [29]  pa-a-da-ti  e-nu-ma  lu  a-mi-ri  [3o]  û  la-a 
a-mar  a-lim  (  ?  )-mes  sâr     [  3 1  ]  en-ya  ki-i  nu-kur-tam 


Verso. 

32]  a-na  muh-hi-ya  sa-ak-na-ti      [33]  e-nu-ma  is-mà  i-na 

ib-bi  a-ab-ba      [34]    su  zu-ru-'  sâr  ag-ga      [35]   ti-li-ik-ki 

mat    na-'-ri-ma-ki     [36]  û    mat  ka-pa(?)-si-ki  û   i-na-an-na 

[37]     er    hal-zun    sâr-ri       [38]     ti-li-ki-u    lû-mes    ha-bi-ri 

[39]  ya-a-nu-mi  J  en  lu  ba-zi-a-nu     [4o]  a-na  sâr-ri  en-ya 

hal-qu  gab-bu    [4i]  a-mur  J  tu-ur-ba-zu  gaz(?) [^2]  i- 

na  dag  (  ?  )-gal  er  (  ?  )  zi-lu-u-ki  qa  (  ?  )-du    [4.3  ]  a-mur  |  zi-im- 

ri-da  er  la-ki-si-ki     [44]  ig-gi-u-su  nït-mes  ib-su  a-na 

[45]  ya-ap-ti-'-  an-im  gaz  te-ka     [46]    ...  ki-gal  er  zi-lu-u 

qa-al-bat(?)      [47]    be e   tar   en   al-su 

[48]    is-hur  sâr. ... .      [49]    din  sâr-ru  pa-ni-su 

me [5o]    sab-mes  mâ-da-ti  a-na  mat 

[5i]    sum-ma  ya-a-nu-mi  sab-mes  mâ-da-tum     [52]  i- 

na  mu  an-ni-ti  bal-qa-at  a-ba-da     [53]  ii(?)  gab-bi  mat-zun 

XVIII.  35 


laruMBBU  lATioaAU. 


526  NOVEMBRE-DECEMBRE  1801. 

sar-ri  en-ya  [54]  la-a  i-qa-bi-u  a-na  pa-ni  sar  en-ya  [55]  e- 
nu-ma  lïaJ-qa-at  mat  sàr  en-ya  [56]  ù  lial-qu  gab-bi  lû- 
mes ha-zi-a-nu-tî  [57J  sum-ma  ya-a-nu-mi  sab-meà  ma-da- 
tum  [58]  i-na  mu  an-ni-ti  lu-ma-sc-ir  [Sg]  sâr-ri  lû-pa- 
kà(?)  ù  li-il-ki-a-ni     [60]    a-na  ya-a-si  a-di  âiâ-mes  û  ba-be 

[61]    ...  mu-nu  it-ti  sàr-ri  en-tum(?)     [62]    tup-sâr 

sâr-ri  en-ya     [63]    nït  Li-ba  nit-ma  a-na  gïr 

[6d]    mi  se-rî-ib  a-ma-tu-mes      [65]    an-na-ti  a-na 

sàr  en 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur,  ma  lumière,  [il  est  dit]  ceci  : 
Moi,  Arad-lliba,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  et  sept 
fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur. 

Regarde  :  le  roi ,  mon  seigneur,  dont  la  gloire  brille  à  l'orient 
et  à  Toccident,  a  jeté  son  éclat  (?)  sur  moi.  Je  ne  suis  pas  un 

homme  de  garde  ;  mais  un  homme pour  le  roi , 

mon  seigneur.  Regarde  :  je  suis  un  sujet  du  roi  et  payeur 
de  tribut.  Ce  n'est  pas  mon  père,  ce  n*est  pas  ma  mère, 

c'est  le  bras  du  roi  puissant  qui  m'a  établi 

venu(P)  chez  moi  1 3 donné  et 

10  serviteurs Suta,  ton  Zu-pa-Arâ(P) 

moi,  21  femmcà  et  20  liommes  prisonniers  (?)  donnés  entre 

les  mains  de  Suta,  ton  gàr'ha[}).  Roi,  mon  seigneur 

a  ruiné  son  pays  ;  le  pays  du  roi  est 

perdu  tout  entier;  l'ennemi  m'a  tout  enlevé  jusqu'à  la  ville 
de  Séri  \  jusqu'à  la  vlQe  de  GutikirmiP;  ils  ont  achevé  tous 
les  hommes  de  garde  et  l'ennemi  contre  moi 

*  Sêri,  probablement  0^*1^1^ ,  ville  de  la  tribu  de  Juda  (Josué,  xv,  56). 
'  Gutikirmili ,   suivant  toutes  les  apparences  7D*13'"Pâ,  la  /D'13  ja- 
déenne  (Josuc,  xv,  55). 


CORRESPONDANCE  D'AMENOPHIS.  527 

Quand  même(?)  je  serais  un  courrier  (?)  je  ne  pourrais  pas 
voir  les  villes  (?)  du  roi ,  mon  seigneur,  car  l'ennemi 


Verso. 

me  serre  de  près  comme  lorsqu'un  vaisseau  se  trouve  au 
milieu  de  la  mer.  Le  bras  du  roi  puissant  pourrait  prendre 
le  pays  de  Na'rima  et  le  pays  de  Kapasi(?),  maintenant  les  Ha- 
biri  s'empareraient  des  villes  du  roi  I  11  n'y  reste  plus  un  seul 
homme  de  garde  au  roi,  mon  seigneur,  tous  ont  péri.  Re- 
garde, Turbazu  a  été  tué(?)  à  la  grande  porte  de  la  ville  de 

Zilu^ Regarde,  Zimrida  de  la  ville  de  Lakisi  * 

ses  serviteurs à Yapti'-Addi  * .  .....  la  ville 

de  Zilu il  lui  demandera .  (jue  le 

roi  tourne  sa  face et  qu'il  envoie  de  troupes 

nombreuses  au  pays s'il  n'envoie  pas  de  troupes 

nombreuses  dans  le  courant  de  cette  année,  les  pays  du  roi 
sont  perdus  à  tout  jamais  et  il  n'en  entendra  plus  parlent  La 
perte  de  ces  pays  entraînera  aussi  celle  de  toutes  les  garnisons 
qui  s'y  trouvent.  Si  le  roi  ne  peut  expédier  des  troupes  dans  le 
courant  de  cette  année,  qu'il  envoie  un  là-pa-kâC^.)  pour  nous 

emmener,  moi  et  mes  frère». ^t  je  mourrai  à  la  cour 

royîde. 

[Au]  scrii^e  du  roi,  mon  seigneur,  moi,  Arad-Hiba,  ton 
serviteur,  je  me  jette  à  tes  pieds.  Fais  parvenir  ces  paroles  au 
roi,  mon  seigneur. 


*  Zilu,  vraisemblablement  >*/?,  ville  benjamite,  près  de  Jérusalem 
(Josiié,  XVIII,  28). 

'  Lakisi,  ^"'D?,  forteresse  judéenne  prise  par  Sennachérib  (II,  Rois» 
XVIII,  là). 

'   Yapli-'Addi ^linTiri^"^   «Hadad  ouvre»;  comparez   7Î<~nrD'*  et 


T    :    • 


35. 


528  NOVEMBRE-DECEMBRE  1801. 

105 

QUATRIEME  LETTRE  D'ÂRAD-HIBÂ  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sar-ri  en-ya [2]  am-ma  J  nït  hi-ba  nit-ka.  • 

...      [3]  a-na  11  gïr-meà  en-ya [4]  vu  ta-a-an  ù 

vu  ta-a-an [5]  a-mur  J  mil-ki-lim  la-a  i-pa-ad 

[6]  is-tu  tur-mes  ia-ab-a-pi  û ?     [7]  tor-mei  ar-za-pi 

a-na  e-ri [8]  mat  sâr-ri  a-na  sa-sa-nu     [9]  iu-ha- 

zi-a-nu  sa  e-pa-as  ip-sa  an-ni-mâ  [10]  am-mi-nim  ^àr-rî  la-a 
sa-al-su  [11]  a-mm*  |  mil-ki-lim  û  |  ta-gi  [la]  ip-àu  ià. 
e-bu-su  an-ni-mâ     [  1 3  ]  e-nu-ma  ia-ki  si  er  (  P  )  ra-bu-te  (  ?)4d 

(La  partie  inférieure  est  fracturée.) 


Verso. 

[1]  u-ma  se [a]  ya-a-nu-mi  lû-me^  ma-xar-tom  iar- 

ri  [3]  ki-na-an-na  li-ib-lu-ut  sar-ri  [4]  lu-u  ir-bî-àu  J  bu-u-ru 
5]  pa-da-ar  i-na  ma-ah-ri-ya  [6]  i-na  er  ha-ia-ti  i-ba-a&-ii 
7]  û  li-iz-mad  sâr-ri  i-na  pa-ni-su     [8]  ma-iar-ta  a-na  na- 

za-ar  mat     [9]  gab-bi  mat  sâr-ri  pa-da [10)  mu-ie- 

ra  y  pi ( ?)-'-en-lia [11]  û  li-te-mat  sâr-ri [1  a  ]  i- 

na  lu  tup-sar  sâr  en(?)     [i3]   ma  J  nit-hi-ba nït 

[i4]  y  a-mâ-tam-mes  ba-[na-ta](?) 


Sar  le  bord, 
[i5]  ri-ma-at-ti  ma-gal  y  na  ka(?)-tam  nït-ka  a-na-ku 


CORRESPONDANCE  D'AMÉNOPHIS.  529 


TRADUCTION. 

Recto. 

Aa  roi ,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  : 

Moi,  Arad-Hiba,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  et  sept 
fois  aux  pieds  de  mon  seigneur. 

Regarde  :  Milkilim  ne  s*est  pas  séparé  des  fils  de  Labapi ,  et 

les  fils  d'Arzapi les  villes  du  roi ,  mon  seigneur,  pour 

eux. 

Pourquoi  n  a-t-il  pas  interrogé  le  chef  de  garnison  qui  a 

commis  ces  méfaits?  Regarde,  Milkilim ont  fait  cela, 

lorsqu'ils  ont  pris  la  ville  de  Rubute  '. 

(La  partie  inférieure  est  fracturée.) 


Verso. 

Est-ce  que  le  roi  n*a  pas  assez  d*hommes  pour 

les  garnisons  ?  Ainsi ,  vive  le  roi Buri  a 'commis 

la  traliison  devant  moi  et  il  me  reste  dans  la  ville  de  Hazati  *. 
Que  le  roi  envoie  des  garnisons  pour  garder  le  pays.  Tout 

le  pays  du  roi  est  sans  défense.  Envoie  Pi(?)-'-en-ha 

pour  reconnaître  le  pays  du  roi. 

Au  scribe  du  roi,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  :  Moi, 
Arad-Hiba,  ton  serviteur,  je  te  prie  de  porter  des  paroles 
favorables  (?). 


'  Rubute,  la  ville  jadëenne  nommée  Z^^l^H  (Josaé,  xt,  i8). 

*  Hazati,  plus  sooYent,  Haziti,  la  ville  de  Gaza,  HTS^,  en  Philistée, 


530 


NOVEMBRE-DECEMBRE  1801. 


Sur  le  bord. 
Au  roi.  Je  te  suis  bien  dévoué  (?)  ;  je  suis  ton  serviteur. 


106 

CINQUIÈME  LETTRE  D'ARAD  HIBA  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  sàr-ri  en-ya  [a]  ki-bi-ma  um-ma  [3]  ynithi-ba 
Dit-ka-ma  a-na  ii  gïr-mes  [4]  sâr  ri  en-ya  yu-ta-a-an  a  vn 
ta-a-an  am-kut     [5]    .....  âa  e-bu-sa-ni     [6]  J  mil-ki-lu  û  f 


su-ar-da-tum     [«7 
mes  er  ga-az-ri-ki 


a-na  mat  sâr-ri  en-ya  [8]  mii:hi-ni  çab- 
9]  sab-mes  er  gi-im-ti-ki  [10]  u  sab-mei 
er  ki-el-ti-ki  [11]  za-ab-tu  mat  er  ru-bu-te-ki  [1  a  ]  pa-da-ra- 
at  mat  sàr-ri  [i3]  a-na  lû-mes  ba-bi-ri  [i4.]  û  i-na-an-na 
ab-bu-na-ma 


Verso. 


su- 


[i5]  er  mat  u-ru-sa-lim-ki     [16]  er  bit(?)  an-nin-ib  »* 

mu-sa  (?)    [  1 7  ]  er  sâr-ri  pa-da-ra-at    [  1 8  ] sar  lû-mes  er 

ki-el-ti-ki  [19]  li-is-me  sâr-ri  a-na  |  nït-lii-ba  nït-ka  [ao]  li 
lu-ma-sir  sab-mes  mâ-da-ti  [ai]  ii  lu-ti-ra  mat  sâr-ri  a-na 
sâr-ri  [a a]  û  sum-ma  ya-a-nu  sab-mes mâ-da-tum  [a3]  pa- 
da-ra-at  mat  sâr-ri  a-na  lû-mes  [a4)  "^^  ha-bi-ri  [a 5]  ip- 
su-ti  an-ni-tâm     [26]  J  su-ar-da-tum  J  mil-ki [  ^  7  ]    • 


na 


[28] 


er. . 


Sur  le  bord. 


[29]  û  li-iz-ki [^o]  sâr-ri  a-na  mat.  .  . 


CORRESPONDANCE  D'AiMENOPHIS.  531 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi ,  mon  seigneur,  il  est  dit  ceci  : 

Moi,  Arad-Hiba,  ton  serviteur,  je  me  jette  sept  fois  et  sept 
fois  aux  pieds  du  roi ,  mon  seigneur. 

Apprends  ce  qu'ont  fait  Milkili  et  §uardatum  au  pays  du 
roi ,  mon  seigneur.  Les  troupes  de  la  ville  de  Gazri ,  celles  de 
la  ville  de  Gimti  ^  et  celles  de  la  ville  de  Kelté  *  ont  pris  la  ville 
de  Rubuté.  Le  pays  du  roi  est  mairntenant  ouvert  aux  hommes 
Habiri.  Et  maintenant,  de  plus. 


Verso. 

la  ville  du  pays ,  nommée  Jérusalem ,  ville  du  temple  de  Ninip , 
ville  royale,  est  prise  et  est  devenue  (?)  ]a  possession  (?)  des 
iiommes  de  Qelti.  Que  le  roi  écoute  Arad-Hiba,  son  ser- 
viteur, et  qu'il  expédie  des  troupes  nombreuses  et  qu'U  re- 
prenne le  pays  du  roi.  Et  s'il  n'y  a  pas  de  troupes  nombreuses , 
le  pays  du  roi  sera  pris  par  les  Habiri.  Ces  actes  ont  été 
commis  par  Suardatum  et  Milkilim. 


Sur  le  bord. 
Que  le  roi  se  souvienne  (?)  de  son  pays. 


'   Ginlif  D^  ville  philisléenne  (Josaé,  xi,  22). 

'  Kelté,  n7"'yp.  (?),  ville  juiéeonc  (Josué,  xv,  àh)» 


532 


NOVEMBRE-DÉGEMBRE   1891. 


.    iO? 
TROISIEME  LETTRE  DE  SUMARDATÂ  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  [a-na]  sâr  en-ya      [2]    ya  an-par-ya     [3]  [kî]- 

bï-ma  [4]  [••••!]  su-mâ-ar-da-ta  [5]  nit-ka  ip-ri  ia 
gïr-mes-ka  [6]  a-na  gir-mes  sâr-ri-ya  [7]  an-meâ-ya  an- 
par-ya  [8]  VII  su  VII  ta-a-an  am-ku-ut  [9]  E-di  ââr  bi-li 
i-nu-ma     [10]  [  pa-ad ]-ra-at  mat  sâr     [11]  [  en  ]-ya  i  (  ?  )  -  . . 

it-ri(?) ...      [12]    er-kiel-te [i3] mu- 

hi  lû-mes      [i4]     pi-rî-si      [i5]     bi 

[16]   lu [17]  [lù]-meS  ha-za-na-ti 


Verso. 

[18]  û  iu-u-ni-zi-ma     [19]  muh-^u-nu  u  lu     [ao]  ni-ii-bu- 
ur     [ai]  lû-mes  sa-ru-ta     [22]  is-tu mat  âàr-ri    [a3]  en-ya 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil,  il  est  dit 
ceci  :  Moi ,  àumardata ,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds , 
je  me  jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur^ 
mon  dieu ,  mon  soleil. 

Que  le  roi,  mon  seigneur,  sache  que  son  pays  est  sans  dé- 
fense   la  ville  de  Kelté contre  les  hommes . . 

les  gardiens 


CORRESPONDANCE  D  AMENOPHIS.  533 


Verso. 

Sortons  donc  contre  eux  et  chassons  les  rebelles  du  pays 
du  roi ,  mon  seigneur. 


108 

PREMIERE  LETTRE  DE  MILKILI  AU  ROI. 

Recto. 


[2]  [an]-par-ya  ki-bï^na 
4]   ip-ri   sa  gïr-mes-ka 


I]  [a-na]  sâr[-ri]  en-ya  an 

3]  [um]-ma  |  miJ-ki-li  mt-ka 
5]  a-na  gïr-mes  sâr  en-ya  [6]  an-mes-ya  an-par-ya 
7]  VII  su  VII  ta-a-an  am-ku-ut  [8]  li-di  [sar  be-]li  i-nu-ma 
9]    mim-ma sâr   en-ya       [10]    sa.    ...    i 

II]  mas(?) a la(?) 


Verso. 

a]     su  y  ha-mu [M  ^^  ^^ ^^ 

c]    û  V  lû-mes  tur [d]   û  v  iû-mes  a-si-ru  «^^  ma 

[e]    a-na  sâr  en-ya 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil,  il  est  dit 
ceci  :  Moi ,  Milkili ,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds ,  je  me 
jette  sept'  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi ,  mon  seigneur,  mon 
dieu,  mon  soleil. 


534  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1891. 

Que  le  roi,  mon  seigneur,  sache  que  tout  ce  que, 
le  roi,  mon  seigneur 


Verso. 

I  lamu six  femmes et  cinq 

hommes et  cinq  hommes,  je  les  dirige  vers  le  roi, 

mon  seigneur. 


109 

DEUXIEME  LETTRE  DE  MILKILI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  §âr  en-ya  [a]  [an]-mes-ya  an-par-ya  [3]  ki-bi- 
ma  [4]  um-ma  y  mil-ki-li  nït-ka-ma  [5]  ip-ri  ^  gïr-ine&- 
ka  [6]  a-na  gïr-mes  sar  en-ya  [7]  an-mes-ya  an-par-ya 
8]  VII  su  VII  ta-a-an  am-ku-ut  [9]  a-ma-at  ul-te-bi-la 
10]  sâr  en-ya  an-mes-ya  [11]  an-par-ya  a-na  ya-Si 
[12]  a-nu-um-ma  i-su-si-ru-su  [i3]  a-na  sar  en-ya 
[i/i]  an-par  is-tu  an-sa-me 


Verso. 

[i5]  ù  lu-u  ti-i-ti  [16]  sâr  en-ya  an-mes-ya  [17]  an-par- 
ya  i-nu-ma  [18]  sa-lim  a-sar  [19]  sâr  en-ya  sa  [ao)  it- 
te-ya 


TRADUCTION. 

Recto. 
Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil,  il  est  dit 


CORRÉSPdl^DÂNCE  Ô'ÂMÉNÔFHIS.  535 

ceci  :  Moi ,  Milkili ,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds ,  je 
me  jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi  mon  seigneur, 
mon  dieu,  mon  soleil. 

Le  roi ,  mon  seigneur,  mon  dieu ,  mon  soleil ,  m*a  transmis 
son  ordre  et  voici  que  je  réponds  au  roi,  mon  seigneur,  so- 
leil du  ciel. 


Verso. 


Que  sache  le  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleil, 
que  ie  poste ^  que  le  roi,  mon  seigneur,  m'a  confié,  va  bien. 


110 

TROISIEME  LETTRE  DE  MILKILI  AU  ROI. 

Recto. 

[i]  a-na  J  sâr  en-ya  [2]  an-mes-ya  an-par-ya  [3]  ki-bï- 
ma  [4]  um-ma  J  mil-ki-li  nït-ka  [5]  ip-ri  gïr-mes-ka 
6]  a-na  gïr-mes  sàr  en-ya  [7]  an-mes-ya  an-par-ya 
8]  VII  su  VII  ta-a-an  am-kut  [9]  lï-di  sâr  be-li  [lo]  i- 
nu-ma  da-na-at  [11]  nu-kur-tu  muh-ya  [12]  ii  muh  |  su- 
mâ-ar-da-ta  [i3]  ùi-ki-im  [là]  sâr  be-li  mat-su  [i5]  is- 
tu  qa-at     [16]  lu  sa-gaz-mes 


Verso. 

[17]    sum-ma  i-ya-nu      [18]    ï-us-si-ra      [19]    sâr  be-li  is- 

kil-f-bat-mes      [20]    a-na  la-ki-nu a     [21]  te-ma-ha- 

zu  nu(?)  nït-meâ-nu     [22]  û [23]    sa-da.  . 

...       [24]     be-li       [25]     I    ya-an-ha-ma    nït-su 

[26]  a-na  ra-pi-si-su     [27]  i-na su 


530  NOVEMBRE-DEGEMBRE   1801. 


TRADUCTION. 

Recto. 

Au  roi,  mon  seigneur,  mon  dieu,  mon  soleS,  il  est  dit 
ceci  :  Moi ,  MUkili ,  ton  serviteur,  poussière  de  tes  pieds,  je  me 
jette  sept  fois  sept  fois  aux  pieds  du  roi,  mon  seigneur,  mon 
dieu,  mon  soleU. 

Que  sache  le  roi,  mon  seigneur,  que  les  forces  de  Ten- 
nemi  sont  contre  moi  et  contre  Sumardata;  que  le  roi,  mon 
seigneur,  reprenne  son  pays  de  la  main  des  brigands, 


Verso. 

sinon  que  le  roi,  mon  seigneur,  envoie  des  chars  pour  nous 

emmener  (P) nos  serviteurs mon  seigneur 

Yanhama  son  serviteur  pour  le dans  son 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  537 


NOUVELLES    ET   MÉLANGES. 


SÉANCE  DU  13  NOVEMBRE  189L 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie ,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard ,  vice-président ,  en  Tabsence 
de  M.  Renan. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  8  mai  dernier  est  lu  et 
la  rédaction  en  est  adoptée. 

Il  est  donné  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  Directeur  de  Tin- 
struction  publique  des  Indes  néerlandaises  à  Batavia ,  en  date 
du  1 1  juillet  1891,  annonçant  Tenvoi  de  1 64  photographies 
de  bas-reliefs  sculptés  au  pied  du  Boroboudour.  Ces  photo- 
graphies sont  actuellement  déposées  dans  la  bibliothèque  de 
la  Société  ;  des  remerciements  seront  adressés  au  Gouverne- 
ment néeiiandais. 

M.  le  Président  communique  une  lettre  du  Ministre  de 
Tinstruction  publique  annonçant  T ordonnancement  d'une 
sonmie  de  5  00  francs  à  titre  de  subvention  pour  le  troisième 
trimestre  de  1891. 

Est  élu  membre  de  la  Société  : 

M.  Auroux,  juge  de  paix  à  Gonstantine  (Algérie) ,  présenté 
par  MM.  Basset  et  de  Galassanti  Motylinski. 

M.  Barbier  de  Meynard  donne  lecture ,  au  nom  de  M.  Po- 
gnon ,  consul  de  France  à  Bagdad ,  actuellement  en  congé  en 
France ,  d'une  note  sur  deux  fragments  de  brique  provenant 
de  Babylone  et  portant  des  légendes  araméennes.  (  Voir  plus 
loin,  p.  542.) 


538  NOVEMbiVE-DÉGEMBRfi   1S91. 

M.  Schwab  jofir&à  la.SociétédesjQociY£ages  .sukants  ; 

En  son  nom  :  Itinéraire  juif  d'Espagne  en  Chme,  in-8°, 
1891;  Coupes  magiques  (extraits  des  Proceedings  ofthe  Society 
ofBihlioal  ArchaeoJogy),  ■  ^  *     •      .        , 

Au  nom  du  petit-fils  de  Fauteur  :  Dictionnaire  hébreu- 
français,  par  M.  Marchand JSooery,  a*  édition,  1891. 

Au  nom  de  M.  Julius  Fûrst ,  rabbin  à  Mannheim ,  Glossa- 
rium  graecO'hebraeum ,  4  fascicules  in -8%  Strasbourg,  1890, 
par  M.  Fùrst; 

Ai;  nom  de  Tauteur  :  Tables  du  calendrier  juif  depuis  l'ère 
chrétienne  jusqu'au  xxx*  siècle,  in-4',  Paris,  1886,  par 
M.  Isidore  Loeb. 

M.  Lefèvre-Pontalis,  ancien  élève  de  TEcole  des  langues 
orientales  et  attaché  d'ambassade,  qui  vient  de  parcourir 
rindo-Chine  avec  la  mission  Pavie ,  présente  a  la  Société  des 
spécimens  de  Técriture  usitée  chez  les  Thaïs  de  la  Rivière- 
Noire  et  chez  les  Lus  qui  habitent  Xieng-hung  sur  le  Mékhong. 
Il  montre  aussi  des  manuscrits  trouvés  dans  les  villages  yaos 
et  lolos  de  la  frontière  chinoise.  Ces  documents  sont  desti- 
nés  à  la  Bibhothèque  nationale  et  à  TËcole  des  langues  orien- 
tales. M.  Lefèvre-Pontahs  annonce  qu'il  a  découvert  entre  la 
Uivière-Noirc  et  le  Mékhong  quatorze  vocabulaires  des  dia- 
lectes paHés  par  les  tribus  Khas,  Il  donne  ensuite  lecture  d*un 
mémoire  où  il  a  consigné  les  observations  linguistiques  et 
ethnographiques  qu'il  a  recueiUies  au  cours  de  son  voyage 
dans  le  nord  de  l'Indo-Chine.  Ce  travail  sera  inséré  dans  un 
des  prochains  cahiers  du  Journal  asiatique, 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

OUVRAGES   OFFERTS  À  LA  SOGI^Té. 

Par  l'India  Office:  A  Catalogue  of  maps , plans , etc. ^  ofln- 
dia  and  Burma  and  other  parts  of  Asia,  London,  1891, 
gr.  in-8^ 

—  Indian  Antiquary,  july-september  1891.  Bpmbay^.  .; 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  539 

Par  llndia  Office  :  Epigraphia  Indica,  or  Record  of  the 
Aixhaeological  Surwey  ofindia,  fasc.  vu ,  Calcutta.  1 89 1  ♦  in-4°' 

.  Par  le  Ministère  de  rinstraction  publique  :  Revue  des  tra- 
vaux scientifiques,  t.  X ,  n*"  1 1  et  1 2  ,  et  t.  XI,  n°'  1  à  4.  Paris , 

1890,  in-8*. 

Parle  Gouvernement  néerlandais  :  Bijdragen,  5*  volume, 
VI,  4.  S*gravenhage ,  1891. 

Par  l'Académie  de  Saint-Pétersbourg  :  Mémoires,  t.  XXXVII, 
n"  3  et  4.  Saint-Pétersbourg,  1891,  in-4". 

Parla  Société  :  Revue  africaine,  n"  200  et  201.  Alger, 

1891,  in-8'. 

—  Revue  britannique,  n*  8,  août.  Paris,  in-8*. 

—  Journal  ofthe  Asiatic  Society  ofBengal,  N.  S. ,  vol.  LIX , 
part.  i,n*'  1  à  5.  Calcutta,  1890-1891,  in-8°. 

—  Proceedings  ofthe  Royal  Geographical  Society,  august- 
november  1891.  London,  in-S**. 

—  Revue  des  études  juives ,  avril-juin  1891.  Paris ,  in-S". 

—  Journal  ofthe  American  Oriental  Society,  ib^^  vol.,  n®  1 , 
New-Haven,  1891,  in-8". 

—  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society,  july-october  189 1 . 
London ,  in-8*. 

—  Zeitschrifï  der  deutschen  morgenlândlschen  Gesellschaft , 
Band  XVI,  Heft  11  et  11.  Leipzig,  1891,  in-8°. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie ,  2'  trimestre,  1891. 
Paris,  in-8'*. 

—  Société  biblique.  Part  ofthe  hook  ofcommon  prayers  in 
Tenni,  by  W.  C.  Bompas.  London,  1891,  in- j  2. 

—  J.  W.  Tims,  Readings  froni  the  holy  scriptures  in  the  lan- 
gnage  of  the  hlackfoot  Indians, 

—  Bahtismal  services  in  the  Ainu  language, 

—  Proceedings  of  the  Asiatic  Society  of  Bengal,  february- 
march ,  avril ,  may,  june.  Calcutta ,  1891,  in-S". 

—  The  American  Journal  ofphilology,  Baltimore ,  july  1 89 1 , 
in-8'. 


540  NOVEMBRE-DECEMBRE   1801. 

Par  la  Société  :  Comptes  rendus  de  la  Société  de  géographie, 
n"  i4  à  1 6.  Paris ,  1 89 1 ,  in-8'. 

Par  les  éditeurs  :  Le  Ghhe,  janvier-avril   1891.  Genève, 
in-8-. 

—  Revue  archéologique,  Taax-ociohre  1891,  in-8*. 

—  Mittheilungen  de  Tokio,  Heft  46,  Band  V,  Seite  a35- 
294.  Yokohama,  1891,  in-^". 

—  Revue  critique,  n*"  19-45.  Paris,  1891,  in-8*. 

—  Bolletino,  n*'  1 39-140.  Firenze,  1891,  in-8'. 

—  Journal  des  Savants,  mai  à  août  1891.  Paris,  in-4** 

—  Polyhiblion,  parties  technique  et  littéraire,  août  à  oc- 
tobre 1891.  Paris,  in-8*. 

—  Recueil  de  V Académie  de  Tam-et-Garonne,  2*  série, 
année  1890.  Montauban,  in-8°. 

—  Aimales  du  musée  Guimet,  t.  XVIII,  Avadâna  Çataka, 
par  L.  Feer.  Paris,  1891,  in-4*. 

Par  les  auteurs  :  Pietro  Orsi,  Il  Carteggio  di  Carlo  Enuxr 
nuele  L  Torino ,  in-4'*. 

—  Prince  Phihppe  de  Saxe-Cobourg  et  Gotha,  Curiosités 
orientales   de  mon   cabinet  numismatique.    Bruxelles,   1891, 

in-4". 

—  Marquis  de  Croizier,  Les  Monuments  de  Samarcand  de 
l'époque  des  Timourides.  Paris,  1891,  in-8'. 

—  A.  Y.  Lutfi  Bey,  Projet  d'un  chemin  de  fer  reliant 
l'Egypte  à  la  Syrie,  Le  Caire,  1891,  in-8°. 

—  A.  des  Michels ,  Histoire  géogixiphiqac  des  seize  royaumes, 
1"  fascicule.  Paris,  1891,  in-8*. 

—  Delattre,  L'Assyriologie  depuis  onze  ans.  Paris,  1891 
in-8*. 

—  Burgess,  Mapping  and  place-names  ofindia  (Extrait). 
London,  1891,  in-8*. 

—  Cil.  Schefer,  Siasset  Namèh,  Paris,  1891,  în-8*  (publi- 
cation de  l'Ecole  des  langues  orientales). 

—  G.  U.  Pape,    First  lessons  in  Tamil,  Oxford,   1891, 
in-8'. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  541 

Par  les  auteurs  :  Cordier  et  Schlegel,  Tung  Pao,  archives 
poiu  servir  à  l'étude  de  l'Asie  orientale j  vol.  II,  n"  i  à  6. 
Leyde,  1890-1891,  in-S**. 

—  C.  Saieman ,  Nock  einmal  die  seldjukischen  Verse.  Saint- 
Pétersbourg,  1891,  in-8". 

—  Ahlwardt,  Die  Handschriften-Verzeichnisse  der  Kônig- 
lischen  Bibliothek ,  c^"  Band,  Verzeichniss  der  arahischen  Hand- 
ichriften.  Berlin ,  1 89 1 ,  in-A". 

—  Mouliéras,  Les  Fourberies  de  Si-Djeha,  conte  kabyle, 
tome  I,  texte.  Oran,  1891,  in-8*. 

—  Salter  Price ,  AJrican  aphorisms  in  Swahili.  London , 
1891,  in-8". 

—  Schlegel,  Dictionnaire  chinois,  suppléments.  Leyde, 
i8(ji ,  gr.  in-8". 

—  P.  de  Lagarde,  Mittheilungen ,  4"  Band.  Gottingen, 
1891,  gr.  in-8°. 

—  Register  und  Nachtràge  za  der  1889  erschienenen  Ueber- 
ùcJitnbevdie  im  aramàischen,  arabischen  und  hcbràischen  ûbliche 
Bihlang  der  Nomina.  Gottingen,  1891,  gr.  in-8". 

—  De  Clerc  et  J.  Menant,  Catalogue  méthodique  et  raisonne. 
Antiquités  assyriennes ,  t.  H.  Paris,  1891,  in-folio. 

J.  Eggeling,  Catalogue  of  the  Sanscrit  manuscripts  in  the 
Library  of  the  Iiidia  Office,  part  III.  London,  1891,  in-A". 

—  Villcrs,  Lchrbncli  der  aegypto-arabischen  Umgangsprache, 
Rairj,  1890,  in-8''. 

—  Isidore  Loeb,  Tables  du  calendrier  Juif:  Paris,  1886, 
in-/r. 

—  A.  B.  Vrevsky,  Amir  Timour,  texte  turc.  Tascbkend, 
1890-1891,  in-8*'. 

—  Saint,  Plagiats  bibliques,  Paris,  1891,  in-8°. 

—  A.  Strong,  Two  edicts  of  Assurbanipal  (extrait).  Lon- 
don, 1891,  in-8°. 

—  C.  de  Ilarlez,  Les  Religions  de  la  Chine,  Leipzig,  1891, 
in-8-. 

—  VV.  Bang,  Etudes  ouralo-altaîques  (extrait).  Louvain, 
1891,  in-h°. 

xTiu  36 


larainKa.*  ratiuiau. 


542  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1801. 

Par  les  auteurs  :  Beitràge  zur  Kunde  der  tuiatischen  l^ra- 
chen  (extrait).  —  Leide,  1891,  in-8'. 

—  Ign.  Goldziher,  Mahammedanische  Stadien,  2  voiomes. 
Halle  a.  S.,  1889,  ^^'8**. 

—  K.  Marghousiân,  Mizân  esch-scKHr  (traité  de  prosodie 
en  arabe).  Constantinople,  1891,  in-8'. 

—  G.  Férrand,  Les  Musulmans  à  Madagascar»  première 
partie,  les  Anbaimorona,  Paris,  1891,  in-8*. 

—  M.  Schwab,  Coupes  magiques   à  légendes  hébraïques» 
1"  et  2"  séries  (extraits).  Paris,  1885-1891,  in-8*. 

—  hinéraire  juif  d'Espagne  en  Chine,  au  ix*  siècle.  Paris, 
1891,  in-8°. 

—  M.  Ennery,  Dictionnaire  hébreu-fmnçais ,  a*  édition. 
Paris,  1891,  in-8". 

—  A.  Salbâni,  Diwân  al-Akhtal  (poésies  d'Âkhtai) ,  a*  fas- 
cicule. Beyroutli ,  1891,  in-8". 

^  Fùrst,  Glossarium  graeco-hebraeum,  3*  fascicule.  Stras- 
bourg, 1891,  in-8". 

—  Istifan  Addewayhî,  Histoire  des  Maronites  (en  arabe). 
Beyrouth,  J890,  in-8". 

—  Le  P.  Cheikho,  Divan  des  poètes  arabes  chrétiens»  6-*  fas- 
cicule. Beyrouth,  1891,  in-8". 


Note  communiquée  par  M.  Barbier  de  Meynard  de  ia  part  de 
M.  Pognon ,  consul  de  France  à  Bagdad ,  rdative  à  deux  briques 
avec  légendes  araméennes  provenant  de  Babylone. 

cLe  premier  fragment  a  été  trouvé  par  M.  Duvent,  con- 
ducteur des  ponts  et  chaussées ,  détaché  au  service  du  Gou- 
vernement ottoman ,  pendant  une  excursion  qu'il  fit  au  Qasser 
en  compagnie  de  M.  Pognon.  On  faisait  à  ce  moment  des 
fouilles  au  Qasser,  par  ordre  du  Gouvernement  turc,  pour 
extraire  des  briques  qui  devaient  être  employées  à  la  con- 
struction d'une  digue  sur  le  canal  Hindiyah. 

«Le  fragment  en  question  gisait  sur  un  tas  de  briques 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  543 

cassées ,  extraites  récemment  par  les  ouvriers  et  rejetées  par 
eux  comme  inutiles  ;  il  appartenait  certainement  à  une  brique 
de  construction  ayant  les  dimensions  des  briques  de  Nabu- 
chodonosor,  et  la  partie  brisée  que  MM.  Duvent  et  Pognon 
ne  purent  malheureusement  pas  retrouver  portait  peut-être 
la  légende  de  ce  roi  en  caractères  cunéiformes. 

«  On  distingue  très  nettement  sur  ce  fragment  les  carac- 
tères '^9^^^.  qui  se  transcrivent  sans  dilEcultë  ^33.  Le  pre- 
mier heth,  en  partie  brisé,  n'est  pas  douteux  :  ce  caractère 
était  presque  entier  lorsque  le  fragment  fut  découvert,  mais 
un  coup  maladroitement  donné  pour  diminuer  Tépaisseur  de 
la  brique  et  en  alléger  le  poids  brisa  le  milieu  de  la  lettre. 

«  Le  second  fragment  appartient  à  M.  SchoendoerfFer,  in- 
génieur en  chef  des  ponts  et  chaussées,  détaché  au  service  du 
Gouvernement  ottoman  ;  ce  débris  a  certainement  fait  partie 
d'une  brique  de  construction  et  provient  de  Babylone. 

t  On  y  lit  les  caractères  u  L  u  L  qui  doivent  être  transcrits 

h'pdV.  m.  Pognon  serait  porté  à  voir  dans  ce  mot  un  nom 
propre  précédé  de  la  préposition  *?.  » 


SEANCE  DU  11  DÉCEMBRE  1891. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie  sous  la  pré- 
sidence de  M.  Barbier  de  Meynard,  vice -président,  en  l'ab- 
sence de  M.  Renan. 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  lu  et  la  ré- 
daction en  est  adoptée. 

Sont  élus  membres  de  la  Société  : 

MM.  DE  Morgan,  chargé  dune  mission  scientifique  en 
Orient ,  présenté  par  MM.  Barbier  de  Meynard  et 
Maspero  ; 

Gaudefroy  Dëmonbynes,  rue  Cassini,   i4,  présente 
par  MM.  Barbier  de  Meynard  et  Basset* 

36. 


544  NOVEMBRR-DÉCEMBRE   1801. 

M.  Halévy  fait  une  lecture  sur  un  certain  nombre  de  noms 
propres  d'hommes  et  de  lieux  qui  se  rencontrent  sons  forme 
idéograpliique  dans  les  vieilles  inscriptions  de  Sirtelio  et  de 
Tell-Amarna.  (Voir  ci-après,  p.  545.) 

M.  Sylvain  Lévi  présente  à  la  Société  un  spécimen  des 
inscriptions  thaïes  et  khmères  rapportées  d*lndo-Chine  par 
M.  Pavie.  Il  en  fait  ressortir  l'importance  multiple  pour  l'his 
toire  des  langues  indo-chinoises,  de  Tinvasion  des  races 
thaïes  dans  la  péninsule ,  de  Tépigraphie  sanscrite  et  de  soa 
application  à  des  langues  à  accent,  enfin  de  la  révolution 
religieuse  qui  substitua,  dans  ] 'Indo-Chine,  le  bouddhisme 
du  Sud  à  celui  du  Nord. 

M.  Ayeionier  rappelle  que  l'inscription  thaïe,  la  plus  im- 
portante pour  l'histoire  de  cette  révolution,  a  déjà  été  éta^ 
diée  par  le  père  Schmidt  et  par  lui-même. 

M.  Sylvain  Lévi  présente  une  interprétation  du  titre  de 
Devânâmpriva  prîs  par  Açoka-Piyadnsi  dans  ses  inscriptions  » 
et  expose  les  conclusions  qui  s'ensuivent  pour  la  date  de  la 
grammaire  de  Kâtyâyana.  (Voir  ci-après,  p.  549*) 

M.  Schwab  communique  une  série  d'observations  sur  une 
Haggada  avec  traduction  judéo-allemande  du  xiv*  siècle ,  qae 
possède  la  Bibliothèque  nationale,  et  qui  offre  des  rensei- 
gnements utiles  poiu*  l'étude  de  la  paléographie  hébraïque 
du  moyen  âge  et  du  judéo-allemand.  Cette  communication 
paraîtra  ultérieurement. 

M.  Darmesteter  fait  une  lecture  sur  le  sens  de  Vùhaptatha^ 
nom  d'une  des  périodes  du  mois .  et  établit ,  d'après  les  indi- 
cations du  Grand  Bundahish ,  qu'il  désigne  la  période  où  la 
lune  commence  à  décroître  et  qui,  dans  le  calendrier  maz- 
déen,  se  place  entre  le  ao'  et  le  2  5*  jour  du  mois  de  trente 
jours. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

Par  rindia  Office  :  Bibliotheca  Indica,  new  séries,  n"  78g, 
797,  798,  8o4,  8o5.  Calcutta,  1891,  in-8". 


,1^. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  545 

Par  la  Société  :  Proceedmgs  of  the  Royal  Geogixiphical  So' 
ciety,  december  1891.  London,  in-8°. 

—  Société  de  géographie ,  compte  rendu,  n°  17.  Paris,  1891, 
in-8^ 

Par  les  éditeurs  :  Charles  Huber,  Journal  d'un  voyage  en 
Arabie  (i883-i88/i).  Paris,  in-8^ 

—  Recueil  de  matériaux  relatifs  à  la  description  des  localités 
et  des  races  da  Caucase  (en  russe] ,  vol.  XI  et  XIL  Tiflis,  1891, 
in-8^ 

—  Journal  des  Savants,  septembre  et  octobre  1891.  Paris, 

in4". 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire,  novembre 
1891.  Paris ,  in-8^ 

—  Revue  critique,  n"  46-49.  Paris,  1891,  in-8°. 

—  Bolletino,  n*"  i4i-i42.  Firenze,  1891,  in-8^ 

Par  les  auteurs  :  Le  P.  Donat  Vernier,  Grammaire  arabe, 
tome  L  Beyrouth,  1891,  in•8^ 

—  Maurice  Vernes ,  Du  prétendu  polythéisme  des  Hébreux ^ 
a' partie.  Paris,  1891,  in-8". 


ANNEXE  N**  1 
AU  PROCES-V£RBAL  DE  LA  SEANCE  DU  1  1  DECEMBRE  1  89  1  .^ 


NOTE 

SUR 

QUELQUES  INOMS  PROPRES  ASSYRO-PALESTINIENS. 


Les  textes  babyloniens  archaïques  de  la  collection  de 
M.  de  Sarzec,  ainsi  que  ceux  de  la  Correspondance  d*Améno- 
phis,  contiennent,  d'une  part,  un  certain  nombre  de  noms 


546  NOVEMBRË-DEGEMBRHl   1801. 

propres  d*hommes  écrits  en  idéogrammes  quon  se  con- 
tente de  transcrire  littéralement  sans  indiquer  leur  lecture 
vraie;  d*autre  part,  une  quantité  de  noms  géographiques 
dont  ridentificatîon  est  restée  incertaine  jusqu*à  ce  jour.  Je 
demande  la  permission  de  combler  quelques-unes  de  ces 
lacunes  siu*  la  base  des  recherches  les  plus  récentes  que  j*ai 
consacrées  à  ce  sujet. 

A.  —  Noms  d'hommks. 

Ga-de-a,  idéogramme  signiGant  littéralement  :  «bouche 
(parole) -parler  »,  ce  qui  rend  le  vrai  nom  Nabâ  ou  Manambû 
t  celui  qui  parle  «annonce  ». 

A'kar-gal  «fils  du  grand  mont  (titre  honorifique  des  dieux 
supérieurs)»,  phonétiquement  Ahilsadirahû 

Ur-Nina  «honune,  serviteur  de  la  Dame  (des  dieux)  ■ ,  à 
lire  :  AmelNinâ, 

En-anna-du  «  Seigneur-ciel-étabUt  > ,  lisez  Bel-sam^ukin. 

En-te-na  «abattant»  est  rendu  par  le  mot  ka§fa,  qui  si- 
gnifie soit  «froid»,  soit  «pluie  abondante»;  compares  les 
noms  bibliques  TJS  et  ^ph 

Nam-mah-ni  «  chose-grand-sa  » ,  à  Hre  Sirussa. 

iVm-^a/2-a/ «  dame-élévation-splendeur»,  à  lire  BelU-wtumî 
«dame  ou  possédant  la  splendem*»,  nom  d^une  reine. 

B.  —  Noms  géographiques. 

Magan  «Egypte»;  cette  identification  souvent  contestée 
est  confirmée  p:ir  plusieurs  passages  des  lettres  d*El-Âinama 
qui  offrent ,  au  lieu  de  Magan  u  Meluhhuj  la  forme  plus  daire 
Miçii  u  Meluhha  «TÉgyple  et  rÉtiiiopie». 

Anzan  ou  Ansan  est  incontestablement  une  partie  de  la 
Susiane  occidentale.  Le  vieux  roi,  Nabû  ou  Munambû,  de 

V 

Lagas  (Sir-pur- la) ,  aujourd'hui  Telloh,  a  saccagé  la  ville  d* An- 
san en  Ëlani  (An-san  nim-ki).  Dans  un  texte  susien  qui  a  été 
publié  dans  le  Journal  asiatique,  on  lit  :  Aruan  ina  Stuunga 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  547 

«Ansan  en  Susianei;  ce  serait  une  nouvelle  et  éclatante 
confirmalion  de  Topinion  que  je  défends,  mais  Inexactitude 
de  la  transcription  m'inspire  beaucoup  de  doute,  car  Tidéo- 
gramme  as  figurant  la  préposition  assyrienne  ina  «dans» 
doit  être  étranger  à  la  langue  susienne ,  qui  ne  possède  que 
des  postpositions. 

Alasiya;  le  roi  de  ce  pays  a  écrit  beaucoup  de  lettres  à 
Aménophis  IV.  La  circonstance  que  ce  correspondant  con- 
seille au  Pharaon  de  ne  conclure  d'alliance  ni  avec  la  Baby- 
lonie  [mat  Sanhar=  l^^p),  ni  avec  le  roi  des  Hétéens,  in- 
dique suffisamment  que  son  royaume  n'était  pas  très  éloigné 
de  la  Mésopotamie  supérieure  soumise  alors  aux  Babylo- 
niens, ni  de  la  Haute-Syrie,  patrie  des  Hétéens.  La  même 
conclusion  résulte  encore  des  inscriptions  égyptiennes,  car, 
d'une  part,  le  nom  d'Alasiya  s'y  trouve  transcrit  A-ro-sa; 
d'autre  part,  A-ro-sa  est  mentionné  immédiatement  avant 
Aco,  ce  qui  donne  à  penser  que  c'était  un  pays  limitrophe 
de  la  Phénicie.  Peut-être  faut-il  le  placer  au  nord  de  ce  der- 
nier pays  entre  Paltos  et  l'embouchure  de  l'Oronte. 

Habirâa;  dans  leurs  lettres  à  Aménophis  IV,  les  satrapes 
égyptiens  de  la  Palestine  s'accusent  réciproquement  de  livrer 
le  pays  aux  Amel-Habirâa  «gens  de  Habir».  Au  début,  quel- 
ques assyriologues  avaient  identifié  ce  nom  avec  ^"l??  «  Hé- 
breu »  ;  or  Tidéogramme  ki  qui  l'accompagne  dans  quelques 
lettres  oblige  à  y  voir  un  nom  de  pays;  mais  où  faut-il  le 
chercher  ?  La  réponse  est  donnée  par  un  passage  de  R^ ,  VI , 
34 ,  ligne  44 ,  qui  contient  la  mention  d'un  certain  Harhi- 
Sihii,  le  Hahiréen  (habiMa),  Or  nous  savons  par  des  té- 
moignages formels  que  ce  nom  signifie  dans  la  langue  des 
Cosséens  Bel-Marduk  «seigneur  est  Marduk»;  il  en  résidte 
incontestablement  que  les  bandes  qui  cherchaient  à  s'empa- 
rer de  la  Palestine  durant  le  règne  d' Aménophis  IV  étaient 
d'origine  cosséenne.  A  première  vue,  un  tel  fait  semble  des 
plus  étranges,  puisque  les  Cosséens  sont  originaires  de  la 
chaîne  du  Zagros  qui  est  bien  éloignée  de  la  Palestine ,  mais 
l'étonnement  cesse  aussitôt  qu'on  se  rappelle  que  le  roi  Bur- 


548  iNOVËMBRË-DÉCEMBRi:  1891. 

naburiyas  de  Babyloiiie,  qui  appartient  à  la  dynastie  cos- 
séenne,  était  en  relations  continuelles  nvcc  Aniénopbis  IV« 
auquel  il  a  donné  sa  fille  en  mariage.  Dans  une  lettre  qui 
fait  partie  du  recueil  de  Berlin ,  cette  princesse  50uliai(e  au 
Pharaon  que  les  dieux  de  Burnaburiyas  et  les  siens  raccom- 
pagnent dans  ses  expéditions.  Dans  de  telles  circonstances ,  la 
présence  des  Cosséens  en  Palestine,  pays  qui  était  alors  une 
province  égyptienne,  et  même  en  Egypte,  n*a  rien  qui  doive 
nous  surprendre.  Toutefois  deux  points  ont  encore  besoin 
d*êlre  éclaircis  :  riiostililé  des  Cosséens  contre  Aménopbis, 
en  Palestine,  el  leur  grand  nombre  dans  ce  pays  qul's  dé- 
vastent impitoyablement  et  dont  ils  ont  Tair  de  vouloir  s'em- 
parer. La  huitième  lettre  du  recueil  précité,  publiée  dans 
le  Journal  asiatique,  nous  donne  le  mot  do  Ténignie.  Le  roi 
cosséO'babyionien  y  demande,  d*une  façon  comminatoire,  le 
payement  d*une  rançon  pour  son  messager  tué  traîtreusement 
près  d* Acco  en  Palestine ,  ainsi  que  la  punition  des  assassins 
qui  étaient  deux  fonctionnaires  égyptiens.  Il  ajoute  ces  mots 
que  je  donne  textuellement  :  «Si  tu  ne  payes  pas  la  rançon 
et  ne  punis  pas  ces  hommes ,  mes  troupes  de  campagne  vien- 
dront et  tueront  tes  gens  et  toute  relation  cessera  entre  toi 
et  moi.  ■  On  peut  facilement  supposer  qu* Aménopbis  n'a  pas 
montré  trop  d*empressement  pour  accomplir  le  désir  du  roi 
babylonien,  et  cela  d*autant  moins  que  les  fonctionnaires 
accusés ,  on  le  voit  par  leur  correspondance ,  étaient  ses  très 
humbles  et  très  fidèles  serviteurs.  Ce  retard  a  dû  irriter 
outre  mesure  le  roi  babylonien  et  le  déterminer  à  faire  dé- 
vaster le  Chanaan  par  les  b.indes  cosséennes  dont  le  pillage 
a  toujours  été  la  principale  occupation.  La  fin  de  cette  que- 
relle se  devine  aisément.  Le  roi  d^Ëgypte,  pour  sauver  ses 
provinces,  s*est  résigné  à  donner  satisfaction  à  son  adversaire; 
la  paix  conclue,  Aménopbis  épousa  la  fille  de  Bumaburiyai^ 
après  avoir  envoyé  à  ce  dernier  une  somme  énorme  d*or 
pour  la  décoration  des  temples  de  Babylonie,  comme  nous 
le  savons  par  plusieurs  de  ses  lettres.  Voilà  un  épisode  de 
i*histoire  politique  de  TEgypte  sur  lequel  les  documenta 


-.« 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  549 

égyptiens  gardent  un  silence  absolu,  parce  qu  il  est  peu  flat- 
teur pour  leur  orgueil  national. 

J*ajoute  un  mot.  L'ingérence  des  Babyloniens  dans  les 
affaires  de  TEgyptc  ne  date  pas  du  xiv'  siècle  avant  notre 
ère  :  sept  cenls  ans  auparavant ,  le  roi  d'Elam  Kudur-Lagamari 
avait  déjà  fait  des  expéditions  en  Palestine  (Genèse,  xiv), 
expéditions  dont  parlent  également  les  textes  cunéiformes 
contemporains.  Cela  rend  assez  vraisemblable  Thypotlièse 
que  Tinvasion  des  pasteurs  en  Egypte  n  était  autre  chose 
qu  une  poussée  des  peuples  du  Zagros ,  à  demi  policés  en  Ba- 
bylonie ,  vers  la  fertile  vallée  du  Nil  qui  avait  toujours  excité 
la  cupidité  des  nations  moins  bien  partagées  en  fait  de  ri- 
chesses territoriales. 

J.  Hal^vt. 


ANNEXE  N°  2 
AU  PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SEANCE  DU  1  1  DECEMBRE  1  89  1 . 


NOTES  DE  CHRONOLOGIE  INDIENNE, 
DEVAnAmPRIYA. -AÇOKA  ET  KATYAYANA. 


Le  terme  devânâmpriya ,  presque  toujours  accolé  au  nom 
du  roi  Piyadasi  dans  ses  fameuses  inscriptions,  est  pris  au 
sens  littéral  par  tous  les  interprètes  et  traduit  comme  «le 
bien-aimc  des  De  vas  » ,  «  cher  aux  De  vas  » ,  «  chéri  des  Devas  >. 
L'épithète  ainsi  entendue  ne  laisse  pas  que  de  surprendre;  le 
roi  qui  la  porte  semble  se  soucier  fort  peu  des  Devas;  leur 
nom  même  ne  parait  qu  une  seule  fois  dans  le  nombre  pour- 
tant considérable  de  ses  édits  religieux ,  et  cette  unique  men- 
tion marque  plus  dliostilité  que  de  respect  aux  Devas.  Piya- 
dasi se  flatte  d  avoir  «  rendu  des  faux  dieux  ceux  qui  étaient 
réellement  les  dieux  dans  le  Jambudipa  ■  (Sahas.  a/3  ;  Rûp.  a  ; 


550  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1891. 

Bair.  à)»  L* interprétation  du  passage  est  difficile  et  laisse 
place  aux  incertitudes;  Tesprit  n*en  est  pas  douteux.  Mais 
les  inscriptions  mêmes  suggèrent  directement  une  autre  tra- 
duction de  devânâmpriya.  Le  texte  du  viii*  édit  sur  roc  à 
Kliâlsi  et  à  Shâlibazgarhî  oflFre  le  pluriel  devânampiyà  comme 
r équivalent  du  mot  râjâno  employé  à  Gimar  et  à  DhauU. 
Il  est  permis  d'en  conclure  que  le  composé  devânampiyà 
n'était  pas  un  simple  surnom  choisi  librement,  dont  le 
sens  était  présent  à  tous  les  esprits ,  mais  une  formule  du 
protocole,  un  titre  de  chancellerie  réservé  à  la  dignité 
roy^e.  Le  contemporain  de  Piyadasi  à  Ceylan,  le  roi  Tissa, 
porte  le  même  titre  dans  le  Mahâvamsa  ;  le  petit-fils  de  Piya- 
dasi, Daçaratha,  prend  également  le  titre  de  Dmjânampiya 
dans  les  inscriptions  des  grottes  de  Nâgarjuni.  En  dehors  de 
Tétroite  période  limitée  par  ces  trois  règnes,  ce  titre  ne  se 
rencontre  pas  dans  répigrapliie  indienne;  d'autre  part,  la  lit- 
térature sanscrite  n'en  présente  pas  un  seul  exemple.  La  tra- 
dition jaina  semble  avoir  par  exception  conservé  la  notion  de  '. 
ce  sens  spécial  (Weber,  Bhagavatî,  p.  i8g;  Leumann,  ils- 
papâtika-Sâtra ,  Index,  s.  v.).  M.  Bûhler  (Ind,  Antiq,,  VIII, 
i44,  et  Zeits.  der  D,  Morg.  Ges,,  XXXVII,  p.  4a  5)  et  le 
pandit  Bhagwânlâl  (Ind,  Antiq.,  X,  io8;  Joum.  of  Bomb. 
Bi\,  XV,  286)  sont  tombés  d'accord  pour  admettre  qu'à 
l'époque  de  la  dynastie  Maurya  tous  les  rois  de  Tlnde  por- 
taient le  titre' de  Devânâmpriya, 

L'emploi  honorifique  de  ce  mot  jure  étrangement  avec  sa 
formation  grammaticale.  Devânâmpriya  est  un  composé  syn- 
tactique ,  où  le  premier  terme ,  au  lieu  d'être  réduit  au  thème 
nu ,  garde  la  désinence  du  génitif.  Il  tombe  sons  le  coup  de 
la  règle  enseignée  par  Pânini  (VI,  3,  21)  :  sastkyà  ékroçe, 
«  Si  le  génitif  garde  ^dans  un  composé  sa  marque  casuelie,  il 
donne  au  composé  un  sens  injurieux.  »  L'auteur  des  Vàrttikas , 
Kâtyâyana ,  cité  dans  le  MaJiâbhâsya  de  Patanjali ,  critique  la 
règle  de  Pànini  et  énumère  cinq  catégories  d'exceptions  : 
1"  vâcoyukti,  diçodaçda,  paçyatohara;  2"  âmusyftyaça  et 
âmusyaputrikâ ;  3"  devânâmpriya;  A"  les  noms  propres  Çu- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  551 

nahçepha,  Çunahpuccha,  Çunolângula;  5°  Divodâsa.  Ainsi 
Kâtyâyana  excepte  de  la  règle  générale  le  composé  devànâm- 
priya  et  lui  dénie  formellement  une  signification  insultante , 
mais  sans  en  donner  le  sens  authentique,  trop  connu  sans 
doute  pour  avoir  besoin  d'être  spécifié.  D'autres  indications 
du  Mabâbhàsya  comblent  cette  lacune.  Le  commentaire  du 
sûtra  V,  3 ,  1 4  énumè^je  les  composés  analogues  à  tatrahha- 
vaut  et  cite  à  T appui  le  gana  hhavadâdayahi ,  qui  ne  figure 
point  dans  le  Ganapâiha  :  bhavân,  dirghâyuh,  devânâm- 
priyab,  âyusmân.  Ces  quatre  mots  se  combinent  avec  iatra 
ou  latah,  La  langue  du  drame  a  conservé  le  composé  tatra- 
hhavant  pour  désigner  par  une  expression  respectueuse  un 
personnage  absent;  âyasmant  est  le  titre  que  les  bralimanes 
et  Técuyer  donnent  au  roi  en  lui  adressant  la  parole.  Les 
formules  tatradîrghâyah ,  tatradevânàmpnyah,  ont  disparu  sans 
laisser  de  traces  dans  la  littérature.  L'analogie  des  deux 
autres  prouve  du  moins  la  nuance  de  déférence  respectueuse 
qu  il  convient  d*y  attacher.  On  en  surprend  même  en  quel- 
que sorte  r usage  réel  dans  une  anecdote  contée  parle  Mahâ- 
bhâsya  à  propos  du  sûtra  II,  4»  56.  Un  grammairien  [valyâ- 
kamna)  demandait  à  im  suta  (conducteur  de  char)  :  c  Qui  est 
le  pravelar  (conducteur)  de  ce  char?»  Le  sûta  répondit  : 
a  Âyusman ,  j'en  suis  le  prâjitar  (conducteur).  ■  Le  grammai- 
rien reprit  :  «  Voilà  un  terme  incorrect  ■  (  en  vertu  du  sûtra 
en  question).  Le  sùta  répliqua  :  «Le  devânâmpriya  connaît 
la  règle  théorique  (prâpti)^  mais  il  ne  connaît  pas  l'usage 
(isti).  Ce  mot  est  en  usage.  »  La  discussion  continue,  pédante 
d'une  part,  ironique  de  l'autre,  et  s'achève  par  la  défaite 
complète  du  grammairien.  La  valeur  solidement  établie 
d' Ayusman  éclaire  nettement  le  sens  de  devdnâmpiiya.  Le 
sîita  railleur  commence  par  saluer  le  linguiste  d'un  titre 
réservé  aux  rois.  La  seconde  repartie  enchérit  sur  la  pre- 
mière, et  le  sûta  va  du  coup  jusqu'au  titre  royal  le  plus 
pompeux.  Le  sel  même  de  ses  plaisanteries  consiste  dans 
l'exagération  ridicule  des  titres  qu'il  décerne  à  son  pé- 
dantesque  interlocuteur.  Les  commentateurs  postérieurs  de 


552  NOVEMBREDEGEMBRE  1891. 

Pànini  n*ont  pas  mieux  entendu  la  plaisanterie  que  le  lourd 
vaiyâkarana.  Interprètes  scrviles  du  maître  infaillible,  ils 
r/ont  pas  compris  la  restriction  de  Kâtyâyana,  faute  de  con- 
naître  ou  Tusage  ou  llûstoire;  ils  ont  réintégré  le  compose 
devùnâmpriya  dans  la  règle  générale  et  ils  se  sont  battu  les 
flancs  pour  justifier  leur  explication.  Kaiyata  analyse  ainsi  le 
mot  :  deva  sipiifie  t  idiot»;  les  idiots  sont  aimés  [priyo)  des 
idiots.  La  Siddhântakuumiidî  (VI,  3,  ai)  suit  Kaiyala.  Le 
dictionnaire  de  Ilemacandra  et  le  Trikaçdaçesa  ne  connais- 
sent aussi  que  le  sens  d'idiot.  C'est  aussi  dans  ce  sens  que  le 
philosophe  Çarpkara  emploie  le  même  mot  comme  une  apos- 
trophe à  son  adversaire  (comm.  des  Vedànta-sûtras ,  T,  a ,  8). 
Le  titre  glorieux  de  Piyadasi  a  dû,  malgré  son  passé  écla- 
tant ,  rentrer  dans  la  loi  commune  de  la  grammaire  sanscrite. 
L'histoire  du  mot  devânâmpriya ,  établie  ainsi  par  une 
série  continue  de  documents,  permet  d'en  tirer  peut-être 
un  indice  chronologique  sur  la  date  de  Kâtyâyana.  Si  l*U8age 
oiBciei  du  mot  dans  le  protocole  royal  avait  prévalu  dès 
l'époque  de  Pânini,  le  législateur  de  la  langue  sanscrite 
n*aurait  pu  se  dispenser  de  lui  assigner  une  place  exception- 
nelle, en  dehors  de  la  catégorie  injurieuse  où  il  englobe 
toutes  les  formations  analogues.  En  même  temps ,  Tabsence 
du  gana  hhavadâdayah ,  y  compris  devànâmpriya  dans  le  Gnr 
napâtha,  semble  rattacher  par  un  lien  étroit  la  composition  de 
cette  annexe  à  celle  des  sùtras.  D'autre  part,  après  Kâtyâyana, 
le  mot  parait  bientôt  passer  d'usage.  Patanjali  répète  doci- 
lement le  vârttika  sans  y  ajouter  la  moindre  note ,  et  Ténorme 
erreur  des  grammairiens  postérieurs  qui  se  fondent  sur  le 
Mahâbhâsya  semble  confirmer  par  un  témoignage  accusateur 
l'ignorance  de  Patanjali  sur  le  sens  réel  du  mot  devânâmpr^. 
En  outre ,  les  documents  tant  épigraphiques  qu'hbtoriques  en 
limitent  l'usage  à  une  courte  période.  Kâtyâyana  serait  donc 
le  contemporain  des  rois  qui  portèrent  ce  titre,  le  contem- 
porain de  Piyadasi  ou  de  son  successeur.  Il  viendrait  ainsi  se 
placer  à  distance  presque  égale  entre  Pânini,  contemporain 
d'Alexandre,  et  Patanjali  qui  voit  finir  la  dynastie  Maurya» 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  553 

vers  le  milieu  du  m*  siècle  avant  notre  ère ,  et  sa  date  ainsi 
fixée  confirmerait  par  contre-coup  Tépoque  assignée  respecti- 
vement aux  deux  autres  maîtres  de  la  grammaire  sanscrite. 

Sylvain  Lbvi. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Les  Religions  de  là  Chine,  par  G.  de  Harlez.  Leipzig,  1891, 

un  volume  in-8°. 

Ce  nouvel  essai  du  à  T infatigable  activité  de  M.  de  Hariez 
ne  sera  pas  jugé  inférieur  aux  travaux  dont  ce  savant  a  enri- 
chi l'histoire  des  origines  religieuses  de  l'Orient.  On  sait  à 
combien  de  théories  divergentes  la  question  des  croyances 
primitives  de  la  Chine  a  donné  naissance  :  l'auteur  en  pré- 
sente un  exposé  impartial  dans  son  Introduction.  Nos  sa- 
vants missionnaires  n'y  voyaient  autrefois  qn'un  écho  affaibli 
de  la  tradition  biblique  et  des  dogmes  chrétiens;  à  cette 
théorie,  qui  ne  compte  plus  que  de  rares  partisans,  a  suc- 
cédé une  autre  thèse  diamétralement  opposée,  celle  qui 
place  au  berceau  de  la  civilisation  chinoise  le  chamanisme 
avec  ses  pratiques  grossières  et  ses  dégradantes  superstitions. 

Comment  expliquer  ces  différences  profondes  d'apprécia- 
tions? D'après  M.  de  Harlez,  c'est  qu'on  n'a  pas  tenu  un 
compte  suffisant  des  époques  et  des  races,  c'est  qu'on  a  mé- 
connu l'influence  qu'elles  ont  exercée  sur  les  livres  canoni 
ques  du  Céleste  Empire.  On  doit  en  dire  autant  des  nombreux 
commentaires  dont  ces  livres  ont  été  l'objet  :  rédigés  à  de 
grands  intervalles  de  temps,  dans  des  milieux  où  prévalaient 
des  idées  nouvelles  bien  éloignées  de  celles  qui  avaient  in- 
spiré les  textes  des  premiers  âges,  il  n'est  pas  surprenant 
qu'ils  présentent  ces  confusions  inextricables  qui ,  en  ouvrant 
la  porîe  à  toutes  les  conjectures ,  ont  dérouté  souvent  les 


554  NOVEMBRE-DECEMBRE   1891. 

plus  doctes  exégètes.  M.  de  Hariez  cherche  à  garder  le  jnste 
milieu  entre  les  deux  écoles. 

Pour  lui,  la  religion  des  premiers  Chinois  na  pas  été  le 
monothéisme  pur,  mais  elle  se  rattachait  au  monothéisme  en 
ce  sens  qu*elle  reconnaissait  on  dieu  personnel,  imparfait  aux 
yeux  de  la  raison  philosophique,  mais  unique  en  son  espèce, 
sans  égal  dans  sa  nature  et  son  pouvoir.  Ce  dieu  est  Ckang-ti, 
le  maître  suprême  du  ciel,  qu*U  faut  bien  se  garder  de  con- 
fondre avec  le  ciel  au  sens  matériel  du  mot,  avec  la  voûte 
céleste  (tien).  Mais  Chang-ti  est  pourtant  tributaire  du  ciel, 
parce  qu*il  lui  emprunte  la  substance  des  formes ,  la  matière 
première  de  la  création.  En  outre ,  les  textes  anciens  ne  disent 
rien  de  son  éternité ,  ils  se  taisent  sur  son  onmiscience  comme 
sur  son  souverain  pouvoir  :  cest,  en  un  mot,  une  conception 
de  divinité  supérieure,  mais  incomplète,  qn*on  ne  saurait 
comparer  à  Tidéal  chrétien  ou  islamique. 

L* auteur  a  divisé  son*livre  en  quatre  chapitres,  qui  oflrent 
un  aperçu  historique  d*un  vif  intérêt  sur  les  évolutions  phi- 
losophiques et  religieuses  de  la  Chine.  Le  premier  traite  de 
la  religion  officielle,  la  plus  noble  par  ses  origines;  ceQe-ci, 
après  avoir  régné  sur  tout  Tcmpire  jusque  vers  le  n*  sièdb 
avant  notre  ère ,  est  devenue  le  privilège  exdusif  du  c  fib  du 
ciel  »  et  de  ses  grands  dignitaires.  Le  second  chapitre  est  une 
étude  succincte  du  taoïsme  à  laquelle  M.  de  Hsurlez  a  donné 
ailleurs  tous  les  développements  qu'elle  comporte  \  H  montre 
ici  comment  la  pureté  des  doctrines  de  Lao-tze  s*est  altérée 
au  contact  des  idées  brahmanistes ,  dès  le  v*  siècle  avant  Tère 
chrétienne  et,  par  des  dégradations  successives,  a  fini  par 
tomber  dans  un  chaos  de  jongleries  odieuses  ou  grotesques. 
Le  chapitre  suivant  est  consacré  au  bouddhisme,  celui  dn 
Nord ,  c'est-à-dire  des  documents  sanscrits  :  introduit  en  Chine 
à  une  époque  qui  ne  se  peut  fixer  avec  précision,  mais  qui  ne 
dépasse  guère  un  siècle  avant  J.-C.^  il  n  atteint  son  plein 

^  Textes  taoïstes  traduits  des  originaux  chinois  et  commentés  par  C.  de 
Harles  (  dans  les  Annales  du  musée  Guimet),  Paris  «Leroux,  iSgiiOn  volume 
in-r. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  555 

épanouissement  que  quatre  ou  cinq  siècles  plus  tard.  Dans  le 
dernier  chapitre,  le  culte  chinois  est  étudié  dans  ses  mani- 
festations populaires  et  contemporaines,  bizarre  assemblage 
de  croyances  ou  plus  exactement  de  superstitions  exotiques 
dont  il  est  difficile  de  donner  une  définition  rigoureuse. 

Tel  est  l'ensemble  des  questions  traitées  dans  cet  ouvrage 
dont  l'idée  fondamentale,  on  le  voit  par  cette  courte  analyse, 
est  la  recherche  du  culte  primitif  des  Chinois ,  tandis  que  les 
autres  manifestations  de  leur  conscience  religieuse  n'y  sont 
étudiées  que  dans  leur  rapport  avec  la  croyance  primitive  et 
en  raison  des  altérations  qu'elles  lui  ont  fait  subir.  Sans  né- 
gliger aucune  des  ressources  que  lui  o£Prait  la  science  euro- 
péenne, l'auteiu*  s'est  surtout  appliqué  à  tirer  des  documents 
originaux ,  chinois  et  mandchous ,  tout  ce  qui  pouvait  venir  à 
l'appui  de  sa  thèse ,  et  il  a  fait  en  route  d'heureuses  trouvailles , 
par  exemple  le  texte  jusqu'alors  inédit  du  Cérémonial  de 
Kien-long,  etc.  Il  ne  m'appartient  pas  d'apprécier  ce  docte 
travail  au  point  de  vue  technique  :  il  se  peut  aussi  qu'on  lui 
reproche  certaines  subtilités  de  dialectique  et  que  sa  théorie 
,  du  Dieu  suprême  des  Chinois  ne  donne  lieu  à  quelques  ré- 
serves ,  mais  on  devra  louer  sans  restriction  les  connaissances 
variées  de  l'auteur,  l'originalité  de  ses  vues  et  les  services 
qu'il  rend ,  par  le  sérieux  de  ses  travaux ,  à  la  recherche  d'un 
des  plus  nobles  problèmes  que  poursuit  la  science  moderne. 

B.  M. 


y^)  u't^  ^  Balance  de  la  poésie  » ,  par  M.  Margousian , 
Constantinople,  in-8**,  vi  pages. 

Cette  brochure  est  la  première  partie  d*un  Traité  complet 
de  prosodie  et  de  métrique  musulmane  ;  il  n'est  question  ici 
que  de  la  versification  arabe.  Dans  une  préface  écourtée  et 
qui  nous  laisse  absolument  ignorants  du  plan  qu'il  s'est  tracé , 
l'auteur  rejette  dédaigneusement  l'autorité  des  maîtres  les 
plus  accrédités ,  depuis  Khalil  et  Djawhari  jusqu'aux  savants 


556  NOVËMBRËDEGEMBRE   1891. 

européens  qui  ont  adopté,  en  j  mettant  plus  de  clarté,  la 
méthode  des  théoriciens  arabes.  C'est  pour  moi  un  regret  de 
ne  pouvoir  faire  l'éloge  d'un  travail  qui  dénote  d'oilleurs  une 
connaissance  approfondie  du  sujet  et  de  nombreuses  lectures. 
Je  suis  persuadé  que  M.  Margousian,  poète  lui-même,  a  com- 
pulsé et  annoté  une  masse  formidable  de  divans  manuscrits 
et  imprimés.  Les  citations  abondent  chez  lui  qu'il  a  tirées  du 
Kitâb  el'Aghâni,  du  Hamâia,  du  Livre  du  Collier,  par  Ibn 
Âbd  Rebbihi,  des  Prairies  d*or  de  Maçoudi,  sans  compter 
ce  qu'il  a  emprunté  aux  commentateurs  en  renom  tels  que 
Neïsabouri,  Abou  Zakarya  et  d'autres  encore.  La  nomencla- 
ture de  ses  sources  forme  à  elle  seule  une  liste  respectable  et 
qui  inspirerait  toute  confiance,  si  la  tentation  d'innover 
n'avait  ruiné  son  œuvre  par  la  base. 

Que  ne  s*est-il  souvenu  de  l'adage  qui  existe  en  arabe  aussi 
bien  qu'en  français  :  t  le  mieux  est  l'ennemi  du  bien  I  »  Trop 
soucieux  de  simplifier  et  de  faciliter  l'étude  d'une  matière 
inévitablement  obscure  et  compliquée,  l'auteur  est  tombé 
dans  les  plus  étranges  confusions.  C'est  surtout  dans  le  cha- 
pitre consacré  aux  mètres  et  à  leurs  variétés ,  avec  citations  à 
l'appui  (de  la  page  M  à  la  page  ^IP),  que  se  révèlent  les  im- 
perfections du  nouveau  système,  si  toutefois  on  peut  donner 
ce  nom  à  un  assemblage  de  termes  techniques  mal  expliqués 
et  de  règles  incomplètement  formulées.  A  chaque  pas  on  se 
heurte  à  de  regrettables  innovations  qui  ne  peuvent  que  jeter 
le  trouble  dans  l'esprit  du  lecteur  et  l'entraîner  sur  une  fausse 
piste.  Tel  vers,  par  exemple,  qui  appartient,  d'après  tous  les 
traités  connus,  au  mètre  kamil  est  rapporté  au  redjez»  tel 
autre  du  wafir  est  atlribué  au  iawil,  et  ainsi  du  reste. 

La  confusion  s'accroît  de  certaines  négligences  de  rédac- 
tion. Ainsi  on  trouvera  des  vers  d'une  époque  récente  et  qui 
doivent  se  prononcer  comme  l'arabe  vulgaire,  c'est-à-dire 
sans  voyelle  finale,  mêlés  à  d'autres  vers  de  l'âge  classique 
qu'on  ne  peut  scander  qu'en  leur  appliquant  les  règles  de  la 
grammaire,  et  le  lecteur  n'en  est  pas  toujours  averti.  Il  ne 
peut  compter  non  plus  sur  le  secours  de  la  vocalisation  ce- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGÉS.  557 

pendant  bien  nécessaire  dans  cette  foule  de  citations  pbéti^ 
ques  de  toute  provenance  et  dont  le  sens  présente  de  sérieuses' 
difficultés ,  même  aux  connaisseurs  les  plus  expérimentée.  Eh- 
lin\  brochant  sur  le  tout,  des  fautes  d'impression  trop  noitt- 
breuses  viennent  mettre  le  comble  aUx  perplexités  du'  mal- 
heureux étudiant.  Il  semble  d'ailleurs  que  rauteur  liôit  ^èiilé 
par  l'emploi  d'une  langue  étrangère;  l'idiome  saVant  qi:^H  a 
cru  devoir  adopter  paraît  être  pour  lui  une  lanjgue  ârtificieflé , 
un  exercice  dé  classe  dont  il  n'est  pas  toujours  niàitre;  dé 
]à  une  rédaction  pénible,  heurtée  et,  en  maint  endroit, 
absolument  inintelligible.  En  Un  mot,  c'est  Une  tentative 
avortée.  Je  regrette  d'avoir  à  la  déclarer  telle,  mais  il  était 
de  mon  devoir  de  mettre  le  public  en  garde  côtitre  les  dan- 
gers d'un  enseignement  radicalement  erroné.  Il  est  vrai  que , 
par  cela  môme  qu'il  est  rédigé  en  langue  arabe ,  il  n^est  gu^re 
à  craindre  que  ce  livre  dépasse  les  limites  des  écoles  d* Orient , 
peut-être  même  de  Constantinople  seulement. 

Toutefois  je  m'estimerais  heureux  si  la  sincérité  de  Cette 
critique  pouvait  arrêter  l'auteur  sur  la  voie  où  il  s'est  iWpftï- 
demment  égaré.  Il  reste  encore  à  M.  MargoUSian  Une  secondé 
partie  à  publier,  celle  de  la  prosodie  persane  et  tuf  que  :  ritd' 
doute  que ,  s'il  veut  renoncer  à  ses  partis  pris  d'innovaftion  et 
revenir  aux  règles  qui  ont  pour  elles  la  coiisécralion  du  téitips' 
et  de  l'expérience ,  il  ne  nous  donne ,  grâce  à  son  érudition  in- 
contestable en  poésie  musulmane ,  un  travail  intéressant ,  puisé 
aux  bonnes  sources  et  qui  se  consulterait  avec  fruit.  Puisse- 
t-il  se  persuader  qu'il  nous  doit,  qu'il  se  doit  à  lui-même  ee 
dédommagement  ! 

B.  M. 


NocH  EiyMAL  DIE  Seldscuukischen  Verse;  von  C.  Sïdemann, 
Saint-Pétersbourg,  1891  (tiré  des  Mélanges  asiatiques,  tomeX, 
livraison  2). 

Le  Rebab-iiameh  est  un  poème  mystique  en  vers  persans 
d'une  inspiration  passionnée  et  sincère  que  sa  provenance  ex- 


\VII[. 


-Î7 


««rnlMRBIII     RATlU^ttE. 


558  NOVEMBRE-DECEMBRE  1891. 

pllque  aisément  :  il  a  pour  auteur  Sultan  Weled ,  Uis  de  Djelal 
ed-din  Rounii ,  dont  le  Mesnevi  a  immortalisé  le  nom.  Le  ma- 
nuscrit de  Vienne  donne  à  la  suite  de  ce  morceau  déjà  connu 
par  les  travaux  de  Hammer,  Wickerhauser  et  d*autres  savants, 
une  poésie  turque  se  rapportant  au  même  sujet  et  intéres- 
sante surtout  par  la  date  de  sa  composition  :  c*est  un  des  rares 
spécimens  du  dialecte  turc  parlé  dans  Tempire  seldjonkide 
au  commencement  du  xiv*  siècle.  13ans  le  Bulletin  de  TAca- 
demie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg,  t.  XXXIU,  p.  agi 
et  suiv.,  M.  RadlofF  a  donné  de  ce  fragment  une  savante  no- 
tice qui  me  dispense  d'en  parler  avec  plus  de  détails.  Plus 
récemment,  M.  Salemann,  en  rédigeant  le  catalogue  des 
manuscrits  du  Musée  asiatique,  a  trouvé  dans  une  copie  du 
Rehah-nanieh,  acquise  en  Orient  par  Rousseau,  une  rédaction 
plus  complète  et  plus  exacte  des  vers  turcs.  Il  a  eu  rbeureuse 
pensée  de  réunir  les  deux  textes ,  celui  de  Sultan  Wded  et 
celui  de  Tauteur  turc  anonyme ,  et  il  les  publie  ici  avec  toutes 
leurs  variantes  utiles ,  une  traduction  littérale  et  des  remar- 
ques sur  les  passages  difficiles  qui  ne  sont  pas  en  petit  nombre, 
dans  le  second  surtout.  Ce  travail  fait  bonneur  aux  connais- 
sances linguistiques  de  Tauteur  et  dénote  chex  lui  une  étude 
spéciale  du  style  et  de  la  pensée  intime  de  ces  étranges  rê- 
veurs dont  la  tradition  s*est  perpétuée,  mais  affaiblie  et  dé- 
générée ,  jusque  chez  les  poètes  de  la  Perse  et  de  lai  Turquie 
modernes.  Le  mémoire  de  M.  Salemann  n  est  pas  seolement 
une  utile  contribution  aux  dictionnaires  turcs  orientaux;  il 
fournit  aussi  un  document  des  plus  intéressants  à  rhistoire  de 
ce  mysticisme  musulman,  qui,  par  une  singidière  destinée, 
est  devenu  aujourd'hui  un  instrument  de  propagande  contre 
les  idées  et  Tascciidant  de  la  civilisation  occidentale. 

B.  M. 


TABLE  DES  MA.;ri{p^ 

CONTENUES  DAMS  LE  TOME  XVm«  VHI^  S^RIE. 


■'.:       -'M*,.,' 


I 


MÉMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

PagM. 

Notes  darché(dogie  arabe.  (M.  Blax  Van  Bbrcbui.)  (Sitite.).'.  "liSf 

Histoire  politique,  rdigieuse  et  littéraire  d^Édeasè.  (M.  Rii-' 
iiens  DcvAL.). •••...;•. ^\i . .  » .  .v  •  • .  •  « .  4 «^ .     87 

La  correspondance  d'Aménophis  HI  et  d'AméiMi^i  IV.  (M.  J.! 
HAum.)  (Suite.) .: ; .;.**.;>. : . ..J . .  1   i3é 

Histoire  politique,  religieuse  et  littéraire  d'Édease.  (IL*  Bar ^ 
bens  DVYAL.)  (Suite.) '. .  •  •  ;« '.••••••  ai  ..v . •'« .^ •')»,.' ' aoi 

Le  Traité  des  rapports  musicaux  on.  l'ÉpItre  à  Sdianf  ed- 
Din,  par  Safi  ed-l^  'Abd  d-Muibm  AIbiij^bdAi&  (li;  le 
baron  Gariia  db  Vaux.) ...:;••.% .  *;\.  *  '.  # .'  • .  ;V'.  •  •   S79 

Les  Lolos  et  les  Miao-tie,  li  propos  d'une  bvo^M-do  M*  P* 
Vial,  missionnaire  apostouq^  ii|  Yaiii-aifl^(||qi&  Dm^ 

Histoire  politique,  rdigieuse  et  littéraire  d'Edeiae..  (1I..Ri|l-. 
bens  DuYAL.)  (Suite.). .-•  ; •'.•'.••=•'•••..  38i . 

Vajracchedikâ.  (Prajnâpâramitâ.)  Traduite  du  texte  sanscri^ 
avec  comparaison  des  versions  diinoise  et  maudclkwé.'      ' 
(M.  G.  DE  Harlbz.) ••••.•.*«•••.•:. .«•«•4VV.  ^kQ\ 

La  correspondance  d'Améùophis  m  et  d'AvaénophU  IV.  (IL  JL    j... 
Hal^vt.)  (Suite.) •••  .;..,.•..  i ... .  5to 


•    i    1       ■./.   .f.t. 


NOUVEUJES  ET  HÉtA]^GE&  .'      '  ' 

Procès- verbal  de  la  séance  g^iéndê.da,  s6  juin  iS^i,. >  . .  ^ . >       5 

Liste  des  ouvrages  offerts  à  la' SodM.  ':':.•:. .'• . .'      9 

Annexe  au  procès -verbal  de  la  séance  du  !|6  juin  1891.  -^ 
Communication  de  M.  J.  Hdévy .• •  • .     i3 

Tableau  du  Conseil  d'administration ,  coaforméiiieDl  am  no- 
minations faites  dans  l'assemblée  génénde  du  a6  Juin  1891.     17 


560  TABLE   DES   MATIERES. 

Pages. 

Rapport  de  M.  Sj)cclit,  au  nom  de  la  Commission  des  fonds, 
et  comptes  de  Tannât  1S90 19 

Rap|)ort  de  la  Go  nmissiou  des  censeurs  sur  les  comptes  de 
l'exorcicc  1 890 ,  iu  dans  la  séance  générale  du  a 6  juin  18g  1 .      39 

Liste  des  membres  souscripteurs,  par  ordre  alphabétique.. . .      ai 

Liste  des  membres  associés  étrangers ,  suivant  Tordre  des  no- 
minations   , 49 

Liste  des  ouvrages  publiés  par  la  Société  asiatique • . .      43 

Collection  d'auteurs  orientaux 45- 

Réponse  à  quelques  critiques  formulées  par  M.  J.  Oppert  dai» 
farticlc  iotitulé  :  Uu  annuaire  astronomique  babvlonien.  (M.  P. 
J.  Epping.)  —  Observations  compldmcntaîrcs.  (M.  J.  Ot>PBRT.) 

—  Tables  de  concordance  des  dates  des  calendriers  arabe, 
copte,  grégorien,  israëlite,  julien,  républicain,  etc.,  établies 
d*après  une  nouvelle  méthode,  par  Emile  Lacoine,  sous-dlrcc- 
teur  de  lobservatoirc  impérial  de  Conslantinoplc.  (M.  le 'baron 
Carra  db  Vaux.)  —  Iji  Turquie  d'Asie,  géographie  adminis- 
trative, statistique,  descriptive  et  raisonnée  de  chaque  province 
de  TAsie  Mineure,  par  M.  Vital  Cuinct.  (B.  M.).  —  École  dû 
persan,  par  Habib  cfendi.  (B.  M.) 

A  Comparative  Dictionarj  of  the  Bihârf  language,  by  A.  Pi 
Rudolf  lioerale  and  George  A.  Grierson.  (M.  L.  Fbkr. )  —  Le 
^i-King,  texte  primitif  rétabli,  traduit  et  commenté  par  Ch.  de 
Harlez.  (M.  L.  Fber.)  —  Recueil  de  textes  pour  fétudc  de 
Tarabe  |)arié,  {Mir  M.  G.  Ddphin.  (B.  M.) 

Procès-ver])al  de  la  si^nce  du  j3  novembre  1891 537 

Liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Société. •.•••  538 

Procès-verbal  de  la  séance  du  11  décembre  i8gi.. . . .- 543 

Liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Société 54'4 

Annexe  n°  1  au  procès-verbal  de  la  séance  du  11  décembre 
1891  :  Note  sur  quelques  noms  propres  assyro-palestiniens. 
(M.  J.  Halbvy.)  —  Annexe  n"  2  :  Notes  de  chroncdogie  in- 
dienne. Dev&nàmpriya,  Acoka  etKàtyâyana.  {\\,  Sylvain  Livi.) 

—  Bibliographie  :  LÎcis  UeUgions  de  la  Chine,  par  G.  de  Harles. 
(B.  M.)  —  Balance  de  la  poésie,  par  M.  Margousian  (B.  M.)  — 
Noch  einmal  die  Seldschukischen  Verse,  von  G.  Salemann,  (B.Mj) 


Le  Gérant, 

RarDIEU  de  MeY79ABD. 


V      "''-.• 


560  TABLE  DES  MATIERES. 

Pages. 

Rapport  (le  M.  Specht,  au  nom  de  îa  Comitoissioh  des  fonds, 
et  comptes  de  Tannée  1 890 19 

Rapport  de  la  Go  nmission  des  censeurs  sur  lei  comptes  de 
l'exorcice  1 890 ,  lu  dans  la  séance  générale  du  36  juin  189 1 .      22 

Liste  des  membres  souscripteurs,  par  ordre  idphabétiqae. . . .      2 à 

Liste  des  membres  associés  étrangers ,  suivant  Tordre  des  no- 
minations   , 42 

Liste  des  ouvrages  publiés  par  la  Société  asiatique 43 

Collection  d'auteurs  orientaux 45- 

Rëponse  à  quelques  critiques  formulées  par  M.  J.  Oppeit  dànf 
Tartidc  iotituié  :  Uu  annuaire  astronomique  babvlonien.  (M.  P. 
J.  Epping.)  —  Observations  complëmentaiiiei.  (M.  J.  Oi^PBiif.) 

—  Tables  de  concordance  des  dates  des  calendKers  arabe, 
copte,  grégorien,  israëlite,  julien,  républicain,  etc.,  établies 
d*après  une  nouvelle  méthode,  par  ÉmOê  Lacoine,  sous-dircc- 
tcur  de  TobserVatoîre  impérial  de  Conslantinoplé.  (M:  le'batoïi' 
Garba'  db  Vaux.)  —  La  Turquie  d'Asie,  gé<^^phie  adminis- 
trative, statistique,  descriptive  et  raisonnée  de  dûique  province 
de  TÀsie  Mineure,  par  M.  Vital  Cuinct.  (B.  M*.).  —  Ecole  dît 
persan ,  par  Habib  êfendi.  (  B.  M .  ) 

A  Gomparwdvie  Dictionarj  of  the  Bibârf  latiguàge,  by  A.  Pl- 
Rudolf* Hoerole  and  George  A.  Gricrson.  (M.  L.  Fbbïi.)  —  Le' 
^i-King,  texte  primitif  rétabli,  traduit  et  commenté  par  Cb.  de 
Hariez.  (M.  L.  Fber.)  —  Recueil  de  textes  pour  Tétude  de 
Tarabe  parlé ,  par  M.  G.  DcJphin.  (  B.  M.  ) 

Procès-verbal  de  la  séance  du  j3  novembre  1891 537 

Liste  des  ouvrages  offerts  à  la  Société. •••••   538 

Procès-verbal  de  la  séance  du  11  décembre  1891.. . . ... . . .-  543 

Liste  des  ouvrages  offerte  à  la  Société  . . . .-. . . .  ...-.•.. .-. . .   544^ 

Annexe  n*^  1  au  procès-verbal  de  la  séance  du  11  décembre 
1891  :  Note  sur  quelques  noms  propres  assyro-palestinieos. 
(M.  J.  Halévy.)  —  Annexe  n°  2  :  Notes  de  chronologie  in- 
dienne. Dev&nâmpriya,  Açoka  etKâtyâyana.  (IVf.  Sylvain  Lbvi.) 

—  Bibliographie  :  Les  Religions  de  la  Chine,  par  G.  de  Hariez. 
(B.  M.)  —  Balance  de  la  poésie,  par  M.  Margonsian  (B.  M:)  • — ^' 
Nocli  cinmal  die  Seldschukischen  Verse ,  von  G.  Salemann,  (  B.  M^ 


Le  Gérant, 
Bardier  de  Meynabd; 


M 


Il  1  11  IMI  mu  liii  u"  ""'"  "^  """'"■"  ■"*'*" 

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il  thiscordiBinutilalwl 

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«rilhlhsbooh 

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